STRATIFICATION
tères sont si faciles à saisir , qu’il serait honteux pour un médecin, et surtout pour un pharmacien , de les méconnaître. Cependant on a reproché, dans une circonstance assez récente , à un pharmacien de la capitale d’avoir donné des feuilles de stramoine pour des feuilles de tabac prescrites en lavement, à une personne de haut rang, qui par suite avait succombé. Ce reproche n’était fondé sur aucune preuve positive ; une décoction de tabac a pu produire des résultats aussi funestes , surtout sur un vieillard affaibli par la maladie , qu’une décoction de stramoine; et seuls coupables dans cette affaire n’ont pas craint de blesser le pharmacien dans tout ce qu’il a de plus cher, en l’accusant d’une dangereuse substitution ï Il fallait au moins prouver cette substitution par l’examen botanique de la plante; ce qui n’était pas fort difficile, et qui pourtant a été négligé.
Brandes ( Répertoire de Buchner, 1821) a publié une analyse des graines de stramoine ,. dans lesquelles il a reconnu un principe particulier cristallisable , auquel il a donné le nom de Daturine. V ’. ce mot. Cette analyse a offert pour résultats : une matière glutineuse ; de l’albumine ; de la gomme ; une matière buty racée ; de la cire verte ; de l’huile fixe ; de la tragacanthine ; une matière saccharine ; de l’extractif gommeux ; de l’extractif orangé ; du malate neutre et acide de potasse et de daturine ; plusieurs sels à base de chaux et de potasse ; de la silice , etc.
Une analyse des feuilles de stramoine a été faite par Promnitz ; elle a donné les résultats suivans : matière extractive gommeuse, 58 ; matière extractive, 6 ; fécule , 64 ; albumine, i5 ; résine, 12 ; sels , 23. (G...n.)
STRATIFICATION. La stratification est une opération qui consiste à exposer divers corps h l’action de la chaleur , après les avoir disposés par lits, ou couches par couches, slrata super strata. C’est par la stratification que l’on convertit , i°. le fer en acier fondu, en plaçant alternativement une couche de cément et une couche de barreaux de fer; 20. le cuivre en laiton , en mettant une couche de calamine et de
STRONTIANE.
charbon , et une deuxième couche de cuivre et successivement, soumettant ensuite à Faction de la chaleur. (A. C. ) STRONTIANE , Strontite, Oxide de s trontiane. La stron— tiane, long— temps considérée comme un corps simple, est aujourd’hui regardée comme le résultat de la combinaison d’un corps simple, le strontium , avec l’oxigène, dans les proportions de ioo parties de métal et de 18,278 d’oxigène.
Crawford est le premier qui, en 1790, soupçonna la présence de cet oxide particulier dans un minéral venant de Stron tian, en Écosse, et qu’on croyait être un carbonate de baryte; mais sa découverte fut constatée de 179 3 à 1794? par MM. Bope et Klaproth, qui lui donnèrent le nom de strontite , du lieu où venait le minéral qui le contenait. Depuis , Kir— wan lui donna le nom de slrontiane. Enfin , depuis qu’on est parvenu à réduire les oxides terreux, elle a reçu le nom d ’ oxide de strontium . L’oxide de strontium s’obtient de la même manière que celui de baryte , en décomposant le nitrate à l’aide de la chaleur» ( Voyez le tome II , page 388. ) Le produit qui résulte de cette décomposition, l’oxide, est un solide d’apparence caverneuse , d’un blanc-grisâtre ; il est plus caustique que la chaux ; il verdit fortement le sirop de violettes, rougit le papier de eurcuma; son poids spécifique est d’environ 4* H se comporte avec les fluides impondérables , l’oxigène , l’air atmosphérique , les corps combustibles simples et composés , de la même manière que l’oxide de calcium ; mis en contact avec l’eau , il donne lieu à un grand dégagement de chaleur; il est soluble dans 4° parties d’eau froide et dans 20 parties d’eau bouillante ; la solution préparée à l’aide de la chaleur laisse déposer de la stronliane hydratée et cristal Usée .
La strontiane se trouve, dans la nature, combinée aux acides sulfurique et carbonique (à l’état de carbonate et de sulfate). Les sels de strontiane ont été reconnus , comme nous l’avons déjà dit, en Écosse; en France, près Paris; près de Bristol, en Angleterre ; en Sicile et dans la Pensylvanie.
Les propriétés de la baryte et de la strontiane ont beau-
STRONTIUM.
coup d?analogie. Cependant, en comparant ces propriétés, on reconnaît que la strontiane est moins pesante, qu’elle est moins acre , qu’elle colore la flamme en pourpre , et aussi par une moindre solubilité, par sa phosphorescence, par la différence qui existe entre les sels résultans de T union de ces deux oxides avec les divers acides.
La strontiane n’est pas employée, mais on se sert de l’hydrate et des sels pour reconnaître la présence de l’acide sulfurique libre, ou en combinaison avec les bases, et formant des sulfates, et pour déterminer les proportions clans lesquelles se trouve cet acide ; on donne cependant la préférence aux sels de baryte. V . Sulfate de Strontiane.
MM. Julia Fontenelîe et Quesneville fils ont indiqué plusieurs moyens de différencier la baryte de la strontiane ; ils ont rappelé la solubilité de l’hydro-clilorate dans l’alcool à 38° ; mais ils indiquent comme préférable l’emploi de l’acide sulfurique à 66°, qui, avec la baryte, donne en même temps émission de chaleur et de lumière, tandis qu’il y a émission de chaleur seulement avec la strontiane. \ V. Journ. de Chimie médicale, tome IV, page 129. ) (A. C.)
STROWTIANE HYDRATÉE CRISTALLISÉE. Cet hydrate s’obtient comme celui de baryte. {V. le t. Ier, p. 3go.) Ses cristaux sont difléTens ; ils sont en lames ou tables riiomboïdales, moins disposés à former des prismes que ne le sont ceux d’hydrate de baryte. Ils affectent cependant quelquefois la fi gure d’aiguilles satinées aplaties, ou de prismes comprimés. Exposés à l’air, ces cristaux s’effleurissent assez promptement. La solution d’oxide de strontium dans l’eau est connue sous le nom cl’ eau de strontiane ; elle occupe une place parmi les réactifs. (A. G.)
STRONTIÀNITE. Nom donné à la strontiane carbonatée.
STRONTITE. Nom donné à la strontiane. (A. C.)
STRONTIUM. Le strontium est un corps simple, métallique, rangé par M. Thénard dans la 2e section. Les propriétés de ce métal sont à peine connues. Il ressemble beaucoup au calcium O11 ne Ta encore obtenu qu’au moyeu de la pile.
4 o STRYCHNINE.
STRYCHNÉES. Petite famille de plantes établie aux dépens de celle des Apocynées de M. de Jussieu, et qui a pour type le genre Strjclinos. V. ce mot. (G...N.)
STRYCHNINE. La strychnine est un principe actif alcaliu , découvert en 1818 par MM. Pelletier et Caventou dans plusieurs stryclmos ( la noix vomique , la feve de Saint-Ignace , le bois de couleuvre, etc.); cet alcali est accompagné d’un autre alcali végétal , la brucine.
La strychnine pure se présente sous forme de petits cristaux prismatiques quadrilatères , terminés par des pyramides à quatre faces et surbaissées. Lorsqu'elle cristallise rapidement, elle est blanche et d’une forme grenue. Cette substance est inodore, d’une saveur amère excessivement forte, et cette saveur a une telle intensité, que des atomes de strychnine C jÿôboôô ) dissous dans Peau lui communiquent une saveur amère insupportable. Elle est peu soluble dans l’éther, très soluble dans l’alcool. Exposée à l’action de la chaleur, elle se décompose, se boursoufle, noircit, et fournit des produits ammoniacaux. Elle est peu soluble dans l’eau, cependant ce liquide à io° en dissout environ —--r ; Peau à ioo° — ’ — .
i bO O O 7 2qOc
L’alcool la dissout bien ; il en est de même des huiles volatiles.
La strychnine se prépare en traitant la décoction de noix vomique, ou l’extrait de ce fruit dissous dans Peau, par une solution d’acétate de plomb en excès. Ce sel précipite les matières étrangères en solution avec la strychnine et la brucine , et laisse ces deux bases dans la liqueur , mêlées à l’excès d’acétate de plomb. On sépare Pexcès de plomb par l’acide hydro-sulfurique en excès Cet acide décompose ce sel et produit un sulfure qui se précipite , tandis que les deux bases restent en dissolution. On filtre la liqueur ; on la fait bouillir pour chasser Pexcès d’acide hydro-sulfurique, on ajoute ensuite un excès de magnésie, et l’on fait bouillir. Les sels de brucine et de strychnine sont décomposés ; les deux bases se précipitent, mêlées à un excès de magnésie. On recueille le précipité sur un filtre , on le lave avec de Peau froide. Lorsqu’il
est lave' et égoutté , on le traite par l’alcool : ce véhicule sépare la strychnine et la hrucine de la magnésie , qui est insoluble. On filtre le liquide encore bouillant , on le fait évaporer à siccite ; on obtient alors un extrait alcoolique , qui est un mélange de brucine, de strychnine et de matière colorante. On fait macérer ce mélange avec de l’alcool faible : ce véhicule dissout promptement la brucine et la matière colorante , tandis que la strychnine reste sous forme pulvérulente. On la traite de nouveau par l’alcool rectifié bouillant, qui la dissout et la laisse déposer par refroidissement. On a soin de laisser un peu d’eau-mère , parce qu’une petite quantité de brucine qui a échappé à l’alcool faible reste dans ces eaux.
On peut purifier la strychnine en la réduisant à l’état salin, la décolorant par le charbon, filtrant la solution saline, précipitant ensuite par un alcali ; recueillant sur un filtre , lavant , traitant de nouveau par l’alcool bouillant, filtrant , et faisant cristalliser.
M. Ferari , pharmacien à l’hôpital de Vigerano, emploie les acides pour obtenir la strychnine. Son procédé est le suivant.
On fait bouillir pendant deux heures 3 livres de noix vomique avec 3o liv. d’eau acidulée par 6 onces d’acide hydro— chlorique. On passe le décoction acide à travers une toile serrée et mouillée d’avance. On renouvelle la décoction trois fois de suite avec de nouvelles quantités d’eau et d’acide ; on réunit les diverses décoctions , et après le refroidissement du liquide on ajoute peu à peu du lait de chaux en excès : ce liquide alcalin détermine un précipité. On laisse déposer, on décante, on jette le précipité sur un filtre; on recueille les eaux qui s’en écoulent , on lave avec de l’eau , on laisse égoutter et sécher , et l’on réduit en poudre , en prenant soin de ne pas respirer de cette poudre pendant la pulvérisation.
Le liquide d’où l’on a séparé le précipité par la chaux doit être traité de nouveau par l’acide hydro-chlorique , dont on met un léger excès , puis on fait évaporer le tout pour le réduire à quelques livres. On traite ensuite cette liqueur par le
lait de chaux en excès. Cette addition détermine un nouveau précipité, que l’on recueille sur un filtre, et qu’on lave à grande eau. On le fait sécher, on le réduit en poudre , et l’on réunit cette poudre à la première. On traite le mélange de chaux et de strychnine réduit en poudre par l’alcool à 36% à l’aide de la chaleur et à plusieurs reprises, jusqu’à ce que 1 alcool en ait extrait toute la matière amère. On réunit toutes les liqueurs alcooliques , on les soumet à la distillation au bain-marie pour obtenir la plus grande partie de l’alcool. Lorsque la distillation tire à sa fin , on démonte l’appareil. On trouve dans le bain-marie une liqueur jaune, amère et trouble, plus une certaine quantité de strychnine impure. On sépare celle-ci du liquide. On traite cette base par de l’eau acidulée au moyen de l’acide nitrique, ayant soin de n’ajouter de cet acide qu’en quantité convenable pour ne pas dépasser le point de saturation. Lorsque toute la strychnine est parfaitement saturée, on réunit les liqueurs, on les traite par le charbon animal lavé , et l’on filtre le liquide bouillant. Ce liquide , s’il est assez concentré , donne par refroidissement des cristaux de nitrate de strychnine : ces cristaux sont en aiguilles réunies entre elles, mais ils sont ordinairement colorés, L’eausnère qui a fourni les cristaux de nitrate de strychnine doit être réunie au charbon dont on s’est servi pour décolorer le nitrate , ainsi qu’à la liqueur trouble que l’on a trouvée dans le bain-marie ; on sature le liquide qui surnage le charbon avec de l’acide nitrique étendu. On fait ensuite bouillir, en ajoutant de nouveau du charbon animal, et l’on filtre la liqueur encore chaude. Celle-ci laisse déposer des cristaux. On évapore ensuite , pour épuiser F eau-mère de tout le sel qu’elle contient.
On réunit sur un filtre tout le nitrate cristallisé , on le lave à plusieurs reprises avec de l’éther; puis, quand il a été ainsi lavé , on le dissout dans l’eau et on le décompose par l’ammoniaque. Il faut avoir soin de dissoudre le nitrate dans une petite quantité d’eau seulement, pour ne pas fournir à la strychnine un véhicule dans lequel elle puisse être soluble.
M. Ferari a remarqué que les sels acides de strychnine étaient volatils à la température de ioo° centigrades, toutes les fois que les solutions concentrées contiennent un excès d’acide. La même remarque est applicable aux sels de quinine ; mais c’est M. Calland qui a reconnu que les vapeurs qui s’élèvent par l’ébullition des solutions concentrées de sulfate de quinine sont très amères.
D’autres procédés sont dus à divers praticiens. L’un d’eux , dû à M. Corriol , est consigné dans le t. XI du Journal de Pharmacie ; mais ce procédé a été combattu par une note de M. Robiquet , qui se trouve à la page 58o de ce même volume : dans cette note, M. Robiquet indique la fermentation de la noix vomique qu’il a vue s’opérer par hasard , et qui a fourni de la strychnine en plus grande quantité. Ce moyen , découvert par hasard, a depuis été appliqué par M. Blondeau à l’extraction de la morphine.
D’après MM. Dumas et Pelletier , la strychnine est un produit azoté ; ils ont trouvé que la moyenne de la composition de cette base était la suivante :
Carbone . .....
Azote
Hydrogène ....
Oxigène .
La strychnine est un médicament qui , à de très petites doses , a une action très énergique. On ne doit la délivrer qu’avec les plus grandes précautions et sur l’ordonnance d’un médecin bien connu. Un tiers, un' quart, et même un huitième de grain , produisent sur l’homme des effets bien marqués. Ses sels sont encore plus énergiques (i).
(i) Cette substance est tellement énergique , que nous avons éprouvé, des accidens fâcheux, pour avoir porte à la bouche, à plusieurs reprises, un tube qui nous servait lors de la préparation de la strychnine, et qui avait été trempe dans des décoctions acides j ces accidens, qui se manifestèrent. pendant la nuit, cessèrent par l’usage de la magnésie à haute dose, ifigram. (\ gros),
On prépare avec la strychnine des mè'dicamens destinés à remplacer les extraits et les préparations de noix vomique, ces derniers medicamens n’étant pas toujours identiques, et pouvant varier, soit par le mode de préparation mis en usage, soit par la nature des substances qui servent à les préparer.
M. Magendie a donné diverses formules pour remploi de ce médicament. Ces formules , qui sont consignées dans plusieurs dispensaires, sont les suivantes.