‹ Dictionnaire des drogues simples et composées ou dictionnaire dhístoire naturelle médicale de pharmacologie et de chimie pharmaceutique (volume 2)Chapitre 29 sur 119 · Tome Y · texte numérisé non relu

Tome Y

ti 4 SULFATES '

et Fou chauffe presque jusqu’au rouge, continuant Faction de la chaleur pendant une demi-heure ; on retire le creuset du feu , on lave le résidu avec de Feau qui dissout le sulfate neutre de manganèse ? et qui laisse pour résidu du sous-sulfate insoluble ; on fait ensuite évaporer et cristalliser. Pendant la calcination du mélange , il y a dégagement d’oxigène.

On obtient un sulfate acide de peroxide de manganèse, en mettant en contact, à froid, du peroxide en poudre très fine et de Facide sulfurique concentré, ou peu étendu d’eau ; on obtient alors un sulfate très acide, coloré en rouge. Mis en contact avec Feau , ce sel est décomposé complètement l’oxide se précipite. A chaud, il y a dégagement de gaz oxigène et formation de proto^siilfate. Ces sels sont peu usités. (À. C.)

SULFATE DE MERCURE, Proton sulfate. Ce sel s’obtient en versant de Facide sulfurique , ou une solution de sulfate de potasse ou de soude , dans une solution de proto-nitrate de mercure, recueillant le précipité, le jetant sur un filtre, le lavant à Feau, le faisant sécher. Ce sel est blanc, pulvérulent, insoluble, insipide, inaltérable à l’air. Il n’est pas usité.

DEUTO-SULFATE. S’obtient en traitant le métal par 5 à 6 fois son poids d’acide sulfurique, à Faide de la chaleur; il en résulte du gaz acide sulfureux qui se dégage , et une masse blanche, du deuto-sulfate acide de mercure, qui est employé â faire le sous-sulfate, le turbith minéral.

SOUS-DEUTO-SULFATE DE MERCURE, Sous-sulfate de mercure, Turbith minéral. Crollius fit connaître le premier ce sel , qu’il appela turbith minéral. Il en tenait la préparation secrète, tout en vantant ses vertus médicinales. Kunkel rendit public, en 1700 , le procédé de préparation. Ce sel s’obtient de la manière suivante. On prend deux parties de mercure pur, on les introduit dans une fiole à médecine dont le fond doit être égal dans toutes ses parties ; on verse sur le métal 2 parties ~ d’acide sulfurique à 66°, et l’on met la fiole sur la grille d’un fourneau placé sur la paillasse d’une cheminée à hotte tirant parfaitement.

SULFATES. n5

On chauffe doucement le vase, et l’on élève successivement la température. Une portion de l’acide sulfurique est décomposée, une partie de son oxigène se porte sur le métal, le convertit en oxide, qui s’unit à la partie d’acide sulfurique non décomposée, tandis que l’acide sulfureux produit se dégage (i);on continue de chauffer jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de dégagement d’acide sulfureux. On retire la masse mercurielle de la fiole , on la place dans une capsule de porcelaine, et l’on chauffe graduellement , de manière à chasser l’excès d’acide. Cette dernière opération doit être conduite avec soin. Si l’on chauffe trop peu, le sulfate de mercure qu’on retire est trop acide , et la plus grande partie de la masse saline est redissoute par l’eau; on n’obtient alors que très peu de sous- sulfate.

Lorsque la dessication du sulfate de mercure est arrivée au point convenable, on retire la capsule du feu, on réduit en poudre la masse saline , on verse de l’eau bouillante sur cette poudre, agitant avec le pilon, pour que toutes les parties soient en contact avec Feau. Par ce lavage , on détermine la formation de deux sels mercuriels à base d’acide sulfurique i le premier, soluble, est un sulfate acide de mercure qui reste dans la liqueur ; le second , avec excès de base , est le soussulfate de mercure , le turbith minéral . On le lave à plusieurs reprises, pour lui enlever tout le sulfate soluble qu’il pouvait retenir, et on le fait égoutter et sécher ; on l’enferme dans un flacon , après l’avoir réduit en poudre.

Ce sel est sous forme pulvérulente jaune, d’une couleur très belle. Il est presque insoluble dans l’eau; mis dans la bouche , au bout de quelques instans-, il y a développement , de saveur mercurielle.

Le turbith minéral est composé de i5,o d’acide sulfurique,

84,7 de peroxide, o,3 d’eau.

(t) On peut adapter à la fiole un appareil propre à laver et h condenser le gaz acide sulfureux liquide, ou utiliser cet acide lave', en préparant des sulfites.

î 16 SULFATES.

Les quantités obtenues par la manipulation peuvent varier d’après la manière d’opérer du manipulateur, et le degré de dessication qu’on a fait éprouver au sel mercuriel.

Si, lorsqu’on fait évaporer les eaux-mères contenant le sulfate acide de mercure , on a le soin d’arrêter l’évaporation au bout de huit à dix minutes, et qu’on laisse refroidir la liqueur, on obtient un sel mercuriel acide , en petits cristaux d’une belle couleur jaune -orangé. Ce sel, que l’un de nous a obtenu en préparant le turbith minéral, n’a pas encore été examiné.

En continuant l’évaporation, chauffant le résidu et le traitant par l’eau , on peut obtenir de nouveau du turbith.

Le nom de turbith a été donné au sous-sulfate de mercure à cause de sa couleur, analogue à celle d’une racine employée en Pharmacie , et qui porte ce nom.

Ce sel introduit à haute dose-dans l’économie animale serait un poison. Les secours à administrer contre les accidens causés par le turbith sont : l’albumine délayée dans l’eau , le gluten, la farine, le lait.

La chaleur peut servir de réactif pour faire reconnaître le turbith, qu’elle décompose en dégageant le mercure, qu’on peut recueillir sur une lame de cuivre.

Sa couleur, sa pesanteur, et le peu de corps qui possèdent des propriétés physiques analogues , font facilement distinguer ce sel. *

Le turbith entre dans la préparàtion de quelques médicamens, et particulièrement dans des pommades contre les maladies cutanées.

SULFATE DE MORPHINE. Ce sel est le résultat de la combinaison de l’acide sulfurique avec la morphine. Pour le préparer, on prend la quantité que l’on veut de morphine, on la fait dissoudre dans de l’alcool à /[o0 à l’aide de la chaleur. On ajoute à la dissolution de l’acide sulfurique étendu d’eau, en quantité convenable pour que la liqueur ne soit ni acide ni alcaline. (On s’assure que la saturation est exacte au moyen de papier de tournesol.) Lorsque la dissolution est complète-

SULFATES, îi7

ment saturée, on ajoute à ce sel liquide du charbon animal épuisé par l’acide hydro-chlorique ; on fait bouillir quelques instans, on filtre la solution bouillante. Par refroidissement, ce liquide laisse déposer des cristaux , qui doivent être mis à égoutter, puis à sécher. L’eau-mère d’où l’on a retiré ce sel donne par l’évaporation une nouvelle quantité de cristaux , que l’on recueille pour les réunir aux premiers.

Le sulfate de morphine pouvant être obtenu sous forme cristalline , les praticiens pensent avec raison qu’il est plus convenable de l’employer en Médecine que l’acétate de la même base, qu’on a préparé jusqu’à présent sous la forme pulvérulente, et non à l’état cristallin. Les quantités de sulfate qu’on administre sont les mêmes que pour l’acétate, qu’il remplace avantageusement.

SULFATE DE NICKEL. Ce sel n’est pas usité en Médecine; il s’obtient en traitant le carbonate de nickel par l’acide sulfurique étendu, filtrant la solution, la faisant évaporer et cristalliser. Le sulfate de nickel est sucré, astringent, puis âcre; il est soluble dans 3 parties d’eau distillée à io°. Il cristallise en prismes obliques, à bases rhombes ; ces prismes sont très allongés, transparens, d’un vert d’émeraude; exposés à l’air, ils s’efïleurissent. Soumis à Faction de la chaleur, ce sulfate éprouve la fusion aqueuse. Il est composé de 28,98 d’acide, de 2.5,36 protoxide de nickel , et de 45,66 d’eau de cristallisation. (A. C.)

SULFATE D’OR, N’est pas employé ; on l’obtient en traitant le deutoxide d’or par l’acide sulfurique concentré. Mis en contact avec l’eau , ce sel se décompose.

SULFATE DE PLATINE, Ce sel est employé comme réactif pour reconnaître la gélatine, avec laquelle il forme un précipité dont on facilite la formation à l’aide de la chaleur ; il se prépare en traitant le sulfure de platine par l’acide nitrique à plusieurs reprises. (Proust, 1802.) Selon M. Tlienard, 011 pourrait l’obtenir en traitant l’oxide de platine par l’acide sulfurique étendu d’eau. Ce sel est soluble , d’un jaune orangé; il est très styptique, rougit le papier ou la teinture

u8 SULFATES.

de tournesol, ne cristallise que très difficilement; soumis à Faction de la chaleur à une température inférieure au rougecerise, il s’en dégage de l’acide sulfurique, de l’oxigène , et l’on obtient pour résidu du platine métallique. Ce sel est encore peu connu. (A. C.)

SULFATE DE PLOMB. Formé, selon Bersélius, de 26,82 d’acide , et de 73,68 de base. On l’obtient en traitant le plomb métallique par l’acide sulfurique à Fai de de la chaleur, et plus ordinairement en précipitant les solutions de nitrate ou d’acétate de plomb , par le sulfate de soude ou par celui de potasse, recueillant le précipité, le lavant à grande eau, le faisant ensuite dessécher. On obtient encore ce sel dans les arts, lors de la préparation de l’acétate d’alumine ; alors on décompose l’alun par Faeétate de plomb, on recueille le précipité, qui se dépose au fond des vases ; on le lave à grande eau. Ce sel est blanc, insipide; son poids spécifique est de 1,8742. Il est presque insoluble dans l’eau ; il est cependant plus soluble lorsqu’il contient un excès d’acide. La dissolution aqueuse fournit par l’évaporation de petits cristaux blancs, que Sage considérait comme des prismes tétraèdres. Le sulfate de plomb est soluble à chaud dans l’acide hydro-chlorique ; par refroidissement, on obtient des cristaux d’hydro-chlorate de plomb. Le sulfate existe à l’état natif ; on l’a trouvé dans les environs de Paris , dans l’île d’Anglesey ; on en a aussi trouvé en Russie. 11 cristallise en octaèdres ou en tables biselées, qui dérivent d’un prisme rhomboïdal de io3° et 76° i8U On le rencontre aussi en petites masses compactes. Le sulfate de plomb , produit des arts , n’ayant pas d’usages , on a cherché à le faire entrer dans le blanc de plomb , la céruse ; mais la peinture préparée avec ce mélange sèche moins vite que celle où le blanc de plomb entre seul. M. Berthier a donné divers moyens de l’utiliser : i°. d’en retirer du plomb ; 20. de le convertir en oxide ; 3°. de le faire entrer dans la composition du verre à base de plomb; 4°- 6e s’en servir pour vernir les poteries. ( J7oj. les Annales de Chimie et de

Phy sique, t. XX, p. 275.)

SULFATE DE POTASSE , Specificitm purgans , Arcanum duplication , Sel de duobus, Sel poli dires te de Glaser , Deiito sulfate de potassium. Le sulfate de potasse est le résultat de la combinaison de Tacide sulfurique avec la potasse , dans la proportion

de 4 7 5 10 d Acide,

52,90 de potasse. (Berzéiius.)

Ce sel est un de ceux qui furent les premiers connus par les chimistes. On Tappela long-temps tartre vitriolé , nom qu’il conserva jusqu’en 1 787. Depuis cette époque , il est connu sous le nom de sulfate de potasse. Le secret de la préparation de ce sel, obtenu du résidu de la décomposition du nitrate de potasse par l’acide sulfurique, fut payé, en 1763 , 5oo dollars par le duc de Bolstein. Ce combiné était alors regardé comme spécifique contre un grand nombre de maladies, et notamment contre les calculs, la fièvre, le scorbut.

Ce sulfate peut être préparé directement, en combinant le sous-carbonate de potasse provenant de la décomposition du nitrepar le charbon, avec l’acide sulfurique, filtrant la liqueur saturée et la faisant évaporer jusqu’à ce qu’elle laisse apercevoir une légère pellicule à sa surface , portant cette liqueur dans un lieu où elle puisse refroidir lentement et fournir une cristallisation régulière. Au bout de quelques jours, la cristallisation est terminée; 011 décante l’eau-mère, on enlève les cristaux , on les lave avec de petites quantités d’eau distillée , on réunit Teau de lavage aux eaux-mères, qu’on fait évaporer pour obtenir de nouveaux cristaux. Si le sulfate de potasse obtenu d’une première cristallisation était coloré , 011 le fait dissoudre dans Teau distillée , on y ajoute une petite quantité de noir animal purifié par l’acide hydro-chlorique , et Ton fait bouillir -, on filtre , et Ton fait évaporer comme nous l’avons déjà dit. On peut aussi se procurer ce sel en se servant du sulfate acide de potasse, qui reste dans la cornue lorsqu’on opère la décomposition du nitre par Tacide sulfurique , pour obtenir Tacide nitrique. A cet effet, on dissout dans Teau le résidu provenant de cette évaporation , et Ton y ajoute une

quantité de sous-carbonate de potasse pur , afin de saturer Fexcès d’acide. On filtre la liqueur saturée, et l’on continue l’opération comme nous l’avons indiqué plus haut (i).

Le sulfate de potasse est un solide blanc, cristallisant en pyramides hexaèdres , ou en prismes très courts , ayant 6 pans et terminés par une ou plusieurs pyramides à 6 faces. Cette forme peut varier, si la cristallisation a été troublée, ou si elle n’a pas eu lieu dans les mêmes circonstances. La saveur du sulfate de potasse est amère, désagréable. Il est soluble' dans 16 parties d’eau à i6°; plus soluble à chaud; il n’exige que 5 parties de ce liquide à la température de ioo° centigrades. La solution faite à chaud cristallise par refroidissement.

SULFATE DE QUININE. Ce sel est le résultat de la combinaison de la quinine (alcali végétal) avec l’acide sulfurique. On peut l’obtenir à l’aide de divers procédés ; celui indiqué par M. Henry fils étant plus économique , il est presque le seul usité , et il a valu à ce jeune chimiste un prix qui lui fut décerné en séance publique par FAcadémie des Sciences. Ce procédé a été modifié par quelques praticiens ; mais ces modifications laissent toujours la priorité à M. 0. Henry.

Procédé de .M. Henry. On prend 2 kilogrammes ( 4 livres } de quinquina jaune réduit en poudre, i5 kilogr. ( 3o livres ) d’eau à laquelle on a ajouté d’avance 128 grain. (4 onces) d’acide sulfurique à 66°. On met la poudre dans une bassine de cuivre ; on ajoute un peu d’eau ; on fait une pâte à l’aide d’une spatule de bois ; on délaie cette pâte dans le reste du liquide; on place la bassine sur un fourneau allumé r et l’on porte à l’ébullition. Au bout d’une heure , on laisse déposer la décoction acide , on passe à travers une toile ; on traite le résidu par une nouvelle quantité d’eau acidulée bouillante , et l’on passe de nouveau. On répète les traitemens

(1) Le sulfate de potasse obtenu par ce dernier moyen nous a paru retenir quelquefois une certaine quantité' de nitrate dépotasse. Ce sel avait-il e'chappé à l’action de l’acide sulfurique? ou une quantité d’acide nitrique., mise à nu, n’avail-elle pu se dégager?

jusqu’à ce que le quinquina soit épuisé, ce qui s’aperçoit à ce que la liqueur n’est plus amère. L’opération étant terminée et le quinquina étant épuisé , on réunit toutes les décoctions, on y ajoute du lait de chaux en quantité convenable pour saturer l’excès d’acide contenu dans la liqueur. La quinine et la çinchoninc , mises à nu par la chaux , se précipitent avec le sulfate de chaux et l’excès d’alcali ajouté. On recueille les précipités sur une toile tendue , que l’on a mouillée d’abord, en ayant soin de ne pas perdre du précipité. Les eaux de lavage, contenant encore de l’alcali végétal, elles doivent être légèrement acidulées pour éviter l’action de la chaux sur la quinine. On les fait ensuite évaporer aux deux tiers de leur volume , et on les décompose par un excès de chaux. On réunit le précipité au premier, et on le lave jusqu’à ce que l’eau de lavage soit incolore et insipide : on le met ensuite à égout-» ter, et lorsqu’il est égoutté, on le fait sécher à l’étuve. Le précipité sec est réduit en poudre, celle-ci est mise en digestion avec de l’alcool à 36°. On épuise par ce véhicule à plusieurs reprises, facilitant la solution de la quinine et de la cinchonine dans l’alcool, par l’action de la chaleur, tout en prenant des précautions pour que l’élévation de température ne cause pas la volatilisation d’une grande quantité du liquide employé. Lorsque l’alcool n’enlève plus rien au précipité , on réunit les liqueurs alcooliques , on les laisse déposer, on les décante , on filtre les dernières portions , puis on introduit ces liqueurs dans le bain-marie d’un alambic. On soumet à la distillation pour retirer les trois quarts de l’alcool ; on démonte ensuite l’appareil , et l’on trouve dans le bain-marie la quinine mêlée de cinchonine. Ces substances ont l’apparence d’une matière résineuse , et sont baignées par une petite quantité d’un liquide louche alcalin, ayant une saveur amère. On décante le liquide ; on ajoute de l’eau aiguisée d’acide sulfurique , en ayant soin de ne mettre de cet acide que dans les proportions convenables pour qu’il ne soit pas en excès ; on fait chauffer". ( On se sert d’un papier de tournesol , pour reconnaître si la liqueur est neutre. ) Le sulfate formé se pré*

cipite par refroidissement. On traite ensuite le sulfate précipite et qui a été exprimé, par Feau ; on ajoute une petite quantité de charbon animal lavé à Facide hydro-chlorique. Après quelques minutes d’ébullition, on filtre le liquide bouillant ; ce liquide laisse déposer le sel de quinine par refroidissement. On laisse égoutter les cristaux , qui retiennent une grande quantité d’eau - on les met ensuite à sécher dans une étuve chauffée de 2-5 à 3o°, et entre des feuilles de papier à filtrer ( papier joseph ).

On retire une nouvelle quantité de cristaux, des eaux-mères, qui ont été décolorées par le charbon.

On retire du liquide qui reste dans le bain-marie , avec la matière visqueuse , une petite quantité de sulfate de quinine. A cet effet on sature par Facide sulfurique ; on fait évaporer à moitié ; on ajoute ensuite du charbon animal ; on fait bouillir quelques instans ; on filtre le liquide bouillant ; par refroidissement, on obtient des cristaux, que l’on traite comme nous venons de le dire plus haut.

Les eaux-mères contiennent en outre du sulfate de einchonine. On en retire cette substance par le procédé décrit à l’article Cinchonine et Sulfate.

Les précautions suivantes doivent être prises dans la préparation du sulfate de quinine (i) : i°. il faut avoir soin de tenir les liqueurs parfaitement neutres pendant tout le cours de l’opération , afin que la cristallisation puisse s’opérer avec facilité; 2°. on doit décolorer les liqueurs avec le charbon animal ; 3°. on doit conserver les filtres et les papiers qui sont imprégnés de sulfate de quinine ; on en retire cette substance en les mettant tremper dans de l’eau acidulée et en précipitant ensuite par la chaux.

On peut se servir de Facide hydro-chlorique , au lieu d’acide sulfurique , pour obtenir le sulfate de quinine et sa base. Lorsque l’on prépare des teintures, des extraits, des vins,

(i) Journal de Pharmacie , juillet i8n.

! des infusions et décoctions de quinquina , on doit conserver les résidus pour les traiter par le procédé de M. Henry , et en obtenir de la quinine. Le traitement des résidus de quinquinas , prescrit plus tard par divers chimistes et notamment par M. Bernadet , a été pratiqué pour la première fois dans le laboratoire de M. Boullay , par l’un de nous. Les quantités de sulfate obtenues en suivant le procédé indiqué ( à cette époque ) par MM. Pelletier et Caventou, furent assez considérables et fournirent des résultats très avantageux.

Nous avons dit plus haut que le procédé de M. Henry avait été modifié ; voici les modifications qu’on y a apportées : au lieu de soumettre seul à la distillation l’alcool qui a servi à épuiser le précipité obtenu par la chaux , on a proposé d’ajouter à cet alcool de l’acide sulfurique faible jusqu’à ce qu’il y en ait un léger excès. Le but que Ton se propose dans ce cas est d’empêcher la combinaison de la matière grasse avec la quinine ; on procède ensuite à la distillation pour retirer l’alcool, et l’on purifie comme on l’a dit le sulfate de quinine que l’on obtient pour résidu, et qui est mêlé à la matière grasse insoluble dans l’eau.

Plusieurs chimistes, parmi lesquels on doit citer MM. Guilbert, Henry, Cassola , qui se sont occupés de l’extraction du sulfate de quinine ont cherché à obtenir ce sel économiquement, sans employer l’alcool; mais jusqu’à présent aucun n’a obtenu de résultats bien satisfaisans.

On a observé que la quinine pouvait se combiner en deux proportions avec l’acide sulfurique, et qu’il en résultait deux sels distincts , par la forme cristalline et par la solubilité. Le premier de ces sels, le sulfate neutre , est blanc, en aiguilles soyeuses, peu soluble dans l’eau froide, plus soluble dans l’eau bouillante, entièrement soluble dans l’eau aiguisée d’acide sulfurique et dans l’alcool , phosphorescent à la température de ioo°. Le deuxième, le sulfate acide, est plus soluble dans l’eau ; il affecte la forme de prismes aiguillés d’un plus grand volume que ne le sont les cristaux de sulfate neutre. Ce sel se forme lorsque l’on ajoute à la quinine

qui doit être amenée à l’état de sulfate, une trop grande quantité d’acide sulfurique; alors il reste dans l’eau-mère, mêlé au sulfate de cinchonine : on parvient à le faire cristalliser en aj outant à la liqueur un peu de chaux , ou bien encore du charbon animal non lavé à l’acide hydro-chlorique. L’excès d’acide sulfurique se combine à la chaux ajoutée ou à celle qui existe dans le charbon animal à l’état de carbonate; il y a formation d’un sulfate de chaux insoluble. On sépare ce sel du sulfate de quinine , en traitant par l’eau bouillante , filtrant et faisant cristalliser.

M. Robiquet a établi que les sulfates de quinine étaient composés :

Le sulfate neutre. Le sulfate acide.

Acide sulfurique

. 10 Acide sulfurique. . . .

Quinine . .

. 80,9 Quinine

Eau

9,1 Eau . . .

Le sulfate de quinine que l’on trouve dans le commerce, soit en France, soit à l’étranger, peut quelquefois être falsifié. On a reconnu de ces sels mêlés d’acide borique , de sulfate de chaux, de sucre, de mannite, de stéarine, d’amidon, et quelquefois contenant une certaine quantité d’eau augmentant le poids. On s’assure de la présence du sulfate de chaux en traitant ce sel par l’alcool , qui dissout le sulfate de quinine , laissant pour résidu le sulfate de chaux» On traite le sulfate qui contient du sucre et de la mannite , par l’eau ; on précipite la quinine par le sous-carbonate de potasse , on filtre , on fait évaporer le liquide d’où l’on a séparé la quinine, et l’on traite par l’alcool à 3o°, qui dissout le sucre et la mannite si le sel en contenait. On reconnaît la stéarine en traitant le sulfate par l’eau aiguisée d’acide sulfurique : le sulfate de quinine se dissout, la stéarine reste indissoute. On s’assure de la présence de l’amidon en traitant par l’alcool, qui dissout le sulfate et laisse l’amidon; on s’assure de l’identité de ce produit à l’aide de la solution d’iode. Four l’acide borique, on traite par l’alcool , qui brûle avec une flamme verte si le sulfate traité

contient cet acide (i). Quant à la présence de l’eau, que M. Barry dit être quelquefois ( en Angleterre) de 4 o pour ioo, 3n a reconnu que le sulfate de quinine , séché convenablement, ne devait pas perdre , par la dessication , plus de 8 à io pour ioo, la dessication étant faite à une douce chaleur et étant long-temps continuée. D’autres moyens, indiqués par M. R. Philips , ont été consignés dans un article qui fait partie du tome IY du Journal de Chimie médicale , page 332.

Le sulfate de quinine se donne à la dose de i à 6 décigram.

{ 2 à 12 grains ) , et quelquefois à une plus haute dose.

SULFATE DE SOU DE, Sel de Glaubert, Sel d* Epsom , de Lorraine ; Deuto-sulfate de sodium. Ce sel fut découvert par Glaubert , chimiste allemand , qui l’appela sel admirable. Il est le résultat de la combinaison de Facide sulfurique avec la soude , dans les proportions de 24,76 d’acide sulfurique ,

19,24 de soude,

56 d’eau. (Berzélius.)

Ce sel peut s’obtenir en saturant du sous - carbonate de soude, par Facide sulfurique étendu d’eau. On le prépare de la manière suivante. On fait dissoudre alors dans l’eau une certaine quantité de sous-carbonate de soude. Lorsque la dissolution est faite , on y verse par petites portions de l’acide sulfurique ; le carbonate de soude est décomposé , la soude s’unit à Facide sulfurique, et l’acide carbonique, mis à nu, se dégage. Il faut avoir le soin d’ajouter Facide peu à peu : cette précaution a pour but de ne pas produire une effervescence trop vive, qui pourrait faire répandre une partie du liquide. Lorsque la décomposition du carbonate de soude est complète, et que la liqueur n’est plus ni acide ni alcaline, on fait bouillir, on Filtre la liqueur bouillante ,^et on l’évapore jusqu’à ce qu’elle marque 24° à l’aréomètre. On tire alors la liqueur dans des terrines , et 011 la laisse cristalliser. Lorsque les cristaux sont bien for-

(1) Ou bien encore on calcine 5 on trouve l’acide dans le résidu de la calcination.

mes , on enlève les eaux-mères , on se'pare les cristaux , on les lave, on les met ensuite à égoutter; lorsqu’ils sont secs , on les enferme dans des flacons ou dans des vases de grès bouchés en liège.

Si les cristaux n’étaient pas blancs, il faudrait les faire redissoudre, ajouter à la liqueur une petite quantité de charbon animal faire bouillir, filtrer, et évaporer jusqu’à iff, et laisser cristalliser.

On peut aussi obtenir ce sel en saturant , par le carbonate de soude , le résidu salin qui se trouve dans la cornue dans laquelle on a traité le sel marin par l’acide sulfurique pour obtenir l’acide hydro-chlorique. Ce résidu, qui est du sulfate acide de soude, ainsi saturé, doit être évaporé jusqu’à ce qu’il marque 24°. Il donne alors des cristaux qui sont les mêmes que ceux obtenus par le premier procédé indiqué.

On trouve dans le commerce du sulfate de soude provenant des salines de la Lorraine. Ce sel a besoin d’être purifié. On le fait dissoudre dans de l’eau distillée, on filtre la solution et on la fait évaporer convenablement pour qu’il puisse cristalliser. Le sulfate de soude se trouve dans les pharmacies sous deux formes différentes , en gros cristaux, et en cristaux plus fins. Ces différences tiennent au mode d’opérer. Pour obtenir le sulfate de soude en gros cristaux, on doit faire cristalliser lentement : à cet effet , la solution portant 24° doit être mise dans des vases peu profonds, présentant de grandes surfaces. Au contraire , si l’on veut l’avoir en très petits cristaux , 011 porte la solution à un degré plus élevé , et on a le soin de troubler la cristallisation, en agitant la liqueur avec une spatule d’ivoire pendant le refroidissement.

Ce sel est un solide blanc transparent : s’il a cristallisé dans un lieu tranquille et par une évaporation ménagée , il présente des prismes cannelés à six pans ; ces prismes sont terminés par des sommets dièdres. Si ce sel , au contraire , s’est déposé rapidement, et dans une dissolution agitée mécaniquement pendant son refroidissement, il se présente sous forme de petits Cristaux blancs comme la neige, dont la configuration

n’est pas facile à déterminer. La saveur de ce sulfate est salée d’abord , puis amère et désagréable. Il est soluble dans trois Ibis son poids d’eau à 12° et dans les 0,80 de son poids d’eau à ioo° centigrades. Exposé à l’action de l’air, il blanchit, tombe en efflorescence (1). Soumis à l’action de la chaleur , il se fond dans son eau de cristallisation. Si l’on continue de le chauffer, toute l’eau se volatilise , et l’on obtient le sulfate de soude sec et pulvérulent, mais qui n’a éprouvé aucune décomposition. Si l’on chauffe davantage , on en sépare une petite quantité d’acide, qui se volatilise. (Kirwan.)

Le sulfate de soude est souvent employé comme purgatif à la dose de 16 à 48 grammes ( 4 gros à 1 once et demie ). Sa saveur, qui est désagréable , fait qu’on lui substitue assez souvent le phosphate de la même base, qui a des propriétés purgatives analogues sans avoir le même inconvénient. On peut reconnaître ce sel , i°. à sa forme ; 20. en ce qu’il précipite les sels de baryte , en formant avec eux un sulfate (sulfate de baryte) ; 3°. en ce qu’il ne précipite pas le muriate de platine.

SULFATE DE STR0NT1ANE. Ce sel a été découvert par MM. Hope et Klaproth ; il existe dans la nature en différens pays, i°. en France à Saint-Médard de Beuvron ( Meurthe ), à Meudon (Seine), à Montmartre et à Menil-Montant (Seine) ; 20. en Sicile aux Yalso de Noto et de Mazara ; 3®. en Pensylvanie à Frankstown , etc. On le trouve aux environs de Paris en masses compactes, en Sicile en beaux cristaux prismatiques ; quelquefois on le rencontre en petites masses fibreuses d’un bleu clair. On lui a donné le nom de Célestine. Ce dernier contient une petite quantité de carbonate de chaux.

Ce sel est blanc, insipide, inodore, à peine soluble dans l’eau, puisqu’il en faut 384o parties pour en dissoudre une de sulfate; plus soluble cependant que le sulfate de baryte, qui

(1) On expose le sulfate de soude au contact de l’air pour l’obtenir effleuri et en poudre , lors de la préparation du sel dit dé Guindre .

exige 43oo parties d’eau. Il est très pesant ; son poids spéci-* fique a été évalué à 4- D’après M. Vauquelin, il est formé de 46 parties d’acide sulfurique et de 54 d’oxide de strontium. On peut l’obtenir artificiellement en mêlant ensemble deux solutions de nitrate de strontiane et de sulfate de soude, recueillant le précipité qui se forme, le jetant sur un filtre , le lavant à l’eau bouillante, puis le faisant égoutter et sécher.

Le sulfate de strontiane est employé pour obtenir la strontiane et le nitrate de cette base. Les moyens à employer sont les mêmes que ceux mis en usage pour décomposer le sulfate de baryte et obtenir l’oxide de barium et ses sels. V . Baryte , t. Ier, p. 390.

Le sulfate de strontiane est employé, en Angleterre, comme mort aux rats. (A. C.)

SULFATE DE ZINC , Vitriol blanc, Vitriol de Goslar, Couperose blanche . Ce sel est le résultat de la combinaison de l’acide sulfurique avec l’oxide de zinc , dans la proportion

de 3 1,74 d’acide sulfurique ,

32,54 d’oxide de zinc ,

35,72 d’eau.

Le sulfate de zinc fut découvert au XVIe siècle. Deux chimistes allemands, Henkel et Neumann, reconnurent qu’il contenait du zinc; Brandt indiqua plus tard sa composition. Ce sel peut être obtenu de plusieurs manières : i°. directement, en traitant le zinc métallique par l’acide sulfurique affaibli; 20. indirectement, en grillant le sulfure de zinc natif, la blende des minéralogistes, exposant à l’air le sulfure grillé, .l’ humectant pour le faire effieurir, et le lessivant, évaporant ensuite les eaux de lavage au point de pouvoir les couler et d’en obtenir une masse semblable au sucre en pain. Le sulfate de zinc obtenu par ce procédé est impur; il présente un mélange de sulfates de zinc, de cuivre et de fer. Pour le purifier, on le dissout dans l’eau; on ajoute à sa solution du zinc en limaille, et l’on fait bouillir : le zinc s’unit à l’acide sulfurique des sulfates de fer et de cuivre ; ces métaux se préci-

pitent. On filtre la dissolution ; on la fait évaporer , et Fou obtient des cristaux qui, lavés , mis à égoutter, et sécliés , peuvent être employés dans Fusage médical.

Quelques auteurs recommandent de faire calciner le sulfate de zinc du commerce pour le débarrasser de Foxide de fer qu’il contient , mais cette opération est insuffisante; il vaut mieux se servir du procédé que nous venons d’indiquer.

Pour obtenir directement le sulfate de zinc , on prend du zinc très pur, on le réduit en grenaille en le faisant fondre , le coulant dans l’eau, en prenant des précautions pour que le métal ne jaillisse pas et ne vienne pas blesser l’opérateur (à cet effet , on recouvre le seau d’une planche au milieu de laquelle on a pratiqué un trou par lequel on verse le métal fondu ) ; on introduit ensuite le métal divisé dans un ballon ou dans un vase qui ne puisse être attaqué par l’acide sulfurique ; on verse dessus de l’acide sulfurique à i8°. On place le ballon sur un bain de sable 9 que Fon a soin de chauffer doucement d’abord ; on élève ensuite la température. A peine toutes ces substances sont-elles en contact , qu’il y réaction ; une partie de l’eau est décomposée ; son oxigène se porte sur le métal , et le fait passer à l’état d’oxide, qui se dissout dans l’acide sulfurique; l’hydrogène , misa nu, se dégage. Lorsque l’acide cesse d’agir sur le métal, on filtre la dissolution, on l’évapore, et on l’amène au point de concentration convenable pour la faire cristalliser. On sépare les cristaux des eaux-mères, et Fon fait évaporer celles-ci pour obtenir une nouvelle quantité de cristaux. On fait égoutter et sécher le sel cristallisé, et on l’enferme dans des flacons bouchés en verre.

Ce sulfate est solide, blanc, cristallisant en prismes à quatre pans , terminés par des pyramides à quatre faces : deux des bords opposés des prismes sont remplacés par des facettes; le prisme alors est hexaèdre. Ce sel est moins soluble à froid qu’à chaud ; il se dissout en très grande quantité dans l’eau bouillante, cristallise par refroidissement. Exposé à Faction de la chaleur, il se fond dans son eau de cristallisation; à une plus Tome Y. o

i3o SULFITES.

hante température , il perd une grande partie de son acide. Le sulfate de zinc a une sayeur âcre , styptique. Pris à l’intérieur , ce sel cause des accidens fâcheux. Il faut , jutant que possible, aider au vomissement que ce sel provoque, et donner ensuite de l’eau albumineuse en grande quantité. Depuis peu de temps on a mis dans le commerce du sulfate de zinç en petits çristaux : ce sel a été vendu par un droguiste pour du sulfate de magnésie ; il a failli en résulter des açcidens graves.

Le sulfate de zinç peut être reconnu aux caractères suivans : i°. il donne lieu, avec les solutions des sels bary tiques , à un précipité insoluble dans l’eau ; 2°. il est précipité par l’ammoniaque : le précipité produit est soluble dans un excès de cet alcali ; 3°. sa solution est précipitée en blanç par l’acide hydro-sulfurique et par l’hydro-sulfate de potasse : le précipité , l’hydro-sulfate de zinc , exposé à l’action de la chaleur, passe à l’état de sulfure ; 4°- l’hydro-çyauate ferrure de potasse précipite aussi ce sel en blanc; 5°. les dissolutions de ce sulfate ne sont ramenées à l’état de métal par aucun des métaux connus ?

Le sulfate de zinc est employé en Médecine comme astringent. On l’administrait autrefois comme vomitif ; mais il n’est plus guère employé qu’à l’extérieur. (A. C.)

SULFITES. On appelle sulfites les sels qui résultent de l’union de l’acide sulfureux avec les bases salifiables. Les caractères de ces sels sont les suivans: i°. tous les sulfites solubles , exposés à l’air libre , se convertissent promptement en sulfates ; 2°. les sulfites insolubles passent aussi à l’état de sulfates , mais il leur faut , pour subir cette modification , un plus long espace de temps; 3°. par l’action de la chaleur, tous ces combinés ( excepté celui d’ammoniaque , qui est volatil; laissent dégager du soufre et se convertissent en sulfates; 4°. les sulfites terreux , chauffés fortement, se décomposent, l’acide sulfureux se dégage , et leur base est mise à nu ; 5°. les sulfites, traités par l’acide sulfurique, laissent dégager de l’acide sulfureux sans laisser déposer de soufre ; 6°. quelques

SULFITES. 1 3 1

sulfites , et particulièrement celui de soude -, peuvent exister avec excès de soufre : ils constituent alors un nouveau genre de sels que l’on a appelés sulfites sulfurés. Le nombre des sulfites employés en Pharmacie se borne à deux. (A. C.)

SULFITE DE SOUDE. Ce sont MM. Fourcroy et Vauquelin qui les premiers ont décrit ce Sel et donné des notions exactes sur ses propriétés. Il se prépare de la manière suivante : on monte un appareil pour la préparation de Tacide sulfureux. Au lieu de mettre de Peau dans le flacon qui suit celui de lavage y on remplace le liquide par une solution concentrée de sous-carbonate de soude pur , et Ton y fait passer un courant de gaz acide sulfureux jusqu’à ce que le sous-carbonate de soude soit entièrement décomposé et converti en sulfite. La liqueur, qui s’échauffe pendant le temps que le gaz acide sulfureux met à décomposer le carbonate de soude , laisse , par refroidissement , déposer des cristaux qui sont séparés du liquide, et que l’on enferme dans des flacons bien bouchés. Le sulfite de potasse peut être préparé par le même niode , mais il n’est pas employé.

Ce sel était employé à la préparation du sulfite sulfuré de soude ; mais , depuis que l’on a donné le moyen d’obtenir directement ce sel , on ne le prépare plus si ce n’est pour des expériences de Chimie. (A. C.)

SULFITE SULFURÉ DE SOUDE, Hyposulfite de soude. On adapte à l’appareil destiné à la préparation du gaz acide sulfureux pur, un flacon contenant une solution de sous-carbonate fie soude mêlée à du soufre d’après les doses suivantes:

Sous-carbonate de soude. 320 gram. (io onces),

Eau distillée 564 gram. (i livre a onces).

Lorsque la dissolution est faite , on y ajoute :

Soufre 4 o gram. (i once 2 gros),

Eau distillée 64 grain. (2 onces).

On humecte d’abord le soufre , on le réduit en pâte , en ajoutant peu à peu les 64 gramm. d’eau. Cette manière d’opérer a l’avantage de permettre au soufre de se répandre égale-

ment dans le liquide , ce qui n’aurait pas lieu si l’on ne prenait pas cette précaution. Lorsque le soufre a été ajouté à la solution alcaline , on y fait passer un courant de gaz acide sulfureux pur, produit par la réaction de 788 gram. (1 liv. 9011c.) d’acide sulfurique à 66° sur 626 gram. ( 1 liv. 4 011c.) de mercure métallique (1). Lorsque la réaction de l’acide sur le mercure est entièrement terminée , et qu’il ne passe plus de gaz sulfureux dans les flacons , on arrête l’opération , on démonte l’appareil , on filtre. La dissolution de sulfite sulfuré donne , par l’évaporation , des cristaux que l’on dessèche avec du papier à filtrer , et que l’on garde dans des flacons bien bouchés.

Ce sel est solide , il cristallise en prismes à quatre pans terminés par des pyramides très courtes. Sa saveur est sulfurée, amère. Traité par l’acide sulfurique, il est décomposé, avec dégagement d’acide sulfureux ; du soufre , mis à nu , se précipite.

Le sulfite sulfuré de soude a été recommandé par M. Chaussier contre les cas d’exanthèmes chroniques. (A. C.)

SULFURES. O11 a donné le nom de sulfures aux combinaisons qui résultent de l’union du soufre avec les corps combustibles. Ces combinaisons sont en très grand nombre ; il en existe une très grande quantité dans la nature , et les chimistes peuvent déterminer la formation d’un grand nombre de ces produits. On a établi qu’un métal peut se combiner avec le soufre en autant d^ proportions qu’avec l’oxigène : ainsi, les métaux qui fournissent des proto, des deuto et des tritoxides, peuvent donner des proto , des deuto et des trito-sulfures- M. Berzélius , qui a pris pour exemple les combinaisons du potassium et du soufre en proportions définies, pense qu’il pourrait exister de même une grande quantité de sulfures d’un même corps , mais que ces corps n’ayant pas , à beaucoup près, autant d’affinité pour le soufre qu’en a le potassium,

(1) On pourrait aussi obtenir l’acide sulfureux en employant de l'acide sulfurique, de la sciure de bois, des copeaux, etc. V. Acide sulfureux , t. I, p. I7°-

Sulfures. 133

il en résulte que ces sulfures, ou ne peuvent se former, ou s’ils se forment réellement, sont détruits peu de temps après. Il donne pour exemple un sulfure de plomb qu’il obtint : ce sulfure , d’une belle couleur rouge de sang , composé d’un atome de plomb et de io atomes de soufre , se détruisit bientôt et fut converti en sulfure de plomb ordinaire et en soufre.

Les sulfures sont toujours formés en proportions définies, et ces proportions sont les mêmes que celles qui existent dans les sulfates ; ainsi , si par un moyen quelconque on ajoute à un proto-sulfure toute la quantité d’oxigène que peut prendre le soufre pour passer au maximum d’oxidation , on obtiendra un proto-sulfate neutre. Ces combinaisons sont encore susceptibles de se combiner entre elles ; elles forment alors des composés en proportions définies , en sorte que la quantité de soufre de l’un est à la quantité de soufre de l’autre dans un rapport donné, de même que dans un sel, la quantité d’oxi— gène de l’oxide est à la quantité d’oxigène de l’acide dans un rapport qui est également constant pour tous les sels du même genre et au même état de saturation. Ces sortes de composés existent abondamment dans la nature. Quelquefois ils se trouvent dans des circonstances favorables, ils absorbent de l’oxigène et se transforment en sulfates. Les propriétés des sulfures ne peuvent être généralisées : à chacun des sulfures , dont nous aurons occasion de traiter en suivant le plan que nous nous sommes tracé , nous indiquerons ces propriétés et plus particulièrement celles qui servent à caractériser ces produits. Il est facile d’établir celles qui résultent de l’action de la chaleur ; on prévoit ce qui doit arriver , en considérant quelle est l’affinité du métal pour l’oxigène, observant en même temps que si ce métal a beaucoup d’affinité pour l’oxigène , il en a également pour

le soufre. Les sulfures s’obtiennent, i° par la voie sèche, en chauffant dans un vase convenable un métal ou un oxide métallique aVec du soufre en proportions définies ; 2°. par voie sèche à l’aide d’un intermède, en calcinant un sulfate

avec un corps combustible ( le charbon ) qui ramène l’acide sulfurique du sulfate à l’état de soufre , et qui réduit l’oxide métallique ; 3°. par la voie humide , en faisant passer un courant d’acide hydro-sulfurique dans des dissolutions métalliques , ou bien en versant dans les mêmes dissolutions des hydro-sulfates alcalins liquides.

Nous diviserons, dans cet ouvrage, les sulfures, i°. en sulfures alcalins , qui résultent de l’union du soufre avec les métaux fournissant des oxides alcalins; 2°. en sulfures métalliques , qui sont ceux que l’on obtient en combinant le soufre aux métaux dont les oxides ne sont pas alcalins: 3°. en sul~ fures résultant de Vunion de corps combustibles entre eux (le sulfure cViode, par exemple). Nous nous bornerons à parler des sulfures employés, et dans les arts, et dans la Thérapeutique.

SULFURE DE CHAUX, Sulfure de calcium. Ce sulfure peut s’obtenir de plusieurs manières : i°. en chauffant fortement pendant une heure et demie dans un creuset de Hesse ga^ni de son couvercle 5o parties de chaux mêlées exactement à 3,5 parties de soufre. Par l’action de la chaleur , le soufre s’unit à la chaux, le mélange éprouve un commencement de fusion , s’agglutine donne lieu à un composé de couleur rougeâtre , inodore , infusible , qui a une saveur sulfureuse. Il doit être conservé dans un vase fermé hermétiquement. Par son exposition à l’air libre, il absorbe l’eau qui s’y trouve en < dissolution , change de nature , et dégage de l’hydrogène sulfuré. On peut encore préparer le sulfure de chaux par le procédé suivant, donné par M. Henry.

Ou introduit dans un creuset de Hesse 3oo parties de sulfate de chaux réduit en poudre fine, mêlé à ioo parties de noir de fumée. On couvre le creuset, on chauffe ce mélange pendant deux heures. On retire le creuset du feu , on le laisse refroidir , et l’on enferme ce sulfure dans un vase bien fermé. Obtenu de cette manière , il est toujours mêlé de charbon. Le peu de valeur de la chaux devrait faire employer, de préfé-

SULFURÉS ALCALINS* 1 35

renee , ce sùlfùre lors de la préparation des bains hydro- sulfurés.

D’autres proportions ont été données par MM. Henry et Güibourt. Ces proportions sont lès suivantes : i°. pour la conversion du sulfate ên sulfure, sulfate de chaux , 1000 grammes ( 2 livres ) ; charbon, 25o giaihmeS (8 Onces ) ; 20. pour combiner le soufre à la chaux , soufre , 4°° gramin. (12 onces 4 gros); chaux vive en poudre, ( 1 livre 6 onces 2 gros). (A. C.)

SULFURE DE MAGNÉSIE , Sulfure de magnésium. Les difficultés que l’on éprouve pour préparer directement ce sulfure ont fait renoncer aux moyens indiqués par leS auteurs , pour donner la préférence au procédé suivant , publié par M. Henry. On prend 3 parties de sulfate de magnésie parfaitement desséché et réduit en poudre ; 011 le mêle à une partie de noir de fumée aussi pulvérisé ; on forme un mélange homogène de ces deux substances ; on l’introduit ensuite dans ufi creuset de Hesse surmonté de son couvercle ; on le place au milieu d’un fourneau, sur une tourte y on met à l’entoür du creuset des charbons allumés, et l’on chauffe fortemerit pendant une heure et demie. Il résulte de cette opération un sulfure de magnésie, qui doit être enfermé dans un vase bien bouché. (A. C.)

SULFURE DE POTASSE, Sulfure de potassium , Foie de soufre. Cette préparation , connue depuis long-temps sous le nom de foie de soufre préparé par la voie sèche, s’obtient de la manière suivante : on prend 10 parties de carbonate de potasse sec et put provenant de la décomposition du tartre par là chaleur; on le mêle avec 5 parties de soufre pulvérisé (1) (proportions des dispensaires). Quand le mélange est fait, on Finfroduit dans un creuset d’une capacité double de celle du mélange. O11 chauffe le creuset , en ayant soin de ne pas trop

(1) Il vaut mieux employer, comme M. Vauquelin le conseille, parties égales. MM. Guibourt et Henry conseillent les proportions suivantes : soufre, 400 parties; carbonate de potasse pur et sec , 690 parties.

iS6 SULFURES ALCALINS,

élever d’abord la température ; car le dégagement du gaz acide carbonique du carbonate de potasse aurait lieu trop brusque ment, et une partie du mélange serait projetée hors du creuset. Lorsque la fusion des matières est complète , et qu’il n’y a plus de dégagement de gaz , on coule le produit fluide sur une table de marbre ; on laisse refroidir ; on le casse en morceaux que l’on enferme dans des cruches de grès ou dans des flacons de verre bien bouchés.

Quelques manipulateurs emploient seulement , pour préparer le sulfure de potasse , de la potasse du commerce ; mais cette potasse , qui varie de pureté, et qui contient quelquefois a5 pour ioq de sels étrangers, donne lieu à un produit qui ne présente pas la même quantité de sulfure de potasse que celui préparé avec le carbonate de potasse pur.

On prépare aussi le sulfure de potasse par le procédé suivant, dû à M. Béral, pharmacien de Paris : on chauffe un mélange fait dans les proportions de i5 livres de soufre pour 4o livres dépotasse perlasse dans une chaudière de fer placée sur un fourneau, jusqu’à ce que la matière, agitée avec une spatule de fer, représente une pâte liquide. On coule avec une cuiller de fer sur un marbre huilé , et l’on enferme le sulfure dans un vase fermé.

Ce procédé donne un produit qui ne peut être toujours le même , la potasse employée étant impure. La présence du sulfure de fer et les quantités de soufre qui peuvent brûler en plus ou moins grande quantité , le vase étant découvert , ont fait rejeter ce procédé, qui présentait la facilité de préparer en peu de temps une assez grande quantité de sulfure.

Un procédé qui a l’avantage sur les autres , et qui donne un produit toujours le même , est celui indiqué par M. Henry.

Ce procédé est suivi à la Pharmacie centrale, où l’un de nous

a eu l’occasion de l’employer. Il consiste à faire un mélange de 2 parties de sel de tartre pur ( i ) et d’une partie de soufre

(0 On entend par ce nom le sons- carbonate de potasse provenant, de U combustion du tartre.

en canon qu’on a réduit en poudre. Quand le tout est homogène , on remplit de ce mélange , et jusqu’aux deux tiers seulement, des matras à fond plat, et on les place sur une tôle forte entourée de briques , et recouverte de sable , formant alors le bain de sable d’un fourneau carré. Quand les matras sont bien espacés , et que le bain de sable en est garni , on recouvre ces matras de sable, et l’on allume sous le fourneau un feu très doux d’abord , que l’on élève graduellement, pour ne pas casser les matras. Quand ces vases sont assez fortement chauffés pour que la décomposition du sous-carbonate de potasse ait lieu par le soufre, on doit avoir soin de voir si les cois des matras ne s’obstruent pas. Si cet accident avait lieu (ce qui arrive quelquefois), il faudrait avoir soin de les déboucher. On continue de chauffer jusqu’à ce que le mélange soit liquéfié ; alors on laisse refroidir, et l’on retire les matras : on trouve une masse compacte , lisse , ayant une belle couleur jaune; on casse celte masse en morceaux, et on la conserve dans des vases fermés.

Il faut avoir soin , lorsqu’on retire ces matras du bain de sable , de les enlever avec précaution ; car , malgré tous les soins qu’on a pu prendre , quelques-uns se cassent pendant l’opération, ou lors du refroidissement.

Voici ce qui se passe pendant l’opération : i°. l’acide carbonique du carbonate se dégage; a0. l’oxigène des trois quarts de l’oxide de potassium se porte sur une partie du soufre , l’acidifie , forme de l’acide sulfurique qui se combine au quart de l’alcali non décomposé. Le potassium réduit à l’état métallique, s’unit au soufre et forme un sulfure de potassium qui n’est pas pur , car il est mêlé à une certaine quantité de sulfate de potasse. ( La même théorie est applicable à la préparation du sulfure de sodium. )

Le sulfure de potasse est d’une couleur rouge, mais cette couleur varie d’intensité dans les sulfures que l’on trouve dans le commerce. Exposé à l’air, il en attire l’humidité, il exhale une odeur des plus désagréables; il passe alors à l’état de sulfite sulfuré , en devenant d’un blanc grisâtre.

i38 SULFURES ALCALINS.

Le sulfure de potassium est employé dans Fart médical , mais à petites doses ; il fait partie d’un sirop. On le fait en trer, à la dose de quelques grains, dans un litre d’eau, pour former une eau hydro-sulfurée propre à combattre les aecidens connus sous le nom de coliques des peintres , et qui sont dus au plomb. Ce sulfure, à haute dose {voir le t. III du Journal de Chimie médicale) ÿe$t un violent poison. Le sulfure de potasse ne doit pas être délivré sans l’ordonnance d’un praticien.

SULFURE DE SOUDE, Sulfure de sodium. Les quantités de carbonate de soude sec et celles du soufre à employer sont les mêmes que celles données pour préparer le sulfure de potasse. L’opération est la même que celle que nous venons de décrire pour la potasse.

Le praticien devrait de préférence, et par esprit national et par raison , employer toujours un sulfure de soude : i°. par esprit national , en ce que la soude est un produit appartenant à notre sol; 20. parce que le carbonate de soude variant peu par son degré de pureté, on est toujours sûr d’avoir un sulfure identique dans sa composition , qui ne peut pas varier de 12 à 2 5 pour 100, comme le sulfure de potasse préparé avec la potasse du commerce.

De la solution des sulfures dans F eau. Le pharmacien est souvent dans la nécessité de dissoudre dans l’eau les sulfures alcalins pour préparer les liqueurs sulfureuses. Dans cette opération , il obtient , de la solution dans l’eau du sulfure préparé à une haute température , des hydro-sulfates mêlés de sulfate de potasse , tandis qu’il n’obtient du sulfure préparé a une douce chaleur qu’un hydro-sulfate mêlé d’un hypo-sulfite de potasse. Quoi qu’il en soit, les deux sulfures, préparés différemment , peuvent servir indistinctement pour obtenir les liqueurs hydro-suif urées destinées pour des bains.

SULFURES MÉTALLIQUES. i 3q

SULFURE D’ANTIMQINE. Le pharmacien ne prépare pas le sulfure d'antimoine ; celui dont il fait usage lui vient par la voie du commerce , sert à préparer la métal , et contient presque toujours de l’arsenic (i). La quantité de ce métal étant quelquefois assez grande pour être nuisible , il doit employer de. préférence le sulfure d’antimoine provenant de la mine exploitée dans le département de l’Ailier, qui, d’après les expériences de MM. Yauqueiin et Sérullas , a été reconnue exempte de ce métal (2). Cependant, comme il est difficile de savoir si le sulfure qu’on achète provient de l’exploitation de cette ; mine , le pharmacien, intéressé à reconnaître la nature de i celui qu’il emploie, en fait l’analyse de la manière suivante :

Après avoir pulvérisé une quantité donnée de sulfure , on le ; grille avec précaution , de manière à l’amener à l’état d’oxide 1 sulfuré gris; on le mêle ensuite avec une quantité égale à son ( pçûds de crème de tartre,, et l’on calcine ce mélange dans un creuset pendant trois heures. De cette opération, il résulte un alliage métallique de potassium, , cT antimoine et d’arsenic, qui, j placé de suite sons l’eau, dans un vase convenable, donne lieu à de l’hydrogène arseniqné , qu’on recueille pour le brûler i dans une cloche. Par sa combustion, ce gaz laisse de l’hyî drure d’arsenic, dont on apprécie la quantité en lavant lu : cloche avec de l’eau distillée , recueillant l’eau de lavage,

[ qu’on évapore à une douce chaleur ; pesant le vase opératoire i lorsque l’eau est volatilisée, le débarrassant de l’hydrure ! d’arsenic par le lavage, et pesant de nouveau le vase : la différence entre les deux pesées donne le poids de l’hydrure l d’arsenic. (A. C. )

SULFURE D’ANTIMOINE HYDRATÉ , Kermès. La prépa-

(i) D’apres des expériences qui nous sont particulières, l’arsenic existe ! dans ce sulfure, i°. à l’état d’oxide que l’on peut dissoudre par l’eau; 2°. à l’état de sulfure que l’on peut extraire par l’ammoniaque.

(u) M. Sérullas a trouvé un autre sulfure d’antimoine naturel exempt, ! d’arsenic.

i4o SULFURES MÉTALLIQUES,

ration du kermès, connue sous le nom de poudre des Chartreux, parce qu’un religieux de cet ordre , le frère Simon , , l’employait à des cures réputées heureuses, fut rendue pu-* blique par l’achat que le Gouvernement fit du mode de préparer ce produit. Quoique Glaubert et Lemery fussent les auteurs de cette découverte, un chirurgien nommé La Ligerie vendit ce secret , qu’il tenait de M. Cliastenay de Landau , à qui un élève de Glaubert l’avait communiqué. Le mode de préparation rendu public par La Ligerie en 1720, était vicieux , mal conçu. Les petites quantités d’alcalis employées donnaient peu de kermès. Toutes ces raisons firent que ce procédé fut abandonné par les praticiens, et qu’on suivit généralement celui présenté à l’Académie des Sciences par Lemery fils , qui revendiqua pour son père la découverte de cette préparation, qu’il décrivit sous un autre nom que celui de kermès, dans son 7 rai té de l’antimoine.

Le procédé de Lemery consistait à mettre en contact 20 parties d’eau , 6 parties de potasse du commerce et le vingtième en poids de cette dernière, de sulfure d’antimoine pulvérisé; à bien agiter le mélange, à filtrer la liqueur bouillante après 8 minutes d’ébullition , enfin à recueillir le précipité , qui se déposait par refroidissement, et à le laver ensuite avec de l’eau, jusqu’à ce que celle-ci eût enlevé toutes les parties solubles qui altéraient sa pureté.

Baumé rapporte un autre procédé au moyen duquel Lemery obtenait le kermès par la voie sèche. Enfin, divers auteurs s’occupèrent successivement de sa préparation, et indiquèrent divers procédés.

Celui de M. Clusel présentant l’avantage de donner un produit léger, d’un brun-pourpre velouté, brillant, toujours beau et d’une nuance égale, nous avons dû le rapporter ici préférablement à tout autre. On prend une partie de sulfure d’antimoine porphyrisé , 22 parties et demie de carbonate de soude cristallisé , 260 parties d’eau qu’011 a fait bouillir pendant quelques minutes , pour chasser l’air qui s’y trouve naturellement. On répand par portions successives , dans l’eau

SULFURES MÉTALLIQUES. i/Ji

contenue dans une chaudière de fer? le mélange de sulfure et de sel , et Ton détermine l’ébullition pendant une demi-heure ou trois quarts d’heure au plus; on filtre, et l’on reçoit la i liqueur dans une terrine échauffée par l’eau bouillante , de manière que la précipitation du kermès , qui s’opère par le refroidissement de la liqueur, se fasse le plus lentement possible (t). On couvre les terrines, on laisse déposer pendant 24 heures, on filtre, on lave le kermès avec de l’eau qui a bouilli , a été filtrée et refroidie à l’abri du contact de l’air. On sèche le kermès dans l’étuve portée à 25° de température ; et quand il est séché et réduit en poudre homogène dans toutes ses parties , on le place dans des flacons de verre bien bouchés, recouverts de papier coloré.

Le carbonate de soude étant constant dans sa composition , est meilleur que le sous-carbonate de potasse , qui varie toujours dans le commerce, soit naturellement, soit par fraude.

M. Fabroni a proposé un nouveau procédé pour obtenir ce produit (2).

Ce procédé, suivant l’auteur, donne un kermès qui l’emporte non-seulement sur tous les résultats fournis par les autres procédés pour la beauté, mais encore pour la quantité. Pour préparer le kermès par la méthode de M. Fabroni , on prend 3 à 4 parties de tartre cru et une partie de sulfure d’antimoine. On porphyrise ce dernier, et on le mêle exactement au sel de tartre qu’011 a pulvérisé. On introduit le mélange dans un creuset, et on l’expose au feu, qu’on pousse jusqu’à ce que le creuset soit rouge, et que le tartre soit tout— à-fait décomposé, ce qu’on reconnaît à ce qu’il ne se dégage plus de fumée. Quand le creuset, mis hors du feu, est refroidi, on en retire la matière , qu’011 pulvérise et qu’on projette dans de l’eau bouillante; 011 filtre, et l’on obtient le kermès, qui se dépose par le refroidissement, et qui a une couleur très in-

(1) Reçue dans de l’eau froide, la liqueur ne donne qu’un kermès de couleur jaune; dans l’eau chaude, la couleur est alle'rée. (Cluzel.)

(2) Giorn.. di Physica, 182^ , page 67.

i4* SULFURES MÉTALLIQUES.

tense. On recueille sur un filtre de papier, on lave avec de > l’eau, et l’on facilite la dessication du filtre (quand il a été" ï\ bien lavé), en l’enveloppant dans du papier non collé. On comprime au moyen d’une presse ; on renouvelle le papier à mesure qu’il s’imbibe, et quand il ne s’humecte plus, on fait dessécher le filtre, et l’on pulvérise le kermès pour le cotiser- ■ ver , comme nous l’avons dit plus haut.

La théorie de la formation du kermès et du soufre doré a été donnée depuis peu par M. Berzélius, qui considère, l°. le kermès comme du sulfure d’antimoine très divisé , correspondant au protoxide d’antimoine; 2°. le soufre doré, comme un sulfure très divisé correspondant au deutoxide d’antimoine, à l’acide antimonieux.

Selon ce chimiste , le sulfure d’antimoine , traité par la solution d’oxide de potassium ou de sodium, se partage en trois parties. La première, réagissant sur les quantités nécessaires de potasse et d’eau , donne lieu à des sous-hydro-sulfates de potasse ou de soude , et à du protoxide d’antimoine ; la seconde se combine avec une portion du protoxide formé, et devient insoluble; la troisième se dissout dans le soushydr o-sulfate ; enfin le protoxide, qui ne s’unit pas au sulfure métallique, entre en combinaison avec l’alcali, d’où il résulte un composé peu soluble, qui ne se dissout point en totalité. On doit donc obtenir en résidu un mélange de ce composé et de sulfure d’antimoine uni au protoxide, et un hydro-sulfate liquide, tenant en dissolution du sulfure d’antimoine à l’aide de la chaleur, en combinaison avec le protoxide.

Si l’on ajoute ensuite un acide dans la liqueur qui a laissé déposer, par le refroidissement, le kermès qu’on a séparé, cet acide décompose l’hydro-sulfate , et le combiné de potasse et d’oxide d’antimoine. Le sulfure, qui restait dissous par l’hyclro-sulfate, se précipite , ainsi qu’une nouvelle quantité formée par l’union de l’oxide d’antimoine avec l’hydrogène sulfuré mis à nu. Mais, comme tout l’hydrogène sulfuré dû à la décomposition de l’eau est dans la liqueur, et qu’on n’y

trouve qu’une partie de protoxide provenant de la même décomposition, en trop petite quantité pour saturer cet acide, une partie s’y trouve en excès et se dégage.

Pour expliquer la formation du soufre doré, il suffit de faire remarquer que, par l’exposition à l’air, l’hydro-sulfale passe à l’état d’hydro-sulfate sulfuré , et que le soufre provenant de l’acide hydro-sulfurique décomposé s’unit au kermès au moment de sa précipitation , donne lieu alors à un sulfure correspondant à l’acide antimonique.

Le plan de notre travail n’est pas de nous étendre davantage sur les travaux de M. Berzélius; nous renvoyons à l’excellent ouvrage de M. Thénard, f édition, tome III, page 4oi ; et aux mémoires de MM. Berzélius et Robiquet , insérés dans le tome XX des Annales de Chimie et de Physique , et LXXXI des Annales de Chimie. (A. C.)

SULFURE D’ANTIMOINE HYDRATÉ, MÊLÉ D’UN EXCÈS DE SOUFRE , Soufre doré d’ antimoine, Ce produit s’obtient du traitement par les acides, des liqueurs alcalines qui ont servi à préparer le kermès. Pour cela, on prend la liqueur d’où l’on a retiré le sulfure d’antimoine hydraté : on y verse , goutte à goutte, de l’acide acétique, jusqu à ce que la liqueur rougisse le papier de tournesol. On recueille sur un filtre le précipité, qui a une couleur jaune-dorée; on le lave jusqu’à ce que l’eau qui en sort n’ait plus de saveur. On laisse égoutter ; on soumet le filtre, placé entre quelques papiers , à la presse , et lorsque l’eau est séparée , on fait sécher , à une chaleur de 25° le soufre doré, qui doit être réduit en poudre , et conservé dans des flacons bouchés en liège et placés à l’abri de la lumière.

MM. Henry et Guibourt ont proposé le procédé suivant pour obtenir le soufre doré d’antimoine. On prend : sulfure d’antimoine porphyrisé,4 kilogrammes (8 livres) ; chaux viye ,

8 kilogrammes ( 16 livres) ; eau, 8o kilogrammes (160 livres); on fait éteindre la chaux avec une partie de l’eau, on la met dans une bassine de fonte, on ajoute le sulfure d’antimoine et le restant de l’eau, et l’on fait bouillir pendant deux heures,

en ayant soin de remplacer Fean qui s’évapore; on laisse reposer , on décante , on filtre au papier gris , on met la liqueur claire dans un lieu aéré , ou sous la hotte d’une cheminée , et l’on y verse en une seule fois, assez d’acide hydro-chlorique pour qu’il y en ait en excès ; on agite avec un tube de verre, et on laisse reposer. On décante la liqueur qui s’est éclaircie , on jette le précipité sur un filtre , on le lave, on l’exprime, et on le fait sécher. On peut de nouveau obtenir du soufre doré en faisant bouillir plusieurs fois le marc avec une nouvelle quantité d’eau , la chaux n’agissant à chaque fois qu’en raison de la quantité d’eau qu’elle trouve pour le dissoudre, et réagir sur le sulfure.

Les auteurs ont recommandé d’ajouter tout l’acide en une seule fois , parce que , si on le versait peu à peu , le précipité obtenu n’aurait pas la belle couleur que doit avoir ce produit.

Des falsifications du kermes. La valeur assez élevée du kermès a suggéré à quelques personnes l’idée d’y mêler quelques substances pour le falsifier : du nombre de ces substances est l’oxide de fer rouge , qui lui donne une pesanteur considérable et une teinte particulière susceptible d’être reconnue à la première vue. Il est facile de s’assurer de la présence de l’oxide de fer dans le kermès, i°. par la calcination , qui amène le kermès à l’état d’oxide gris-jaunâtre, tandis qu’elle laisse voir l’oxide de fer rouge ; i°. en traitant le résidu par l’acide hydrochlorique , qui dissout ces deux oxides métalliques , et donne une dissolution colorée en jaune , qui précipite, par le ferrocyanate de potasse , en bleu , tandis que la dissolution d’antimoine donne un précipité blanc. Cette même dissolution précipite en noir par l’hydro-sulfate de potasse ou de soude , celle d’antimoine étant précipitée en brun-orangé , lorsqu’elle est à

l’état de pureté.

Quelques personnes falsifient ce produit avec des substances de nature végétale ( le bois de santal ), dont la couleur ressemble à celle du kermès. Soumis à la calcination , le mélange donne de l’eau, de l’hydrogène carboné, de l’acide acétique,

produits qu’on n’obtient pas de la calcination du kermès qui n’a pas e'té altéré.

On peut aussi , pour reconnaître la sophistication du kermès, le traiter à chaud par une solution faible de potasse caustique, qui dissout entièrement le kermès sans toucher à l’oxide rouge de fer, ni à la poudre végétale , si l’on s’est servi de cette dernière.

SULFURE DE FER. Ce sulfure étant employé à la préparation de l’eau hydro-sulfurée et des hydro-sulfates, doit être préparé par le pharmacien. Pour faire ce sulfure, on prend 8 parties de fer en limaille et 5 parties de fleur de soufre. On dispose ces deux substances , couche par couche, dans un creuset, qu’on place sur un fromage, dans un fourneau, et autour duquel on met des charbons allumés. On chauffe jusqu’au rouge-cerise, on retire le creuset du feu , et on le laisse refroidir en le tenant couvert. On enlève le sulfure , qu’on pulvérise et qu’on enferme dans un flacon bouché en liège, pour s’en servir au besoin.

On peut encore préparer ce sulfure en faisant d’abord rougir la limaille de fer, projetant le soufre par petites portions en agitant avec un morceau de fer. Lorsque les dernières portions de soufre sont ajoutées, on ferme le creuset, on donne un fort coup de feu, et l’on agit comme dans l’expérience précédente (i).

Le sulfure de fer peut aussi se préparer de la manière suivante. On chauffe les pyrites de fer avec moitié de leur poids de carbonate de soude sec dans un creuset. Il résulte de cette calcination un sulfure double, facile à préparer, qui donne de bons résultats. ( Berthier. )

Un moyen prompt, économique, de préparer le sulfure de fer, est celui indiqué par M. Gay-Lussac.

11 consiste à faire une boudlie avec une partie de soufre ,

(i) Il est pre'ferable de verser le mélangé de limaille de fer et de soufre par portion dans un creuset rougi à la forge. Cette méthode fournit un prodxiit très homogène. ( Lassaigne. )

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