‹ Dictionnaire des drogues simples et composées ou dictionnaire dhístoire naturelle médicale de pharmacologie et de chimie pharmaceutique (volume 2)Chapitre 44 sur 119 · TARENTULE · texte numérisé non relu

TARENTULE

ne diffère de celle-ci que par un plus grand degré de pureté ; car la cassave est un mélange d’amidon, de fibres végétales et de matière extractive , tandis que le tapioka est de l’amidon parfaitement purifié , surtout après qu’on lui a fait subir plusieurs lavages. Cette fécule se rassemble sous forme de grains durs , brillans , assez gros , sans odeur , d’une saveur qui se rapproche de celle de la fève, et ayant beaucoup de ressemblance avec le sagou extrait de la moelle des palmiers ; aussi lui donne-t-on , dans le commerce , le nom de sagou blanc. De même que toutes les autres substances féculentes, le tapioka est nourrissant, et sert à préparer des potages et des bouillies convenables surtout aux convalescens. (G...n.)

TARENTULE. Aranea Tarentula , L. — Iycosa Taren tu la, Latreille ; Guérin, Iconographie du Régné animal , ire livraison. Animal de la classe des Arachnides , confondu par Linné avec les araignées proprement dites , mais placé dans un genre particulier par les entomologistes modernes. La tarentule habite les contrées méridionales de l’Europe, et particulièrement l’extrémité de l’Italie. Elle est longue d’environ un pouce , entièrement noire , avec le dessous de son abdomen rouge et traversé par une bande noire. De tout temps, elle fut célèbre par l’effroi qu’inspirait son prétendu venin , et surtout par le mode de traitement que l’on appliquait aux personnes piquées de cette arachnide. Il serait trop long de mentionner ici le nom des auteurs qui ont parlé de la tarentule et qui l’ont figurée , mais si mal, que l’on croirait que plusieurs en ont exagéré les formes hideuses, afin d’inspirer plus d’horreur de cet animal, et d’accréditer, par ce moyen, les absurdités qu’ils ont débitées sur les propriétés de son venin. Selon les uns, ce venin produit des symptômes qui ressemblent à ceux de certaines fièvres ataxiques ; selon d’autres , il cause seulement quelques taches érysipélateuses, avec quelques crampes légères et des founnillemens. On a donné le nom de tcirentisme à la maladie que le vulgaire croit produite par la morsure de la tarentule. On dit que cette maladie était caractérisée par un désir effréné d’entendre la musique ; qu’elle

T AR TRAIES. 181

était endémique dans la Pouille ; que la musique était le seul moyen de la guérir ; on a même spécifié les airs qui étaient les plus convenables (i) , comme on indique les drogues particulières qui entrent dans la formule d’une potion ; enfin , il n’est sortes d’absurdités qu’on n’ait débitées sur un sujet qui paraissait merveilleux au vulgaire.

Les médecins ont long-temps partagé ces croyances absurdes, mais aujourd’hui il est bien avéré que la tarentule n’est dangereuse que pour les insectes dont elle fait sa nourriture.

TARTAREUX , TARTARIQXJE. V. Acide tartrique , t. Ier, p. 187.

TARTRATES. Les tartrates sont des sels qui résultent de l’union de l’acide tartrique avec les bases. L’acide tartrique peut s’unir en plusieurs proportions avec les bases salifiables , et les tartrates qui en résultent sont remarquables, en ce que, lorsqu’ils sont solubles dans l’eau, ils le deviennent moins par l’addition d’une certaine quantité d’acide, tandis que, lorsqu’ils sont insolubles dans ce liquide, leur solubilité est favorisée par cet excès d’acide, comme cela a lieu pour les autres sels. La plupart de ces sels sont insolubles ou très solubles, en exceptant les tartrates dits alcalins, le tartrate de magnésie, celui de cuivre. La plupart des acides forts troublent la solution des tartrates neutres solubles. Ces acides s’emparent d’une portion de la base , mettent à nu une partie de l’acide tartrique , qui fait passer le sel à l’état de tartrate acide qui se précipite. O11 a profité de ce caractère pour reconnaître les tartrates neutres alcalins en solution. D’après M. Berzélius , les tartrates sont composés de telle manière, que la quantité d’oxigène de la base est à la quantité d’acide dans le rapport de 1 à 8,35 pour les tartrates neutres. MM. Gay-Lussac et Thénard n’ont pas été d’accord avec le chimiste suédois, et ils ont fixé ce rapport comme 1 à 12,14.

Ces sels neutres sont tous , comme les sels végétaux , décom-

(1) Samuel Hafenreffer , prof. d’Ulm, les a notés dans son Traité des maladies de la peau.

î8?. TARTRATES.

posés par Faction de la chaleur, en fournissant les memes produits que ceux qu’on obtient de la décomposition des sels végétaux. Les tartrates acides brûlent avec une odeur particulière , semblable à celle que répand le sucre brûlé , et qui est connue sous le nom d’odeur de caramel ; on obtient en même temps , dans les produits de la décomposition, une petite quantité d’acide pjro-tartrique .

Les tartrates employés dans la Thérapeutique sont assez nombreux : de ce nombre sont les tartrates alcalins , les tartrates de potasse et d’antimoine ( Y émétique ) , le tartrate de mercure, etc. , etc. A chacun de ces sels, nous indiquerons les procédés employés pour les obtenir ; mais nous passerons sous silence ceux de ces sels qui ne sont pas usités. (A. C. ) TARTRATE D’ANTIMOINE ET DE POTASSE. V. Tartrate de potasse et d’antimoive. {Emétique) .

TARTRATE DE MERCURE , P roto- tartrate de mercure. Sel résultant de la combinaison de l’acide tartrique avec le protoxide de mercure. Il se prépare delà manière suivante. On prend, proto-nitrate de mercure, 9.0 grammes (5 gros); on le fait dissoudre dans de l’eau distillée aiguisée d’acide nitrique , 160 grammes ( 5 onces ) , en se servant d’un mortier de verre et d’un pilon de la même substance. Lorsque la solution est opérée, on ajoute peu à peu une solution de tartrate de potasse dissous dans l’eau distillée, et l’on continue d’en ajouter jusqu’à ce que l’addition d’une nouvelle quantité de ce liquide ne détermine plus de précipité. On laisse déposer le précipité (le tartrate de mercure), on le jette sur un filtre, et on le lave à l’eau froide; lorsqu’il est lavé, 011 le met à égoutter , puis à sécher ; lorsqu’il est sec , on l’introduit dans un flacon bien fermé , placé à l’abri de la lumière. Ce sel est blanc, insoluble dans l’eau , décomposable par les alcalis, qui en séparent de l’oxide noir. Chauffé sur un charbon , il se décompose en donnant naissance à des produits semblables à ceux que l’on obtient de la décomposition par le feu des substances végétales , et à du mercure qu’on peut recueillir, soit à Fe'tat de globple , soit à l’état de vapeur ; si l’on reçoit

TARIFATES. *83

cette dernière sur une lame de cuivre, celle-ci est; blanchie.

Ce sel est employé dans l’art médical contre les affections syphilitiques. On le fait entrer dans des sirops , des tablettes , des pilules. On ne doit l’administrer à l’intérieur qu’avec précaution , ce sel étant vénéneux. ( A. C. )

TARTRATE ACIDULE DE POTASSE, Sur - lartrate de potasse , Tartre , Crème de tartre , Sur- lartrate d'oxide de potassium. Ce sel est le résultat de la combinaison de l’acide tartarique avec l’oxide de potassium, dans les proportions de 5^ d’acide tartareux , de 33 de potasse , de 7 d’eau , Thénard , et selon d’autres chimistes, Vauquelin et Boullay, de tartrate de chaux, dans les proportions de 6 à 7 pour 100. Le tartrate acidulé de potasse existe tout formé dans quelques végétaux , et particulièrement dans le suc du raisin , et par conséquent dans le vin (suc fermenté de ces fruits).

Le tartre se rencontre dans le commerce sous deux états : i°. sali par des matières colorantes, et portant les noms de tartre rouge et de tartre blanc , selon qu’il s’e$t déposé dans les tonneaux contenant du vin rouge ou blanc; ?.°. retiré de ces derniers , et ayant subi une solution et une clarification ; il porte alors le nom de crème de tartre, Ce sel est quelquefois employé dans l’état premier où il est fourni par le commerce, c’est-à-dire sali par des matières étrangères; d’autres fois purifié de la manière suivante. On fait dissoudre la quantité voulue de tartre dans de l’eau bouillante , on filtre la solution; lorsqu’elle est filtrée, on la clarifie en ajoutant peu à peu de l’eau chargée d’albumine. Par l’action de la chaleur, l'albumine, en se coagulant, enlève au tartre quelques matières colorantes, et la liqueur est sensiblement décolorée. On filtre, et l’on fait évaporer, puis cristalliser , et l’on recueille les cristaux , qui , lavés à l’eau distillée , sont mis à égoutter, séchés, et renfermés dans des caisses de bois garnies de papier bleu à l’intérieur (1).

(1) Quelques personnes emploient depuis peu la charbon a min al : le tartre purifie par ce moyen est d’une plus grande blancheur.

184 TARTRATËS.

On fait évaporer les eaux-mères , qui de nouveau donnent des cristaux , qu’on traite de la même manière.

Le sur-tartrate de potasse cristallise en prismes quadran— gulaires courts, coupés en biais aux deux extrémités. Sa saveur est acide ; il est peu soluble dans l’eau froide , plus soluble dans l’eau à ioo° , insoluble dans l’alcool. Exposé à l’air , il n’éprouve aucune altération. Placé sur des charbons ardens , ou introduit dans un creuset chauffé , ce sel se décompose , donne naissance à de l’acide pyro - tartrique , aux divers produits qui résultent de la distillation des matières végétales, et laisse pour résidu du sous-carbonate de potasse. Les tartres du commerce pouvant être plus ou moins purs , on les soumet quelquefois à des essais chimiques pour reconnaître leur valeur réelle. M. Pontet de Marseille a proposé , pour apprécier cette valeur , de saturer l’excès d’acide du sur-tartrate de potasse par de la lessive caustique à 6°, et de reconnaître la quantité de lessive employée pour cette saturation , comparativement à celle exigée par de la crème de tartre pure. Cette opération peut avoir une contre-épreuve, qui est la saturation de la potasse , de la crème de tartre obtenue par l’incinération ; mais ce moyen , facile à employer par le pharmacien, nous a paru un peu compliqué pour le fabricant. Il est plus simple de calciner ioo parties de crème de tartre pure , de laver le produit de la calcination , de le filtrer et de le saturer par de l’acide sulfurique à un degré déterminé ( io°, par ex. ), de noter quelles sont les quantités d’acide employées à la saturation de la liqueur de lavage ; à faire ensuite incinérer ioo parties de la crème de tartre qu’on veut essayer; à laverie produit de l’incinération, et saturer la liqueur filtrée avec de l’acide au même degré que celui qui a déjà servi à faire la première opération ; à établir la différence entre les quantités d’acide employées pour les deux saturations. Si la liqueur provenant du lavage des cendres de la crème de tartre pure a absorbé 100 grammes d’acide , et que celle provenant de la crème de tartre essayée n’en ait absorbé que 75, il est reconnu que la crème de tartre essayée

TARTRATES. i85

est, en valeur, à la crème de tartre pure, dans la proportion de 7 5 à 100 , ou de 3 à 4 ? etc.

Ce moyen peut être simplifie'. Pour cela, on modifierait l’instrument de Descroizilies pour l’essai des soudes et potasses, en faisant construire un tube devant contenir la quantité d’acide sulfurique à io° reconnue nécessaire pour saturer la potasse résultant de la combustion de i oo parties de crème de tartre pure. On diviserait ensuite avec soin le tube, ou la partie du tube, en ioo parties égales, et l’on essaierait les eaux de lavage des résidus alcalins des crèmes de tartre, par de l’acide à ce même degré. On obtiendrait de suite des résultats sur la valeur réelle des tartres du commerce (i). On pourrait encore se servir d’un tube* tout fait et bien calibré, marquant d’une trace ineffaçable le point contenant la quantité d’acide exigée pour ioo , divisant ensuite ce tube en ioo parties égales.

Le tartrate acidulé de potasse peut être reconnu, i°. par les solutions de chaux, de strontiane, de baryte, avec lesquelles il forme des précipités ( tartrates ) qui sont décomposables par l’acide sulfurique en donnant de l’acide tar trique , et des sulfates insolubles ; 2°. par la chaleur, qui décompose ces sels en laissant pour résidu de l’oxide de potassium combiné en partie à l’acide carbonique.

Ce sel est employé comme purgatif ; mais son insolubilité est cause qu’on lui substitue la préparation suivante.

SUR -TARTRATE DE POTASSE RENDU SOLUBLE PAR UNE ADDITION D’ACIDE BORIQUE , rartrate-boro-potas— sique , T artro- borate de potasse. La crème de tartre , comme nous l’avons dit précédemment, étant peu soluble, Lassonne fit voir dans un écrit qu’il publia dans les Mémoires de V Académie, 1755, que ce sel pouvait être rendu plus soluble par l’addition d’une partie d’acide borique sur quatre parties de crème de tartre. Lémery, en 1 728, et Lefebvre, la même année, proposèrent l’emploi du sous-borate de soude pour le même

(1) On peut essayer de mémo le tartre rouge et le tartre blant .

î 86 TARTRATES.

objet. Le premier de ces procédés étant encore employé, on prépare ce produit de la manière suivante (1).

On fait dissoudre dans 20 parties d’eau 3o parties d’acide borique ; lorsque la dissolution est opérée , on filtre ; on verse ensuite dans une bassine d’argent, et l’on ajoute peu à peu 210 parties de sur-tartrate de potasse pulvérise , en ayant soin de remuer continuellement le mélange , pour qu’il soit bien homogène dans toutes ses parties. On le fait ensuite dessécher à l’aide de la chaleur jusqu’à ce qu’il puisse être réduit en poudre; alors 011 le triture dans un mortier de marbre, on le passe au tamis de soie , et on le conserve pour l’usage.

Quelques manipulateurs préparent ce produit d’une autre manière. Ils prennent une partie d’acide borique pur , 7 parties de crème de tartre. Lorsque le mélange dans ces proportions est fait , ils le réduisent en poudre , qui est passée au tamis de soie d’abord , et ensuite dans un tamis moins serré, afin que le mélange soit plus homogène. On peut encore traiter ce mélange ainsi divisé par un peu d’eau distillée , faire chauffer, et dessécher comme nous l’avons dit précédemment. s

M. Soubeiran , pharmacien en chef d’un des hôpitaux civils de Paris, a indiqué le procédé suivant, qui ressemble à celui publié par Boilleau ( V. le Journal des Pharmaciens , in-4°> p. 182 ), pour préparer la crème de tartre soluble.

On prend une partie d’acide borique , 4 parties de crème de tartre et 2.4 parties d’eau ; 011 opère la dissolution à l’aide de l’ébullition , et l’on entretient la liqueur bouillante jusqu’à ce qu’elle soit très concentrée. On ménage

(1) Ce procédé est celui du Codex . Il a la plus grande analogie avec celui que M. Mevrac tils a publié dans le Journal de Pharmacie , janvier 1817. Cet auteur assure qu’il faut, dans la préparation de la crème de tartre, au moins un huitième d’acide borique pour que la crème de tartre ait toute la solubilité désirable. Le procédé de M. Meyrac consiste à mêler à 400 parties d’eau 100 parties de crème de tartre et 12 parties d’acide borique, à faire bouillir, ?» filtrer , à faire évaporer, pour obtenir un produit pulvérulent.

TARTRATES. 187

ensuite le feu, et l’on agite le produit jusqu’à ce qu’il soit amené' à l’état sec et cassant. Dans cet état , on essaie par l’eau foide pour reconnaître si le mélange est entièrement soluble dans ce liquide. Si la solution se fait complètement, on termine la dessication à l’étuve , et l’on réduit en poudre le mélange, qu’on conserve convenablement. Si la solution est incomplète , on traite le produit par deux parties d’eau froide, on filtre , et l’on évapore à siccité ; la partie soluble évaporée fournit la crème de tartre soluble ; la partie insoluble restée sur le filtre est du sur-tartrate de potasse. (A. G. )

TARIR ATE DE POTASSE NEUTRE , Sel végétal , Deulotartrate cle potassium. On prépare ce sel de la manière suivante. On fait dissoudre dans de l’eau distillée qu’011 a fait chauffer, du carbonate de potasse pur. Lorsque la solution est faite, on y ajoute peu à peu du sur-tartrate de potasse pulvérisé jusqu’à ce que la saturation du sous-carbonate ait été opérée par l’excès d’acide du sur-tartrate. On sature ensuite par du sous-carbonate de potasse en excès (1), l’excès d’acide qui pouvait exister dans le liquide. On fait bouillir la solution, on la filtre , et 011 la met de nouveau dans la bassine qu’011 a nettoyée. On la fait évaporer, et onia concentre jusqu’à ce qu’elle marque 36° à l’aréomètre. Lorsqu’on est arrivé à ce degré , on arrête l’évaporation, et on laisse déposer la liqueur en prenant des précautions pour la tenir chaude. Lorsque cette liqueur est claire, 011 décante dans des terrines , que l’on porte dans un endroit frais où ces terrines restent en repos. Il s’y forme lentement des cristaux qu’on sépare du liquide ; on les lave avec une très petite quantité d’eau distillée y on les fait sécher , et lorsqu’ils sont secs on les conserve dans des flacons bouchés en liège. Les eaux-mères décolorées^ évaporées au degré convenable , fournissent de nouveau des cristaux. On peut encore obtenir ce sel pour l’usage des officines en agissant de la manière suivante. On fait dissoudre de

(1) Cet excès est ne'cessaire La cristallisation du tartrate de potasse s’opère mieux lorsque la liqueur est alcaline. (Baume.)

iB8 TARTRATES.

la crème de tartre dans l’eau ; on sature par le sous- carbonate de potasse ; on ajoute un peu de charbon , un vingtième; on fait bouillir; on filtre, et l’on fait évaporer à siccité en agitant continuellement , afin d’obtenir le sel à l’état pulvérulent.

Ce qui se passe dans cette opération est facile à expliquer. L’excès d’acide tartareux du sur-tartrate s’unit à l’oxide de potassium du sous -carbonate de soude , en mettant à nu l’acide carbonique, qui se dégage, et formant un tartrate neutre, qu’on fait cristalliser en concentrant la liqueur. Ce sel est composé

de 58, 69 d’acide

et de 4* >3i de base. (Berzélius.)

Il cristallise en prismes rectangulaires à quatre pans aplatis, terminés par des sommets dièdres, lia une saveur amère un peu désagréable ; il est soluble dans l’eau froide, plus soluble dans l’eau bouillante. Exposé à l’action du feu, ce sel se fond, se boursoufle , se charbonne , se décompose en donnant des produits semblables à ceux qu’on obtient des autres sels végétaux , enfin, à du sous -carbonate de potasse.

Comme tous les tartrates solubles , il précipite les solutions de chaux , de baryte , et donne naissance à des tartrates insolubles , qui peuvent être décomposés par l’acide sulfurique , en donnant de l’acide tartrique liquide et un sulfate insoluble.

TARTRATE DE POTASSE ET D’ANTIMOINE , Tartrate de potasse antimoniê , Emétique , Tartre stibié ; Tartre émétique , Deuto- tartrate de potasse et d' antimoine . Ce sel est le résultat de la combinaison de l’acide tartrique avec la potasse et l’oxide d’antimoine , dans les proportions suivantes, selon M. Berzélius ,

Potasse 12,53 ,

Oxide d’antimoine 27,10,

Acide tartrique 53, 20 ,

Eau ....... 7 y 1 y ?

TARTRATES,

et cl’apvès Tomson,

de 46,53 d’acide tartrique ,

36, 81 d’oxide d’antimoine ,

16,66 de potasse.

Sa découverte date du seizième siècle ; c’est à Adrien Mvnsicht qu’on en est redevable; il le fit connaître en i63i , dans le traité qu’il publia sous le nom de Thésaurus chimico-me~ dicus ( 1 ) .

La plupart des chimistes , Lemery , Baron , Bergmann , Lassonne, Macquer, Scheèle , Fourcroy, Baume , Lartigues, Henry, Soubeiran et Philips, s’occupèrent de sa préparation. Bergmann décrivit ses propriétés de telle manière , que la description qu’il en a donnée est encore celle qu’011 pourrait en faire aujourd’hui.

Un grand nombre de procédés ont été mis en usage pour la préparation de l’émétique. Tous ces procédés , qui ont été rapportés par Bergmann , étaient basés sur la saturation de l’excès d’acide du tartrate acidulé de potasse par l’oxide d’antimoine provenant des oxides blancs ou des préparations d’antimoine connues sous les noms de crocus , d'oxide su Ijureux , vitreux , etc. Les divers modes de préparation, suivant Geoffroy, donnaient lieu à des combinés différens. Ce chimiste publia que l’émétique que l’on obtenait par ces procédés divers n’était pas identique , et qu’il contenait depuis un dix -huitième jusqu’à un vingt - cinquième d’oxide d’antimoine.

Plusieurs méthodes sont encore mises en usage pour obtenir ce tartrate ; celles que nous allons décrire sont suivies à l’époque actuelle.

Pi'océdé du Codex. Pour obtenir l’émétique par le procédé

(1) Quelques auteurs ont écrit que Mynsicht avait tire ce procédé du traite de Cornachinus, ayant pour titre Methodus n pulverem , 1620. On peut cependant regarder cette assertion comme hasardée, puisqu’elle n’est fondes que sur des probabilités.

ï9o TARTRATES.

décrit dans le nouveau Codex , on prend 16 parties d’oxide d’antimoine sulfuré vitreux porphvrisé ( verre d’antimoine ) , , ^4 parties de crème de tartre réduite en poudre , et 240 par — lies d’eau de pluie , ou mieux de l’eau distillée. On met d’a-bord les deux poudres dans une bassine de terre ou d’argent (1) , et l’on y ajoute une petite quantité d’eau. On mêle avec une spatule de bois , et quand le mélange est à l’état de pâte bien homogène , on ajoute peu à peu le reste de l’eau. On place ensuite la bassine contenant le tout , sur un fourneau ; on fait bouillir pendant trois quarts d’heure environ , remuant et ajoutant de temps en temps de l’eau bouillante pour remplacer celle qui s’évapore. Lorsque l’ébullition a eu lieu , on laisse refroidir la liqueur , et lorsqu’elle est encore à une température de 3o° à 35°, on filtre. On lave le filtre à l’eau tiède; on réunit toutes les liqueurs, on les fait évaporer jusqu’à ce qu’elles marquent 20°; alors on les laisse refroidir. Ces liqueurs , par refroidissement , laissent déposer des cristaux d’émétique , souvent recouverts d’autres petits cristaux formés d’aiguilles partant d’un centre. Ces cristaux, qui sont du tartrate de chaux , peuvent être séparés de l’émétique cristallisé en octaèdres , au moyen d’une brosse qui , passée sur les cristaux d’émétique , détache les aiguilles sans altérer les cristaux octaédriques (2).

Ce sel , privé de tartrate de chaux , doit être redissous dans de l’eau distillée, et amené par l’évaporation à l’état cristallin. Si les cristaux obtenus n’étaient pas entièrement blancs et purs, on devrait les faire dissoudre de nouveau , et faire évaporer une troisième fois.

On retire des eaux-mères une nouvelle quantité d’émétique, qu’on purifie par le même moyen (3).

(j) Si l’on emploie une bassine d’argent , le métal de ce vase est en partie noirci. Ce changement de couleur est dû h ce qu il y a formation d’une couche d’argent sulfuré.

(2) M. Idt pense qu’on peut enlever le tartrate de chaux à l’aide d’eau aiguisée d’acide hydro-chimique.

(3) Il faut avoir soin de n’employer l’émétique obtenu des eaux-mères que

TARTRATES. 19 ï

Pendant la formation de l’émétique , on remarque plusieurs phénomènes : i°. un dégagement d’acide hydro-sulfurique en petite quantité ; 20. la formation de quelques flocons bruns-marrons ( kermès ) qui restent en suspension dans la liqueur; 3°. la liqueur est colorée en jaune-verdâtre. Évaporée, elle prend souvent un aspect gélatineux. Ces phénomènes ont été expliqués de la manière suivante. Le verre d’antimoine, qui est un mélange de sulfure et de protoxide d’antimoine , etc. , se trouvant en contact avec de l’eau et de la crème de tartre, une partie de l’eau est décomposée. Son oxigène se porte sur le métal du sulfure , le fait passer à l’état de protoxide ; tandis que l’hydrogène réagit sur le soufre , et donne lieu à de l’acide hydro-sulfurique. Cet acide se divise en deux parties : l’une s’unit à un peu d’oxide d’antimoine pour former du kermès ; l’autre se dégage. Le protoxide d’antimoine contenu dans le verre, et une partie de l’oxide qui s’est formé s’unissent à l’excès de la crème de tartre , et donnent naissance à de l’émétique , qui reste en dissolution. Ce sel est mêlé, i°. à un peu cle tartrate de fer, qui colore la liqueur en jaune; 20. à de la silice, qui, dissoute d’abord, redevient libre par l’évaporation d’une partie du liquide , et qui prend l’aspect gélatineux ; 3°. à du tartrate de chaux, qui a été séparé de la crème de tartre (qui en contient toujours ) par le protoxide d’antimoine. Ce dernier sel étant soluble dans l’eau chaude et insoluble dans l’eau froide , se précipite en cristaux aiguillés , qui s’implantent sur les cristaux d’émétique. Les eaux-mères contiennent, en outre, un peu d’arsenic. ( Serullas. )

Ce procédé est aussi employé , avec quelques modifications dans les proportions des substances. Ainsi on prend parties égales de crème de tartre et de verre d’antimoine , au lieu d’employer 16 parties de verre d’antimoine sur 24 de crème

lorsqu’il fcst parfaitement cristallisé. A cet état, il est privé de l’arsenic qui existe dans ces eaux, et qui provient des préparations antimoniales qui servent à l’obtenir.

i92 tartrates.

de tartre ; on agit ensuite comme nous l’avons dit précédemment (i).

Procédé de M. Philips. Ce procédé, que M. Henry fit connaître , a été répété sous ses yeux par un des élèves de la Pharmacie centrale (M. Pitay), qui l’a consigné dans le Journal de Pharmacie. Il consiste à traiter le sous-sulfate d’antimoine par le sur-tartrate de potasse, de la manière suivante. On prend une partie de sous-sulfate d’antimoine et une partie de crème de tartre réduite en poudre, on projette par portions ces deux substances dans dix parties d’eau distillée bouillante. On entretient le liquide à l’état d’ébullition jusqu’à ce qu’il ne soit plus que légèrement troublé par un dépôt grisâtre insoluble, on filtre, et l’on fait rapprocher la liqueur jusqu’à ce qu’elle porte 220. Arrivé à ce point, on retire du feu, et l’on porte à cristalliser. On laisse former les cristaux, ce qui demande au moins douze heures; lorsqu’ils sont formés, on décante l’eau-mère, et l’on sépare les cristaux, qui sont ordinairement blancs.

On fait évaporer l’eau mère , et on la porte au même degré de 22. On remarque que pendant, et surtout vers la fin de l’opération, la liqueur devient trouble. Ce phénomène résulte de la précipitation d’une certaine quantité de sulfate de chaux. On filtre la liqueur encore chaude, et on l’abandonne ensuite, pour en obtenir de nouveau des cristaux.

On reprend l’eau— mère , acide , et on la sature en partie par de la chaux, en ayant soin de laisser cependant dans la liqueur un excès d’acide. Sans cette précaution , on obtiendrait des cristaux impurs et recouverts de sulfate de chaux. On décante

(1) La théorie que nous venons de rapporter avait été regarde'e comme positive; mais elle a été combattue par M. Soubeiran , dans des observations sur la préparation de l’émétique. ( Journal de Pharmacie , octobre 1824.) Il résulte des expériences de ce chimiste que toute la théorie de l’opération se réduit à la saturation de l’excès d’acide tartrique du sur-tartrate de potasse par l’oxide contenu dans le verre d’antimoine , et que la formation de l’hydrogène sulfuré et celle du kermès ne sont que le résultat de Ja décomposition d’une petite quantité de sulfure d’antimoine.

TARTRATES. i93

le précipité qui se forme, on fait évaporer, on filtre, et Ton met à cristalliser de nouveau. On recueille les cristaux , on les lave à l’eau froide, et on les fait sécher.

Si les cristaux obtenus par cette opération n’étaient pas blancs , il faudrait les faire dissoudre dans l’eau pure , filtrer, et concentrer la solution, pour obtenir une nouvelle cristallisation.

M. Pitay a expliqué de la manière suivante la théorie de cette opération : « L’acide sulfurique ayant peu d’affinité pour » le sous-sulfate d’antimoine, ce sel , en contact avec la crème » de tartre, est entièrement décomposé. Son oxide s’unit avec » l’excès d’acide de sur-tartrate de potasse, tandis que l’acide » sulfurique reste en solution dans la liqueur. »

M. Soubeiran, qui a depuis examiné ce qui se passe dans l’opération dont nous venons de parler, pense que cette théorie n’est pas exacte, et il s’appuie sur ce qu’il a reconnu que la liqueur qui résulte de Fébullition de l’eau dans laquelle on a mis de la crème de tartre et du sous-sulfate d’antimoine contient nôii-seulement de l’émétique et de l’acide sulfurique, comme l’avait dit M. Pitay, mais encore de l’acide tartrique et du sulfate de potasse (i). Il établit alors cette théorie :

« En raison de la masse, l’acide sulfurique enlève une partie » de potasse à la crème de tartre ; mais l’acidité de l’acide » tartrique éliminé n’est pas détruite ; il s’oppose par sa pré- >» sence à l’action de l’acide sulfurique , et l’équilibre s’établit » quand la tendance de l’acide sulfurique à s’emparer de la » potasse est contre-balancée par celle de l’acide tartarique » à la retenir. Dans cette manière de voir, qui me paraît être » l’expression de la vérité, la liqueur contiendrait de l’émé- » tique, du sulfate de potasse, de l’acide sulfurique et de l’a- » eide tartrique libres. » Les observations de M. Soubeiran

(i) M. Sètullas ayant démontré que presque tons les sulfures d’antimoine qui se trouvent dans le commerce contiennent de l’arsenic , ce métal, modifié^ doit exister dans les eaux-mères ou dans le résidu qui est resté sur le filtre.

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