EAUX MINÉRALES SALINES
Considérations générales. Avec M. Pâtissier, nous donnons parti(;ulièrement ici le nom de salines à celle-; des eaux minérales (pji , n'étant ni sulfureuses, ni ferrugineuses, ni acidulés, ont [xjur principes piedominans quebjues sels. ï'\usieurs d'entre elles sont purgatives, mais la plupart ne [xjsscflent pas cette [)r()priéle , de sorte (juc (;«;lte classe n'a point de caractères bien Irancbws. Les considéra-
tions générales dans lesquelles nous allons entrer, et que nous empruntons presque en totalité à M. Pâtissier, ne peuvent s'appliquer qu'à la majorité des eaux salines.
La saveur des eaux salines est très va-^ riable, tantôt fraîche, tantôt amère, tantôt piquante. Il est rare qu elles aient une odeur particulière , à moins qu'elles ne contiennent un peu d'hydrogène sulfuré.
Elles sont thermales ou froides.
Les eaux salines contiennent des chlorures de sodium, calcium et magnésium, du sulfate de soude, des carbonates alcalins, de la silice, des traces de fer, rarement du sulfate d'alumine , des iodures, des bromures et une matière grasse comparable à la barégine ; souvent de l'acide carbonique, et quelquefois de l'acide suifhydrique.
Propriétés médicales. Pr,ises en boisson, les eaux minérales salines conviennent aux sujets phlegmatiques , à fibre molle dans tous les cas où l'ordre des sécrétions est dérangé ou perverti, sans qu'il y ait pléthore sanguine. Elles portent une douce stimulation sur la membrane muqueuse de l'estomac , déterminent une sécrétion plus abondante du suc gastrique, modifient la nature de ce liquide, et en corrigent les qualités vicieuses ; en même temps elles impriment une plus grande activité à l'estomac, en relèvent peu à peu le ton, et remédient à plusieurs vices de la digestion déterminés par l'atonie de cet organe. Dans les intestins, elles augmentent aussi la sécrétion des follicules muqueux, et produisent un effet laxatif assez m;\rqué,si elles sont prises à une assez forte dose ; l'influence minérale ne tarde pas à s'étendre aux autres organes du basventre ; la sécrétion des reins, du foie, du pancréas commence à se faire avec plus d'activité. Les liquides sécrétés, en même temps qu'ils deviennent plus abondans, sont moins Acres et moins irritans, car ils sont moins saturés. Les reins se ressentent les premiers de l'action des eaux; la (juanlité des urines se trouve considérablement augmentée, et cet effet diureti(pie est plus constant que l'effet laxatif. D'un autre côté, le système lyMq)liati(iue témoigne son surcroît (r.ulKUi i)ar un travail de résorption plus cnergiquu. Ce change-
EAUX
ment dans les sécrétions, d'une part, et la grande activité des vaisseaux absorbans, de Tautre, déterminent un elfet résolutif très marqué, en vertu du(iuel les engorgemens chroniques, qui ont leur siège dans les organes du bas-ventre, ou dans le système lymphatique, diminuent ou disparaissent, pourvu qu'ils soient encore susceptibles de résolution.
« On conçoit, d'après le mode d'action des eaux salines, qu'elles doivent être utiles dans les affections de l'estomac, qui dépendent d'une sécrétion trop abondante de bile ou de mucosités, dans les engorgemens des viscères abdominaux, la jaunisse, les calculs biliaires, les fièvres quartes opiniâtres, les coliques néphrétiques, le catarrhe vésinal, la suppression des règles, la leucorrhée, la stérilité, et dans les maladies nerveuses qui semblent dépendre de la lenteur et de l'atonie des fonctions digestives. Mais on doit s'abstenir des eaux salines, lorsqu'il existe une trop grande susceptibilité nerveuse, ou une irritation des organes gastriques; elles réussissent d'autant mieux que ces organes sont moins irrités, ou dans un état d atonie ; elles nuisent aux personnes qui ont la poitrine délicate, aux asthmatiques et à ceux qui sont sujets aux crachemens de sang.
» Kn bains et en douches, les eaux salines thermales ont été beaucoup recommandées dans les paralysies , même dans celles qui sont la suite de l'apoplexie, mais dans ce dernier cas on ne doit y recourir qu'autant qu'il n'existe plus de congestion active vers la tête, et encore ne doit-on donner que des demi-bains à une température peu élevée. Les bains d'eau légèrement saline sont employés avec succès dans quelques maladies de la peau, telles que les éruptions sèches, accompagnées de démangeaisons , le lichen , les diverses variétés de prurigo,|dans certains eczéma chronicjues ; c'est le moyen le plus prompt et le plus sûr , dit M. Cazenave {Ihilkt. (jênêralde Ihêrap., t. m, p. 109), de faire tomber ces incrustations épaisses qu'on remarque dans Vimpetif/o fifjtirata^ et mieux encore dans ces ponigo favosa répandus sur presque toute la surface extérieure du corps. Quelquefois les cau\ saliney augmentent la cuisson et
le prurit. Si cet accroissement de douleurs n'est pas trop considérable , il annonce la chute prochaine des squames et une modification des vaisseaux exhalans; sinon il aggrave l'éruption, et dans ce dernier cas il faut suspendre les bains minéraux et les remplacer par des bains émolliens.
» De même que toutes les eaux thermales, les eaux minérales salines chaudes sont salutaires dans les contractures des muscles, les maladies des os et des articulations, et dans les affections rhumatismales chroniques. Quant à cette dernière maladie, il n'est pas inutile de signaler ici une remarque importante, que plusieurs praticiens ont eu occasion de faire comme nous; c'est que les bains chauds d'eau commune ne conviennent pas pour la guérisondu rhumatisme, parce que ces bains, en diminuant singulièrement l'énergie de la peau , la rendent très impressionnable au froid, à riiumidité de l'atmosphère; tandis (juc les bains minéraux, les salins parliculièrement, stimulent le système cutané, et, en augmentant la vitalité , le rendent apte à réagir contre les inlluences atmosphériques. » (Pâtissier, p. 375 et suiv.)
Mode d'administration. Les eaux salines sont prises en boisson , à une dose plus ou moins forte, suivant l'indication que l'on veut remplir; pour obtenir un effet laxatif, il convient d'en prendre le matin à jeun, de 1 litre et demi à ti litres dans l'espace d'une heure ; celte dose doit varier suivant l'âge , le tempérament des malades. Ces eaux ont l'avantage de no point irriter les organes de la digestion ; elles ne provoquent point de coliques, et, loin d'affaiblir, elles donnent du ton aux organes digestifs, raniment les fonctions languissantes, et donnent de l'appétit. On les boit ordinairement chaudes, et on aide à leur action par l'addition d'un sel neutre, quand les personnes sont très difficiles à purger. Lorsipic étant froides elles sont digérées diflicilement, on les fait chauffer au bain-marie. L'usage de ces eaux, comme agent laxatif, ne doit être permis que pendant peu de jours de suite ; car, si on les continuait trop long-temps, elles épuiseraient les malades, et causeraient des diarrhées opiniâtrei»
EAUX
L'action des eaax salines, lorsqu'elles sont employées comme altérantes, est difficile à expliquer. Quoi qu'il en soit, quand on en fait usage dans l'intention d'atteindre ce but, les eaux salines doivent alors être administrées à petites doses; elles maintiennent la régularité des évacuations Elvines sans purger, augmentent la sécrétion urinaire , et produisent une certaine dépuration humorale, au moyen de laquelle les principes délétères sont éliminés, selon Kreysig. C'est ainsi, dit M.
Pâtissier, que leur emploi long-temps continué détermine le soulagement ou la guérison de beaucoup d'affections abdominales chroniques. La cure s'opère alors sans efforts critiques appréciables ; le malade n'éprouve aucun mouvement insolite ; seulement il va mieux et fait chaque jour un pas vers la guérison, sans que le médecin puisse se rendre compte de l'efficacité des eaux.
Les bains d'eaux minérales salines sont associés avec efficacité à ces mêmes eaux prises en boisson ; mais quelquefois l'excitation simultanée de deux surfaces aussi étenduesque celles de la peau et de la membrane muqueuse gastro -intestinale fatigue, agite les malades , détermine des irritations intérieures, et même des phlegmasies. Dans ce dernier cas, il faut renoncer à la boisson ou aux bains. En général, il est prudent de ne baigner que lorsque le corps est habitué à la boisson de l'eau minérale.
Plusieurs sources déposent une boue grasse et onctueuse, que l'on utilise en cataplasmes et en bains dans quelques maladies extérieures; leur action doit être surveillée, parce qu'ils produisent souvent une surexcitation dangereuse dans les parties malades.