T ART RATES
la crème de tartre dans l’eau ; on sature par le sous -carbonate de potasse ; on ajoute un peu de charbon , un vingtième; on fait bouillir; on filtre, et l’on fait évaporer à siccité en agitant continuellement, afin d’obtenir le sel à l’état pulvérulent.
Ce qui se passe dans cette opération est facile à expliquer. L’excès d’acide tartareux du sur-tartrate s’unit à l’oxide de potassium du sous -carbonate de soude , en mettant à nu l’acide carbonique, qui se dégage, et formant un tartrate neutre, qu’on fait cristalliser en concentrant la liqueur. Ce sel est composé
de 58,6g d’acide
et de 4 1 , 3 1 de base. ( Berzélius. )
Tl cristallise en prismes rectangulaires à quatre pans aplatis, terminés par des sommets dièdres, lia une saveur amère un peu désagréable ; il est soluble dans l’eau froide, plus soluble dans l’eau bouillante. Exposé à l’action du feu, ce sel se fond, se boursoufle , se charbonne , se décompose en donnant des produits semblables à ceux qu’on obtient des autres sels végétaux , enfin, à du sous-carbonate de potasse.
Comme tous les tarira tes solubles , il précipite les solutions de chaux , de baryte, et donne naissance. à des tartrates insolubles, qui peuvent être décomposés par l’acide sulfurique , en dormant de l’acide tartrique liquide et un sulfate insoluble.
TARTRATE DE POTASSE ET D’ANTIMOINE , Tarirait de potasse anlimonié , Emélique , Tartre slibié , Tartre émétique , Deuto-larlrate de potasse et d'antimoine. Ce sel est le résultat de la combinaison de l’acide tartrique avec la potasse et l’oxide d’antimoine , dans les proportions suivantes, selon M. Berzélius,
Potasse 12,53 ,
Oxide d’antimoine 27,10 ,
Acide tartrique . . 53, 20 ,
Eau 7,17,
TARTRATES.
et d’après Tomson,
de 4^,53 d’acide tartrique ,
36, 8i d’oxide d’antimoine, 16,66 de potasse.
Sa découverte date du seizième siècle ; c’est à Adrien Mvnsiclit qu’on en est redevable; il le lit connaître en i63i , dans le traité qu’il publia sous le nom de Thésaurus chimico-me— dieu s (1).
La plupart des chimistes , Lemery , Baron , Bergmann , Lassonne, Macquer, Scheèle , Fourcroy, Baume, Lartigues, Henry, Soubeiran et Philips, s’occupèrent de sa préparation. Bergmann décrivit ses propriétés de telle manière , que la description qu’il en a donnée est encore celle qu’on pourrait en faire aujourd’hui.
Un grand nombre de procédés ont été mis en usage pour la préparation de l’émétique. Tous ces procédés , qui ont été rapportés par Bergmann , étaient basés sur la saturation de l’excès d’acide du tartrate acidulé de potasse par l’oxide d’antimoine provenant des oxides blancs ou des préparations d’antimoine connues sous les noms de crocus , d’oxide sulfureux, vitreux , etc. Les divers modes de préparation, suivant Geoffroy, donnaient lieu à des combinés différens. Ce chimiste publia que l’émétique que l’on obtenait par ces procédés divers n’était pas identique , et qu’il contenait depuis un dix-huitième jusqu’à un vingt - cinquième d’oxide d’antimoine.
Plusieurs méthodes sont encore mises en usage pour obtenir ce tartrate ; celles que nous allons décrire sont suivies à l’époque actuelle.
Procédé du Codex. Pour obtenir l’émétique par le procédé
(1) Quelques auteurs ont écrit queMynsicht avait tiré ce procédé du traité de Cornachikus, ayant pour titre Mcthodus n pu Itérant , 1630. On peut cependant regarder cette assertion comme hasardée, puisqu’elle n’est fondée que sur des probabilités.
190 TARTRATES.
décrit dans le nouveau Codex , on prend 16 parties d’oxide d’antimoine sulfuré vitreux porplivrisé ( verre d’antimoine ) , 2^ parties de crème de tartre réduite en poudre , et 2/{o parties d’eau de pluie , ou mieux de l’eau distillée. On met d’abord les deux poudres dans une bassine de terre ou d’argent (1) , et l’on y ajoute une petite quantité d’eau. On mêle avec une spatule de bois , et quand le mélange est à l’état de pâte bien homogène , on ajoute peu à peu le reste de l’eau. On place ensuite la bassine contenant le tout , sur un fourneau ; on fait bouillir pendant trois quarts d’heure environ , remuant et ajoutant de temps en temps de l’eau bouillante pour remplacer celle qui s’évapore. Lorsque l’ébullition a eu lieu , on laisse refroidir la liqueur , et lorsqu’elle est encore à une température de 3o° à 35°, on filtre. On lave le filtre à l’eau tiède; on réunit toutes les liqueurs, 011 les fait évaporer jusqu’à ce qu’elles marquent 20°; alors on les laisse refroidir. Ces liqueurs, par refroidissement, laissent déposer des cristaux d’émétique , souvent recouverts d’autres petits cristaux formés d’aiguilles partant d’un centre. Ces cristaux, qui sont du tarira te de chaux , peuvent être séparés de l’émétique cristallisé en octaèdres , au üioyen d’une brosse qui , passée sur les cristaux d’émétique , détache les aiguilles sans altérer les cristaux octaédriques (2).
Ce sel, privé de tartrate de chaux , doit être redissous dans de l’eau distillée, et amené par l’évaporation à l’état cristallin. Si les cristaux obtenus n’étaient pas entièrement blancs et purs, on devrait les faire dissoudre de nouveau , et faire évaporer une troisième fois.
On retire des eaux-mères une nouvelle quantité d’émétique, qu’on purifie par le même moyen (3).
(1) Si l’on emploie une bassine d’argent , le métal de ce vase est en partie noirci. Ce changement de couleur est dû à ce qu’il y a formation d’une couche d’argent sulfure'.
(2) M. Idt pense qu’on peut enlever le tartrate de chaux à l’aide d’eau aiguisée d’acide hydro-chlorique.
(3) Il faut avoir soin de n’employer l’émètiquc obtenu des eaux-mères qne
TARTRATES. 191
Pendant la formation de l’émétique , on remarque plusieurs phénomènes : i°. un dégagement d’acide liydro-sulfurique en petite quantité ; 20. la formation de quelques flocons bruns-marrons ( kermès ) qui restent en suspension dans la liqueur; 3°. la liqueur est colorée en jaune-verdâtre. Évaporée, elle prend souvent un aspect gélatineux. Ces phénomènes ont été expliqués de la manière suivante. Le verre d’antimoine, qui est un mélange de sulfure et de protoxide d’antimoine, etc. , se trouvant en contact avec de l’eau et de la crème de tartre, une partie cle l’eau est décomposée. Son oxigène se porte sur le métal du sulfure , le fait passer à l’état de protoxide; tandis que l’hydrogène réagit sur le soufre , et donne lieu à de l’acide hydro-sulfurique. Cet acicle se divise en deux parties : l’une s’unit à un peu d’oxide d’antimoine pour former du kermès ; l’autre se dégage. Le protoxide d’antimoine contenu dans le verre, et une partie de l’oxide qui s’est formé s'unissent à l’excès de la crème de tartre , et donnent naissance à de l’émétique , qui reste en dissolution. Ce sel est mêlé, i°. à un peu de tartrate de fer, qui colore la liqueur en jaune ; 20. à de la silice, qui, dissoute d’abord, redevient libre par l’évaporation d’une partie du liquide, et qui prend l’aspect gélatineux ; 3°. à du tartrate de chaux, qui a été séparé de la crème de tartre (qui en contient toujours ) par le protoxide d’antimoine. Ce dernier sel étant soluble dans l’eau chaude et insoluble dans l’eau froide, se précipite en cristaux aiguillés, qui s’implantent sur les cristaux d’émétique. Les eaux-mères contiennent, eu outre, un peu d’arsenic. ( Serullas. )
Ce procédé est aussi employé , avec quelques modifications dans les proportions des substances. Ainsi on prend parties égales de crème de tartre et de verre d’antimoine , au lieu d’employer 16 parties de verre d’antimoine sur 24 de crème
lorsqu’il est parfaitement cristallisé. A cet état, il est privé rie l’arsenic qui existe dans ces eaux , et qui provient des préparations antimoniales qui servent h l’obtenir. 1 c
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tle tartre ; on agit ensuite comme nous l’avons dit précédemment (i).
Procédé de M. Philips. Ce procédé, que M. Henry fit connaître , a été répété sous ses yeux par un des élèves de la Pharmacie centrale (M. Pitay), qui l’a consigné dans le Journal de Pharmacie. Il consiste à traiter le sous-sulfate d’antimoine par le sur-tartrate de potasse, de la manière suivante. On prend une partie de sous-sulfate d’antimoine et une partie de crème de tartre réduite en poudre, on projette par portions ces deux substances dans dix parties d’eau distillée bouillante. Ou entretient le liquide à l’état d’ébullition jusqu’à ce qu’il ne soit plus que légèrement troublé par un dépôt grisâtre insoluble, on filtre, et l’on fait rapprocher la liqueur jusqu’à ce qu’elle porte 220. Arrivé à ce point , on retire du feu, et l’on porte à cristalliser. On laisse former les cristaux, ce qui demande au moins douze heures ; lorsqu’ils sont formés, on décante l’eau-mère, et l’on sépare les cristaux > qui sont ordinairement blancs.
On fait évaporer l’eau mère, et on la porte au même degré de 22. On remarque que pendant, et surtout vers la fin de l’opération, la liqueur devient trouble. Ce phénomène résulte de la précipitation d’une certaine quantité de sulfate de chaux. On filtre la liqueur encore chaude, et on l’abandonne ensuite, pour en obtenir de nouveau des cristaux.
On reprend l’eau— mère , acide, et on la sature en partie par de la chaux, 'en ayant soin de laisser cependant dans la liqueur un excès d’acide. Sans cette précaution , on obtiendrait des cristaux impurs et recouverts de sulfate de chaux. On décante
(1) La théorie rjue nous venons de rapporter avait été regardée comme positive; mais elle a été combauue par M. Soubeiran , dans des observations sur la préparation de l’émétique. ( Journal de Pharmacie , octobre 1824.) h résulte des expériences de ce chimiste que toute la théorie de l’opération se réduit à la saturation de l’éxcèê' d’acide tartrique du sur-tartrate de potasse par l’oxide contenu dans le verre d’antimoine, et que la formation de l’hydrogèric sulfuré et celle du kermès ne sont que le résultat de la décomposition d’une petite quantité de sulfure d’antimoine.
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le précipité qui se forme, on fait évdporer, ou filtre, et l’on met à cristalliser de nouveau. On recueille les cristaux , on les lave à l’eau froide, et on les fait sécher.
Si les cristaux obtenus par cette opération n’étaient pas blancs, il faudrait les faire dissoudre dans l’eau pure, filtrer, et concentrer la solution , pour obtenir une nouvelle cristallisation.
M. Pitay a expliqué de la manière suivante la théorie de cette opeTation : « L’acide sulfurique ayant peu d’affinité pour » le sous-sulfate d’antimoine, ce sel , en contact avec la crème » de tartre, est entièrement décomposé. Son oxide s’unit avec » l’excès d’acide de sur.-tartrate de potasse, tandis que l’acide » sulfurique reste en solution dans la liqueur. »
M. Soubeiran, qui a depuis examiné ce qui se passe dans l’opération dont nous venons de parler, pense que cette théorie n’est pas exacte, et il s’appuie sur ce qu’il a reconnu que la liqueur qui résulte de l’ébullition de l’eau dans laquelle on a mis de la crème de tartre et du sous-sulfate d’antimoine contient non-seulement de l’émétique et de l’acide sulfurique, comme l’avait dit M. Pitay, mais encore de l’acide tartrique et du sulfate de potasse (i). Il établit alors cette théorie :
« En raison de la masse, l’acide sulfurique enlève une partie » de potasse à la crème de tartre ; mais l’acidité de l’acide » tartrique éliminé n’est pas détruite; il s’oppose par sa pré- » sence à l’action de l’acide sulfurique, et l’équilibre s’établit » quand la tendance de l’acide sulfurique à s’emparer de la » potasse est contre-balancée par celle de l’acide tartarique » à la retenir. Dans cette manière de voir, qui me paraît être » l’expression de la vérité, la liqueur contiendrait de l’émé- » tique, du sulfate de potasse, de l’acide sulfurique et de l’a- » eide tartvique libres. » Les observations de M. Soubeiran
(i) M. Sérullas ayant démontré que presque tous les sulfures d’antimoine qui se trouvent dans le commerce contiennent de l’arsenic , ce métal, modifié, doit exister dans les eaux-mères ou dans le résidu qui est resté sur le filtre.