Tome Y. ai
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étranger aux connaissances médicales , il importait qu’un médecin livré à la pratique vérifiât ces faits et s’assurât de leur réalité. M. le docteur Cottereau , agrégé à la Faculté de Médecine de Paris , se chargea de le faire , et il entreprit une série de recherches dans lesquelles il apporta cette exactitude qui doit présider à toutes les expériences de cette nature. Mais les inspirations de chlore gazeux furent loin de produire les bons effets dont avait parlé M. Gannal ; elles déterminèrent de graves accidens qui forcèrent à les suspendre presque dès le début: elles furent répétées à diverses reprises et chez plusieurs sujets , et dans la plupart des cas elles eurent des résultats du même genre. Le docteur Cottereau ne put en trouver la cause que dans le défaut d’habitude : pour s’exercer à administrer le gaz , il essaya lui-même à le respirer , et il parvint à le faire sans en être aucunement incommodé , même à très forte dose. Il recommença aussitôt le traitement de plusieurs phthisiques, et guidé par ce qu’il avait observé, tant sur d’autres que sur lui, il acquit une habitude telle, qu’il put administrer ce médicament avec certitude de n’avoir jamais à craindre de suites fâcheuses. Il procura du soulagement j il vit les jours de ses malades se prolonger peut-être au-delà de ce qu’il lui semblait possible de les conserver : néanmoins il les perdit. C’était avoir déjà beaucoup obtenu ; mais cette absence de guérison le désespérait ; il ne voulait plus employer le chlore, et il allait perdre le fruit de ce qu’il avait fait jusque là , lorsqu’un de nous ( M. Chevallier) le sollicita vivement, et au nom de l’humanité , de continuer ses essais ; ce qu’il fit avec succès. La femme d’un de ses confrères se trouva dans le cas d’être soumise à l’action du gaz ; il entreprit de la traiter , et il parvint à la guérir.
C’est à ce fait qu’il dut l’explication de ses non succès. Réfléchissant sur les différences qui existaient entre* l’état de cette darne et celui de ses premiers malades , il reconnut clairement que le traitement de ceux-ci avait été commencé à une époque trop avancée de la phthisie , pour qu’il fût possible de les rétablir. Le chlore avait produit chez eux tout ce qu’il
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était susceptible de produire à une pareille époque de cette maladie ; il les avait rendus à l’espoir en diminuant leurs souffrances , et avait reculé de quelque temps le terme de leur vie. Depuis ce moment plusieurs autres individus ont été également guéris, et l'un d’eux , qui avait été examiné par un grand nombre de médecins pendant le cours de sa maladie , a été présenté successivement à l’Institut y à l’Académie: royale de Médecine et à la Société de Médecine pratique de Paris.
Il n’a pas suffi à M. le docteur Cottereau , pour ' obtenir ces succès, d’acquérir une grande habitude d’administrer le chlore ; il fit voir que l'appareil proposé par M. Gannal pressentait de nombreux et de graves inconvéniens qui s’opposaient à la réussite du traitement, et qu’il importait de lès faire disparaître : ce praticien y est parvenu en lui substituant un nouvel appareil de son invention. la planche rôf en faveur duquel des commissions nommées par l’Académie royale de Médecine et par la Société de Médecine pratiqué , se sont déjà prononcées dans leurs rapports (i). -
Cet appareil se compose de deux pièces principales : . j
i°. Un flacon de la contenance d’une livre d’eau à trois tubulures. De ces tubulures, la moyenne donne passage à un tube de verre de six lignes de diamètre 'intérieur , contenant un thermomètre centigrade , dont l’orifice supérieur conm muni que avec l’atmosphère, tandis que l’inférieur descend jusqu’à trois lignes du fond du flacon. La seconde tubulure est remplie par un bouchon creux parallèlement à son axe , canal iculé , et qui se prolonge de deux pouces environ dans le flacon, où il se termine en bec de flûte. Ce bouchon, supporte un vase garni de papier noir, de la contenance d’une once d’eau , et un robinet ouvre ou ferme à volonté le canal .du bouchon; seulement, sur la cheville en cristal qui constitue
(î) Académie royale de Médecine, séance du i/f avril 1829; commissaires,. MM. Chomel, Husson et Piorry. — Société de Médecine pratique* séance du 7 mai 1829; commissaires, MM. de Caignou Clairat et Gillet de Grandmont.
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ce robinet , est une petite rainure dont le degré de profondeur détermine la quantité' de liquide qui peut s’écouler. Enfin la troisième tubulure porte un tube recourbé qu’ouvre ou ferme à volonté un robinet 7 et qui est celui par lequel le malade inspire.
2q* Un support en cuivre ou en fer-blanc établi sur un réchaud; il est muni d’une lampe à l’iiuile ou à l’esprit de vin.
Do l’eau pure est versée dans le flacon jusqu’à la hauteur d’un pouce , de manière à ce que le tube de la tubulure moyenne plonge dans cette eau ; on verse , dans le vase surajouté à la seconde tubulure , du chlore liquide très pur et préparé à la température de i5° centigrades, et, au moyen de la rainure du robinet , on le fait tomber par gouttes dans le flacon ; à l’aide de la lampe, on chauffe l’eau qui est dans «eluiici et on la maintient à une température de 5o à 6o° centigrades , en proportionnant la flamme au volume de l’eau : enfin , le malade inspire par le tube de la troisième tubulure, et l’air qui pénétre par la tubulure du milieu arrive dans les poumons chargé de vapeurs d’eau et de ehlore gazeux. Cet appareil l’emporte sur celui de M. Gannal , ]°. en ce que le chlore ne s’écoule du vase surajouté dans le flacon où l’on respire, que lentement et à mesure que l’inspiration se pratique > ce qui préserve le malade de respirer une trop grande quantité de gaz à la fois ; 2°. en ce qu’il conserve la température de l’eau à un même degré de chaleur ; 3°. en ce qu’il ne laisse échapper aucune portion du gaz, et qu’il ne nécessite pas le renouvellement de l’eau à chaque inspiration, ce qui permet d’apprécier exactement la quantité de chlore employée ; 4°^ en ce qu’il ne cause aucune fatigue aux personnes qui s’en servent pour respirer , comme l’expérience l’a démontré et le démontre encore tous les jours , et qu’il donne la facilité de suspendre à volonté les inspirations sans qu’il y ait, pendant cette interruption , la moindre perte de gaz.
Cependant, malgré la bonté de cet appareil, qui enlève au mode d’opérer une partie des difficultés , l’emploi du
chlore réclame beaucoup de prudence de la part du médecin ; car, ainsi que l’a fait observer dernièrement M. le docteur de Caignou ( Lancette française , t, II , n° 3 ) , « Il ne faut pas s’i- » maginer qu’il suffise de vouloir administrer ce médicament » pour en obtenir de bons effets ; le traitement par le chlore » offre beaucoup plus de difficultés qu’on ne le croit com- » munément ; il veut une habitude très grande , qui ne » s’acquiert que par de nombreuses applications , et qui doit » toujours avoir pour guide une connaissance bien exacte de » l’état actuel de l’appareil respiratoire. Les moindres va— « riations dans l’état des organes dont cet appareil se com- » pose nécessitent fréquemment des changemens très brus- » ques dans les doses du médicament , quelquefois même » la suspension des inspirations pendant un temps plus ou » moins long , et il suffirait , dans ce cas , d’une erreur légère » en apparence pour donner lieu à de très fâcheux acci— » dens. Il en est du chlore comme de toutes les substances » médicamenteuses énergiques : appliqué convenablement, il » soulage et guérit ; administré d’une manière inopportune , » il produit un effet diamétralement opposé; et l’on ne pour- » rait pas plus l’accuser des insuccès, qu’on ne peut reprocher à » un bon instrument une opération mal exécutée par un clii- » rurgien inexpérimenté. C’est cependant ce qui pourra lui ar~ » river fort souvent ; car beaucoup de personnes, même en » province, se procurent aujourd’hui l’appareil dont M. Cot- >» tereau se sert avec tant d’avantages , et certes , il leur » faudra du temps avant de pouvoir saisir les indications » avec cette promptitude et cette assurance auxquelles ce » médecin est redevable des succès qu’il obtient , succès dont j’ai été déjà plusieurs fois le témoin (i). »
Cette prédiction de M. le docteur de Caignou s’est déjà réalisée plusieurs fois à Paris, où des gens tout-à-fait étrangers
(t) J’ai fait établir cet appareil eu prenant des précautions convenables ^our qu’il puisse fonctionner convenablement, ce qui n'arriye pas toujours.
, (Cbc-'aMier ),
à l’art de guérir n’ont vu dans cette nouvelle médication qu’une route de plus pour arriver à la fortune , et ont voulu la mettre à profit sans s’occuper des inconvéniens qui pourraient résulter de leur impéritie.
La préparation du chlore employé en inspiration ne présente rien de particulier ; il suffit seulement , pour obtenir ce médicament au degré de pureté convenable , de rejeter celui que contiennent les premier et second flacons de l’appareil de Woulf , dans lequel on le prépare, et de ne se servir que . de celui des troisième , quatrième, etc. , flacons. 11 doit être obtenu à la température de i5° centigrades, pour être à la concentration nécessaire.
Nota. Au moment de terminer cet article , nous apprenons que M. Cottereau vient de présenter à l’Académie royale des Sciences un des nouveaux phthisiques (i) qu’il a guéris récemment avec les inspirations chloreuses , et que MM. Magendie et Duméril ont fait leur rapport sur la première observation qu’il avait adressée ; rapport dans lequel ils déclarent que , chez le malade qui en fait le sujet , l’affection tuberculeuse des poumons, après avoir été constatée, a complètement disparu sous l’influence de ce traitement. C’est un fait authentique, et que ces savansanédecins proclament pour rendre hommage à la vérité , en attendant que de nouveaux cas du même genre soient recueillis en assez grand nombre pour lever tous les doutes qui pourraient encore exister dans l’esprit de quelques praticiens , sur l’efficacité de cette médication.
Nous ne finirons pas non plus sans dire que le chlore n’a pas seul été employé pour combattre la phthisie pulmonaire, mais que M. le docteur Cottereau a aussi employé , dans le même dessein , l’iode et le brome , ainsi que les diverses pré-
(i) M. Cottereau compte déjà un bon nombre de succès, mais chez des personnes qu’il n’à pu présenter à des sociétés savantes, parce qu’elles ne veulent pas être connues pour avoir été' affectées de phthisie , en raison de l’hérédité de celle maladie.
paradons chimiques de ces deux corps simples. Guidé par l’analogie , il les a également administrés contre la morve chronique des chevaux et quelques autres maladies des animaux domestiques , et les essais qu’il a faits depuis vingt mois , sur ce point de Thérapeutique vétérinaire , conjointement avec MM. Trousseau, agrégé à la Faculté de Médecine, et Leblanc , médecin vétérinaire , ont été couronnés des plus brillans succès. Les recherches entreprises en commun par ces trois médecins seront publiées aussitôt qu’elles auront reçu toute l’étendue que mérite l’importance d’une aussi belle découverte.
Sur les chlorures d'oxides (i).
Ces préparations ont été traitées à leur ordre alphabétique dans ce Dictionnaire ; mais depuis cette époque de nouveaux usages ayant été signalés, il nous paraît urgent d’en dire ici quelques mots. Nous indiquerons successivement les cas différens dans lesquels ils ont été employés avec avantage , puis nous donnerons la manière de s’en servir dans ces diverses circonstances.
Nous les considérerons sous le rapport de leur utilité dans la Technologie , l’économie rurale , l’économie domestique , la salubrité publique et la Thérapeutique.
i°. Technologie. Ils sont employés pour le blanchiment de la fécule , des fds , des toiles et du papier , et pour la restauration des gravures et des livres enfumés et tachés.
Pour arriver à ce but, on immerge le corps que l’on désire blanchir dans un bain formé d’une solution aqueuse
(i) L’application des chlorures à l’assainissement ayant pris une grande extension, grâce au zèle de notre savant confrère M. Labarraque, de nombreuses fabriques de chlorure se sont établies h Paris et dans les départemens, en France; de ce nombre sont celles de MM. Payen , Ador, Bonnaire. Nous venons de nous lier avec un fabricant de chlorure qui a établi chez l'un de nous (A. Chevallier ) un dépôt de chlorure de chaux, en flacons d’une à plusieurs livres, afin de pouvoir le délivrer aux pharmaciens qui en suivaient besoin.
de chlorure ( i partie de ce dernier sur 20 parties d’eau) , et 011 l’y laisse séjourner jusqu’à ce qu’il ait acquis le degré de blancheur désiré ; après quoi , on le lave à diverses reprises avec de l’eau claire , afin de lui enlever les portions de chlorure qu’il pourrait avoir retenues. Le chlore pourrait bien aussi servir à cet effet ; mais il a le grave inconvénient d’incommoder ceux qui s’en servent, en laissant toujours dégager une abondante quantité de gaz (1).
20. Économie rurale. — On active la germination en mettant les semences en contact avec un mélange de g5 part, d’eau et de 5 parties de chlorure , avant de les semer. En arrosant de temps en temps des plantes débiles avec de l’eau contenant un soixante-quatrième de chlorure, on en ranime la végétation.
3°. Economie domestique. — Sous ce point de vue, ils sont mis en usage pour la conservation des œufs et autres substances alimentaires , pour enlever aux légumes conservés l’odeur désagréable qu’ils ont pu contracter, et aux eaux-de-vie le goût de marc dont elles sont quelquefois douées , enfin pour désinfecter les viandes gâtées.
On dépose les œufs dans une solution faite avec 32 parties d’eau et 1 partie de chlorure de chaux, et on a le soin de les y changer de place de temps en temps. Pour les légumes et les viandes qui ont une odeur ou une saveur désagréable, on les immerge à différentes reprises dans de l’eau contenant un quarantième à un soixantième de chlorure de soude, et on les lave ensuite à l’eau de fontaine. Pour les eaux-de-vie, on les additionne d’une quantité de chlorure suffisante pour que le chlore commence à s’en dégager; 011 laisse reposer, on décante et l’on soumet à la distillation, en ayant soin de séparer les premières portions obtenues.
4°. Salubrité publique.— C’est ici surtout que les usages des chlorures se montrent intéressans, par les nombreux services qu’ils rendent en décomposant les miasmes putrides de
(?) Voir Y Ari de préparer les chlorures. 1 roi. in-8° (Déchet jeune
toute espèce, et en prévenant ainsi le développement des maladies épidémiques, ou en arrêtant leurs progrès lorsque déjà elles existent. On les emploie pour se préserver de l’odeur infecte qui s’élève des fosses d’aisance, des baquets à urine, des plombs, des puisards et des ruisseaux infects ; pour désinfecter les hôpitaux, les prisons, les halles à la viande etau poisson, les paniers qui servent à la vente de celui-ci , les ustensiles des vidangeurs, les cuirs en vert, les débris d’animaux, les tas de boue et d’immondices, la pâte de carton, les eaux corrompues, et pour assainir les mines, les ateliers où l’on élève les vers à soie, ceux où l’on fabrique l’orseille, la colleforte , les engrais et l’amidon , les abattoirs , les clos d’équarrissage, les boyauderies, les égouts, les étables, les amphithéâtres, les tribunaux , les salles d’assemblée et de spectacle, les lazarets, les chambres de malades, les puits , les magasins qui contiennent des fromages faits,- les cages où des animaux sont tenus enfermés, l’eau des routoirs ; enfin lors delà levée juridique des cadavres déjà inhumés ; pour arroser les animaux morts de maladies contagieuses, ainsi que les matériaux extraits des fosses d’aisance, pour laver le linge des malades, pour détruire les odeurs absorbées par les habits, et désinfecter les vètemens vendus par les fripiers, etc., etc., etc.
La manière d’employer les chlorures dans ces diverses circonstances est d’immerger les objets qui sont susceptibles de l’être dans un mélange de trente à quarante parties d’eau et d’une partie de chlorure, ou de les envelopper avec des linges imbibés de cette solution, et pour ceux qui ne sont susceptibles ni d’être immergés ni d’être enveloppés, de les arroser à plusieurs reprises, et à des intervalles peu éloignés, avec le même mélange : par là on obtient la prompte destruction de toutes les odeurs méphitiques , et l’on se garantit de tous les dangers qui peuvent en résulter.
5°. Thérapeutique . — De nombreuses applications des chlorures ont été déjà tentées avec succès dans un grand nombre de maladies, et il est probable que leur efficacité les rendra de jour en jour plus fréquentes ; c’est du moins ce qu’on
peut augurer en voyant les heureux résultats qui en ont été obtenus par l’illustre Percy, et depuis lui par MM. Marjolin, J. Cloquet, Lisfranc, Cottereau, Ségalas, Cullerier, Lagneau, Roche, Kéraudren, Biett, Samson, Deslandes, Gensoul, Willaume, Chantourelle, Berger, Coster, Gorce, Darling, Semmola, Girard, Dupuy , Leblanc, Vatel , Boulley jeune, etc. C’est à ces praticiens que l’on est redevable des notions que l’on possède sur l’emploi des chlorures pour combattre l’asphyxie par les gaz émanés des fosses d’aisance , l’infection des pieds et celle de l’haleine, ainsi que les maladies des gencives et le scorbut, la teigne, la gale , certaines autres espèces de maladies cutanées , là rage , les ophthalmies purulentes , les brûlures, les engelures, les ulcères aloniques et vénériens, les plaies gangréneuses , la pourriture d’hôpital , le charbon les fistules, blennorrhagies bâtardes, les ulcères de l’utérus, les cancers, etc.
Dans tous ces cas, c’est en application que les chlorures doivent être employés. On commence par se servir d’un mélange fait avec 40 parties d’eau ou d’une décoction de racine de guimauve, et i partie de chlorure, et l’on augmente graduellement la proportion de ce dernier , selon que la sensibilité moins vive des organes malades, ou l’habitude qu’ils prennent de supporter le contact du médicament, permet de le faire, et l’on renouvelle les lotions de quatre, à six fois dans le courant de la journée.
( Vicva/Ae/' f/c/ .
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