‹ Dictionnaire des doublets; ou, Doubles formes de la langue françaiseChapitre 1 sur 56 · PARTIE III. Doublets d'origine étrangère · texte numérisé non relu

PARTIE III. Doublets d'origine étrangère

§4. Doublets d'origine italienne 40

§ 2. Doublets d'origine espagnole 43

§ 3. Doublets d'origine anglaise 44

Appendice 47

Index de tous les mots cités 55

La perte d'éléments anciens, l'introduction d'éléments nouveaux, la bifurcation fréquente d'un mot en deux, offrent le champ le plus riche aux réflexions de celui qui voudrait rechercher les causes de ces divers phénomènes.

DiEz, Gr. d. langues rom., I, 46.

On appelle doublets les doubles dérivations d'un même mot (telles que raison et ration, venant l'un et Tautre de rationem), qui répondent d'ordinaire à deux âges différents dans l'histoire de notre langue, et auxquelles Tusage a attribué, malgré leur communauté d'origine, des sens distincts et spéciaux. Ce nom* leur fut donné au xvif siècle par un conseiller au présidial de Bourges, Nicolas Catherinot, qui, le premier, observa un certain nombre de ces doublets, et en publia, en 1683, une liste fort incomplète^ sans pouvoir donner les raisons de ce singulier phénomène. Depuis le xvn® siècle, une science nouvelle est née ; la philologie comparée a constaté que les mots ont une croissance et une histoire, qu'ils subissent, comme les plantes et les animaux, des transformations régulières, enfin que là comme partout la loi règne, et qu'on peut sûrement formuler des règles de

1. Butet rejette le mot doublet, et appelle plus justement ces doubles formes dérivations divergentes, comme l'a fait observer M. Egger dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions (XXIV, 2« p., p. 53).

2. Les Doublets de la Langue Françoise, par Nicolas Catherinot, avocat du roi et son conseiller au présidial de Bourges. — Bourges, 1683, in-4<». — Voyez à l'Appendice, page 47, l'analyse de ce livre.

dérivation d'une langue à l'autre : nous avons exposé d'ailleurs *■ les traits principaux de cette histoire naturelle du langage (du moins en ce qui concerne la langue française) ; pour l'étude qui nous occupe, ils fournissent à l'observateur des secours inattendus ; armé de ce microscope puissant, nous avons pu non seulement constater l'existence d'un nombre de doublets très supérieur à celui qu'avait réuni Catherinot*, mais donner les causes de ce phénomène et en expliquer l'origine.

Notre langue, comme chacun sait, n'est point une création coulée d'un seul jet; elle comprend trois idiomes distincts, ou mieux trois couches de mots superposées : un fonds d'origine populaire, et qui était complètement achevé à la fin du xii® siècle ; un fonds d'origine savante, composé de tous les mots directement empruntés par les savants aux langues classiques ; enfin un fonds d'origine étrangère, comprenant tous les mots venus des langues modernes, par exemple de l'italien au xvf siècle, de l'espagnol au xvif , de l'anglais au xix'. — Cette division sert naturellement de base à l'étude des doublets ; un radical latin donpe au français un doublet si ce radical a produit dans notre langue deux mots, l'un d'origine populaire, l'autre d'origine savante ; ainsi de rationem, le peuple fit raison, les savants ration ; — il y a encore doublet lorsqu'à côté d'un mot français d'origine populaire vient se placer un mot d'importation étrangère, provenant du même radical que le mot français : ainsi le latin cantata devient en français chantée, en italien cantata ; au xvii<= siècle, l'italien cantata passe les monts avec LuUi et donne à notre langue le mot cantate : chantée et cantate, provenant (la linguistique nous le montre) du même radical, forment un doublet. — Enfin, il y a encore doublet, lorsqu'un même radical donne au français deux dérivés d'origine populaire ;

1. Dans notre Grammaire historique de la Langue française, Paris, Iletzel, 1867.

2. Le présent travail en contient plus de huit cents ; celui de Catherin ot cent soixante.

ainsi campus a donné à la fois camp et champ ; plicare a fait en même temps plier et ployer ; on verra plus loin l'origine de ces doubles traductions populaires, qui sont à proprement parler les véritables doublets.

En résumé, on peut assigner à la production des doublets trois causes : ils peuvent être soit d'origine savante, soit d'origine populaire, soit d'origine étrangère.

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