F RI
tout qu'elle ?sl réfléchie et raisonnée, qualité d'autant plus recherchée qu'elle esl plus rare.
Mais, avons-nous ajouté, Fi franchise n'est pas exempte de défauts. Or, comme l'énumération de ces défauts a déjà été faiie à l'article précité , en même temps qu'il a été donné des préceptes à l'usage îles hommes francs , nous y renverrons le lecteur, pour ne pas tomber dins des répétitions inutiles. FRAYEUR (sentiment .— La frayeur es'.
un sentiment de crainte qui nous est inspiré par la présence d'un danger apparent el subit qui nous menace personnellement.
Ce sentiment est si connu, il esl si rare qu'un individu ne l'ait pas éprouvé; el quand une fois on l'a éprouvé, on sait si bien ce que c'est , qu'il m'a semblé inutile de chercher à le décrire , cette description devant trouver place à l'art. Tbrreor [Voy. ce mol).
FRIPON , Friponnerie (vice). —Friponnerie et filouterie désignent l'action de prend e ce qui ne nous appartient pas. avec celle différence, que le fri| on prend p .r finesse, il trompe; au lieu que le filou prend avec adresse el subtilité , il escamote. Ces deux modes de s'emparer du bien d'aglrui se rattachent nécessairement au vol , qui consiste à prendre de toutes les manières . r'esl-àd'rc en employant même, quand il le faut, la force el la violence. Voy. Vol.
FRIVOLE, Frivolitk (défaut).— La frivolité est le goût de la bagatelle, la marque d'un petit esprit. File est généralement prise en mauvaise p ni , ce qui n'empêche pas que toules les fois qu'une personne est intéressée à paraître frivole aux yeux des gens qui le sont, elle ne manque pasd'affec er beaucoup de frivolité, ce mensonge étant le seul moven de gagner leur confiance et leur amitié. Il y a tant d'individus qui n'aimenl que ceux qui leur ressemblent, el auxquels leur imagination prête souvent leurs bonnes ou leurs mauvaises qualités !
La frivolité a des origines diverses. Elle naîl ou de l'ignorance, qui fait que l'esprit, n'étant pas assez étendu , ne peut estimer le prix îles choses, mesurer la course du temps et la durée de l'existence ; ou de la vanité, qui veut que, pour plaire à chacun el à tous, on se laisse emporler par les exemples que l'on a journellement sons les yeux; on -e conforme aux usages adoptés par ceux qui peuvent nous être favorables; on adopte leurs goûts el leurs idées ; on se fasse, eu un mot, leur servile imitateur.
L'homme peut donc être frivole, même sans panions ni vices, mais | ar désœui remenl un par intérêt. C'est-à-dire que souvent, pou i se
délivrer de l'ennui, il se livre chaque jour quelque amusement qui resso bientôt d'en être ou , el il se rejette alors sur les | inl.fi- Siea. I>ès ce moment, il passe avidement d'objets en objets, sans sari. 1er à aucun, sans en Chercher la valeur, sans vouloir en
connaître les avantages, ce qui faii que Icj
Cœur reste toujours vide. Aussi a-l-on dit de la frivolité que, si elle pouvait exister lonjj
temps avec Je viais lalenls et l'amour de la icrtu, elle les dé (mira i! tous; cl que l'homme honnête et sensé se trouverait précipité dans l'ineptie et la dépravation.
Heureusement qu'il n'en est pas ainsi, et que la frivolité est communément le partage des sols, des ignorants ou des orgueilleux.
A ce propos , nous ferons remarquer que le mot frivolité s'applique également aux hommes et aux objet*. Les objets sont frivoles, quand il- n'ont pas nécessairement rapport au bonheur et à la perfection de noire êlre; les hommes sont frivoles, quand ils s'occupent sérieusement des objets frivoles et quand ils Irailent légèrement des objels sérieux. Celte conduite tient assurément à l'ignorance ou à l'irréflexion, qui peuvent êlre facilemenl corrigées, quand ce n'est pas un grand travers de caractère; i tidis que, dans ce dernier cas, la tâche devient plus difficile.
Quoi qu'il en soit, il y aura toujours, pour tous les hommes, un remède contre la fiivo- I î lé : l'élude de leurs devoirs comme homme et comme ciloyen. Leur dire quels sont ces devoirs et leur inspirer le désir de les accomplir, tel doil êlre le but des effoils du philosophe. Il ne s'en tiendra pas là ; mais il s'elîorcera également de leur faire aimer les letlres et la philosophie ; vu que celui qui les aime devient l'ennemi de tout ce qui a rapport à la frivolité.
Je ne parlerai point de la frivolité simulée : car qui dit simulation dit déguisement, ou négation de la chose dont il s'agit.
FHDGAL, Frugalité (vertu). — La frugalité est une simplicité de mœurs et de vie. Le lecteur Cumberland la définit une sorte de justice, qui, daus sa société, consiste à ob-
server; et qui a pour dispositions contraires, d'un côté, la prodigalité envers des parliculiers, et de l'autre, une sordide avarice.
On entend ordinairement par frugalité, la tempérance dans le boire et le manger; mais celle vertu va beaucoup plus loin que la sobriété; elle ne regarde pas seulement la table, elle porle sur les mœurs, dont elle est le plus ferme appui. Les l.acédémoniens en faisaient profession expresse; elles Curius. les Fabricius, les Camille ne méritent pas moins de louanges par leur frugalité que par leurs grandes et belles victoires. Phociou s'acquil le titre A' homme de bien parla frugalité de sa vie; conduite qui lui procura les moyens de soulager l'indigence de ses compatriotes, et de doter les filles vertueuses que la pauvreté empêchait de s'établir.
Je sais que, dans rios pays de faste et de vanité, la frugalité a bien de la peine à maintenir un rang eslimable. Quand on n'esl touché que de l'éclat de la magnificence, on est peu disposé à louer la vie frugale des grands hommes, qui passaient de la charrue au commandement des armées; et peut-être commençons-nous à les dédaigner dans notre imagination. La raison néanmoins ne voudrai! pas que nous en jugeassions de la sorte; et puisqu'il ne serait pas à propos d'attribuer à la libéralité les excès des pro ligues, il ne faut pas non plus attribuer à !a frugalité la honte et les bassesses de l'avarice.
FUREUR (passion), Furieux. — Les auteurs se servent de cette expression pour désigner les passions violentes, portées à un degré extrême. On s'en est servi également pour exprimer le sentiment d'une grande Co. lère [Voy. ce mot).
CiAÏ, Gaieté (sentiment). — La gaieté.
ce don heureux de la nature, est une situation agréable de l'esprit, qui vient du tempérament ou d'une harmonie parfaite dans l'exercice de toutes les fondions de l'éconoin>e. Rien ne la trouble ou ne la peut troubler qu'un instant, lanl les inquiétudes physiques et morales sont passagères, et laissent peu de trace sur l'âme de ceux qui jouissent d'un pareil don el d'une semblable organisation.
C'est pourquoi, un homme gai esl désiré de loules les sociétés, dont il fait les délices. A son arrivée, surtout lorsqu'il s'est fait attendre, le sourire de satisfaction se répand sur lous les visages, une exclamalion de plaisir s'échappe de toutes les bouches, la conversation s'anime el les jeux interrompus ou non en> ore commencés reprennent une nouvelle activité.
La gaielé est donc eslimable et mérite no- Ire affection et notre bienveillance. Elle les mérite même d'autant plus, qu'il n'y a point de qualité qui se communique plus promptement.et conséquemmenl, qu'on soil plus disposé à montrer. Dans la conversation elle
est cet'e flamme légère qui gagne bien vile le cercle, et s'étend à ce point que les personnes les plus graves et les plus tristes ne peuvent s'empêcher d'en sentir les impressions. Ainsi, par ce double effet que la gaielé a de se communiquer aux autres, el de s'aitirer leur approbat on, nous reconnaissons qu'il est des quali;és qui, sans aulre ulilité et sans avor pour but le bien-êlre de la société, ni même celui de la personne qui les possède, ne laissent pas de se concilier l'estime et l'amitié des hommes, par le plais r qu'ell s causent à tous ceux qui les voient en jeu; et comme nous ne pouvons nous empêcher d'aimer co qui nous plaît, il s'élève en nous un mouvement favorable pour la personne qui nous communique sa gaieté. Le spectacle de son humeur enjouée nous anime; sa présence répand sur nous la joie el la sérénité; notre imagination, captivée par ses sentiments et par son caractère, est remuée dune façon plus agréable que lorsqu'une personne grave, soucieuse et mélancolique, se présente à nos regards. De là nait l'affection que chacun porte à l'homme gai, l'a-
409 gal <;en son
version et le dégoût avec lesquels il voit sera exposée à perdre son plus ardent ;ipol'homme triste. (Hume.) tre, et la cause politique sou plus sédui- On aime les gens gais, parce que l'on se sant avocat. Les convictions pénètrent dans persuade qu'ils sont heureux, et que l'aspect l'intelligence de la femme par la voie du d'une personne heureuse et gaie repose l'es- cœur, disons mieux, par la voie des éutoprit et le coeur; c'est bien, par rapport à tions. C'est ainsi que les rondes du sablions; mais c'est souvent une erreur de jn- bal, les épreuves du baquet de Mesmer, les getnent par rapport à ceux dont nous ai- oracles du somnambulisme, les prodiges de mois et envions la gaieté. Dans ce cas, nous l'homœopathie, etc., ont successivement pris jugeons trop du bonheur sur les apparences; possession de sa raison, toujours i ré!e à se nous le supposons où il est le moins, nous soumettre aux influences contestées , aux le cherchons où il ne saurait èlre; la gaieté émotions fort» s et exceptionnelles. Le dian'est qu'un signe très-équivoque. Un homme lecticien le plus habile est sans succès auprès gai n'est souvent qu'un infortuné qui cher- d'elle si la libre sensible n'a point été préache à donner le change aux autres et à s'é- lahlemenl émue. Quand la corde a vibré, le (ourdir lui-même. Ces gens si riants, si ou- tour est fait, la conviction est acquise, et la verts, si sereins dans un cercle, sont presque di lerliqtie est superflue. Si vous voulez satous tristes et grondeurs chez eux, et leurs voir combien celte conviction durera , vous domesliqi.es portent la peine de l'amusement n'avez qu'à calculer la durée des émotions, qu'ils donnent à leurs sociétés. Le vrffi con- (Rouss l.)
lentement n'est ni g ii, ni folàlre ; jaloux d'un ,.- ,,;, ... , „, .,„ ,
... b '. -, , „ J ai dit ailleurs ( art. Coqiktterie) que p*
sentimen si doux en e goûtant, on y pense, ,„„„„,.„ ,i ,„.„■., ,f i . . J J
i • i a !•• „ it m occuperais, dans cet article, de la demons-
on le savoure, on craint de 1 évaporer. Un . „.;„„, i„ ■.' «„j„„.i„ >, ,, ,
, . ' , . , (ration de I erreur dans laquelle sont tombes
homme vraiment heureux ne parle guère, , .,„,,.„„ . , mn^M ou , Cimsi
ne rit guère; il resserre, pour ainsi dire, le dèrent rnro;c commc £ { co
bonheur autour de son cœur. „ „n„,;„ „i ». „„t„„i„:^ n .. <a i •
quettenc et la galanterie. Cette tâche est
Quoi qu'il en soit, mieux vaut encore, assez facile, du moment où il suflit de les quoi qu'il puisse nous en coûter d'efforts et rapprocher et d'en comparer les princide violence, paraître dans le monde avec un paux caractères, pour qu'on en saisisse anssemblant de gaieté qui nous y fait bien ac- sitôt là différence. Que se passe-t-il en effet cueillir, que de s'y montrer avec un visage dans l'une et dans l'autre? que la femme cosévère, des manières brusques et froides quelle, n'étant inspirée que par an sentiment qui répandent dans tous les esprits l'ennui d'orgueil ou de vanité, est satisfaite qu'on la cl la tristesse. trou\e aimable, de passer pour belle, <t d*é-
GALANT, Galantbbie (qualité ou vice). Ire recherchée; au lieu que la femme galante,
— On peut considérer la galanterie sous deux ne pouvant éprouver de véritable satisfaction
aspects différents, savoir; 1" comme une al- que dans les jouissances des sens, veul unu-
tention n. arquée, chez les hommes bien éle- seulement être aimée, mais qu'on satisfasse
\és, à dire aux femmes d'une manière (inc et à ses désirs, à sa passion, l'ourcela, elle c! er-
délicate des choses convenables cl qui leur cheàséduireparmillemoyensagréables;ellea.
plaisent; 2* comme un vice du cœur (le liber- plusieurs amusements à offrir, et les offre
tinaye), auquel on a donné un nom honnête, avec mystère et léserve, sans vouloir s'en-
C'est ce que font en général les peuples : ils gager; au contraire, la coquette va suc-
masquent leurs vices par des dénominations cessivemenld'un engagement à l'autre, sans
honnêtes. (Voltaire.) jamais cacher ses séduisantes manœuvres.
La galante.ie peut donc être considérée C'est pourquoi sa vie est,,,, travail continuel
tout à la fois comme un sentiment et comme 'l;ms ' ar de P a,re Rour "•<""l"'r. pour tout
une pratique honteuse. Sentiment, elle pour- faire espérer el ne rien accorder; i in.lis que
rail rendre les femmes meilleures et les la galante séduit el aliache à elle celui à qui
consoler »lc leurs disgrâces, s'il était bien elleie dOBM moins par aitachc.nenl que
exercé; mais il ne sert trop souvent qu'a les Par ,"'"". el quelle s efforce ,1e rei nir dans
corrompre Pratique, elle les plonge de plus ses liens en variant ses plaisirs. li..u il suit
en plus dans la fange du vice, el les perd quel une, légère eld.ssimuléo, n'est en rainée
.sans retour. Science el pratique, elle pruflle a ie,Pa,r "" Jcréglcmenl honteux de 1 esprit
habilement de l'empiré que hs émotions qu» to fait mépriser, sans Ile soit coupa-
exercent sur le jHgemenl, d'une manière vrai- '»« de faiblesse; quand l autre, entraînée par
ment eitraordinaire. Au n a vu des la rorcr de sa compleiion, est méprisée, parce
femmes, de beaucoup d'esprit, professer s,.- W «Ile provoque et cède sans avoir combattu.
rieusement, do ma ï |uementf des urines ',' nc '" ^oqueltene n esl pas la galanterie.
religieuses et philosophiques, ou embrasser "-1' •"*"""•
chaudement une cause politique, par cela GÉNÉROSITÉ, Libériliti (vertus),
seul qu'un théoricien ou un chef de parti, l'noniOALiTÉ vice). in des allribuls de
» léganl diseur ou aimable < oni ive, a\ ait ad« la bonté, c'csl la gt net otilé, 1 1 ses sœurs soûl
mire, dans un accès de galanterie, leurs la libéralité el la prodigalité, qm , quoique.
jolies m lins ou leurs jolis pieds. Mais que ayant unemé origine, diffèrent cependant
l'admiration fasse place a un iin|iflérenl ou sons bien des rapports : semblables .i ces
bli, que le théoricien ou le chel de pa li sources dont les eaux coulent limuidi >i
m n rompe s» s aimabl s causeries, la sec le Iran sparen tes, ou troubles cl fangeuse
G EN
Ion que, sortant de leur lit, et prenant des directions diverses, elles traversent, avant d'y rentrer, des plaines sablonneuses, où elles se clarifient, ou des terrains marécageux, sur lesquels les pluies s'amassent et croupissent.
Essayons de démontrer telle proposition.
L'amour du prochain, l'amour de l'humanité, et la bonté ont plusieurs manières de se manifester. Ainsi l'homme, en remplissant avec exactitude les devoirs que Dieu lui a prescrits ou qu'il lui inspire, agit selon les règles de l'honnêteté ; < t s'il va plus loin, c'està-dire s'il dépasse la limite de ces devoirs, il avance en verlu, et cette vertu, quand elle consiste en un dévouement aux intérêts des autres qui le porte à leur sacrifier ses avantages personnels, constitue la générosité. C'est pourquoi on a dit de l'âme généreuse qu'elle s'élève au-dessus de l'honnêteté, en portant le dévouement jusqu'à la générosité ; et de celle-ci, qu'elle est aussi utile que la bienfaisance, aussi tendre que l'humanité. Partant, la générosité serait une vertu mixte, puisqu'elle est le résultat de plusieurs vertus ; mais elle est bien plus parfaite qu'aucune d'elles, car die peut les suppléer. Ce n'est donc pas sans raison qu'on l'a considérée comme le plus sublime de tous les sentiments, le mobile de louies les actions, Elle peut être le germe de toutes les vertus, vu qu'il y en a peu qui fassent le sacrifice d'un intérêt personnel à un intérêt étranger.
En est-il de même de la libéralité et de la prodigalité? Non, car ces dernières, au lieu de s'étendre, comme la générosité, soit à celle grandeur d'âme, qui fait qu'on pardonne et qu'on oublie les injures, que l'on se montre indulgent pour autrui en toute circonstance; soit à ce dévouement absolu aux intérêts des autres, qui porte l'homme généreux à se priver lui-même de bien des choses pour donner davantage à ceux qu'il veul secourir; la libéralité et la prodigalité se bornent exclusivement, l'une à donner son superflu, mais à le donner à propos, avec discernement, ce qui est un mérite; l'autre, à donner sans réflexion, sans mesure, sans nécessité, ce qui devient un défaut.
Tels furent, dans les temps antiques, Antoine, qui fit | résent d'une ville à un cuisinier, parce qu'il avait apprêté un repas du goût de Cléupâlre; dans ies temps plus modernes, Richard V 111, qui éleva un domestique à une dignité considérable, parce qu'il avail l'ail rôtir à propos un marcassin ; et nos faibles monarques, qui donnaient à leurs maîtresses des habitations, d s équipages, des toilettes et autres témoignages de prodigalité qui tenaient du ridicule le plus déboulé,si ce n'est de la démence.
Ou'il y a loin de la prodigalité d'Antoine, de Kichard, de nos rois libertins, à la libéralité d'un Ponlcarré, d'unVoiluie, d'un LaRochefoueauld-Liaucourl, etc., ou à la générosité d'Henri IV, de Louis X.VJ,\le Madame Elisabeth, elc.
Voilure savait obliger sans faste et d'une manière qui était encore au-dessus du bienfait. Ou raconte que Balzac lui ayant envoyé
demander quatre cents écus à emprunter, il lui livra aussitôt cette somme, et prenant la promesse de Balzac, y écrivit, en la renvoyant : « Je reconnais devoir à M. Balzac huit cents Écus, pour le plaisir qu'il m'a fait de m'en emprunter quatre cents. »
La Rochefoucauld, n'ayant d'autre passion que celle du bien, avail six places qui lui rapportaient par an deux mille écus de dépense.
Restent donc les exemples de générosité. — A la prise de Brescia par les Français, en 1512, le chevalier Bayard reçut une dangereuse blessure et fut transporté dans une maison habitée par une dame et ses deux filles, dont il reçut beaucoup de soins.- Lorsqu'il fut guéii et qu'il se disposait à parlir, cette dame vint le prier d'accepter une petite boîte renfermant 2,o00 ducats, que le bon chevalier n'accepta qu'après beaucoup d'in sistance, en la priant Je faire venir ses filles : « Voici votre dame de mère qui m'a donné deux mille cinq cents ducats; je vous eu donne à chacune mille pour vous aider à marier, et, pour ma récompense, vous prierez, s'il vous plaît, Dieu pour moi. » Puis, s'adressant à l'hôtcs->e : « Madame, je prendrai ces cinq cents ducats à mon profit, pour les départir aux pauvres religieuses qui ont été pillées, et vous en donne la charge ; car mieux entendrez la nécessité que toute autre. «
A quelque temps de là, vers la fin du même siècle, Paris s'élant soumis à Henri IV dès qu'il se fut fait catholique, ce prince signala sa bonté, dans sa capitale, par un trait d'un grand éclat. Des sergents ayant arrêté l'équipage de La Noue, pour des engagements que son père avait pris en faveur de la bunue cause, ce fier et valeureux officier vint se plaindre à l'instant d'une insolence si marquée : « La Noue, lui dit publiquement le roi, il faut payer ses dettes; je paye bien les miennes I » Après cela, il le tire à l'écart et lui donne ses pierreries pour les engager aux créancieisà la place du bagage qu'ils lui avaient pris.
Plus lard encore, Louis XVI ayant été informé qu'à la suite du rigoureux hiver de 178i, les digues avaient été rompues, qu'une grande mortalité sur les bestiaux a ruiné les gens de la campagne, qui, dans l'impossibilité de payer leurs impôts, courent risque de perdre leur liberté ; qu'il faut sur-le-champ sept millions pour faire face aux besoins les plus pressants, et que le Irésor public se trouve momentanément dans l'impossibilité de les fournir, il s'adresse à son ministre des finances, et lui dit : « De tels malheurs, monsieur, nécessitent un proaipl secours ; avisez à tel expédient qu'il vous plaira : retranchez sur mui, retranchez sur la reine, mais il faut que ce nécessaire se trouve. Eu effet, des réductions furent faites sur les dépenses du roi et de la reine, et tous les maux des gens de la campagne furent réparés.
Enfin, madame Elisabeth refusait souvent d'acheter soit des bijoux, soit des objets de parure, préférant soutenir quelques malheu,-
G EN
G EN
r m Je plus avec ce que cela coulerait. Dn marchand étant venu un jour lui offrir un ornement de cheminée d'un goùl nouveau, et qui ne coûtait que quatre cents francs, en recul pour réponse: Ave quatre cen:s francs je puis monttr deux petits ménages!
J'ai voulu insister sur le récit de tous ces exemples, afin de justifier les conclusions suivantes, savoir: que la prodigalité peut être considérée cornue un vice dégradant, la libéralité comme une qualité, et la générosité comme une vertu.
El comme «elle pratique vertueuse rend l'homme supérieur à Sun être, tout doit l'inviter à la gé; érosilé exercée sans prétention et sans faste: car, il ne faut passe le dissimuler, celui qui n'oblige que dans une vue d'intérêt, soit de récompense, soit de reconnaissance, •.l'est pas généreux. Oui, la récompense de. 'a générosité doit être au fond du caurde celui qui l'exerce, et 110:1 ailleurs ; ce qui a fait dire à Saint-Evremont : Il y a beaucoup moins de généreux qu'un ne pense.
Je vais terminer par un exemple qui donnera une idée du parti que l'on peut tirer de la générosité. Un négociant ruiné par suite de mauvaises spéculations s'abandonna au chagrin, à la tristesse, et finit par devenir gravement naïade. Bouvard , son médecin, connaissant la cause du mal, laissa un jour l'ordonnance suivante : Bon pour trente mille francs payables chez mon notaire Le malade fut aussitôt guéri.
GÉNIE (faculté). — On appelle génie l'aptitude que tout homme reçoit de la nature pour faire bien et facilem nt certaines choses que les autres ne sauraient faire qne trèsmal , même en prenant beaucoup de peine ; ou. si l'on préfère, un haut degré d'esprit, accompagné d'un haut de^ré de justesse et de pénétration; ce qui veut dire encore un haut degré de perfection dans toutes les facultés intellectuelles.
C'est donc la nature qui forme les hommes de génie : ou plutôt c'est un don de Dieu qui, par une faveur toute spéciale, accorde a certains êtres l'heureux privilège dételle raison active qui s'exrrce avec art sur un suj l , qui en recherche induslrieusement toutes les faces réelles, tous les possibles; qui en dissèque méthodiquement les parties les plus fines, en mesure les rapports les plus éloignes; car le geme 1 si un instrument éclairé qui fouille, qui erouse, qui perce sourdement, sa fonction consistant 1 "ii A nu -mer ce qui ne peut être, mais a trouver te qui est.
Bu conséquence, pour être homme de génie, il f.iut réunir tout a la fois l'étendue île l'esprit, la force de l'imagination et cette activité «le l'âme, qui s'inspirent cl créeol, qui trouvent les rapports ordinaires entre les grands objets et les rapports irès-éloignéi entre les 1 hnscs ordinaires; loul ce M1"- ''" un mot, est le caractère propre d'un autoui C'est pourquoi, tandis que le génie était, pour le grand Frédéric, une lumière cl un feu d'esprit qui conduit a la pcrfecliou par des
moyens faciles, l'homme de génie était cel i qui joignait à une âme forte el a un es| rit étendu, profond, un caractère original.
M. lis, de même qu'il y adhérentes séries de génies, il y a aussi différentes espèces d'hommes de génie, et même des grands génies de différents genres et de différents mérites. C'est-à-dire qu'on a admis, 1° le génie qui demande plus d'imagination que d'esprit : il est familier aux poètes et aux peintres ; 2° celui qui exige plus d'intelligence que d'imagination : il est le partage des physiciens el des mathématiciens; 3° enfin , celui qui réclame autant d'intelligence que d'imagination : il fait les grands politiques , les grands généraux, les grands médecins. Inutile de dire que l'un el l'autre de ces génies peuvent se trouver réunis en un même individu.
A propos de ces différentes sorles de génies, je citerai un fait que racontait aulrefois Voltaire. « 11 n'y a pas longtemps, écrivail-il, que l'on agitait dans une compagnie célèbre celte question usée et frivole : Quel était le plus grand homme qu'il y ail eu sur terre? 8i c'était César, Alexandre, Tamerlan, Cromwel , etc. » Assurément il aurait ajouté Bonaparte, s'il l'eût connu.
« Quelqu'un répondit que c'était certainement Isaac Newton. » Cet homme avait raison : car si la vraie grandeur consiste a avoir reçu du ciel un puissant génie el à s'en élre servi pour s'éclairer soi-même et les aulres, un homme comme Newton, lel qu'il s'en rencontre à peine en dix siècles, est véritablement le grand homme; et ces politiques el ces conquérants, donl aucun siècle n'a manqué, ne sauraient lui être comparés. Mais revenons aux distinctions indiquées.
J'ai dû établir différentes espèces de génie, p.irce qu'on voit bien des individus, et principalement les poètes, chercher le fond do génie dans la force de l'imagination. Un poète de celle espèce .1 droit de penser connue il veut de sa propre grandeur; il lui esi même permis de penser qu'il y a plus de grandeur à faire un vers qu'à conduire un empire, et même plus a chanter un héros qu'a l'être soi-même; mais, je dois le dire,
c'est un principe faux qui a fait avancer bien des choses fausses à l'endroit du génie. On a même Clé jusqu'à r. fuser un certain degré de raison au génie, parce qu'un a pris les écarts el les transports fougueux d'une imagination déréglée pour le génie 1 ni— même. Or, si la fougue de l'imagination faisait le vr.ii génie, il ne faudrait doue abandonner la conduite d'une armée ou d'un Klal qu'à ceux qui ont plus de finesse que de prudence, plus de feu que île forée, plus d'm-
conslauce qui d'uniformité, qui voient toujours plus qu'on ne peut dans la n.ilure, el qui ne cherchent que par des boutades ce qui est véritablement grand. Malheui aceus qui seraient dirigés par un lel homme I
Ce u'esl pas tout : autrefois le génie con sislait, pour certains, dans un haut degré de ion s, es, l'ordre dans l'élévation; c'ci