Tome V. i
TARTRATES.
étant d’une étendue qui ne nous permet pas de les consigner ici , nous renvoyons nos lecteurs au Mémoire de l’auteur, inséré dans le Journal de Pharmacie , octobre 1824.
Dans un travail publié par M. Henry, chef de la Pharmacie centrale , dans les t. I et II du Journal de Chimie médicale , ce savant pharmacien s’est occupé d’examiner la valeur des divers modes d’obtgnir l’émétique parles procédés de M. Philips, du Codex, des Pharmacopées d' Edimbourg, de Dublin, de Londres. De ces expériences il a conclu, i°. que le moyen donné par M. Philips présente , au premier aperçu , de l’avantage ; mais qu’on éprouve l’inconvénient de ne jamais savoir sur quelle quantité de sulfate on agit ; en effet, ce sel, préparé suivant la formule publiée par l’auteur, renferme plus ou moins de métal , et de plus le produit a paru contenir du bi-larlrale de potasse en assez grande quantité ; 2°. que le procédé du Codex de Paris exige une manipulation longue pour fournir l’émétique pur et en cristaux; et quoique les dépenses paraissent peu considérables, cependant quand on met en compte le temps et la manipulation , on reconnaît qu’il n’y a pas d’avantage à l’employer ; 3°. que les deux procédés de la Pharmacopée d! Édimbourg ne peuvent soutenir la concurrence. L’auteur donne tout l’avantage au procédé de la Pharmacopée de Dublin, qui consiste à préparer l’émétique avec i 2 5. gram. (4 onces) de sous-chlorure d’antimoine; i3 -j gram. (4 onces 2 gros 18 grains ) de crème de tartre; eau , i5oo gram. (31iv.). Ce procédé ayant été modifié, nous n’indiquerons pas le mode d’agir, mais bien le procédé de Dublin, modifié par M. Henry.
Procédé de Dublin modifié. On prend : sulfure d’antimoine, I25o gram. ( 2 livres 8 onces) ; acide hydro-chlorique à 22°, 6900 gram. (i3 livres 12 onces 4 gros); acide nitrique, 80 gram. (2 onces 4 gros ). On introduit le sulfure réduit en poudre très fine dans un màtras de verre d’une capacité du double au moins du volume du mélange; on verse dessus environ 1 ou 2 kilog. ( 2 ou 4 livres) du mélange fait avec les acides hydro-chlorique et nitrique, jusqu’à ce que le
TAKTKATES. 19S
sulfure soit imbibé tle ce liquide; ou ajoute alors le reste de l’acide mixte ; on dépose le' inatras sur un bain de sable ; et l’on porte à l’ébullition à l’aide d’un feu modéré , qui donne lieu à un grand dégagement de vapeurs gazeuses, à l’action desquelles on ne doit pas s’exposer; on continue de chauffer jusqu’à ce que les gaz qui se dégagent soient assez privés d’hydrogène sulfuré pour ne pas noircir le papier blanc trempé dans l’acétate de plomb liquide. On laisse refroidir et reposer la liqueur jusqu’à cé qti’elle soit transparente; on la décante, et pour entraîner celle qui reste et qui mouille le résidu , on lave celui-ci avec un peu d’acide hydro-chlorique ; on laisse déposer; on décante de nouveau, et l’on réunit l’acide qui a servi au lavage, au premier liquide obtenu par décantation. Ces deux liquides réunis sont destinés à fournir de la poudre d’Algarotli , qu’on obtient de la manière suivante :
On verse le liquide acide dans une grande quantité d’eau ; on agite à mesure que l’on fait le mélange, afin que la poudre qui se produit soit très divisée, et qu’on puisse la laver plus exactement. On reconnaît que la masse d’eau employée est assez considérable quand, après avoir décomposé l’hydrochlorate d’antimoine liquide par l’eau, le liquide surnageant ne se trouble plus lorsqu’on le verse dans une nouvelle quantité de ce liquide. S’il précipitait encore , il faudrait la mêler avec une nouvelle quantité d’eau, afin d’obtenir la plus grande quantité possible de poudre d’Algaroth. Toute la poudre étant précipitée, on la lave à plusieurs reprises, et jusqu’à ce que l’eau qui en sort ne soit plus acide et ne rougisse pas le papier bleu de violettes ou de tournesol. On réunit le précipité sur une toile pour le laisser égoutter pendant 24 heures, afin de le débarrasser d’une portion d’eau, et l’on eçtime ensuite celle qu’il contient encore en en desséchant une petite portion, 20 gram. (5 gros), par exemple, à une douce chaleur et dans une capsule de porcelaine , pesant ensuite la poudre qu’on obtient pour résidu ; c’est avec cette poudre qu’011 prépare l’émétique.
196 TAUTIUTES.
On prend, i°. ioo grain. (3 onces i gros) de poudre antimoniale sèche, ou une plus grande quantité' de masse humide, 124, par exemple, si 100 parties de poudre contenaient 20 parties d’eau; 2°. i45 gram. (4 onces 5 gros) de crème de tartre ; 3°. quantité suffisante d’eau , i kilogramme (2 livres). On fait bouillir l’eau dans une marmite de fonte; on mêle exactement la poudre d’Algaroth avec la crème de tartre pulvérisée; quand le mélange est fait, on jette dans l’eau bouillante , et l’on fait évaporer rapidement jusqu’à ce que le liquide marque 25° au pèse-sel ( Baumé ) ; lorsqu’elle est arrivée à ce degré , on filtre la liqueur’ , et lorsqu’elle est filtrée on la pox-te dans un lieu tranquille ; on la laisse cvistalliser. Bientôt l’émétique commence à se déposer, et du jour au lendemain la cristallisation est complète. On décante les eaux-mères, et l’on fait sécher l’émétique pour le conserver; car il n’a nul besoin d’être purifié, ni de subir de nouvelles cristallisations. On traite ensuite les eaux-mères de la manière suivante : on sature l’excès d’acide par de la craie , on filtre, on réunit les eaux filtrées à celles qui proviennent du lavage du papier qui a servi à la première filtration, et l’on concentre le tout à 25°. On obtient ainsi une nouvelle quantité d’émétique ; on fait évaporer une seconde fois les eauxmères, qui fournissent encore une nouvelle quantité d’émétique. Ces deux derniers produits , qui sont colorés par un peu de fer, doivent être mis de côté pour être purifiés. Arrivé à ce point , il serait inutile de chercher à obtenir une nouvelle quantité d’émétique , les cristaux qu’on obtiendrait seraient un mélange d’émétique avec des sels étrangers. Les détails donnés par M. Henry ne pouvant faire partie de ce Dictionnaire à cause de leur étendue, nous renverrons nos lecteurs au Mémoire publié par ce chimiste dans le Journal de Chimie médicale, t. II, p. 8 et suivantes.
L’émétique est un solide incolore, plus soluble dans l’eau chaude que dans l’eau froide. L’eau distillée bouillante en dissout la moitié de son poids , l’eau froide environ un quatorzième. Il cristallise en octaèdres transparens , quelquefois
TARTINATES. 197
en tétraèdres. Il est acide, rougit la teinture de tournesol, a une saveur nauséabonde particulière.
Exposé au contact de l’air , ce sel s’effleurit ; exposé à l’action de la chaleur , il se décompose : l’acide tartrique est entièrement détruit ; on a pour résidu de la potasse et de l’oxide d’antimoine.
Donné à l’intérieur, il détermine des vomissemens ; à haute dose , il cause l’empoisonnement. Les secours à donner consistent à favoriser le vomissement que ce sel excite, en administrant d’abord une grande quantité d’eau tiède, titillant ensuite le larynx avec une barbe de plume. On fait prendre ensuite des solutions, astringentes préparées avec l’écorce de chêne, la noix de galle, le quinquinf, le thé, l’écorce de saule, etc. , etc.
Les réactifs qui font connaître ce sel sont :
i°. L’hydrogène sulfuré , qui , dans les dissolutions d’émétique, détermine un précipité brun-rougeâtre, et qui est formé de sulfure divisé (kermès).
20. Les hydro - sulfates , qui produisent un précipité de même nature.
3°. L’infusion de noix de galle, qui donne un précipité floconneux grisâtre. Ce précipité , séché et traité au chalumeau, est ramené à l’état de métal, en donnant premièrement les produits qui résultent de la décomposition des matières végétales.
4°. L’émétique, en dissolution dans l’eau, est précipité en blanc par l’hydro-cyanate ferrure de potasse.
D’après les expériences de M. Henry , l’émétique pur ne précipite pas, i°. par l’hydro-chlorate de baryte; 20. par l’oxalate neutre d’ammoniaque ; 3°. par le nitrate acide d’argent ; 4°. par l’acétate acide de plomb.
TARTRATE DE POTASSE ET DE SOUDE, Sel poljchreste soluble. Sel de Seignelte , Deulo-tartrate de potassium et de sodium. Ce sel , découvert par un pharmacien de La Rochelle, nommé Seignette, fut recommandé par ce praticien dans un écrit qu’il publia en 1672. Lémery l’ayant mis en usage et lui
io)8 TARTRATES.
ayant donne de la vogue, Seignette en retira de très grands profits , en tenant sa formule secrète. En 1731 , Boulduc et Geoffroy ayant reconnu la composition de ce tartrate, ils la publièrent.
On prépare ce sel en dissolvant dans de l’eau distillée ( ou dans de l’eau de pluie, lorsqu’on peut s’en procurer) une quantité quelconque de sous-carbonate de soude cristallisé. La solution faite, on porte à l’ébullition, et l’on ajoute, peu à peu, dans le liquide du sur-tartrate de potasse jusqu’à ce que la saturation de la solution alcaline soit complète , ce qu’on reconnaît lorsque la solution ne rougit plus le papier de tournesol , ne ramène pas au bleu le papier de tournesol rougi par un acide (1). On ajoute alors une petite quantité cl’alcali. Cet excès d’alcali favorise la cristallisation, du sel. On filtre la liqueur. Lorsqu’elle est filtrée, on. la remet sur le feu, et l’on fait évaporer jusqu’à ce qu’elle marqué 36° à l’aréomètre. On laisse déposer, on tire à clair dans des terrines , et on laisse en repos. Le sel de Seignette se dépose sur les parois des terrines. Lorsque la cristallisation est terminée, ce qui a lieu au bout de quelq-tïgs1 jours , on décante les eaux-mères, on met à égoutter la terrine qui contient les cristaux. Lorsqu’ils sont égouttés , on les détache de la terrine, on les lave avec un peu d’eau , on les met de nouveau à égoutter ; lorsqu’ils sont secs , on les enferme dans des boîtes de bois garnies de papier à l’intérieur. On réunit les eaux-mères , en ayant soin , si elles sont colorées-, d’y ajouter un peu de charbon animal , et de faire jeter quelques bouillons. On filtre, on fait évaporer jusqu’à ce qu’on soit arrivé au degré nécessaire. On porte de nouveau la liqueur à cristalliser, et l’on répète cette opération jusqu’à ce qüe les eaux-mères soient épuisées. Dans cette opération , Eexcès d’a-
(i) Les proportions données sont les suivantes :
Sous-carbonate de soude cristallisé. ... 4 kil. 75o gram. ( ç) liv. 8 onc. ); Sur-tartrate de potasse (crime de tartre) 3 Goo ( 7 liv. 3 oilc. 1 gr.)j Eau ' . t5 (3b liv. j.
TARTRATES. 199
eide du sur-tartrate de potasse s’unit à l’oxide de sodium du sous-carbonate de soude , en dégageant l’acide carbonique et en formant un tartrate de soude qui s’unit au tartrate île potasse pour former un sel triple. Marquer , Figuier , MM. Henry, Yauquelin, se sont occupés de ce sel. Le pre- . inier de ces chimistes obtint des eaux-mères du sel de Seignette un sel en aiguilles fines , qui était un combiné de soude , de potasse et d’acide tartrique , dont la cristallisation avait été modifiée par des substances étrangères à ce sel. M. Vauqueliu a déterminé les proportions dans lesquelles les tartrates de potasse et de soude sont unis ensemble. Ces proportions sont les suivantes :
Tartrate de potasse, 54 ,
Tartrate de soude, 4^-
Ce sel cristallise en prismes à 8 ou 10 pans inégaux dont les extrémités sont tronquées à angles droits. Les pans sont divisés en deux dans la direction de leur axe , et la base sur laquelle ils reposent est marquée de deux lignes diagonales qui se croisent de manière à la diviser en quatre triangles. Il est susceptible de prendre des formes bien régulières lorsqu’il cristallise au milieu d’un liquide , et suspendu sur des fils placée dans la liqueur, qui ont reçu les premiers rudimens des cristaux. Sa saveur est légèrement amère ; il est soluble dans l’eau froide, et plus soluble clans l’eau chaude. Exposé à l’état solide, à l’action de l’air, il n’éprouve pas d’altération. Soumis à l’action du feu, il est décomposé, comme tous les sels végétaux , et il laisse pour résidu un mélange de sous-carbonate de potasse et de sous-carbonate de soude.
Ce sel est usité en Médecine comme purgatif. Sa saveur, moins désagréable que celle des sulfates de soude et de magnésie, le fait employer de préférence à ces sels. (A. C.)
TARTRATE DE POTASSE ET DE FER LIQUIDE, Teinture de Mars lartarisée , Tartre martial soluble, Tartrate d’oxide de potassium et de fer. Ce sel est le résultat de la combinaison de l’acide tartrique avec des oxides de potasse et de fer, Pour
aoo
T AllT RATES.
l’obtenir, on prend 64 grain. (2 onces; de limaille de fer bien nette, et 160 grain. (5 onces) de sur-tartrate de potasse. On met ces deux substances dans une chaudière de fer, on y ajoute de l’eau distillée en quantité nécessaire pour former une pâte molle , qu’on a sein de remuer de temps en temps, en y ajoutant une petite quantité d’eau, pour que la masse ne prenne pas une consistance solide. Pendant ce temps , une partie de l’eau est décomposée avec dégagement d’hydrogène; une autre partie est absorbée par le mélange. Après vingtquatre heures , on ajoute 25o grarn. (8 onces) d’eau pure, on fait bouillir pendant deux heures, on remue avec une spatule de fer, et l’on ajoute de l’eau bouillante pour remplacer celle qui s’évapore. Quand l’ébullition est terminée , on laisse reposer, on décante la liqueur, on filtre; on lave le précipité ; on fait ensuite évaporer jusqu’à ce que la densité du liquide soit telle , qu’il marque 3a0 à l’aréomètre. On arrête l’évaporation , on laisse refroidir ; lorsque le liquide est froid, on y ajoute 6. grammes (demi-once ) d’alcool à 36° ; on remue bien , pour faire un mélange exact, qui doit être enfermé dans un flacon bien bouché.
M. Boutron-Charlard , d’après des expériencesfaites sur ce tartrate (1) , a reconnu que , dans cette opération, il y avait, non-seulement formation d’un tartrate de fer et de potasse soluble, mais encore d’un tartrate neutre de fer. Ce tartrate , insoluble, reste sur le filtre, et cause une perte considérable.
Cette perte est telle, que, si l’on évapore le produit soluble obtenu de 64 parties de limaille de fer et de 160 parties de sur-tartrate de potasse, on n’obtient que 96 parties de tartrate de potasse et de fer desséché, connu sous le nom d ’ extrait de Mars.
Le tartrate de potasse et de fer desséché attire l’humidité de l’air. Cette propriété, qu’on regardait comme appartenant à ce sel, est, d’après le même chimiste , causée par une petite
(1) Journal de Pharmacie , décembre 1823.
TARTRATES.
quantité d’alcali ( potasse ) mise à nu pendant la réaction clc l’oxide de fer sur le tartrate de potasse. (A. C.)
TARTRATE DE POTASSE ET DE FER, Tartre chalybè soluble. Ce sel diffère peu du précédent. On le prépare en mêlant ensemble \o parties de tartrate de potasse neutre pulvérisé , et 160 parties de tartrate de potasse et de fer liquide, faisant évaporer à une douce chaleur jusqu’à ce que le tout soit sec , conservant ensuite ce produit desséché dans un vase parfaitement bouché.
Ces deux derniers médicamens sont employés en Médecine , à diverses doses, comme toniques et comme emménagogues.
TARTRATE DE POTASSE ET DE FER SOLIDE , Boules de Mars, Boules de Molsbeim , Boules de Nancy. Nous avons décrit ces préparations dans le Ier volume, à la page 71 ; mais nous n’avons pu faire connaître la formule publiée récemment par M. Guibourt , dans le Journal de Chimie médicale, t. IY, année 1828.
12 kilogr. (24 livres); 2 kilogr. ( 4 livres); 12 kilogr. (24 livres).
12 kilogr. (24 livres); 12 kilogr. (24 livres); i5â 2okil. (3o à !\o 1.).
2 kil. 5oo gr. (5 liv.) ;
2 kil. 5oo gr. (5 liv.);
3 kilogram. (6 liv.).
1™ préparation. On fait une décoction avec l’eau et les espèces vulnéraire ; on met le décoctum , avec la limaille de fer, dans une grande bassine de fonte ; on fait évaporer à siccité , et l’on pulvérise.
2e préparation. On remet daçs la bassine la limaille de fer , préparée avec les 12 kilog( ( 24 livres ) de tartre , et i5 à 20 litres ( 3o à 4» livres) d’un nouveau décocté vulnéraire ;
1 uicj ceue lormuie :
i Limaille de fer
impréparation) Espèces vulnéraires.. .
I Eau
f Limaille préparée. . . .
2e prépara tion / Tartre rouge en poud re.
( Décocté de-plant, vuln.
i Composition ci-dessus.
Tartre rouge
Décocté vulnéraire. . . .
2oa TAXIDERMIE.
on fait évaporer doucement l'humidité , en remuant continuellement et jusqu’à ce que la matière se prenne par refroidissement en une pâte ferme ; on retire la bassine du feu, on la garde pendant un mois dans un lieu tempéré ; au bout de ce temps , on casse la masse, qui s’est entièrement desséchée , et on la réduit en poudre.
3e préparation. On prend i5oo grammes (5. livres) de cette poudre ; on la met dans une marmite de fonte avec une égale quantité de tartre rouge et 3 litres ( environ 6 livres ) de décodé vulnéraire ; on évapore à un feu modéré, en remuant à force de bras , jusqu’à ce que , en faisant refroidir un peu de la masse , on voie qu’elle durcisse presque entièrement. Ordinairement on s’aperçoit qu’on est arrivé à ce point lorsque le fond de la bassine se dessèche ; il se dégage alors de la masse une fumée noire odorante. On retire le feu du fourneau; on laisse la chaudière dessus, et tandis que la matière est encore chaude , on se hâte de la convertir en boules de 32 à 64 grammes ( i à 2 onces) que l’on recouvre d’une légère couche' d’huile.
TARTRE. On a donné ce nom au tartratc acidulé de potasse impur qui se dépose sur les parois des cuves et des tonneaux qui servent à renfermer le vin-; ce produit est rouge ou blanc sale , selon qu’il provient du vin rouge ou du vin blanc. V. Tar- TRATE ACIDULE DE POTASSE. (A. C;)
TARTRE DENTAIRE. On a donné ce nom à un enduit qui s’incruste à la base de ,1a couronne des dents, s’accumule dans l’intervalle , et qui , si on ne l’enlève pas , finit par encroûter la surface de ces petits os. Cette production naturelle est formée de phosphates et de carbonates terreux et d’une matière animale. Ce produit a été examiné par MM. Fourcroy, Yauquelin et Laugier. (A. C.)
TARTREUX, TARTRIQUE. V. Acide tartrique.
TAXIDERMIE. Ce nom, qui désignç strictement l’arrangement ou la préparation des peaux , a été donné par extension à l’art de préparer et de conserver, pour les collections , tous les objets d’Histoiré naturelle.
TAXIDERMIE. ao3
Les anciens ignoraient complètement cet art, et de même que le vulgaire le pratique encore aujourd’hui pour certains animaux, ils se bornaient à bourrer de paille (d’où est venu le mot empailler ) les peaux dessécbe'es , sans y apporter ces soins et cette adresse qui aujourd’hui semblent destinés à rendre une éternelle vie aux animaux conservés dans nos musées. La taxidermie est donc une source nouvelle de jouissance pour les amateurs; mais elle a une importance plus réelle lorsqu’on la considère sous le point de vue d’utilité que les sciences naturelles peuvent en rétirer. C’est en effet par cet art que le naturaliste peut se "procurer la représentation fidèle et durable des objets, et qu’il retrouve à volonté des moyens de comparaison pour les études, que ne lui présentent ni les livres ni même les dessins et des peintures. Conserver parfaitement les formes naturelles des animaux vivans est donc la grande difficulté à vaincre pour celui qui s’adonne à la taxidermie ; mais cette difficulté ne peut être surmontée en se bornant à suivre des préceptes et des règles invariables; il faut encore des connaissances multipliées en Histoire naturelle , et un certain goût, une certaine adresse , qui ne se transmettent pas facilement. En un mot, c’est un art ; et comme tout art suppose un apprentissage, c’est après avoir mis la main à l’œuvre pendant long-temps que l’on peut espérer d’y devenir habile. Par ces motifs, nous n’expôserons pas les détails de l’art de conserver les animaux, détails qui seraient déplacés dans un ouvrage uniquement destiné à faire connaître les objets utiles à la Médecine et aux arts industriels et économiques.
Le nombre des animaux qui composent la faune médicale étant excessivement borné , un cabinet de Mammalogie ou .d’Ornithologie n’est pas aussi utile au pharmacologiste qu’un herbier ou qu’une collection de minéraux. Néanmoins, il pourra lui arriver d’avoir à préparer quelques animaux rares, et il sera bien aise d’en connaître les moyens généraux. Voici, A cet égard, les précautions les plus essentielles :
Tous les animaux mous , non soutenus par un squelette ou une charpente osseuse , et non revêtus d’une peau solide
ao 4 TAXIDERMIE.
ornée de plumes ou de poils; ceux qui sont d’une telle petitesse qu’on ne puisse les disséquer et les vider avec facilité ; les organes charnus ou membraneux , tels que les principaux viscères , doivent être conservés dans une liqueur préservatrice, telle que l’alcool, l’acide acétique étendu, la solution de sublimé corrosif , etc.
Les Mammifères et les Oiseaux seront dépouillés de leurs peaux avec tout le soin et la propreté possibles ; on les nettoiera des fibres charnues qui y adhèrent , et on les enduira d’une composition préservatrice quelconque; ensuite on montera la pièce en plaçant dans l’intérieur du corps une charpente de fil de fer , en la remplissant de filasse , de crin ou de toute autre matière flexible , mais non hygrométrique. On place , dans les orbites, des yeux artificiels absolument semblables à ceux de l’animal.
Parmi les nombreuses substances ou compositions préservatrices qui ont été vantées par les manipulateurs , aucune ne remplit aussi efficacement toutes les conditions voulues que le savon arsenical de Becœur. C’est ici le lieu d’en donner la formule , qui a été omise à l’article des Savons. Prenez :
Oxide blanc d’arsenic ( arsenic blanc du commerce ) 206 grammes (8 onces) ;
Potasse g6 grammes (3 onces) ;
Chaux en poudre. . 32 grammes (i once);
Savon 256 grammes (8 onces);
Camphre 16 grammes (demi-once).
On commence par dissoudre le camphre dans une petite quantité d’esprit-de-vin ; on y ajoute l’arsenic, la potasse et la chaux en poudre , puis le savon divisé en petites tranches , et l’on agite le mélange avec une quantité suffisante d’eau pour que le tout ne fasse qu’une pâte bien homogène. Lorsque l’on veut faire usage de cette pâte , on en délaie une certaine quantité dans de l’eau , et on l’applique de la manière suivante sur la surface interne des peaux :
On imbibe un pinceau d’une dissolution de savon arsenical
TEINTURES. ao5
en consistance de crème ; on l'introduit , ainsi imprègne' , dans le crâne par le trou occipital; on continue, après avoir retourne' la peau, à e'tendre cette drogue dans l’intérieur du cou, du corps, dans les cuisses, etc. , partout enfin où la peau peu écorche'e en indique le besoin. On doit e'viter d’en placer aux parties exte'rieures , ni d’en laisser tomber sur les plumes ou sur les poils. (G...n.)
TEFF. C’est le nom que porte , dans les contre'es d’Afrique voisines de la Mer Rouge, le Poa abyssinica, graminée dont le grain est employé' à faire une sorte de pain sans levain , en forme de gâteaux ronds , de l’épaisseur d’environ un demitravers de doigt. Il est facile à digéi'er , d’un goût un peu aigre, mais agréable. (G... N.)
TEINTURES. On donne le nom de teinture à de l’alcool chargé par digestion des principes actifs d’une ou de plusieurs substances médicamenteuses.
Cette dénomination, teinture , n’est pas exacte; elle présente une fausse idée, car le mot de teinture donne l’idée d’une substance colorée , et cependant plusieurs de ces préparations sont incolores : de ce nombre sont les teintures de térébenthine, de baume de copahu, etc. Plusieurs dénominations ont été proposées pour remplacer le mot teinture ; de ce nombre sont : celle d’infusum alcoolique, qui indiquerait toutà-la-fois le mode de préparation et la nature du produit; celle d 'alcoolés, proposée par M. Chéreau. Cette dénomination a été adoptée par MM. Henry et Guibourt, qui ont divisé les alcoolés en cinq classes : la première renferme les alcoolés proprement dits , ceux qui ne contiennent que des substances végétales et animales, quelques matières d’origine organique, quelquefois une petite quantité de sucre ou de substance saline ; la deuxième , les alcoolés sucrés , ceux dont le sucre est une des parties constituantes ; la troisième , les alcoolés acides , ceux qui contiennent des acides dans leur composition ; la quatrième, les alcoolés ammoniacaux, ceux dans lesquels on fait entrer l’ammoniaque ; la cinquième, les alcoolés à sels métalliques. Ces dernières préparations sont peu nombreuses. Les
ao6 TEINTURES.
mêmes auteurs ont fait un chapitre particulier des préparations connues sous le nom de teintures é.thérées ; ils leur ont donné le nom d ’éthérolés. Dans ce Dictionnaire, nous emploierons le mot teinture , divisant les teintures en alcooliques et en étliérées ; enfin, par appendice, nous donnerons des teintures qui ne sont pas employées comme médicamens. Nous regrettons de ne pouvoir mettre en usage les nouvelles dénominations proposées, par la raison qu’elles ne sont pas généralement adoptées et par les médecins et par les pharmaciens, de manière que l’emploi et des dénominations anciennes et des dénominations nouvelles, au lieu de simplifier la nomenclature pharmaceutique , donne lieu à une confusion qu’il est désirable de voir cesser, dans l’intérêt des élèves et dans celui des praticiens (i).
L’alcool employé dans la préparation des teintures n’étant jamais absolu et contenant toujours une certaine quantité d’eau, il agit de deux manières sur les substances avec lesquelles on le met en contact à l’aide de l’eau qu’il contient : il dissout des sels, de l’extractif, du mucilage ; de son côté, l’alcool s’empare des résines, des huiles essentielles. Il résulte de ce mode d’action, que, suivant le degré de concentration de l’alcool employé , le médicament varie dans sa composition et dans ses propriétés. Le pharmacien doit donc , dans la préparation des teintures, déterminer le degré de concentration de l’alcool d'après la connaissance qu’il a acquise de leur nature. Si ces substances sont résineuses, l’alcool employé doit marquer 36°; si l’on veut dissoudre les principes extractifs, on prend l’alcool marquant 220 ; enfin, si l’on veut tout-à-la-fois obtenir des principes extractifs et résineux, on choisit l’alcool à 32° (2).
Les règles suivantes ont été indiquées comme devant être
(1) Il serait convenable qu'une reunion formée fie professeurs des Ecoles de Médecine et de Pharmacie , et de pharmaciens établis, fût appelée à faire un travail sur les modifications h apporter au Codex français et à l’adoption d’une Nomenclature raisonnée.
(2) 100 parties d’alcool à 36° ( la température étant à U0,) demandent.
TEINTURES. 207
suivies par le pharmacien lors de la préparation des teintures.
i°. Toutes les substances doivent être bien desséchées, afin que l’humidité' qu’elles contiennent n’affaiblisse pas l’alcool.
20. Lorsque Ton emploie des substances fraîches ou contenant de l’eau , il faut compenser l’humidité qu’elles^contiennent en prenant de l’alcool à un degré plus élevé (1).
3°. Toutes les substances soumises à l’action de l’alcool doivent être divisées: on les concasse si elles sont perméables à l’alcool, comme la cannelle, le quinquina; on les pulvérise si elles sont imperméables , Comme le succin.
4°. On facilite l’action de l’alcool par la digestion ; à cet effet . on porte la température de l’alcool de 35 à 37° centigrades.
5°. On doit fermer les matras qui contiennent le mélange des substances, et ne laisser qu’une très petite ouverture, destinée à donner passage à l’air dilaté par l’action de la chaleur.
6°. On doit agiter de temps en temps pour renouveler les surfaces et mettre les substances en contact avec l’alcool. Cette
précaution est surtout nécessaire à prendre lorsque Ton agit sur des poudres.
70. Avoir soin de prolonger la digestion plus ou moins longtemps, suivant que la texture du corps est plus ou moins serrée.
8°. Mettre une quantité de substance assez grande pour que l’alcool puisse s’en saturer.
90. Ne filtrer la teinture qu’après l’avoir passée à travers un linge , et avec expression.
io°. Si la teinture est composée (c’est-à-dire si elle participe de plusieurs substances ), il faut soumettre à l’action de l’alcool , premièrement les substances les moins solubles, secondement celles dont la solubilité est plus grande.
pour être ramenées à 220, d’étre mêlées à 80 parties d’eau, el 1 1 parties seulement pour être ramenées à 3i°.
(1) On peut déterminer positivement quelle est la quantité' d’eau que contient nne substance, en en faisant sc'chcr un poids détermine', pesant après la dessication : la quantité d’eau en moins indique le degré de l’alcool à employer.
2o8 TEINTURES.
Teinture d’absinthe. [Codex.) Feuilles sèches d’absinthe, 3a gram.
( i once ) ; alcool h 220 , ia5 grammes (4 onces). On incise les feuilles , on les fait dige'rer avec l’alcool pendant sis jours ; on passe la teinture avec expression; on fdtre, et l’on conserve pour l’usage. On prépare parle meme procédé les teintures de Gatac, de Jalap, d’IpÉCAcuANHA , d’AuNÉE, de Valériane, de Gentiane, deSciLLE, de Colchique, de Noix vomique.
Teinture d’absinthe composée.
{Baume.) Feuilles sèches de grande el de petite absinthe, 12 gram. (3 gros) ; sommités de petite centaurée , 8 gram.
( a gros); girofle, a gram. (3(5 grains); cannelle, !\ grammes (i gros); sucre, 16 grammes^ 8ros)i esprit-de-vin rectifié, 160 grammes (5 onces). On incise les feuilles et les sommités des plantes ; on concasse le girofle , la cannelle, le sucre. On met toutes ces substances dans un matras ; on laisse en digestion pendant quatre jours ; on passe avec expression , on filtre, et l’on conserve convenablement. Cette préparation , qu’on a donnée comme tonique et vermifuge , est administrée à la dose de i à \ gram. (de 18 grains, h l gros ). .
Teintures d’aloès. ( Codex. ) Aloès succolrin pulvérisé grossièrement, 3a grammes (i once); alcool h 3a0, a5o grammes ( 8 onces ). Faites digérer pendant trois jours; filtrez et conservez. On prépare de la même manière les teintures des sucs gomma ou exlracto-résineux. Ces teintures sont celles d’AssA-FCETiDA , d’Euphorbe , de Gomme ammoniaque , de Myrrhe, de Scammonée.
Teinture d’aloès composée Élixir de longue vie. Un grand
nombre de formules ont été données pour la préparation de ce remède , qu’on a long -temps regardé comme une panacée ; nous nous bornerons è donner ici celle consignée dans le Codex : nous pensons qu’elle peut ctre aussi bien employée que celles tant vantées, et qui fournissent des préparations qui n’ont ni plus ni moins de valeur. Aloès succotrin , 36 gram.
(g gros ); racines de gentiane , safran , rhubarbe, agaric blanc, de chaque, 4 gram. ( i gros) ; thériaque , 8 gram.
( 2 gros ). On concasse les racines et l’agaric ; on incise le safran ; on délaie la thériaque : ensuite on fait digérer le tout pendant i5 jours avec de l’alcool h 22«, T ooo grammes ( i livres ). On passe, et l’on verse sur le résidu de nouvel alcool , iooo gram. (2 livres ) ; on ajoute, sucre candi , 32 grammes ( 1 once); cannelle , 4 gram. (1 gros) ; on fait digérer pendant i5autres jours.
On passe; on mêle les deux liqueurs ensemble; on filtre, et l’on conserve pour l’usage. Cette préparation est un tonique amer. On la donne à la dose de 4 à 32 grammes ( de 1 gros h 1 once).
Teinture d’ambre gris. ( Codex.) Ambre gris, 32 grammes ( 1 once) ; alcool à 32°, 64 grammes (2 onces).
On fait d igércr pendant 6 jours ; on passe la teinture, et ou la conserve pour l’usage. On prépare par le même procédé les teintures d’ÉcoRCE de cascarille, de racine d’ellébore
NOIR, de .RACINE DE CONTRAYERVA,
de feuilles d’asaret , de digitale pourprée, de gérofle , de safran, de castoréum, de musc.
Teinture amère , Elixir de Stoughlon. Sommités sèches d’absinthe, de chamoedrys , racines sèches
TEINTURES
«le gentiane, écorces d'oranges amères, de chaque, a4 grammes (6 gros ); écorces de cascarillc , \ grain, (t gros) ; rhubarbe choisie, 16 grapi. ( 4 gros); aloès snccotrin , 4 grammes ( i gros); alcool h aa°, iooo grammes (2 livres).
On incise les sommités sèches et les écorces d’oranges : on concasse la cascarilie, et l’on divise la rhubarbe et l’aloès. On met eu contact avec l’alrool ; on fait digérer pendant t5 jours h une douce chalenr; on passe, on filtre, et l’on conserve pour l’usage.
Teinture amère de Halle, Essence amère de Halle. Sommités de grande absinthe, de tanaisie, de petite centaurée, de trèfle des prés , de chaque , 25o grammes ( 8 onces ); alcool à 25° , 5 kilogrammes (lolivres); sous-carbonate de potasse , 3a grain, (i once). Faites digérer à froid pendant six jours ; passez, filtrez, et conservez.
Teinture ammoniacale , Elixir de gentiane. Racine de gentiane, 64 grammes ( a onces ) ; sous-carbonate d’ammoniaque, i6gram. (4gros); alcool à 23°, 2 kilogrammes (4 livres).
On incise la racine de gentiane , et on l’introduit, ainsi que le sous-carbonatc d’ammoniaque, dans l’alcool ; on laisse en digestion pendant 4 jours; on passe ensuite avec expression; on filtre, et l’on conserve. Si, au lieu de mettre dans l’alcool, et avec la racine, 16 grammes (4 gros) de carbon a lcd 'ammoniaque, on la remplace par 24 grammes ( 6 gros ) de sous-carbonate de soude cristallisé, et qu’on laisse macérer le temps indiqué, on obtient la teinture de gentiane faite au carbonate de soude, et qui est connue sous le nom «l 'Elixir de Pey'rilhe. 1