Tome Y
petite teinte jaune. On enlève les écumes , et Ton tire à clair la liqueur au moyen des deux robinets. Le résidu trouble est réuni aux écumes, que Ton jette sur un filtre pour laisser égoutter. Le suc est alors mis à évaporer dans une secondç chaudière jusqu’à ce qu’il marque i5 à 1 6° ■ à cet état de concentration, on y ajoute environ 2 pour 100 de charbon animal qui le décolore et lui enlève le goût urineux que lui a communiqué le lait de chaux. Après l’avoir clarifié avec du sang de bœuf, et poussé la concentration jusqu’à 27 ou 28°, on enlève les écumes , et l’on filtre à travers une étoffe de laine. Le sirop abandonné alors au repos , laisse déposer du jour au lendemain une assez grande quantité de sulfate de chaux qu’il faut séparer avec soin avant de procéder à la cuite définitive. Cette dernière opération s’opère de la même manière que pour le sucre de cannes. La cristallisation et le raffinage ne diffèrent pas non plus de ceux que nous avons décrits pour le sucre de cannes. Cependant on a remis en usage dans quelques grandes fabriques le procédé dont Achard se servait autrefois pour opérer la cristallisation des sirops, et qui consistait dans leur évaporation à l’étuve. Il paraît que l’on retire par ce moyen une quantité de sucre plus grande que par la cuite à grand feu , et que des sirops considérés généralement comme des mélasses en ont encore produit, de manière que la quantité totale du sucre obtenu de 100 parties de betteraves a été de 4 à 4 £•
M. Payen ( Journ. de Chim. mèd. , t. II , p. 24 ) a indiqué un procédé pour connaître l’exacte quantité de sucre cristallisable contenue dans la betterave. Ce procédé consiste à traiter le suc de betteraves par l’acide sulfurique , la chaux et le noir animal , comme il a été dit plus haut ; à délayer le résidu sirupeux dans environ trois fois son volume d’alcool à 36° ; à décanter le liquide du magma qui s’est formé ; à le traiter de nouveau par le noir animal ; à le faire évaporer et cristalliser , en prenant les précautions convenables. On évalue ensuite la quantité de sucre pur contenue dans les eaux-mères.
Il est bien reconnu que le sucre de betteraves ne diffère au cunement du sucre de cannes des colonies. Le préjugé contre
notre sucre indigène est si bien vaincu aujourd’hui , que l’on s’en sert journellement comme de vrai sucre de cannes, et qu’on en débite dans le commerce sans qu’il vienne à l’idée de s’informer si ce sucre est d’origine américaine, asiatique ou européenne. Le grand emploi de cette substance permet qu’on se contente des moindres bénéfices , et malgré les bas prix où sont aujourd’hui les sucres, il y a encore d’assez grands avantages dans la fabrication de celui des betteraves , surtout quand l’administration est dirigée avec habileté et économie , lorsque, par exemple, cette fabrique est combinée avec de grands établissemens agricoles. Si, dans les circonstances les plus défavorables , on est parvenu à couvrir les frais de l’exploitation , et même à obtenir quelques profits , quels immenses bénéfices n’aurait-on pas à espérer dans le cas d’une guerre maritime ? (G. . .n.)
SUCRE D’AMIDON, Sucré de fécule , Sucre de pomme de terre. On nomme ainsi un produit de l’art, dont la découverte est due à Kirchoff, pharmacien russe , qui la fit dans l’année 1812 , en traitant l’amidon par l’acide sulfurique étendu d’eau , Ce sucre est d’une nature absolument semblable à celui qu’011 retire des fruits, et particulièrement des raisins. Voici le procédé le plus simple pour son extraction. On délaie 10 kilogrammes d’amidon ou de fécule de pomme de terre, dans 4o kilogrammes d’eau aiguisée de 200 grammes d’acide sulfurique. On fait bouillir le mélange dans un vase qui ne puisse être altéré par l’acide sulfurique , comme une bassine revêtue intérieurement de plomb ; on se sert aussi , dans quelques fabriques , d’un tonneau ou cuvier de bois où l’on fait arriver de la vapeur, et l’on agite pendant la première heure de l’ébullition. La masse devient alors plus liquide, et n’a plus besoin d’être remuée continuellement. L’eau doit être remplacée au fur et à mesure de son évaporation. Lorsque la liqueur a suffisamment bouilli (1) , il faut y ajouter de la craié pour saturer l’acide ; on clarifie avec du charbon , des blancs
(i) Selon le procédé (le Kirchoff, il fallait prolonger l’ébullition pendant
d’œuf ou du sang de bœuf ; on filtre à travers une chausse de laine, et l’on fait concentrer la liqueur jusqu’en consistance sirupeuse. Par le refroidissement, il se dépose beaucoup de sulfate de chaux; on décante la liqueur et l’on achève l’opération.
Selon M. Théodore De Saussure ( Bibliothèque britannique , t. LYI, p. 333), l’acide sulfurique n’a d’autre influence dans la saccharification de l’amidon, que d’augmenter la fluidité de la solution aqueuse d’amidon. Le sucre obtenu ne serait que de l’amidon combiné avec de l’eau solidifiée , c’est-à-dire avec de l’hydrogène et de l’oxigène, dans les proportions nécessaires pour constituer l’eau.
M. Couvercliel ( Joum . de Pharm. , t. VIT, p. 267) a converti l’amidon en sucre par l’intermède des acides malique, tartrique et oxalique. Ce chimiste a observé que l’amidon passe d’abord à l’état gommeux , et ensuite à celui de sucre. Il a aussi donné une théorie inverse de celle de M. Théodore de Saussure, car il considère le sucre d’amidon comme produit par la soustraction et non par l’addition d’une certaine quantité d’hydrogène et d’oxigène dans les proportions nécessaires pour faire l’eau.
E11 abandonnant de l’empois à lui-même, avec ou sans le contact de l’air, et à une température d’environ 20° , ou en le mêlant avec du gluten desséché. M. Th. De Saussure a obtenu du sucre et d’autres produits, tels que de la gomme, de l’amidine, une substance analogue au ligneux , de l’eau, de l’acide carbonique, etc. {Voy., pour plus de renseignemens , les Annales de Chimie et de Physique , t. X , p. 3 79.)
Plusieurs . substances végétales traitées comme la fécule par l’eau aiguisée d’acide sulfurique , donnent un sucre semblable à celui qu’on obtient de la fécule. Ainsi on en a préparé avec la fibre ligneuse privée de matières étrangères, comme , par exemple, les chiffons de linge et le papier.
36 heures. On abrège aujourd’hui la durée de l’opération en augmentant la quantité d’acide, et la saccharification s’opère en moins d’une journée.
Le sucre d’amidon est aujourd’hui une substance extrêmement importante, à raison des usages auxquels on Ta soumise. Ainsi, c’est avec cette substance qu’on fabrique de l’alcool, qui, selon le degré de pureté du sucre, est plus ou moins privé de ce mauvais goût qui caractérise ordinairement l’alcool retiré des farines non saccharifiées de céréales ou de pommes de terre. Comme ce sucre est identique avec le sucre de raisin , on l’emploie en grand , dans les pays de vignobles des départeinens de l?Est, particulièrement dans la Bourgogne, pour donner au vin plus de feu; et, sous ce rapport , il convient mieux que le sucre de cannes , puisqu’il est plus approprié à la nature du vin. M. J. -B. Mollerat, dans sa belle manufacture de produits chimiques, à Poiiilly-sur-Saône (Côte-d’Or), a établi une immense sucrerie de pommes de terre, et il est parvenu, à l’aide d’un procédé fort simple dont il a bien voulu nous confier le secret, à obtenir un sucre d’une blancheur et d’une pureté parfaites. A cet état, le sucre d’amidon est grenu, pulvérulent, non cristallisé (i) , sec, non hygrométrique, d’une saveur douce , imprimant un sentiment de fraîcheur dans la bouche , et sans aucun mauvais goût. Il ne peut remplacer le sucre ordinaire , ni même le miel, pour la préparation des sirops, des confitures et des mets auxquels on veut donner une saveur sucrée fort agréable ; mais il est , sans contredit, préférable pour la fermentation vineuse.
Le sirop de fécule, c’est-à-dire la solution d’amidon saccharifiée , mais non concentrée , est employé dans quelques brasseries, en remplacement de l’orge germée, qui souvent est d’un prix très élevé. Ne serait-il pas très avantageux , pour la bonté de la bière , de substituer à ce sirop , en général très impur, le sucre d’amidon parfaitement blanchi , à la manière de celui que M. Mollerat a répandu dans le commerce? Cette
(i) Nous venons d’être informe que celte espèce de sucre était susceptible d’une cristallisation semblable à celle du sucre de cannes; cette de'cou» verte est due à M. Mollerat, mais nous en ignorons le procède M. Julia- Fontcnclle a , d'un autre cote annonce que le sucre de raisins pouvait être obtenu h l’état cristallin. V. Journ . de C/Umr. inéd. , avril 1829, p. 208,
question mérité toute l’attention des brasseurs de la capitale et des départemens. (G...N.)
SUCRE DE BETTERAVES. Ce sucre étant absolument semblable à celui de cannes , il en a été' traité à la suite de l’article Sucre. /U ce mot.
SLCRE CANDI. On donne ce nom au sucre cristallisé.
SUCRE DE CHAMPIGNONS. MM. Vauquelin et Braconnot l’ont obtenu par le procédé suivant : on broie certains champignons ( Agaricus edulis , acris , etc. ) dans un mortier de marbre ; on délaie la pulpe dans l’eau ; on filtre la liqueur, et on la fait évaporer presque jusqu’à siccité. Traitée alors à plusieurs reprises par l’alcool , on obtient une dissolution d’un brun foncé , qui , concentrée convenablement , laisse déposer une matière sucrée offrant les propriétés essentielles du sucre. En effet , cette substance est blanche , d’une saveur douce , mais moins agréable que le sucre de cannes , et susceptible de produire , par l’addition de la levure et de l’eau, tous les phénomènes qui caractérisent la fermentation vineuse. Le sucre de champignons cristallise facilement en aiguilles prismatiques quadrilatères qui partent d’un centre commun. Exposé au feu , il se boursoufle et s’enflamme en répandant une odeur de caramel ; par l’action de l’acide nitrique, il se convertit en acide oxalique ^ mais il ne perd point la faculté de cristalliser lorsqu’on fait agir sur lui d’autres acides.
SUCRE CUIT AU CARAMEL. C’est le sucre cuit à la grande plume , que l’on fait cuire de nouveau de manière à le faire rôtir légèrement. Cette préparation a une couleur rousse comme le sucre d’orge , due à ce que le sucre est légèrement brûlé.
SUCRE CUIT A LA PLUME. On donne ce nom à la solution de sucre évaporée et amenée au point de fournir un produit solide lors du refroidissement. On distingue le sucre cuit à la petite plume ou perlé , du sucre cuit à la grande plume. Le sucre à la petite plume, pris bouillant, à l’aide d’une écumoire, secoué brusquement , s’échappe de la cuillère , se divise difficilement en une espèce de pellicule mince et légère semblable
à des fils. Le sucre cuit à la grande plume donne très facilement ces espèces de fils.
SUCRE DE DIABÈTES. C’est une matière d’un goût plus ou moins sucré , que Ton extrait de l’urine des malades attaqués du diabètes, affection dans laquelle les malades éprouvent une soif continuelle, et rendent chaque jour une quantité considérable d’urine. L’odeur de leur urine ne devient point ammoniacale comme celle de l’urine ordinaire : à la suite de son exposition à l’air et par la putréfaction de l’urée cette urine offre , au contraire ,. une odeur vineuse qui indique la transformation en alcool du sucre qu’elle contient. Cependant, tous les diabétiques ne donnent pas une urine vineuse ; 11 en est qui présentent la plupart des phénomènes morbides du diabètes , et dont néanmoins l’urine n’est aucunement sucrée (1).
On obtient le sucre de diabètes , en versant dans l’urine un excès de sous-acétate de plomb en dissolution , qui détermine la précipitation de la plupart des substances organiques, sauf le sucre ; 011 filtre la liqueur et l’on y passe un courant de gaz acide hydro-sulfurique; on filtre de nouveau, et l’on fait concentrer le liquide jusqu’en consistance sirupeuse. On purifie le sucre en le redissolvant dans l’alcool et par des cristallisations répétées.
Cette matière jouit de toutes les propriétés qui caractérisent le sucre, à l’exception de sa saveur qui, comme nous l’avons déjà dit , est fort variable, tantôt très sucrée , tantôt presque insipide.
Ce sucre a été obtenu à l’état cristallin et sucré comme le sucre de canne, par M. Chevallier , qui a constaté que ce sucre n’avait pas passé dans les urines ( Journal de Chimie médicale, 1828). (G... N.)
SUCRE DE FÉCULE. V. Sucre d’amidon.
J SUCRE DE FRUITS. V. Sucre de raisins.
(1) D’après ces différences dans les qualités de l’urine, les médecins distinguent la maladie dont il est ici question , en diabètes sucré, et en diabètes non sucré.
SUCRE DE GÉLATINE. M. Braconnot (1) a donné ce nom à une matière dont la saveur est douce, analogue à celle du sucre de raisin , et qu’il a obtenue en traitant la gélatine par l’acide sulfurique. Voici son procédé ; on met en contact pendant vingt-quatre heures, à la température ordinaire, 12 grammes de colle-forte en poudre avec deux fois autant d’acide sulfurique ; on ajoute ensuite un décilitre d’eau , et l’on fait bouillir le tout pendant cinq heures , en ayant soin de remplacer l’eau à mesure qu’elle s’évapore. On sature par de la craie la liqueur suffisamment étendue et à peine colorée , qui , filtrée , évaporée en consistance de sirop et abandonnée au repos , laisse déposer des cristaux grenus. On puriüe ceux-ci en les lavant avec de l’alcool et en les faisant de nouveau cristalliser ; ils sont durs et croquent sous la dent , à la manière du sucre candi ; soumis à l’action du feu dans une cornue, ils se décomposent en dormant naissance à un sublimé blanc et à un produit ammoniacal ; ils se dissolvent dans l’eau , mais non dans l’alcool. Dans l’aeide nitrique , ils se dissolvent sans dégager de gaz , et la solution , évaporée convenablement, se prend en une masse cristalline que M, Braconnot regarde comme un acide composé , pour lequel il propose le nom de nitro^saccliarique. La solution aqueuse du sucre de gélatine n’est pas susceptible de fermentation vineuse , malgré l’addition de la levure. On peut en conclure que cette substance n’appartient point au genre Sucre : d’ail-? leurs , son insolubilité dans l’alcool et ses qualités physiques nous semblent des raisons majeures pour la rapprocher de la nature du sucre de lait ; il s’en distingue néanmoins en ce que , traité par l’acide nitrique , il ne se convertit pas, comme le sucre de lait , en acide mucique. V. Sucre de lait.
SUCRE DE LAIT. On l’obtient en faisant évaporer jusqu’à un certain point le petit-lait , et en laissant cristalliser la liqueur par refroidissement. C’est en Suisse et dans les pays de montagnes , où la fabrication des fromages se fait en grand , que se prépare la majeure partie du sucre de lait versé
( \ ) uinn de Chini . ci de Phys , , t. XIII, p. 1 13>
dans le commerce. Cette substance cristallise ordinairement en paralléle'pipèdes réguliers , terminés par des pyramides à quatre faces. Ces cristaux sont inodores , inaltérables à l’air , blancs, demi-transparens , croquant sous la dent, et, projetés sur les charbons ardens, ils décrépitent, se boursouflent et laissent du charbon pour résidu ; si 011 les fait caraméliser, ils deviennent plus solubles dans l’eau, incristallisables , et sont convertis en une substance analogue à la gomme. L’eau , à la température ordinaire , en dissout à peu près la neuvième partie de son poids ; elle en dissout une plus grande quantité lorsqu’on la porte à l’ébullition , et par le refroidissement, elle laisse déposer des cristaux. L’alcool, surtout lorsqu’il est concentré , n’en dissout qu’une quantité presque insensible ; aussi emploie-t-on ce véhicule pour reconnaître les cassonades falsifiées avec le sucre de lait. La plupart des réactifs ne précipitent pas cette substance de sa solution aqueuse. Traité par l’acide nitrique , le sucre de lait donne les mêmes produits que la gomme , savoir : de l’acide mucique ou saccho-lactique ; des acides acétique, malique, etc. ; enfin, selon M. Yogel ( Annales de Chimie , t. LXXXII , p. i56), il peut être transformé en sucre analogue à celui de raisin, par l’intermède de l’acide sulfurique étendu d’eau, et de l’acide hydro-chlorique. MM. Gay-Lussac et Thénard ont déterminé ainsi la composition du sucre de lait pur : carbone, 38,82.5 ; oxigène , 53,83/j- ; hydrogène, 7,3/{i ; ou, si Ton veut , ces deux derniers principes combinés dans les proportions nécessaires pour former l’eau, 61,175. M. Vauquelin a prouvé que le sucre de lait retient presque toujours quelques traces de substances animales , à moins qu’011 ne Tait fait cristalliser à plusieurs reprises.
Le sucre de lait est rarement employé en Médecine comme médicament simple : ordinairement on le réduit en une poudre fine qui sert d’excipient à quelques médicamens actifs. On a proposé de préparer avec cette substance, additionnée de quelques sels et mise en solution dans l’eau , un petit-lait extemporané. Mais l’emploi le plus fréquent qu’on en ait fait,.
go SULFATES.
c’est, comme nous l’avons dit, pour augmenter le volume des cassonades ; fraude qu’il est facile de reconnaître , et dont on a indiqué les moyens A l’article Sirop. (G...n .)
SUCRE MASSÉ. On donne ce nom au sucre qui est assez cuit pour former une masse solide lors de son refroidissement.
SUCRE ORANGÉ PURGATIF. On a donné ce nom à une poudre préparée dans les proportions suivantes : jalap pulvérisé, 82 gram. (i once); crème de tartre, 1 6 gram. (4 gros); sucre , 208 grammes (G onces 4 gros) ; huile volatile de fleurs d’oranger ou toute autre, à la volonté du praticien, i gramm. (i8 grains). Cette poudre peut servir à purger les enfans. La dose est de 4 à 8 grammes ( i à 2 gros) ; on la délaie dans un peu d’eau ou dans tout autre liquide approprié. (À. C.)
SUCRE D’ORGE. On nomme ainsi une préparation qui consiste à concentrer par l’ébullition une solution de sucre de cannes , jusqu’à ce que , par le refroidissement , elle soit susceptible de se prendre en une masse transparente , que l’on coule sur une table de marbre huilée , pour la rouler en cylindres ou en former des petites tablettes. Autrefois on employait une décoction d’orge , parce qu’on croyait par là augmenter les propriétés adoucissantes de cette préparation , qui a passé du domaine de la Pharmacie dans celui de l’art du confiseur. Le sucre d’orge , en effet , n’est considéré que comme une substance de pur agrément, et ne jouit pas cle propriétés différentes de celles du sucre candi. (G...X.)
SUCRE DE PLOMB qr SUCRE DE SATURNE. On a donne ces noms à l’acétate de plomb, à cause de la saveur douceâtre de ce sel. (G...n,)
SUCRE DE POMMES DE TERRE. V. Sucre d’ami don.
SUCRE DE RAISINS, ou DE FRUITS. La plupart des fruits bien mûrs doivent leur saveur sucrée à la présence d’un sucre d’une espèce particulière , et qui est très susceptible de passer à la fermentation vineuse. Les raisins en contiennent une grande quantité , et on peut l’en extraire de la manière suivante : on verse dans du mont cle raisin un excès de craie , ou mieux de marbre en poudre. Ce sel calcaire sature le Car-
SULFATES. gi
trate acide de potasse qui existe dans le suc de raisin ; il en résulte une effervescence ou dégagement d’acide carbonique , que Ton favorise par l’agitation. La liqueur saturée est clarifiée immédiatement avec des blancs d’œuf ou du sang; ensuite on la fait évaporer jusqu’à ce que , bouillante , elle marque 35° , et on la laisse refroidir. Au bout de quelques jours , elle se prend en une masse cristalline que l’on met égoutter , et que l’on soumet ensuite à un léger lavage à l’eau froide et à une forte compression. Le sucre obtenu par ce procédé est absolument semblable à celui que l’on obtient en traitant la fécule par l’eau aiguisée d’acide sulfurique. V. Sucre d’amidon. Lorsque le sucre des colonies était d’une cherté excessive , on préparait dans le midi de la France une grande quantité de sirop et de conserve de raisin, qui étaient employés aux usages du sucre ordinaire. Parmentier fut un de ceux qui , par leurs travaux et leurs conseils , encouragèrent cette utile fabrication. Mais la découverte du sucre de fécule , et le perfectionnement des procédés d’ex— tractipn du sucre de betteraves, ont fait abandonner cette fabrication , de sorte que le sucre et le sirop de raisin ne sont plus des articles de commerce d’un intérêt fort important.
SULFATES. On a donné le nom de sulfates aux sels qui résultent de l’union de l’acide sulfurique avec les bases salifiables. Les sulfates peuvent être divisés en sulfates avec excès d’acide ( sur-sulfates ) , en sulfates neutres ( qui ne sont ni acides ni alcalins ) , en sous-sulfates ( sulfates avec excès de base ) , en sulfates doubles ( sulfates dont l’acide est combiné avec plusieurs bases , le sulfate d’alumine et de potasse , par exemple). D’après la loi de composition de ces sels, on a vu, i °. que dans les sulfates neutres la quantité d’oxigène de l’oxide est à la quantité d’oxigène de Pacifie , comme i est à 3 , ou dans le rapport de Pacide , comme i est à 5 ; 2°. que les sous-sulfates n’ont pas de proportions constantes dans leur composition : quelquefois ils contiennent une fois et demie autant d’oxide que les sulfates neutres; dans d’autres cas? ils en contiennent
trois fois et même 6 et 12 fois la même quantité, nombres qui sont des multiples de la plus petite quantité par 2 , par 4 ? et par 8. Ces compositions ne sont pas constantes , et M. Berzélius a observé plusieurs sous-sulfates de la même base. 3°. Que les sulfates acides contiennent pour la même quantité de base , une proportion d’acide deux fois aussi grande que celle contenue dans les sulfates neutres. 4°* Qu’enfin, dans les sulfates doubles la quantité d’oxigène de l’une des bases est proportionnée à la quantité d’oxigène de l’autre base : ainsi , si nous prenons pour exemple l’alun que nous avons dit être un sel double à base d’alumine et de potasse, la quantité d’oxigène de la potasse est à la quantité d’oxigène de l’alumine dans le rapport de 1 à 3 ; il en résulte que la quantité d’acide unie à l’alumine sera trois fois plus grande que la quantité d’acide unie à la potasse , puisque les quantités d’acides doivent être en rapport avec les quantités d’oxigène contenues dans les bases.
Les sulfates exposés à Faction de la chaleur laissent d’abord dégager leur eau de cristallisation , et & l’exception des sulfates de la deuxième section ( classification de M. Thénard ) , tous , si la température est suffisamment élevée , sont décomposés; leur acide se transforme en acide sulfureux et en oxigène. L’oxide mis à nu se comporte alors comme s’il était libre et qu’on l’eût chauffé, c’est-à-dire qu’il est réduit, si c’est de l’oxide d’argent, de mercure, de platine, etc.; dans quelque cas , l’oxigène provenant de la décomposition de l’acide se porte sur l’oxide et le fait passer à un état plus avancé cl’oxidation ; exemple , le sulfate de fer ( il faut alors que le métal ait beaucoup d’affinité pour l’oxigène ). Les caractères qui peuvent servir à faire reconnaître les sulfates sont les suivants : i°. chauffés convenablement avec du charbon sec et en poudre , ils sont presque tous convertis en sulfure ; le produit de la calcination dissous dans l’eau laisse dégager une grande quantité d’acide hydro-sulfurique lorsqu’on le traite par les acides; 20. tous les sulfates solubles sont décomposés lorsqu’on les met en contact avec une dissolution d’un sel
SULFATES. c)3
bary tique; on obtient alors un précipite insoluble dans l’eau et dans l’acide nitrique. A chacun des sulfates, nous donnerons des détails sur leurs propriétés , les moyens de les obtenir , leurs usages. (A. C.)
SULFATE D’ALUMINE. Combinaison de l’acide sulfurique avec l’oxide d’aluminium. Ce sel existe dans la nature ; mais il est toujours avec excès de base ; il contient une assez grande quantité d’eau. 11 est connu sous les noms d ’ alunite , d’aluminite. On obtient ce sel , i°. en brûlant des mélanges de pyrite et d’argile ; l’acide sulfurique formé, se porte presque entièrement sur l’alumine et forme du sulfate que l’on obtient en lessivant le résidu et faisant évaporer la liqueur; i°. en traitant directement l’alumine en gelée par l’acide sulfurique, filtrant la solution saturée , faisant évaporer et cristalliser. Ce sel est blanc , déliquescent , extrêmement soluble ; sa saveur est astringente; il rougit la teinture de tournesol, cristallise en houpes soyeuses, formées par la réunion d’une grande quantité de prismes aciculaires. Un caractère distinctif qui peut faire reconnaître ce sel , c’est que lorsque l’on ajoute à sa solution une solution concentrée de sulfate de potasse ou de sulfate d’ammoniaque, il y a précipitation d’alun en petits cristaux. Le sel obtenu par le premier procédé sert à préparer l’alun ; celui obtenu en traitant l’alumine en gelée a été depuis peu employé en Médecine comme astringent ; mais nous pensons qu’il n’agit pas autrement que le sulfate de potasse et d’alumine, ou d’ammoniaque (l’alun). Les doses sont les mêmes.
SULFATE D’ALUMINE ET DE POTASSE. Ce sel, connu dans le commerce sous le nom tfalun, est employé en grande quantité dans les opérations des arts.
La découverte de l’alun est très ancienne , et son auteur est inconnu ; elle a été attribuée par Beckman aux peuples de l’Asie. Ce sel nous fut longtemps apporté de l’Orient. Au XVe siècle, plusieurs fabriques s’établirent en Italie; dans le XVIe, de ces fabriques s’élevèrent en Allemagne, en Espagne, en Angleterre , enfin en France; mais ces fabriques sont peu
nombreuses , à cause du peu de bénéfice que l’on fait dans cette fabrication.
On prépare ce sel, directement, en combinant Facide sulfurique à l’alumine et à la potasse , ou bien indirectement, en calcinant des schistes alumineux que l’on trouve dans le voisinage des volcans, lavant le produit calciné et effleuri, ajoutant aux eaux de lavage des lessives alcalines, des solutions de sulfate de potasse , etc. , etc.
La préparation de l’alun ne se faisant pas dans les laboratoires , nous ne croyons pas devoir relater ici les opérations des arts que ce travail nécessite , et renvoyer aux ouvrages de Chimie appliquée aux arts , et notamment aux ouvrages de MM. Chaptal et Dumas , au Dictionnaire technologique , etc. On trouve dans le commerce plusieurs sortes d’aluns , désignés par des noms différens. Ces noms, pour la plupart , sont tirés de ceux des pays d’où les aluns nous viennent. Les principaux sont : l’alun de Roche , ceux d’ Angleterre , du Levant , de Liège, de Rome , etc. Ce sont MM. Vauquelin et Chaptal qui nous ont appris que l’alun est un combiné triple d’acide sulfurique, de potasse et d’alumine, et quelquefois d’ammoniaque.
Le sulfate d’alumine et de potasse est blanc , transparent : il cristallise en octaèdres et quelquefois en cubes , selon que la cristallisation s’est opérée dans une liqueur qui contient plus ou moins de sels à base de potasse. Sa saveur est astringente ; il est un peu acide , rougit le papier de tournesol. Exposé à l’air , il s’effleurit légèrement. Soumis à l’action de la chaleur, il se fond dans son eau de cristallisation, et il s’élève au-dessus du vase dans lequel on le fond ensuite en formant une espèce de champignon ; il devient alors blanc et opaque.
D’après l’analyse publiée par M. Vauquelin , l’alun à base de potasse est composé
de 3o,5?. d’acide sulfurique, io,5o d’alumine, ïo,4o de potasse,
48,58 d’eau.
Ce sel est employé comme astringent j on le fait entrer dans
SULFATES. g5
quelques préparations pharmaceutiques. Lorsqu’il est calcine', c’est un puissant dessicatif escliarrotique.
L’alun calcine' s’obtient de la manière suivante : on met de l’alun (du sulfate d’alumine et de potasse en cristaux ) dans un creuset que l’on place sur un fromage , dans un fourneau, on entoure le creuset de charbons ardens. L’eau de cristallisation que le sel contient sert à fondre une partie de l’alun ; cette eau , en se dissipant, laisse l’alun calcine' , qui forme un champignon ; ce champignon augmente de volume , particulièrement en hauteur. Lorsqu’il n’y a plus dégagement de vapeur d’eau , on arrête l’opération , et l’on retire le creuset du feu. Si l’on continuait de chauffer l’alun , la chaleur rouge le décomposerait ; on obtiendrait de l’acide sulfureux qui se dégagerait , et l’on aurait pour résidu du sulfate de potasse et de l’alumine. Si l’on avait employé , au lieu de sulfate d’alumine et de potasse, du sulfate d’alumine et d’ammoniaque, on aurait pour résidu de l’alumine pure.
Le sulfate d’alumine privé d’eau par Faction de la chaleur , l’alun calciné, contient toujours un peu d’alumine qui a été mise à nu.
Ce produit est employé pour déterger les ulcères atoniques, pour cicatriser les plaies qui offrent des bourgeons charnus. Quelques personnes le font entrer en petite quantité dans les poudres dentifrices.
Une erreur bien chèrement payée par un de nos collègues a donne' lieu à une discussion scientifique sur la nature de Falun calciné qu’un médecin prétendait être , à petite dose , un violent poison, tandis qu’un savant auteur de Médecine légale, M. Orfila, assure le contraire. Cette discussion , des plus importantes , s’est élevée devant les tribunaux, elle doit être éclaircie par un mémoire dans lequel M. le professeur Orfila doit prouver , i°. que Falun calcine', à des doses assez fortes, ne peut être considéré commepoison ; 20. que Falun , dans le cas où il a été administré, n’a pu agir comme X alun calciné, puisqu’il était dissous dans Feau, et qu’il ne de» vait plus agir que comme une solution d’alun. L’opinion de
M. Orfila doit être appuye'e d’un grand nombre d’opinions prises dans les divers ouvrages de The'rapeutique , et d’observations particulières qui prouvent que l’alun peut être administré à l’intérieur à des doses assez fortes sans produire d’accidens fâcheux. (A. G.)
SULFATE D’ALUMINE ET D’AMMONIAQUE, Alun à base icC ammoniaque . Ce sel , qui se trouve rarement dans le commerce, est peu usité en Pharmacie. On peut l’obtenir en ajoutant à une solution acide de sulfate d’alumine , de l’ammoniaque , faisant ensuite évaporer et cristalliser. Le caractère particulier propre à faire distinguer ce sel peut être tiré de l’emploi de la chaleur qui le décompose en laissant de l’alumine pure pour résidu. (A. C.)
SULFATE D’AMMONIAQUE , Sel ammoniac secret , Ammoniaque vitriolée. Ce sel , découvert par Glauber , peut être obtenu, i°. en saturant l’ammoniaque par l’acide sulfurique, filtrant , faisant évaporer et cristalliser; 2°. en traitant l’hydro-chlorate d’ammoniaque par l’acide sulfurique ; 3°. en soumettant à la distillation, dans des tuyaux de fonte, des matières animales , recueillant les produits liquides résultant de la distillation dans des baquets carrés, qui contiennent du sulfate de chaux (du plâtre) disposé sur des toiles. Les matières huileuses restent à la surface du liquide , d’où, on les enlève. Le sous-carbonate d’ammoniaque liquide en contact avec le sulfate de chaux, se décompose ; il y a formation de sulfate d’ammoniaque que l’on sépare , que l’on fait cristalliser , et que l’on purifie ensuite par des dissolutions et des cristallisations répétées. Le sulfate d’ammoniaque cristallise généralement en petits prismes à six pans terminés par des pyramides à six faces. Sa saveur est amère et piquante ; il est soluble dans deux fois son poids d’eau à la température de i6° centigrades, et dans une quantité d’eau bouillante égale à son poids : à 78° centig. , l’eau en dissout ( Wenzel. ) Exposé à l’air, ce sel sec attire l’humidité ; soumis à l’action de la chaleur, il décrépite, se fond ensuite; chauffé à vase clos, il e sublime, mais il perd alors une petite quantité de son alcali
et passe à l’état de sulfate acide ; il rougit alors les couleurs bleues végétales; à une plus haute température, près delà chaleur rouge, il est en partie décomposé, il y a formation d'acide sulfureux , dégagement d’ammoniaque et d’azote ; il y a probablement formation d’eau. Selon Kirwan, ce sel , sur s oo parties, est composé de 54,66 acide,
14,24 base,
3 1 , 1 o eau.
Le sulfate d’ammoniaque est peu employé en Pharmacie , mais on s’en sert dans les fabriques , et pour la préparation de l’ammoniaque liquide, et pour celle du sel ammoniac ( l’hydro-clorate ). (A. G.)
SULFATE D’ANTIMOINE. Ce sel est peu connu ; il s’obtient en traitant 1 partie d’antimoine métallique par 3 parties d’àcide sulfurique à 66°, s’aidant de l’action de la chaleur. Il est blanc , pesant , très acide ; mis en contact avec l’eau , il se décompose et se transforme en sulfate très acide qui reste en dissolution , et en sous-sulfate qui se précipite. Ce dernier sel est employé à la préparation de l’émétique.
Le sous-sulfate peut aussi s’obtenir en faisant réagir sur 5 parties d’antimoine métallique 7 parties et demie d’acide sulfurique à 66° : à cet effet , on met dans une terrine ces deux substances , on mêle , et l’on chauffe ayant soin d’agiter à l’aide d’une spatule de bois, continuant de le faire jusqu’à ce que le mélange ait pris une couleur d’un blanc-grisâtre ; on lave le produit avec de l’eau pour lui enlever l’excès d’acide ; on fait ensuite sécher le produit lavé , et on le conserve pour l’usage. (A. C.)
SULFATE D’ARGENT. Ce sel peut s’obtenir, ï°. en traitant, à l’aide de la chaleur, de l’argent réduit en poudre par de l’acide sulfurique concentré , dissolvant la masse blanche que l’on obtient dans l’acide sulfurique étendu d’eau , faisant évaporer el cristalliser ; 20. en décomposant le nitrate d’argent par l’acide sulfurique , en quantité convenable ; 3°. en décom- Tome Y.
posant une solution de nitrate d’argent par le sulfate de soude liquide. Le sulfate d’argent cristallise en prismes brillans très fins. Ce sel , selon Bergman , est compose de 25, 3 1 acide , et de 74,69 d’oxide. Il est peu soluble dans l’eau ; il le devient lorsqu’il y a excès d’acide. Sa solution est précipitée par l’acide bydro-chlorique et par les hydro-chlorates. Exposé à l’action de la chaleur, il se fond d’abord , et se décompose ensuite très facilement. Le sulfate d’argent est soluble dans l’ammoniaque. Ce sel est peu usité. (A. C.)
SULFATE DE BARYTE , Spath pesant, Phosphore de Bologne. Ce sel , est le résultat de la combinaison de la baryte avec l’acide sulfurique dans les proportions de 34 d’acide et de 66 de base ( Fourcroy et Berzélius ) ; il est connu depuis long-temps. La découverte de sa composition est due à Gahn, qui le premier la fit connaître.
Le sulfate de baryte existe abondamment dans la nature ; on le trouve, i°. en rognons; 2°. en stalactites; 3°. en masses fibreuses , lamellaires , grenues , ou compactes ; 4°. en tables rectangulaires biselées sur les bords ; 5°. en octaèdres cunéiformes. Suivant Haüy, la forme de sa molécule intégrante est un prisme droit triangulaire à base rhombe dont les angles sont de ioi°,5 et 78°, 5. Son poids spécifique est de 4,08. Ce sel ne constitue jamais de montagnes ; le plus souvent il accompagne les filons et amas métalliques, et particulièrement ceux, d’argent, de cuivre, de mercure. O11 le trouve à Massiac, au Hartz, en Hongrie ; en France on l’a trouvé à Boyat près de Clermont , en Normandie, à Bologne au Monte - Palerno, etc., etc. Ce dernier, selon M. Arfredwson, est formé de sulfate de baryte , 62 ; de silice , d’alumine , de sulfate de chaux , d’oxide de fer et d’eau, 38. Le sulfate de baryte artificiel s’obtient en versant du sulfate de soude liquide dans une solution de baryte ou d’hydro-chîoiate de baryte , lavant le précipité à l’eau bouillante , le faisant sécher , calcinant ensuite pour le priver totalement d’eau.
Le sulfate de baryte est insoluble dans l’eau, insoluble dans l’acide nitrique , soluble dans un excès d’acide sulfurique con-
centré et bouillant. Cette solution est précipitée par l’eau ; le sulfate natif chauffé brusquement se brise en morceaux et éclate avec bruit : ce phénomène est dû à l’étendue que prend l’eau de cristallisation qu’il contient et qui se réduit en vapeurs. Soumis à l’action d’une violente chaleur, il se fond; à l’aide du chalumeau, on l’amène à l’état d’émail blanc opaque. Suivant Saussure , il exige , pour entrer en fusion , un degré de température qui correspond au 35o° du pyromètre de Wedgwood. Réduit en poudre, mêlé à de la farine et de l’eau, puis réduit en gâteaux et chauffé au rouge , ce sel acquiert la propriété de luire dans l’obscurité. Cette dernière propriété, découverte par un cordonnier de Bologne, Vincenzo Casciarolo , a valu au sulfate de baryte le nom de phosphore de Bologne. Le sulfate de baryte est employé pour obtenir la baryte et ses sels. En Angleterre ( à Birmingham! ), on s’en sert comme aidant à la fusion du minerai de cuivre. On s’en sert aussi pour empoissonner les rats. En France , on le fait entrer dans des blancs employés en peinture , (A. C.)
SULFATE DE BISMUTH. Ce sel résulte de la combinaison de l’acide sulfurique avec l’oxide de bismuth. Il s’obtient en chauffant un mélange d’une partie de bismuth en poudre avec 5 parties d’acide sulfurique à 66°. Ce sel est blanc, acide. Traité par l’eau , il se décompose ; on obtient alors du sulfate très acide, et du sous-sulfate qui se précipite. Il n’est pas employé. (A. C.)
SULFATE DE CADMIUM. Ce sel, peu connu et très rare, a été quelquefois prescrit dans des collyres. On l’obtient en traitant le métal divisé par l’acide sulfurique faible , filtrant la solution, faisant évaporer et cristalliser. Ce sulfate se présente sous la forme de prismes droits à bases rectangles. Soumis à l’action de l’air, il s’efïleurit; à une température élevée , il se convertit en sous-sulfate qui cristallise en paillettes. Le sulfate neutre est formé de ioo part, d’acide et de 161,120 d’oxide. 100 parties de ce sel prennent 3^,26 d’eau de cristallisation.
Ce sel , comme nous l’avons déjà dit, a été ordonné contre
les cas d’obscurcissement de la cornée avec inflammation chronique, et aussi dans les cas où les taies ne sont pas accompagnées d’inflammation chronique, mais d’une espèce de boursouflement spongieux de la cornée. Les formules suivantes ont été indiquées pour l’emploi de cette préparation.
Eau 4 onces, Eau de roses \ onces,
Sulfate de cadmium . 8 grains. Sulfate de cadmium. 6 grains.
On se sert de ces solutions pour laver les yeux , cinq à six fois par jour. (A. C.)
SULFATE UE CTI AUX , Gypse , Sélénite , Plâtre. Ce sel était connu des anciens , qui lui donnaient le nom de gypse. La connaissance de ses principes constituans est due à Margraff et à Macquer, qui démontrèrent qu’il était composé d’acide sulfurique et de chaux. Bergman, plus tard , en fit une analyse exacte qui lui démontra qu’il était composé de 4 6 d’acide, de 3a de. chaux et de 22 d’eau.
Ce sulfate se rencontre dans les parties supérieures des terrains secondaires et dans les terrains tertiaires. Dans les premiers de ces terrains , il forme des couches intercalées avec des couches calcaires; dans les seconds, il constitue des dépôts plus ou moins étendus, accompagnés de marne argileuse. Souvent il se présente en tables biselées de diverses manières à base de parallélogrammes obliquangles , qui dérivent d’un prisme du même genre d’environ ii3°et 3^°; on le rencontre aussi sous la forme de lentilles plus ou moins volumineuses , ordinairement jaunes, isolées ou groupées en roses, en fer de lance ; ces cristaux sont quelquefois limpides . quelquefois ils sont opaques et colorés en rouge par des argiles ferrugineuses. Dans les grandes masses, on observe plusieurs variétés de structure : i°. la fibreuse, douée d’un éclat nacré; 20. la lamellaire, à très petites lames ; 3°. la compacte. Dans tous ces cas, le poids spécifique de ce sel est d’environ 2,3 1. Exposé à l’action de la chaleur , le sulfate de chaux durcit et blanchit en perdant son eau, qu’il reprend ensuite avec avidité lorsqu’on le met en contact avec elle. Lorsque le sulfate de chaux
I Oï
ainsi traité est en cristaux p il se gonfle, s’exfolie ; cette exfoliation est causée par l’eau qui, en se vaporisant, sépare et soulève les feuillets; cet effet est surtout remarquable dans le sulfate de chaux en fer de lance. Ce sel se rencontre en très grande quantité dans la nature. Montmartre, Menil-Montant, près de Paris, fournissent d’immenses quantités de ce sel qui sont exploitées pour les bâtisses de la capitale.
O11 peut obtenir artificiellement le sulfate de chaux, en traitant le carbonate par l’acide sulfurique étendu^ filtrant la solution, la faisant évaporer, et calcinant jusqu’au rouge.
Le sulfate de chaux a une saveur légèrement nauséabonde ; on s’en aperçoit lorsque l’on boit de l’eau qui en tient en dissolution. Une partie de ce sel est soluble dans 460 part, d’eau à i6° centigr., et dans 45o part, d’eau bouillante. M. Paul a observé qu’en faisant entrer par pression dans cette solution du gaz hydrogène, le sulfate se convertit, au bout de quelques mois , en sulfure. Le même effet doit avoir lieu lorsque l’eau contient en solution , et de ce sulfate , et des substances hydrogénées? Exposé à l’action de la chaleur , il perd son eau de cristallisation; si l’on chauffe très fortement, on finit par le fondre; si l’on se sert du chalumeau, on obtient un globule vitreux opaque. La température nécessaire pour opérer cette fusion est , suivant Saussure , d’environ 5i° de Wedgewood.
Il y a un sulfate à base de chaux exempt d’eau ; ce sulfate r qui se trouve en Suède , dans le Tyrol, à Berne, a été décrit par Fleurieu ( Journal de Physique , 1798 ) , et examiné par M. Vauquelin ( Journal des Mines, an x , t. II , p. 345 ).
Le sulfate de chaux calciné , délayé avec un volume d’eau à peu près égal au sien, fournit une pâte liquide qui se durcit très promptement. O11 distingue deux sortes de plaire. Le premier, préparé avec le sulfate de chaux pur réduit en poudre et passé au tamis, sert pour la sculpture; le second, qui contient du carbonate de chaux , est plus dur , on s’en sert pour le batiment . Le plâtre gâché avec une solution de colle forte et mêlé à des matières colorantes, forme une espèce de stuc qui est très uni si on le coule sur des surfaces polies ( le marbre , par exemple).
io2 SULFATES.
Le plâtre est employé pour répandre sur les terres ; il active la. végétation. Le sulfate de chaux hydraté blanc ou avec des zones de couleur jaune est connu sous le nom d 'albâtre; on s’en sert pour faire des vases , des pendules , des lampes , etc. On ne doit pas le confondre avec Y albâtre calcaire , le carbonate de chaux. Une variété de sulfate de chaux anhydre avec silice se trouve en Italie ; on l’emploie pour faire des chambranles de cheminées. (A. G.)
SULFATE DE CINCHONINE. Le sulfate de cinchonine est une combinaison de cinchonine et d’acide sulfurique. Pour le préparer, on prend la cinchonine , on la met dans une bassine d’argent, avec une petite quantité d’eau ; on fait chauffer; on ajoute peu à peu à la liqueur de l’acide sulfurique étendu , jusqu’à ce qu’il y en ait en assez grande quantité pour saturer #la cinchonine. Lorsque la saturation est achevée, on ajoute au liquide du charbon lavé à l’acide hydro-chlorique ; on fait bouillir promptement ; on filtre le liquide bouillant. Par refroidissement , on obtient un sel qui cristallise en prismes à quatre pans , dont deux , plus larges , sont terminés par une face inclinée. On isole ce sel, et l’on rapproche les eaux-mères pour obtenir d’autres cristaux; on répète cette opération jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de sel dans la liqueur. Le sulfate de cinchonine est amer ; il est soluble dans l’eau, plus à chaud qu’à froid. Ce sel est composé, d’après MM. Pelletier et Caventou,
de ioo cinchonine, et de i3,02i acide sulfurique.
Le sulfate de cinchonine est soluble à la température ordinaire dans 54 parties d’eau : par l’addition d’une quantité convenable d’acide , il passe à l’état de bi-sulfate ; les cristaux de ce bi-sulfate sont des octaèdres rliomboïdaux , inaltérables à l’air ; solubles dans un peu moins de la moitié de leur poids d’eau à i4°, solubilité beaucoup plus grande que celle du sel neutre. ( V. le travail de M. Baup, Annales de Chimie et de Physique , t. XXYII , p. 323. ) Comme nous l’avons dit à l’article Cinchonine , ce sulfate peut être administré avec succès contre les fièvres aiguës et
SULFATES. i o3
périodiques. 11 est moins irritant que le sulfate de quinine.
( Bally ).
C’est ici le lieu de réparer une erreur que nous avons commise à la page i36 de notre deuxième volume. Là nous avons dit que le procédé indiqué par M. Callaud d’Annecy était le même que celui indiqué par MM. Pelletier et Gaventou , à quelques modifications près. Cette opinion * émise par un de nos savans collègues, nous avait paru devoir être adoptée; mais de nouveaux documens nous conduisent à donner la priorité de ce procédé à M. Callaud sur MM. Pelletier et Ca- . ventou : cette priorité a été reconnue par M. Pelletier , dans une lettre qu’il écrivit à M. Callaud le 1 1 octobre 1823. M. Callaud, dans la communication écrite qu’il nous a faite le 9 avril 1827 , prescrit le mode d’opérer suivant : « On prend un nié- » lange de quinine et de cinchonine , on le délaie dans l’alcoo! » faible en suffisante quantité pour enlever la majeure partie de » la matière colorante qui prédomine toujours. On sépare la » liqueur, et l’on traite le dépôt par l’alcool bouillant; on » filtre , on étend d’eau la solution pour amener l’alcool à » 20°; 011 obtient alors plus des trois quarts de la cinchonine » très blanche, si le lavage à l’alcool faible a été bien fait. » Nous bornerons là cette note, qui a pour but de rectifier un fait inexact , qui avait pu faire présumer à M. Callaud que nous avions mis de la partialité dans notre manière de présenter son travail. (A. C.)
SULFATE DE COBALT. Ce sel est le résultat de la combinaison de l’acide sulfurique avec le protoxide de cobalt. Sa couleur est rose ; il rougit la teinture de tournesol; il est soluble dans l’eau froide , en plus grande quantité dans l’eau à ioo° ; il cristallise en prismes rhomboïdaux obliques ; avec l’ammoniaque, il forme un sulfate d’ammoniaque et de cobalt. La présence du sulfate de cobalt a été constatée dans les eaux acides qui coulent dans les galeries de certaines mines qui fournissent de l’arseniate de cobalt et quelques sulfures. Le sulfate de cobalt peut être employé à l’état de solution pour faire une encre dite de sympathie. (A. C.)
io/f SULFATES.
SULFATE DE CUIVRE , Vitriol bleu , Vitriol de Chypre. , Deulo-sulfale de cuivre . Ce sel existe tout formé dans la nature ; on le rencontre en dissolution dans quelques eaux ; il ne se prépare pas dans les officines. C’est ordinairement celui du commerce que les pharmaciens emploient , après avoir eu soin de le purifier.
Le sulfate de cuivre qui se trouve dans le commerce est préparé, i°. par le grillage du sulfure de cuivre naturel, pyrites , que l’on rencontre en grande quantité , exposant ensuite ces pyrites grillées à l’action de l’air , les humectant , les lessivant ensuite , et faisant évaporer les eaux de lavage ; 2°. en traitant le cuivre par le soufre, calcinant le sulfure formé, l’exposant au contact de l’air après l’avoir humecté , le traitant ensuite par l’acide sulfurique faible, faisant évaporer la solution et laissant cristalliser.
La cristallisation du sulfate de cuivre n’est pas aussi facile à opérer que celle d’un grand nombre de sels. Aussi la science du fabricant de vitriol bleu consiste-t-elle en partie dans l’art de disposer les cristallisoirs , et de conduire convenablement la cristallisation, dans les diverses saisons, de manière à obtenir des cristaux gros et réguliers.
Le sulfate de cuivre est bleu, légèrement acide; il rougit le papier de tournesol. Soluble dans l’eau froide , il est plus soluble encore dans l’eau bouillante ; il cristallise par refroidissement en prismes irréguliers. Les cristaux de ce sel, exposés à l’action de l’air , s’efïïeurissent et se recouvrent d’une poussière verdâtre. Exposé à l’action du feu, le sulfate de cuivre se fond dans son eau de cristallisation , éprouve ensuite la fusion aqueuse , se transforme en une poudre d’un blanc bleuâtre : cette poudre, mise en contact avec de l’eau , reprend sa couleur bleue. Si l’on expose le sulfate de cuivre à une température plus élevée , on décompose ce sel , l’acide se dégage , et abandonne l’oxide de cuivre , qui reste dans le vase avec lequel on fait l’opération.
Ce sel , d’après l’analyse faite par Proust , est un combiné
SULFATES. io5
de 33 d’acide sulfurique ,
32 d’oxide de cuivre ,
35 d’eau.
Le sulfate de cuivre est employé' dans plusieurs préparations, mais particulièrement comme médicament externe. Donné sans précaution à l’intérieur , il causerait des accidens fâcheux, et agirait comme poison. On administre ce sel à la dose d’un quart à un demi-grain en pilules , ou dans une solution gommeuse.
Les premiers secours à donner pour combattre l’action vénéneuse de ce sel, sont l’albumine délayée dans l’eau, la limaille de fer porphyrisée , qui ramène le cuivre à l’état métallique, (on sait que le cuivre n’agit comme poison que lorsqu’il est à l’état de sel ou d’oxide).
Purification du sulfate de cuivre. On prend du sulfate de cuivre du commerce , on le fait dissoudre dans l’eau distillée, on filtre la solution, on la met dans une capsule de porcelaine, om la fait évaporer jusqu’à ce que la liqueur marque 2g0, on arrête l’évaporation , et l’on porte la capsule à l’étuve. Par un refroidissement lent , les cristaux se déposent sur les parois du vase ; on les enlève , on les lave avec un peu d’eau distillée , et on les met à sécher. Ces cristaux , une fois secs , doivent être renfermés dans des vases clos, pour les mettre à l’abri de l’air, qui les rendrait efflorescens. On évapore les eaux-mères pour obtenir de nouveaux cristaux , que l’on traite de la même manière. Les réactifs à employer pour reconnaître le sulfate de cuivre sont, i°. l’eau distillée, qui dissout ce sel, fournit une solution de couleur bleue; 2°. les sels de baryte , qui forment dans cette solution un précipité insoluble dans un excès d’acide nitrique; 3°. l’alcali volatil, qui fait passer cette solution du bleu au violet, après avoir d’abord produit un précipité qui se redissout dans un excès d’ammoniaque; 4°. l’hydro-cyanate ferrure de potasse, qui précipite la solution de sulfate en brun-rougeâtre ; 5°. une lame de fer, qui ? plongée dans la solution , se recouvre de cuivre revivifié.
ïo6 SULFATES.
SULFATE DE CUIVRE ET D’AMMONIAQUE. Pour préparer ce sel , que l’on administre à petites doses comme antispasmodique, on verse dans une solution aqueuse, saturée de sulfate de cuivre , de l’ammoniaque liquide , de manière à précipiter d’abord l’oxide de cuivre , puis à redissoudre le précipité formé ; on évapore doucement la liqueur , qui fournit des cristaux de sulfate de cuivre et d’ammoniaque d’un beau bleu velouté.
On obtient aussi ce sel par un autre procédé, qui est le suivant. Après avoir saturé la solution de sulfate de cuivre par l’alcali volatil, on ajoute à la liqueur saturée et claire de l’alcool à 36°, dans la proportion d’une partie et un quart d’alcool sur une partie de liquide. Le sulfate d’ammoniaque et de cuivre ne pouvant rester en solution dans cette liqueur alcoolique , se précipite sous forme de cristaux ; on décante Veau-mère , on enlève les cristaux , on les dessèche en les plaçant sur un papier à filtrer. On les conserve ensuite dans des flacons bien fermés.
Le sulfate de cuivre et d’ammoniaque, traité par les réactifs que nous avons indiqués, pour le sulfate simple, présente des phénomènes analogues. La présence de l’ammoniaque peut être appréciée par le dégagement d’ammoniaque , qui s’opère lorsqu’on le traite par la chaux, la potasse et la soude. Ce sel se donne à la dose de i à 5 centigram. ( d’un quart de grain à i grain). (A. C.)
SULFATE D’ÉTAIN. Ce sel résulte de la combinaison de l’acide sulfurique avec l’oxide d’étain. Le procédé à employer pour l’obtenir est dû à Berthollet fils ; il consiste à traiter l’hydro-chlorate d’étain dissous dans très peu d’eau par l’acide sulfurique concentré. Le sulfate d’étain se précipite sous forme de flocons blancs ; on le sépare du liquide , on le laisse égoutter, on le fait redissoudre dans l’eau , et l’on fait évaporer lentement la dissolution ; elle fournit alors des cristaux prismatiques très minces. Les alcalis décomposent en partie ce sel et le font passer à l’état de sous-sulfate. Le sulfate d’étain, n’est pas employé dans l’usage pharmaceutique. (A. C.)
SULFATE DE FER, Sulfate de fer vert, Couperose verte , Proto - sulfate de fer. Ce sel était connu des anciens; il en est fait mention dans Pline, sous les divers noms de cal chantum , de misy et de sorj. Il se prépare en grand dans quelques fabriques, en traitant la vieille ferraille par de Facide sulfurique affaibli, faisant évaporer la dissolution, la laissant déposer, et la portant dans des yases, où les cristaux se forment. Ce moyen de préparation , qui offre peu de bénéfices , est presque abandonné ; et le sulfate de fer que nous trouvons dans le commerce provient particulièrement des pyrites de fer, que Ton trouve en grande quantité. Pour obtenir ce sulfate , on fait de grands amas de ces pyrites ; on les grille; lorsqu’elles sont grillées, on les arrose avec deFeau, et on les laisse exposées à Pair. Au bout d’un certain temps , elles se recouvrent d’une couche de sulfate de fer assez considérable. Pour extraire ce sel, on lave les pyrites effleuries, et l’on fait évaporer les eaux de lavage , en ayant soin d’y mettre du vieux fer pour enlever l’excès d’acide qui existe toujours dans ces liqueurs. On les amène ensuite au point convenable d’évaporation , et l’on fait cristalliser.
Le sulfate de fer provenant de cette dernière opération est celui que l’on trouve le plus fréquemment dans le commerce : le pharmacien, avant de l’employer, doit le purifier de la manière suivante.
On fait fondre dans de l’eau distillée une certaine quantité de sulfate de fer; on met cette dissolution dans une bassine de fonte, on y jette une poignée de limaille de fer bien nette et non oxidée ; on remue le tout avec une spatule de fer ; on place la bassine sur un fourneau , et l’on fait bouillir pendant dix minutes. Au bout de cet espace de temps , on filtre la liqueur bouillante ; on fait évaporer convenablement , et 011 laisse cristalliser. Les cristaux isolés des eaux-mères sont lavés, mis à égoutter; dès qu’ils sont secs, on les conserve dans des vases fermés en liège.
Le sulfate de fer est d’une belle couleur vert-émeraude ; il cristallise en prismes rliomboïdaux. Sa saveur est très âpre ,
io8 SULFATES.
styptique, légèrement sucrée. Il est légèrement acide, soluble dans deux parties d’eau froide et dans les 0,^5 de son poids d’eau bouillante ; il cristallise alors par refroidissement.
Exposé à l’action de l’air, soit à l’état solide, soit à celui de dissolution, il absorbe l’oxigène , et se convertit en per— sulfate : il prend alors une couleur jaunâtre. Exposé à l’action de la chaleur , il se fond dans son eau de cristallisation , et se convertit d’abord en une poudre blanche. A une température plus élevée, l’acide sulfurique s’en dégage, abandonne l’oxide de fer, qui est presque toujours mêlé d’une quantité de persulfate que l’on peut séparer de l’oxide par le lavage. Voyez Oxide de fer rouge, Colcothar. Chauffé fortement dans une cornue de grès lutée , on obtient d’abord une petite quantité d’eau légèrement acidulée ; ensuite un acide très fort et fumant, dont on se sert encore dans les arts , et que l’on appelle acide sulfurique glacial, acide sulfurique de N ordhausen , du lieu où on le préparait.
Le sulfate de fer , d’après l’analyse de Berzélius, est composé, pour ioo parties,
de 28,90 d’acide sulfurique,
25, 70 d’oxide de fer ,
45,4o d’eau.
Les réactifs qui démontrent la présence de ce sel sont : i°. l’eau, qui le dissout, prend une teinte verdâtre et une saveur styptique sucrée , particulière à ce sel ( cette saveur est celle de l’encre); 20. le prussiate de potasse et de fer, qui détermine dans la solution de proto-sulfate de fer un précipité blanc-bleuâtre, précipité qui passe au bleu par son exposition à l’air et plus vite par l’agitation; 3°. l’acide gallique et l’infusion de noix de galles, qui précipitent cette solution en noir (précipitation qui n’a lieu qu’au bout de quelque temps) ; 4°. le muriate d’or mêlé à cette solution est converti en or métallique, qui se précipite; 5°. l’hydro-sulfate dépotasse précipite la solution de sulfate de fer en noir ; 6°. le muriate de baryte y détermine un précipité blanc insoluble dans l’acide nitrique. (A. G=)
SULFATE DE FER DESSÉCHÉ. Ce sel entre dans la tliériaque , on le prépare de la manière suivante : on prend une certaine quantité de proto-sulfate de fer pur; on le met dans une bassine de fer, on place celle-ci sur un fourneau, et l’on chauffe : le sulfate se fond d’abord dans son eau de cristallisation , il s’épaissit ensuite , se dessèche et se convertit en une poudre d’un jaune verdâtre. Pendant tout le temps que dure l’évaporation^ on doit avoir soin d’agiter , à l’aide d’une spatule , ou mieux encore d’un pilon de porcelaine. (À. G.)
SULFATE DE FER, Per-sulfate de fer, Trilo-sulfaie , Sulfate au maximum. Ce sel s’obtient, i°. en traitant le tritoxide de fer hydraté par l’acide sulfurique ; 20. en ajoutant à une partie de proto-sulfate dissous dans l’eau, une partie d’acide sulfurique et un petit excès d’acide nitrique ; faisant ensuite évaporer le tout à siccité. Il est jaune-orangé, très acerbe, très styptique, soluble dans l’eau. Cette solution rougit la teinture de tournesol , ne cristallise pas ; 011 peut l’obtenir à l’état pulvérulent par l’évaporation. Un excès d’acide sulfurique augmente sa solubilité et le rend presque blanc ; le contraire a lieu par un excès d’oxide ; il devient jaune. Evaporé à siccité et mis en contact avec l’eau, il se décompose; on obtient deux produits : l’un, soluble, est un sulfate acide; l’autre, insoluble, est un sulfate avec excès d’oxide ( un soussulfate). La solution de ce sel précipite en jaune par l’acide hydro-sulfurique ; le précipité est du soufre ; la noix de galles y détermine une coloration en noir ; le ferro-cyanate de potasse y détermine un précipité abondant de couleur bleue foncée ; le cyanure simple la précipite à peine. Ce sulfate est employé comme réactif. Il sert, i°. à faire reconnaître la présence des hydro-cyanates doubles , avec lesquels il s’unit; 20. à démontrer la présence de l’acide gallique , avec lequel il forme un gallate de fer de couleur noire ; 3°. avec la morphine à l’état salin, il donne une teinte bleue magnifique. Il 11e faut pas que le sulfate de fer employé dans ce dernier cas soit avec un grand excès d’acide. (A. C.)
SULFATE DE GLUC1NE Ce sel fut examiné par M. Vau-
•quelin , qui le premier avait découvert Foxide de glucinium. On obtient ce sel de la manière suivante : on fait dissoudre jusqu’à saturation de la glucine dans de l’acide sulfurique; on filtre la dissolution , on la fait évaporer , et l’on obtient de petits cristaux aiguillés. Ce sulfate a une saveur très sucrée , légèrement astringente ; il se dissout dans l’eau. Sa solution , par l’évaporation , prend une consistance sirupeuse ; mais elle ne cristallise que très difficilement. Exposé à l’action de la chaleur, le sulfate de glucine éprouve la fusion aqueuse; il perd son eau de cristallisation et se réduit en poudre. Si l’on pousse la chaleur jusqu’au rouge , il se décompose entièrement; l’acide se volatilise et a pour résidu de la glucine pure. La solution de sulfate de glucine est précipitée en blanc-jaunâtre par l’infusion de noix de galles. Ce sel est peu connu; il n’est pas employé dans l’art médical. (À. C.)
SULFATE DE L1TII1UM Ce sel résulte de l’union de l’acide sulfurique avec l’oxide de lithium. Le sulfate de lithium est blanc, très sapide; il cristallise en masses irrégulières; ces masses sont très solubles dans l’eau, inaltérables à l’air. Ce sel, à l’état de pureté, ne se fond qu’à une très haute température ; si l’on y ajoute un peu de sulfate de chaux , il entre en fusion au-dessous de la chaleur rouge ; combiné avec un excès d’acide sulfurique , il forme un sulfate acide moins soluble dans l’eau, mais plus fusible que le sulfate neutre; uni au sulfate d’alumine, il forme un sel qui a de l’analogie avec l’alun, i°. par la saveur, 2°. par son mode de cristallisation (on obtient, tantôt des octaèdres, tantôt des dodécaèdres). Ce sel est formé de 68, 4i d’acide, et de 3 1,59 d’oxide.
Le sulfate de lithium s’obtient en traitant l’oxide par l’acide sulfurique , filtrant , faisant évaporer , ou bien encore en traitant le carbonate de la même manière ; mais il est nécessaire, dans ces deux cas, de saturer l’excès d’acide sulfurique par l’ammoniaque, de faire évaporer à siccité et de calciner pour chasser le sulfate d’ammoniaque. On obtient le sulfate de lithium neutre pour résidu. Ce sel n’est pas txsité, (À* 6*)
SULFATES. h,
SULFATE DE MAGNÉSIE, Sel d'Epsum, d’Angleterre, Sel de Sedlilz, Sel dJEgra , Sel de Seydchutz. Ce sel, qui se trouve dans le commerce , s’obtient de plusieurs manières : i°. par l’évaporation des eaux qui le tiennent en solution (ce sel se retire ainsi des eaux minérales d’Epsum). 20. En Italie , on le tire des schistes magnésiens , qui contiennent de la magnésie et du sulfure de fer. On grille ces schistes, et lorsqu’ils ont été grillés, on les expose à l’air , en les humectant de temps en temps. Le fer et le soufre s’oxident: et donnent lieu à de l’oxide de fer et à de l’acide sulfurique : cet acide se combine avec la magnésie et avec un peu d’oxide de fer; il donne naissance à des sulfates de magnésie et de fer. On lave ces schistes, on réunit les eaux de lavage , et on les fait évaporer. On ajoute à cette solution de la chaux qui s’unit à l’acide sulfurique, combiné à l’oxide de fer, et qui précipite cet oxide, en se déposant en même temps à l’état de sulfate de chaux insoluble. Le dépôt fait, on décante ; on fait évaporer de nouveau la liqueur décantée jusqu’à ce qu’elle marque 26°. On coule la liqueur ainsi évaporée dans des cristallisoirs ; elle donne des cristaux de sulfate de magnésie. On sépare ces cristaux des eaux-mères , qui , étant encore évaporées , fournissent de nouvelles cristallisations : on répète ces évaporations et cristallisations tant que l’eau-mère donne des cristaux. Quand ellès sont épuisées, on réunit le sel obtenu ; on le fait dissoudre dans l’eau, on ajoute à cette dissolution une petite quantité cl’albumine délayée dans l’eau, et l’on fait bouillir pendant quelques instans. On filtre et l’on fait évaporer la liqueur, qui fournit des cristaux blancs transparens. 3°. En Angleterre, on le prépare en faisant calciner les pierres calcaires , qui contiennent de la magnésie , continuant la calcination jusqu’à ce que l’acide carbonique soit dégagé. On verse de l’eau sur le produit obtenu par la calcination, et cela pour amener à l’état d’hydrate le résidu, composé de chaux et de magnésie; on traite ce résidu par l’acide hydro-chlorique en quantité convenable pour ne dissoudre que la chaux. On lave le résidu qui n’est plus que de la magnésie, et on le traite par l’acide
sulfurique pour le convertir en sulfate, qu’on fait cristalliser. Les cristaux obtenus dissous à plusieurs reprises , et amenés par des cristallisations répétées, fournissent ce sel à l’état de pureté convenable. 4°* L’on obtient encore ce sulfate en traitant le carbonate de magnésie par l’acide sulfurique , saturant complètement, filtrant la liqueur, faisant évaporer au degré convenable , et faissant cristalliser. Ce dernier moyen n’est pas employé, à cause du prix élevé du carbonate, qui nécessairement influerait sur celui du sulfate produit de cette manière.
On purifie le plus ordinairement le sulfate de magnésie du commerce en le dissolvant dans l’eau , le faisant cristalliser à plusieurs reprises. Lorsqu’on fait cette opération, il faut avoir soin , si l’on veut obtenir ce sel en petits cristaux , de concentrer la liqueur jusqu’à pellicule, et de troubler la cristallisation lorsqu’elle commence à s’opérer. (Sans cette double précaution , on obtiendrait des cristaux prismatiques volumineux , forme sous laquelle ce sel n’est pas vendu dans les pharmacies. Cette forme cristalline serait désavantageuse au produit, en ce qu’elle pourrait le faire suspecter par les personnes qui font usage de ce sel sans connaître ses carac-* tères.) On sépare les cristaux des eaux-mères, et on les met à égoutter.
Lorsque les eaux-mères cessent de donner des cristaux , si elles contiennent encore des sels magnésiens , on peut décomposer ces sels par le sous-carbonate de potasse, qui précipite la magnésie à l’état de sous-carbonate. Le précipité recueilli, lavé et desséché comme nous l’avons dit à l’article Carbonate de magnésie, est conservé pour être employé au besoin. Le sulfate de magnésie est blanc; sa saveur est très amère; il est soluble dans ï partie d’eau à la température de i6° ; il n’exige que le? o,66 de son poids d’eau bouillante. Cette solution cristallise par refroidissement. Ses cristaux sont des prismes à 4 pans terminés par des pyramides à 4 faces; exposés à l’air, ils s’efïleurissent et finissent par tomber en poussière. Exposés à l’action de la chaleur, ils éprouvent la fusion aqueuse, et
perdent Feau de cristallisation. Soumis à une plus forte chaleur , il n’éprouve pas de décomposition.
Ce sel est composé de 38 d’acide sulfurique,
18 d’oxide de magnésium,
44 d’eau. (Henry et Dalton.)
Le sulfate de magnésie est purgatif ; on le donne à la dose de 16 à 48 grammes (de 4 gros à une once et demie).
De la falsification du sulfate de magnésie. Le sulfate de magnésie qui se trouve dans le commerce est quelquefois falsifié et mêlé de sulfate de soude. Le pharmacien doit s’assurer de cette fraude, facile à reconnaître, i°. par l’emploi du carbonate de potasse, qui sépare la magnésie contenue dans le sulfate, et dont on prend le poids après l’avoir calciné; 2°. en précipitant la magnésie par l’hydrate de potasse ; la potasse par l’hydro-chlorate de platine , examinant si le résidu contient du muriate de soude. Cette opération , qui peut se faire sur quelques grains , donne des résultats faciles à apprécier.
Le sulfate de magnésie est employé comme purgatif; c’est à lui que sont dues les propriétés médicamenteuses que possèdent les eaux minérales d’Epsom, d’Égra, de Sedlitz , de Seidscliutz, etc. , etc.
Un droguiste a vendu il y a peu de temps, à l’un de nos confrères, du sulfate de zinc cristallisé en aiguilles , pour du sulfate de magnésie. Une partie de ce sel employé comme purgatif a causé quelques accidens. Il serait à désirer que l’autorité défendît la vente du sulfate de zinc sous cette forme ; elle peut donner lieu à des accidens graves. On peut s’assurer que le sel qu’on a est du sulfate de magnésie, en traitant la solution par la soude, la potasse et l’ammoniaque ; ces alcalis en excès ne dissolvent pas le précipité qui se forme, ce qui a lieu lorsqu’on opère sur une dissolution de sulfate de zinc.
SULFATE DE MANGANÈSE, Proto-sulfate. Ce sel s’obtient de la manière suivante. On prend du peroxide de manganèse en poudre, on le mêle avec de l’acide sulfurique en quantité suffisante pour former une pâte ; on met cette pâte dans un creuset,