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p.er de grandes malédiction;. Il ne daigne pas attendre personne, et si l'on diffère un moment à se rendre au lieu dont on est convenu avec lui, il se retire.» [Théophaste, traduit par Lu Bruyère.) « Quand il a quelque chose à vendre, au lieu de répondre à ceux qui lui en demandent le pris , il leur dit brusquement : « Combien en voulez-vous offrir? Si quelqu'un de ses amis lui fait l'honiiieur de l'inviter à souper ou de lui envoyer tune portion de la victime qu'il vient de sa- 'erifier au* dieux à l'occasion de quelque fêle, il lui fait dire malhonnètemenl qu'il n'est pas accoutumé à recevoir des présents... Il ne sait ce que c'est que d'avoir la complaisance de chanter dans un festin, de réciter à son tour quelques monceaux de poésie, ou de danser avec les autres.» (Théophraste, traduction de Cora-j.)
D'après ce tableau , rendu plus complet à l'aide des deux traductions, j'appellerai 6rutalité celte dureté désobligeante qu'on met dans le commerce de la vie : c'est dire par là que tout homme qui ne sait pas vivre avec s s semblables, qui ne ménage personne, qui rompt en visière aux gens et brusque tout le monde, est un brûlai.
Ce qui fait que communément il agit de la sorte, c'est qu'il est dans son caractère de regarder les ég irJs qu'on a pour lui comme des devoirs, et les honnêtetés comme des témoignages de reconnaissance. On trouve un trait de celte nature dans Diogène le Cynique, qu;, invité pour la seconde fois à souper chez un particulier, lui répondit: «Je n'y viendrai point, parce que vous ne m'avez pis su gré du dernier repas que j'ai fait chez vous.» l'eut-on pousser plus loin le ridicule?
Il ne fiudrail pas confondre la brutalité
avec la brusquerie , Yimpalience et l'emportement , défauts qui se rencontrent toujours chez le brutal, et sont dus à une cause appréciable quand ils ne tiennent pas à la brutalité, ce qui n'a point lieu pour cette dernière. C'est peut-être à cause de cela que les philosophes ont dit de la brutalité qu'elle est une disposition vicieuse de lame, causée apparemment par le tempérament ou p ir notre ' constitution organique, qui nous rend trèsirritables ou très-impressionnables. à tout.
Il serait à désirer qu'il en fût ainsi, l'expérience nous ayant appris qu'on peut, par des moyens hygiéniques, physiques et moraux, changer le mode d'être organique des individus, tout comme on peut, par l'éducation, refaire le naturel des personnes en qui la brutalilé ne tiendrait pasà un vicedeconstiltilion. Dans tous les cas, comme tenter ne peut nuire, il serait bon de combiner tous les moyens thérapeutiques que la science et l'art, la morale et la religion, ont mis à notre disposition.
Celle tache est très-difficile, nous dev< ns en convenir; d'autant plus que, si les moyens de persuasion manquent, on doit faire assaul de brutalité avec le brutal, rôle qu'on ne soutient longtemps que difficilement et qu'il faut être résolu d'avance à jouer jusqu'au bout : il faut le vaincre par lassitude. Mais avant d'en venir à celte extrémité , mieux vaut, par une étude attentive des habitudes du brutal, chercher à reconnaître quelle est la nalure réelle de sa brutalité, alin d'insister davantage sur les moyens physiques, si l'idiosyncrasie de l'individu le porte aux actes de brutalité qu'il'coaunel ; ou sur les secours moraux, si son mauvais caractère tient à un manque ou à un vice d'éducation.
CAGOT, Cagotf.bie. Voy. Bigot.
CALOMNIATEUR, Calomnie (vice). — Calomnier, c'est attribuer à autrui les vices qu'il n'a pas.Uien ne fa voriaedavanlage la calomnie (|uc de se l ire Inen \aloir des ennemis de la personne calomniée. Aussi le calomniateur, dont le propre esl de nuire aux autres, alrccte-t-il de calomnier une personne devant ses ennemis, séme-l-il sourdement dans le public les bruits qui peuvent la perdre, irritant, autant que possible, pour réussir plus sûrement, ceux qui ont l'esprit faible et sont le plus disposés à ai cueillir ses odieux mensonges.
Il a un double motif d'en a^'ir ainsi; d'abord celai de nuire, par jalousie, par envie, par esprit de vengeance, mi seulement par
habitude, pour avoir le malin plaisir de mal faire; ei puis, celui d'indisposer tout le monde contre la personne calomniée, et ci la a ce point, que nul ne se donnant le temps de rei bercher la vérité, elle sera condamnée sans merci. C'est ce que veut le calomniateur. Excilé par une sorte de besoin qui l'en-
(raine, ou dominé par une pensée coupable, il ne respeele rien, ni les liens du sang, ni le sexe, ni le carael re. Il calomnie ses proches s'ils lui font ombrage ou lui barrent le chemin pour arriver ou son ambition le pousse; il calomnie la femme vertueuse, si elle repOUSSe ses avances; il invente les anecdotes les plus dégoûtantes et les plus basses pour llelrir le prêtre. Parle-t-il du médecin, il le traite d'empoisonneur; d'un
ministre, il l'accuse de trahison ; d'un bon sold.it. il en fail un lâche; d'un gros commerçant enrichi, il l'assimile aux voleurs : la seule différence qu'il met entre eus, c'est que le négociant vole en gros et sans l'exposer en rien ; lan lis que le voleur joue sa liberté. >'.igit-il d'un magistral, il se laissé corrompre; d'un avoc.it, il n'a ni probité, ni jus. ment, ni talent; d'un banquier, c'est an
juil qui tripote Cl vole .1 la 11. mise, veiila-
bl( i di dj , a l'aide des fausses nouvelles qu'il \ débile; bref, rien n'est sacré pour lui, et il profile do ce qu' l y a de vrai dans les habitudes de certains individus, qui
CAN
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sonl réellemcnl capables de manquera leurs devoirs, pour faire de fausses applications de leurs vices à ceux qui n'ont jamais failli.
Malheureusement, chacun a au dedans de soi, cl c'est ce qui fait la forte de la calomnie, un dégoût du présent et l'amour de la nouveauté, qui porte à prêter facilement l'oreille au récit des choses extraordinaires et incroyables. Et comme rien n'est plus aisé que d'attaquer un innocent qui ne se défend point, l'accusé, en eetle renconlre, meurt Gomme un homme endormi qu'on tue dans une prise de ville.
Que f,iut-il donc faire en cette occasion ? Tout homme sensé et sage doit fermer l'oreille à la calomnie, comme Ulysse au chant des Sirènes; examiner la chose par soimême, sans avoir égard aux personnes et sans se laisser entraîner par les apparences. El comme il faut se méfier des gens d'esprit qui en font un mauvais usage; comme il faut détester les méchants qui- jettent leur fiel sur tout et metienl le désordre partout, on fuira le calomniateur qui est l'être le plus à craindre de la suciélé, un être qui, par son souffle empesté, voud:a t ternir la vertu la plus pure.
La calomnie étant une des formes du mensonge, je n'insisterai pa^ davantage sur ce sujet [Yoy. Mensonge), me bornant à faire remarquer, en passani.que si les effets de la calomnie sonl horribles, si elle ne fait que des victimes, le plus malheureux n'est pas l'homme innocent que la calomnie poursuit : n'eûl-il que sa conscience et Dieu qui la remplit, il sérail bien moins à plaindre que le calomniateur!... Peut-il èire un sort plus affreux que d'éprouver toujours contre soimême le sentiment de haine et de mépris qui s'attache à toute invention calomniatrice?
CANDEUR (verlu), Franchise (qualité bonne ou mauvaise), Naïveté (qualité bonne ou mauvaise), Ingénuité (bonne qualité). Sincérité (vertu). — Les sentiments divers que ces différentes dénominations nous rappellent oui entre eux des points de contact si intimes, qu'ils ne formeni en quelque sorte qu'une seule el même tamille. C'est pourquoi nous les réunirons lous sous un même chef.
Mais, de même que, dans chaque famille, chacun des membres qui la composent a, indépendamment d'un air de parenté, quelquefois fort apparent, une même conformité de goûts, de manières, de caractère, de manies même, qui leur vient de celte communaulé d'origine, de soins et d'éducation qu'ils reçoivent et qui les dislingue des autres familles ; de même il y a aussi, dans les qualités ou les défauts, dans les vices ou les vertus de l'âme, des conditions particulières, spéciales à Ici ou tel ou à lous, qui les distinguent les uns des autres. Voilà, du moins, ce qu'on peut observer en examinant ce que c'est que ra»dcur, franchise, ingénuité, naïveté, sinect ité.
On les a définies séparément, et on peut
les définir en groupe : cet étal de l'âme qm exclut toute espèce de dissimulation dans les dnlerents actes de la vie. Dès lors, quel nue soit de tous ces sentiments celui qui agit en nous, nous aurons une même tendance à due toujours la vérité, ce qui pourrait faire supposer, comme nous le disions il n'y a qu'un instant, que c'est un seul et même sentiment ayant différentes dénominations. Celte opinion ne manque pas d'une certaine vérité; mais, vu les conditions particulières dont nous parlions tout à l'heure il ne sera pas sans intérêt, je pense, de consacrer quelques lignes à dire en quoi elles consistent. El d'abord,
La candeur est un sentimenl vertueux, réfléchi el raisonné, qui naîl d'un grand' amour pour la vérité. Elle suppose ordinairement l'ignorance du mal, et se peint admirablement avec une nettelé parfaite dans les paroles, dans les actions, el même dans le silence de la personne candide.
Cette disposilion de l'âme à rester toujours dans le vrai ne se rencontre guère que dans quelques adolescents élevés sous l'aile maternelle, ou dans quelques femmes privilégiées en qui elle réside avec bonheur : elle sC perd aisément chez les jeunes gens el l'homme fait, par le commerce lu monde. C'est pourquoi, devenant de plus en plus rare à mesure que la dépravation des mœurs devient plus commune, elle esl d'une rareté telle, dans le siècle où nous vivons, et parlant si appréciée, si estimée, si honorée, que les hommes les plus corrompus lui rendent hommage et y attachent un grand prix. Ce n'est donc pas sans raison qu'o.i alûrme que la candeur esl une verlu, et que celte vertu est le plus bel ornement de toute créature humaine.'
Rappelons un des plus beaux exemples d'une véritable candeur. Tout le monde sait que la malheureuse princessa de Lamlialle, si célèbre par sa beauté et ses liaisons avec Marie-Antoinette, accepta la morl avec résignation. Elle eût pu sauver ses jours en faisant serment de haïr la reine el la royauté; mais comme il aurait fallu mentir à sa conscience et à ceux-là mêmes qui, pour la sauver, la pressaient de prêter ce serment, elle leur répondit avec la plus aimable el la plus touchante candeur : Il n'est pas dans mon cœur 1
A son tour, la franchise peut être considérée comme une vertu réfléchie et raisonnée, ou tout au moins comme une qualité Irès-précieuse ; mais reste-t-elle toujours à cet état comme la candeur? Non, puisque celle-ci n'a pas de bornes, tandis que si la franchise esl poussée Irop loiu, elle peut faire du tort à autrui et à la personne trop franche. Elle dégénère donc parfois en défaut, première différence qui la distingue <ie la candeur, laquelle ne dégénère jamais. De là cet ancien proverbe relatif à la franchise: Les vérités ne sont pas toujours bien dites.
Une autre différence à établir entre la caivlrur et la franchise est celle-ci : la première, tout en faisant parler comme ou
pense, et lent en empêchant de dissimuler, comme la candeur, se borne à dire la vérité en paroles seulement ; elle n'existe que dans le langage, tandis que, nous l'avons déjà nolé, la candeur se peint dans les discours, dans les actions el même dans le silence.
Puis il y a plus de réflexion dans l'une que dans l'autre, c'est-à-dire que l'homme franc agissant d'après unsentimenlirréfléchi. spontané et naturel, dit souvent plus qu'il ne devrait dire, plus même quelquefois qu il n'aurait voulu dire; ce qu'une personne candide ne fera jamais. Ainsi ces vers de Boiieau :
Pour moi, j'aime à nommer les choses par leur nom, Je dis qu'un chat est chat, et Rollet un fripon,
sont d'une franchise brusque , qu'un poêle moins satirique n'aurait pas écrils.
J'arrive à Vingénuitc, celte qualité d'une Ame innocente qui, sans se préoccuper de ce qu'elle (.lit et fait, se montre telle qu'elle est, parce qu'il n'y a rien en elle qui l'oblige à se cacher. Ainsi, que fait la personne ingénue? Elle avoue ce qu'elle sait, ce qu'elle sent; c'est souvent une bêtise, n'importe; dans son ingénuité, elle ne saurait rien taire, rien cacher, ce qui a fait dire de celte qualité qu'elle est sœur de l'indiscrétion. C'est possible; mais ce qui ne l'est |>as moins, c'est qu'elle est plus dangereuse , parce qu'elle est plus aimable.
Du reste, l'ingénuité semble exclure la réflexion el le raisonnement, el l'on trouve dans celte exclusion, un uou\eau point de dissemblance entre elle el la franchise ou la candeur.
Quant à la naïve lé, elleconsiste, on le sait, dans une pensée, un trait d'image, un sentiment qui nous échappe malgré nous, el qui, par conséquent, peut parfois nous faire beaucoup de tort.
Or, de cela seul que la naïveté est involontaire, on a pensé qu'elle était irréfléchie, ou mieux encore, on ci oit généralement que les gens naïfs oublient qu'ils ont réfléciii pour .s'attacher à la pensée qui seule les lait agir, i'.l cela doit être, puisque la naïveté forme le fond du caractère de l'enfant, à qui elle sied parfaitement du reste, à quelques exceptions près; cl d'ailleurs aussi, parce qu'elle est naturelle en eux; car on n'a pas encore perdu, à cet âge, l'amour du \ rai sur lequel l'Ile repose.
N'oublions pas pourtant de mentionner que la naïveté, loin d'elrc toujours une qualité, est quelquefois un il la il. Elle le devient assurément quand elle esi l'espression de la légèreté, de la mai ilé, de l'ignorance ( de l'iiupru :«'ii ■■<■, de l'imbécillité, ou, comme cela an ive souvent, de loul cela a la lois. Ob I alors, rien n'est Menant comme
une naïveté p»ri illC : exemple la 11.11 \ ele il s
tnfonlt terrible*. Ignorant la portée de leurs expressions, ils mettent souvent leurs parents OU les amis qui sont à leur l.ilile, ou le I étrangers qui viennent les v i -lier, d ni s !e plus
cruel embarras, Maman l ttl-et dt monsieur
que lu disais eofMU pd qu'il i'
de venir totales jours? — Ert-Ci <tc ma hune
CAN £92
que lu disais qu'elle était une folle d'avoir épousé un jeune mari qui ne l'avait prise que pour son argent, et qu'à coup sûr il lui en ferait voir!... Et autres naïvetés pareilles. Est-il rien de plus désagréable que d'avoir auprès de soi des enfants si mal élevés?
Reste la sincérité. Celle vertu diffère de la franchise en ce que cette dernière, nous devons le répéter, fait parler comme on pense, au lieu que la sincérité empêche de parler autrement qu'on ne pense. Sous ce rapport, elle se rapprocherait de la candeur; mais, attendu qu'elle est moins réfléchie, moins le fa I du raisonnement qu'elle, ce n'est donc pas une vertu comme elle. Ou si l'on v.ul que la sincérité soit une vertu, et je l'admets volontiers, cette vertu n'ayant pas pour caractère distinctif l'ignorance du mut, apanage de la candeur, on aurait peut-être tort de les considérer comme une seule el même vertu. D'ailleurs, n'est-ce pas qu'il y a bien plus de pureté dans l'une que dans l'autre?
Après avoir énuméré, ou à peu près, les caractères dislinclifs el différentiels delà candi- ur , de la franchise, de la naïveté el de la sincérité , il me reste à faire remarquer qu'il y a deux de ces sentiments qui paraissent tellement se confondre l'un avec l'autre, qu'il serait impossible de les séparer. Je veux parler de la naïveté et de l'ingénuité. Leurs rapports sont fort intimes , leur identité bien grande, on ne saurait le contester, cl cependant, si l'on considère que l'ingénuité est dans le sentiment cl la naïveté dans le Ion; que la première avoue, révèle, dit simplement ce qu'elle pense, et la deuxième peint, embellit ce qu'elle dit; ou, pour parler plus clairement , que les expressions de celle-ci peuvent èlre naïves el les discours de celle-là ingénus, on ne voudra pas les confondre, parce qu'on ne les trouvera pas parfaitement identiques.
Ainsi, d'après loul ce qui précède, on doit renoncer à considérer comme un seul el même sentiment, la candeur, la franchise, {'ingénuité, la naïveté cl la sincérité; cl donner au contraire, à chacune de ces impressions, une acception particulière.
On y renoncera bien mieux encore, si l'on considère chacun de ces sentiments à part, mis en pratique. Que voyons-nous en effet dans le monde? qu'une personne candide dit toujours vrai ; qu'un homme franc ne dissimule jamais, il ne le saurnt; qu'un enfant ingénu ne s ni rien cacher, il est trop ignorant ou trop élourdi pour cela ; qu'une fille ii m c n'csl guère propre à flatter, el que les gens sincères ne veulent point tromper. C esl pour ces motifs, c'est a-dire par cela seul que I i candeur exclut toute dissimulalion, qu'on l'aune e qu'on la recherche avec ardeur; que la Irauc.hise, quand elle esl
rais table, ne nuisant a personne , plaît
généralement et l.itilite le cooiinen affines civile.; que l'ingénuité, no tachant rien cacher, fui pécher contre la pmdenc • ; que la naïveté, offensant quclqueloi , risque de faire manquer à la politesse; <t que l> incérilé, étani toujours estimable el
CAN
estimée, fait le plus grand mérite dans le commerce da cœur.
En conséquence, ces diverses qualités ou vertus, qui toutes se présentcnlavecdes caractères 1res -'nettement dessinés, bien tranchés, nedoivent pas rigoureusement être considérés comme parfaitci ent identiques.
Néanmoins, comme en les séparant dans des articles distincts nous nous exposerions à des redites qui nuiraient à l'exposition et à la clarté des matières, c'est-à-dire à l'appréciation exacte de ces vertus et de ces qualités dont qnclqurs-unes dégénèrent en défauts, mieux a valu, je crois, les grouper loulcs en un article unique, et le rendre par ce rapprochement bien plus c'air et bien plus complet.
Maintenant que nous avons apprécié la valeur et l'utilité de ces différents sentiments, il ne nous reste plus qu'à tirer des considérations générales qui ont éiô développées les conclusions suivantes, savoir :
1° Que la candeur étant une verlu bien plus naturelle qu'acquise, c'est un bonheur de l'avoir conservée; et nous devons désirer la trouver dans les personnes que nous affectionnons. C'est à en faire comprendre l'utilité, l'importance, aux jeunes personnes, que nous devons mettre tous nos soins et diriger nos efforts.
2° Que la franchise étant tantôt une qualité et tantôt un défaut, il faut savoir en tracer les limites, et les faire assez élevées pour que chacun puisse les apercevoir. Elle ne doit jamais sortir des règles de la convenance cl de la plus exquise politesse, ne nous faire du tort en aucune façon, et encore moins en faire à autrui. C'est ce qu'on est sûr d'obtenir de toute personne honnéle, si l'on peut lui persuader qu'il vaut beaucoup mieux so taire, quand il n'y a pas obligation de parler, que de parler alors que ce qu'on dirait ne peut intéresser personne.
3° Que l'ingénuité se trouvant fort recherchée parce qu'elle gagne l'esprit et le cœur par un commerce doux, agréable et facile, el fait supposer que la jeune fille qui la possède est riche de toutes les vertus, rien ne doit être négligé par elle, pour rester toujours ingénue. Saris douic, et nous en avon* déjà fait l'observation , l'ingénuité fait pécher contre la prudence el devient alors nuisible; mais n'est-ce pas qu'il est impossible de rester fâché contre un enfant, un adolescent, une jeune femme ingénue? qu'ils nous désarment par leur ingénuité?
k° Qu'il en seia de même de la naïveté. On l'estime parce qu'elle est aimable; mais on la redoute parce qu'elle mord, parce qu'elle blesse , parce qu'elle tue parfois en ridiculisant, ou en dévoilant des mystères que l'on tenait soigneusement cachés. Exemple : Maman! sais-tu que ma bonne est bien mal élevée? — Comment cela, ma fille? — Elle disait ce matin à pipa : Tu m'embêtes 1 Et pourtant, malgré ces malencontreuses indiscréiions, peut-on en vouloir à l'enfant el même à la jeune personne qui nous aura trahis, offenses par la naïveté de ses paroles ?