Tome V
34 STORAX.
STORÀX ou STYRAX SOLIDE. Baume très anciennement connu et usité' en Médecine sous le nom de Styrax calamite , parce qu’on avait coutume de l’envelopper dans des feuilles de roseau (xxA zpoç). On croit généralement qu’il découle par incisions du Styrax officinale , L. , arbrisseau de la famille des Ébénacées et de la Décandrie Monogynie, L. Cette plante croît dans presque toutes les contrées qui forment la région méditerranéenne; mais sur les côtes de France, d’Espagne et d’Italie , il ne produit point de baume. Il est donc probable que ce végétal n’est point celui qui fournit le storax , et l’on serait très disposé à adopter l’opinion de Bernard de Jussieu, qui a attribué ce baume à une espèce de Liquidambar, décrite depuis par Lamarck sous le nom de Liquidambar orientale .
Quoi qu’il en soit de l’origine du storax cette substance nous est apportée de l’Asie-Mineure sous trois formes différentes , auxquelles M. Guibourt , dans son Histoire abrégée des Drogues simples, a imposé les noms de storax blanc, storax amygdaloïde et storax rouge-brun.
Le'^TORAX blanc , Storax granata du Codex, se compose de larmes blanches ou jaunâtres, opaques, de la grosseur d’un haricot, molles, susceptibles de se réunir en masses qui prennent la forme des vases où elles sont contenues, et ressemblent à du galbanum blanchâtre. L’odeur de ce storax est forte et agréable ; sa saveur douce, parfumée, devenant amère. Cette sorte ne diffère du liquidambar d’Amérique blanc que par les larmes blanches qu’elle renferme. V . Liquidambar.
Le Storax amygdaloïde paraît être celui que Lémery a décrit sous le nom de storax calamite. Il semble aussi n’être qu’une variété du storax blanc, produite par la vétusté. On le trouve sous forme de masses sèches, cassantes, formées de larmes amygdaloïdes , jaunâtres, agglutinées, et offrant dans leurs interstices une matière vitreuse, d’un rouge clair. Ce storax a une odeur agréable de vanille , plus douce que celle du storax blanc.
Le Storax rouge-brun est celui qui se trouve le plus fréquemment dans le commerce sous le nom de storax calçimite.
STRAMOÏNE. 35
C’est la plus impure des trois sortes , celle qui est la plus sujette aux adultérations. On y trouve beaucoup de sciure de bois. Il forme des masses de grosseur variable, légères, rouges-brunes ou tout-à-fait brunes, douées d’une certaine ténacité, et se ramollissant sous la dent ; quelques larmes rougeâtres s’y $uof remarquer. L’odeur de ce storax est analogue à celle du baume de tolu , moins forte que celle des deux précédentes sortes.
Le storax brûle avec une flamme blanche , et laisse un résidu charbonneux très léger; il communique à l’eau son odeur, en même temps qu’il la rend laiteuse et jaune. Il est entièrement soluble dans l’alcool, à l’exception des impuretés. Une résine, unie à un principe huileux fixe, et à de l’acide benzoïque, en sont les principes constituans . On faisait autrefois beaucoup de cas de cette drogue, mais aujourd’hui on ne lui attache pas plus de prix qu’au benjoin et à d’autres résines balsamiques. On le regarde comme un médicament stimulant , sur lequel on ne peut pas toujours compter, puisqu’il est si sujet à être falsifié : aussi est-il devenu assez rare dans le commerce.
Le storax fait partie de plusieurs préparations officinales très composées, comme la thériaque, le diascordium, etc.
STRAMOÏNE ou POMME EPINEUSE. Datura Stramonium, L. — Rich. , Bot. méd. , t. I , p. 3oo. ( Famille des Solanées. Pentandrie Monogynie , L. ) Plante qui croît dans les lieux incultes de plusieurs contrées d’Europe. Elle a une tige herbacée , annuelle, très rameuse, dichotoine, haute de plus de 2 pieds, garnie de feuilles grandes, ovales, pétiolées, aiguës , sinue'es et anguleuses , un peu pubescentes. Les fleurs sont très grandes, blanches ou teintes légèrement en violet, solitaires, portées sur des pédoncules courts, situés en dehors des aisselles des feuilles , ou dans les aisselles des dichotomies de 1a. tige. Leur calice est tubuleux , un peu renflé à sa partie inférieure , à cinq dents et à cinq angles ; la corolle est infundibuliforme , également à cinq angles , terminée par un
limbe évasé , plissé longitudinalement. Le fruit est une cap-
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suie ovoïde , hérissée de pointes épineuses , partagée intérieurement en quatre loges qui communiquent ensemble deux par deux à leur sommet à cause de l’imperfection d’une des deux cloisons ; elles s’ouvrent en quatre valves , et contiennent un grand nombre de petites graines brunâtres presque re'niformes, et dont la surface est chagrinée.
Toutes les parties de la pomme épineuse, et principalement ses fruits , sont douées de propriétés narcotiques portées à un tel degré , qu’on regarde cette plante comme une des plus vénéneuses de la famille des Solanées. Elle a une odeur vireuse, qui devient encore plus forte lorsqu’on la froisse entre les doigts. La saveur en est amère, âcre et nauséeuse. Son mode d’action sur l’économie animale est à peu près le même que celui de la belladone et de la jusquiame ; aussi l’a-t-on employée contre les mêmes maladies et dans les mêmes circonstances , c’est-à-dire contre les affections du système nerveux. Son emploi est aujourd’hui fort rare en France. Cependant , depuis quelques années , on a essayé avec beaucoup de succès en Allemagne et en Hollande , l’emploi du Datura Stramonium , contre le rhumatisme chronique. Cette affection a cédé comme par enchantement dans un cas remarquable rapporté par M. Van-Nuffel (1). On en prépare une poudre et un extrait que l’on administre d’abord à une très faible dose, à i ou 2 grains , par exemple , pour l’extrait , dose que l’on augmente graduellement jusqu’à ce qu’il se manifeste des vertiges , la dilatation de la pupille , etc. Elle est un des ingrédiens du baume tranquille. L’extrait s’emploie aussi à l’extérieur en liniment avec de l’huile d’olives , pour frictionner les parties douloureuses. On peut encore faire un semblable usage de la teinture alcoolique.
La pomme épineuse est une de ces plantes dont les carac-
(i) V. Bulletin des Sciences médicales de M. De Férussac , juin 1827, p. 199. F. aussi la dissertation de M. Engelhart, intitulée: de Datura stramonio ejusque usu medico , prcesertim ad rhumatismi chronici curationem ; Utrecht, 1822,’ imprimerie de Paddcnborg.