‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 47 sur 251 · CAP · texte numérisé non relu

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5° Enfin, que la sincérité étant une verlu aux yeux de tous les hommes qui onl quelque mérite (et c'est peut-ê're à cause de cela qu'elle est considérée par certaines gens comme un défaut), on fera bien de la rechercher avec soin et do se faire une loi d'être toujours sincère. Mais plus on la recherche en autrui, plus il faut se méfier de cette espèce de fausse sincérité ou fine dissimulation dont se servent ceux qui veulent gagner notre confiance Une sincérité pareille n'est qu'un odieux mensonge, qu'il faut savoir reconnaître, démasquer et punir.

Du reste, les personnes candides, franches, ingénues, naïves et sincères, éviteront facilement de tomber dans le piège, si elles so méfient des gens qui affectent de parler de leur frain hise,de leur sincérité : tout comme elles éviteront les inconvénients que j'ai sgnalcs piécédcmment, si elles contractent do bonne heuie l'habitude de la réflexion, de la discrétion, de la bienveillance, en un mot de toutes les vertus, qui, profondément gravées dans nos cœurs et constamment mises en pratique, nous corrigeront de bien des Iravers, de bien des défauts, et même de beaucoup de nos vices.

CAPRICIEUX, Caprices (défaut). — Pour bien comprendre le capricieux , il faut le considérer sous deux aspects différents, à savoir, selon que, par un travers de caractère dont il ne se départ jamais , inconstant et léger , il éprouve alternativement des mouvements subits, spontanés, d'amour ou de haine, de désir ou d'aversion, de louange ou de blâme , etc., sans que la réflexion pu ssc modérer en rien l'exaltation de son esprit, ce qui le confond en quelque sorte avec le Bizarre (lot/, ce mot), le fantasque, le quinteux ou le bourru ; el selon que, semblable aux enfants gâtés, il est tout au rebours de ce qu'on voudrait qu'il fût, ce qui le confond avec le boudeur. La plupart des auteurs de dictionnaires ont donc eu tort de considérer le mot capricieux comme synonyme de bizarre seulement.

Sans doute il y a caprice ou bizarrerie de la part de celle jeune personne, qui sait qu'elle a une jolie voix, qui brûle du désir de se faire applaudir, et qui cependant ne, veul pas chanter parce qu'on le lui aura dit trop lard ou qu'on ne l'aura pas assez pressée. Sans doute il y a bizarrerie ou caprice de la pari de cet enfant qui ne veut pas manger de la crème qu'il avait demandée, parce qu'on ne l'a pas servi tout de suite , ou qui refuse d'aller à la promenade, parce qu'on ne lui met pas son chapeau neuf, etc., etc. Mais dans tous ces cas c'est un caprice Boi delr {\oy. ce mol), bien différent du caprice simplement Bizarre. Aussi, quoique leur synonyme sous cerlains rapports, il mérite d'en être distingué el séparé sous quelques autres.

Quoi qu'il en soit, comme dans l'un ou l'autre cas le caprice tient à un manque d'éducation ou à une coupable faiblesse de la part des parents à l'égard de leurs enfants, il est rare qu'à mesure que la raisou se forme

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el que l'enfant se fait un peu mieux aux usages de la bonne compagnie, cet enfantillage des personnes capricieuses n'aille s'affaiblissant de plus en plus el ne finisse par ne plus se montrer. On doit favoriser cetle réaction par d'adroites remarques que l'on peut faire faire aux enfants qu'on veut corriger, et en y joignant quelques plaisanteries délicates sur les personnes qu'on leur fera rcmaiquer.ll va sans dire que ce sont celles qui ont les mêmes défauts qu'eux.

El quant aux femmes qu'à certains égards on nomme capricieuses, nous devons leur faire savoir, alors qu'elles l'ignoreraient, que si le caprice n'est pas toujours sans attraits , il nuil souvent à leur bonheur. 11 semblé d'abord, il est vrai, fixer auprès d'elles le cœur de celui qu'elles aiment; aux premiers j 'tirs, il jolie une sorte de \ariété jusque dans la constance; mais bientôt il fatigue, il rebute. Dans le mai iage, surtout, il est déplacé; car un pèie de famille est livré à tant de soins qui demandent toute l'attention de son esprit, qu'il est bon pour lui de pouvoir aimer avec calme et sécurité.

CAUSTIQUE (faculté). — Caustique, esprit caustique, se dit, en morale, de celte faculté naturelle ou acquise que les gens d'esprit possèdent, el qui leur fait dire ou écrire, avec une malignité mordante ou satirique, des choses qui nous piquent ou nous blessent.

C'est la qualité dominante des écrits d'Horace, de Juvénal, de Martial, de Iioileau, etc., qui dans leurs épi grammes, où parfois la méchanceté perce, oui déversé le ridicule sur bien des défauts, bien des travers, que la société tolère, m Igré tout le sel dont ils ont assaisonné leur style piquant et original.

Leurs vers sonl dans toutes les bouches, on les répèle à tout prop >s, on se fait même un mérite de les réciter ; mais en sommesnous détenus meilleurs? Ne faisons-nous rien de ce qu'ils ont critiqué, blâme? Personne n'y songe : et si chacun de nous récite les \crs de Iioileau ou les épigrammes de Martial, c'est pour la satisfaction de notre amour- propre , pour avoir la réputation d'homme lettré, el non dans iin but d'intérêt général : la réforme des mœurs.

Ce déviait cire pourtant notre première pensée; el si nous son. mes doues d un esprit caustique, nous devons eu faire un bon usage. Voyez, pour les règles â suivra, Satire, Satirique, synonyme de caustique.

CHAGRIN (sentiment).— Celui dont l'âme esi attristée par 1rs revers, éprouve des chagrins.— Ceux-ci sonl nombreux el fréquents, car ils viennent du mécontentement el des tracasseries de la vie; el nous savons long que le cours de noire existence en est semé.

Ils sont même tellement inhérents à notre nature, si inséparables de notre condition, qu'eu quelque étal de bonhen r et de prospérité où nous soyons, nous devons nous attendre à ce qu'ils vienneol nous surprendre avec la cause qui les produit. Par là , si nous ne parvenons pas .1 lei éviter, i\^ nous

deviendront probablement moins sensibles, ■surtout si nous rapportons à Dieu nos mal-

heurs et les accueillons avec la résiguatio dn chrélien.

Préparez-vous, disait une mère à son fils, à essuyer les revers de la fortune el à souffrir divers accidents fâcheux , malgré toute la probité qui pourra se trouver en vous. Ce désordre apparent fait partie de l'ordre exact par lequel ce monde est gouverné. Comment serait-il, sans cela, le sage prélude u'un séjour à venir et le noviciat d'une vie infiniment meilleure que celle-ci? Dans toutes vos adversités, armez-vous de la réflexion el de la patience. Ne vous plaignez jamais avec bassesse, mais regardez toujours à la Providen e, et que votre soumission, votre résignation, vous mettent au-dessus de votre infortune.

De même, la raison veut qu'on supporte patiemment l'adversité, qu'on n'en aggrave pas le poids par des plaintes inuli es, qu'on n'estime pas les choses humaines au delà de leur prix , qu'on n'épuise pas à pleurer ses maux les forces qu'on a pour les adoucir, cl qu'enfin, l'on songe quelquefo s qu'il est impossible à l'homme de prévoir l'avenir el de se connaître assez lui-même pour savoir si ce qui lui arrive est un bien ou un mal pour lui. C'est ainsi que se comportera l'homme judicieux el tempérant en proie à la mauvaise fortune. Il lâchera de mettre à profit ses revers mêmes, comme un joueur prudent cherche à lirer parti d'un mauvais point que le hasard lui amène; et, sans se lamenter connue un enfant qui tombe et pleure auprès de la pierre qui l'a frappé, il saura porter, s'il le faut, un fer salutaire à sa blessure, et la faire saigner pour la guérir. (J.-J. Rousseau.)

Le chagrin a des effets plus ou moins prompls, plus ou moins durables, plus ou moins profonds sur le physique de l'homme. Ainsi, 1° je trouve dans la Bibliothèque </->• Croisades, 1. 1, que dans la diète de Ra lis bon ne, une foule de princes et de prélats ayant fait serment de défendre l'héritage du Christ, les intérêts les plus cbers, le^ p us tendres affections, ne purent retenir ces princes el ces chevaliers dans leur pairie. De ce nombre était Frédéric, neveu de l'empereur; il avait pris la croix, et ne se laissa point loucher par les lai mes de son \ieux père, le due de

Souale, qui mourut de douleur malgré les ((insolations de saint Bernard. (Ollon de /■><■sengen, chap. .'(7.)

■2 Borsinius rapporte qu'une demoiselle de Sienne mourut subitement (h; regret en voyant partir le comte Curiale, son amant. L'histoire nous dit aussi ,3'qu'Inocrate mourut de chagrin peu de jours après avoir appris la défaite des Athéniens à Cbérouée; el Louis Carrache, pour avoir rail une faute de dessin dans la figure de l'ange de l'Annonciation, tirs, pie qu il peignai) dans l'église du Saintr Pierre. Du reste, tous les auteurs de médecine fonl mention des désordres organiques cl vitaux que les chagrins prolonge sionnenl dans le corps humain. Toutefois , comme ces dé ordres sonl absolument les mêmes que cens produits par la Iri te >■.

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nous renverrons à cet article les observalions el réflexions qui doivent compléter celui-ci. Voy. Tristesse.

CHANGEANT , Changement ( défaut ).

— Poussés par un instinct naturel ou un sentiment irréfléchi, tous les hommes sont naturellement portés au changement; mais il est une chose qui les y porte bien davantage et dont il faut se défier en bien des circonstances, c'est le changement qui s'opère en eux lorsque leur intérêt personnel ou tout au moins leur satisfaction intérieure s'y trouve. Ainsi , suivantqu'ils serontdirigéspar l'un ou l'autre de ces motifs, l'ambitieux ou le libertin, par exemple , changeront d'opinion, de condition, voleront à cl autres intrigues sans s'inquiéler si leurs paroles ou leurs actions les mettent en opposilion formelle avec eux-mêmes. Le goût du changement s'étendantdes personnesaux choses, l'homme inconstant changera ses chevaux, ses meubles, ses habitudes ; se liera le lendemain avec la personne qu'il haïssait la veille, partira à la lutte pour la campagne, après avoir déclaré tout à l'heure que le séjour de la ville était délicieux et qu'il ne le quitterait jamais. Que sais-ji?...

Si encore les hommes changeaient pour devenir meilleurs ; si leur amour pour le changement se portait sur des réformes salulaircs à introduire dans les mœurs, dans les coutumes, dans les usages de la société; si, après avoir suivi le torrent qui mène au vice et à l'irréligion, ils entraient franchement et ouvertement dans les voies de la verlu el des pratiques religieuses, ce changement serait glorieux ; mais non, s'ils changent leurs habitudes, c'est par lassitude, par degoût plus que par repentir; c'e»l pour avoir le plaisir du changement, après avoir épuisé l'autre plaisir.

Sous tous ces rapports, l'homme changeant ne d.ffère pas en quelque sorte, soit du biznrre, du fantasque, du capricieux, du quinteux (Voy. Bizarre) , soit de l'inconstant, du léger, etc. (Voy. Inconstance), soit de I'Hypocrite (Voy. ce mol), qui, lui, professe toujours les opinions du moment, etc. On verra, ■ n parcourant les articles auxquels je renvoie, quels sont les inconvénients de changer ainsi à tout propos, et par quels moyens on peut se corriger de ce travers.

CHARITABLE, Charité (devoir), Commisération, ou Pitii:, Compassion (sentiments affectueux). — Parmi les attribuls de la lionlé, un de ceux qui la caractérisent le mieux c'est la compassion, ou celle tendresse affectueuse de l'âme qui nous porte à plaindre les malheureux , qui nous fait entrer dans leurs peines et qui nous inspire le désir de les soulager.

Puis vient la commisération ou pitié (mots parfaitement synonymes), qui, elle aussi, est le sentiment d'une affection douce et lendre de l'âme qui s'émeut douloureusement à la vue des maux d'aulrui; mais elle paraîtrait avoir quelque chose de plus que la compas- Dictio.nn. i>es Passions, etc.

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sion; elle semble ajouter à celle-ci un degré de plus de sensibilité.

El quant à la charité, ce n'est aulre chose que la compassion et la commisération mises en pratique : je m'explique. Quand touché de compassion ou de pitié à l'aspect d'un être souffrant et pauvre, ou seulement au récit de ses misères, nous sommes portés comme par instinct à voler à son secours et courons le consoler par de bienveillantes et fraternelles paroles, par d'abondantes aumônes, le sentiment naturel qui nous inspire et nous fait agir, c'est la compassion, c'est la pitié; les actes que nous accomplissons en suivant ces inspirations sont des actes de charité.

II est si spontané, ce sentiment, placé si avant dans le cœur humain, que l'individu le plus personnel, tranchons le mot, le plus égoïste, ne le perd jamais (l'avare seul excepté), et conserve souvent ce penchant à faire le bien, quoiqu'il le mette en contradiction avec lui-même. C'est ainsi qu'on voit le voleur de profession qui dépouille le passant, couvrir encore la nudité du pauvre, et le plus féroce assassin soutenir dans ses bras un homme qui tombe en défaillance.

Considérées de la sorte, la compassion et la commisération , ou pitié, semblent devoir leur origine à la bonté, celte forte conception des maux de nos semblables. C'est qu'en effet, p;ir une influence qui leur est commune avec celle de leur source originelle, la bonté, dès qu'un malheureux s'offre à nos regards ou que le souvenir de ses misères frappe notre esprit, l'imagination s'élève par degrés de l'idée du visible au sentiment réel, et notre âme émue par ce souvenir, ou touchée par ce spectacle, ne saurait nous laisser indifférents el inactifs. C'est pour cela que Fléchier a défini la pitié : Une tristesse mêlée d'amour pour ceux qui souffrent.

On a prétendu que, pour qu'il en soit ainsi, il ne faut pas que nous soyons heureux ou malheureux nous-mêmes, vu que dans l'une ou l'autre de ces situations les hommes ne sont ni compatissants ni charitables : l'homme heureux ne soupçonnant pas les horreurs de la pauvreté, l'homme malheureux se croyant toujours plus misérable qu'aulrui. Avec une pareille ignorance et de telles pensées, ils doivent, dit-on, devenir indiflérenls ou égoïstes.

C'est, je crois, porter un faux jugement de l'esprit el des mœurs de la société en général que de la voir ainsi faite : ces récits journaliers que l'on entend sur les souffrances qu'endure celai qui voit ses enfants mourir de faim et n'a pas un morceau de pain à leur offrir; celui qui tremble de froid et n'a que des haillons pour couvrir ses membres glacés, etc., etc. ; ces récils, dis-je, devant amollir le cœur de tous ceux à qui rien n'a jamais manqué, à qui rien ne manque. Je ne dis pas qu'il ne puisse y avoir quelques exceptions à celte règle (et quelle est la règle qui n'eu a pas? ); mais le plus grand nombre de riches ou de misérables seront touchés, soyez-en certains, de compassion ou de pitié, et leur maiu s ouvrira

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pour répandre des bienfaits. Voyez la venve de l'Evangile, elle n'a qu'un denier et elie le donne; n'était-elle pas bien malheureuse? pouvait-elle être plus charitable?

Voyez Clotilde de Bourgogne N'étant en- 'eoreque princesse, elle possédait déjà toutes les vertus chrétiennes. Sa réputation étant venue jusqu'aux oreilles de Clovis, le roi des Francs résolut de l'épouser, s'il était vrai qu'elle fût aussi bonne qu'on le disait. Afin de s'en assurer , il envoya en Bourgogne un de ses affldés nommé Aurélien. Celuici, déguisé en mendiant, est chargé de remettre à Clotilde un anneauque lui envoyait Clovis. Auréiien arma donc sans se faire connaître, el trouva les deux filles de Chilpéric à la porte d'une église, entourées de pauvres, donnant aux uns et caressant les autres.

L'envoyé du monarque français s'approrhe de Clotilde, qui s'empresse de lui laver les pieds. Aurélien, se penchant alors vers elle, lui dit tout bas : « Maîtresse, Clovis, roi de France, m'envoie vers toi ; si c'est la volonté de Dieu, il désire vivement l'épouser, et pour que lu me croies, voici son anneau. » Clotilde accepta avec joie. Que ressort-il de ce fait historique? Que Clotilde, sans avoir jamais été malheureuse, savait compatir au malheur. Donc on y compatit dans toutes les conditions.

En voulez-vous d'autres preuves? Examinez ce qui se passe tous les jours au sein de nos cites, dans celte classe qui connaît le malheur et dans celle qui est censéo ne pas le connaître; et vous y verrez les pauvres se secourir les uns les autres : témoin ces femmes charitables qui, voyant un individu tomber d'inanition et n'ayant absolument rien à lui donner pour ranimer ses forces, vont quêtant de porte en porte, ou mendient de chaque passant quelques sous qu'elles s'empressent de lui porier ; les riches s'associer à des œuvres de charité dont les dames palronnesses font les frais avec un zèle et un dévouement vraiment admirai les, et cela sans arrière-pensée. Et ils ont raison; car malheur au riche qui resterait impassible et froid devant ces tableaux îles misères de celle vie! Malheur à lui, puisqu'il s'isolera du monde qu'il aime tant, de s: s frères qu'il doit-soulager, tous les hommes ayant elé créés pour s'aider cl >e secourir les uns les autres ! Que les très-heureux el hs bien malheureux s ii muais compatissants que les intermédiaires, c'est possible; mais dire d'une manière absolue qu'ils ne sont pas charitables, c'est aller au delà de la vente.

Ainsi, soulai er les malheureux qui implorent notre pil e OU que la honte île leur misère relient silencieux, c'est être charitable; c l la charité ainsi conçue n'est pas une venu,

c'est simplement un devoir que la philoso phfe païenne, les lois de la morale et les

I ré© plci de l'Evangile commandent.

je .lis premièrement, ta philosophie païenne.

II résulte eu effet des explications que Sénèque, philosophe païen, a données relative iiienl ù la manière dont les hommes doivent

honorer les dieux, el aux égards qu'ils se doivent les uns aux autres, que ce n'est qu'en croyant aux dieux , en pratiquant des bonnes', œuvres rt en târliant de les imiter dans leurs: perfections, qu'on p'-ut leur rendre un culte agréable. El ailleurs : Tous les hjm nés doivent se regarder tous comme les membres d'un grand corps, la nature les ayant tires de la même source et , par là, les ayant faits les parents les uns des autres.

Tels étaient , on le sait, les préceptes que Sénèque enseignait et qu'il a résumés en quelque sorte dans ce beau vers qui explique toute sa pensée : Homo sum, humani nihit a me nlienum puto : « Je suis homme et tout ce qui regarde les hommes ne m'est point étranger. »

J'ai dit secondement, les lois de la morale. La preuve, c'est qu'il suffit qu'un malheureux excite par ses souffrances ou par sa pauvreté notre compassion ou notre pitié, pour qu'aussitôt, par philanthropie, nous nous fassions un devoir de lui venir en aide, chacun suivant nos facultés et nos moyens.

A plus forte raison, troisièmement, les préceptes du clirislia)tisme, qui viîit qu'on aime son prochain comme soi-même, et qu'on fasse à autrui ce que nous voudrions qu'il nous fît.

Sous ce rapport, je ferai remarquer que, ayant peu étudié la théologie, je ne puis comprendre pourquoi le catholicisme appelle la charité une vertu théologale, alors qu'on ne devrait, ce me semble, ne la regarder que comme l'accomplissement d'une vertu, et par exemple de la compassion, de l'amour de l'humanité ou tout autre sentiment vertueux.

Laissant à de plus habiles (pie moi le soin de traiter cette question dans les Dictionnaires de théologie ou dans les ouvrages consacrés à l'examen de ces mêmes questions, je me bornerai, dans celui-ci, à dire quelle est l'idée que je me suis faite de la chanté. Non que je prétende imposer mon opinion à personne, mais parce que je dé>ire prouver que ce n'est pas à la légère que je l'a' adoptée. Cette discussion prouvera d'ailleurs que ce n'est pas sans fondement que j'ai dit dans mon épigraphe : J'ai observé avant de raisonner ; j'ai raisonné avant d'écrire.

Entrons franchement en matière. En quoi l'Eglise fait-elle consister la charité? La charité, rest l'Evangile bn action (Pleniludottgis

charilas). L'amour est I'aCCOHPLISSBUBKT Ût In lui, dit saint Paul ( Rom. xm, 10). Ainsi considérée dans son ensemble, la charité c'etl l'amour de Dieu comme le souverain bien, amour de Dieu pour lui-même [Fént4an)\ c'est l'amour du prochain en > ue de Dieu, ou un zèle de religion pour le proohain ( Vauvenargues). El comme Dieu es! inséparable de la morale évangéliquo, tout ce qu'on fait par amour p iur Dieu est l'accomplissement de son Evangile, de .ses dogmes.

les lois la charité aurait deui objets matériels (connue on parle dans l'école ) sur lesquels elle s'exerce, à savoir : Dieu cl le prochain.

Mi i icii, j'avoue avec sincérité que je ne

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comprends pas, je le répète, comment la charité ainsi ordonnée peut être une vertu. C'est peut-être parce que je ne donne pas au mot vertu le sens ihéologique. Mais toujours est-il que, quand parla pensée je m'élève de la créature au Créateur, je sens en mon âme un sentiment vil' et profond de reconnaissance et d'amour, qui mecrie : ïudois aimer ton Dieu par-dessus toutes choses ; car il a mis en ton corps le principe qui l'anime , et il t'a donné ces nobles facultés qui le permettent de le considérer dans toute sa splendeur, sa magnificence et sa beauté. Tu dois donc tout l'aire, tout entreprendre, tout sacrifier, tout souffrir, mourir même pour ton Dieu, qui lui-même a tout fait, tout entrepris , tout sacrifié, tout souffert, jusqu'au supplice infâme de la croix, pour te racheter et te sauver.

Pénéiré de ce senliment qui me fait aimer mon Dieu de toute la puissance de mon âme, je deviens docile à sa parole et j'aime mon pruchain comme moi-même par obéissance autant que par sentiment. Mais dans tout cela, je l'avoue, je ne vois pas une verlu ; j'y trouve un devoir sacré que je suis heureux de remplir, parce qu'il est en harmonie avec mes secrets penchants. Je dis plus : y verraisje une verlu que je ne voudrais pas l'appeler charité. Je la nommerais amour divin, et je serais, je crois , conséquent avec mes principes, puisque, quand je dis mon acte de charité, c'est un acte d'amour que je récite : Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur, parce que vous êtes infiniment bon, infiniment aimable, et j'aime mon prochain comme moi-même pour l'amour de vous. Est-ce clair?

Que cet amour de Dieu, que cet amour du prochain, quand ils sont bien sent s, rendent charitable, je le conçois ; car qui aime Dieu aime sa créature, et qui aime son prochain même en vue de Dieu ne peut manquer d'avoir toutes les vertus que cet amour commande. Et nous avons déclaré en commençant que la compassion et la commisération ou pilié font partie de ces vertus.

Mais être charitable ou faire la charité par compassion ou par commisération, paramour de Dieu ou par amour des hommes en vue de Dieu, c'est l'accomplissement ou In pratique d'un senliment vertueux., et non la venu elle-même. Une verlu, selon moi, c'est lu pensée, c'est le senliment spontané, irréfléchi, affectueux, qui nous fait agir; et la pratique de celle vertu, ce sont les actes que nous accomplissons en verlu de ce senliment. La définition Ihéologiquc est peut-être un peu différente de la mienne.

Je sais que saint Paul, cet athlète de la charité, cette intelligence si vaste qu'elle embrassait tout, disait avec enthousiasme : Quand je parlerais toutes les langues de la terre et que j'entendrais même le langage des anijis, si je n'ai pas la charité, je ressemble à l'airain qui résonne ou à la lymbale qui retentit. (Cor. xui, 1). Je sais que, pour nous enseigner quels doivent être les caractères de la charité chrétienne, il a écrit : La charité es!

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patiente, elle est douce, elle est bienfaisante. La charité n'est point envieuse, elle n'est pas vaine et phécipitée, elle ne s'enfle point d'o*Gveih. Elle n'est pas dédaigneuse ; elle ne se pique et ne s'aigrit de rien; elle n'a point de mauvais soupçons. Elle ne se réjouit point de l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité. Elle supporte tout, elle croit tout, elle espère tout, elle souffre tout.

Eh bien, je le demande, ces caractères divers ne peuvent-ils pas convenir à l'idée que je me suis formée de la chanté ?

J'ajoute, pour pousser plus loin encore mon argumentation, que je ne serais pas éloigné de croire que faire la charité en vue de Dieu peut être considéré, rigoureusement parlant, comme participant de l'amour de soi-même, Dieu nous ayant promis des récompenses proponionnées à nos bienfaits.

Or, comme celte arrière-pensée pourrait fort bien guider notre main quand elle fait la charité, et que chacun peut se dire du fond de son âme : Dieu me voit, il doit s'ensuivre que toutes les actions même charilables qui sont faites par tels ou leis ne sont pas également méritantes, ne sont pas également vertueuses dans l'acception rigoureuse du mot vertu. D'ailleurs, « le geste naturel de l'homme sensible (pour compatissant) n'est-il pas d'ouvrir la main quand elle est pleine ? Ce n'est pas là une vertu : c'est un plaisir. » (Lamartine.)

Quoi qu'il en soit, soyons charitables et suivons à celte intention la belle règle que saint Augustin nous a tracée pour l'application de la charité. « Où la raison est égale, disait le grand écrivain, il faut que la raison décide. L'obligation de s'entr'aimer est égale dans tous les hommes et pour tous les hommes. Mais comme on ne peut pas également les servir tous, on doit s'attacher principalement à servir ceux que les lieux, le temps et les autres rencontres semblables, nous unissent d'une façon particulière comme par une espèce de sort. »

Ce n'est pas qu'il faille encourager les pauvres à se faire mendiants ; mais quand ils le sont, il faut les nourrir de peur qu'ils ne se fassent voleurs. Un liard est bientôt demandé et refusé; vingt liards auraient payé le souper d'un pauvre que vingt refus peuvent impatienter. Qui est-ce qui voudrait jamais refuser une pareille aumône, s'il savait qu'elle peut sauver deux hommes, l'un d'un crime, l'autre de la mort? (J.-J. Rousseau.)

Soyons charilables, on ne «aurait trop le répéter, soit par compassion, soit paramour de Dieu, soit par amour du prochain, soit par amour de nous-mêmes, pourvu que les pauvres soient secourus. Mais soyons-le sans fasle et sans ostentation : car « de même que la charité bien entendue sanctifie les actions les plus communes, do même l'orgueil souilleet corrompt les plus sublimes actions.» (La Rochefoucauld.)

Oui, en toute occasion, quand vous vous sentirez porté vers quelque bien ; lorsque votre beau naturel vous sollicitera pour

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