‹ Dictionnaire des drogues simples et composées ou dictionnaire dhístoire naturelle médicale de pharmacologie et de chimie pharmaceutiqueChapitre 177 sur 193 · Tome IL · texte numérisé non relu

Tome IL

FUMETERRE. Fumaria officinalis, L. — Ricli. Bot. méd. p, 656. (Famille des Fumariace'es , De Candolle. Diadelphie Hexandrie , L.) Cette plante est fort commune dans les lieux cultivés de toute l’Europe, et particulièrement dans les vignes et les jardins. Sa tige est herbacée, rameuse , couchée, glabre anguleuse et glauque. Ses feuilles sont alternes, bipinnées, à folioles écartées , découpées en lobes étroits et pointus. Les fleurs , de couleur purpurine , forment un épi long et lâche ; leur corolle est très irrégulière, composée de quatre pétales inégaux, le supérieur, qui est le plus grand, terminé inférieurement par un éperon obtus , court et courbé. Le fruit est un akène ovoïde et glabre.

La fumeterre est douée d'une amertume très intense, mélangée d’une certaine quantité de mucilage. On la regardait autrefois comme un remède éminemment dépuratif ; aujourd’hui ce n’est plus qu’une herbe tonique , qui s'emploie encore très fréquemment dans les affections scorbutiques et les éruptions chroniques de la peau. Toute la plante et mise en usage. On en exprime le suc, que l’on administre à la dose d’une à quatre onces, soit seul , soit combiné avec le suc d'autres plantes amères et odorantes, comme le pissenlit, le cresson, le cerfeuil, etc. On le fait épaissir en consistance d’extrait qui est souvent usité pour servir d’excipient à certaines substances en poudre douées d’une action plus énergique. Quelquefois , en hiver, on se sert de la décoction de fumeterre desséchée ; on en prend une poignée pour environ deux livres d’eau. La fumeterre entre dans la composition du vin antiscorbutique , du sirop de chicorée composé et de l’alcool général. Elle sert encore à préparer un sirop qui jouit des mêmes propriétés que celles de la plante.

Dans le midi de la France, où croissent plusieurs autres espèces de fumeterre , telles que les F. capreolata et spicata, on substitue .ces plantes à la fumeterre officinale ; elles en possèdent les propriétés. (A. R.)

FUMIGATION. On a donné le nom de fumigation à l’application de divers corps réduits en vapeurs , sur le corps ou sur

quelques-unes de ses parties, dans le but d’en tirer un effet thérapeutique qui varie selon la nature de la substance amenée à l’état gazeux. La vapeur d’eau , celle qu’on obtient des décoctions des plantes de la famille des Malvacées ( la mauve , la guimauve, etc.), sont employées comme fumigations émollientes. Les vapeurs qui s’élèvent des décoctions de plantes aromatiques, celles obtenues de l’alcool , des teintures alcooliques de l’éther , et des teintures éthérées , sont regardées comme excitantes. Les fumigations faites avec l’acide sulfureux sont administrées contre la galle , les dartres , et d’autres maladies cutanées. L’appareil qui sert à administrer les fumigations sulfureuses consiste en une boîte dans laquelle le malade, dépouillé de ses vêtemens, est placé sur un siège au-dessus duquel est une ouverture destinée à laisser passer la tête ; on entoure le col de serviettes , pour que la vapeur sulfureuse ne puisse s’échapper par cette issue , ou bien on adapte à cette ouverture un capuchon de peau qui se fixe sur la tête au moyen de brides et d’une serviette , de manière à ne laisser dehors que la face. Le malade étant placé, on allume le soufre que l’on place de manière à ce qu’il puisse recevoir de l’air en assez grande quantité pour être converti en acide sulfureux : cet acide ainsi formé, remplit la capacité de la boîte, et il est en partie absorbé par les pores de la peau. Après que le malade est resté un certain temps dans la boîte ( de demi-heure à une heure et demie , selon la disposition du sujet ) , on le fait sortir de la boîte , on l’essuie , et on le fait habiller (i). On administre de la même manière , et dans les maladies syphilitiques , des fumigations dites mercurielles , qui consistent a tenir le malade en contact avec le sulfure de mercure réduit en vapeurs ; la dose de ce produit vaporisé est de 8 à 32 grammes ( 2 gros à 1 once ) . Le même appareil est aussi usité pour administrer des fumigations aqueuses dites bains de vapeurs : pour cela on

(1) L’endroit où le malade s’habille doit être chauffé de 12° h i5° cen- ; tigrades.

5g6 FUMIGATIONS.

fait arriver dans la boîte , à l’aide d’une cornue ou d’un alambic , des vapeurs d’eau en assez grande quantité pour que le malade soit entouré de ces vapeurs ; on élève plus ou moins la température en faisant passer dans la caisse (i) une plus ou moins grande quantité d’eau. Des détails sur les boîtes fumigatoires et sur leur construction ont été donnés dans des ouvrages publiés sur le traitement de la galle (?.). (A. C.)

Fumigations désinfectantes. On se sert du mot fumige r pour désigner une opération qui consiste à répandre dans un lieu infecté , une vapeur ou un gaz jouissant de la propriété de détruire ou de masquer les miasmes délétères que ce lieu renferme. On s’est aussi servi du mot fumigation pour désigner la même opération. Les fumigations employées dans ce cas doivent être divisées en deux sections : les fumigations faites avec des substances aromatiques , et les fumigations faites avec les acides et d’autres gaz. Les premières, connues des anciens, consistent à faire brûler dans un lieu où l’air est vicié , des substances aromatiques qui masquent l’odeur méphitique qui s’y est développée. Cette pratique, quoique vicieuse, s’est conservée, et de nos jours on fait brûler dans des lieux infectés , différentes substances , telles que les baies de genièvre , le benj oin , le café , la cascarille , l’encens , des pastilles ou des clous odoriférans , le santal citrin , le sucre , le vinaigre, etc. ; mais le but que l’on se propose n’est pas rempli , les miasmes masqués par les vapeurs qui s’exhalent de ces produits ne sont pas détruits, et les vapeurs ajoutées rendent l’air encore plus mal sain. Les secondes, appliquées plus récemment, atteignent le but que l’on s’est proposé; elles restituent à l’air sa pureté en détruisant les miasmes délétères qu’il renfermait et qui pouvait avoir une action morbide sur l’économie

(i) L’appareil employé peut varier par sa construction. J’ai pu faire prendre à des gens peu aisés, ces bains ordinairement très coûteux, en me servant d’un tonneau dans lequel le malade assis sur une ehaise recevait la vapeur que j’y faisais arriver par un trou pratiqué à la hauteur convenable.

(g) Voir l’ouvrage de M. Galès et le mémoire de M. d’Arcet,

animale. Ces fumigations se font : i°. avec le chlore prépare' avec l’acide hydro-chlorique et l’oxide de manganèse; 2°, avec le même gaz retiré du chlorure de chaux ou de soude par l’acide sulfurique; 3°. par le même corps séparé du chlorure de chaux ou de soude par l’acide carbonique contenu dans l’air qui le met à nu ; 4°< par l’acide liydro-chlorique gazeux obtenu du sel marin par l’acide sulfurique; 5°. par l’acide nitrique gazeux retiré du nitrate de potasse à l’aide de l’acide sulfurique ; 6°. par l’acide sulfureux obtenu de la combustion du soufre.

Fumigations avec le gaz chlore. Ces fumigations se font de la manière suivante : on prend muriate de soude réduit en poudre, 320 grammes ( io onces); oxide noir de manganèse, 64 grammes ( 2 onces ) ; eau commune, 25o grammes ( 8 onces ) (1). On met le tout dans une capsule de terre ou de porcelaine ; on y ajoute ensuite par petites portions, en ayant soin de remuer chaque fois, acide sulfurique, 25o grammes ( 8 onces ) ; on place la terrine sur un fourneau , et on ferme les portes et les fenêtres de la salle ou de l’appartement, et l’on n’y rentre qu’après 12 heures. Pendant ce temps, le chlore dégagé détruit les miasmes contenus dans l’air ; il anéantit aussi ceux qui auraient pu se condenser sur les parois de la pièce que l’on, désinfecte.

On peut aussi faire la même fumigation en employant , au lieu du mélange indiqué, les substances suivantes : oxide manganèse, 64 grammes ( 2 onces ) ; acide hydro-chlorique du commerce concentré , 1 44 grammes ( 4 onces et demie ) ; plaçant ces deux substances dans une terrine, et mettant celle-ci dans le lieu à purifier, et sur un fourneau allumé, fermant ene suite les portes et les fenêtres et ne les ouvrant qu’au bout de deux heures.

On se procure encore le chlore en versant sur le chlorure de chaux ou sur celui de soude , de l’acide sulfurique , laissant le

(1) La quantité indiquée ici a été donnée pour une pièce de 65 metret» ( iq5 pieds ) de long, sur 1.3 mètres ( 3q pieds) de large.

5q8 FUMIGATIONS.

chlore gazeux dégagé en contact avec l’air vicié pendant le même espace de temps. Au bout de 12 heures, on ouvre les portes et les fenêtres, afin de renouveler l’air. O11 doit avoir soin, lorsque l’on fait ces fumigations, de ne pas respirer le gaz qui se dégage; il affecte vivement les organes respiratoires, et donne lieu à des accidens plus ou moins graves. On doit aussi avoir soin de ne pas laisser dans les lieux oii l’on fait ces fumigations, des cadres dorés , des tissus colorés , des ouvrages d’acier ou de fer : tous ces produits et beaucoup d’autres pourraient être altérés par leur contact avec le chlore.

Fumigations avec le chlore dégagé par l’exposition du chi/drure de chaux a l’action de l’air. Le chlorure de chaux solide ou liquide, exposé à l’action de l’air, laisse dégager du chlore ; on a profité de cette propriété pour obtenir des fumigations lentes , mais qui n’ont pas l’inconvénient de rendre malade les personnes chargées de les faire. Ces fumigations se font de la manière suivante : on place dans une assiette ou dans un vase quelconque, du chlorure de chaux solide ou liquide , et l’on place ce vase dans les lieux où s’exhalent des vapeurs méphitiques. Le chlorure étant en partie décomposé , le chlore qui s’en dégage se mêle à l’air et décompose les gaz putrides qui altéraient sa pureté. La décomposition du chlorure étant très lente , ces fumigations faites avec une demi-livre de chlorure sec, peuvent durer un mois et plus. Si l’on emploie le chlorure liquide , le procédé consiste à arroser les planches ou les parois des habitations où l’air est vicié, avec une solution faible de chlorure de chaux ou de chlorure de soude. Cette méthode de fumiger, qui avait été prescrite par Masuyer , est maintenant bien connue. Les travaux de M. Labarraque , pharmacien de Paris , ont fait connaître les bons résultats que l’on peut en tirer, et ces applica— cations ont mérité à ce savant des récompenses et une distinction honorable. ( V. Chlorure de chaux. )

Les fumigations faites comme nous venons de le dire peuvent être pratiquées dans un appartement , sans que l’on ait besoin de déranger les meubles, comme il est nécessaire de le faire

lorsque l’on emploie le chlorure gazeux dégagé à l’aide des

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acides « . > . \

Fumigations avec l’acide hydro-chlorique. Ces fumigations

s’obtiennent de la même manière que celle de chlore par les acides. On emploie, au lieu d’un mélange de sel, d’oxide de manganèse et d’acide sulfurique, le mélange suivant : sel marin, 32 gram. ( i once ); acide sulfurique à 66°, 4$ gram.

( i once et demie ) , et l’on agit comme lorsque l’on se sert du chlore gazeux obtenu par les acides. Quelques praticiens regardent ces préparations comme très efficaces ( Yicq Dazir ) (i).

Fumigations avec l’acide nitrique , Fumigations smi— thiennes . Elles diffèrent des précédentes en ce que le gaz employé comme désinfectant est le gaz acide nitrique dégagé du nitrate de potasse par l’acide sulfurique. On les prépare avec les substances suivantes : acide sulfurique à 66°, 64 grammes ( 2 onces ) ; eau pure , 32 grammes ( 1 once ) ; nitrate de potasse pur , 64 grammes ( 2 onces ) . On met l’acide dans une capsule de porcelaine, on y ajoute l’eau, on place le vase sur un bain de sable chaud , on projette dans le liquide et par petites portions, le nitrate de potasse que l’on a eu soin de réduire en poudre. Ce sel est décomposé ; l’acide nitrique réduit à l’état de gaz se répand dans l’air qu’il désinfecte. Des expériences faites par MM. Menzies et Smith ont prouvé l’efficacité de ces fumigations, et l’emploi de cet acide à l’état de vapeur a fait cesser la maladie contagieuse qui, en Angleterre, régnait à bord de plusieurs bâtimens, Y Union, la Revel, et le Ravelsan. ( Annales de Chimie, t. XXXIX et XLYI. )

Fumigations sulfureuses. Elles se préparent en faisant brûler , dans une chambre , du soufre qui passe à l’état d’acide sulfureux se mêle à l’air et le prive des gaz délétères ; elles sont peu employées , et leur efficacité a été mise en doute ;

(1) De ces fumigations ont été pratiquées, h Dijon, dans des caves s( craies et dans les prisons; à Gènes, dans f cgi use Saint-André ; elles sont

sépul-

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tées eu Espagne.

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