Tome II
ou moins propres par leur état de division à fournir le principe gélatineux (1).
L’emploi des acides pour amollir les os et pour en séparer les substances salines a été signalé par plusieurs chimistes. Fougeroux , Bayen , Charlard , Duhamel , en travaillant sur les os , Stahl , Hérissant , en s’occupant de l’examen des parties osseuses des écrevissses , reconnurent qu’011 pouvait ramollir ces substances au moyen des acides; mais l’application utile de ce mode d’agir est due à M. D’Arcet , qui, par une suite d’expériences, parvint à faire d’un objet scientifique une opération manufacturière. Dans la demande d’un brevet d’invention, qu’il obtint en 1810, il démontra que la gélatine extraite des os pouvait servira la nourriture de l’homme. L’essai qu’on en fit justifia cette assertion. Le procédé pour obtenir cette gélatine alimentaire est le suivant. On prend les os débarrassés de la matière grasse ; on les lave à l’eau froide , pour les priver de matières étrangères par lesquelles ils pourraient être salis ; on les met à égoutter; on les porte ensuite dans des baquets placés à l’ombre ; on les immerge avec un liquide acide , préparé avec acide hydro-chlorique du commerce , à 220 Baume', ï partie ; eau commune , 4 parties (2}. On a soin que la température du lieu où sont placés les baquets ne soit pas trop élevée , et l’on a soin que l’opération aille de manière à ce que le phosphate et le carbonate de chaux soient dissous , sans que la gélatine soit altérée. Quand le degré de l’acide faible est bien déterminé et que la température du lieu n’est pas trop élevée , au bout de dix jours, les os sont suffisamment privés des sels, et la
(1) D’après plusieurs chimistes, la colle d’os a moins de force d’adhérencequeles colles fortes blondes , colle forte façon anglaise ou façon de Giv£t. Ou l’emploie cependant avec succès dans les arts.
(2') M. D’Arcet céda son brevet, que l’on exploita d’abord avec le plus grand succès; mais la négligence appoitée parla suite dans la préparation de la gélatine des os, lui fit perdre de sa réputation et de sa valeur. Le mélange acide doit marquer 6®.
gélatine séparée se présente sous forme d’une substance molle. On enlève la solution , et on la remplace par un poids égal à celui des os traités d’un liquide acide à i°; on laisse réagir pendans vingt-quatre heures. La solution acide qui était restée dans les interstices de la matière animale est remplacée par de l’eau acidulée à i°; et comme la pesanteur spécifique de cette solution est plus considérable, elle gagne le fond des baquets : du phosphate de chaux qui avait échappé à Faction de l’acide, est dissous. On soutire de nouveau la solution acide ; on met ensuite les os en contact avec de l’eau , qui sert à séparer le reste de la solution acide. On réitère les lavages, et si l’on peut profiter d’un courant d’eau, on soumet les os, dans des paniers, à Faction de ce courant, qui les prive plus promptement du liquide acide qu’ils pourraient, retenir. Si le lieu où l’on opère était peu fourni d’eau, et qu’on fût forcé de ménager ce liquide, on pourrait, à l’aide d’un peu de sous-carbonate de soude, saturer l’acide liydro-chlorique et former un sel qui, étant en très petite quantité dans la gélatine, ne pourrait nuire lorsqu’on s’en servirait pour préparer des substances alimentaires (i).La gélatine étant séparée, on la fait sécher, et on la conserve pour s’en servir au besoin.
On fait entrer la gélatine dans la confection des bouillons ou des gelées. On agit de la manière suivante. On commence par laver ce produit ; on le met tremper clans l’eau pendant six à liuit heures dans les temps chauds , et dix à quinze heures dans les temps froids. On renouvelle Feau à plusieurs reprises ; on lave encore au moment de s’en servir, puis on le met dans Feau avec ou sans viande, selon l’usage qu’on veut en faire. En se servant d’une marmite à soupape , on peut élever la température de Feau , et obtenir plus promptement la solution de la gélatine. Si l’on emploie de la viande salée pour obtenir du
L’acide hydro-cldorique employé à la préparation de la gélatine uoit être exempt de mauvaise odeur. Cette odeur se communique à la gélatine pré» parce avec cet acide.
Cio 8 GÉLATINE.
bouillon , on doit faire à part la solution de gélatine pour la mêler au bouillon , la présence du sel marin en assez grande quantité rendant la solution plus difficile.
La gélatine, d’après M. D’Areet, a été employée à préparer des bouillons, que la Société Philantropique a fait distribuer aux incligens. La recette donnée par ce savant est la suivante.
Viande . 6 kilogrammes (12 livres).
Gélatine brute sèche . . . 2 kilog. 25décag. (4 livres 8 onces)
Sel marin 2 kilog. (4 livres)
Légumes et assaisonnement 8 à 10 kilog. (16 à 20 livres)
Eau 100 kilog. (5o litres).
Le prix total de ces substances , évalué à 21 francs 5 o cent. , fournit 192 rations de bouillon, qui reviennent à 8 centimes chacune , si l’on fait déduction de 4 francs pour la valeur de la viande bouillie.
La quantité de gélatine à employer pour remplacer la viande, est de 20 grammes (5 gros) pour chaque livre de viande en moins, et dans les bouillons aux herbes et aux légumes de 20 à 82 grammes (de 5 gros à 1 once) pour chaque litre d’eau.
La gélatine obtenue à l’état de plaques, ou la colle forte, est employée dans la composition de la peinture dite en détrempe / les menuisiers , les ébénistes, l’emploient pour coller et maintenir l’assemblage de diverses pièces de bois. Les fabricant de papier la mettent en usage pour coller le papier. Elle est aussi usitée dans quelques fabriques de chapeaux, et dans d’autres ateliers. Elle entre dans la composition des bains gélalatineux. La gélatine séparée des os à l’aide de l’acide hydro— chlorique, peut être employée comme aliment. Son application à la nourriture de l’homme est due à M. ü’Arcet, ainsi que le constatent des écrits de ce chimiste , qui datent de 1810. Cette découverte lui fut contestée par des savans qui 11’avaient pas eu connaissance de ses travaux. A une époque plus récente, M. Masuyer et M. Gimbernat, savant espagnol , firent aussi
l'application de ce principe comme aliment (1). La gélatine a été recommandée, par M. A. Seguin, comme propre à combattre les fièvres continues, quotidiennes, de langueur, tierces , doubles tierces et quartes ; quoiqu’un grand nombre d’expériences aient fourni, d’après les mémoires de l’auteur (2), les résultats les plus avantageux , ce mode de traitement n’est pas usité.
La gélatine est introduite dans les bains, â des doses qui varient d’après les ordonnances des praticiens. Avant de l’introduire dans le liquide destiné à baigner le malade, on la fait fondre dans une certaine quantité d’eau, on se servant de la chaleur et quelquefois d’une marmite à soupape ( marmite autoclave).
Des détails sur la fabrication des colles fortes et des gélatines peuvent être consultés avec fruit dans le Dictionnaire technologique. Ces détails ne peuvent faire partie du Dictionnaire des Drogues , cet ouvrage n’ayant pas pour but de faire connaître les produits qui doivent être employés dans les arts, mais ceux qui sont mis en usage dans la Thérapeutique.
GELÉE. On a donné le nom de gelée à des médicamens qu’on obtient par la réaction de l’eau bouillante sur diverses substances végétales ou animales. Ces produits , qui sont d’abord liquides, prennent par refroidissement une demi-solidité et une consistance tremblante . Cette consistance est due à la dissolution dans l’eau de la matière gélatineuse des végétaux ou des animaux. Les gelées sont liquides à chaud, solides à froid ; solubles dans l’eau chaude , insolubles dans l’eau froide; leur saveur agréable flatte le goût du malade , et les fait souvent employer comme aliment. Ces produits offrent les principes médicamenteux sous un petit volume, et comme
(1) La gélatine des os fût proposée comme une ressource précieuse , lors du blocus de Strasbourg, en 181 4 *
(2) Annales de Chimie, t XC1I, p. 121. Société philomatique, an XII, p, 216.
63 o ' GELÉE.
ils sont masqués par des substances agréables, ils produisent ordinairemént un grand effet, en épargnant au malade la répugnance que ne font que trop souven t éprouver la plupart des médicamens. Les gelées peuvent être divisées en deux classes : la première comprend celles obtenues avec les substances végétales; la seconde renferme celles provenant de produits des animaux. Les premières sont douces au toucher, ne dégagent par la fermentation ni azote ni ammoniaque; elles peuvent, lorsqu’elles sont bien faites, se conserver l’espace d’un an, et même davantage. Les secondes sont rudes au toucher; elles sont peu susceptibles d’être conservées ; elles fournissent lors de leur décomposition, ou encore par l’analyse, del’azote et des produits ammoniacaux. Les règles suivantes doivent être observées lors de la préparation de ces médicamens : i°. on ne doit pas prendre les fruits qui sont trop mûrs , la gélatine, lors de la maturation complète, n’existant plus dans ces fruits en aussi grande quantité qu’avant cette époque ; 2°. on ne doit employer que la quantité de sucre nécessaire pour absorber rhumidité qui tient la gélatine en solution ; 3°. on doit faire cuire promptement les gelées ; par le contact prolongé du feu, l’acide du fruit réagit sur la gélatine, la dénature en partie ; le produit devient moins acide , et d’une consistance moindre ; 4°* lorsqu’on est forcé de clarifier les gelées, on doit augmenter la dose des substances, afin de remplacer la quantité de gélatine qui a été enlevée dans l’acte de la clarification ; 5°. il faut employer pour la préparation de ces produits, des vases d’argent ou des vases de cuivre bien éîamés.
Gelée de Coings. On prend les fruits avant leur parfaite maturité, on les essuie avec un linge rude, pour leur enlever le duvet cotonneux qui les recouvre; on les coupe longitudinalement; on sépare la partie moyenne qui renferme les pépins; à mesure que le fruit est coupé, on le jette dans l’eau froide, pour l’empêcher de se colorer. Lorsque tous les coings sont coupés , on les fait bouillir dans de l’eau jusqu’à ce qu’ils soient ramollis ; on passe ensuite à travers un linge sans exprimer. On fait avec le sucre un sirop simple qu’on clarifie à l’aide
du blanc d’œuf; on fait cuirê au petit cassé; on retire la bassine du feu ; on ajoute le decoctum de coings , et par une ébullition très rapide, on amène en consistance de gelée ; on essaie sur une assiette froide et propre , pour reconnaître si l’on a atteint le degré de cuisson. Les quantités de coings, d’eau et de sucre sont les suivantes : coings séparés des semences , 2 kilog. (4 livres) ; eau, 3 kilogrammes (6 livres) ; sucre, 3 kilogrammes (6 livres). La gelée obtenue parce procédé conserve la couleur et l’odeur du fruit. ( Le Codex indique les proportions suivantes : coings 3 parties; eau, 5 parties; sucre, 2 parties. ) La gelée de coings est astringente ; on l’ordonne contre les diarrhées.
Gelée de corne de cerf , Gelée animale. On prend la corne de cerf râpée (1) et lavée à l’eau chaude ; on la fait bouillir dans un vase couvert pendant plusieurs heures et à petit feu. Lorsque le produit liquide est assez visqueux pour coller les doigts qui en sont imprégnés , et que le résidu non dissous est friable , on j uge que l’opération est assez avancée ; 011 fait évaporer le decoctum, on le passe ; on bat dans un poêlon un blanc d’œuf avec un peu d’eau: lorsqu’il est bien battu, on y ajoute le sucre en poudre, qui doit faire partie de la gelée. Le tout étant bien mêlé, on ajoute en agitant sans cesse , le decoctum un peu refroidi ; on porte ensuite sur le feu, et lorsque le liquide bout, on verse à l’endroit même où. s’élève le bouillon, le suc exprimé d’un citron. La liqueur se sépare en deux parties: l’une, solide, est formée de l’albumine qui , en se coagulant, s’empare des substances qui troublaient la liqueur ; l’autre, liquide et claire, est la gelée tenue en solution par l’eau à l’aide de la chaleur. On passe alors à travers un linge fin , et l’on coule dans un pot où l’on a mis un peu d’eau de cannelle et de vin d’Espagne, destinés à aromatiser la gelée. Les doses cà employer pour obtenir 128 grammes ( 4 onces ) de gelée sont les suivantes :
(1) A l’article Çornedecerf, page 200, nous avons dit que la véritable corne de cerf est grise, et que le produit vendu sous le nom de corne de cerf blanche provient d< s os. On doit employer la corne de cerf grise .
63 a GELÉE.
corne de cerf , 64 grammes (2 onces); sucre, 82 grâm. (ionce); eau, quantité suffisante; eau de cannelle et vin d’Espagne, de chaque , une cuillerée à café. On peut employer d’autres produits pour fournir l’arome ; exemple: Eeau de fleurs d’oranger,, le zeste d’orange ou de citron, la vanille, etc. On prépare de la même manière des gelées avec les parties animales chargées de gélatine.
Gelée de groseilles. Ce produit, employé plus souvent encore comme produit alimentaire que comme médicament, s’obtient de plusieurs manières. i°. En prenant les groseilles un peu avant leur complète maturité , les privant des rafles et les plaçant dans une bassine , et chauffant sans les écraser : le suc s’en sépare ; on le coule à travers un tamis , pour le priver des semences et des enveloppes. Le suc étant passé, on le met dans une bassine évasée ; on ajoute moitié du poids du suc de sucre concassé (1) ; on laisse un quart d’heure en contact ; on porte sur le feu ; on fait évaporer à gros bouillons. Il faut que Févappration soit terminée en un quart d’heure ; un plus long espace de temps donne lieu à la destruction d’une partie de la gelée et à sa coloration. L’action que la chaleur fait éprouver à la gelée de groseilles est bien connue des confiseurs : aussi la plupart de ces fabricans évaporent leur gelée par petites portions, en se servant en même temps de bassines présentant une grande surface. Si l’on veut encore accélérer la concentration, on peut ajouter à la demi-partie de sucre employée pour une de suc, un quart de sucre en plus (trois quarts) ; mais la gelée est plus sucrée , et si elle est conservée long-temps , elle offre des cristaux de candi.
2°. On prépare aussi la gelée en prenant les groseilles , les inondant des rafles , les plaçant dans une bassine avec le sucre , et chauffant : le suc des groseilles exsude des grains, et sert à
(t) Le sucre blanc est le plus convenable pour que la gelée ait un aspect agréable et une belle couleur; les sucres colorés , en apportant une nuance jaune, donnent lieu à une modification de la couleur qui tire quelquefois sur k brun.
fondre le sucre. Lorsqu’il est fondu, on jette sur un tamis , et l’on fait évaporer jusqu'à ce que la gelée soit assez concentrée, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’une petite portion de gelée mise sur une assiette, prenne, en se refroidissant , la consistance tremblante ; on coule alors dans des pots.
3°. Le moyen le plus simple , selon nous , consiste à enfermer les groseilles dans un linge, à les exprimer à la main pour en tirer le suc. Lorsqu’on l’a obtenu par expression , on le pèse, et par livre de suc, on ajoute i5 onces de sucre. On facilite la solution en agitant ; on chauffe un instant, on coule dans les pots. Lorsque la gelée est prise, on recouvre la surface de papier trempé dans l’esprit-de-vin , et l’on ferme le vase avec du papier. La gelée de groseilles est conseillée comme rafraîchissante.
Gelée de lichen d’islande. (Procédé du Codex.) On prend lichen d’Islande , 6zf grammes (2 onces) ; sucre blanc , 1 28 gram . (4 onces) ; ichtyocolle , 4 grammes (1 gros) ; eau , quantité suffisante. On fait bouillir légèrement le lichen dans un vase de terre. On jette les premières décoctions, si la matière amère est jugée inutile (ou bien encore , on fait macérer le lichen dans une eau légèrement alcaline , on le lave ensuite). O11 fait bouillir une seconde et une troisième fois le lichen ; 011 ajoute aux décoctions la colle de poisson qu’on a fait dissoudre à part; on mêle le sucre; on passe la liqueur; on clarifie, et l’oji fait évaporer jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que 25o grammes (8 onces). On peut , pour rendre cette gelée plus agréable , la corder sur une substance aromatique, des zestes de citron , d’orange, etc. On la porte ensuite dans un endroit frais, pour qu’elle se prenne en gelée. Ce procédé ayant paru susceptible d’être modifié, on y a apporté les cliangemens suivans, qui ont été publiés (1). On prend pour obtenir 128 grammes (4 onces) de gelée les proportions suivantes : lichen lavé, 32 grammes (ronce); eau 160 grain. ( 5 onces ) ; sucre , 32 grammes ( 1 once ) , on agit de la ma-
(1) V. le Manuel du pbatmacien , t. I, p, 1 3 1 ,et le travail de M. R°feiNKT, Journal de Chimie medicale, t. I , p. 123.
nière suivante. On incise le lichen , on l’introduit avec l’eau dans une boule d’étain à bouillons ; on visse le couvercle , et on laisse au bain-marie pendant environ trois heures. Cet espace de temps écoulé, on passe avec expression à travers un linge; on met le liquide gélatineux sur le feu dans un poêlon avec le sucre; on agite avec une spatule, pour vaporiser un peu d’eau. Lorsque la gelée est réduite à 128 grammes (4 onces) , on la coule dans un pot. Il se forme à sa surface une pellicule grisâtre épaisse : lorsqu’elle est solidifiée , on l’enlève adroitement; on obtient par refroidissement une gelée bien homogène et d’une bonne consistance. La colle de poisson a été éliminée de cette préparation , comme inutile, et aussi comme tendant à accélérer l’altération de ce produit.
On administre cette gelée contre les affections catarrhales anciennes, dans les cas de phthisie muqueuse. La dose est de 16 à 82 grammes (4 gros à 1 once).
Gelée de lichen- avec le quinquina. Prenez lichen d’Islande lavé, 64 gram (2 onces); ichtyocolle, 4 gram.(igros); eau , quantité suffisante; préparez deux décoctions avec le lichen; ajoutez-y l’ichtyocolle dissoute à part; puis sirop de quinquina préparé au vin, 192 gram. (6 onces). Après une légère ébullition , passez la liqueur; faites ensuite évaporer en consistance convenable, puis coulez. Ces doses employées doivent fournir environ 25o gram. (8 onces) de gelée. Cette gelée est donnée comme tonique.
Gelée de mousse de Corse, Gelée d’helmintocorton. O11 prend mousse de Corse , 1 28 grammes ( 4 onces) ; on la fait bouillir dans eau commune, 2 kilogrammes (4 livres) ; on ajoute vin blanc généreux , 5oo grammes (1 livre) ; sucre blanc, ^5o gram. (1 livre 8 onces) ; ichtyocolle dissoute dans quantité suffisante d’eau, 8 grammes ( 2 gros ). O11 clarifie la liqueur, on passe et l’on amène en consistance de gelée. La gelée de mousse de Corse est recommandée comme un bon vermifuge ; 011 la donne à la dose de 8 grammes à 48 grammes (2 gros à 1 once et demie). La propriété vermifuge de ce médicament pourrait bien être attribuée à la présence d’une certaine quantité d’un hydriodate.
Gelée de pommes. Employée comme substance alimentaire, elle s’obtient d’un aspect et d’un goût agréable par le procédé suivant. O11 prend des pommes rainettes, on les pèle avec un couteau à lame d’argent ; on les fend en quatre ; on enlève la partie qui contient les pépins, et l’on jette les quartiers ainsi préparés dans de l’eau , dans laquelle on a mis le suc d’un citron; on les retire; on les fait cuire dans de l’eau. Lorsque le fruit s’écrase facilement sous le doigt , on arrête l’opération ; on coule à travers un linge ; on passe de nouveau les premières portions qui ne sont pas claires, et on laisse égoutter jusqu’au lendemain. On prend le liquide qui est mucilagineux et de couleur laiteuse , on le pèse , et sur une partie de liquide , on ajoute deux parties de sucre; on fait cuire rapidement; on enlève l’écume qui se forme , et lorsqu’à l’essai on voit que la gelée est assez consistante , on la coule à travers un tamis dans des pots , où l’on a placé d’avance des zestes de citron , lavés à l’eau bouillante pour leur enlever une matière âcre et amère , et qu’on a ensuite divisés en petites lanières plus ou moins longues et larges. La gelée de pommes peut être employée avec succès dans quelques cas de phthisie. La dose est de64ài28gram. (2 à 4 onces).
Divers travaux sur la matière gélatineuse des végétaux ont été faits par d’habiles chimistes , et l’on doit citer ceux publiés par MM. Vauquelin, Braconnot, John, Henry, Guibourt, Payen. Les expériences de MM. Payen et Braconnot (1) ont prouvé que c’est à la présence d’un acide (T acide peciique) , que les gelées de pommes, de groseilles, de coings, doivent leur consistance gélatineuse, et que cet acide existait dans la betterave , dans l’écorce des arbres, dans les navets , les carottes, etc. Des discussions sur la priorité de cette découverte ont donné lieu à quelques écrits , qui doivent être consultés
(1) Voyez le Journal de Chimie medicale, t. 1 , p. Sop et 53q , et le Mémoire publie par MM. Braconnot et Payen, Annales de Chimie et de Physique, t- XXX, p. 96 ; et Journal de Pharmacie pour 182J,
pour se mettre au fait de la question, qui nous a paru être de'~ cidée en faveur de M. Payen.
M. Braconnot a indiqué l’emploi de l’acide pectique , pour fournir des gelées alimentaires , et celui des pectates solubles , pour combattre l’action vénéneuse de différens sels métalliques , ceux de plomb, de cuivre , de zinc, d’antimoine, de mercure, ces sels étant précipités complètement à l’état de sels insolubles par cet acide , à l’exception du deuto-cblorure de mercure (le sublimé corrosif) , du tartrate antimoine de potasse {Y émétique) et du nitrate d’argent. Le mode suivant a été indiqué par M. Braconnot, pour obtenir des préparations alimentaires avec l’acide pectique , provenant de diverses substances végétales. On réduit en pulpe , à l’aide d’une râpe , des racines charnues (la betterave, la carotte, le navet) ; on exprime le suc; on lave ensuite le marc avec de l’eau de pluie filtrée. C’est avec ce marc qu’on obtient l’acide. On prend les proportions suivantes : marc de navets (ou de carottes, etc.), 5o parties ; eau , 3oo parties ; potasse ou soude caustique , i partie ; on délaie le marc dans l’eau , de manière à obtenir une bouillie claire; on ajoute la soude ou la potasse; on fait bouillir pendant un quart d’heure ; on passe à travers une toile ; on lave à l’eau de pluie portée à ioo° centigrades; on réunit la liqueur; on décompose le pectate alcalin qui s’est formé, par une solution étendue de muriate de chaux , ajouté en quantité suffisante. La gelée très abondante se précipite ; on la recueille sur une toile; on la lave exactement; on fait de nouveau bouillir le magma dans de l’eau aiguisée d’acide hydro-chlorique ; on jette le tout sur un filtre ; on lave à grande eau , et l’on obtient ainsi l’acide pectique pur. Si l’on employait de l’eau contenant du sulfate de chaux , une partie de l’acide pectique se précipiterait en formant une combinaison triple insoluble.
Pour obtenir des gelées avec l’acide pectique , on délaie une partie d’acide pectique bien égoutté dans trois parties d’eau distillée. On dissout à l’aide d’une petite quantité de soude ou de potasse ; on reconnaît le point de saturation à l’aide du papier de tournesol rougi. Lorsque la saturation est terminée,
GENET DES TEINTURIERS. 63y
on fait chauffer ; on y mêle 3 parties de sucre blanc et un aromate quelconque ; on ajoute à la liqueur la quantité' convenable d’un acide faible étendu , et ayant à peu près la force du vinaigre (Tacide sulfurique peut être employé). On agite le mélange, qui, après quelques ins tans, se prend en gelée consistante. (V. les Annales de Chim. et de Physique, t. XXX, p.g2.)
Déjà des gelées préparées avec Tacide pectique sont vendues dans le commerce ; mais aucune expérience thérapeutique n’a été faite , du moins à notre connaissance , pour reconnaître les propriétés de ces gelées. (A. C.)
GÉNÉPI ou GÉNIPL Les habitans des Alpes de la Suisse et de la Savoie donnent ce nom à diverses plantes de la famille des Synanthérées-Corymbifères , remarquables parleur saveur amère et leur odeur pénétrante. L ’ Artemisia glacialis , L. , jolie espèce dont le feuillage est argenté et les fleurs jaunes, qui ci’oît sur les bords des précipices , est le génépi des Savoyards. En Suisse, on fait usage des Achillœa atrata , nana et moschata. Ces plantes, faciles à distinguer par leurs feuilles découpées et couvertes d’un duvet blanc, par leur saveur amère et aromatique, offrent les plus grands rapports botaniques avec l’absinthe et l’armoise ; elles en possèdent aussi les propriétés , c’est-à-dire qu’elles sont éminemment toniques et stimulantes. Elles sont une sorte de panacée universelle pour les paysans des Alpes, qui les emploient en infusion théiforme, comme diaphorétiques dans les fluxions de poitrine , et dans quelques autres affections graves, où leur usage n’est pourtant pas sans quelque danger. Mais la confiance en ce remède est telle , que lorsque les paysans de certaines contrées ne la possèdent point dans leurs montagnes , ils vont la chercher au loin , et souvent même au risque de leur vie. (A. R.)
GENET DES TEINTURIERS ou GENESTRGLLE. Genista tinctoria, L. — Rich. Bot. méd., t. IL, p. 544* (Famille des Légumineuses. DiadelphieDécandrie, L.) Petit arbuste commun dans les haies et les buissons de toute l’Europe, où il fleurit dans les mois de juin et de juillet. Ses tiges sont frutescentes à la base, redressées supérieurement , hautes d’environ 2 pieds *