ÉTUVE
aussi funeste méprise, occasionée par l’abondance de cette plante vénéneuse, dans les lieux memes où Ton cultive le persil. Son odeur vireuse ét nauséabonde la distingue , il est vrai , de celui-ci, qui exhale une odeur aromatique et agréable ; mais quelquefois on ne s’aperçoit pas assez tôt de cette différence. Il convient donc de faire connaître d’une manière comparative les caractères botaniques de ces plantes. La tige de la petite ciguë est dressée , rameuse , cylindrique , légèrement striée , glauque , rougeâtre inférieurement, portant des feuilles trois fois divisées, et dont les folioles sont étroites, aiguës, incisées, d’un vert foncé. Dans le persil, la tige est cannelée et verte ; les folioles sont larges, partagées en trois lobes presque cunéiformes et dentés. Les fleurs de la petite ciguë sont blanches, disposées en ombelles terminales , composées d’environ une vingtaine de rayons, ceux de la circonférence plus longs; elles n’ont point d’involucre général , mais à la base de chaque ombelle partielle on trouve un involucelle de quatre à cinq folioles linéaires , réfléchies et pendantes d’un seul côté. Le fruit est globuleux , un peu comprimé, d’un vert foncé, offrant sur chacune de ses moitiés cinq côtes saillantes et arrondies. Les fleurs du persil sont d’un jaune verdâtre, accompagnées d’un involucre général à six ou huit folioles, et les fruits sont ovoïdes, un peu allon-x gés, marqués de lignes longitudinales à peine visibles.
La petite ciguë a été ainsi nommée à cause de ses propriétés délétères, analogues à celles de la ciguë maculée. Elle n’a point d’usage en Médecine. (A. R.)
ÉTUVE. On a donné le nom d’étuve à une pièce plus ou moins grande , et dans laquelle on se propose d’élever la température de l’air, afin de dessécher diverses substances. Les étuves doivent recevoir l’air extérieur échauffé , et permettre à cet air de sortir lorsqu’il est devenu humide aux dépens de l’eau enlevée aux substances soumises à la dessication. On accélère ou l’on diminue la sortie de l’air humide en s’aidant de registres qu’on tient ouverts ou fermés.
Une étuve facile à construire est celle dont le fourneau est situé à la partie inférieure. Son ouverture est au dehors; la cheminée
EUCALY PT US RE S IN ITERA . 467
du fourneau, qui est en fonte , s’engage à moitié dans le mur formant le fond de l’étuve. La partie supérieure du fourneau. construit en fonte, forme une espèce de boîte où l’air arrive du dehors , s’échauffe , et passe dans l’étuve , à l’aide de tubes de tôle qui montent dans l’intérieur ; par des registres pratiqués sur l’une des parois, on permet à volonté l’entrée ou la sortie de l’air humide. Une fenêtre pratiquée dans cette étuve est garnie de doubles carreaux , qui sont posés de manière à ce qu’il y ait un intervalle d’un pouce de l’un à l’autre carreau. La porte de l’étuve , située au-dessus de l’ouverture du fourneau , doit être bien close. Les parois intérieures doivent être garnies de tringles en fer, destinées à supporter des claies d’osier sur lesquelles les substances à dessécher doivent être placées. Dans les figures qui paraîtront avec le dernier volume, nous donnerons un dessin qui pourra indiquer la construction de cette étuve.
Divers autres modèles d’étuves ont été donnés , et quelques pharmaciens ont profité avec raison de la chaleur qui peut s’échapper du fond d’une cheminée , de celle d’un tuyau de poêle, etc., et ils ont construit des étuves en utilisant ainsi de la chaleur qui aurait pu être perdue. (A. C.)
EUCALYPTUS RESINIFERA. Arbre de la famille des Myrtacées, indigène de la Nouvelle-Hollande, et qui fournit un suc concret, astringent, très analogue au kîrw, avec lequel il a été confondu par la plupart des pharmacologistes. Ce suc paraît découler de l’arbre lui-même , et se dessécher sur le tronc, à la manière des gommes. Celui que M. Lesson, naturaliste à bord de la Coquille , a rapporté, est en masse poreuse, luisante et presque noire en quelques parties , terne et rougeâtre en d’autres , et iî a une certaine ressemblance avec les scories de houille et de fer, que l’on nomme vulgairement mâche- fer. Il contient beaucoup d’impuretés, et surtout de débris ligneux dont on peut le débarrasser par la solution dans l’eau , et la filtration. Il s’attache aux dents, se pulvérise difficilement, et donne une poudre d’un rouge brun , moins astringente que celle du véritable kino. F. ce mot. (A. R.)
EUPATOIRE. Eupatorium. Genre de plantes de la famille des Synanthérées-Corymbifères, renfermant un nombre très considérable d’espèces indigènes des contrées chaudes de l’Amérique, à l’exception d’une seule qui se trouve en Europe. Quelques-unes de ces plantes ont joui d’une certaine réputation médicale.
L’Eupatoire d’ Avicenne, Eupatorium cannabinum , L. (la seule espèce européenne) , était autrefois employée dans plusieurs maladies. Sa racine blanchâtre et fibreuse paraît être un purgatif assez fort ; ses feuilles et sa tige , douées de qualités amères et légèrement aromatiques , passaient pour détersives et apéritives. Cette belle plante s’élève à plus d’un mètre ; elle a des feuilles opposées, sessiles, à trois ou cinq folioles, lancéolées et dentées , presque semblables à celles du chanvre. Les fleurs sont d’un rouge vineux , et forment des corymbes très denses à l’extrémité des ramifications de la tige.
Parmi les espèces exotiques , nous citerons particulièrement I’Aya-pana {Eupatorium Aya-pana , Ventenat), plante herbacée, remarquable par l’odeur de fève Tonka qu’exhalent ses feuilles desséchées , et qui a été vantée comme une espèce de panacée universelle. (V . Aya-pana). C’est encore à ce genre , ou à un genre formé à ses dépens, qu’appartient le Guaco ( Eupatorium s atureiœ folium , Larnck. Mikania Guaco , Willd.), plante célèbre chez les peuples de la république de Colombie , comme spécifique contre la morsure des reptiles venimeux. y. Guaco. Dans l’Amérique septentrionale, Y Eupatorium perfoliatum 7 L. , est un fébrifuge usité. Le docteur Anderson, de New-Yorck , dit avoir obtenu de grands succès de ses feuilles prises en infusion , en poudre ou en teinture alcoolique. Les anciens donnaient le nom d 'Eupatoire à d’autres plantes de la même famille. Leur Eupatoire de mesué est YAchillea Agératum , L., espèce du genre Millefeuille. V. ce mot. (A. R.)
EUPHORBE. Euphorbia. Ce genre de plantes, type de la famille des Euphorbiacées , se compose de plus de trois cents espèces, toutes remarquables par l’âcreté extrêmed’un suc lai-
leux qui découle de leurs différentes parties lorsqu’on y fait une incision. Dans toutes ces plantes , les fleurs offrent une oi> ganisation fort singulière dont nous exposerons les principaux traits à l’article Euphorbiacées. ( V. ce mot.) Nous ne traiterons pas ici collectivement de toutes les espèces d’euphorbes qui fournissent des produits utiles à la Médecine, ces espèces étant connues sous des noms spéciaux et généralement admis. V. particulièrement les motsÉpuRGE, Esulé , Réveille-matin, Tithymal. C’est encore au genre Eupliorbia qu’appartient une plante herbacée de l’Amérique septentrionale , où on l’emploie fréquemment comme émétique : elle a reçu le nom d’jE\ Ipe cacuanha , L. — Rich. Bot. méd., I, p. 208. Nous consacrerons uniquement cet article à l’étude de la substance goininorésineuse employée dans les officines , sous le nom d’Euphorbe (Euphorbium) .
Plusieurs sous-arbrisseaux produisent cette substance. Ceux qui en fournissent le plus abondamment sont les Eupborbia of/icinarum , canariensîs et antiquorum. Ce sont des plantes grasses qui, par leur port, ont la plus grande ressemblance avec les cierges ou Cactus, c’est-à-dire qui possèdent des tiges nues, articulées, anguleuses, divisées en rameaux également articulés et munis sur les angles d’épines géminées. La première espèce croît non-seulement dans l’Afrique septentrionale , mais encore dans la partie australe de cette vaste partie du monde ; la seconde , comme son nom l’indique , dans les îles Canaries, et sur la côte ouest d’Afrique ; enfin , la troisième est indigène de l’Arabie et de l’Inde orientale. Le sue laiteux et corrosif de ces plantes découle au moyen des incisions qu’on pratique sur les tiges. Il s’arrête surtout à la base des épines, s’y dessèche sous forme de larmes irrégulières, jaunâtres ou rousses extérieurement, blanches à l’intérieur, un peu friables, ordinairement perforées d’un ou deux trous coniques qui se rejoignent par la base, et dans lesquels on retrouve souvent lès épines de la plante. L’Euphorbe est inodore ; sa saveur d’abord presque insensible, devient bientôt brûlante et d’une âereté corrosive.
On a classé pendant long-temps cette substance parmi les gommes-résines; mais l’analyse chimique n’y ayant pas démontré la présence de la gomme , c’est à une autre classe de produits des végétaux qu’il faut la rapporter (i). La résine qu’elle contient est insoluble dans les alcalis caustiques, et une quantité notable de cire semble y tenir la place de la gomme. Le suc concret de l’euphorbe est donc une matière assez compliquée en principes immédiats , ainsi qu’il résulte des analyses suivantes ;
Braconnot (2).
M. Pelletier (3)
Résine .......
Cire
Malate de chaux. .
de potasse.
Matière ligneuse. .
Matière ligneuse et
bassorine. »
Eau et huile volatile 5,o. .
Perte .......
En jetant les yeux sur ces résultats, on voit que , s’ils s’accordent sur la nature des élémens , ils diffèrent beaucoup par les proportions de ceux-ci. L’analyse de M. Pelletier ayant été faite postérieurement au travail de M. Braconnot, doit être considérée comme la plus rigoureuse , parce qu’il a pu rectifier, par un meilleur procédé, les erreurs numériques de son devant cier. La résine est d’une extrême âcreté, et se dissout dans l’ai-» cool. Exposée au feu, elle se fond, se charbonne avec bour-» soufflement, et répand en brûlant une fumée agréable,
(1) Le suc d’une espèce très commune dans nos contrées ( Euphorbia Cyparissias ) ayant été' soumis à une analyse soignée parM. Brandes, a offert une composition analogue à celle de l’euphorbe des boutiques. Ce chimiste, adoptant l’idée de Kastner , regarde l’euphorbe comme une résine cireuse saline.
(2) Annales de Chimie, v. LXVIII, p. 44-
(3) Bulletin de Pharmacie, v. IV, p. 5o3.
EUPHORBE. 47î
accompagnée d'une flamme vive. Nous sommes fondés à croire que l’huile volatile, quoique peu odorante, est aussi un des principes éminemment actifs de l’euphorbe.
Appliquée sur la peau, cette matière produit une prompte vésication : à plus forte raison détermine-t— elle une violente irritation par son contact avec les membranes muqueuses. Le pharmacien qui la réduit en poudre doit donc avoir le plus grand soin, pendant cette préparation, de se garantir les narines, les yeux et la bouche , au moyen d’un tissu dont les mailles soient très serrées. Son ingestion dans le tube digestif cause les plus violentes douleurs, des vomissemens fréquens,une ardeur excessive dans le gosier, des sueurs froides , et une foule de symptômes effrayans , qui se terminent par la mort. M. Orfila, après plusieurs expériences tentées sur des chiens , pense que ce poison âcre détermine une phlegmasie locale très intense, qui réagit ensuite sympathiquement sur le système nerveux , dans lequel il apporte le plus grand trouble ; mais il croit qu’il n’agit pas par voie d’absorption. En effet, l’application de 2 gros d’euphorbe sur le tissu cellulaire de la cuisse d’un gros chien, a déterminé une inflammation locale des parties adjacentes , laquelle a suffi pour causer la mort , sans que les intestins et les poumons aient été lésés. L’euphorbe, à cause de ses propriétés excessivement irritantes, doit être rejeté de la classe des médicamens internes. Les anciens en faisaient usage comme sternutatoire ; ils osaient même l’administrer à l’intérieur, pour chasser au dehors les humeurs peccantes , et prétendaient en avoir obtenu de bons effets dans les hydropisies, l’ictère, les fièvres intermittentes , etc. On ne l’emploie plus sous ce rapport, mais on le fait entrer dans la préparation de certaines compositions épispastiques, telles que l’onguent vésicatoire et la pommade dite de Grandjean. C’est surtout la Médecine vétérinaire qui en fait une assez grande consommation. Les anciens chirurgiens ont recommandé l’application de la poudre d’euphorbe sur les ulcères atoniques , pour y développer une stimulation favorable à leur cicatrisation, et pour détruire les chairs fongueuses qui s’élèvent à leur surface. Enfin, on l’a employé avec
472 EÜPHORBIACÉES.
plus ou moins de succès, dans différens cas de carie ou de nécrose, pour faciliter la séparation des parties mortes.
EÜPHORBIACÉES. Euphorbiaceœ. Famille de plantes dicotylédones, à fleurs unisexuées, pourvues d'un calice ou périantlie tantôt coloré, pétalo'ide, tantôt vert ou bractéiforme, quelquefois nul. Chaque fleur mâle n’a ordinairement qu’un petit nombre d’étamines ,* dont les filets sont souvent articulés vers leur milieu. Si ce nombre paraît considérable dans la plupart des Eupliorbiacées ( à l’exception toutefois du ricin et de quelques autres genres), c’est qu’on prend pour une seule fleur ce qui est l’agglomération de plusieurs ; telles sont celles des euphorbes proprement dits, où les fleurs , dites polyandres, sont un amas de fleurs mâles, au centre desquelles s’élève une fleur femelle pédicellée. Le fruit est capsulaire , ordinairement à deux ou trois coques, dans les Eupliorbiacées de nos climats; mais plus souvent à un plus grand nombre de coques dans les Eupliorbiacées exotiques. Le nom de Tricoccœ, imposé d’abord par Linné à cette famille, n’est donc pas exact , puisqu’il ne convient qu’à un petit nombre de genres, et que d’ailleurs le fruit de quelques Eupliorbiacées n’est pas composé de véritables coques. On se formerait une idée fausse de la structure générale de la famille des Eupliorbiacées par celle du genre Euphorbia qui lui a donné son nom : c’est le plus anomal de tous ceux qui la composent, et celui où l’organisation est voilée par une foule d’avortemens et de soudures naturelles.
Le port des Eupliorbiacées est extrêmement variable. Dans nos climats, ce sont en général des plantes herbacées ou à peine sous-frutescentes; mais dans les contrées chaudes, on trouve un grand nombre d’Euphorbiacées arborescentes. Toutes sont remarquables par le suc laiteux qui s’écoule de leurs divers organes lorsqu’on y fait une incision. Ce suc propre est en général d’une extrême âcreté ; c’est lui qui détermine les propriétés actives de la plupart des plantes de cette famille.
Le nombre des Eupliorbiacées est assez considérable . M . Adrien
EXCIPIENT. 473
de Jussieu, dans son excellente thèse sur cette famille (1) , porte le nombre des espèces à environ io5o, c’est-à-dire à environ un quarante - deuxième des plantes phanéroganes connues Parmi les Euphorbiacées usitées en Médecine , ou qui fournissent aux arts et à l’économie domestique des produits inte'ressans, nous insisterons particulièrement dans le cours de cet ouvrage sur les diverses espèces d’Euphorbes , la mercuriale , le buis, la cassave ou manioc, le ricin , la cascarille, le tournesol , le mancénillier, le caoutchouc, etc. V. ces mots. (A. R.)
EUPHRAISE OFFICINALE. Euphrasia officinalis , L. — llich. Bot. méd. , t. I, p. 238. (Famille des Scrophularinées. Didynamie Angiospermie, L.) Cette petite plante croît en abondance sur les pelouses et dans les bois de toute l’Europe. Sa tige grêle et rameuse, haute de 4 à 8 pouces , porte des feuilles sessiles, ovales, arrondies, légèrement pubescentes , dentées sur leurs bords. Les fleurs sont sessiles et solitaires dans les aisselles des feuilles supérieures, et leur ensemble forme un épi grêle. La corolle de ces fleurs est blanche ou rosée, marquée d’une tache jaunâtre ; elle est divisée en deux lèvres, la supérieure légèrement bifide, l’inférieure à trois lobes presque égaux , carrés et écliancrés.
Cette plante a une saveur amère , un peu astringente , et une odeur extrêmement faible , pour ne pas dire nulle. D’après cette absence de qualités physiques, on pourrait déjà dire, sans témérité , que les propriétés médicales de l’eupliraise doivent être peu énergiques; il est donc difficile de concevoir ce qui lui a valu une réputation si fastueuse chez les anciens , qui l’ont vantée dans une foule de maladies, et principalement contre les maladies des yeux. L’eau distillée de cette plante était surtout employée dans les collyres astringens, mais on ne fait plus usage de ce véhicule inodore. (A. R.)
EXCÆCARIA AGALLOCHA. V. Bois d’Aloès.
EXCIPIENT. On donne le nom d’excipient à la substance
(0 De Euphorbiacearurn generibus , inedicis earumdem viribus , Tentamen; Paris , 1824-
474 EXTRACTIF.
qui , dans la préparation d’un médicament, sert à dissoudre, à incorporer d’autres produits et à leur donner la forme ou la consistance convenable. Il doit être approprié à cet usage. On lui donne aussi le nom de menstrue, à’ intermède , et quand il est liquide, celui de véhicule. (A. C.)
EXOGENES. Far opposition au terme d’ Endogènes , qui désigne les végétaux dont l’accroissement s’opère par l’addition de fibres disséminées sans ordre apparent dans l’intérieur des tiges , M. De Candolle a nommé Exogènes les plantes qui croissent au moyen de fibres disposées circulairement autour d’une moelle centrale , et qui forment ainsi des couches qui , chaque année, se placent à l’extérieur. Cette classe correspond entièrement à celle qui , en raison de la structure de l’embryon, a reçu le nom de Dicotylédones. V ~ ce mot.
EXOSTEMMA. Nom générique de plusieurs arbres de la famille des Rubiacées , dont les écorces ont été employées comme succédanées des quinquinas. Le genre Exostemma est voisin du Cinchonaf avec lequel les naturalistes l’ont confondu, dans l’origine ; il ne s’en distingue que par ses étamines saillantes hors du tube de la corolle. Les quinquinas piton et caraïbe sont fournis par des Exostemma. V. Quinquina.
EXTRACTIF. Fourcrov ayant cru reconnaître que tous les extraits avaient pour base un principe commun, il le désigna sous le nom à’ extractif , et il lui assigna diverses propriétés distinctives: i°. la solubilité dans l’eau; 2°. la propriété de colorer ce liquide en brun rougeâtre , plus ou moins foncé ; 3°. celle de teindre en brunies divers tissus qui ont été alunés; 4°. de s’oxige'ner par son contact avec l’air, et de devenir insoluble (i); 5°. de fournir de l’ammoniaque lorsqu’on le soumet à Faction de la chaleur.
( i) M. Vauquelin a reconnu que ie précipité' qui se forme par l'évaporation ii Fait libre de quelques extraits était une combinaison de tannin avec l’al- Jbumine,
L’extractif, examiné avec plus de soin par divers chimistes, a été reconnu pour un corps composé, dont les propriétés dérivaient tantôt de l’un ou de l’autre de ses élémens. Il est maintenant considéré comme un être imaginaire. (A. C.)
EXTRAITS. On donne le nom d’extrait (i) au produit obtenu d’une substance végétale ou animale , à l’aide d’un véhicule approprié à sa nature, et amené ensuite, à l’aide de l’évaporation, en consistance sèche ou en consistance pilulaire. Les extraits , comme l’indique cette définition, se trouvent dans les officines, sous deux états principaux : tantôt ils sont assez mous pour céder à la pression sous le doigt ; ils peuvent alors se réduire en pilules ; tantôt ils sont assez durs pour pouvoir être mis en poudre. Ces derniers portaient, d’après Lagaraye, le nom impropre de sels essentiels. L’extrait obtenu à l’aide d’un véhicule approprié à sa nature , est formé de la plupart des principes solubles du corps dont il provient ; il en résulte que les substances qui en font partie sont plus ou moins nombreuses , ce qui est démontré par les analyses qu’on a faites d’un grand nombre d’extraits. Les produits dont on ob tient les extraits étant différens les uns des autres , il faut nécessairement que le véhicule à mettre en usage , que le mode d’opérer , que les altérations qui se manifestent , soient variés. Afin de procéder avec ordre , nous suivrons la marche que nous avons indiquée dans le Manuel du pharmacien , en examinant : i°. quels sont les véhicules à employer, quels sont les moyens les plus propres à aider leur action dissolvante ; 2°. comment l’évaporation du liquide doit être faite; 3°. quels sont les règles générales à suivre pour la préparation des extraits ; 4°- quels sont les altérations que ces médicamens éprouvent , et comment on doit les conserver; 5°. dans quel ordre on doit classer ces médicamens.
(i) On a aussi donne le nom de Rob , de Sape, et de Defrutum , à des extraits préparés avec le suc des fruits. Le rob provient de l’évaporation en consistance de miel, du suc non fermenté d’un fruit. Le sapa est le suc de raisin amené à la meme consistance. Le défrutum est le suc de raisin réduit h une consistance moindre et encore liquide,
476 extraits:
Des véhicules et des modes dé opérer . Les véhicules employés pour obtenir les extraits sont, pour les plantes fraîches, l’eau de végétation qui tient en solution les principes solubles ; l’eau pure, l’alcool plus ou moins concentré , le vin , pour les substances sèches. Il est nécessaire que l’eau soit pure; car elle apporterait dans ces préparations des sels en plus ou moins grande quantité, d’après le sol où elle aurait pu être puisée (i). Le vin doit être généreux; il n’est pas utile qu’il soit très fortement coloré. L’alcool doit être plus ou moins concentré, selon la nature de la substance qu’on traite et de l’extrait que l’on veut obtenir.
On facilite l’action dissolvante de plusieurs manières: i°. par macération , c’est-à-dire en laissant en contact la substance avec le véhicule à la température ordinaire ; i°. par digestion , en maintenant le véhicule à une température un peu élevée ; 3°. par infusion , en versant le liquide bouillant sur les substances, et prolongeant suffisamment leur contact; en se servant du filtre-presse de Réal, en employant l’eau aidée d’une forte pression (2); 5°. de la décoction, qui consiste à faire bouillir le liquide avec les substances. Ce dernier mode de préparation doit , autant que possible, ne pas être employé : les extraits obtenus par ce moyen ont perdu de leurs caractères physiques et de leurs propriétés médicales. On peut prendre pour exemple les extraits de ciguë , ceux de genièvre et de jusquiame. M. Orûla a établi, d’une manière exacte que l’extrait de ciguë préparé par décoction , pouvait être pris impunément à haute dose, tandis que celui préparé à une moindre température avait, à la dose de quelques grains, une action bien marquée» Des essais que nous avons tentés sur l’extrait de jusquiame
(1) L’eau de pluie recueillie avec soin est convenable pour obtenir ces préparations.
(•2) Ce mode est un des plus convenables pour l’extraction des principes contenus dans les subsiances végétales ; aussi s’en sert-on pour faire une préparation de café qui jouit d’une réputation bien méritée, d’après le dire des, gourmets.
nous ont donné les mêmes résultats. L’extrait de genièvre, préparé par décoction, a un aspect grumelé , une saveur âcre , une couleur rouge foncée , tandis que celui par macération est d’une belle couleur jaune , son aspect est lisse et uni, et sa saveur est sucrée. M. Orfila a conclu de nombreuses expériences, qu’il a faites avec le soin et l’habileté qu’on lui connaît, que la vertu de ces médicamens est en raison inverse de la température employée pour les obtenir. D’autres raisons militent encore contre l’emploi de la décoction. Si des motifs d’économie pouvaient déterminer un pharmacien à faire le choix d’un mode de manipulation, pour cette raison il n’emploierait pas la décoction. A cet effet , nous en appellerons à l’expérience , et nous citerons les racines de gentiane , de patience, etc., qui donnent plus d’extrait par infusion que par décoction; celle de rhubarbe, qui, traitée par l’un et l’autre procédé, fournit les mêmes quantités d’extraits, mais dont l’un, celui obtenu par infusion, est plus homogène, moins mue ilagineux , plus soluble dans l’eau et plus actif que celui obtenu par décoction; dans ce cas , le mucilage masque en partie les propriétés actives de l’extrait obtenu. Il est d’autres substances (nous prendrons pour exemple le quinquina) qui donnent par infusion un peu moins d’extrait que par décoction; mais l’extrait obtenu par infusion est d’une belle couleur rouge ; il est plus homogène , plus soluble dans l’eau; les potions dans lesquelles on le fait entrer sont moins troubles que celles qui contiennent l’extrait provenant du decoctum , qui est grumelé et d’une couleur plus foncée. Si l’on met ces deux extraits en contact avec des proportions égales d’eau, on retire à peu près la même quantité de matière soluble , et , d’après les observations de M. Henry, la plus grande partie, obtenue par décoction , consiste en matière colorante insoluble , dans laquelle on ne peut faire résider la propriété fébrifuge du quinquina. M. Guibourt a vu que lorsqu’on traite une racine sèche par infusion ( exemple , la racine de Ralanhia ) , le suc seul de la racine se dissout sans entraîner l’amidon ni le ligneux ; qu’il n’en est pas de même lorsqu’on se sert de la dé-
coction; que dans ce cas l'amidon se combine avec la matière astringente, forme un composé qui, étant insoluble dans Feau froide, se dissout dans Feau bouillante, et se mêle aux principes qui font partie de l’extrait, en augmentant le poids sans en augmenter l’efficacité. Il résulte de ces faits, que si la décoction change les caractères physiques, anéantit en partie les propriétés médicales des extraits , sans en fournir une plus grande quantité , on ne doit pas l’employer pour obtenir ces médicamens ; on se bornera donc à se servir, i°. de l’expression, pour obtenir le suc des substances fraîches ; 2°. de l’infusion et de la macération , pour obtenir les principes contenus dans les substances sèches ; 3°. de la digestion , pour épuiser les substances résineuses.
Du mode d'évaporation. Divers véhicules étant employés pour obtenir les principes solubles des végétaux ou des animaux, il est nécessaire, pour les convertir en extrait, de soustraire la plus grande partie de ce véhicule employé. On y parvient de diverses manières : i°. à l’aide de la machine pneumatique; 2°. à Fétuve; 3°. au bain-marie.
L’évaporation à l’aide de la machine pneumatique s’opère de la manière suivante : on distribue le suc non dépuré ou le produit résultant de l’infusion ou de la macération dans des capsules de porcelaine à fond plat ; on place ces capsules sur le plateau de la machine pneumatique, à côté d’autres vases contenant de l’acide sulfurique concentré ou d’autres composés trèsdéliquescens (le nitrate de chaux, le chlorure de calcium) ; on recouvre ces vases avec une cloche dont la partie inférieure est garnie de suif, et l’on fait le vide. Une partie de Feau, tenant en solution les diverses substances, se réduit à l’état de vapeurs qui sont absorbées par l’acide ou par les substances déliquescentes. L’eau absorbée est remplacée par une nouvelle quantité de vapeurs, qui sont de nouveau absorbées. L’opération se continue ainsi. L’évaporation étant terminée , on retire l’extrait, que l’on conserve dans un flacon fermé exactement, afin de le garantir de l’humidité dont il est avide. Les extraits obtenus par ce moyeu ont une énergie bien plus grande que
ceux obtenus par tout autre procédé d’évaporation ; mais la difficulté d’opérer sur de grandes quantités rend cet emploi très difficile (i).
L’évaporation à l’étuve consiste à placer les liquides sur des vases de faïence ou de porcelaine, à fond plat, et à maintenir la température de ce lieu à 4° ou 5o°. Lorsque l’extrait est en consistance convenable , on l’enlève et on le conserve dans des vases bien clos. Ce moyen peut s’employer surtout lorsqu’on veut préparer des extraits selon la méthode de Stork, c’està-dire en y laissant la chlorophylle : ces extraits, selon divers auteurs, jouissent d’une action bien plus grande que ceux qui ne contiennent pas ce principe.
L’évaporation au bain-marie se fait de deux manières. La première consiste à faire plonger le vase évaporatoire dans l’eau bouillante; dans ce cas, le liquide contenu dans ce vase ne reçoit la chaleur que par l’intermède de l’eau bouillante , et la température, qui ne s’élève pas au-dessus de ioo degrés, donne lieu à l’évaporation du véhicule, sans que les substances qui sont en dissolution soient altérées, comme cela arriverait, si le vase évaporatoire était chauffé à feu nu. La grande quantité de combustible exigée par ce mode d’opérer, et l’inconvénient qui peut résulter si l’on oublie de remplacer l’eau qui s’évapore , a donné l’idée à M. Henry d’employer la vapeur pour obtenir la concentration des liquides et leur réduction en extraits.
Ce mode d’agir présente plusieurs avantages : i°. on peut, avec moins de combustible , faire évaporer de plus grandes masses de véhiculç; 2°. l’évaporation se fait à une chaleur qui n’est pas capable de faire éprouver d’altération aux substances dissoutes ; 3°. on peut recueillir de l’eau distillée , qui sert dans diverses opérations chimiques et pharmaceutiques. Deux appareils destinés à faire évaporer les véhicules tenant en solution diverses substances, et à les amener à l’état d’extraits, ont
(i) Il serait cependant possible d'établir, à l’aide de la vapeur , des appareils en grand , propres à faire le vide.
48o EXTRAITS.
été décrits. Le premier, dû à M. Henry, chef de la Pharmacie centrale, consiste en une chaudière couverte, dans laquelle on fait bouillir de l’eau; de cette chaudière la vapeur est dirigée dans des vases évaporatoires qui communiquent entre eux à Laide de tubes métalliques. Chacun de ces vases a la forme d’une bassine de cuivre , à laquelle est soudée une capsule d’étain large et peu profonde , dans laquelle on met le liquide à évaporer. La vapeur d’eau développée à l’aide de combustible placé sous la chaudière , circule entre les capsules, les enveloppe, leur cède son calorique, repasse en partie à l’état d’eau, qui s’écoule par un robinet placé au fond de chaque vase. Au dernier vase est adapté un tube recourbé, plongeant dans de l’eau froide, qui oppose une pression légère au dégagement de la vapeur qui ne s’est pas condensée. Pour obtenir l’extrait , on distribue le véhicule dans trois ou quatre capsules; on laisse évaporer: lorsqu’il est assez réduit, on réunit le tout dans une seule capsule , et l’on agite pour accélérer l’évaporation. O11 peut nettoyer les autres capsules , et s’en servir pour procéder cà la préparation d’un autre extrait. La chaleur qui est communiquée aux capsules a été déterminée : la plus voisine de la chaudière est chauffée à 920 ; la quatrième à 57°. Si l’on voulait donner à la vapeur, et par suite au liquide qu’elle échauffe, une température plus élevée, il faudrait lui faire subir une pression plus forte. C’est sur cette modification qu’est établi l’appareil de M. Pelletier, qui consiste en une petite chaudière à vapeur, à basse ou moyenne pression , suivant la force des poids ou de la vis qui maintient la soupape. La vapeur circule autour des capsules destinées à l’évaporation, en conservant la pression sous laquelle elle s’est formée : de sorte que ses effets sont infiniment plus puissans que lorsque la vapeur est libre. Enfin, après s’être mise en contact avec le double fond de chaque capsule , la vapeur s’échappe à la dernière , en soulevant une soupape , dont la force de résistance est moindre que celle de la soupape de la chaudière. Cette soupape devient soupape de sûreté. Par précaution, un obturateur en métal fusible de D’Arcet, modifié, est place sur l’un des points du couvercle delà chaudière.
Règles générales à observer lors de la préparation des extraits. i°. Les substances dont on veut obtenir l’extrait doivent être choisies pures et n’ayant subi aucune altération. La portion d’extrait qu’on obtient est plus considérable, et l’extrait est beaucoup plus actif. 20. Si l’extrait doit être préparé avec des substances végétales fraîches , on doit , autant que possible , en extraire le suc sans ajouter d’eau : celle-ci étant en moindre quantité , l’extrait reste moins long-temps exposé à l’action de la chaleur. 3°. Si l’extrait doit être préparé avec des substances sèches, il ne faut pas, pour dissoudre les principes solubles, mettre en usage la décoction , mais l’infusion , la macération ou la digestion. 4°- On doit épuiser entièrement la substance des principes solubles , et n’employer pour cela que la quantité de véhicule nécessaire. 5°. Lorsqu’on clarifie les liqueurs destinées à subir l’évaporation , on se sert du filtre pour les produits de la macération , de la digestion et de l’infusion ; de la coagulation , pour 'les sucs des plantes ; enfin de la fermentation, pour les sucs des fruits. 6°. On doit employer l’eau pure, afin de ne pas introduire de sels étrangers dans l’extrait. 70. O11 se sert , pour faire évaporer les liquides , ou de l’intermède de l’eau ( le bain-marie) ou de celui de la vapeur. 8°. On continue l’évaporation jusqu’à ce que l’extrait soit en consistance convenable, c’est-à-dire jusqu’à ce que ce produit chaud, frappé avec la paume de la main , n’y adhère pas , ou qu’étendu sur du papier, il ne le pénètre pas d’humidité.
Des altérations qu éprouvent les extraits, et des soins qu'on doit jjrendre pour les conserver. Les extraits conservent rarement la consistance qu’on leur donne au moment de leur pré— c paration : les uns deviennent plus mous, d’autres se solidifient, t On a observé que ceux obtenus des sucs des végétaux se rais mollissent et se détériorent, en offrant des moisissures. Cet t effet est attribué à la présence , dans cet extrait, de sels déli— j quescens qui attirent l’humidité de l’air, et qui lui donnent q une moindre consistance. On peut prendre pour exemple l’ex- 1 trait de bourrache préparé avec Je suc de la plante ; cet extrait j acquiert avec le temps de la fluidité : il n’en est pas de même de