‹ Dictionnaire des drogues simples et composées, ou dictionnaire d'histoire naturelle médicale, de pharmacologie et de chimie pharmaceutiqueChapitre 116 sur 130 · CANNE · texte numérisé non relu

CANNE

CANNE A SUCRE. V. Sucre.

CANNE (racine de). Fournie par VArundo Donaxj, L. — Rich. Bot. niéd. , t. I, p. 67. (Famille des Graminées, Triandrie DIgynie,L. ) Vulgairement canne de Provence j roseau à quenouille. Cette belle graminée est indigène du midi de l’Europe et de tout le bassin de la Méditerranée. On la cultive dans la France méridionale, où on en forme la lisière des champs. Ses tiges s’élèvent à la hauteur de 8 à 10 piedsj elles sont droites, ligneuses , creuses intérieurement, et séparées de distance en distance par des nœuds pleins. Les feuilles sont larges d’environ 2 pouces, longues de 2 pieds , et un peu rudes au toucher. Les üeurs forment une panicule très grande , terminale et un peu dense.

. La racine de cette plante est la seule partie employée en Médecine •, elle est longue, forte, charnue, d’une saveur légèrement sucrée. On l’apporte sèche du midi de la France, et surtout de la Provence. Elle est coupée par tranches de diverses dimensions, d’un blanc jaunâtre intérieurement, spongieuse et néanmoins assez dure , recouverte extér ieurement d’un épiderme jaune, luisant, coriace, ridé longitudinalement, et marqué transversalement d’un très grand nombre d’anneaux. En cet état, elle est inodore, et n’a presque plus de saveur. Analysée par M. Chevallier, elle lui a présenté les principes suivans : de l’extrait muqueux légèrement amerj une matière résineuse aromatique analogue à celle de la vanille ; de l’acide mallque, de l’huile volatile, une matière azotée, du sucre, des sels de potasse et de chaux , et de la silice. M. Chevallier s’est servi de la matière résineuse aromatique pour donner à des pastilles un goût fort agréable. ( Journ. de Pharm.j t. ITI , p. 244- ) La racine de canne était autrefois employée fréquemment comme diaphorétique et diurétique; aujourd’hui, c’est un remède anti-laiteux qui est devenu populaire : il paraît qu’en augmentant la transpiration cutanée, la décoction de celte racine ( 2 gros pour une pinte d’eau jusqu’à réduction d’un tiers),, produit une dérivation de l’action sécrétoire des mamelles après, l’accouchement. ^ (A. R.)

CANNELLE. Cortex Cinnamomi officin. C’est l’écorce privée (l’épiderme des brandies du Laukier cannellier {Laurus Cinnamomurrij'L.^ Arbre de moyenne grandeur qui appartient à la famille des Laurin'ées. On l’a placé dans l’Ennéandrie Monogynie, L. , quoique ses fleurs fussent réellement monoïques. Son tronc s’élève jusqu’à aS pieds, et offre quelquefois i8 pouces de diamètre; il est revêtu d’une écorce grisâtre extérieurement et rougeâtre à l’intérieur. Ses feuilles sont portées .sur de courts pétioles canal i culés , opposées, aiguës ou ovales - lancéolées , longues de 4 à 5 pouces, larges d’environ 2 pouces, coriaces, lisses et vertes en dessus, glauques et de couleur cendrée en dessous; entières, marquées de trois nervures longitudinales très saillantes. Les fleurs sont jaunâtres, disposées en une panicule lâche et axillaire. Le fruit est une drupe ovoïde, ayant la forme d’un pptit gland, entourée à sa base par le calice; elle est violette, et contient une pulpe verdâtre enveloppant un petit noyau dans lequel est une amande légèrement rougeâtre.

Le cannellier croît dans les Indes orientales, et principàlement il l’île de Ceylan, où on le cultive dans un espace d’environ i4 lieues, qui s’étend entre Matura et Negombo, et qu’on nomme Champ de cannelle. On le cultive aussi en grand dans la Chine, la Cocbincbine et le Japon. Sa culture s’est également introduite aux îles de France et de Bourbon, aux Antilles, à Cayenne , et dans quelques autres parties de l’Amérique méridionale. Il, y quelques années (jue Mebemed-Ali, pacha d’Egypte, fit venir du jardin de M. Boursault, à Paris, deux très beaux pieds de cannellier qui ont si bien réussi dans les environs du Caire, qu’ils s’y sont multipliés au point de former des plantations considérables ; on dit même que leurs produits ont déjà été versés dans le commerce.

De même que tous les arbres cultivés, le cannellier offre plusieurs variétés qui donnent une cannelle plus ou moins estimée. Une exposition plus ou moins propice , l’âge de l’arbre ou plutôt celui des branches que l’on dépouille de leur écorce, doivent influer pour beaucoup sur la (jualité de celle-ci. Lorsque le cannelli(n’ est bien exposé , il peut être exploité au bout de

5 ans, mais souvent il ne donne de l)onne cannelle qu’à l’âge de 8, 12 ou même 16 ans. Cette exploitation dure jusqu’à 3o ans, et on la fait chaque année à deux époques différentes; l’une qui commence en avril et finit en août, elle est la plus considérable; l’autre qui dure depuis novembre jusqu’en janvier. On coupe toutes les brandies qui paraissent avoir les qualités requises, et on en détaclie l’épiderme avec un couteau; ensuite on fend l’écorce longitudinalement, on l’enlève et on insère les petits tubes fendus qui en résultent, les uns dans les autres. On fait sécber au soleil ces écorces ainsi roulées; on en sépare les qualités , et on en forme des balles ou surons que l’on expédie en Europe, en ayant soin de remplir les interstices avec du poivre noir.

La compagnie anglaise des Indes tient maintenant sous sa domination les contrées qui fournissent la meilleure cannelle ; connaissant bien l’importance commerciale de cette écorce, elle met tous ses soins à conserver la réputation de celle qu’elle livre au public. A Ceylan, elle emploie un inspecteur et deux adjoints pour surveiller l’assortiment et l’emballage de la cannelle ; celle-ci est examinée morceau par morceau, et divisée en première sorte , seconde sorte, troisième sorte et rebut. La seule vue des morceaux suffit aux hommes préposés à ce triage, pour éliminer les écorces qui ont quelque chose de défectueux; rarement ils ont recours à la dégustation. Ils rejettent les écorces des grosses* branches, ainsi que celles des pousses très jeunes et très succulentes ; les premières parce qu’elles ont un arôme piquant et peu agréable; les secondes, parce qu’elles n’en ont que trop peu et qu’il se dissipe avec rapidité. Les fragmens de cannelle qui sont trop mûrs ou d’une qualité inférieure, sont mis à part pour la distillation et l’extraction de riiuile volatile. Quand les Hollandais exerçaient le commerce exclusif des drogues et épiceries de l’Inde orientale, on les accusait de livrer delà cannelle qui avait été distillée. Cette fraude altère trop les qualités de cette écorce, pour n’être pas facilement aperçue par ceux qui ont l’habitude de-s’éri servir, et sa valeur est trop diminuée pour qu’il y ait aujourd’hui de grands profils à en retirer. ■tî

54o CANNELLE.

On donne le nom de cannelle de Ceylan à la plus estimée des cinq sortes que l’on trouve dans le commerce. Elle est en faisceaux très longs, composés d’écorces excessivement minces renfermées les unes dans les autres, ayant une couleur citrine Idonde, une saveur agréable, aromatique cliaude, légèrement piquante et sucrée. Elle ne donne à la distillation qu’une petite quantité d’huile volatile; mliis celle-ci a une odeur très suave.

La cannelle de Chine j moins estimée que la précédente sorte ^ est en faisceaux plus courts , et se compose d’écorces plus épaisses et plus rouges. Elle donne beauçoup plus d’buile volatile par la distillation, aussi a-t-elle une odeur plus intense et une sav.eur plus piquante. Les noms de cannelle de Ceylan et de Chine, imposés aux deux sortes que nous venons de mentionner , sembleraient indiquer que la première est propre à l’île de Ceylan,. et la seconde à la Chine ; il n’en est pourtant pas ainsi ; le cannelller de tous les pays est susceptible de fournir ces deux sortes d’écorces, qui peuvent seulement varier d’après le mode de préparation, l’âge des branches et l’exposition des arbres. Il arrive quelquefois que la cannelle de Chine se présente en ecorces aussi minces que celles de la cannelle de Ceylan ; c’est que les morceaux ont été raclés et amincis à l’état frais; mais on la reconnaît toujours à la différence de son odeur et de sa saveur, ainsi qu’à l’irrégularité de sa surface extérieure.

La cannelle matte est celle qui provient du tronc de 1 arbre. Elle est épaisse d’environ 2 lignes, presque plate ou un peu roulée, légèrement rugueuse, et d’un jaune foncé a l’extérieur, d’un, jaune plus pâle et comme vernisse a sa surface intérieure. Sa cassure est fibreuse, jaune brillante ; son odeur et sa saveur sont très faibles.

On récolte à Cayenne deux sortes de cannelle qui ont beaucoup d’analogie avec celles de- Ceylan et de Chine. La première, qui provient d’un cannellier transporté directement de Ceylan, est en écorces plus pâles en couleur , beaucoup plus légères et volumineuses que celles dites de Ceylan. Ces différences tiennent à ce que les colons de Cayenne récoltaient leur cannelle sur des branches trop avancées en âge; ils sont maintenant plus ins-r-

truîts sur ce point, et !a cannelle de Cayenne, récoltée plus jeune, diffère à peine de celle de Ceylan. L’autre sorte de can-’ nelle de Cayenne a eu pour souche un cannellier de l’ile de Sumatra’, de même que la cannelle de Chine, elle est épaisse, en bâtons isolés, d’une odeur forte et d’une saveur aromatique et piquante. On la distingue facilement en ce qu’elle est imparfaitement privée de son épiderme, et qu’elle se réduit en pâte dans la bouche, par l’effet du mucilage qu’elle contient abondamment.

D’après l’analyse comparative que M. Vauquelln ( Journal de Pharmacie^ t. III , p. 453 ) a faite des cannelles de Ceylan et de Cayenne, ces écorces contiennent de l’huile volatile, du tannin, du mucilage, une substance colorante, du ligneux, et un acide. L’huile volatile de la cannelle de Cayenne était plus mordicante que celle de la cannelle de Ceylan, et en quelque sorte poivrée. C’est à la grande quantité d’huile volatile dont est imprégnée la cannelle, que cette substance doit les propriétés excitantes qu’elle possède à un haut degré. Elle a souvent rappelé l’écoulement menstruel chez les femmes faibles; quelques praticiens en ont fait usage pour combattre certaines diarrhées opiniâtres, dans Içsquelles il n’y avait aucun signe d’irritation locale. On l’administre fréquemment avec d’autres médicamens dont son odeur agréable masque le mauvais goût ou auxquels elle sert d’adjuvant. C’est ainsi qu’un mélange de 8 à 10 grains de poudre de cannelle avec une égale quantité de quinquina ou de rhubarbe est donné pour activer le travail de la digestion. La cannellè entre dans une foule de préparations officinales, que, vu leur nombre, nous ne pouvons énumérer ici. Elle est la base d’un sirop, d’une teinture alcoolique, et d’une eau distillée. Ou en fait aussi des pastilles très agréables, et l’on sait que c’est un condiment très usité dans l’art culinaire ainsi que dans celui du confiseur ; les parfumeurs en consomment aussi une grande quantité pour aromatiser leurs savons et leurs cosmétiques. (A. R.)

Cannelle RLANCHE, Murray. Canella, L.

— Rich. Bot. raéd. t.II, p. 708. Cette écorce est souvent cou-

fondue dans le commerce aTCC l’écorce de Winter, qui provient AnDiymis Tf' interij ai’bre de la famille des Magnollacées. De là le nom de fausse écorce de TVinter que quelques auteurs lui ont donné. Le Canella alba a été placé par quelques auteurs dans la famille des Méliacées , et par d’autres dans celle des Gutti- 1ères. C’est un arbre qui s’élève à la hauteur de vingt à trente pieds. Son tronc se divise en branches couvertes d’une écorce grisâtre presque blanche, et qui portent des feuilles sessiles, alternes , obovales , entièrement glabres et luisantes à leur face supérieure', quelques - unes sont parsemées de points glanduleux pellucides. Les fleurs forment des espèces de grappes terminales. Le fruit est une baie globuleuse contenant une, deux ou trois graines noires luisantes. Cet arbre croît dans les Antilles et sur le continent de l’Amérique qui avoisine ces îles.

La cannelle blanche est en plaques roulées qui proviennent de l’écorce des jeunes branches que l’on a enlevées avec un instrument de fer et que l’on a fait sécher à l’ombre; elles ont une longueiir très considérable, depuis cinq à six pouces jusqu’à plusieurs pieds : leur épaisseur est de deux à trois lignes, et leur diamètre de six à dix-huit dignes.

Ces variations dans les dimensions 4e cette écorce résultent de l’âge des branches que l’on a dépouillées. On en trouve qui a été recueillie sur le tronc même^le l’arbre ; celle-ci est plus large, plus épaisse, et recouverte d’un épiderme rougeâtre, crevassé, et d’un beau blanc à l’extérieur. Intérieurement cette écorce est d’un jaune orangé pâle , grenue , blanchâtre et comme marbrée dans sa cassure. Sa saveur est amère, aromatique et piquante; son odeur très agréable, approchant de celle d’un mélange de girofle et de poivre. La cannelle blanche se distingue de la véritable écorce deWinter par .sa couleur plus pâle et par sa texture plus lâche; elle en difière aussi par la nature de sa composition chimique. M. Henry n’y a point trouvé de tannin, de sulfate de fer, ni d’oxide de fer,. MM. Pétroz et Robinet, qui ont repris cette analyse , ont retiré de la cannelle blanche, une matière sucrée , une matière amere , de la résine , .une liuile volatile très âcre, de la gomme, de l’albumine, de l’ami-

tlon et quelques sels. ( V. Journal de Pharm. , avril 1822. ) Les propriétés de la cannelle blanche sont à peu près les mêmes que celles de l’écorce de Winter et de la cannelle ordinaire. Cette dernière peut lui être substituée avec avantage, en raison de son odeur agréable. Dans les Antilles, c’est un condiment vulgairement employé. (A. R.)

CANNELLE DE CAYENNE. V. Cannelle.

CANNELLE DE CEYLAN. P. Cannelle!

CANNELLE DE CHINE. P. Cannelle. *

CANNELLE DE MALABAR. P. Cassia lionea.

CANNELLE GlRObLEE. Cortex caryopliyllata oflicin.

On a long-temps cru que cette écorce était celle de l’arbre qui produit la noix: de girofle ou ravensara ; mais on a reconnu qu’elle était fournie par le Myrtus caiyophyllataj L. , qui croît dans les Antilles ainsi qu’à Ceylan. Elle est en morceaux longs d’environ deux pieds, et d’un pouce de diamètre. Ces bâtons sont formés d’un grand nombre d’écorces minces, compactes, roulées les unes autour des autres , et maintenues à l’aide d une petite corde faite d’une écorce fibreuse. La surface de la cannelle giroflée est unie , d’une couleur brune foncée lorsqu’elle est privée de son. épiderme qui est jaunâtre, mais quelquefois elle en est pourvue. Sa texture est serrée, sa cassure est fibreuse , sa saveur piquante , et son odeur aromatique semblalJe à celle du girofle , mais un peu plus faible. Cette écorce est aussi connue dans le commerce sous les noms de bois de girofle et bois de crabe, Elle peut être employée comme aromate à la place des clous de girofle, dont elle offre les propriétés. , (A. R.)

CANNELLE MATTE. P, Cannelle.

CANTHARIDE. Cantharis vesicatoria^ Geoffroy. Meloe veaicaloriiis^ L. Lytla vesicatoria^ Fabricius. Insecte de l’ordre des Coléoptères, section des Hétéromères, et de la famille des Tracbélides dans le règne animal de M. Cuvier. Cet animal étant employé en son entier, et ayant une très grande importance en Médecine, nous croyons utile de donner une description très détaillée de .ses organes extérieurs , de.scnption que nous cm-

pruntons à la thèse de M. V. Audouin, présentée à la Faculté de Médecine de Paris, le 26 août 1826. Le nom de cantharide (cantharis, Koiviu^cç) est très ancien j il était employé par les auteurs grecs pour désigner, il est vrai, non pas seulement l’insecte dont il est ici question, mais plusieurs autres coléoptères. Les modernes l’appliquèrent aussi à des insectes très différens. Linné le donna à un grand genre où ne se trourait pas la cantharide des boutiques, qu’il plaçait parmi les méloësi mais Geoffroy restitua à cet insecte le nom de Cantharis j et nomma cicindèles les cantharides de Linné. Plus tard Fahrlcius proposa le nom de hytta pour le genre Cantharis de Geoffi’oy; cette derniere dénomination a cependant été conservée.

Les cantharides ont un corps allongé, cyllndroïde, une tête forte surtout au sommet, plus large que le corselet, inclinée en dessous^ les yeux sont un peu saillans, et situes sur les côtes de la tête, en arrière de l’insertion des antennes. Cell®s-ci sont filiformes, noires , composées de onze articles; le premier est le plus gros de tous, le second très-court, et les suivans égaux entre eux et cylindriques.

La bouche, comme celle des autres coléoptères, se compose d’une lèvre supérieure, d’une paire de mandibules, d’une paire de mâchoires et d’une lèvre intérieure.

La lèvre supérieure est très cornée, ayant une apparence bilobée, à cause de la grande échancrure que présente le luilieu de son bord antérieur; à son bord postérieur, elle est articulée, à l’aide de quatre prolongemens cornés, au chaperon, -pièce quadrilatèi’e et transversale qui fait partie de la tête.

Les mandibules^ fortes et semblables entre elles, semblent terminées en pointe lorsqu’on les voit de profil, mais ce qui paraît être une pointe n’est autre chose que le profil d’une lame tranchante. On reconnaît cette organisation en examinant les mandibules en dedans et dans un certain sens. Elles n’ont aucune dent, et offrent seulement à leur base un tubercule circulaire et aplati, qui s’appuie sur un semblable tubei’cule du coté opposé. Un peu au-dessus, et sur le bord interne de la mandibule , existe une forte échancrure quadrilatère, remplie par une membrane

CANTHARIDÊ. 5^5

tendineuse jaunâtre qui occupe en partie le côté interne de la mandibule.

Les mâchoires sont en partie cornées et en partie membraneuses, composées de plusieurs pièces ; leur côté interne est divisé en deux lobes membraneux, poilus; le bord externe supporte un palpe de quatre articles.

^ La lèvre inférieure estégalement composée de plusieurs pièces , mais qui, au lieu d’être articulées entre elles et manifestement distinctes, sont réunies par une membrane assez consistante. E le est munie de palpes plus courts que ceux des mâchoires et lormés seulement de trois articles.

Le thorax^ n’offre aucune particularité. Le corselet est petit carré et moins large que l’abdomen.

^ Les élytres sontlongues,flexibIes,d’unbeauvertbrillantdoré,

ainsi que le reste du corps; elles recouvrent des aileS membraneuses et transparentes.

Les pattes sont glabres, grêles; leurs tarses sont filiformes prnisen dessous de poils serrés. On compte cinq articles aux tarses des deux premières paires de pattes, et quatre seulement a ceux de la paire postérieure. La première paire de pattes offre dans les individus mâles une particularitéqui les fait reconnaître des femelles : au lieu des deux petites épines mobiles qu’on observe vers le point de jonction de la jambe et du tarse sur les pattes postérieures etmoyennes, on n’y voit qu’une seule épine, ^mpnmee, forte, tranchante et située sur la ligne moyenne. C-ette epine, en s appliquant contre le tarse, ferme exactement ^n échancrure. Dansles femelles, aucontraire, la premièrepaire de pattes est armée, commejles autres, des deux épines latérales et le premier article du tarse n’offre rien de singulier, i

Uabdomeri est assez mou, et plus gros dans les femelles que dans les mâles. *

Nous n’insisterons pas beaucoup sur l’organisation intérieure de cet insecte, quoiqu’elle présente des particularités aussi dienes d interet que celle des animaux plus élevés dans l’échelle, et sur lesquels on aime à recueillir les moindres détails. Mais comme i anatomie des animaux articulés est très délicate et hors de la Towt T.

546 CANTHAIlIDE.

portée de beaucoup de monde , nous pensons qu’il suffit de signaler les principales parties qui composent, les systèmes nerveux, digestif, adipeux et générateur, afin qu’on puisse se faire une idée de leurs fonctions.

Indépendamment du cerveau, qui est bilobé, la cantharide offre un système nerveux composé de huit ganglions réunis entre eux par un double cordon auquel tous les nerfs qui se distribuent dans les parties les plus-délicates du corps prennent leur origine. Ces ganglions sont thorachiques et abdominaux : les premiers sont plus développés que les seconds, et chacun de ces ganglions fournit les nerfs aux parties correspondantes.

Le système circulatoire consiste eu un vaisseau dorsal très simple , qui s’étend de la tête à l’extrémité de l’abdomen, et qui a des battemens assez vifs.

Tue système respiratoire se compose, comme dans la plupart des insectes parfaits, d’une série de stigmates, c’est-à-dire d’ouvertures extérieures placées sur les côtés du corps, au nombre de sept, desquels parlent une inlinité de trachées qui, se divisant en arbuscules, pénètrent dans tous les organes et y portent le fluide aérien. Par une conséquence de cette organisatiop , les divers organes de l’insecte sont entretenus dans le mouvement de décomposition et de recomposition qui constitue la vie, sans queroxigène,ou celui des élémens de l’air qui sert à la nutrition, ait besoin d’exercer une action préalable sur un liquide spécial qui, comme le sang des animaux supérieurs, sert à la nutrition de toutes les parties du corps. Au lieu d’un tel appareil, ces insectes sont pourvus, comme nous venons de le dire, d’un système trachéen par lequel l’air pénètre directement jusque dans les organes les plus éloignés et les plus déliés.

Le système digestif est formé des pièces qui composent la bouche, et que nous avons mentionnées en parlant de l’organisation extérieure , d’un œsophage long , musculeux, lisse et cylindrofde , qui se termine à un estomac ou ventricule chylilîque, allongé, fusiforme, marqué de plis transversaux très saillans. Cet organe aboutit à l’intestin grêle^qui , d’abord assez large, se rétrécit insensiblement, forme plusieurs coudes, donne inser-

lion à des vaisseaux hépatiques ou biliaires extrêmement longs et repliés , et se termine par une portion plus renflée, formant uneansetrès étroite etqui peutêtre considérée comme vmcœcum.

Le tissu adipeux est très développé chez la cantharide. Ce sont des masses graisseuses qui se prolongent sur le canal intestinal en laissant un intervalle en forme de V renversé, dans lequel apparaît l’estomac. Elles s’étendent ensuite sur les côtés, où elles ont un aspect jaune, et elles tapissent inférieurement toute la paroi du ventre.

Jusqu’ici , nous avons rencontré dans les systèmes organiques de la cantharide des diflerences assez notables ; les systèmes circulatoire , respiratoire et nerveux sont surtout très remarquables , et ne peuvent être comparés avec les pareils systèmes dans les animaux vertébrés. Mais nous allons trouver , dans l’appareil de la génération , non pas seulement dé l’analogie, mais encore une grande ressemblance avec celui des autres animaux.

Les organes générateurs mâles sont: 1°. \e testicule, que constituent deux masses sphériques composées de* petites capsules groupées à la circonférence d’un axe et serrées les unes contre les autres, de manière à ne présenter que leur fond sur lequel se moule une membrane enveloppante qui offre une apparence aréolaire. Chaque capsule aboutit par son ouverture au centre du testicule, duquel part le canal défèrent. Les deux canaux déférens se rendent à la base du conduit spermatique commun, a”. Les vésicules séminales ^ au nombre de plusieurs pièces de conformation diverse , mais toujours plus ou moins tubuleuses et cyîindroides. 3°. Le conduit spermatique commun j qui prend naissance au point de réunion des canaux déférons et des vésicules séminales. Il est d’abord renflé, puis il se rétrécit insensiblement en un canal qui se replie vers son milieu , se renfle de nouveau et traverse les pièces copulatrlces.

De toutes les parties qui composent l’appareil générateur de la femelle, la plus essentielle est 'Covaire. Les autres lui sont accessoires^ et portent les noms de réceptacles ou calices j à'oviducte , de glande sébacée j de vésicule séminale et de vagin ; a l’orifice de ce dernier, on remarque ordinairement des pièces

cornées. L’ovaire, ou plutôt les ovaires (car cet organe est toujours pair ) offrent deux masses qui ressemblent assez bien à des fraises en miniature. Chacune de ces masses se compose d’une infinité de petits tubes biloculaires terminés «n pointe, et qui par leur base adhèrent à la circonférence du calice. L’o- A'idpcte est un canal commun fourni par la réunion des calices intérieurs par leur base; il est assez court, très musculeux, et reçoit dans son trajet l’insertion d’un organe que M. Audouln a signalé le premier sous le nom de vésicule séminale ou copulatrice. Enfin, après l’oviducte vient lé vagin, fermé par deux petites pièces cornées, mobiles et cupuliformes. Ces divers organes de la femelle des cantharides sont très variables par leur grosseur et leurs formes, selon qu’on examine une cantharide vierge ou une cantharide après l’accouplement et la ponte.

Les détails anatomiques dans lesquels nous venons d’entrer sont nécessaires poui' l’intelligence des fonctions que les organes de la cantharide exécutent pour sa reproduction. Nous les avons cependant considérablement abrégés, pai'ce que notre intention n’est pas de tout dire sur l’histoire naturelle de cet insecte précieux; et à cet effet, nous renverrons aux ouvrages de Zoologie qui ont traité ce sujet avec l’exactitude sévère que l’on exige aujourd’hui pour tout ce qui est du domaine de l’observation. On trouvera particulièrement dans les Annales des Sciences naturelles j t. IX, atlas de 1826, des figures qui, mieux que les descriptions, satisferont la curiosité du lecteur , et lui expliqueront la structure admirable du corps de la cantharide. Maintenant nous allons terminer son bistoli’e par l’exposition de ses fonctions vitales, de ses habitudes, de ses métamorphoses, et des contrées qu’elle habite; nous. arriverons ensuite à son histoire chimique, pharmaceutique et médicale.

Les cantharides se nourrissent des feuilles de tous les arbres et arbrisseaux de la famille des Jasminées. Vers les mois de mai et de juin , on eu voit en abondance sur les frênes, les Ijlas et les troènes ; on en rencontre moins communément sur quelques caprifollacées , tels que le sureau et le chèvrefeuille. Les dégâts qu’elles y causent s’étendent même quelquefois sur les prairies

CANTHABIDE. 54g

et les blés du voisinage. Leur presence est décçlée par une forte odeur de souris, qui se fait sentir à une assez grande distance.

Dans raccoupleraent, le mâle, toujours d’une taille inférieure à la femelle, est très ardentj celle-ci parait au contraire d’gne insouciance qui ne cesse que par les attaques réitérées de son amoureux; elle continue d’abord à brouter tranquillement sa feudle de Idas ou de frêne, puis elle reste parfaitement immobile, les paües ramassées contre son corps, et les antennes repliées sur ses côtés. Le mâle s’agite de pins en plus ; d’abord il n’adhère à la femelle que par ses quatre pattes antérieures, bientôt il monte tout-à-fait sur son dos. Il s’accroche à elle par ses deux paires postérieures de pattes, en la tenant étroitement embrassée *, la première paire de pattes est encore sans fonctions ; mais tout a coup la feinelle sort de sa léthargie, elle élève lentement ses antennes , et à l’instant même le mâle s'en saisit à l’aide de ses deux pattes antérieures, qui , comme nous l’avons dit plus haut, sont armées d’une épine tranchante, et ont le premier article du tarse profondément échaneré et même converti en trou. Le mâle engage le dernier article des antennes tle la femelle dans l’échan-, crure du tarse, eu ramenant sur elle l’épine de la jambe. Dès* ce moment la femelle ne peut plus résister; ses antennes sont comme deux rênes dont le mâle se sert pour la diriger dans le sens favorable à l’accouplement. Elle est domptée, et au lieu de continuer à tenir recourbée l’extrémité de son ventre, elle le relève lentement; à l’instant même le mâle y introduit son pénis, et l’accouplement dure très long-temps, quelquefois plus de quatre heures , pendant lequel espace de temps la femelle s’agite beaucoup et cherche à se débarrasser du mâle. Enfin elle en vient a bout ; celui-ci se retire privé de son pénis, qui est resté dans la vulve de la femelle et engagé dans la poche copulatrice. On conçoit combien une fonction qui cause au mâle tant d’ef-‘ forts et la perte d’un organe important doit lui être fatale. D’ailleurs le but de la nature est rempli , h fécondation est opérée et, pour ainsi dire, en grand, éar au moyen d’un seul accoul plement tous les germes sont fécondés. Le mâle ne tarde pas à périr, tandis que la femelle pond successivement de petits

55o CANTHARIDE.

œufs cylindriques et courbés dans leur longueur ; elles les agglutine en une petite masse, les enfonce dans la terre, et les larves qui en naissent y subissent toutes leurs métamorphoses.

On n’a que très peu de renseignemens sur la larve de la cantharide. Certains auteurs disent qu’elle se nourrit de racines. Elle a été décrite assez vaguement : son corps , formé de treize anneaux, est mou,jd’uu blanc jaunâtre, et muni de six pattes courtes, écailleuses; la tête est arrondie, un peu aplatie, ayant deux antennes courtes et filiformes; deux mâchoires et quatre palpes composent la bouche.

Les cantharides sont fort communes dans les contrées méridionales de l’Europe, et surtout dans le midi de la France, de l’Espagne et de l’Italie ; on en trouve aussi beaucoup dans certaines parties du Nord, mais on conserve contre celles-ci le faux préjugé qw’ elles ont moins d’activité, et généralement on ne les récolte pas. Dans nos départemens méridionaux, la récolte des cantharides se fait vers le mois de mai, à, l’époque de leur accouplement, le soir au coucher du soleil, ou le matin a son lever; elles tomljent alors des arbres facilement. On etend sur la terre de grandes toiles, et l’on secoue fortement ou l’on bat avec de longues perches les arbres, et principalement les frenes, qui en sont chargés. On relève ensuite les toiles, et on les plonge dans des baquets de vinaigre étendu de beaucoup d’eau ; ou bien, apres les avoir mises dans des tamis de crin , on les expose a la vapeur du vinaigre bouillant. L’immersion est maintenantbeaucoup plus en usage que l’exposition à la vapeur du vinaigra , procédé très a,ncien qui se trouve indiqué dans Dioscoride. Ces opérations ont pour but de faire périr les cantharides ; on les fait ensuite secher , soit au soleil, soit dans des greniers aérés, en les plaçant sur des claies recouvertes de toile et de papier; de temps en temps on les remue avec un bâton ou avec la main , mais il faut avoir la précaution de la munir d’un gant : sans cela, on risquerait d’éprouver des douleurs aigues au col de la vessie, et de fortes ardeurs d’urines.

Lorsque les cantharides sont parfaitement séchées, on les place dans des barils ou dans des boîtes garnies intérieurement

de papier, que l’on ferme exactement, afin de les garantir de l’humidité atmosphérique. Malgré toutes ces précautions, l’intérieur du corps des cantharidesTombe bientôt en poussière, efl'et du a un insecte du genre ^camsj particulier aux cantharides, et qui se nourrit de leurs substances molles. Nous donnerons plus bas les observations de M. Farines à ce sujet.

Depuis plusieurs siècles , on emploie les cantharides comme vésicatoires , mais ce n’est que depuis peu de temps que l’on connaît la nature de leurs principes constituans, et que l’on sait où réside celui de ces principes qui détermine une irritation si intense sur la peau. Les médecins, même dans les âges modernes, 1 attribuaient simplement aux poils dont le corps de ces insectes est couvert , et que le microscope leur avait fait découvrir. C’était l’opinion de Borricliius : Leuvvenboeck, Lémery , Baglivi, Spielmann n’eurent pas, sur ce sujet, des idées plus raisonnables.

Tbouvenel, en dans un Mémoire sur les principes des

substances médicamenteuses , fut le premier qui publia un travail digne de quelque intérêt sur les principes constituans des cantharides. Il reconnut un parenchyme dont il n’examina pas la nature, une matière extractive animale, une matière jaune qu’il comparait au pollen des fleurs, et une matière'verte grasse, qu’il considérait comme une cire demi-fluide et comme contenant le principe actif. En i8o3 , le docteur Beaupoil (de Chatelleraut) , soutint , à l’École de Médecine de Paris , une these spéciale sur les cantharides , dans laquelle il étendit l’analyse de Tbouvenel , et fit connaître quelques substances qui n’avaient pas été signalées par ce dernier. La composition du résidu parenchymideux fut alors clairement établie, et la présence d’un acide libre que M. Beaupoil soupçonnait être l’acide pbosphorique. Mais les recherches de ce médecin portèrent principalement sur le mode d’action des matières que l’analyse chimique lui avait dévoilées. Il annonça que les matières verte et extractive (celle-ci résultant de l’union d’une matière noire et d’une autre matière jaune) jouissaient toutes les deux de la propriété vésicante , mais que la seconde exerçait en outre

une action très délétère quand elle était introduite dans les systèmes circulatoire et digestif.

Telles étaient les connaissances acquises sur la composition chimique des cantharides, lorsque M. Robiquet les soumit , en i8io, à une nouvelle analyse {Annales de Chimie^ t. LXXVI, p. 3o2 ) , dont nous allons .donner en abrégé les procédés et les résultats. Apres avoir fait bouillir dans l’eau des cantharides legerement contusees, il obtint un liquide d’un rouge brun, qui rougissait la teinture de tournesol, et possédait à un très haut degré la propriété vésicante. Il épuisa, par de nouvelles décoctions , les principes solubles dans l’eau que ces memes cantharides contenaient. Le résidu ayant été préalablement sèche, fut traité par l’alcool, et donna une teinture verte qui , evaporee a 1 air libre, laissa une huile fluide verte. Cette huile n’était nullement vésicante; et par conséquent un des résultats annoncés par M. Beaupoil se trouvait infirmé. Le liquide provenant de la décoction aqueuse fut évaporé en consistance d extrait mou, puis traité par l’alcool qui le sépara en deux parties, 1 une noire et insoluble, l’autre jaune, visqueuse et très soluble. La première, soumise de nouveau à l’action de l’alcool, même bouillant, puis reprise par l’eau, n’était point vésicante ; la seconde au contraire possédait à un très haut degré cette propriété. M. Rohlquet , soupçonnant qu’elle pouvait dépendre d’un principe inhérent à la matière jaune, réussit à 1 isoler en traitant cette matière jaune par l’éther. De cette manière, il obtint des paillettes cristallines, nouvelle substance à laquelle Thompson a donné le nom Aecantliaridine ( V. ce mot) ; et c’est elle qui constitue le principe vésicant des cantharides. L’acide libre , que M. Beaupoil avait signalé comme étant de l’acide phosphorique, a été reconnu par M. Robiquet pour être de l’acide acétique; il y a aussi trouvé, mais seulement dans

les cantharides fraîches, une petite quantité d’acide urique. Les phosphates de chaux et de magnésie forment la base de la substance cornée. Enfin, les cantharides contiennent encore, selon M. Robiquet, une matière grasse particulière, insoluble dans l’alcool, et qui par là se distingue de l’huile verte. M. Orfila a

découvert plus récemment un corps volatil, auquel est due l’odeur âcre et nauséabonde qu’exhalent les cantharides. On l’obtient en faisant distiller de l’eau sur une quantité sulEsante de cantharides J il s y dissout en partie, car il lui communique une teinte louche, blanchâtre, et une fétidité insupportable.

Lorsque les divers principes constituans des cantharides furent hien nettement distingués, ce fut alors seulement qu’on put connaître 1 action physiologique de ces insectes sur l’économie animale. Cette action'' bien déterminée, de laquelle sans doute résulteront des notions bien précises sur leur emploi en médecine, nous en sommes redevables à M. Or fila, qui a fait une foule d’expériences sur chacune d’elles, et a noté avec une sévère exactitude toutes les différences qu’elles lui offraient. Voici les résultats principaux auxquels II est arrivé {Traité »des poisons , 2* edit., t. 1", p. 568) : la poudre de cantharides appliquée sur la peau et sur le tissu cellulaire, ou introduite dans Pestomao de l'homme et des chiens, agit comme un poison irritant très énergique. Lorsqu’elle a été prise à l’intérieur, elle donne ordinairement Heu aux symptômes sulvans : odeur nauséabonde et infecte; saveur âcre, désagréable; nausées; vomissemens ahondans; déjections alvines, copieuses, et souvent sanguinolentes; épigastralgle des plus vives; coliques affreuses ; douleurs atroces dans les bypocondres; ardeurs dans Ja vessie; urine quelquefois sanguinolente; priapisme opiniâtre et très douloureux; pouls fréquent, dur; sentiment de chaleur très Incommode; respiration pénible, accélérée; soif ardente; quelquefois horreur des liquides; convulsions affreuses; tétanos; délire, etc. Appliquée sur le tissu cellulaire, la poudre de cantharides occasione la plupart de ces symptômes, plus 1 inllanîmation et la gangrène de ces parties. Dans l’empoisonnement par la poudre de cantharides, la mort doit être attribuée à l’irritation locale qu’elle produit, et a son action sympathique sur le système nerveux. Elle exerce une action spéciale sur la vessie et sur les organes génitaux. Ces propriétés résident dans la cantharldine de M. Rohiquet et dans le principe volatil huileux de M. Orlîla,

Tout le monde connaît l’effet local que la poudre de cantha-

rides produit sur la peau , effet que l’on désigne sous le nom de vésicatoire. C’est unq plaie vive, très superficielle, résultant de l’irritation des parties sous-cutanées et de l’aldation de l’épiderme soulevé par un amas de sérosité. Celte irritation détermine vers les parties enflammées par les vésicatoires, l’aillux de sang qui entretenait ailleurs l’inflammation , et y cause une dérivation salutaire. Telle est la théorie médicale la plus répandue •de l’action des vésicatoires, médicament externe si utile et si employé dans la pratique, quelle que soit l’opinion qu’on se forme de cette action. Nous n’entreprendrons point d’exposer tous les cas de maladie où elle a produit des résultats avantageux ; mais nous dirons un mot de l’emploi des cantharides à l’intérieur, malgré les dangers de ces médicameus entre les mains des médecins trop audacieux.

Long-temps avant que l’art de guérir eut tiré quelque parti de l’action qu’exercent les cantharides sur l’appareil générateur, la débauche , dans ses raflinemens criminels , avait su l’employer pour ranimer, même aux dépens de la vie , des sens énervés par l’ahus des plaisirs. Cependant de telles excitations contre nature ont toujours produit des sensations plutôt douloureuses que voluptueuses, à moins qu’on ne considère, avec certains physiologistes, l’extrême volupté des sens comme n’ayant point de limites avec la douleur physique. Le priapisme qu’éprouvent les libertins usés qui veulent ainsi recouvrer leur vigueur perdue sans retour, ou ceux dont une passion brutale a fait ses victimes, ne peut être comparé à cet état de force et de chaleur qui résulte d’un sentiment dont la source est principalemeut dans l’imagination exaltée par le désir ou par l’attrait d’un objet séduisant.

La science n’a recueilli qu’un trop grand nombre de faits terribles sur l’emploi des cantharides dans le but criminel que nous venons de signaler ; mais l’observation a fait reconnaître leur efficacité dans la guérison de certaines maladies contre lesquelles avaient échoué toutes les ressources de l’art. C’est ainsi que MM. Alihert et Blett les ont administrées avec succès dans le traitement des affections squammeuses sèches. Quelques pra-

tlciens en font usage contre la paralysie de la \essie , les hydropisies des vieillards, etc. Nous ne dirons rien ici des tentatives que Tou a faites pour guérir , par leur moyen, l’IiydropRobie , l’épilepsie , et une foule de maladies qui ont résisté à ce remède comme à tant d’4utres préconisés avec assurance, et qui malheureusement n’ont eu aucun succès.

Dans le grand nombre des préparations pharmaceutiques qui ont pour base les cantharides , nous citerons les divers erruplâlre%j on^uens J pommades J taffetas^ cèratSj huiles j et linimens vésicatoires ou épispastiques ; les teintures j les extraits j V alcool de cantharides. V. ces mots.

La question suivante , les cantharides vermoulues ont-elles perdu de leurs propriétés vésicantes j a été le sujet de diverses recherches scientifiques. Celte discussion avait été amenée par une leltx’e de M. Limouzin-Lamotte , adressée à la Société de Pharmacie de Paris, dans laquelle ce pharmacien, donnait la formule d’un emplâtre véslcant préparé avec les cantharides vermoulues; dans cette lettre, l’auteur annonce que ces insectes n’ont rien perdu de leurs vertus, et que leur extrême division les rend propres à atteindre le but désiré.

M. Farines, pharmacien à Perpignan, a adressé à l’Académie des observations dont voici les principaux résultats^ i°. Les cantharides sont rongées par un insecte du genre Acarus. i°. Les parties molles sont détruites , tandis que les parties solides ne le sont pas. 3®. Les excrémens de l’insecte ne sont pas sensiblement vésicans. 4°. Les cantharides vermoulues donnent naissance à une légère vésication. 5°. La poudre de cantharides saines jouit d’une action beaucoup plus forte. 6®. Les parties dures , séparées par les insectes des parties molles, jouissent de la propriété vésicante, mais à- un degré moindre que la vermoulure. 7°. Le camphre n’empêche pas l’insecte de détruire les cantharides ; il les attaque même lorsqu’elles sont placées sur un morceau de camphre. 8°. L’acide pyroligneux employé pour asphyxier ces coléoptères, leur communique une odeur d’empyreume, qui paraît servir à la conservation de ces mouches.

Les résultats que M. Farines a annoncés se rapportent avec

556 CAKTHARIDINE.

les conclusions d’un rapport fait à la Société de Pharmacie, par MM. Hottot et Tassart , sur le Mémoire de M. Limouzin- Laraotte. Le Journal de Parmacie du mois d’octobre 1826 contient une note de M. Derheims de Saint-Omer, dont les résultats confirment les faits avancés par MM Hottot , Tassart et Farines; ils infirment aussi des résultats présentés par M. Diibuc de Piouen , qui a dit que la yermoulure provenant de cantharides bien récoltées et conservées dans un endroit sec, était loin d’avoir perdu sa propriété vésicante. Il attribuait aux vermoulures qui avaient subi la fermentation putride, la perte de cette propriété.

M. Derheims a reconnu qu’un emplâtre préparé avec l’insecte même qui ronge les cantharides , ne jouit pas de la propriété vésicante.

M. Chcreau a fait dessécher des cantharides, et même les a • fait torréfier sans que la couleur verte et dorée de leurs éljtres ait subi la moindre alteration. Cette couleur est également insoluble dans l’eau , l’alcool , l’éther et les huiles, de sorte que la poudre de cantharides, privée de ses principes actifs, pourrait avoir tous les caractères extérieurs de celle qui n’aurait point été altérée.

Plusieurs insectes jouissent de propriétés analogues à celles des cantharides. Parmi les insectes vésicans, on remarque le proscarabé {Meloe proscarahœus) ; le meloë de mai {M, maïaliS'); la coccinelle ( Coccinella ’‘j-punctata ) ; et le mylabre de la chicorée {^Mylahris cichorii'^. On croit même que la cantharide des anciens était cette espèce de mylabre. (A. R.)

CANTHARIDIJNE, principe actif des cantharides — On a donné ce nom a une substance particulière découverte, en 1810 , dans les cantharides par M. Robiquet, On obtient cette substance en agissant de la manière suivante : on fait bouillir les cantharides avec de l’eau distillée , et on continué le traitement par ce liquide jusqu’à ce qu’il ne se charge plus d’aucun principe. On fait évaporer le décoctum obtenu jusqu’à consistance d’extrait; on traite cet extrait à plusieurs reprises par de l’alcool bouillant , et on continue

d’employer ce Irailement jusqu’à ce que ce liquide sorte incolore de dessus cet extrait. On réunit les solutions alcooliques, on les fait évaporer à une douce chaleur; lorsque l’extrait alcoolique est à l’état sec, on l’introduit dans une fiole à médecine. On ajoute ensuite de l’éther sulfurique; on agite à plusieurs reprises. Au bout de quelque temps l’éther se colore; on décante; on le remplace de nouveau par de l’éther, on agite j on laisse en contact pendant un plus long espace de temps, puis nn décante de nouveau. On réunit le produit provenant des deux dégantatlons ; on le place dans une capsule, et on l’abandonne au contact de l’air, à une évaporation spontanée. Ce liquide, en se volatilisant, .laisse déposer de petites plaques cristallines; mais elles sont mêlées d’une certaine quantité de matière jaune ; on enlève cette matière à l’aide d’un lavage fait avec de l’alcool froid, qui ne dissout pas sensiblement la matière cristalline. On met ensuite cette matière entre des feuilles de papier joseph, et on finit de la sécher : on a alors de la canlliaridine pure. La cantharidine est en petites lames , ayant une apparence micacée éclatante; elle est insoluble dans l’eau et dans l’alcool froid , soluble dans l’alcool bouillant, d’où elle se précipite par refroidissement; elle est soluble dans l’éther en petite quantité, et dans les huiles.

La solution huileuse de cantharidine appliquée sur la peau, agit comme lacantharidine elle-même;on peut profiter de cette propriété pour préparer des linimens rubélians. 11 est à présumer que ce principe actif n’existe pas seulement dans le Cantharis vesicaloria çX qu’il se trouve également dans tous les insectes doués de la propriété vésicante. (A. C.)

CAOUTCHOUC, Gomme élastique ^ Résine élastique. — On a donné le nom de caoutchouc ou gomme élastique à un produit- particulier qui existe dans le suc laiteux d’un grand nombre de plantes de la famille des Euphorhiacées et dans celle des Urticées. On l’extrait plus alioiulaiument d’un arbre de la famille des Euphorhiacées qui croît au Brésil et dans la Guyane, et qui a été nommé elastica^dx \Àmvh,Hevea Guianensis par Aublet, çXSiphonia cahuchu par Schreber et "Willdenow.

Oa obtient le caoutcliouc en faisant des incisions aux troncs de ces arbres. Oa recueille le suc qui en découle, et on l’expose à l’air où il prend de la ténacité. On l’applique le plus ordinairement par couches successives sur des moules de terre, en ayant soin de ne mettre une seconde couche que lorsque la première est sèche. Lorsque le moule est recouvert d’une assez grande quantité de gomme élastique, on le laisse sécher pendant quelque temps ; on brise ensuite le moule, dont les débris peuvent .sortir par une ouverture que l’on a eu soin de laisser lors de la fabrication di*vase, ou que l’on pratique sur un des côtés. On peut donner diverses formes au caoutchouc; ces formes dépendent du moule sur lequel les couches du suc ont été disposées (i). La forme la plus ordinaire est celle de bouteilles : on en trouve cependant en masses, et quelquefois sous la forme d’animaux.

Le caoutchouc est une substance d’une couleur brune plus ou moins foncée; lorsqu’il est en petites masse, il est demitransparent. Sa flexibilité et son élasticité sont telles , qu’elles lui ont fait donner le nom de gomme élastique. Exposé à la chaleur, il se fond d’abord ; en cet état , on peut l’appliquer sur des instrumens de fer pour les préserver de la rouille. A une température plus élevée , il se boursoulïle et brûle avec une flamme d’un blanc jaunâtre , en répandant des vapeurs d’une odeur peu marquée.

Le caoutchouc est insoluble dans l’eau froide et dans l’alcool ; dans l’eau bouillante , il se ramollit ; il est un peu soluble dans l’éther et dans les huiles grasses et volatiles. Traité par les alcalis caustiques, il éprouve un commencement d’altération ; l’acide nitrique le convertit en acide oxalique, avec production d’acides carbonique et hydro-cyanlque et d’azote.

(i) Du suc d’/jcp'ea, cippoité en France dans des bouteilles de verre, s’e'tait solidifie' sans le contact de l'air; sur les parois de la bouieillc, il avait exactement pris la forme de ce vase ; sa couleur , qui était blanche lorsqu’on cassa la bouteille, en prit une analogue à celle ordinaire au caoutchouc par l'exposition à l’air.

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