‹ Dictionnaire des drogues simples et composées, ou dictionnaire d'histoire naturelle médicale, de pharmacologie et de chimie pharmaceutique (volume 2)Chapitre 29 sur 107 · De la Jillralion et du coulage. La filtration est usitée · texte numérisé non relu

De la Jillralion et du coulage. La filtration est usitée

tous les jours , et elle a été fortement recommandée par le célèbre pharmacien Dey eux , en place de la coagulation , qu’on mettait autrefois presque exclusivement en usage pour dépurer les sucs magistraux. Elle s’opère au moyen d’intermèdes , tels que le papier non collé , les draps de laine et les toiles de Ql. .

On se sert ordinairement de deùX sortes de papier , le blanc dit papier-Joseph, et le gris. Le premier mérite la préférence sur l’autre , qui communique toujours aux sucs une saveur.

et une odeur désagréables ; mais en revanche , il a l’avantage de laisser filtrer plus promptement le liquide. Si l’on désirait s’en servir, il faudrait auparavant le laver à l’eau bouillante, à plusieurs reprises, et jusqu’à ce que l’eau de lavage soit insipide et inodore.

Les draps de laine ne doivent servir que pour dépurer les sucs extraits par coction, et les toiles de fil pour ceux obtenus par macération, seulement lorsqu’on opère en grand ; car , quand on a peu de sucs , il vaut mieux se servir de papier non collé. Ces opérations donnent lieu à plusieurs phénomènes très curieux , que l’on trouvera détaillés dans le Journal de Chimie médicale , t. IV, p. 184 , et suiv.

Dépuration par les moyens chimiques .

t. De la coagulation. On soumet à la coagulation les sucs albumineux que l’on destine à la préparation des extraits et des sirops , afin de rendre par là les produits qu’on en fait d’un plus bel aspect et d’une plus longue conservation. On s’en sert aussi pour dépurer les sucs magistraux très mucilagineux , et pour ceux que les malades ne peuvent digérer facilement , à cause de l’albumine qu’ils renferment.

On opère la coagulation en exposant les sucs à l’action de la chaleur. L’augmentation progressive de celle-ci dans ces liquides détermine la séparation de l’albumine , qui , en se rapprochant ensuite sous forme de réseau, ramasse et entraîne dans son ascension la matière suspendue , à la manière d’un filtre , et vient former une écume épaisse à leur surface. On l’opère à l’air libre pour les sucs inodores , ou dont l’arôme n’est compté pour rien dans les préparations qu’on veut en faire , et en vase clos pour les sucs aromatiques que l’on veut convertir en sirops ; car pour les sucs magistraux , il vaut mieux les filtrer en vase clos. Cette espèce de dépuration lournit des résultats intéressans , que l’on trouvera consignés dans le Journal de Chimie médicale , t. IV, p. 210 et suit'.

2. De la clarification des sucs par l’intermède de l’albumine et de la chaleur. Cette clarification , proposée depuis long-temps pour d’autres médicamens, a été aussi ancienne-

SUCS MÉDICINAUX, ment appliquée aux. sucs. Elle n’est utile que pour les sucs sucrés; elle est totalement inutile et même préjudiciable pour les sucs visqueux et mucilagineux ; d’abord, i°. parce qu’ils contiennent assez d’albumine par eux-mêmes, sans qu’on soit obligé d’en ajouter pour faciliter leur clarification , et 2°. parce que l’emploi de cet intermède appauvrit la vertu des sucs qu’on y soumet.

Pour l’opérer , on se sert de deux espèces de liquides albumineux, le blanc d’œuf et le sang de bœuf. Le premier est le seul dont on doive se permettre l’usage en Pharmacie , le second s’emploie dans les arts , parce qu’il est moins coûteux et plus facile à se procurer abondamment. Après avoir l'ait choix de celui des deux intermèdes qu’on doit préférer, ou porte le suc sur le feu, et l’on élève la température à ioo° centigrades ; dès que ce suc est en pleine ébullition, ou projette peu à peu l’albumine divisée dans un peu d’eau , en ayant soin d’agiter en tous sens, et à chaque affusion, la liqueur que l’on clarifie , et d’en séparer à mesure l’albumine coagulée. On continue d’ajouter de l’eau albumineuse et d’écuiner , jusqu’à ce que le suc soit éclairci au point de pouvoir remarquer le fond du vase, et que le coagulum soit moins coloré , si c’est le blanc d’œuf qu’on emploie , ou enfin, qu’une portion de la liqueur mise à refroidir, conserve sa transparence , lors même qu’elle est étendue d’eau. Arrivé à ce point , on coule par un blanchet. On observe que , malgré leur transparence parfaite , les sucs clarifiés par ce moyen retiennent toujours un peu d’albumine en solution, puisqu’il s’en dépose une petite quantité pendant tout le courant de la concentration de ces liqueurs en extrait.

Dans les arts, ce procédé est modifié suivant l’espèce de suc, ou la fabrique. Ainsi , l’on ajoute de l’eau de chaux , du plâtre , de la craie , du charbon animal, des acides , etc. On conçoit que de semblables moyens changent, les propriétés physiques et chimiques des sucs ; mais loin que ce soit un inconvénient, c’est alors un bien par rapport au produit qu’on a en vue de retirer. En Pharmacie, la clarification par le blanc d’œul

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change tellement les propriétés de ces liquides , qu’on ne leur accorde presque plus de vertu, tant est grande l’altération qu’ils ont subie. On ne doit pas l’employer pour la dépuration des sucs médicinaux.

De la conservation des sucs. Les sucs , suivant leur nature, peuvent se conserver plus ou moins de temps en bon état. Ceux de fruits et de plantes acides sont plus susceptibles de l’être que ceux de feuilles , de racines , d’écorces et de fleurs ; les sucs sucrés le sont moins que les sucs salines, et ceux-ci moins que les sucs amers ou aromatiques. Pour prévenir leur altération , qui est toujours produite par le contact de l’air , qui les dispose à fermenter , on a proposé l’emploi de plusieurs intermèdes, qui sont l’huile fixe, l’alcool, l’acide sulfureux , le sulfite de chaux , le bouchage et le calorique , ou le procédé d’Appert.

1. Conservation par V huile. C’est le plus ancien de tous les moyens, et celui qui est le plus fréquemment usité aujourd’hui , malgré ses inconvéniens. On a proposé tour à tour l’usage de l’huile d’olives , d’amandes douces et d’œillette pour cet objet; mais toutes les unes comme les autres ne sont pas à l’abri d’inconvéniens. On leur a attribué , et à tort, de communiquer une saveur étrangère aux sucs acides, sans considérer que leur saveur change pendant leur conservation, qu’on ait ou non fait usage de ces intermèdes. Le défaut qu’elles ont , c’est de ne pas assez intercepter la communication de l’air qui y pénètre, et qui donne lieu à la fermentation. {V. Journal de Chimie médicale, t. IV, p. 338.)

2. Conservation par l’alcool. Ce corps, qui , mis en contact avec les sucs d’herbes et de plusieurs fruits , trouble leur transparence et détermine la précipitation de leur albumine , etc. , est un excellent moyen de conservation , lors même qu’on bouche seulement avec du papier les vases qui les renferment. Ce moyen n’est cependant pas adoptable en général ; il peut seulement l’être pour ceux que l’on destine à la confection des ratafias, en tenant compte de la quantité d alcool employé et de sa densité. Il a, dans ce cas, l’avau-

tage de les dépurer, de les conserver et d’éviter qu’eu les filtrant on n’en perde toujours, une certaine quantité, ce qui est à apprécier en grand , puisque la liqueur est soumise à la filtration après qu’elle est entièrement préparée.

3. Conservation par le gaz sulfureux et le sulfite de chaux. Le gaz sulfureux conserve parfaitement les sucs , mais il les décolore , altère leur odeur et leur communique une saveur et une odeur sulfureuse désagréable et si tenace , que l’application de la chaleur ne peut les en priver. Ce moyen est donc impraticable en Pharmacie; c’est tout différent dans les arts, où la couleur n’est comptée pour rien , et où l’on peut neutraliser le gaz par l’emploi de quelques agens , sans nuire à la bonté du suc , pour le but qu’on se propose. Les sucs conservés par le gaz sulfureux déterminent la précipitation des acides que la plupart des sucs de fruits contiennent. (V. Journal de Chimie médicale , t. IV, p. 33g. )

L’emploi du sulfite de chaux est à l'abri des inconvénient du gaz sulfureux, et en possède la propriété conservatrice. Il détermine bien dans les sucs de légers précipités , mais ces dépôts ne sont dus qu’à du sulfate calcaire formé aux dépens de la décomposition du sulfite et de l’air contenu dans le col des bouteilles , dont l’oxigène de ce dernier s’unit à l’acide sulfureux du premier, et l’acide sulfurique formé se combine à la chaux de l’intermède conservateur : 12 à i5 grains de sulfite de chaux suffisent pour conserver exactement , et pendant l’espace de plus d’une année , une pinte de suc acide.

4. Conservation par le procédé d’’ Appert. Si les intermèdes ci-dessus n’offrent pas, ou ne peuvent pas toujours offrir des moyens propres à conserver toutes les espèces de sucs, tant aflinaux que magistraux , le procédé d’Appert a sur eux cet avantage ; il a encore celui de ne leur communiquer aucune saveur ni odeur étrangère, et de conserver leur couleur pendant un plus grand nombre d’années.

Ce procédé consiste : x°. à faire un choix de bouteilles et de bouchons fins et unis ; 20. à remplir chaque vase de suc jusqu’à la naissance du col ; 3°. à boucher exactement les

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vases, en y introduisant adroitement et avec force des bouclions bien mâchés avec un instrument particulier, et à les consolider au moyen du fil de fer ; 4°- les bouteilles ainsi disposées , on les enveloppe d’un sac de toile forte ou de paille, on les place les unes à côté des autres dans une bassine à fond plat, on ajoute de l’eau fraîche jusqu’à la naissance du col, et l’on chaude le bain de manière à le porter graduellement jusqu’à l’ébullition ; après quelques bouillons, on éteint le feu du fourneau sur lequel on avait placé la bassine , et on laisse le tout en repos, jusqu’à ce que l’eau du bain ne soit plus que tiède ; 5°. à cette époque , on vérifie les bouteilles, on sépare celles qui se sont cassées entièrement ou en partie, et l’on enveloppe le bouchon et le col de celles qui ont résisté à la chaleur, au moyen d’un lut composé de chaux récemment éteinte et de fromage gras ; 6°. enfin , on les place à la cave, couchées sur du sable. Pendant cette opération , les sucs se troublent et déposent peu de temps après. Ce changement est dû à la combinaison de l’oxigène de l’air avec l’albumine, ou 1e principe fermentescible de ces liqueurs , qui , devenu insoluble, trouble leur transparence et forme des dépôts au fond des vases.

Quelque grand que soit l’avantage de ce procédé sur les précédens , on se convaincra aisément , par la comparaison des sucs récemment extraits avec ceux conservés par ce dernier moyen, qu’il existe entre eux une différence, quoique peu marquée , mais sensible dans la préparation qu’on en fait. C’est ce qui nous a fait penser qu’il serait plus convenable de se servir de suite de la plus grande partie des sucs récens , et d’en conserver une petite portion à part , que l’on réserverait pour subvenir aux besoins. (Reclüz )

SUCS PROPRES DES VÉGÉTAUX. On nomme ainsi les liquides gommeux , résineux, ou huileux, qui existent dans certains végétaux , et d’où dépendent en général leurs propr iétés actives. Ils sont contenus dans des vaisseaux particuliers auxquels on donne le nom d’ulricules, de réservoirs de ■sucs propres , etc. Les sucs gommô-résineux sont opaques et

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