QUE
avec personne, même avec les gens les plus pacifiques.
Qui dit querelle veut indiquer un débat, une dispute, une contestation, qui commence souvent par des mots, et finit quelquefois par •les provocations, une rixe, une lutte, un combat, des blessures ou la mort.
Les jeunes gens mal élevés et les étourdis sont très-sujets à ce défaut. La plupart d'entre eux se querellent le plus souvent pour des futilités , des misères , des riens ; on en voit même qui attaquent les gens qui ne leur disent mol. Et dire que de tels individus sont tolérés dans la bonne société , où ils mettent le trouble, le désordre et la désolation 1
Il est vrai qu'ils sont quelquefois les premières victimes de leur méchanceté ou de leur étourderie ; que leur importe : la leçon reçue, s'ils n'en meurent pas, après bien des efforts pour se corriger, après bien des tentatives, bientôt la nature reprend le dessus, et ils se querellent de plus belle. On dirait qu'ils veulent réparer le temps perdu I C'est pourquoi on aurait tort d'attendre du temps et de la connaissance des hommes la guérison d'un mal qui peut faire chaque jour de nouveaux progrès.
J'ai dit qu'on était querelleur par nature; je dois ajouter que l'on peut l'être aussi par calcul. Aussi , quoiqu'on ait généralement reconnu que quereller est la pratique d'un sentiment malhonnête , sentiment si bas qu'on ne saurait l'appliquer qu'à de mauvaises actions , il arrive très-fréquemment à tel riche, par exemple, de quereller un malheureux pour se dispenser de le secourir; et à tel autre, qui aura fait une mauvaise action, de se hâter d'aller chercher querelle à celui à qui il aura nui ou voulu faire du tort, afin d'éviter d'être querellé. C'est infâme , mais qu'y faire, si le querelleur a ce travers?
Qu'y faire? Voulez-vous, hommes de bien, hommes honnêtes et pacifiques , voir diminuer insensiblement le nombre des querelleurs, déjà bien diminué depuis noire excellente loi sur le duel? Fuyez ceux qui ont toujours la dérision, la satire, l'insulte ou la menace sur les lèvres, sinon, disposez-vous toujours à céder et à vous taire; ce qu'un homme de cœur ne fait jamais , ce qu'un poltron ne fait qu'à sa honte. Par le silence et la douceur, vous pouvez désarmer le querelleur qui, n'ayant pas d'aliment à son mauvais penchant, s'éloignera pr ibablement lui-même et vous laissera en paix. Mais, pour plus de sûreté, fuyez-le; car lo querelleur est une peste qui infecte ou tue tout ce qui l'anpriche.
Ou si l'on voulait entreprendre de le guérir, il faudrait qu'une mère, une femme , un prêtre, se chargeassent de ce soin. Quelque mauvaise tête qu'il fût, le querelleur n'oserait insultera la femme qui voudrait le rendre meilleur, et respecterait, s'il n'avait pas perdu toute sa dignité d'homme, le caractère du sage qui, en travaillant à lui reformer ses mœurs , voudrait assurer son bonheur et celui de l'humanité, dans laquelle le querelleur sème toujours la division.
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QUIETUDE (sentimenl). — Plusieurs auteurs se sont servis de ce mot pour désigner celle tranquillité de l'âme et ce repos de l'esprit qui naissent du témoignage de la conscience et de l'entière privation de tout chagrin.
Si on prenait à la lettre la définition que je viens de donner de la quiétude, il y aurait peu d'instants dans la vie où nous pourrions goûter les douceurs ineffables de ce sentiment, attendu qu'il n'est pas dans la naiure de l'homme, de vivre exempt de tout chagrin. Il est même si disposé à s'en créer, que, quand il n'a pas des chagrins personnels, il épouse ceux des autres : combien , en effet, n'en éprouverons-nous pas, si r.ous sommes compatissants à la vue de tant do malheureux, au souvenir de tant d'infortunes que nous ne pouvons soulager! Combien ne souffrons-nous pas , si nous sommes bon patriotes, en voyant les ciloyens divisés d'opinion, d'intérêts, chacun pensant à soi et négligeant l'intérêt général; aussi froid qu'égoïste, faisant tout converger vers un centre qu'on nomme le moi , et s'engraissant de la dette publique, tout en affichant le sentiment le plus désintéressé , etc. , etc.
C'est pourquoi je ne voudrais pas qu'il fallût absolument que l'i ml i v iil ti lût entièrement privé de tout chagrin, qu'il éprouvât un bien-êlre absolu pour goûter ce qu'on nomme la quiétude; c'est-à-dire que je bornerais le bien-être exigé à celte tranquillité de l'âme et de l'esprit , témoignages certains d'une conscience pure. Celle-là pouvant se monlrer chez le chrétien pieux qui trouve dans sa résignation et dans la tranquillité île sa conscience le baume salutaire qui cicatrise les plaies du cœur et laisse à l'âme le calme de la paix.
Parmi les nombreux exemples que je pourrais citer de cette sorte de quiétude, je choisirai celui du comte de C..., qui, ayant prdu une grande fortune, et se trouvant réduit, dans une vieillesse très-avancée ( nonante et quelques années) , au plus strict nécessaire , me disait avec une sérénité vraiment admirable : « Maintenant que je ne suis plus bon à rien pour mon pays , pour les rares amis qui me sont restés , et pour moi-même, j'attends avec impatience le moment où il plaira à Dieu de m'a p peler à lui. Tous les matins , ma première pensée est pour Dieu , ma première prière est de lui demander la grâce ineffable de m'arracher de celle terre sur laquelle j'ai tant soulïert et souffre encore, où je languis et soupire après l'éternité. Probablement qu'il ne me Irouve pas assez pur, assez éprouvé, puisqu'il ne m'exauce point : que sa volonté soit faite ! »
Assurément le comte de C... avait des chagrins de plus d'une espèce , et cependant i! éprouvait une sorte de quiétude qui n'était troublée que par les désirs d'aller recevoir au ciel la récompense que ses vertus lui uni méritée. Donc, je le répète, la définition do la quiétude doit se borner au témoignage d'une bonne conscience.