‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 7 sur 251 · I.NTHODUCTJON · texte numérisé non relu

I.NTHODUCTJON

Différence qui mérite la pins grande altention.

La force vitale s'est manifestée dans le ventre de la mère, quand elle a formé un système d'org;i nés prodigieusement complexe;... i.mdis que la puissance psychique n'a manifesté son existence qu'après avoir été mise «■n relation, au moment de sa naissance, avec le monde extérieur.

La première a la science infu»e et n'a besoin d'aucun apprentissage;.... la seconde n'a que des aptitudes; elle n'est capable d'opéri r que lorsqu'elle a été instruite par les sensations cl par l'expérience.

Les premiers actes de la force vitale sont des coups de maître ;... ceux de la puis-

l'ordre métaphysique, de la certitude d'une inslinction future (I).

Ces vérités ne sont pas nouvelles, puisque dans son Traité de l'âme, Aristolc s'est occupé du dynamisme des êtres vivants, et particulièrement de celui de l'homme et des animaux. Mais dans le livre d'Arislote le moi âme est employé dans le sens du dynamisme vital sans dualité; et parconséquent il n'a pas l'acception suivant laquelle l'école de Montpellier l'emploie habituellement. Ainsi, il observe l'âme dans l'homme, dans les animaux, dans les zoophytes, dans les plantes. L'Intelligence n'est ordinairement, suivant l'auteur, qu'une faculté de cette âme qui est douée de la nutrition et du mouvement spontané; seu-

auce psychique sont d'abord imparfaits, et lement e le n'est pas aussi nécessaire que la

nutrition, pu:sque les plantes en manquent. Je dis ordinairement, car Aristole n'est pas con -tant dans ses idées et dans son langage; quelquefois V Intelligence est de sa nature immortelle ; il est ruéme échappé à l'auteur de dire qu'elle ne vieillit pas. Cependant, en somme, suivant lii, l'âme, étroitement liée au corps d'une manière indissoluble, partage le sort de l'agrégat matériel, et par conséquent elle subit la mort et la dissolution, qui sont les terminaisons infaillibles des corps vivanN.

ce n'est que par l'usage et par l'attention qo'ils acquièrent les plus hautes qualités qu'ele peut leur donner.

Dans la force vitale, les qualités accidentelles favorables ou défavorables , la beauté ■ es firmes, la santé, la laideur, la couleur, les affections morbides, se transmettent par la génération , et les enfants héritent ces modes de leurs parents ;... dans la puissance psychique les qualités intellectuelles et morales, qui sont le résultat de l'éducation, naissent et meurent chez l'individu , sans que les desrendants puissent profiter des \ erlus de leur> parents, ni s'excuser de leurs vices sur les crimes de leurs ancêlres : leur éducation est toute à leur ch.irge, et le fils du grand homme n'est p is dispensé de faire toutes les élu les qui ont contribué à l'illustration du père.

Enfin , la force vitale , dans sa course naturelle , s'accroît , se développe , se renlorce pendant la première moitié de la we humaine; mais dans la seconde moitié de cette vie , il survient un décaissement progressif, u«e vieillesse progressive du système corporel , dont le terme infaillible est la mort.... La puissance psychique ne subit point nécessairement celle décadence ; si les maladies ne l'entravent pas, il dépend d'elle d'ajouter indéfiniment à sa valeur jusqu'au terme de la \ic : de sorte que l'instant de la mort senile, de la mort accompagnée du denier degré de la décrépitude, peut être le

Ces contradictions (soigneusement relevées par M. Lorda!) et des assertions hasardées assez nombreuses nous font voir qu'un génie supérieur ne rend pis constamment l'esprit humain exempt d'imperfei lions ; et que la jeunesse, la précipitation, des préocrupations, le défaut d'une attention assez longue, peuvent exposer un grand homme à l'inconséquence et à l'erreur.

Sous le rapport de la dualité du dynamisme humain, le philosophe de Staiiire est moins avancé que Platon son maître, et qu'Hippocrale leur prédécesseur, pour qui le mens de l'antiquité, le principe de la pensée, n'est pas l'anima, la force vitale, attendu que la première de ces puissances a un siège circonscrit, au lieu que la seconde est répandue dans tout le corps ; l'une commande, l'autre obéit. Leurs natures doivent être différente*, puisque le même aliment ne leur convient pas, et que chacune a une source

moment où l'intelligence a montré le plus spéciale où elle puise: selon ce philosophe,

haut degré de l'élévation , de la justesse, de

la capacité, de la sagacité.... dont elle est susceptible. l)'où il suit que nous sa» ni a» ce une certitude expérimentale que la torce vitale doit s'éteindre, et que la mort du

lewens, ii. ué dans le ventricule gauche du cour, d'où il rég t le reste de l'âme, trouve une nourriture abondante dans le réservoir

du sang ; tandis que l'autre se nourrit du boire eld u m loger qui vont .1 l'estomac. Ainsi,

système esl immanquable,.... mais qu'il est à part leurs erreurs, distinction des deux

phitotophiqwmtnt et induetirtmtnt Impôt- puissances parleurs sièges, par leurs fonc-

nblc d en dire autant de la puissance psy- lions, par leur hiérarchie, par leur nature,

chique, puisqu'elle n'a | as éprouve la irii- \oil.111ne w rite hipp eral.que qu'.li iltoti ,111-

l s-e, seul indice que je puisse avoir , il. 111 s rail du accepter pour l'homme, pu isqucbs plus

(l) A la Bi de sa trop courte, mais bien glorieuse corps ne s""t pas d'ans même nature . vous pouves

carrière, le célèbre auteur de l'Jïi à peiee roui tenir debout, ci vous planes dans le

Ricbaud, oùrail an exemple évident de la vérité de mon le des 1 aprita avec de larges ei rurtes ailes que

< eue proposition, Quinze jours avant sa mort, 'lit son rien n • le 1 h ml du cygne, • me

collaborateur et ami, M. Pmijoulat, nous nous pro- répendiUI en souriant ; mais il ni le croyait pas, et

menions au bois de Boulogne, et je lui disais: moi non plus; il y avait iropde vie dans set discours

1 Vous m'êtes une pr< vefnq into «rûo Pâme et le pourqu«je| roù une flo prochaine.

INTRODUCTION

grands médecins en ont clé persuadés, avant même que la démonstration en fût ;iussi bien formulée qu'elle l'est aujourd'hui.

En cherchant la cause de la rétrogradation d'Aristole, j'ai cru la voir dans la persuasion M il était que le dynamisme de tout être vivant, qu'il appelle \'âme, est de la mèma nature essentielle dans l'homme et dans les ê res vivants. En conséquence, il l'étudié et il recommande de l'étudier, non-seulement dans l'espèce humaine, mais encore dans les bêles et même dans les plantes.

Vous savez que les naturalistes, en général, ont pris au mot le précepte de leur maître. Il en arrive que certains croient suffisamment étudier l'homme sur les animaux : préjugé dangereux, la du alité du dynamisme vivant n'étant prouvée que chez l'homme. Quoi qu'il en soit, on Irouve dans le traité de l'âme du philosophe une comparaison que M. Lordal a parfaitement utilisée, en lui donnant une grande extension. Je la reproduis.

Au chapitre premier du second livre, § 13, on lit c s mois : « Ce qui r: sle obscur encore, c'e>t de savoir si l'âme est la réalité parfaite de l'entéléchie du corps, comme le passager est l'âme du vaisseau.» Celte question me frappe. L'auteur qui l'exprime n'est vraisemblablement pas content des assertions qu'il a énoncées sur l'intimité de l'âme avec le corps, sur l'impossibilité qu'il y a, suivant lui, de les séparer même par la pensée : il met en doute si i'ânie n'est pas au corps ce que le passager est au navire. Or, évidemment, le passager et le navire ne sont pas inséparables.

Si dans tous les êtres vivants le dynamisme ressemblait à celui du nautile, dont il parait qu'Arisiole ava't connu l'histoire, il aurait pu répondre affirmativement à cette question. Ce mollusque, de la nature des poulpes est représenté muni d'une nacelle qu'il a foncée et tirée de sa substance et qu'il vivifie. Cette nacelle, sortie de lui-même, lui s rt de demeure, soit sur la terre, soit dans l'eau. Elle est son abri ambulant quand il rampe, et son navire quand il veut voguer ou plonger dans la mer. Pour que la comparaison d'un dynamisme vivant avec l'habitation d'un vaisseau réponde le plus à l'intention d'Aristole, souvenons-nous que le naulile, quand il veut changer de place sur l'eau, élève deux de ses bras entre lesquels est tendue une membrane qui lui sert de voile, et abaisse les autres pour en faire des rames.

Que l'âme d'Aristole ou le dynamisme animal ait des rapports avec celle du nautile , je ne m'y oppose pas; en mettant â pi ri les ressemblances corporelles trop évidentes, partout ce dynamisme trouve une demeure ambulante dans le système qu'il a formé ; il le conserve soigneusement et s'en sert pour ses mouvements de locomotion.

La navigation de l'homme ne ressemble pas à celle du naulile, ni à celle des autres animaux ; cependant la comparaison d'Aristole est, à mon avis, du plus grand intérêt,

pourvu qu'elle soit moins incomplèle. Je vais essayer de la poursuivre, parce que ce parallèle mi parait devoir faciliter l'intelligence des propositions que nous avons formulées.

l'our que l'animation d'un navire ressemble au dynamisme humain, je ne puis pas mécontenter, commeArislot ',d'un voyageur quelconque. Il est possible que cela suffise pour l'animal. La bête n'a qu'un but, qui est sa conservation. Chez l'homme, la conservation n'est pas le but final , elle n'est que le moyen. La véritable fin est morale. C'e^t une jouissance intellectuelle. Il faut satisfaire une soif de richesse, de g'oire, de supériorilé, d'amour, de repos sans in uiétude, d'un bonheur éternel. La plupart des hommes pensent comme parlait César, voulant aller de Grèce à Brindes : // ne s'agit pus de vivre ,

il s'agit d'arriver On vient ici-bas pour

remplir un rôle dans l'immense épopée de l'humanité, suivant l'idée de Schelling.

Pour établir une comparaison entre l'homme et sa vie d'une part, et de l'autre un vaisseau qui vovage, il ne faut pas que ie voyageur qui va ut'oceuper soil un voyageur d'occasion ou parasite, partie accidentelle de la cargaison. Le voyageur qui doit faire portion intégrante d'une cause animatrice du navire, c'est celui qui est chargé d'une mission, d'une expédition , un envoyé pour qui le vaisseau a été fait. C'est Néarque exécutant ce fameux périple par l'Océan Indien, de l'embouchure de l'Indus à celle de l'Euphraie, périple ordonné par Alexandre....; c'est Pizarre allant à la découverte du Pérou C'est Corlès allant faire la conquête

du Mexique ; c'est un ambassadeur français se reniant à la cour de l'empereur de la Chine, pour conclure un traité par lequel deux grande> nations se promettent réciproquement des échanges de leurs denrées, de leurs produils industriels et de leurs idées.

Mais ie vaisseau et le voyageur ne suffisent pas plus pour la navigation que l'agrégat matériel de l'homme et la puissance psychique ne suffisent à la vie humaine. Pour le premier, il faut un nautonier individuel ou collectif, qui conserve le navire et fasse la manœuvre de la navigation; pour le second, il faut une force vitale qui remplisse les rôles analogues dans le système instrumental.

Afin que le parallèle soupçonné par Aristotc puisse s'exécuter avec un profit scientifique, permettez que je mette dans le vaisseau toutes les conditions qui nous conviennent, et qui sont ou réelles ou toutes faciles à remplir.

Le navire a été fait par des constructeur habiles, qui forment eux-mêmes l'équipagsous la direction d'un chef, leur architecte et leur Capitaine. Durant la fabrication, on n'a jamais perdu de vue l'intérêt du futur voyageur pour qui tout avait été projeté. On n'a p.iS pourtant pu attendre ses volontés, ses goûts, ses convenances individuelles ; il était on absent ou sans instruction relative il a fallu tout préparer d'après des règles

INTRODUCTION

générales commune*. Le voyageur s'embarque au moment où le navire est lancé à l'eau. Il est muni d'ordres cachetés qui contiennent toutes les conditions de sa mission, et qui ne lui seront connus qu'à des hauteurs déterminées.

On est en mer. L'équipage, dirigé par son chef, prend le large. Le voyageur, frappé des objets qui lui élaieut inconnus, et ignorant encore ses devoirs, ne songe qu'à satisfaire sa curiosité. Il veut voir de près ce

de vue lu mission dont il est chargé, afin que si les temps deviennent meilleurs, il n'ait pas à rougir d'avoir suspendu ses travaux, obligatoires, par la faiblesse la plus commune et, dans nos mœurs la plus honteuse, par la peur.

Avant d'aller plus loin, ne vous semble-l-il pas messieurs, que nous tous réunis dans celle enceinte, nous sommes des bâtiments mobiles, des vaisseaux, dont les voyageurs respectifs sont des intelligences qui se sont donné rend z-vous ici à heure fixe, et dont

qui lui plaît, et s'éioigner de ce qui lui déplaît. Il n'a aucune idée des moyens d'abré- les équipages ont vogué, par ordre de ces ger ou d'augmenter les distances ; mais l'é- chefs d'expédition, jusque dans ce parage, cl quipage est là pour obéir, et pour que le tiennent les navires en panne jusqu'après la vaisseau suive sa marche au gré des désirs conférence?

du voyageur, sauf la conservation du tout.

Quand le voyageur sait ce qu'il doit faire,

il exprime la direction qu'.l veut prendre, et

sur-le-champ il voit que sa volonté est exé-

Gelle réunion a lieu uniquement dans l'intérêt des voyageurs. Nos équipages y sont étrangers. Leurs fonctions propres n'ont aucun rapport avec nos affaires. Ils ont des

culée. Apercoit-il un écue'.l, avant qu'il ail penchants et des besoins qu'il leur tarde de donné des ordres pour l'éviter, une inflexion satisfaire, et il faut leur savoir gré de leur de la roule l'écarté du danger, comme notre obéissance.

paupière a déjà couveri l'œil avant que nous avons eu le temps de délibérer sur le moyen de nous garantir du coup subit dont nous étions menacés.

Si une des intelligences qui sont ici rassemblées voulait nous raconter sou histoire, vous verriez combien cette histoire aurait de rapport avec celle du voyageur marin que

Si, après avoir longtemps observé, long- je viens d'esquisser. (Mie peut me dire en gé

temps médité, il sent la nécessité de se sous traire aux sensations et de se plonger dans le repos il peut sans crainte satisfaire à ce besoin : l'équipage veille sans cesse, et la conservation du vaisseau n'est pas un instant oubliée.

Tout occupé de son expédition, des détails,

néral un individu questionné sur les éphémérides de son existence?... « Je n'ai pas eu le choix, me dira-l-il, du système d'organe* où je suis renfermé. Si j'avais été consulte, ce système serait plus solide, plus durable, plus commode, moins sujet aux détraquements, plus agréable à voir. Ne pouvant pas

des accessoires, des projets qui s'y rappor- le changer, je me suis fait à lui. Dans le com-

tenl, le vovageur, qui sait toujours où il est sur le globe, donne ses ordres, c'est-à-dire exprime le désir d'arriver à tel but, et il est promplement obéi par ceux qui connaissent les moyens d'ooércr cette progression. Son ignorance de l'art de la navigation peut le ivndre d'abord exigeant ; mais l'expérience ne larde pas à modérer son ambilion el à lui montrer les bornes du possible.

Quoiqu il ne soit pas portion substantielle du bâtiment, il ne peul pas être indifférent aux accidenta qui louchent le sorl du navire : les intérêts de sa demeure sont les siens. Il sait bien que si celle demeure périt, il court tous les risques de la submersion. Les dangers plus ou moins prochains doivent nécessairement lui inspirer des crainles proportionnées, lia II- les || COnSlCS, 'la 11 s les aval le,

il i bâtiment, daos le* troubles el les inquiétudes des manœuvres, il ressent les privations, les incommodités et les alarmes Mais

après tout, il n'esl pas attaché à son vaisseau comme l'équipage, dont le, matelots sont aussi identifiés avec les cordages ci les

.i:rr. qu'une li ,111 idrv aile BVCC son arbre,

nu qu'un centaure avec ion cheval. Il ne peut ni ne sait rien faire pour améliorer la position du vaisseau : il s'en rapporte à ceux qui en sont la providence locale. Si le naufrage est presque infaillible, si la mort esl présente, il ne reste plus au vojagcui qu'à se résigner avec fermeté et constance aui malheurs imminents, et à ne juin i

mencement, j'ai vécu à la merci des puissances internes el externes qui ont disposé de moi.

« Quand j'ai connu ma vocation ou ma destination, j'ai ordonné à l'ensemble de mes organes de me conduire au but ; ils ont obéi sans que j'aie pu les diriger, car j'ignorais leur mécanisme. Si le bul n'a pas été alleinl d'abird avec la précision que je désirais, les répétitions accompagnées de mon attention les ont mis en étal de se donner une educat on, donl je profile aujourd'hui.

a Après de longues contentions d'espril, après l'exercice de ma volonté, je sens la nécessité de me reposer. Mes organes, qui ne touillent jamais dans l'maclion, ont néanmoins eux-mêmes besoin de se soaslrsire à ma puissance. Nous suspendons m's relations pour quelques instants, c'est-à-dire, je m'endors, d'abord parce qu'ils veillent pour moi : ensuite parce que. d'après l'expérience, on ne les surmène p is impunément.

i Quand il est survenu une maladie, j'ai

eu loi à leur industrie, Ol je ne les ai pas

contrariés dans leurs opérations conservatrices, lorsqu'elles uni paru impuissantes

je ne me suis p,is oppose aux secours èi

l'arl salutaire. Quand Ici causes destructrices m'ont paru supérieures aux obslai les op-

p ' 6l par les forCCS v ilules el par l'ai I ,

quand |'ai vu que le* efforts médicaleurs tournaient au détriment de mon corps... . |'ai rassemblé dans mon entendement lontei

les forces morales pour me rendre indépeu-

dant des événements; je me suis armé

de constance et de courage, non pour braver le danger, mais pour demeurer sans crainte, s'il le faut, pour la ruine même de l'univers : impuvidum ferlent rainœ. » Vous le voyez donc, la biographie du voyageur marin dans sa navigation est, jusqu'à présent, la même que la biographie de la puissance psychique dans le système humain. Un protocole historique conviendrait également à tous deux : nous n'aurions qu'à laisser les noms en blanc.

La comparaison d'Aristole est donc précieuse; elle est à mes yeux plus scientifiquement utile que le livre même d'où je la lire. Pour en être convaincus, continuons ce parallèle.

Jusqu'à présent il a existé une telle harmonie entre le voyageur et son équipage, que je n'y ai vu constamment qu'une seule v'olon'é, exrepté au démit r moment du désespoir. Cependant on peut penser qu'une puissance qui a créé le vaisseau, qui le conserve et le gouverne, sans avoir besoin des ordres explicites d'un voyageur étranger à la manœuvre, que celte puissance a une spontanéité. 11 est aisé de comprendre qu'un pouvoir collectif de l'ordre métaphysique peut avoir en lui des motifs d'action qui ne sont pas identiques avec ceux de la puissance ass 'dée.

Cette présomption a priori s'est souvent vérifiée dans les fastes de la navigation. L'histoire et les romans, qui en sont l'image, nous montrent fréquemment une discorde entre ces deux sortes de tendances, li arrive chaque jour qu'un but impoilant est manqué, non par des événements fortuits, ou par force majeure, mais bien par un défaut d'accord entre le voyageur et l'équipage, dans des cas où ces deux pouvoirs auraient dû coopérer de concert. A la fin du siècle dernier, n'a-l-on pas vu, dans un vaisseau chargé d'une compagnie de naturalistes qui faisaient le tour du monde, une scandaleuse el nuisible animosité entre celle compagnie et le capitaine?

En serait-il de même que'quefjis dans la nacelle humaine? Le voyageur et le naulonier y seraient-ils soumis à des zizanies ?

La pathologie abonde en faits qui rendent évidenie cette conjecture analogique. Des exemples de discordes physiologiques peuvent nous faire voir que le parallèle aristotélique doit se poursuivre plus loin que l'auteur ne le croyait. Donnons des exemples :

1° Dans la marine, les deux associés du navire peuvent être en mésintelligence. A qui la faute? li n'est pas toujours aisé de le déterminer. Quoi qu'il eu soit, i.l n'y a plus d'entente. Tantôt l'équipage élude les volon- Ics du voyageur, tantôt il lui laisse ignorer des choses qu'il lui i m portai l de bien connaître. A son tour, le voyageur peut , par distraction, par préoccupation, par indiffén nec, tester sourd aux avertissements et aux invitations qui lui ont élé faites : l'expédilion est compromise.

Un défaut d'accord se fait remarquer aussi entre les deux puissances du sysième humain , lorsque, nonobstant l'intégrité des organes, la puissance vitale n'obéit pas aux ordres de la volonté, dans les moments où l'esprit en avait le plus besoin. Vous savez combien est capricieuse cette puissance, quand nous sommes à la recherche d'un mol, d'un nom, d'une épithèle fcar c'est elle qui est la dépositaire des modes corrélatifs mnémoniques des idées concrètes) : non-seulement elle ne fournil point ce que vous demandez, mais encore elle vous suggère un mot contraire.

Si la raison veut blanc, la quinleuse dit noir.

On me questionne dans ce moment pour un homme qui de temps en temps est privé du pouvoir de parler. Ce mutisme n'est que de quelques minutes, el dans un temps où la puissance intellectuelle a toute sa force.

Nous rencontrons fréquemment, dans la pratique médicale, des suspens ions passa gères des fondions des sens externes. Les yeux ne rapportent point au sens intime l'impression de la lumière qui avait frappé la rétine. Les oreilles fournissent des exemples d'une pareille inaction pendant quelque temps.

L'estomac, qui devait exprimer les besoins de la nutrition, ne fait point sentir la faim. Ces anesthésies sans obstacle anatomiuue ne nous permettent pas de méconnaître la relation contingente d'une puissance qui remplit son devoir ou le suspend, en vertu de sa spontanéité cl des motifs internes qui le dirigent.

De son côté, la puissance psychique n'entend pas ou entend mal les rapports des sens, lorsque des préoccupations, une extase, un enthousiasme, des préventions, empêche t l'entendement de se prêter aux relations normales qui doivent exister durant la veille entre les deux éléments de notre dynamism •.

2° Rien de plus commun, dans le bord, que de voir le voyageur dupe d'un rappoit erroné ou mensonger, qui lui vient de l'équipage. Une terreur panique, la superslilion, l'amour du merveilleux, un goût de mystification, peuvent être la source d'une conduite très-nuisible à l'expédition.

Dans le dynamisme humain il se passe entre les deux puissances une transmission erronée tout à fait semblable : des sens externes s'ébranlent spontanément, et communiquent au sens intime des sensations fantastiques mensongères, dont les causes externes n'existent point. Ce fait, bien constaté depuis plus de cent aus, est connu sous 1 ■ nom d'hallucination.

3° En mer, l'équipage peut avoir des penchants dont la satisfaction est contraire à la règle, et met le navire en danger : tels sont un désir d'aller à terre, un goût de rapine, l'amour du vin, du jeu, qui le rendent rétif aux avertissements du voyageur. Des propensions continuelles ou fréquentes peuvent alors rendre la vie très-dure à l'homme toujours occupé de sa mission ou de ses projets. Quand elles s'élèvent au plus haut degré, il en

C7 INTRODUCTION. f>« survient une révolte, e! le voyageur est en sur la comparaison aristotélique perfectionna nger. Qui ne sait que Christophe Colomb née, nous découvrons un navire complet, fut sur le point d'être jeté à la mer parmi muni de tout ce qui lui est nécessaire et équipage mutiné, qui voulait 'tourner les flottant sur le vaste océan du monde. C'est voiies et regagner l'Espagne, à l'occasion le capitaine qui l'a construit qui le dirige, et d'une tempête, la veille dû jour où l'illustre il veille d'autant plus à sa conservation, que aventurier découvrit les Lucayes etparcon- sa vie propre et celle de tout l'équipage à séquent l'Amérique? ses ordres est liée à l'existence du bâtiment.

Dans le cours de la vie humaine, une par- Ils réparent donc avec soin les avaries qu'il

tic de la durée ne présente qu'une lutte de la éprouve, veillent à ce qu'il ne se perde pas par

raison contre l'instinct, dont les penchants de fausses manœuvres, et le disputent pièce

sont en opposition avec le devoir. Ne nous à pièce à la destruction, chef et matelots dn-

plaignons pas de cette guerre quand elle est , vaut tous périr à l'instant même où il s'en-

pour la vertu, des occasions de triomphe, gloutira dans les flots. Aussi , dès le jour

Mais vous savez que les tentations sont quel- qu'ils sont entrés sur le navire, qui doit être

quefois plus violentes que celles de l'équi- leur unique demeure, tout comme le jour où

page séditieuxde Colomb, et qu'elles condui- il tombera de vétusté ou se brisera sur un

sent une âme intelligente, juste, mais trop rocher, le plus parfait accorJ règne à bord;

faible, ou au rid.cule, ou à la honte, ou au c'est le même intérêt qui anime la troupe, et,

gibet. attendu que le navire fait un service regu-

4° Nous avons vu, dans la navigation, un lier, toujours le même , sur une mer Irai -

équipage occupé de ses intérêts et de ses quille , loin des récifs et des brisants, les

penchants, persécuter le chefde l'expédition, manœuvres s'exécutent presque d'elles-mé-

etmèmc lemenacer, pour obtenir un consen- mes cl par une aveugle routine, tant elles

tentent formel à un acte de prévarication, deviennent faciles par leur répétition. Ce

Nous pouvons ajouter qu'une instigation navire, c'est l'animal, n'importe sa classe et

coupable peut provenir du chef de l'entre- son espèce.

prise, et que l'équipage peut résister quelque Mais voici le plus perfectionné des natemps à une sollicitude contraire à la règle ; vires : son modèle a été façonné par I', niellant qu'il existe un refus, le mal ne s'opère ligence suprême , le Créateur de toutes pas, mais le dynamisme du vaisseau est choses, indépendamment du chef et de l'emalheurcux ; il ne peut y avoir du eaime quipage qui le montent , il porte à son bord entre deux puissances dont une demande en un navigateur qui, loi aussi, ne doit plus vain, et dont l'autre est obsédée. Mais il quitter le bâtiment tant qu'il restera à Ilot, peut arriver que l'instigateur triomphe de Sur ce vaisseau, le capitaine cl l'équipage la résistance de l'associé, que tous les deux ont une double mission: mission d'ordre iutes'accordenl sincèrement pour l'entreprise il- rieur et conservatrice, mission d'obéissance licite; que, renonçant à une expédition ho- aux ordres du navigateur. S'il esl curieux . norablc, ils deviennent flibustiers, corsaires il voudra explorer les cotes , cl aborder à ou écumeurs de mer, sauf à s'égorger mu- des rivages inconnus ; s'il est passionné , il turllemenl quand l'intérêt les divisera, à voudra courir après mille jouissances ; tant moins qu'ils ne rentrent dan- la loi commune que les hommes sous ses ordre- seront alienol qu'ils n'obtiennent une amnistie. tifs, dociles, empressés à seconder se» désirs,

Les passions extravagantes et la folie sont, le navire voguera sans péril , à moins qu'il

dans le système humain, un contrat aussi ne soit battu par la tempête. Mais si l'equi-

fancslc et aussi contraire à l'ordre cotre les page se révolte, ou si, aussi fou que le navi-

deux puissances de son dynamisme, (l'est gateur , il seconde ses extravagances , il se

l'ascendant per icieux d'une puissance al- livre sans souci à la merci des flots, au

teinte d'une affection morbide sur la puis- moindre choc la carène du navire Ta s'en-

saure associée qui, après quelque résistance, tr'oovrir et le bâtiment tout entier périra,

cesse de se défendre, se I issc expulser et su- Le navigateur seul survit à la perte du na-

bit la contagion. 1. hislo re des foti s et celle vire cl à celle de l'équipage qui le monta t :

des traitements, qui ont le mieux convenu, par sa nature spirituc Je , non-seulement il

prouvent la réalité de cette théorie.... cl surnage a la surface des eaux, mais lus

partant de cette analogie. Après on combat léger que l'air il s'élève r.ip dément ver* les

plus ou moins long entre la raison cl Tins - riens pour aller se perdre dans leur imiiwii-

iinei, l'agresseur subjugue le vaincu, et, à site.

diler de cette victoire, le- deux pnisi inecs l'ai reproduit avec fidélité une 1res grande

déraisonnent de concert, sn;l partiellement, partie de l'introduction à la doctrine de l'ul-

Boil sur tons les objets, jusqu'à ce que le iiance entre l'Ame pensante et la force vila'e

temps ou le- recours «le l'art aient rami né chei l'homme , pane que les | liilosophcx et

les anciens belligérants â leur état normal... ; bien des penseurs ne hsanl p is les i uvrage*

ou jusqu'à ce que tous deox tombent dans physiologico philosophiques de l'école de

un engourdissement, dans ane stupeur, qui Montpellier, le- seuls qui poissent donner

i - rend Incapables de 1 1 vie humaine. Dans une idée csacle de la scii nce de l'homme .

ce dernier cas, on ne sait plus ce qui reste de supposent sans fondement, qu'à quelques

ci dynamisme autrefois ■•> intclltgcul cl li exceptions près, tout le- médecins sont mn

harmonique. lérialislcs. Ils s'imaginent que, quand ils oui

Si nous jetons un coup d' liichal et quelques autres meml

INTP.'iDUCTION.

Irès-dislingués d'ailleurs, de Yécole anatomique. ils ont toul dit, tout prouvé, elqu'il n'y a plus qu'à s'incliner devant leurs affirmalions : c'est une erreur. Depuis plus de doux mille ans les méilecins qui s'essayent à philosopher, et qui pour la plupart le font de manière à soule-ver par l'éclat de leur talent les passions haineuses de la rivalité et de l'envie; ces hommes éminenls, dis-je , séparent dans leur esprit et dans leurs é rits la matière que la force vitale peut animer et mouvoir, de la matière qui vit, qui se meut par la spontanéité de la force vitale , mais qui est unie à une puissance morale qui pense, qui comprend par la réflexion ce que c'est que la matière animée , que! est le principe qui la fait agir ; qui comprend aussi ce qui se passe en elle ou l.ors d'elle ; pourquoi cl comment elle agit ; en d'autres termes, le principe , la fin et les moyens de ses actes ; une puissance qui , par la liberlé qui lui est inhérente , a le pouvoir d'adme'tre ou de repousser les influences qui agissent sur elle, le mouvement qui lui est communiqué, et aussi de donner par sa propre énergie telle direction à son activité : c'est ce qu'on appelle vouloir.

M. l'abbé Baulain, qui est un des philosopbesspirituulisles les plus avancés, n'a tenu cependant aucun compte de celte force vitale que l'école barlhczienne a adop!ée pour l'explication des phénomènes delà vie. Pour lui, il y a une force physique et une force morale qui se distinguent et se séparent d'une manière tranchée, par un résultat remarquable de leur exercice; mais comme celte force physique pourrait l'embarrasser, il en fait le synonyme d'activité physiqiie.il donne donc l'aeth ité à la matière ; au corps en tant que corps.

liien n'est plus rationnel sans doute que les attributions s; cciales qu'il assigne à la force physique et à la force mor.ile, et qui servent à les distinguer. Sans doule la première est soumise uniquement aux lois de la nature, fonctionne régulièrement, mais toujours de même sans paraître susceptible de pi rfeetionnemcnl ni de progrès. Oui, les procédés en sont constants, invariables; ils ne comportent ni amélioration ni déchet : oui , les affinités chimiques sont les mêmes aujourd'hui qu'autrefois, qu'au commencement du monde; les cours des aslres n'ont point changé, l'attraction exerce toujours la même influence dans le système planétaire, cl la loi de la chute des graves n'a point varié; oui, les planles germent, croissent, fleurissent et fructifient comme aulr. fois, et les instincts des animaux qui nous paraissent les plus ingénieux ne se sont pas perfectionnés. C'est loujouis la même œuvre achevée et recommencée sur ie même plan et de la même façon par les générations successives, car telle est la destinée de la force phys que. Au lieu que la force morale, au contraire, lend suis cesse au progrès, à l'avancement, à l'agrandissement, Llle acquiert des formes en marchant, parce qu'elle a la puissance d'accumuler les produits de l'expérience, de

s'assimiler le pas;é et de résumer en elle le savoir et le travail de ce qui l'a précédée. Par l'intelligence el la science, cile part'rjpe à tout ce qui a été pensé el fait avant elle; elle est forte et grande, de la force, de la grandeur des siècles. Son activité ne tourne point dans un cercle toujours parcouru ; son mouvement est progressif, elle aspire à s'étendre, à monter, à dominer, et on ne peut lui assigner d'autre terme que l'infini. C'est qu'en effet, l'infini est son principe, et, comme toute créature, elle lead irrésistiblement, par le penchant de sa nature, vers la source dont elle est sortie.

ltien de plus rationnel, dis-je, que ces distractions; mais si l'on demande à M. Hautain ce que c'est que cette nature dont les lois régissent V activité de la force physique ; si on lui demande ce que c'est que cette force morale qui constitue à elie seule l'activité par l'espril et l'activité p ir l'âme ( car sans cette condition elle ne saurait vouloir et pouvoir s'approprier le passé et le présent et s'élancer dans l'avenir), ou retombe dans les abstractions , à l'endroit de la force physique, dont ['activité est soumise aux lois de la nature. Or, qu'est-ce que la nature par rapport à l'activité par le corps, ou le mouvement physique ?

Mais ^râce aux travaux de notre éc vie, grâce surtout à la doctrine de l'alliance entre l'âme pensante el la f>rce vitale, il n'est plus possible de confondre l'homme avec les ani maux, de le considérer comme un animai plus parfait. Il sera animal si l'on veut, par son système humain (son corps), par sa force vitale et par quelques-uns de ses instincts appétitifs ou conservateurs ; mais il e>t un être à part par la dualité de sa puissance psychique. Il y aurait donc dans l'homm ■ l'âme el la bête, pour me servir de9 expressions de M. de Maistre. La bête, qui a tous les instincts de l'animal, mange, boit et fonctionne comme lui ; qui fera des sottises, si elle sort de ses habitudes instinctives, et toutes les fois qu'elle n'obéira pas à l'âme qui doit veiller à ce qu'elle agisse toujours dans l'intérêt commun. La puissance psychique, qui commande, cour certains actes, à la force vitale, qui profite d -s facultés de l'entendement, pour établir des relations avec le monde entier et profiter des avantages que ces relations peuvent lui procurer ; qui, parce qu'elle seul, croit et espère, vil dans la joie ou la tristesse, calme ou agitée, goûte les p aisirs de la lerre, supporte patiemment les douloureux ennuis et les malheurs du présent , soupire enfin après l'éternité.

Kl maintenant, si, revenant à la question rcl .live à la nature de notre cire, question non complètement résolue encore, nous en voulons enfin la solution, je crois qu'on peut la formuler en ces termes :

Conformément aux lois mystérieuses de 11 rréalion, lois qu'on ne peut méconnaître, il y a dans chaque corps vivant une force vi aie qui, agissant par sa spontanéité et en vertu de la science infuse qui lui a été accor-

INTRODUCTION. 72

la fécondation, à '.'incuba- marque aucune diminution notable de la calorification.

li. La couleur de la peau n'a pas lu moindre trace de cyanose. M. Longel, dans ses expériences sur l'élhérisation des animaux, a re-

dée, a présidé „

lion, au développement cl à l'expulsion de ce corps du milieu qui le renfermait. Ces! celte même force qui présidera (ous les développements ultérieurs de ce corps, veille à ce que l'harmonie de s s fonctions ne soit point troublée, dispose îles matériaux qui doivent servir à la réparation et à l'élimination de ceux qui ne lui sont plus nécessaires, fait sentinelle pendant que tout repose, et, toujours vigilante, maintient l'équilibre dans toutes les parties du système vivant, soit pendant la période de croissance, soit pendant la période stationnaire, soit pendant la période de dépérissement et de ruine, et donne enfin le signal, quand le trouble et le désordre éclatent à l'intérieur. Celte force viiale e^t commune à l'homme et aux animaux. Chacun a la sienne, etelle a les mêmes facultés chez tous. Voilà ce qu'ont de commun l'espèce humaine et les diverses sortes d'animaux : un agrégat matériel, une forco vitale, une puissance instinctive cl appélitive.

Mais voici un corps plus parfait que le corps de l'animal; à une force vitale pareille à la sienne s'ajoute un principe immatériel, li puissance psychique, l'âme, qui, laissant à la force vitale l'administration intérieure du corps, peut, en vertu de l'autorité qui lui a été donnée parle Tout-Pui-sant, ordonnera celle force, sa subordonnée,de faireexécuter à ce corps tels ou tels mouvements qui doivent faciliter les relations de l'individu avec le monde extérieur, et tels autres qui ne peuvent lui devenir facilesque par un long cl continuel exercice, l'arcc-l accord enlre la puissance psychique et la force vitale, l'éducation des sens commence, s'achève et se perfection ne au point que l'homme fait des ouvrages d'art admirables ; ou bien son intelligence, profitant du feu du génie qui l'anime, tout comme des icssoui ces que les sens lui fournissent, il se fait remarquer par la fécondité de son esprit, li justesse et la lucidité de son jugement, l'immensité de son talent. Voilà ce qui le distinguera toujours des animaux.

Un dernier mot sur les deux puissances du dynamisme humain. Les faits de l'inhalation de déliter, que l'on a remplacé pins tard par le chloroforme, étant au nombre de ceux qui établissent de la manière la plus claire la dualité de ce dynamisme , Vatliance normale des deux puissances, la défection de l'une à

l'occasion d'une SUSCeptiou insolite cl sans

aucun changement anatomiquo, el l'indépendance réciproque de toutes deux, durant le temps du divorce, nous dirons que :

Les propositions doctrinales les plus rigoureuses, déduites des observations faites sur i s • ff< (s de l'élhérisation, 1 sur la force viiale de l'homme; 2* sur la puissance psychique; 3 sur le dynamisme bestial, sont les suivantes

\ Sous l'empire de l'élhérisation, Iti fonctions v;i an [do fialien), les fonctions naturelles l'es ■■'• uh ;ii comme dans l'état n trmal de sommeil, le pouls mte le mime. Un n'a re-

marqué que l'insensibilité est complète avaut que le sang ait éprouvé la moindre nuance vers le noir. Ainsi, l'élaboration pulmonaire du sang continue à se faire de la manière la plus régulière , et l'on ne trouve aucune différence importante et significative enlre ce sang et celui de l'animal lue avant l'expérience. (-'/. Lassaigne.)

À ce propos, je dois faire remarquer que les choses ne se passent pas toujours ainsi , puisqu'il résulte des expériences auxquelles s'est livré notre savant confrère, M. J.Guérin, l'quede faibles doses de chloroforme liquide, que l'on a substitué plus lard à l'élher el qui jouit des mêmes propriétés anesthésiques , n'agissent que consécutivement sur les centres nerveux, el non localement, d'une manière suffisante, au moins pour altérer la fonction de l'hématose; 2° que les doses les plus élevées frappent immédiatement le système nerveux pulmonaire et paralysent plus ou moins complètement son action hémalosanle, de manière cependant à la laisser fonctionner encore, mais incomplètement; 3° que des doses exagérées déterminent une espèce de sidération de loul le système, et arrêtent brusquement la vie.

Quoi qu'il en soi! , il n'en demeure pas moins établi que, dans certains cas, la fonction de l'hématose n'est point altérée, alors que la sensibilité est éteinte.

C. Les fonctions naturelles (les réactions v italc> à la suite des impressions et des susceptions) que l'on a pu observer dans un temps aussi court , se sont tout de même anormal, ment exécutées. [M. le professeur Serre.)

I). Les mouvements mus ulaires de la respiration sont tout à fait pif cils d ceux de la respiration normale. Le rhylhme de celle fonction instinctive n'a donc point changé dans l'élhérisation.

E. Lu force vitale, après /être séparée de la puissance psychique, continue d'exercer s s I motions vitales et naturelles arec autant de régularité que dans l'état normal. Ainsi, par l'effet de l'élhérisation, les douleurs utérines sont anéanliei sans que les efforts naturels nécessaires pour lace ue icmenl, soient au«pendns. En d'autres termes, l'élhérisation peut sdspendre, d'une manière plus ou moins complète, les douleurs naturelles, pli.

logiques de l'enfantemen', sans suspendre ni les contractions utérines, ni même ce le, des muscles abdominaux; elle neulra'ise la résistance du | lancher i érinéal,sans | arallro agir d'une manière défavorable sur i.i ggnié et li Me de l'enfant. ; M. le professeur P. l>u-

Kcmarquons en passant que le faitdc la pai lui itlon ai complie sans douleurs 1 1 ian conscience, peut devenir extrêmement grave quand, dans des intentions criminelles, on voudrait soustraire le par; avec le. consentement ou sans le contentement de la mère,

INTRODUCTION

ou q-e celle-ci voudrait accoucher réellement sans témoin , pour cacher son crime à tous les yeux. On se rappelle l'histoire rie la comtesse de Saint-Géran, qui fut empoisonnée par un breuvage stupéfiant, pendant l'action duquel elle accoucha d'un garçon. Etonnée, à son réveil, de se voir baignée dans son sanj;, de la diminution du volume du ventre et de l'épuisement de ses forces, elle comprit qu'elle était accouchée pendant son sommeil et demanda l'enfant qu'on lui

avait soustrait L'éther étant un moyen

plus sûr et moins compromettant, l'attention de la justice doit être éveillée. (M. le professeur Bouisson.) Puisse-t-elle n'avoir jamais à réprimer de pareils excès !

Bref, tout le monde sait,. parce que la plus grande publicité a été donnée aux expériences qui ont été faites, que les impressions les plus douloureuses que l'homme puisse ressentir ne sont point ou presque point perçues pendant l'assoupissement produit par l'inhalation de l'éther ; que les incisions, les pressions, les contusions, les déchirures, les ponctures, les brûlures , les arrachements, n'ont occasionné aucune sensation ingrate, et qu'aprAs de pareils traitements, les forces médicatrices réparent tous ces dommages, comme dans les cas les plus ordinaires.

H est donc cerîain , dirons- nous avec M. Lordal, que l'ivresse de l'éther suspend (à divers degrés) la communication sensoriale de la force vitale avec le sens inlime, sans troubler sensiblement l'ordre des fonctions économiques vitales et naturelles du système.

Hàton«-nous d'ajouter que les essais faits dans ces derniers temps avec le chloroforme, qui agit peut-être d'une manière mieux tranchée encore que l'élher, mettent hors de doute celte suspension à divers degrés de la communication sensoriule dont il s'agit.

Ainsi M. Blandin a observé bien des fois et notamment dans un cas de circoncision, que le malade conserve la conscience de ce qui se passe en lui (circonstance déjà signalée par M. Gerdy, voir ci-après), alors que la sensibilité est éteinte. Après l'opération les malades vous disent : Vous croyez que j'étais endormi; point du tout, j'ai entendu tout ce qui se disait autour de moi ; je n'ai pas perdu un mouvement ; j'ai senti tous les coups du bistouri, mais' je n'ai point souffert.

Il est évident que dans tous ces cas la sensibilité n'était pas complètement abolie, ce qu'on doit attribuer sans doute à la petite quantité de chloroforme inspirée. Il est probable que si l'éthérisation eût été poussée plus loin, on aurait observé alors, ce qui se voit habituellement, les individus perdre successivement la sensibilité générale, puis la sensibilité tactile, puis la faculté locomotrice, et enfin la conscience.

Je dis ii 'est probable, quoique j'eusse pu «Ire plus afCrmatif, attendu qu'il résulte des faits en général, et des expériences do M. Parchappe en particulier, que l'éther Dictiomv. des Passions, etc.

introduit sous forme gazeuse dans l'économie par l'appareil respiratoire, à des doses convenables, détermine la succession de trois périodes distinctes exprimant trois degrés différents d'action : l'ivresse avec diminution de la sensibilité, l'assoupissement avec abolition de la sensibilité; la stupeur avec des phénomènes d'asphyxie suivis de mort. s

Dans le premier cas, l'opéré, conservant la persistance des mouvements et d'un certain éveil de l'intelligence, malgré l'abolition et même la diminution de la sensibilité, pourra parler et exécuter certains mouvements. C'est ce qui est arrivé à la jeune fil'c de Boulogne opérée par M. Gorré; avant de mourir elle écarta le mouchoir qu'il lui avait placésur le visage, en disant j'étouffe!... C'est ce qui est arrivé à plusieurs personnes à qui on a arraché des dents pendant l'étal ancstésique. L'un a causé avec le dentiste avant et pendant l'extraction de la dent, sans avoir souffert de celle extraction; l'autre, quoique dans un état d'insensibilité rendue complète par l'inhalation de l'éther, n'en lui pas moins docile aux volontés de l'op râleur (M. Oudet), et sur son invitation ouvrit la bouche et se prêta très-bien à l'opération. Enfin, M. J. Guérin a consigné dans son journal ( la Gazette médicale , qu'un de ses malades l'interpella au milieu de l'opération qu'il lui pratiquait, lui disant des choses très-suivies dont il ne se souvint plus après la cessation de l'état aneslésique.

Beslequesi chez tous ces malades la communication sensoriale avec le sens intime n^a pas été complètement interrompue, cela n'empêche pas qu'elle ne l'ait été dans la pluralité des cas observés jusqu'à présent ; d'où sa suspension à divers degrés.

Mais quelle est donc la manière d'être de. la puissance psychique pendant celle séparation ? se demande M. Lordal.

Ecoutons , dit-il , la déclaration d'un homme qui avait deviné le phénomène dixsept ans avant que les médecins s'en fussent avisés; qui en a consigné la remarque dans un journal français, et qui, étranger aux principes de la science médicale, a exprimé tout ce qu'il a éprouvé, sans aucune prévenlion de secte, avec la dignité d'une haute intelligence et dans le style d'un élégant écrivain : je parle de Granier de Cassagnac.

« Je vais essayer, écrivait-il, de donner une idée de celte façon d'être, que j'ai reproduite souvent depuis, toujours avec les mêmes caraclères et toujours avec la même surprise; car l'intelligence ne peut pas se familiariser, même par l'expérience, avec des phénomènes de quelques instants, qui ont pour résultat de supprimer complètement le monde extérieur, sans ôter à l'âme le sentiment de sa liberté. Faute de mot suffisant, j'appellerai cet élat une ivresse; il vaudrait peut-être mieux lui donner le nom de ravit* sérient, parce qu'en effet on se sent ravi, transporté de la réalité dans l'idéal. Le monde extérieur et malériei n'existe plus. Assis, on ne sent pas sa chaise: couché, ofl

INTRODUCTION

ne sent pas so:\ lit: on se croit littéralement en l'air. Mais si la sensibilité extérieure est détruite, la sensibilité intérieure arrive à une exaltation indicible On voit, on entend , on parle même absolument comme dans l'étal ordinaire; seulement on éprouve une grande répugnance à se laisser distraire de cette joie infinie dont on est pénétré, et qui n'inspire que de l'éloignement et du dédain pour les choses de la vie, si amères ou si douces qu'on veuille les supposer. »

Dans la description que M. Gerdy a faite de sa première expérience sur lui-même, on voit que les sens externes n'ont pas été aussi exempts de toute anestésie. L'ouïe particulièrement s'est affaiblie. A cela près, le sens intime a été dans les mêmes conditions que chez de Cassagnac.» Je me sentais, dit-il, les piupières pesantes, l'envie de dormir, et surtout de m'abandonner aux charmes dont j'étais enivré. Cependant, soit parce que ces phénomènes avaient acquis le maximum de ieur développement, ce que j'ai peine à croire, soit parce que je voulais absolument m'observer jusqu'au dernier moment, je ue me laissai point aller à la tentation de m'abandonner aux séductions qui me charmaient, et je ne m'endormis pas. Je continuai donc à m'observer, et comme je venais d'examiner mes sensations, je portai mon attention sur mon intelligence. Je remarquai de suite qu'à l'exception des sensations vibrato ires d'engourdissement qui rendaient mes sensations ta:tilcs générales et la douleur obtuses . qu'à l'exception des bourdonnements d'oreilles, qui m'empêchaient de dis-

t .liguer nettement ce que j'entendais nés

perceptions, mes pensées, étaient très-nettes, cl mon intelligence parfaitement libre. Mon attention était très-aetne, ma volonté toujours ferme, si ferme que je voulais marcher, et que je marchai, en effet, pour observer l'étal de ma locomotion. Je reconnus alors que la musculaliou est un peu moins sûre, et moins précise dans ses mouvements, à peu près comme chez une personne légèrement enivrée ou au moins étourdie par des boissons alcooliques. A l'exception de la prononciation, qui est un [eu embarrassée et plus lente, II s autres fonctions de l'économie animale ne m'ont pas semblé sensiblement altérées. Une personne ayant exploré mon pouls au moment de mon profond engourdissement, n'a pas trouvé de différence dans le nombre et la force des battements artériels. »

Cet enivrement parl'élher n'était donc pas aussi avancé que celui de M. de Cassagnaci puisque M.Gerdyavaitdes fin (liions obtuses, lue circonstance qui nous lut mieux connaître l'indépendance, l'isolement et la liberté de la puissance psychique dans l'état qui nous occupe, se trouve dans l'histoire que M. Gerdt a communiquée à l'Académie de médecine ic S février 18M. Il s'.i^it d'une longue el péuible opération qui fut faite à un nomme, pour extirper d plusieurs polypes qui ne permettaient plus le passade de l'air par ces ouvertures, cl qui

avaient déformé le nez. Le patient fut soumis à l'influence de l'éther sulfurique. On ne commença l'opération que lorsque l'insensibilité fut complète.

Le sens intime était éveillé. Pour engager le malade à ouvrir la bouche, afin démettre un bouchon de liège entre les mâchoires, il fallut crier, parce qu'il était devenu sourd. Il obéit sur-'.e-champ.

L'opération dura nu moins un quart d'heure. Voici le résultat sous le point de vue qui nous intéresse, c'est-à-dire par rapport à la doctrine de ['alliance : « Quoique ces manœuvres soient, pour les narines et les fosses nasales, chatouilleuses, désagréables, douloureuses; quoiqu'elles soient nauséeuses el accompagnées d'elTorts convulsifs de vomissement et de suffocation pour la gorge, quoique le s iiig qui s'écoule dans le pharynx el quelquefois dans les voies aériennes, augmente encore ces sensations pénibles, ces angoisses cruelles qui les accompagnent et causent des accidents de suffocation el des efforts de toux Le niala le

resta pendant tout le temps de l'opération dans l'insensibilité apparente la plus profonde. 11 ne fil pas entendre la moindre plainte, le moindre gémissement; sa figure resta constamment calme el tranquille. Seulement il demanda une fois à se débarrasser la bouche des caillots de sang qui y avaient pénétré en coulant des narines. »

Plus bas l'historien termine ainsi : « L'engourdissement où le malade a élé plongé a donc suffi, sans sommeil ni perle de connaissance, à le préserver des souffrances d'une opération des plus pénibles ; il n'est donc pas toujours indispensable ni absolument nécessaire de pousser l'élhérisalion jusqu'à la

perte de connaissance Enfin, il n'est pas

non plus toujours indispensable de continuer les inspirations pendant les opérations, pour arracher les mai. ides à la douleur. »

D'après ces lails, on ne saurait méconnaître que la puissance psychique peut être indépendante di système vital, el conserver l'exercice de toutes ses facultés, sa conscience, ses idées, sa raison, sa volonté, >.i liberté, lorsque ce système est plongé dans l'engourdissement, et qu'il est hors d'état d'instruire le sens inlime des impressions 1rs pins violentes el les plus désorganisai ri* ces que puisse éprouver l'agrégat matériel.

A propos de l'engourdissement garantissant I âme de toute .sensation douloureuse, la force vitale conservant toujours le pouvoir d'exercer .ses Ion. lions vitales el naturelles. el d'opérer même plusieurs fonctions instinctives, M. Lordal fait la réflexion suivante à l'endroit de la lép r ration des deui pouvoirs dans le moment même de l'étbérisalion :

La sensibilité, cbei la plupart des eihéniés, n'est pas complètement éteinte, paisqua l intelligence communique avec le monde ex •

lérieur par plusieurs sens externes. Il y a donc une exception dans l'Interdit qui a c le frappé mu la sensibilité. Mais quelle esl la puissance qui pourra le plus s'en i Hcl

Il est évident que la pu ssnncc psy-

INTRODUCTiON.

chique conserve ses relations .ivcc le nonmoi, en tant qu'elle est instruite de ce qui intéresse son intelligence. La force vitale est concentrée dans les événements qui iniluent sur la conservation du système matériel, et est privée du pouvoir d'en donner avis au sens intime, soit que les impressions amènent des modifications favorables, soit qu'elles déterminent des changements de nature douloureuse, ou dolorifère , si j'osais parler ainsi.

liépélons-Ie comme une vérité historique : quoique la force vitale ne puisse pas agir sur l'âme, il n'y a pas réciprocité complète. L'àirie peut s'instruire activement des choses extérieures qui l'intéressent. Elle regarde, écoule, goûte, flaire avec succès. Les muscles opèrent quelques mouvements qui ont été communies.

Quand l'âme n'est ni surprise ni effrayée de son isolement, elle peut être heureuse de se sentir dispensée des sensations plus ou moins pénibles que le système vital lui impose presque continuellement, selon la remarque de Haller, qui ne trouve pas que, dans le meilleur état de santé, nous soyons jamais complètement exempts de quelque sensation ingrate.

Le sens intime peut désirer, sous le rapport dos sensations, ce que madame Deslioulières désirait tant sous le rapport des affections morales :

Ah ! que mon cœur n'est-il de ces cœurs isolés, Qui par aucun endroit ne tiennent à la terre!

Le sentiment du bien-être des éthérisés est— il autre chose que cette dispense de toute sensation pénible? Ce que je sais bien, d'après leur déclaration, c'est qu'il n'a aucun rapport avec ce que nous appelons des volup'és tensoriales.

Bref, sous l'empire des inspirations du chloroforme, l'âme s'isole en quelque sorte du système vivant, elle perd toute son influence sur certains de ses actes, ce qui fait que certains appétits bestiaux habituellement réprimés peuvent se trahir. En voici un exemple :

M. Magendie a vu une jeune ûlle bien élevée et de manières très-décentes, que l'on a élhérisée pour lui épargner les douleurs de je ne sais quelle opération, tenir dans cet état les propos les plus licencieux. — Je ne suis pas surpris que deux puissances dont l'une a des penchants désordonnés et qui s'étaient mutuellement observées , contenues par une veille normale et complète, se montrent telles quelles, lorsque leur alliance s'est relâchée; preuve manifeste de leur individualité'.

Nous ne saurions trop insister sur ce fait de la dépendance où se trouvent certains penchants de la puissance psychique, attendu qu'ils sont une protestation bien évidente d-i toute prétention contraire ou opposée. Je vais m'expliquer :

Origine des facultés intellectuelles et des sentiments moraux. — La plupart des philosophes, disions-nous naguère, ont placé les

facultés intellectuelles et li>a sentiments me raux dans les attributions do l'âme, alors que quelques autres philosophes, en fort petit nombre, font provenir ces mêmes facultés et ces mêmes sentiments de la matière. Gall, partageant cette dernière manière de voir, sans nier toutefois l'existence d'un principe immatériel, a cherché non-seulement à faire considérer l'encéphale comme étant l'organe spécial des forces fondamentales de l'âme, mais encore comme ayant des parties déterminées qui sont le siège ou les organes de ces forces. Voyons d'abord son système.

Matérialisme. — Le cerveau organe des facultés intellectuelles et affectives. — La doctrine de Gall, qu'il a trè-.-habilement exposée et savamment développée sous le nom de cranioscopie (plirénologie , cranologie), a séduit dans le principe un grand nombre de physiologistes et de gens du monde. Celle doctrine s'est généralement répandue et popularisée, à ce point qu'elle a ébranlé bien des convictions. Aujourd'hui elle a fait son temps, et pourtant, quoiqu'elle soit bien déchuede saprimilivesplendeur ; quoique l'enthousiasme qu'elle avait excité se soit singulièrement refroidi; quoique le nombre de ses admirateurs soit bien moindre et celui de ses défenseurs fort restreint, comme il existe encore quelques hommes qui la défendent envers et contre tous, nous devons nécessairement peser une à une les quatre propositions fondamentales qui la constituent, savoir :

1° Les penchants et les facultés des hommes et des animaux sont innés.

2" L'exercice de nos instincts, de nos penchants, de nos facultés intellectuelles et do nos qualités morales, quel que soit d'ailleurs le principe auquel on les rapporle, est soumis à l'inQuence des conditions matérielles et organiques.

3° Le cerveau est l'organe de tous nos instincts, de nos penchants, de nos sentiments, de nos aptitudes, de nos facultés intellectuelles et de toutes nos qualités morales.

k° Chacun de nos instincts, de nos penchants, de nos sentiments, de nos talents, et chacune de nos facultés intellectuelles et morales, a dans le cerveau une partie qui lui est spécialement affectée, un siège déterminé, et le développement de ces diverses parties, qui forment comme autant de petits cerveaux ou d'organes particuliers, se manifeste à la surface extérieure de la tête par des signes ou des protubérances visibles et palpables, de sorte que, par l'examen de ces protubérances ou bosses cranioscopiques, on peut reconnaître au tact ou à la vue les dispositions et les qualités intellectuelles et morales propres à chaque individu.

Méprenons une à une ces propositions.

I. Les penchants et les facultés des hommes et des animaux sont innés.

Je ne conteste pas celte proposition ; seulement je demanderai aux défenseurs du sys* lème cranologique si, comme je le suppose, Gall a prétendu que 1-s penchants cl les fa-

INTi.ODl'CTION.

cultes des hommes et des animaux ont une origine commune chez les uns et les autres , ou, chez tous, telle origine pour les penchants et telle autre pour les facultés ? La proposition du célèbre cranioscope n'est fondée qu'à celte condition; car, des penchants etdes facultés non héréditaires ne peuvent provenir de la même source que des penchants et des facultés héréditaires, quoique également innés. Or, nous avons vu que les lois de l'hérédité physiologique ne sont pas les mêmes chez les animaux que chez l'homme, celui-ci ayant des facultés innées, non soumises à l'hérédité, facultés que l'animal ne possède pas. Cette proposition serait bien moins fondée encore, si l'on donnait aux penchants et aux facultés innés une origine matérielle, rien ne pouvant expliquer comment les espèces bestiales hériteraient en tout de leurs père et mère, alors que l'homme seul ferait exception, cl n'hérite jamais des f.icultés de l'esprit et du cœur de ses parents.

II. L'exercice de nos instincts, de nus penchants, de nos facultés intellectuelles et de 7ios qualités morales, qwl que soit d'ailleurs le principe auquel on les rapporte, c>t soumis à l'influence des conditions matérielles et organiques.

J'accorderai aux sectateurs de Gall la vérité de celte proposition, pourvu que nous nous entendions sur l'interprétation qu'ils donnent au mot soumission des instincts, des penchants, etc. Prétendent-ils, et je le crois, que les conditions matérielles et organiques onl une influence habituelle sur les aptitudes et les facultés qui deviennent plus ou moins évidentes à mesure que ces conditions sont moins opposées à leur manifestation? C'est incontestable; et il suffit de s'être livré quelquefois à l'observation de ce qui se passe quand nous voulons mettre en exercice les facultés de l'intelligence, soit pendant le travail de la digestion, soit quand le système nrrveux est surexcité par l'électricité de l'atmosphère pendant un temps d'orage, ou dans toute autre circonstance qui modifie l'organisme, pour èlrc convaincu que nos facultés, nos penchants, etc., sont soumis à lïufltienrc des conditions matérielles et organiques.

Mais si, plus exclusif-;, ils accordent à ces conditions matérielles et organiques une influence telle, sur les instincts, les penchants, les facultés intellectuelles el les qnalilés morales, que de cela seul que les individus, hommes ou animaux, seronl dans telles con dilions indiquées, lelle qualité, toile faculté, tel penchant ou tel instinct se manifesteront inévitablement, oh 1 alors, je m'inscris en faux contre un principe qui oie à l'homme -on libre arbitre, et ne le rend plus coupable devant la loi des crimes qu'il pourrait commettre. Celte doctrine, entai bée de fatalisme, a été généralement repoussée paries médecins légistes et les jurisconsultes les

plus pi of,"

Je n ignore point que Gall, pour donner

quelque autorité à la proposition que nous

1 ,s\-si appoyésur ce fait, "que l'édu-

cation peut bien perfectionner, détériorer, comprimer oudirigerles facultés que l'homme el les animaux ont reçues de la nature, miis qu'elle ne peut ni détruire complètement celles qu'ils ont, ni leur communiquer celles qui leur ont été refusées. » Je sais qu'il a signalé comme donnant une très-grande force à sa proposition, « en premier lieu, que tous les animaux à peine sortis du sein de leur mère ou de la coque qui les contenait exercent des actes même assez compliqués, sans aucune éducation préalable et avant d'avoir calculé si ces actes sont liés ou non à leur conservation; que, par exemple l'araignée, à peine éclose , lisse la toile qui doit lui procurer des mouches pour exister; que le fourmi-lion creuse la fosse dans laquelle doivent lomher les fourmis dont il doit se nouriir; que le cailleteau court avec une adresse admirable après les grains el les insectes qui doivent l'alimenter; que la tortue s'achemine aussitôt \ers l'eau la plus prochaine, traînant après elle les débris de la coque qui la contenait ; que le jeune chien, le petit chat, l'agneau, le veau, le poulain, cherchent aussitôt la mamelle où ils doivent puiser leur nourriture; que l'infant presse de sa main débile le sein île sa nourrice, afin d'en exprimer le lait qu'il contient; que ce n'esl point à l'éducation de sa mère que la guêpe maçonne doit l'adresse avec laquelle elle construit ses rayons; que l'oiseau n'a reçu de ses parents aucuns préceptes, ni sur la manière de construire son nid, ni sur le choix des matériaux qu'il doit employer, ni sur la roule à tenir dans ses migrations et ses voyages; que ce n'esl point aux instructions de son père que le jeune renard doit les tours et les ruses qu'il emploie dans ses chasses, etc., elc.

« En second lieu, quescs frères, ses scrucs, ses camarades et ses condisciples , quoique ayant tous reçu à peu près la même éducation, étant grandis au milieu îles mêmes circonstances, el ayant été nourris, en quelque sorte, d'impressions analogues , étaient loin d'être arrives à une même somme de connaissances , cl d'avoir acquis une pareille maturité d'esprit; que paimi ceux mêmes dont l'éducation avait été le plus soignée, el auxquels on avait prodigué l'instruction en particulier, quelques— uns , malgré l.i meilleure volonté el les efforts les plus opiniâtres, étaient souvent restes fort en arrière de beaucoup d'autres pour la capacité et le nombre des idées acquises ; que plusieurs n'avaient même pu s'élever jusqu'à la médiocrité, landis que d'autres avaient obtenu presqu • sans efforts , et pour ainsi dire a leur insu, des succès prodigieux ! ■ Mais les conséquences qu'il a déduites de ces observations, la plupart tort contestables, sontcLcs logiques .'

Non , s'il est prouvé qu'elles ne sont pas exactes. Bh bien, sur quoi s'appuie Gall pour établir sa pn position '.' Sur ce que ' - ducali n nepeulni détruirecompléttmentch : l'homme les instincts, lu penchante, les f-.cultéi qu'il a, ni lui communiquer celles qui lui

INTIîODl'CTlON.

onl été refusées; or voici qui contredit positivement cette assertion :

On trouve dans les anciennes chroniques que le jeune Baudouin, roi de Jérusalem, qui joignait à un esprit pénétrant, à une mémoire heureuse , à une capacité peu commune chez un adolescent , un goût si prononcé pour les femmes et le jeu des osselets, que l'amour de l'un et de l'autre lui prenait plus de temps et lui tenait plus au cœur qu'il ne convenait à un roi, et surtout à un roi de la ville sainte, se corrigea avec les années. L'archevêque de Tyr, qui l'avait connu, remarque dans son Histoire qu'en avançant en âge il réforma presque tous ses défauts et resta avec ses bonnes qualités.

Cet exemple serait peu concluant, s'il était unique; mais tout homme qui s'occupe des hautes questions philanlhropiquesdoit savoir que Robert Owen , placé par les circonstances à la têle d'une manufacture où deux mille ouvriers étaient assemblés avec les vires et les inclinations mauvaises si ordinaires chez les hommes de cette classe ainsi agglomérés , parvint en peu de temps à les ramener tous à la pratique du bien , à les corriger de leurs penchants au vol , au jeu , a l'ivrognerie.

Agissant au milieu d'eux comme un père parmi ses enfants, les instruisant p:ir de bons conseils , par de salutaires instructions , faisant en sorte qu'ils se servissent mutuellemrnt de modèles , il fit de sa manufacture une colonie vraiment digne de fixer l'attention du monde entier. Bientôt, grâce à ses soins, toutes les améliorations possibles furent introduites dans une école fondée exprès pour eux , et les enfants reçurent les bienfaits d'une éducation solide : les malades furent soignés dans une infirmerie, les vieillards et les infirmes trouvèrent des ressources dans les bienfaits de l'association.

Daus PUragu.iy, les jésuites onl obtenu les mêmes résultats sur une plus grande échelle,

III. Le cerveau est l'organe de tous nos instincts, de nos penchants, de vos sentiment!, de nos aptitudes, de nos facultés intellectuelles et de toutes nos qualités morales.

IV. Chacun de nos instincts, de nos penchants, de nos sentiments, de nos talents, et chacune de nos facultés intellectuelles et morales, a , dans le cerveau, une partie qui lui est affectée spécialement, un siège déterminé, et le développement de ces parties qui forment comme autant de petits cerveaux ou d'organes particuliers, se manifeste à la surface de la tête par des signes ou des protubérances visibles et palpables, de sorte qu°, par l'examen de ces protubérances ou bosses cranioscopiques, on peut reconnaître au tact ou à la vue les dispositions et les qualités intellectuelles et morales propres à chaque individu.

Nous ferons marcher de front la discussion de ces propositions, la question que nous nous sommes proposée devant se trouver complètement résolue par le seul fait des conséquences que nous déduirons des observations rapportées.

Les preuves que l'illustre phrénologue administre, ou du moins les faits auxquels il s'adresse pour appuyer son système organologique sont de trois ordres, savoir : ceux empruntés à la disposition anatomique du cerveau par rapport aux facultés intellectuelles, aux penchants, etc.; ceux tirés de la statuaire et de la peinture antique et moderne, appliqués à la représentation, je ne dirai pas de la tête, mais du crâne des hommes célèbres dans le bi en ou dans le mal, dans les ar's, les sciences, les lettres, la politique, la charité, la guerre; et enfin, ceux qu'il a demandés à ce qu'il a appelé la mimique et la palhognomonique des facultés.

Discutons chacune de ses preuves.

1er Ordre. La disposition des propriétés de l'âme et de l'esprit est innée, et leur manifestation dépend de leur organisation. Ces propriétés, qui pour la plupart sont communes aux hommes et aux animaux, sont enno-

avec celle différence que le ressort principal ! ,. , ,

des Pères de Jésus élait le sentiment reli- blies chez les premiers, parce qu ils offrent

gieux , le développement de la vertu fondé sur de véritables croyances, au lieu que Robert Owen ne niellait en jeu dans ses ateliers que l'amour-propre des ouvriers. Mais quel qu'ait élé le mobile employé , il n'en est pas moins vrai que l'éducation détruit les mauvais penchants et en développe de contraires.

Hall s'appuie encore sur ce que, d'une part, If s animaux à peine nés exercent des actes assez compliqués , sans aucune éducation préalable; et, d'autre part, que plusieurs individus placés dans des conditions analogues el recevant la même éducation, n'en profilent pas également. Ces différences chez les hommes, et ces ressemblances dans chaque espèce d'animaux, tiennent-elles à l'influence des conditions matérielles et organiques?

Comme la «olution de cette question se rattache aux troisième et quatrième propositions, ainsi conçues :

dansleur cerveau, et surtoutdansles portions supérieures et antérieures, des parties que les animaux n'ont point, elles différences des effets se trouvent ainsi expliquées par la différence des organes.

Tous les analomistes el les physiologistes pensent que les facultés augmentent chez les animaux à mesure que leur cerveau devient plus composé et plus parfait. Pourquoi l'homme ferait-il exception à cette règle? Les facultés intellectuelles, ou diminuent suivant que les organes qui leur sont propres se développent et se fortifient, ou s'affaiblissent. Et comme les divers systèmes nerveux se développent, se perfectionnent à des époques différentes; que les systèmes nerveux du basventre et de la poitrine, par exemple, sont déjà presque entièrement formés, tandis que le cerveau ne semble encore qu'une matière pulpeuse, on peut supposer que leur développement est en harmonie avec les besoins organiques de l'individu. Voyez le nouveauné : on découvre à peine quelques traces de

Sô

INTliODUCTION.

fibres dans les appareils qui servent à renforcer et à perfectionner le cerveau. Ces fibres se montrent plutôt dans le lobe postérieur que dans l'antérieur. La structure du cervelet ne devient visible que par degrés, et ce n'est qu'après plusieurs mois que les parties antérieures et supérieures du cerveau se montrent avec une certaine énergie. Ce dernier se forme et s'accroît graduellement, jusqu'à ce qu'il ait atteint sa perfection, et celle perfection n'a lieu que de vingt-quatre à quarante ans. A cette époque il ne semble plus y avoir de changement sensible pendant quelques années ; mais à mesure que l'on avance en âge, l'usage du système nerveux diminue graduellement, le cerveau s'amaigrit, se rapetisse et ses circonvolutions sont moins rapprochées.

Lorsque le développement des organes des qualités de l'âme et de l'esprit ne suit pas l'ordre graduel ordinaire, la manifestation des facultés de ces organes s'écarte aussi de leur ordre accoutumé. Si le développement ou le perfectionnement des organes de l'esprit ou de l'âme n'a pas été complet, les manifestations des facultés respectives restent également incomplètes. On a beau être organisé de la manière la plus avantageuse, l'exercice est indispensable pour apprendre à combiner plusieurs idées. Une passion n'est que l'extrême degré d'une faculté particulière; voilà pourquoi il y a autant de passions que de qualités de l'âme et de l'esprit.

N'oublions pas que le cerveau est composé d'autant d'organes particuliers qu'il y a en nous de penchants, d'aptitudes, ou de forces fondamentales distinctes, et que ces forces s'exercent avec d'autant plus d'énergie, que l'organe ou la circonvolution qui en est le aiége a acquis plus de développement; enfin, que ce développement se fait du centre à la circonférence, et se manifeste finalement à la surface du cerveau par une protubérance.

C'est ici le cas d'ajouter quelques éclaircissements aux explications que nous avons données de ce principe. Selon Gall, c'est une loi générale du système nerveux , que chaque nerf, après avoir été Suffisamment renforcé dans son trajet , se ramifie et s'épanouit dans le lieu où il doit exercer son action ; ainsi, dit- il, les nerfs de la sensibilité tactile s'épanouissent dans la pi au, ceux du mouvement volontaire dans les muscle*, et cens des sept dans chacun des organes qui en est l'instrument extérieur. Or, c'esl précisément ce qui a lieu, selon lui, à l'égard rganes du cerveau, qu'il regarde comme un gros nerf ajouté à la moelle allongée. Les différentes ramifications de ce nerfsonl préi isément les circonvolutions ou organes qui composent l'un ou l'autre hémisphère, et qui, eu so renforçant du cuire ,i la circonfé reuce, forment une sorte de membrane nerveuse, épaisse d'une à doux lignes, ci recou verte , dans toute sa surface , parles faisceau* fibreux plus ou moins considéra bl i qui s'1, épanouissent .

ut se faire une idée de cet épanouis-

sement, en se représentant des manchettes ou, comme il dit , un falbala plisjé, de manière que chaque pli ait de douze à seize lignes environ de profmdeur. Les dupliealures formées parces objets offriront l'image des circonvolutions , et les espaces vides seront les anfractuosilés reconnues par les anatomistes. L'épanouissement du nerf olfactif dans les cornets du nez forme aussi des plis ou de petites circonvolutions parfaitement analogues à celles du cerveau. Ici seulement elles offrent plus d'ampleur el de profondeur. On sait d'ailleurs qu'un cerveau où les circonvolutions sont inégalement développées présente à sa surface des enfoncements, des plats, et des protubérances plus ou moins sensibles ; que ces circonvolutions offrent, dans leur développement, toutes sortes de formes et de directions; que dans tel organe le faisceau nerveux dont il est composé ne forme qu'une circonvolution , tandis que dans un autre il en forme plusieurs ; enfin, que les formes fondamentales de ces circonvolutions sont , à quelques petites variations près, les mêmes dans tous les cerveaux humains et toujours congruenles d'un hémisphère à l'autre dans le même encéphale.

Il suit évidemment de toute cette doctrine que la nature a eu pour objet de multiplier les surfaces dans le cerveau, et que ses circonvolutions peuvent être regardées comme des rouleaux analogues à ceux sur lesquels les anciens inscrivaient leurs pensées ; dans ce sens le cerveau est un livre dont les circonvolutions sont les feuillets el dont chacune présente tel ou tel chapitre do nos connaissances ou de nos dispositions ; mais il faut bien remarquer qu'elles ne sont point bornées à cette seule fonction passive, elqu'elles sont en même temps le sié^e de certaines forces actives qui nous excitent et nous poussent vers certains objets déterminés.

Rien n'est plus affirmatif que ce tangage, rien n'est plus ingénieux que toutes ces explications, et pourtant , si nous consultons Tiedcman , auteur d'un travail très-remarquable sur l'anatomie du cerveau, traduit par M. Jourdan,il nous dira :

« La doctrine de la pluralité des facultés, et par suite des organes cérébraux , ne me parait pas admissible. Llle lire sa source d'une fausse application de ce principe qu'un organe ne peut accomplir à la fois plusieurs actes. l*n n'aperçoit pas de diversités réelles entre les objets que Gall désigne sous le nom

de facultés fondamentales , et l'on ne voit,

dans tout ceqn'il appelle ainsi, que des développements d une seule c! même activité lies

au perfectionnement du cerveau ,

dire, a l'addition non de nouvelles parties, mais de nouvelles quantités ds substance cérébrale. D'ailleurs , en admettant pour un

Instanl les opinions de Gall, nous aurions à lui demander comment il peut se faire que les i. nulles do l'Ame communiquant entre elles de manière a ce que plusieurs sont simultanément en action, comme cela arrive dans les moindres opérations intellectuelle*,

il n'y ait qu'un moi , qu'un sentiment de l'existence, qu'une seule conscience de l'être pensant ; c'est-à-dire , que chacun de ces membres de la puissance intellectuelle n'ait pas son moi , sa conscience , son sentiment intime de l'intelligence ?

Cette difficulté n'est pas la seule contraire à la doctrine de Gall ; il en est d'autres qui s'offrent naturellement quand il s'agit soit de la délimitation des facultés distinctes au milieu d'une masse dont la substance est continue partout , soit de la similitude des circonvolutions cérébrales dans les diverses espèces. Ainsi, pour se convaincre du défaut de similitude de ces circonvolutions , ou , si l'on veut, de leurs sinuosités chez l'homme, dans le même hémisphère de deux cerveaux différents, ou dans les hémisphères du même cerveau, il suffirait d'examiner avec quelque at'ention les planches très-exactes dans lesquelles MM. Cruveilher, Letiret et Foville nnl fa t représenter des cerveaux humains. Mais qu'on fasse mieux : qu'on se rapporte à la nature , qu'on mette les deux hémisphères l'un près de l'autre , et- qu'on les e\amine par comparaison ; assurémenton remarquera Lien tout d'abord une certaine disposition générale des circonvolutions et des anfractuosités commune à l'un et à l'autre. On verra sur chacun d'eux, par exemple, qu'à la parlie antérieure et à la partie postérieure de sa convexité, les sillons, et, par conséquent, les reliefs, affectent une forme particulièrement horizontale, quoique encore fort interrompue et fort tremblée ; tandis qu'à la partie moyenne ces reliefs et ces sillons offrent, mais d'ane manière encore plus régulière, une direction plus oblique de haut en bas et du dehors au dedans. Çà et là encore , une circonvolution d'une partie déterminée de celte surface dans l'un des hémisphères, rappellera quelque circonvolution de la même partie dans l'autre. Mais qu'on entre plus avant et plus exactement dans le détail dis circonvolutions ; qu'on les examine dans chacun d'eux , à partir de la ligne médiane; on n'aura pas besoin de les parcourir tout entiers pour se convaincre du défaut de similitude de ces replis de leur surface. Là où, dans l'un, une circonvolution se courbe en avant, dans l'autre un repli analogue continue sa marche en dehors , ou se perd dans une anfracluosité : là où , dans le premier hémisphère, se creuse nettement un vaste sillon , dans le second se rencontre à peine une dépression légère, où s'élève une circonvolution magnifique ; à l'endroit où dans l'un des deux hémisphères s'élargit une circonvolution , celle-ci qui , dans l'autre , semble la représenter, s'étrangle ou s'allonge en une espèce de cap. Dans le premier hémisphère, i ous serez parvenu, je le suppose, à trouver une circonvolution bien séparée de ses voisines par plusieurs anfractuosilés profond' s ; dans l'autre vous croiriez avoir rencontré une forme et une déliminaiion à la rigueur équivalentes; mais cherchez dans le fond d'une anfracluosité, vous verrez la circonvolution qui, dans le premier cas, se termine

INTRODUCTION. &G

là fort nettement, ne subir ici qu'une dépression légère qui ne la distingue réellement pas de sa voisine.

Ces observations, de M. Lélut, sont toutes relatives à la non similitude des circonvolutions do cerveau , que G >ll , se fondant en panie sur une fausse théorie , une théorie erronée de l'hydrocéphalie interne . considérait comme parfaitement identiques ; elles sont donc contradictoires à l'opinion du grand phrénologisie, qui veut qu'on attribue des facultés différentes soit à des portions riiversesde la longueurd'une même fibre, soit à des faisceaux accolés de ces fibres. I'ourrait-on croire, en effet, que des fibres do même nature, qui naissent du même point, qui se touchent et sont même unies intimement ensemble, possèdent des qualités différentes ?

Autre difficulté. En parcourant la longue série des animaux pourvus d'un organe encéphalique, nous voyons le cercle des facultés internes s'agrandira mesure que les hémisphères du cerveau s'avancent vers le cervelet , et qu'ils finissent enfin par le couvrir tout entier dans l'homme. Est-il donc croyable que la partie antérieure de ces mêmes hémisphères ait le privilège de concentrer en elle les prérogatives les plus nobles de l'intelligence , puisque celte partie est celle qui se développe la première? Etsans attacher plus d'importance aux organes postérieurs qu'aux antérieurs, n'est-il pas infiniment probable, certain même, que leur apparition se lie au développement le plus complet que l'on connaisse de la masse encéphalique , el par l'acle de la pensée, puisque autrement il aurait suffi , pour procurer une intelligence plus étendue , que les lobes antérieurs seuls acquissent plus d'ampleur et d'épaisseur? Les faits d'anatomie nous serviront à résoudre ces questions. Bornons-nous à constater eu ce moment que, quand on parcourt les divisions qu'établit la phrénologie , on est surpris de voir que , pour la commodité de leur système, les phrénol igistes onl localisé tous les penchants , toutes les affections de l'âme aux points extérieurs du cerveau, déshéritant ainsi toute la partie inférieure, tout ce qui correspond à la base du crâne, de la faculté de représenter aucune des puissances de l'âme. Ce fait est grave, et peut faire supposer que le système cranologique est une pure création de l'esprit, enfantée en dehors d'une observation rigoureuse el exacte des fails.

D'ailleurs , quand même chaque portion du cerveau représenterait une faciillé, la phrénologie nous semblerait encore une science vaine et futile ; car si deux ou trois organes sont déprimés , l'organe voisin fera saillie sans qu'il y ait en lui puissance réelle; si plusieurs organes voisins sont uniformément développes, aucun d'eux ne sera appréciable.

En outre, quelles qce soient les facultés de noire âme, il faut, pour qu'elles se manifestent par une action quelconque, que l'énergie vitale vienne à lc«r aide ; cl si le teui-

INTKODUCTION.

pérament, les constitutions , l'âge, le degré de force, l'alimentation et une foule d'autres causes peuvent modifier le développement de cette action, que devient la phréuologie avec ses déterminations absolues?

On ne connaît rien de la structure intime du cerveau, dit M. Flourens, et l'on ose y tracer des inscriptions, des cercles, des limites. La face externe du crâne ne représente pas la surface du cerveau, on le sait, et l'on inscrit sur cette face externe, l'un vingt-sept noms , l'autre trente-cinq (Spurzhcim); certains, jusqu'à soixante et plus, etc. Chacun de ces noms est inscrit dans un petit cercle, et chaque pelit cercle répond à une (acuité précise ! Et il se trouve des gens qui , sous ces noms inscrits par Gall , s'imaginent qu'il y a amre chose que des noms !

Ceux qui, voyant les succès de la doctrine du médecin allemand, en concluent que cette doctrine repose sur quelque base solide, connaissent donc bien peu les hommes! Gall les connaissait mieux. 11 les étudiait à sa manière, mais il les étudiait beaucoup.

Aujourd'hui que l'engouement dont parle M. Flourens est passé, la cranioscopie est moins affirmative et plus prudente. Elle ne dit plus: Vous avez tel talent, telle passion ; mais Lieu : Vous êtes capable d'acquéïir tel talent, d'éprouver telle passion, pourvu qu'aucune influence n'y vienne faire obstacle. On conçoit que de semblables pronostics n'exposent pas beaucoup à l'erreur.

On dit encore: L'organe est très-puissant, mais il est paresseux , il est neutralisé par d'autres.

Pour nous, qui croyons que l'exercice de certaines facultés peut développer plus ou moins tels ou tels organes, nous admettrons, si l'on veut, qu'on peut approximativement lire certains faits généraux dans certaines (tonnées physiologiques générales ; mais nous répugnons essentiellement à admettre la localisation morcelée de nos facultés. Nous ne pouvons absolument croire à un système qui matérialise en quelque sorte l'intelligence, et dont l'absolutisme tendrait a nier en partie l'influence des causes morales cl l'indépendance de la volonté, en la soumettant à des nécessités m a thématiques.

S'il y a quelque chose de vrai dans cette scieuce, ce doit èlre que c'est la faculté qui développe l'organe, et non l'organe qui règle et influence la faculté. Nous voulons en tout et toujours la suprématie de l'intelligence et l'inviolabilité du libre arbitre. ( P. fielouino.)

Il est un autre point de vue sous lequel la question peut cire considérée, et comme les déductions logiques qu'on peut en tirer sont (gaiement opposées aux prétentions des phrenologistes, je dois m'y arrêter un instant.

.Nous avons déjà vu que le cerveau est un organe très-complexe, cl que Gall et ses disciples, doonanldes attributions arbitraires

à certaines élévations encéphaliques, gardent le silence le plus absolu (ce qui n'est PQS Irèl-CODléquenl] sur les usages de la

glande (utilitaire des émineuces olivaires, des ventricules, du corps calleux, etc. Restait à décider si chacune des parties conslilulh es de la masse cérébrale, auxquelles ils ont attribué une action propre, a un moi particulier?

On conçoit l'embarras de Gall et de ses sectateurs pour la solution de ce problème. Us savaient tous, ce que personne ne nie du reste, que, quelque complexe que soit l'appareil cérébral, il existe une parfaite harmonie dans l'exercice de ses diverses parlies. Or, comme de cette admirable harmonie résulte la liberté des actes d'un moi toujours actif et toujuurs présent ; comme la liaison des idées , cet inexplicable phénomène de psychologie, ne se conçoit que par la liberté de ce moi, son unité, sou indivisibilité ; ne pouvant assigner à ce moi un organe particulier, ils ont préféré (pour la fa< ilité de leur système) accorder un moi spécial à chacun des organes qui composent l'encéphale, sauf les exceptions signalées. C'est, ce me semble , substituer à une difficulté insurmontable une difficulté non moins grande ; car si le cerveau est composé de plusieurs organes, avec un mot pour chacun d'eux, pourquoi ne peut-on pas les exercer tous simultanément, être à la fois cl dans le même instant grand poète, grand musicien, profond mathématicien, comme on peut déguster, voir, digérer en même temps, a» ce la même facilité? Cette pluralité du moi , présidant à cette pluralité d'actions mentales, est donc inadmissible.

S'il était vrai, d'autre part, qu'une petite partie de l'encéphale acquérant un accroissement marqué, la manifestation d'une qualité morale soit par cela même plus énergique, comment se fait-il que ce développement se fisse précisément à la surface du cerveau .' Ne serait-il pas plus simple de l'observer à l'origine de chaque nerf, au point même où se fait la perception? Supposerait-on que les besoins de la cranioscopie exigeaient que les protubérances fussent extérieures .'

Admettons qu'un développement partiel du cerveau produise un penchant déterminé quelconque ; mais alors pourquoi l'homme qui l'a reçu n'esl-il pas toujours le même'.' Pourquoi ce penchant ne se manifeste-t-il quelquefois que très-tard? Pourquoi au co itrairese pcrd-il souvent pour reparaître ensuite, comme il arriva à l.agrange et à d'Àlembert, pour les mathématiques? Pourquoi le même homme change-t-il tout à coup de goût et d'affections ?Kcoulons Gall lui-même.

« il faut avouer, dit-il, que l'homme, dans

plusieurs des mouvements le» plus importants de sa vie, est soumis à l'empire d'un destin qui tantôt le fixe comme un rocher, comme un coquillage inerte, tantôt l'élève en tourbillon comme '!<• la poussière. » C'est, il faut en convenir, faire jouer un forl beau rôle a un inconnu, au destin. Mais en supnosanl qu'il en lut ainsi, lorsque lo lotirlullon a lieu, les facultés mentales, les aflcelioni morales, ne <l<\ raient ollcs pas toujours cire dans la même direction, en raison du

l'impulsion organique primitive? Eh bien, c'est ce qu'on n'observe pas toujours : les circonstances seules décident de cette direction. Le grand citoyen de Tusculum, philosophe et orateur incomparable, ayant passé sa vie à l'étude des lettres et du barreau, Dt pouriant la guerre avec succès. Nommé gouverneur de Cilicie, il repoussa les Parthes, s'empara de la ville de Pindenissum, et fut salué par les soldais du nom à'imperator. Qui se serait attendu à trouver un guerrier dans l'auteur des Tusculanes? Ceci prouve combien élait fausse l'amère raillerie que Sallusle Gt sur Cicéron, quand il dit que sa langue allait bien, mais que ses pieds allaient encore mieux. Les talents militaires de Cromwel ne parurent qu'à l'âge de quarantedeux ans. Richelieu, prêtre, grand politique, fil voir tout à coup, au siège de La Rochelle, de rares talents militaires. D'un avocat distingué de Rennes, la révolution fit de Moreau un grand capitaine. Et sans cette révolution qu'eût été Napoléon ? Peut-être un géomètre, un mathématicien, et rien de plus. Le germe d'un empereur futur était-il irrévocablement fixé dans un recoiu de l'encéphale ?

Comme je ne sache pas qu'on ait répondu à ces questions, qui ne sont pas nouvelles, je persiste à considérer les faits sus-mentionnés comme entièrement contraires à la doctrine des phrénologistes.

Jusqu'à présent je ne me suis point servi des faits d'anatomie comparée ni de physiologie expérimentale, et cependant ils doivent trouver leur place dans le débat.

Dugès, qui est un des hommes qui ont le mieux observé, parce qu'il a observé sans passions, Dugès, dis-je, s'occupant de la prépondérance qu'offrent les parties céphaliques sur les rachidiens et sur l'homme , a conclu avec Sœmmering, Ebel, Cuvier, que plus la différence est grande, plus l'animal est intelligent. Mais il se hâte d'ajouter : « Celte opinion, quoique professée par des hommes très-recommandables, ne doit être admise qu'avec beaucoup de restriction , puisque les proportions qu'elle semble établir mettraient au même niveau le chien, le lapin, les oiseaux, et placeraient même le dindon plus avantageusement que la chouette et le faucon.

Une autre remarque que l'on a faite est relative au développement de telle ou telle circonvolution qui doit produire consécutivement et nécessairement le développement de telle faculté qui lui est affectée. Kh bien, si l'on examine le castor, qui possède à un haut degré le talent de l'architecture, on trouve son cerveau parfaitement lisse , tandis que le phoque, dont les hémisphères sont chargés de circonvolutions presque aussi nombreuses que celles de l'homme, ne manifeste aucun sens pour la mécanique et la construction. 11 y aurait donc aulre chose que le développement plus ou moins considérable de telle ou telle partie de l'encéphale, pour fonder les penchants cl les facultés, les taleuls, etc.,

INTRODUCTION. M

des hommes et des animaux pourvus d'un système nerveux centralisé.

Terminons par les conclusions que M.

Bouillaud a tirées de ses Recherches expérimentales sur les fonctions du cerveau. D'après cet habile expérimentateur, on peut croire, 1° que les lobes cérébraux ne sont pas le siège de toutes les sensations, que peut-être même ils ne le sont d'aucune (il s'agit ici des sensations extérieures), que du moins diverses portions de ces lobes peuvent être enlevées ou désorganisées sans que les sensations soient anéanties. 2° Les sensations et les fonctions intellectuelles proprement dites sont essentiellement distinctes entre elles, bien que les unes et les autres concourent à un but commun. 3° 11 est douteux que les lobes cérébraux soient le réceptacle unique de tous les instincts, de toutes les volitions. 4" Enfin, la partie antérieure ou frontale est le siège nécessaire à la manifestation de plusieurs facultés intellectuelles ; sa soustraction détermine un état d'idiotisme.

2« et 3e Ordre. Les preuves que Gall a administrées, avons-nous dit, il les a tirées de la statuaire et de la peinture antiques et modernes, etc. Eh bien, interrogez les mouleurs, ils vous diront que jusqu'à présent on a très- peu de bustes fidèles; les artistes, au lieu de rendre hommage à la vérité et de copier servilement la nature, préfèrent idéaliser leur modèle. D'où il suit que deux bustes sortis des mains de deux artistes différents différeront toujours. Or, quelle valeur peuvent avoir les preuves que Gall lire des faits empruntés à la statuaire?

En sera-l-il de même de ceux qu'il a empruntés à la peinture? Quant à ceux-là, il faut le dire, ils paraissent plus concluants au premier abord, altendu qu'un certain nombre des portraits que Gall a fait graver sur les planches de son grand ouvrage, y représentent en effet les saillies organologiques pour lesquelles il les prend en témoignage. Ainsi, Rubeus, par exemple, y comparaît pour l'organe du coloris, et son arc sourciller n'y fait pas mentir la phrénologie. Savezvous ce que cela prouve? Que dans le portrait de Rubens, c'esl la phrénologie qui, au dire de M. Vimont, y fait mentir son arc sourcilier. Et cela doit être, puisque ce dernier ne craint pas de déclarer que Gall et Spurzheiuiontévidemment exagéré, dans les portraits qu'ils ont donnés de Rubens, la saillie formée par l'organe du coloris, et qu'il s'en faut de beaucoup qu'elle soit aussi développée qu'ils la représentent.

Du reste, peut-on croire bien sincèrement que, sur les portraits par la peinture, le plus souvent flattes, il soit possible de se livrer à une appréciation organoloj:ique raisonnable ? El en supposant qu'ils fussent parfaitement ressemblants, peut-on ne pas voir ce que peuvent changer à la conformation phréuologique du crâne les f.iutes les plus légères, les inadvertances même les moins volontaires de la main la plus exercée, qui n'oient rien au fini du portrait? Ecou1"-''

Dl

Broussais, dont le nom fait aulorilé : '< Dans la partie la plus inférieure du front, par exemple, là où une ligne de plus ou de moins de substance produit des différences immenses, la moindre déviation du pinceau, une lumière un pou trop vive, ou une ombre un peu trop épai-se, peut créer ou anéantir des organes, et donner lieu par là aux inductions cranioscopiqaes les plus erronées. » D'un autre coté, comment un phrénologue un peu prudent se hasarderail-il à noter dans la perspective d'une peinture tous les organes dont la science a surchargé un front humain, lorsque déjà il est si difficile de ne pas les confondre les ans avec les autres sur une tête en chair et en os, qu'on peut examiner et palper dans tous les sens?

Ainsi, soit qu'on s'allache à la statuaire ou à la peinture, soit qu'on s'occupe dos faits que Gall a recueillis durant le cours de ses VOjrages, dans les prisons, les hôpitaux, les écoles, les salons de l'Allemagne, de la Hollande, de Paiis, et qu'il donne comme preuves mimiques et palhognomoniques, il résulte de l'analyse qu'on en fait, si l'on compte et si l'on pèse ses observations, d'une part, que les prétendus historiques donnés par Gall ne contiennent pas des faite ayant quelque valeur, pour la plupart, et que le plus sou- >cnt il n'a par devers lui que des historiettes, des anecdotes ; à ce point qu'on serait presque honteux de les citer. (M. Dubois, d'Amiens.) D'autre pari, on découvre bien vite que ces observations >ont en opposition bien manifeste avec les faits d'anatomie pathologique. Ceux-ci sont très-nombreux ; mais je n'en citerai que quelques-uns.-

Higonnet, membre du conseil des Cinq- Cents, avait l'organe de la vénération, qui fait croire en Dieu et à la religion, ceux de l'espérance et du merveilleux, qui lui viennent en aide dans celte tâche, très-développés; et pourtant il était si peu religieux, qu'il ne voulut pas être enseveli avec les honneurs du culte; il s'y opposa même par un codicile exprès de son testament.

Le jeune pâtre sirilici Vilo Mangiamèle, qui promettait de donnera la patrie d'Arcbimède un successeur de ce grand géomètre, n'avait pis l'organe de la faculté du calcul, irgane manquait complètement, profondément el arec la plus pleine évidence, de 1 1 eao el de son crâne.

Le développement général du crâne de l'Empereur, ni son développement antérieur ou frontal , ne représentent, an point de VU6 de la mat. ère, le puissant génie qui animait

son rerveao. La tête de Napoléon n'avait

rfen que de très-ordinaire, rien qui fût en rapport avec la lupériorité intellectuelle de l'homme à qui elle apparlenail : ce qui avait l'ait dire à ci rtaini cranosco| es, conséque ils •lu reste avec leurs priai ipcs,quc c était ' i n la la tète d'un homme nss' i, médioi re, el que '•' choie ne |ei étonnait pas. C'est pousser bien loin le fanatisme du sectaire. Assurément la postérité rendra plu de juslii e i ci lui qui se montra tout à la I api

laine, habile politique et profond jurisconsulte.

En outre. Napoléon, qui, en fait d'aptitudes spéciales et d'un caractère scientifique, n'avait, à un degré un peu remarquable, d'autre aptitude que celle du calcul; Napoléon, le membre de l'Institut de France dans la section de mécanique, ingénieur el artilleur au moins passable. n'avait pas non plus. loin de là , l'organe de la mécanique, lit quant à l'organe des localités, qui eût été bien nécessaire à la cranioscopie pour expliquer dans Bonaparte cette science de la géographie guerrière et cette sûreté de coup d'œil dans les batailles, dont les journées de Biyoli furent un si magnifique exemple, le crâne de Napoléon ne le présente pas non plus.

Oui ne sait que la dissection des cerveaux de Lacenaire et de Fieschi a montré que le développement de cet organe était en opposition manifeste avec la doctrine de Gall?

Qui ignore que les idiots, pris eu masse, el tenant compte de leur taille et de leur force, ont proportionnellement leur encéphale aussi lourd, s'il ne l'est davantage, que celui de la généralité des hommes, el qu'il est aussi développé, soit dans sa totalité, soit dans les cavités antérieures? C' tte remarque , qu'a faite M. Lelut, n'est pas la seule. 11 a découvert en outre, au mètre et au compas, que sur le crâne et le cerveau des voleurs cl des assassins il n'y a pas de développement , au temporal, plus considérable que sur le cerveau cl le crâne des hommes qui n'ont ni volé ni tué, et qui n'ont pas de propension à cela.

Du re-te, M. Parchappe, dans un travail très-remarquable sur les altérations anatomiques de l'encéphale dans l'aliénation mental-, a avancé qu'il n'existe pas d'altération encéphalique qu'on puisse regarder comme une condition essentielle de l'aliénation, et que la folie ne doit pas toujours être considérée comme une pblcgmasie de la surface du cerveau, puisqu'elle peut exister à l'état aigu , indépendamment de toute altération pathologique de l'encéphale... Entre l'orgatfë altéré el la fonction troublée, dit-il, il°y a même inconnu qu'entre l'organe sain et" la fonction normale; il y aurait donc témérité à avancer que les altérations encéphaliques sont la cause essentielle de la folie : elles n'en sont que l'expressi rgaoiqoe.

C'est aussi l'avis .le M. Brière de It ismonl, dans un article fort intéressant qu'il a publié sur lu mlcur tfaj létioni anatomiquet d ins la folie. Cet estimable écrivain a émis la pensée qu'il n'existe point de lésion anatomioM propre a la manie et a la monoma

En Minime, sous Quelque point de vue que l'un considère la doctrine du docteur Gall,

quelle que soit, des quatre proposi ions fondamentales qu'il a formulées . celle qo'ofl examine, on est force de reconnaître qu'il

n'en est pas une seule qui résiste à la force cl a la valeur des preuves oui l 'élève II I i outre Clic.

Ucsie un lait sur lequel je m'arrêterai un

INTRODUCTION

instant : si le système phrénologiquc était vrai le cerveau étant peu développé avant la i.uhcrlé et s'atropliiant quand on arrive à un certain âge, jamais on n'aurait des enfants précoces, toujours les facultés intellectuelles SfS vieillards s'affaibliraient. Eh bienl on n'a pas oublié sans doute les faits de précocité intellectuelle que j'ai cités à propos de l'hérédité des instincts chez les animaux et de la non-hérédité des facultés morales. Or, si à cm faits, sur lesquels je ne reviendrai point, nous ajoutons quelques exemples qui prouvent que l'intellect ne s'affaiblit point, et conserve au contraire toute la verdeur de la jeunesse dans un corps qui se courbe et une télé que les années ont blanchie ou dépouillée , la doctrine cranioscopique sera battue en brèche sur tous les points et doit s écrouler sans de nouveaux combats.

On trouve dans les Longèves de Lucien deux exemples d'individus qui, dans un âge Irès-avancé, ont conservé assez de force d'esprit pour composer des ouvrages remarquables : ce sont Isocrate, qui composa sa harangue panégyrique à l'âge de quatre-vingtseize ans, et le poëte Cratinus, qui fil une pièce de théâtre peu avant sa mort, arrivée ilans la quatre-vingt-dix-septième année de sa vie.

Théophraste a écrit ses Caractères dans un âge très-avancé; et soit qu'il ail cessé de vivre à qualre-viniil-cinq ans, selon les uns, à cent sept, suivant saint Jérôme; soit qu'il ait écrit cet ouvrage à quatre-vingt-dix-neuf ;:ns, d'après celui-ci, ou seulement à soixantedix-neuf, d'après celui-là , il n'en est pas moins vrai qu'il a continué ses leçons et ses travaux littéraires jusqu'à sa vieillesse. Platon, octogénaire, tenait encore la plume, et Sophocle faisait des tragédies dans un âge très-avancé. On n'a point oublié que ses enfants, croyant que ses affaires en souffraient, se pourvurent en justice, demandant qu'il lut interdit pour cause d'incapacité, e! que Sophocle pour toute réponse apporta, dit-on, et lut à ses juges son OEdipe à Colonne, qu'il venait d'achever. 11 leur demanda ensuite si celte pièce paraissait être l'ouvrage d'un homme qui radotait. Comme on le pense bien, il fut renvoyé absous.

LT'urope, dans le xive siècle, présenta un cas fort rare de longévité intellectuelle dans la personne de Ludovico Mon ildeschi, qui écrivit à cent quinze ans les Mémoires de son temps.

l'.nfin, dans le xvme siècle, Morgngni écrivait ses lettres sur l'encéphale à l'âge de quatre-vingts ans.

En présence de pareils faits, que Voltaire ne devait pas ignorer, on doit être surpris que cet écrivain ait regardé comme un fait singulier l'excellent impromptu que fit mali.nne de Saint-Aulaire, âgée de qualre-vingt- «li* ans, en réponse à madame la duchesse du Maine, qui la nommait son Apollon.

Maintenant, je le demande aux phrénologisles, comment se f.iil-il, si les facultés dépendent de l'organisme, que l'intelligence de res savants, lout comme celle de l'illustre

Chateaubriand , n'a pas subi la loi commune? Est-ce que, par hasard, le cerveau serait susceptible de modifications particulières, individuelles, qui auraient fait de ces hommes d'élite des êtres à part? Qu'ils prennent garde à la réponse qu'ils vont faire; car la nature a des lois dont elle ne se départ jamais.

Encore une observation qui m'avait échapfé. On dit généralement qu'une grosse tete décèle une vaste intelligence. Cette affirmation ne manque pas de faits à l'appui; et, par exemple, Napoléon enfant avait eu la téta trop grosse pour son corps, défaut commun, dit la duchesse d'Abrantès, dans la famille de Bonaparte. Celte sorte de difformité donne ordinairement de celui qui l'a reçue, l'idée d'une forte prééminence sur les autres. Ici la chose s'est parfaitement justifiée ; et pourtant il n'en faudrait rien conclure à l'avantage des grosses tètes ni au désavantage des petites. Qui a eu une plus petite lêie que Voltaire? Eh bienl j'ai eu une armée de neveux et de nièces avec des télés de Goliath sur des corps de pygmées; cependant il n'en résulte pas autre chose qu'une grosse tète sur un petit corps.

Broussais a fait à peu près la même remarque par rapport à la petile tête du philosophe de Ferney ; il a soin de faire observer que du temps de ce philosophe il existait bien des littérateurs qui avaient un cràuo plus volumineux que le sien, et qui étaient cependant bien loin d'avoir le même lalenl et la même imagination. M. Magendie, en signalant cette remarque de Broussais, raconte avoir été à même de soumettre à l'examen de plusieurs de ses confrères le cerveau d'un célèbre mathématicien de notre époque, en comparaison de celui d'une idiote morte dans les salles de la Salpélrière. Presque tous regardaient celui de l'idiote comme ayant dû appartenir au savant exercé : tout en effet semblait confirmer cette opinion.

Voici un fait que je cite, à cause de sa singularité. Le docteur Louis Valentin a publié la description d'un crâne extraordinaire par sa grosseur. Ce crâne était conservé dans le musée anatomique de Marseille : c'est celui d'un nommé Borghini, né à Marseille, et qui mourut dans cette ville en 1816. Cet homme vécut jusqu'à cinquante ans. 11 n'avait que quatre pieds de haut; sa tête avait trois pieds de tour par les côtés cl un peu moins d'un pied de hauteur. Les os sont très-minces sans doute, à cause de la grande masse cérébrale. Le crâne est enlr'ouvert, dans la largeur d'un écu, à l'endroit où la suture sagittale se rencontre avec la coronale, et celui où commence la suture lambdoïde. Bien que cet homme eût beaucoup de cervelle, dit \ alentin, il n'avait pas plus d'esprit. C'est un proverbe qui courait dans Marseille, que la tradition a conservé : A pas mai dé sen quà Borghini : 11 n'a pas plus d'esprit que Borghini. Lorsqu'il devint âgé, cet homme fut obligé, ne pouvant plus soutenir le poids de sa tête , de porter sur chaque épaule un coussin qui l'assujettissait.

Je regrette que M. Valenlin ne nous ait rien dit de la surface du crâne au point de vue de la phrénologie, dans le cas d'hydrocéphalie offert par Borgh ni, attendu que dans le compte rendu des séances de la société analoniique de Paris (1820), par M. Bérard aîné, on peut lire ce qui suit: « M. Lacroix présenta une observation d'absence complète et congénitale des lobes antérieurs du cerveau, remplacés par une sérosité transparente qui remplissait la cavité de l'os frontal et pouvait s'introduire librement dans les ventricules latéraux restés ouverts à la partie antérieure. Cet état physique, accompagné non de la perversion, mais de la nullité presque complète des actes intellectuels et moraux, voilà pour la physiologie de l'homme un résultat auquel on ne compare jamais ceux d*une ablation de parties dans une vivisection.

Mais ce fait pourrait se prêter à d'autres interprétations, presque aussi dignes d'intérêt. L'os frontal, décrivant à peu près sa courbure habituelle, malgré l'absence complète des lobes cérébraux antérieurs, semblait mettre en défaut la doctrine du cranioscopisle, en même temps qu'à l'intérieur la présence des impressions digitales et des éminences mamillaires de l'os froutal et des fosses sus-orbitaires venaildéposer contre la théorie qui nous montre le crâne modelant ses contours sur ceux de l'organe important qu'il recèle. Enfin, dit M. Bérard, une occasion se présente de vérifier si, comme on l'a annoncé, le lobe antérieur du cerveau est à la fois le siège des phénomènes intellectuels qui président à la parole et le point de départ de l'influx nerveux qui régit les muselés de la langue. Cette enquête n'a pas été favorable à l'opinion dont nous examinons la valeur, puisque le jeune idiot articulait quelques mots sous l'influence de certaines sensations: celle de la faim, par exemple.

Hésumons-nous. Bien ne justifie les prétentions des phrénologistes. Ce n'est pas le cerveau qui est l'organe de tous nos instincts, de nos penchants, de nos sentiments, de nos aptitudes, de nos facultés intellectuelles et de toutes nos qualités morales. Il D'est que linslruinent de l'âme, qui préside seule .1 la manifestation ou à la répression de nos initiai ts et de nos penchants. Et si l'on voulait admettre que le développement plus considérable de telle, mi telle partie de l'encéphale, ou du moins de la totalité de sa masse, se rcnconire avec une intelligence plus dereloppée aussi, la seule bonne explication qu'on puisse donner de ce fait, c'est que, par l'exercice de l.i pensée, le cerveau qoi est l'instrument de l'Intelligence acquiert de pins grandes proportions. <>n roil chef les rameurs, les forgeroos, les charpentiers, une poitrine développée, des bras rigoureux, el généralement des petites jambes, au lieu que les danseurs ont au contraire la jambe 1res* forte elles bras fort grêles. Pourquoi.' parce que les parties les plus exercées se développent davantage que celles qui le sont peu <»r, pourquoi le cerveau fe-'i il ex-

ception à cette règle? Voilà pour le matérialisme.

Animisme. — Quant aux spirilualistes, nous trouvons dans un programme de I* philosophie au xu« et au xnr siècle, qoe l'homme a en lui trois âmes, savoir: l'âme végétative, l'âme sensitive et l'âme raison! ble. Ces trois âmes avaient des fonctions particulières assez bien indiquées par leurs noms. La végétative, commune aux animaux el aux plantes, était chargée de tout ce qui regarde le soin du corps : elle présidait à sou accroissement, au maintien de la santé, à la guérison des maladies. L'âme sensitive, matérielle comme la végétative, éprouvait exclusivement toutes les sensations: Irès-peu élevée au-dessus de l'âme des bêtes, elle remplissait des fondions purement animales. Les besoins et les plaisirs du corps étaient son unique partage et l'absorbaient tout entière; tandis que l'âme raisonnable, d'une nature céleste, rayon émané de la Divinité, substance toute spirituelle, vivait au milieu des idées et dans la contemplation des essences ; elle seule connaissait les principes de la morale et de la religion, elle seule pouvait s'élever jusqu'à Dieu. Aussi l'appelai on quelquefois l'unie divine.

Il y a certainement quelque chose d'ingénieux à avoir imaginé trois principes différents, quand l'observation semblait montra dans notre nature trois différentes espèce] de phénomènes. Mais comme ces trois principes n'avaient rien de commun, et que chacun dans cette hypothèse ignorait ce qui appartenait aux deux autres, on dm nécessairement s'apercevoir, plus tôt ou plus tard, qu'ils ne rendaient pas raison de ce qui se passe envers nous.

Des réflexions suggérées par le simple bon sens montrèrent l'insuffisance de ces hypothèses. L'expérience disiilà tous les moments que l'âme raisonnable connaît trèsbien loul ce qui se passe dans l'âme sensitive. Sur quoi portent en effet la plupart des pensées de l'âme raisonnable? A quoi songent habituellement le plus grand aombt]

des hommes? N'est-ce pas à leurs affaires, ù leurs iniérôls, à leur santé, à leur bienêlre, loutei choses qui soûl du ressort de l'âme sensitive ?

Il fallut donc renoncer à celle triniie d'âmes et ne reconnaître qu'une âme unique] mais que fit-on ? On composa celle âme unique <le trois parties distinctes, l'intci ïeuï 9 qui tenait la place «le l'âme végétative; la moyenne, qui correspondait à l'âme lensM Hve; el la plus élevée, qui remplissait M

fonctions de l'âme raisonnable.

Pelle est la doctrine qui a eu des écoles en Europe pendant cinq à six siècles, c'esl-

• i dire jusqu'à Bacon qui rejeta l'4me réga] lalire; el puis jusqu'à Descaries, qui traça la ligne de démarcation qui sépare à jamais le domaine de l'intelligence de celui de M matière i à la matière il laissa le mouvement el rien que le mouvement ; la sensation comme la pensée appartint exclosh ?menl à r.ime. C grand homme employa tout sou

INTRODUCTION

ît-nic pour distinguer tout ce qui, jusqu'à ûii, avait été bien des fois < onfondu ou mal démêlé; et depuis ce moment aucun vrai philosophe ne s'est écarté de sa doctrine.

Une seule chose embarrassait les penseurs, lisse demandaient si c'était l'âme qui donnait la vie à la matière, et ne pouvant expliquer que par elle l'existence des êtres vivants, ils se décidaient pour l'affirmative. 11 était réservé à une école dont la philosophie médicale est si mal appréciée par ceux qui, ne la connaissant pas, ne veulent pas même se donner la peine de l'étudier, il était réservé, dis-je, à cette école qui a Barthez pour chef el Lordat pour drapeau, d'assigner à la ses usages, à la force vitale ses fonclions, au dynamisme vivant ses facultés. La matière animée est susceptible de mouvements; il lui sont imprimés par la force vitale qui, pour l'exécution de certains actes, agit proprio motu, et pour certains autres est subordonnée aux volontés de la puissance psychique ; et comme celle-ci préside aux facultés intellectuelles et à l'expression des sentiments moraux, rien ne reste inexpliqué. Voici qui le prouve.

Placé an milieu de la nature et environné d'objets qui le frappent dans tout son être , l'homme reçoit à chaque instant par son corps une infinité d'impressions, et par son âme une infinité de sensations; par abréviation, des fentimeuls-sensatiors.

Que ré-ulte-t-il de ces avertissements continuels qui invitent l'homme, qui semblent vouloir le forcer à prendre connaissance de tant d'affections diverses et des causes qui les produisent?

Hien, si son âme est passive ; tous les trésors de l'intelligence, si elle est active. Semblable aux corps inanimés, dont la première loi est de persévérer à jamais dans leur état actuel, à moins qu'une force étrangère ne tienne le changer, une âme purement passive conserverait invariables et pendant toute la durée de son existence les modifications qu'elle aurait une fois reçues. Et puisqu'il est v r.ii que le moment présent, celui qui fuit et celui qui va suivre, nous trouvent toujours différents de nous-mêmes, il faut quil existe une force dont l'énergie surmonte l'inertie des sensations. Mais au lieu que la force qui fait passer le corps du mouvement au repos, ou du repos au mouvement, leur vient du dehors, celle qui donne la vie aux sensations, qui les perçoit, du moins lui les agite, qui les réprime, vient de lame elle-même et fait partie de son essence.

Que serait une âme réduite à la simple capacité d'être passivement affectée ? Accablée fl une fouled'impressions qui se cumuleraient sans cesse dans un sentiment confus, où rien la serait démêlé ; heureuse sans connaître s,i félicité, ou malheureuse sans aucune Espérance de voir un terme à ses maux, sans pouvoir même en former le désir, sa condition la placerait au-dessous de tout ce qui a jeçu le don de la vie, au-dessous de l'être qui •a reçue ,',u moindre degré.

Telle n'est pas l'âme. Appelée à connaître l'univers et l'autour de l'univers, à jouir de la nature et d'elle-même, elle a tous Ie9 moyens d'entrer en possession de si grands biens, toutes les facultés nécessaires pour remplir sa destinée.

Non, l'âme n'est pas bornée à la simp'e capacité de sentir; elle est douée d'une activité originelle inhérente à sa nature : elle est un principe d'action , une force innée, et en faisant un emprunt à la langue latine, mens est vis sui motrix : L'âme est une force qui se meut, c'est-à-dire qui se modifie d'elle-même , qui se commande à elle même.

Veut-on la preuve de cette force qu'a l'âme et qu'elle puise en elle-même ou en ses propres sentiments? Suivons son action dans une suite de manifestations qui nous serviront d'avance à éclaircirles formes abstraites d'une analyse; assistons à la mort d'un martyr de la religion chrétienne.

« Renonce à ton Dieu. — Tu peux faire approcher la flamme el le fer : fais. — Ne crainstu pas le supplice? — Je le désire. La foi est plus forte que les tourments, el Dieu plus puissant que les bourreaux. Tu as pouvoir sur mon corps, non sur mon âme, el en détruisant l'un tu délivreras l'autre. —Ton orgueil s'imagine que lu portes en toi quelque chose qui doit survivre à la matière; mais tu vas retomber dans la poussière dont lu rs sorti; et, confondu avec la terre, tu n'auras plus même assez de vie pour regretter ta folie. Tu vois les apprêts du supplice , la flamme pétille, l'huile bouillonne, le fer étincelle, voici la coupe; abjure ton Dieu et adore Jupiter. — Qu'est-ce qui se réjouitdonc en moi? Est-ce mon corps? Insensé! et la poussière peut -elle concevoir l'éternité? Ou', mon Dieu m'a ordonné de chercher la joie secrète et intérieure de celle âme qui est faite à son image, et de fuir les plaisirs passagers de ce corps qui est le vrai Dieu que tu adores. Comprends donc mieux la félicité du martyr, et apprends à vivre en regardant mourir. — Voyons si tu soutiendras ce langage en face du supplée. Eh bien, ce fer qui déchire tes entrailles, et celle huile bouillante qui pénètre jusque dans la moelle de tes os te font reconnaître la réalité de la douleur. — Ils me révèlent mieux toute la puissance de l'âme. — Ne sens-lu point que ton corj s fait partie de toi? — Je m'en sépare. — .Mais tu souffres? — Non, je pense. »

Ces mots, que M. Allelz a prêtés au martyr dont nous avons retracé la mort el qui se sont échappés lanl de fois avec le dernier soupir des lèvres glacées du chrélien expirant, prouvent mieux que la plus savante analyse la réalité des forces de l'âme et la vie d'un être qui se reconnaît distinct de la matière , supérieur aux sens , indépendant du corps, captif pendant la vie et libre après la mort.

Quel phénomène étrange vient de se révéler à nous !

Le corps peut êlrc exposé aux souffrances les plus cruelles, et nous avons le pouvoir,

INTRODUCTION

par une force inlérieurc et immatérielle, de effets de sa composition musicale qu'à l'aile nous détacher de ce corps et de rompre toute de deux moyens , ou !>ien par un langage alliance avec lni. Qu'on perce 1rs entrailles conventionnel, la musique écrite, ou

dp Tauimal, qu'un le place sur les flammes d'un bûcher, il ne pourra point échapper au sentiment de la douleur, on ne le verra point jouer avec l'instrument de son supplice, ou demeurer paisible sur des charbons ardents. Tout son être s'absorbera dans la souffrance et dans les efforts de son organisme agile par le désir d'échapper aux angoisses dp la douleur. Mais l'homme est possesseur d'une double nainre; deux êtres vivent en lui, l'âme et

ranimai. La force de sa volonté peut lui faire saire auprès d'eux ne leur transmet pa rompre le nœud qui unit ces doux mondes, ordres. L'une restera immobile, et l'.mlr et il peut s'attacher si fortement à l'un, qu'il n'aura, en conséquence, aucune surveil tôt parvienne presque à ignorer ce qui se passe à exercer. Mais si le cerveau, par le m rji dans l'autre. des nerfs, transmell'ordrc à la main ei à

Pour tout honmc impartial, il est évident assez valides pour obéir, le papier sera bienque l'âme lire sa force d'elle-même ; qu'elle lot couvert de notes de valeurs différente) d

par l'exécution instrumentale , d'un instrument surtout pouvant remplir à peu près toutes les conditions d'un orchestre.

Dans le premier cas, l'âme commande,') la main de prendre du papier réglé, et d'écrire les diverses parties du motif et de l'accompagnement, et à l'œil île veiller à ce que In main ne s'égare. Mais la miiii et l'oeil clam hors de la portée de l'âme, ils n'obéiront pns à sa volonté, si le factotum qui sert d"!

a des facultés, puisqu'elle raisonne, juge, veut, etc.; et des sentiments moraux, puisqu'il!.• croit, espère, etc. Mais comme ces facultés et ces sentiments sont à des degrés différents selon les individus, c'est-à-dire suivant leurs dispositions naturelles et l'éducation qu'ils ont reçue; comme l'étendue de ces facultés constitue l'homme ordinaire ou l'homme de génie ; comme la nature des sentiments qu'il manifeste en fait un être bon cl vertueux, ou un être vicieux et méchant, et plus encore; comme les actes do l'âme sont par leur nature invisibles comme elle, il lui fallait un instrument qui l'aidât à exprimer visiblement ses pensées , qui secondât ses désirs quand elle voudrait se

de signes qui permettront à un harmoniste d'apprécier, par la lecture, l'effet que l'exécution de cette musique peut produire sur le< connaisseurs. A plus forte raison, un auditoire plus ou moins nombreux apprécienl-il le mérite de cette composition , quand i! l'exécutera.

.Mais dans aucun cas ce n'est ni le cerveau ni l'instrument qui ont le mérite de la création musicale; c'est l'imagination, une des facultés de l'âme du compositeur. Celuici veut-il faire apprécier son œuvre, écrite tout entière dans sa mémoire , il se devant un orgue expressif, dit symphoiiium, par exemple, et se pose convenablement de manière à ce qu'il puisse, de ses doigt;

servir du corps soit en tant qu'il se meut, courir avec facilité les claviers tirer

cl se déplace pour s'éloigner ou se rapprocher des objets qui nous plaisent ou nous déplaisent, soit en tanl que, sentant l'impression des objets extérieurs, il communique ces impressions à la puissance qui perçoit la sensation, soit enfin en tant qu'il peut former des sons et les articuler par la parole, etc. Cet instrument, c'est le cerveau.

Remarques que je ne dis pas que cel organe soit le créateur dei facultés intellectuelles ci ['inspirateur des sentiments moraux; jp prétende qu'il n'est qu'un instrument dont I Ame se sert pour la manifestation de ces fai ullps et de ces sentiments, alors qu'elle vi ni qu'on sache qu'elle possède Ips unes et éprouve les autres, liasse nerveuse d'où parti Bl des ner/s qui donnent la sensibilité toit ans organes des sens, soi! à ceux qui serrent bus fonctions de relation, c'esl par eux et par elle que \*-^ impressions sensuelles extérieures sont transmises à l'âme, el par elle ei eus que les actes réfléchis on irréOé- ( lus de ci lie Ame se transmettent a l'âme des individus arec qui nous virons, qui nous ap

prochentou arec qo i> correspondons à

l .mie de leurs sens,

Ainsi, l'Ame a une pensée, elle la médite, el e i,i féconde, et, pi ofllanl >i une jrj pjrj lion heureuse, elle composera , m l'on veut, un tnorci au d'harmonie.

La puissance psychique ne peul communiquer i auli ii sa pensée, cl lui utira juger de>

pousser les registres, et de se< pieds ou laisser relever les pédales. A son coav mandemenl, ses mains et ses pieds se meu- 1 vent : il en ralentit ou en précipite les mouvements ; il observe les forte et les piano; III nuance son jeu, son expression, de manière à faire ressortir toutes les beautés de son ouvrage. Supposons un instant qu'au montai de l'exécution les mains et les pieds du coin positeur-exécutant s'engourdissent ou se paralysent complètement, ou encore que If) doigts cessent de faire mouvoir les louches, ou Ips pi, ils d'agiter les pompes, qu'il ne poisse] avoir, en un mil, d'intermédiaire ubliye' entre lui et l'orgue, il ne pourra plus faire entendre s >n œuvre. Or, sYusuii-il . qu'elle n'existe pas dans son intellect?

Eh bien! cet Intermédiaire obligé entrai' Compositeur et l'orgue , c'est l'intelligente et l,s extrémités, le cerveau elles nerfs det mouvements volontaires. Si, malades, ils se I

peinent seconder les désirs ilu principe psj-

chique, l'émanation de sa pensée n'aun point lieu ou sera mal transmise... Mai», de ce que li s lils d'un télégraphe électrique Sfronl rompus (je change d'exemple), et que If chef du gouvernement ne pourra plus s'to servir pour transmettre ses inslruriinOll j îles subordonnes qui doivent les cxécUtSr, s'ensuit il que le chef n'aura pas en la p«Bléo de donner cet ordre, et qu'il n'a pas élM donné, parce qu'il n'émana. I pas de lui? El

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l.Yi UOIHJCTiON.

dira-l on que la pensée du pouvoir éi 'ait dans les lils qui se sont rompus et qui, en se rompatii, onl détruit l'idée?

Eh bien, pour le corps humain, en tant qu'état monarchique, l'âme nous venant de Dieu, la puissance psychique est le chef du gouvernement; le cerveau et les nerfs qui en parlent forment l'appareil télégraphique complet, appareil animé qui transmet les ordres du chef, avec la rapidité de la foudre, aux agents , ses subordonnés, qui doivent publier ou exécuter ses décrets. Que l'appareil ne fonctionne pas ou qu'il fonctionne mal, n'importe pourquoi, alors des retard-s dans les communications , alors inaction complète des inférieurs , malgré les ordres Ips plus précis et les plus pressants, mais non transmis, du pouvoir souverain.

Remarquez bien que cette opinion ne détruit pas celle de tout temps professée, que le cerveau est l'organe des facultés intellectuelles. Il s'agit seulement de s'entendre sur l'action réelle de cet organe à l'endroit de ces facultés. Pour moi, je n'y vois pas une table rase, mais un grand registre sur les feuillets duquel l'âme inscrit journellement, pendant les heures où le registre reste ouvert (durant la veille), les idées diverses que les sensations différentes qu'elle éprouve font naître en elle. Elle les classe pour pouvoir se les rappeler, et afin de les comparer à d'aulres sensations. Elle couche sur les divers feuillets de ce registre loules les pensées qu'elle désire ne jamais oublier ; mais pour éviter de le feuilleter et de faire des recherches, souvent infructueuses, les caractères mnémoniques pouvant s'effacer ou se confondre avec d'aulres caractères , l'âme préfère employer un autre moyen. L'homme écrit la pensée n'importe où, et quand l'âme veut se ressouvenir, l'homme remet sous ses yeux l'écrit qu'il a lait, et la pensée retourne à l'âme d'où elle éiait partie.

Tout cela n'explique pas, me dira-t-on , comment il se fait, ainsi que l'ont hautement professé plusieurs grands philosophes, que l'âme se règle toujours d'après l'état du corps; comment il se fait que ses facultés dépendent de l'organisation et de la santé, à ce point, qu'une constitution plus heureuse du corps humain a toujours pour résultat des facultés plus distinguées. Cela n'explique pas non plus d'où vient que la plupart des médecins, depuis Hippocrate, ont également rapporté nos pensées, nos désirs, nos passions, notre humeur et notre caractère moral à des conditions corporelles.

Voici ce que je pense à l'égard de ces deux objections. D'abord tous ceux qui admettent l'âme, et c'est la presque unanimité des hommes, luidonnentpourprison lecorps.A la vérité, quelquesphilosophes, ne sachant trop où la placer, la disséminèrent un peu partout sans distinction ; maisleur opinion ne réunit qu'un bien petit nombre de partisans, et cela devait être, attendu qu'elle aurait rendu à peu près inutile le principe souverain auquel on n'avait eu recours que pour centraliser le pouvoir, et qu'il était en conséquence indis-

pensable deresserrer ce principe sur un point d'où il régentât l'organisme en:ier. Partant, tous les individus se réunirent pour rendre l'âme présente d'une manière spéciale à une des parties du corps. Ainsi, Pylhagore, Hippocrate, Platon et Galien placèrent son sié;^e dans le cerveau ; Aristote et les stoïciens, dans le cceur. Les philosophes du moyen âge sui tout demeurèrent en partie fidèles au sage de Slagyre dont ils n'accueillirent guère que les erreurs, tandis que les médecins, adoptant l'opinion de Galien (quoiqu'elle eût fait moins de bruit), en conservèrent la tradition, et elle résista ainsi aux injures du temps dont la faux moissonna presque jusqu'au souvenir de sa rivale. Inutile de dire que Descaries lui donnait pour siège spécial la glande pinéale; Lapeyronnie, le corps calleux ; Servet, l'aqueduc; Sylvius, etc.; alors qu'Erasistrale l'avait placée dans les méninges.

Voilà donc l'âme emprisonnée dans lecerveau , dans un organ-e où toutes les impressions faites sur les sens vont retentir afin qu'il les transmelle immédiatement à l'âme, qui doit devenir attentive à ces impressions pour percevoir les sensations. A l'aide de ce travail, aux idées innées s'ajoutent par les sens des idées nouvelles, et le domaine do l'intelligence s'agrandit.

Dans ces cas, l'influence corporelle est incontestable ; l'âme se règle sur les sensations qui lui viennent par les organes das sens, pour juger, comparer et se faire des idées nouvelles des objets soumis à son attention. Alors ces idées seront plus ou moins nettes et précises, suivant que les organes en transmettront plus fidèlement les impressions à l'âme ; il n'est donc pas étonnant que les facultés soient plus distinguées, quand l'homme est plus heureusement organisé.

Mais s'il s'agit des travaux de l'imagination, de la réflexion, qui sont du ressort de l'âme quand elle se replie en elle-même et se recueille pour inventer du nouveau, créer quelque chose d'original , qui prouve une supériorité d'intelligence sur bien d'aulres intelligences, il faut qu'elle s'isole complètement, non-seulement du monde extérieur, mais en ore, en quelque sorte, de tout ce qui l'entoure; car si elle est distraite par le bruit, par les besoins de la faim ou par toute autre cause corporelle, adieu son activité. De même, quand, par un travail longtemps continué, ou par l'exercice d'une digestion laborieuse, ou toute autre cause physique ou vitale, le cerveau, devenu le siège d'une activité plus grande de la circulation capillaire artérielle, la circulation capillaire veineuse restant la même, il y a congeslion cérébrale; si, dans ce moment, l'âme veut consulter son registre (le cerveau) pour retrouver les notes qu'elle y a classées, ses f icullés peuvent être dans une sorle de désordre occasionné par cet état physiologique exagère de l'encéphale dont j'ai parle, et l'amené retrouvera ses notes qu'avec beaucoup de difficulté : de là un travail long et laborieux. Cela est si vrai que, quand l'âme se concentre absolu-

INTRODUCTION

ment en elle-même, comme cela se remarque dépendent, c'esl à elle seule qu'ils doivent être dans les cas de contention d'esprit ou d'ab- rapportés ; et, quand une fois ils sont assez sorplion mentale, circonstances où les im- développés, ils font taire les plus longues pressions extérieures les plus violentes ne souffrances, les tortures les plus violentes peuvent la distraire, où les besoins les plus auxquelles le corps la soumet. Ainsi, les faimpérieux du corps ne sont pas sentis par cultes intellectuelles et les sentiments moelle,c'esl alors, et alors surtout, qu'elle a le raux ou facultés affectives dépendent de plus de fécondité. Voyez le somnambule : il l'âme : l'âme étant unie à un corps récalcia travaillé inutilement toute la journée à ré- trant, elle ne peuts'affrancliirtoutàfaildeses soudre un problème, à rimer quelques vers : la taligue ou le découragement s'empare de lui, il se couche et s'endort. Mais pendant qui; les organes sommeillent, l'âme veille, libre de toute sensaiion qui lui viendrait du dehors ou du dedans de sa prison ; elle poursuit son travail ; elle commande à l'encéphale, qui, lui aussi, a bien plus d'influence sur des organes que l'assoupissement rend plus dociles, et, le problème étant résolu ou les vers rimes, la main les trace sur la feuille qu'on avait en vain commencé à noircir avec des mots écrits et effacés. D'après cria, il ne serait pas exact d'aflirmer d'une manière absolue que l'âme se règle toujours d'après l'étal du corps, à moins que par les mots se régler on ne veuille dire autre enose que se soumettre exclusivement aux exigences du corps. Oui, le corps, par des sollicitations continuelles, occuperait continuellement l'âme, si elle voulait être toujours attentive à ses sollicitations et y céder. Mais comme elle peut s'en détacher, pour ainsi dire, par la contention, elle ne s'occupe plus de lui , elle ne se règle point d'après lui.

Et quant à l'objection tirée de l'opinion émise par quelques médecins, que nos pensées, nos désirs, nos passions, etc., doivent être rapportés à des conditions corporelles, attendu qu'elle rentre, pour les facultés intellectuelles , dans l'objection précédente , nous n'avons pas à nous en occuper. Restent donc les passions, l'humeur ou caractère moral, etc.

Nous avons vu que l'homme était animal et homme tout ensemble ; nous avons parlé de la dualité de son dynamisme ; eh bien, quand l'animal a des appétits, des besoins, des passions, des vices, il s'agite et rue quelquefois , il mord; et, sous ce rapport, ou a raison de dire que les passions et l'humeur

ci ci' h om me doive nt être rapportées à des conditions corporelles. Cela n'empêche pas que l'âme ne les maîtrise, quelquefois, c'est-àdire qu'excepte les cas où l'animal prend (c mors aux dente, ou bien alors qu'elle a ellemême quelque avantage à ce qu'il en lisse &

sa tète, la plus grande part des jouissances qu'il doit coûter devant lui revenir | elle

I empêcha de se laisser aller à ses inclinations.

Quoi qu'il en soit, n'oublions pas que, eu dehors des passions bestiales qui abaissent l'homme , II y a les passions célestes qui l'a-

grandissant ; il y a l'amour de la patrie, l'amour «lu prochain, l'amour de la gloire, qui

l'cnfiammc ni, et que ions ces sentiments pas

mes ne peuvent éire rapportés d rien de

corporel. Inspirés par Dieu morne d l'âme

qu'il nous a donnée, c'esl d'elle seule qu'ils

exigences, mais de ce qu'il faudra que, pour certaines choses ( pour les appétits, les penchants, les travers de caractère, etc. ), elle succombe par faiblesse ou par plaisir, ou sorte victorieuse du combat ; de ce que les facultés intellectuelles et les facultés affectives trouvent aussi dans leur manifestation quelque opposition de la part du corps, s'ensuit-il qu'il faille rapporter au corps la souveraineté qui appartient à l'âme ? Je crois avoir prouvé le contraire.

L'âme, quoique dépendante de l'organisme sous bien des rapports , en est indépendante sous bien d'autres; elle jouit donc d'une activité qui lui est propre. C'esl à cette activité, qui constitue du reste son individualité, que la puissance psychique doit l'inappréciable avantage de posséder les deux ordres de facultés que nous lui avons de tout temps accordées, à savoir, les facultés intellectuelles et les facultés affectives.

Les premières, qui ne sont autres que les facultés d'une même faculté, l'entendement, s'appellent attention , comparaison , raisonnement (Laromiguière), jugement, réllexion, sensaiion, imagination (Condillac), etc., suivant l'acte de l'intelligence auquel l'âme se livre (toutes ces facultés et autres seront définies dans le cours du Dictionnaire) ; tandis que, au contraire, les facultés affectives sont très-variables par leur nature. Cela n'a pas empêché qu'on ne les ait réunies en groupes divers, étiquetés d'un nom collectif différent.

Ainsi, i,u nul les sentiments moraux que l'homme éprouve sont tumultueux, passionnés, ils forment le groupe appelé fussions, cl celles-ci, suivant qu'elles sont vicieusi s ou vertueuses, le conduiront à la honte ou au déshonneur, à la distinction ou à la gloire, sans rien perdre de leur caractère. Aussi ne dirai-je pas d'une manière absolue, comme madame de Siaël : « L'ennemi de l'homme

c'esl la passion; elle seule fait la grande dilli- Cullé de la destinée humaine. » Il est vrai qu'elle ,,jonlc, quelques pages plus loin de son li»n> De l'influence dt.< passion* : « l.c plus grand argument à présenter contre les passions, c'est que leur prospérité est peutêtre plus lalale au bonheur de celui qui s'y litre que l'adversité ; » mais s'il est incontestable '[ne les passions sont le l'eu céleste qui \i\ilie le monde moral, (|uc c'est aux p.is-

sions que les arts el les sciences doivent leurs découvertes et lame son élévation, quoique

l'humanité lui doive aussi ses vices al la plupart de ses malheurs, cela ne donne pas le droit au moraliste de condamner les passions •■i de les accuser de folie. (Heltitiue.)

Mais, en oulrc de ces sentiments moraux

105 INTRODUCTION

passionnés, il y a d'aulrcs sentiments inoraux non passionnés qui, eux aussi, sont vineux ou vertueux : de là, par conséquent, le groupe Vices pour les uns, et le groupe Vertus pour les autres. Inutile de signaler maintenant les avantages de celles-ci et les Inconvénients de ceux-là. Qu'il me soit jerniis cependant de citer un passage de lord Ryron qui les caractérise : « Je commence à in'apercevoir que, dans ce monde damné, il n'y a de lion que la vertu. Je suis las du vice, dont j'ai goûté toutes les variétés. »

Enfin, il est quelques sentiments moraux qui, s'ils ne s'élèvent pas à la hauteur de la vertu, ou ne s'abaissent pas à la dégradation du vice, n'en forment pas moins un groupe distinct, sous le nom collée; if de Défaut*. Disons quelques mots de chacun de ces groupes.

Passions. — Les passions , ers modifications passagères et irrégulières de l'âme, ont été diversement et bien diversement définies par les écrivains qui s'en sont occupés. Pour les uns, c'est un mouvement de l'âme opposé à la droite raison; un appétit trop violent (Zenon) ; pour les autres, une affection vive et profonde qui nous attache fortement à son objet ( li'Alemberl ) ; pour celui-ci, ce n'est autre chose qu'une sensation forte et continue ( Bujfon ) ; pour celui-là , c'est un sentiment exalté par l'imagination , fortifié par le; obstacles [De Ligne); pour Condillac, c'est un désir dominant tourné en habitude ; pour Uivarol, un dé.-ir violent causé par les besoins de l'âme en souffrance jusqu'à ce qu'elle soit satisfaite; pour F. S'érard, le plus haut degré d'activité du moi, etc., etc. On sent au premier abord ce que de telles définitions ont d'incomplet, d'inexact, de vague. Celle qu'en a donnée Dugès n'a-l-cl!e pas ces défauts, et satisfait-elle comme il l'espérait à tontes les exigences de leur étude ? On va en juger. « Les passions, dit-il, sont des exagérations ou des dépressions momentanées du sentiment inséparable des facultés intellectuelles, lui lesdéfinissanlainsi,ajou(et-il , nous pourrons établir ici une division des passions exactement en rapport avec telle que nous avons adoptée pour ces opérations même, et sans chercher à la justifier par de longs détails , ni même à la rendre aussi complète qu'elle pourrait l'être , nous en donnerons un aperçu. » Voici cet aperçu du professeur de Montpellier.

« Aux opérations immédiates se rattachent tous les sentiments exagérés , mais simples et non raisonnes; aux sensations se rapportent l'émotion , la surprise, rétonnement, la joie, la douleur, l'ennui ; à la mémoire, les regrets, les distractions ; à la volonté, l'entêtement , l'indécision , l'abnégation de soimême, la colère.

« Pour ce qui concerne les opérations réfléchies, l'attention est la fonction de la curiosité, de l'impatience , de l'apathie ; la réminiscence est celle de la rancune et de la reconnaissance ; la comparaison , celle de la jalousie , de l'envie , de l'émulation , de la Dk'.tionn. uns Passions, clc.

prédilection. Les jugements et 1. s raisonnements tantôt justes , tantôt exagérés , tantôt déviés, sont l'origine de passions nombreuses, et qu'on peut paitager suivant leur objet. S'agil-il de choses matérielles , ils enfantent le goût, l'aversion, l'avarice; s'appliquentils à certains actes ou événement^, il en résulte la satisfaction, l'admiration, l'enthousiasme, l'espérance , l'ambition , le diagrin, le désespoir , la honte , l'indignation. Quant aux personnes, ces jugements portés à l'extrême produisent la haine, le mépris, la pitié, la confiance, l'amitié, le respect, !o dévouement et l'amour, quand il s'y mêle quelque influence de l'instinct. Se concentrent-ils sur le moi, ils amènent le courage, l'orgueil, l'humiliation spontanée, la peur, le découragement; enfin, se reportent-ils vers l'auteur de toutes choses , ils enfantent la componction , l'extase, la ferveur, le fanatisme. «

Celte exposition ou classification des sentiments divers que l'homme éprouve est trèsarlislement disposée, et doit séduire au premier aspect; mais si on l'analyse, on s'aperçoit bientôt qu'elle pèche par plusieurs points.

D'abord , elle pèche par sa base : car elle repose sur une définition qui tend à matérialiser les passions , ou tout au moins à leur donner l'intellect pour origine, alors qu'elles vienncnlsurtoutducœur.Qu'est-ceen eliet que desexagéralionsou des dépressionsdu sentiment inséparable des facultés intellectuelles? Sentiment veut dire sensation perçue par l'âme et allant droit au cœur où elle retentit. Ainsi , d'après Dugès , pour qu'une passion se développe, il faut d'abord qu'il y ait exagération ou dépression du sentiment , et puis opération intellectuelle immédiate ; ce qui équivaut à ceci : impression suivie de sensation ou de perception de l'impression avec appel aux facultés intellectuelles qui doivent nécessairement être mises enjeu; ce qui suppose toujours un jugement réfléchi. Or, en général, rien n'est plus -irréfléchi que les passions.

Ce n'est pas tout: dans l'opinion du savant physiologiste, la passion serait le résultat primitif de celte dépression ou exagération du sentiment apprécié par l'intelligence , alors qu'elle n'est, en définitive, qu'un sentiment secondaire , dépendant quelquefois du sentiment, quoique pouvant naître spontanément sans lui. Je m'explique :

Une femme jeune et belle entre dans un salon où se trouvent plusieurs jeunes gens du même âge , tous bien constitués , tous plein d'ardeur. L'impression que cette femme fera sur l'organe de la vision sera la même pour tous; c'est-à-dire, que l'image de cette belle personne ira se peindre sur la rétine de chacun d'eux , et que la transmission de l'impression se fera également sur leur âme par l'intermédiaire des nerfs et du cerveau Si l'âme l'ail un appel à la mémoire et compare cette image à des portraits disgracieux qu'elle a vus, elle dira en classant la sensation nouvelle : Qu'elle est belle! Supposons

<07 INTKOD

maintenant que la sensation n'en reste pas là, il qu'elle aille frapper au cœur pour que le sentiment soit complet, eh bien! chez l'un il trouvera l'indifférence; chez l'autre, le plaisir et l'admiration ; chez le troisième, l'amour, /Ulribuera-t-un ces sentiments divers aux exagérations ou aux dépressions du sentiment primitif, réfléchi ou irréfléchi? lit puis, fju'a de commun la passion amour avec le sentiment d'admiration que produit une belle personne? Les jugements et les raisonnement , dites-vous , appliqués aux choses matérielles , produisent l'avarice ; mais si l'avare raisonnait et jugeait sainement , il ne dépérirait pas sur son grabat de misère et faim , pour grossir un trésor qu'il n'emportera pas dans la tombe..,. Bref, la passion se sent ; mais elle ne peut se définir d'une manière assez précise et assez rigoureuse pour échapper à la critique.

Du reste, savez-vous ce qui fait le vice des définitions que j'ai réunies ? C'est que dans la plupart d'entre elles on a, ce me semble, méconnu la nature des passions en les rangeant, par exclusion, tantôt dans les facultés intellectuelles et tantôt dans les facultés morales, au lieu de tenir compte des deux ordres de phénomènes qu'elles présentent, et de l'influence réciproque des deux unités de l'homme. En vue de cette influence, nous nommerons passions toute perturbation morale combinée avec des excitations appétitives, naturelles ou factices, accompagnées, quand elle est violente, d'une véritable souffrance et de divers dérangements fonctionnels.

Par là nous ne préjugeons rien, et nous pouvons admettre, sans que notre opinion puisse infirmer notre définition, que les passions sont soumises à la volonté , et par quenl susceptibles d'éducation. Elles ne sont donc pas matérielles et physiqu s, les organes n'en étant pas la cause essentielle et première , ni l'instrument direct. (F. Bérard.)

Classification des passions. — De même qu'il riait très-difficile de définir les passions, de môme nous éprouvons une Irès-grande difficulté à les classer. Cependant, d'après A. Smith, qaelqoes-nns des meilleurs moralistes anciens auraient ci nsidéré les passions comme pouvant se diviser en deux (i,i ses différentes. Dans la première, ils rangeaient toutes les passions qui ne peuvent être réprimées même un seul instant, sans un grand empire sur soi-même ; et dans la seconde, toutes celles qu'il est facile de ré primer linéiques instants ou pondant un court espace de temps, mais • | ti i , par I I

pres*anl et continuel aiguillon du désir , entraînent presque toujours, dans le ions de la \ ie. a quelque faiblesse.

Celle classifj alion e t assci rationnelle ;

i ail i Ile a 1 un onvénient de ne pas e mnr.is •

•■or la totalité des passion*. Ainsi omis

in tous qu'il est des passions si noble*,

si grandes, si généreuses, qu'on ne saurai!

les confondre avec celles qu'il faut - efforcer

JCTION. Wfl

de réprimer ; or, dans laquelle des deux classes les placerons-nous ?

C'est pourquoi, sans perdre noire temps u des détails inutiles sur les divisions arbitraires, et par conséquent inexactes des passions; sans nous arrêter aux distinctions que l'on a voulu faire entre les passions gaies et les passions tristes, les passions bonnes et les passions mauvaises , les passions honnêtes et les passions viles, entre les passions fortifiantes et les passions affaiblissantes , nous arriverons de suite à la description que Bossuct a donnée de chacune des passions qu'il a cru devoir admettre.

« On compte ordinairement onze passions, que nous allons rapporter et définir par ordre. L'amour est une passion de s'unir à quelque chose et de l'avoir en sa puissance. La haine, au contraire, est une passion de nous éloigner de quelque chose. Le oYstresl une passion qui nous pousse à rechercher ce que nous aimons quand il est absent. L'aversion, autrement la fuite ou l'éloignemcnt, est une passion qui empêche que ce que nous haïssons ne nous approche. La joie est une passion par laquelle l'âme jouit du bien présent et s'y repose. La tristesse, une passion par laquelle l'âme, tourmentée du mal présent, s'en éloigne autant qu'elle peut et s'en afflige. Jusqu'ici les passions n'ont eu besoin pour être exi itées que de 1 1 présence ou de l'absence de leur objet. Les cinq autres y ajoutent la difficulté. L'audace, ou la hardiesse, ou le courage, est une passion par laquelle l'âme s'efforco de s'unir à l'objet aimé dont l'acquisition est difficile. La . raivts est une pa-simi par laquelle l'âme s'éloigne d'un mal difficile à éviter. L'espérance est une passion qui naît dé l'âme, quand l'acquisition de l'objet aimé est possible, quoique difficile; car lorsqu'elle est aisée ou assurée, on en jouit par avance et on est en joie. I.e désespoir, au contraire, est une passion qui nait en l'âme quand l'acquisition de l'objet aimé parait impossible, la c est une passion par laquelle nous nous efforçons de repousser avec violence celui qui nous l'ait du mal, ou de nous en venger. » N'oublions pas de mentionner en passant, que les anciens rapport tient les six premières passions, celles qui ne présupposera dans leur objet que la préseni e nu l'absent. . à Vappélit qu'ils appelaient concupis ible ; et les cinq autres, qui ajoutent la difficulté i l'absence ou à la présence, à l'opp lit qui'. appelaient irascible, ces mois pouvant être explicatifs. Mais revenons aux distinctions établie-) par Itossuet.

o Outre ces cinq principales passions, il y a encore : la honte, c'est-à-dire une trisb ou une crainte d'être exposé a la haine el au mépris pour quelque faute ou quelque défaut naturel, mêlée avec le désir de le couvrir ou de nous |iistilier ; l'en i je , qui esl Une

tii lesse que. nous avons du bien d'aulrui et une crainte qu'en le possédant il ne nous en prive ; ou un désespoir d'acquérir le bien que nous voyons déj t occupé par un autl ,

103 INTRODUCTION. 110

avec une haine invincible pour celui qui dire que c'est du romantisme passionnel, an

semble nous le délenir. V émulation , qui Heu d'être du classicisme, car tout y est rap-

naît en l'homme de cœur, quand il voit porté à une seule passion, l'amour, faire aux autres de grandes actions, en- C'est pourquoi , quelle que soit ma véné-

ferme l'espérance dans le pouvoir faire, ration pour la haute intelligence dont j'ai

parce que les autres le font; et un sen- exposé les idées, j'avouerai avec franchis"

liment d'audace qui nous porte à les en- que je ne saurais les partager. Fourquoi ?

treprendre avec confiance. L' 'admiration et parce que jenepuis comprendre comment

Yélonnement comprennent en eux la joie d'à- l'amour résume en lui seul toutes les pas-

voir vu quelque chose d'extraordinaire et le sions, même la haine. Je ; rends la passion

désir d'en savoir les causes au3si bien que que, dan? sa classification, Bossuet a placée

les su tes ; ou In crainte que sous cet objet après l'amour.

nouveau il n'y ait quelque péril caché, et La haine d'un objet, dit-il, ne virnl que de

l'inquiétude causée par la difficulté de le l'amour qu'on a pour un autre objet. Je hais

connaître, ce qui nous rend comme iinmo- la maladie, parce que j'aime la santé; je n'ai

biles et sans action. L'inquiétude, les sou- d'aversion pour quelqu'un , que parce qu'il

ci*, la peur, l'effroi, l'horreur ell épouvante, m'est un obstacle à posséder ce que j'aime.

ne son) autre chose que les différents degrés et Mais, à ce compte, si je hais un tel, parce que

les différents effets de la crainte. Un homme par ses propos ou ses actes il a porté atteinte

mal assuré du bien qu'il poursuit ou qu'il à ma réputation, ser>:-ce parce que je m'aime,

possède entre en inquiétude: si les périls parce que j'aime mon honneur ? Si je hais

augmentent, ils lui causent d'affreux soucis: une marâtre qui aura fait mourir son enfant

quand le mal presse davantage, il a peur: (que je n'ai jamais vu) par ses mauvais trai-

si la peur le trouble et le fait trembler, cela lements, sera-ce parce que j'aime l'humanité

s'appelle effroi et horreur: si elle le saisit ou mon prochain comme moi-même ? Knfin,

tellement qu'il paraisse comme éperdu, cela si j'aide l'aversion pour un être difforme,

s'appelle épouvante. Ainsi, il parait mani- sera-ce parce que j'aime la beauté? — Si

fcslemenl qu'en quelque manière qu'on vous le voulez, je le veux bien, quoique je

prenne les passions et à quelque nombre trouve ces conséquences beaucoup trop for-

qu'on les étende, elles se réduisent presque cées. Mais ne vous est-il jamais arrivé d'avoir

toujours à onze quenous venons d'expliquer, de l'aversion pour une personne générale-

« El même nous pouvons dire, si nous ment aimée et estimée, une de ces aversions

consultons ce qui se passe en nous-mêmes, dont il vous était impossible de vous rendre

que nos autres passions se rapportent au compte? Je ne l'ai jamais éprouvé, mai? je

seul amour, et qu'il les renferme et les excite sais que cela est arrivé à d'autres. Or, si l'on

toutes. La haine d'un objet ne vient que de ne peut se rendre compte du motif de l'aver-

l'amour qu'on a pour un autre. Je ne hais siou qu'on ressent, pourra-l-on l'expliquer

la maladie que parce que j'aime la santé ; je par un obstacle que cette personne met à ce

n'ai d'aversion pour quelqu'un que parce que vous possédiez ce que vous aimez? Je

qu'il m'est un obstacle à posséder ce que ne le crois pas: etje trouve la chose inexpli-

j aime. Le désir n'est qu'un amour qui s'é- cable, à moins que vous ne prétendiez que,

tend au bien qu'il n'a pas, comme la joie est n'ayant de la place dans votre cœur que

un amour qui s'al'ache au bien qu'il a. La pour une seule aversion, vous en éprouvez

fuite et la tristesse sont un amour qui s'é- pour telle personne, parce qu'elle est un

loigne du mal par lequel il est privé de son obstacle à ce que vous haïssiez toute autre

bien, et qui s'en afflige. L'audace est un personne que vous aimeriez de haïr!....

amour qui entreprend, pour posséder l'objet Autre exemp'e.

aimé, ce qu'il y a de plus difficile; et la La tristesse est un amour qui s'éloigne du

crainte, un amour qui, se voyant menacé mal par lequel il est privé de son bien et qui

de perdre ce qu'il recherche, es, t troublé de s'en afflige. C'e.4-à-dirc, d'après le grand

ce péril. L'espérance rsl un amour qui se écrivain, que dans la tristesse l'âme est lour-

flal'.e qu'il possédera l'objet aimé ; et le dé- mentée Mais si elle est tourmentée, com-

sespoir est un amour désolé de ce qu'il s'en ment se fait-il que tant d'individus se conivoii privé à jamais, ce qui cause un abatte- plaisent dans leurs tristes réflexions, fuient nent lient on ne | eut se relever. La colère la société pour rester tristes, au lieu de fuir est un amour irrité de ce qu'on lui veut ôter le mal par lequel ils sont privés de leur bien, son bien et s'efforça nt de le défendre. Enfin, et pour lequel ils ne veulent pas être distraits êtez l'amour, il n'y a plus de passion ; repo- d'un sentiment qui fait leur consolation. Bez l'amour, vous tes faites toutes naître.» « J'aime la solitude pourm'y livrer avec bon- Ce tableau est admirable d'ensemble, de heur à nies tristes réflexions,» entend-on détails et de ton. Le dessin en est correct et répéter chaque jour; « j'aime à y nourrir ma les couleurs bien fondues: on y reconnaît tristesse. » lit s'il en est ainsi, où trouve l-on l'esquisse d'un grand maître et le fini d'un le tourment qui constitue la passion ? coloriste distingué. Seulement, en le regar- Enfin (car je ne puis prendre une à une danl attentivement et avec calme, on croit toutes les passions), d'après Bossuet, le cou-, s'apercevoir que c'est plutôt le produit d'une rage est une passion pur laquelle l'âme s'efforce imagination vive, féconde, brillante, que la de s'unir à l'objet aimé dont l'acquisition est représentation fidèle des objets que L: pria- difficile. Assurément le grand écrivain n'atre avait à reproduire. On pourrait même vuit en vue que la persé>érance courageuse

IN TUODICTION.

avec laquelle l'homme surmonte les difficultés ; car de combien de modifications diverses ce mot n'esl-il pas susceptible 1 Voyez le courage civil, le courage du guerrier, et (iitcs-inoi si l'athée, qui m;irche ;:vec courage à l;i mort, désire et s'efforce de s'unir à l'objet aimé : quel objet ?

Ainsi, je le répète, le tableau que Bossoet nous a donné des passions est une belle page de poésie, mais ce n'est que de la poésie.

Ajoulons que celle page a été écrite sans doute sous l'inspiration des opinions d'Arislote.de Pythagoreou de saint Thomas. L'histoire nous dit que le sage de Stagyrc et, d'après lui, l'école pythagoricienne, admettait, même au moyen tige, la génération suivante des passions : 1" Amour et haine; 2° désir et aversion ; 35 espérance et désespoir; i° crainte et audace; o colère ; G° jalousie et tristesse: en tout onze passions que saint Thomas dispose ainsi dans sa Somme théologique : Six passions pour la faculté concupiscible : l'amour, la haine, le désir, i aversion, la joie, la douleur; cinq pour la faculté irascible ; l'espérance, le désespoir, la crainte, l'audace el la colère. Telles étaient, dans ce système, les passians-mères dont on faisait dériver toutes les autres. De la Chambre a suivi celte division dans son livre du Caractère des passions. Lh bien ! ce sont ces onze passions que l'évéque de Meaux a si bien caracléri ces et rap; criées toutes à une seule, l'amour. M. P. Bclouino est le seul, que je sache, qui l'ait imité.

11 est inutile, je pense, de faire remarquer que celte opinion est non-seulement en opposition avec celle d'Arislole, de Pylhagore el de ses disciples, de saint Thomas, et avec celle de Descaries, qui n'admettait que six passions primitives : l'admiration, l'amour, la haine, le désir, la joie et la tristesse, toutes les autres étant composées : mais encore qu'elle n'a séduit ni Aliberl.qui reconnaissait comme source de ii"s affections morales, quatre pinséts innées, qui, à son avis, sont les lois primordiales de l'économie animale, à savoir: A l'instinct de conservation; I! l'instinct d'imitation ; C l'inslinclde relation ; 1) l'inslinclde reproduction ; ni M. Descuret, qui, dans sa Médecine des passioiis, les rapporte toutes à trois classe* de boom , c'e là-dire, 1" à des besoins animaux. : ■! à des bisons sociaux; 3* à des besoins intellectuels.Ce sont, dit-il, trois souches principales, desquelles elles s'élancent comme des liges.

Je laissée d'antres le soin de discuter le nu rile de ces divisions, ne les ayant rapportées que pour a émoii e. <ju'il me suffise donc de faire observer qu'il ne faudrait pas con- Fondri! les passions proprement dites avec les affections secondaires, ou les émotions fugitives, éphémères, que certains moralislci "ut considérées comme de véritables passions, loais qu'il est plus rationnel de considérai comme les •■ roplômes des p

qu'elles su. m ni, qu'elles décèlent, < o> alTcc-

iiotis D'étant en quel |oe façon que îles •■; .i i -> , dis manières d'être de la passion élémentaire. Locke l'a oit : le plaisir et la douleur

sont les deux i ivols sur Icsquc's roulent toutes les fftclions humaines. Voilà comment les passions proprement dites peuvent trouver dans leur développement et dans leur marche, tantôt des chances heureuses on de plaisir, tantôt des chances malheureuses ou de douleur. La passion, qui le voit ou les éprouve, détermine dans 1 des mouvements divers ordinairement de peu de duiée : ces mouvements, ce sont les affections secondaires. Ainsi, la joie et toutes les passions expansives seront développées à l'occasion des chances heureuses prévues ou éprouvées ; la douleur ou les affecli ns tris'es. la colère et toutes les émotions dites cnnvalsives, léseront à l'occasion des chances contraii es.

Mais, passions primitives ou affections secondaires, il en faut à l'homme; car l'âme qui n'est émue par aucune passion doit être pesante el malsaine; il faut qu'elle en soit modérément agitée pour être plus pure el plus susceptible de !a vertu. Mais s'il arrive que les passions s'y rendent trop violentes . elles y forment des orages qui troublent la raison, qui bouleversent les humeurs et qui changent toute la constitution du corps. ( De In Chambre. Je ne m'étonne donc pas que les physiologistes el les médecins aient remarque que le> émotions simples ou passionnées que l'âme éprouve, soit qu'elles viennent par les sens, soit qu'une disposition quelconque des organes vitaux en favorise la naissance cl le développement , soit qu'elles naissent spontanément et par la seule influence de l'imagination, produisent iK s elTe;s divers sur l'économie. Les unes augmentent l'activité organique; telles sont la joie, le courage, l'espérance el l'amour partagé. D'autres , au contraire, ralentissent les mouvements vitaux , comme la crainte, la tristesse et la haine. D'autres, enfin, produisent ces deux effets contraires alternativement ou a la fois; c'est ainsi que l'ambition, la colère, le désespoir, !a pi lie, iev , le ni. comme les au! re s pns-in s,

un nombre inOni de nuances , selon l'intensité de leurs causes, la constitution individuelle de ceux qu'elles agitent , leur sc\r\ leur âge, ele. : tantôt accroisse. I. d'autres fois diminuent l'action vitale , abattent ou relèv eut les forces des or canes,

< 'était chose inévitable: car l'âme et le corps ouïs par une étroite couture b 'entre communiquent leur fortune. [Montaigne.) Remercions donc la nature d'avoir écrit sur la face de i'ii mine les secrets c.l l

cœur; remercions-la d'avi lr donné un co ps

à la pensée, eu la rendant pour ainsi dire

palpable a tous nos sens, in vain la timidité,

la modestie, la honte, la fausse pudeur, se

taisent sur les passions qui agitent le cœur humain: eu vain des aveux infidèles cherchent à donner le change au médeciu 6i lairé : son d'il clairvoyant pénètre dans les replis les | il h s i , ie be.s de la pensée, ii découvre, dam le jeu extérieur le la race et dans celle inquiétude dévoranleqoiagite l'homme, la passe n profonde aune Ame h oublée ; il la prend en quelque sorte sur le fait.

INT.'.OrHJCTION.

Hi

Reste qu'il y a des passions utiles, nécessaires, en ce qu'elles stimulent l'organisme ; comme il en est aussi qui sont fâcheuses, funestes même, par leurs effets ; heureusement, et je viens de le dire, que le senlin ent moral trahit les souffrances du corps.

Sous un autre rapport, les passions, ceUc fièvre du moral qui doit avoir son invasion, son angment, son état et sa crise (Lordut) , sont utiles et nécessaires, ou fâcheuses et funestes, suivant les circonstances ; c'esîà-iÎKe que quand l'homme se passionne pour sou pays, pour la gloire, pour les sciences, etc. , aucune difficulté ne l'arrête, aucun sacrifice ne lui coûte ; une noble émulation l'anime, le soutient et l'encourage; il se surpasse, et chacun lui doit sa part d'admiration et de reconnaissance. Qu'on ne se méprenne donc pas sur l'importance que doit avoir pour l'homme l'objet pour lequel il se passionne : tel objet qui paraît peu susceptible d'inspirer de la passion, qui gagnera beaucoup cependant à ce qu'on s'enthousiasme pour lui. Et par exemple, tout le monde convient qu'un peu de passion contribue à faire accueillir même par les plus calmes beaucoup d'idées s lines qui sans elle resteraient dans l'oubli. Llie les excite aussi à en concevoir de nouvelles, car les révolutions même qui passent comme un torrent sur le champ des vieilles théories, y laissent une source qui prépare la terre à la vérité. — La passion? dites-vous; \ous glorifiez ici la passion ! Oui, sans doute. La passion même des sciences exactes, dit un cloquent académicien, est une des plus puissantes sur les esprits qu'elle possède. Elle retint Pascal par l'ail rai t des découverts, la nouveauté des expériences, la certitude des vérités, et consuma de travaux excessifs la plus grande partie de cette vie si courle et si lot dévorée. (Le professeur F. fiibes.)

Mais s'il est vrai, d'une part, que les passions ont leur utilité , il est incontestable aussi, d'autre part, que la société humaine a été détruite et violentée par les passions. L'homme dominé par elles ne songe qu'à les contenter sans songer aux autres. Je suif, dit l'orgueilleux dans haïe, et il n'y a que moi

s:ir la terre Toutes les passions sont

insatiables : le cruel ne se rassasie pas de sang, l'avare ne se remplit point d'argent; ainsi chacun veut tout pour soi. La jalousie, si universelle parmi les hommes, fait, voir combien est grande la malignité de leur cœur. Abel était plus heureux, ou plus industrieux et plus vertueux que son frère; il est tué par Gaïn. Une passion semblable expose Joseph à la fureur de ses frères. Ay inl renoncé à le tuer, ils le vendirent. La médisance, le mensonge ri le meurtre, et le vol , et l'adultère, ont inondé toute la terre. Ainsi, la société humaine , établie pur tant de liens sacrés , e-t violentée par les passions, et , comme dit saint Augustin, il n'y a rien de plus sociable que l'homme par sa nature, ni rien de plus intraitable ou de plus insociable par la corruption.

Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de prendre les choses pour ce qu'on veut

qu'elles soient, et non pour ce qu'elles sont on effet. C'est la faute où nos passions nous font tomber. Nous sommes portés à croire ce que nous désirons et ce que nous espérons, soit que l'objet de notre vœu on de notre espérance soii vrai, soit qu'il ne le soit pas. Quand nous craignons quelque chose, souvent nous ne voulons pas croire qu'elle nous arrive, et souvent aussi, par faiblesse , nous croyons trop facilement qu'elle arrivera. Celui qui est en colère en croit toujours les causes justes, sans même vouloir les examiner, et par là il est hors d'étal de poiter un jugement droit. Cette séduction des passions s'étend bien loin dans la vie, tant parce que les objets qui se présentent sans cesse nous en causent toujours quelques-unes, que parce que notre humeur même nous attache naturellement à de certaines passions parlieulières, que nous trouvons partout dans notre conduite, si nous savons nous observer.

Et comme nous voulons toujours plier la raison à nos désirs, nous appelons raison ce qui est conforme à notre humeur n iturelle; c'est-à-dire une passion secrète qui se fait d'autant moins sentir, qu'elle fait comme le fond de notre nature , c'est pour cela que nous dirons : Le plus grand mal des passions, c'est qu'elles empêchent de bien raisonner, et par conséquent de bien juger, attendu que le bon jugement est l'effet d'un bon raisonnement.

Mais , indépendamment de celte passion secrète , passion dominante chez chaque homme et toujours la plus difficile à corriger (Oxenstiern), il y a dans le cœur humain une génération perpétuelle de passions, en so:le que la ruine de l'une est presque toujours l'établissement d'une autre, et à mesure que les grandes s'éteignent en nous, les pitites s'allument davantage, de même qu'un sens se fortifie par la perle d'un aulre.

Et comme les passions, source féconde de tant de biens et de tant de maux, sont le résultat obligé de notre nature, et que par sa nature l'homme tient ici-bas plus à la matière qu'à l'esprit, les plaisirs des sens l'attirent plus fortement que les plaisirs de l'esprit. Il est donc plus porté à sentir qu'à réfléchir, el c'est apparemment ainsi qu'il faut entendre ce que les moralistes nous disent de la corruption naturelle de l'homme. Ce n'est pas néanmoins que l'homme soit continuellement corrompu, mais il esl essentiellement limité, et de ses limites résultent, eu dernier ressort, toutes ses imperfections.

Ce doit donc être pour lu: un motif puissant de ne point prendre les mauvaises habitudes vers lesquelles sa nature incline, ou de rompre celles qu'il aurait déjà contractées. El comme, dès que l'enTant a vu le jour, les pissions viennent l'assaillir dans son berceau, parcourent avec lui le chemin de la vie, pour ne le quitter qu'à la tombe; comme, Irop ignorant ou trop faible à cet âge, il n'en comprend ni les se. ludions ni les dangers, el s'y livre avec confiance et bonheur, trompé qu'il esl par leurs fallacieuses promesses de plaisirs sans mélange, c'est à ceux qui

INTRODUCTION

ren!oure:i( à îe guider dans son choix, et à donner une impulsion paissante ans passions qui peuvent porter les hommes aux nobles, aux grandes, aux généreuses actions: à les élever, à les grandir à l'égal de crus que 1rs siècles passés ont loués et estimés le plus, dont nous honorons la mémoire, et que nos derniers neveux offriront pour modèles à leurs desrendants; à leur inspirer le désir, mais un désir violent, de ceindre, eux aussi, leur tôle, d'une auréole pareille à celle de ce grand citoyen qui a bien mérité de la pairie par son amour et son dévouement pour elle; ou bien d'une auréole pareille à celle de ce saint prélat, qui a mérité l'admiration et les regrets de la France entière en donnant son santj pour ses brebis; ou bien encore, d'une auréole pareille à celle de ce guerrier intrépide et vertueux, qui doit son élévation et sa gloire à une grande valeur unie à une grande sagesse, etc., etc. : auréoles toutes brillantes et glorieuses, mais qui diffèrent entre elles par les «icllons qui en ont été le prix.

Oui, c'est en passionnant l'humanité pour tout ce qui est beau, grand, digne; c'esl en montrant à chaque ê!re son origine, sa fin. c'est-à-dire l'origine divine de son âme, sa nature impérissable et immortelle, comme la Divinité qui l'a créée; les tourments ou 1rs plies qui l'attendent dans l'éternité, qu'il pourra puiser en lui-même les forces dont il a besoin pour suivre les règles sévères de la morale, pour pratiquer les vertus chrétiennes et remédier enfin à toutes ses imperfections ; ou, pour parler de l'âme, que l'âme remédiera aux imperfections de sa prison, et sortira triomphante des luttes incessantes que les p i > s ï i ii s lui suscitent.

Mais cela ne suffirait point : car, indépendamment de ces in -urrccl ions de tous les jours, detous les instants, delà partdc la bêle contre l*àme, insurrections dont celle ci souffre beaucoup, elle a peut-être beaucoup plus à souffrir encore des combats qu'il faut qu'elle s.> livre ég I rnenl à i Ile même, en \uc des passions de t hacnn. Je l'ai déjà dit, la société humaine a éié violentée par les passion-, et comme les hommes sont dirigés par des liassions contraires, qu'ils se rencontrenl et se heurtent à chaque pas dans le chemin de la \ie, il faudrait donc qu'ils eussenl tons une bien grande philosophie ou un bien grand attachement auï vertus chrétiennes pour vivre et mourir Bans reproi ho. Ce t ce que je veux leur ai prendre, en leur i gnaiit à faire un bon usage de certaines passions, 1 1 â en réprim i certain! ■• autres.

Mais si l'homme b beaucoup â souffrir des i ôvoltei île sa chair el des coml als de t' u ■

I s instants que SOU .'rue a a soutenir ' on ! i e

lis paasioni qui l'agitent; si elle a également beaucoup à souffrir des lourm nia quo lui causent li es sans nombre (]

lordement di humaîm s loi i g

: une, qaa ms, en en rat-

n m les antres bon mes, froissent s. -s inlé r> u ou nui enl A ses plai procité sans égale, chaque Individu devient un objet de tourment pour autrui : pour les

ambitieux , s'il leur barre le chemin des emplois, des honneurs ou de la fortune ; pour les envieux, s'il témoigne publiquement d'une grande supériorité; pour l'enrichi d'hier on ne sait comment, si sa fortune a été acquise par ses aïeux dais des spéculations heureuses, mais honnêtes, dans un commerce lucratif el consciencieusement géré; pour le comte ou le baron de la veille, si son litre de marquis ou de duc date de plusieurs générations d'hommes toujours honorables, toujours respectés ; pour tous ceux , en un mot, qui oublieront que le mérite seul et un véritable talent peuvent égaliser les hommes, ou rendre celui-ci supérieur à celui-là. Avec de telles disposions, malheureusement trop communes aujourd'hui, chacun, >c!on qu'il cède à l'impétuosité de son caractère, ou qu'il est entraîné par ses besoins son ambition et ses autres passions, pousse, culbute, provoque, tue, s'il le peut, par la langue, par la plume, par l'épée, par le feu, celui en qui il v oit un concurrent préféré, un ennemi heureux, alors que ce concurrent el cet « nnemi, le regardant à son tour du même œil de jalousie ou de rage, éprouvera peutêtre, lui aussi, le désir de pousser, de culbuter, de tuer son antagoniste. Ft l'on voudrait que la paix, l'harmonie et l'union continuassent à régner dans une société ain-i faite I... C'est impossible; et tant que les hommes ne seront pas pénétrés de ces maximes fondamentales qui, parce qu'elles courent les rues, semblent a\oir perdu (ont leur prix : .Ve faites pas à autrui ce/jue vous ne voudriez pas qui vous fût fait ; Reniiez à César ce qui appartient à César, el autres maximes évangéliques; tant que ceux que Dieu appelle au commandement des empires, des royaumes, des Fiais républicains, tout comme ceux qui sont placés à la tête des administrations, quelle que soit leur importance, accorderont tout à l'intrigue, cl méconnaîtront le vrai talent ; voudront la liberté pour eux et à leur profil, et l'esclavage pour tous autres qui ne seront pas leurs parents, leurs amis ou leurs affidés ; tact que la fraternité ne sera qu'un vain n ot. o : qu'on la pratiquera comme la praliquèrcnl t. .in, les enfants de Jacob, Komiilus, etc.; tant que l'égalité n'aura d'autre principe que celui d'abaisser l'homme jusqu'd celle populace grossière qui se vautre dans la linge des passions, au lieu de l'élever à la bailleur des anges toujours si inagniGqucs el si resplendissants par leurs vertus, l.i Bociété tout entière sera en but e

Ù des gU rrcs intestines ; les passions a oor ut - les nus i outre les autres, el

ils B'cnlrc-êgorgeroiM cuire eus C'est

malheureusement ce qui arrive!

S'il eu était autrement, si la vertu était lécompensée et le vice llétri par l'opinion . pue, si celui qui se distingue par ses t. nues qualih s rché de tous, ci

celui qui n'a que des défauts étail honni et délaissé de chacun, le monde entier, n'en douions pas, se régénérerait. Mais non, si l'on a quelquei encooragemeoti pour les hommci vertueux el pour ceux qui sont rem*

plis de bonnes qualités, on encourage bien plus encore, généralement, les gens pleinsde défauts et vicieux. Le viceatantd'attraU qu'on le recherche! Aussi sommes-nous tous désunis , au lieu de ne former qu'un seul peuple de fi ères amis et dévoués les uns aux aulres. C'est à cela que nous dev rions tendre désormais.

J'ei pirlédc vertus à encourager, de vices à flétrir, etc., etc. ; mais qu'est-ce donc que li ver'u? et qu'est-ce que le vice? Qu'< ntend-on par défaut?

Vous demandez ce que c'est que la vertu? C'est le bon usage de la liberté, quand il se tourne en habitude (Ilossuet, De la connaissance, etc.) ; alljendu que : «Au mot vertu répond l'idée d'une habitude de vivre selon la raison (ld., Logique). » La vertu, c'est une disposition habituelle de l'âme à faire le bien cl à fuir le ma! ; une impulsion nalurelle vers l'honnêteté (Aristote) ; une harmonie, un état de perfection, un certain accord, une certaine unité dans tous les sentiments de l'âme (les pythagoriciens). La vertu, nous répond la philosophie, est un désir constant de rendre toutes nos pensées, toutes nos actions, conformes aux lois divines et humaines... La vertu consiste à aimer Dieu pardessus tout, et le prochain comme nousmêmes... Sacrifiez votre intérêt à l'intérêt général, et vous serez vertueux... Vous serez vertueux, si vous immolez vos passions à la raison... Voilà quatre définitions qui ont été acceptées; gardez-vous de vous in plaindre; dédirez plutôt au contraire qu'on les multiplie. Chacun montre la vertu sous de nouveaux points de vue, et mieux nous la connaîtrons, plus nous aurons de motifs de l'aimer (Gérando).

De quelque manière qu'on définisse la vertu, on peut donc appeler vertueux celui chez qui la volonté de l'être spirituel est plus forte que la volonté de l'être matériel. (Aimé Martin.) Lorsque la volonté de l'âme est la plus forte, elle fait servir les facultés de son intelligence à son triomphe; et lorsque au contraire la volonté animale a le dessus, toutes les facultés de l'âme s'effacent en lui obéissant, et l'homme cesse d'être vertueux.

Toujours est-il que la pratique de la vertu doit être habituelle; sans celle condition, l'homme ne peut être qualifié de vertueux. ii.ux-là ne méritent pas ce titre, qui, dans certains cas particuliers, ont fait quelque acte de vertu. Aussi a-t-on eu le soin de faire remarquer que celui-là sera jugé le plus vertu, ux, d uit la vertu sera le plus habituelle. La vertu ne consiste pas dans un Irait; elle se forme de l'assemblage d'une multitude de traits, dont la variété et la beauté et l'ace* rd composent une vie. Madame de Staël.) Cela explique pourquoi une vertu parfaite à tous égards ne se trouve point parmi les hommes, la faiblesse de notre nature é'aut inséparable de l'humanité. Ne ta jugeons donc pas à toute rigoeur. (Le chevalier de Jaucoitrt.)

Ainsi, qu'il s'agisse de vertus terrestres ou de vertus célestes, vertus angéliques oa \c-

iNTUODUCTlON. {\,

nant de Dieu, comme dit Chateaubriand, il faut que ces vertus soient habituelles; sans cela , je le répète, nul n'aura jamais le droit de prétendre au litre d'homme vertueux.

Inutile de dire quels sont les avantages que l'on peut retirer de la pratique de la vertu; peu d'hommes sont incapables de les connaître et de les apprécier ; qu'il nous suffise a ne de rappeler en passant que les anciens Romains avaient fait construire deux temples joints l'un à l'autre : l'un était dédié à la-Vertu, et l'autre à l'Honneur, de telle sorte néanmoins que l'on ne pouvait entrer dans celui de l'Honneur qu'en passant par le temple delà Vertu.

Deux temples pareils devraient être élevés dans chaque pays, dans chaque province et jusque dans la plus petite bourgade ; et les distinctions, les honneurs, les emplois, devraient être la récompense de ceux là seuls qui les auraient fréquentés.

On comprendra la nécessité de ces temples, si l'on se persuad -, chose bien facile, puisqu'elle est véritable, que la vertu est aussi essentielle aux Etats qu'aux particuliers. Bien loin que les lois les plus sévères suffisent sans les mœurs et sans la vertu, c'est de celles-ci au contraire qu'elles tirent toute leur force et tout leur pouvoir. Un peuple qui a des mœurs subsisterait plutôt sans lois qu'un peuple sans mœurs avec les lois les plus admirables. La vejiu supplée à tout, mais rien ne la peut suppléer. Ce n'est pas l'homme qu'il faut enchaîner, c'est sa volonté : on ne fait bien que ce qu'on lait de bon cœur; on n'obéit aux lois qu'autant qu'on les aime; car l'obéissance forcée que leur rendent les mauvais citoyens, loin de suffire, est le plus grand vice de l'Etat. Quand on n'est juste qu'à cause des lois, on ne reste pas longtemps juste avec elles. Voulez-vous donc leur assurer un empire aussi respectable que sûr? Qu'elles soient fondées sur les principes de la plus stricte équité, el qu'on les fasse régner sur les particuliers vertueux.

Que dis-je, régner? Celui qui s'applique à la vertu n'a pas besoin de lois, s'il s'y applique forlement, attendu qu'il ne fait alors rien d'indigne de l'homme, ni de contraire à la droite raison.

On a demandé ce que c'est que le vice. C'i'st tout l'opposé de la vertu, c'est-à-dire qu'on appelle vicieux celui qui a des habitudes opposées aux lois naturelles el à ses devoirs. L'on ne mettra donc pas au rang des hommes vicieux ceux qui, par faiblesse ou autrement, se sont quelquefois laissés aller à commettre quelque action condamnable.

L'homme réellement vicieux est celui qui. sans proscrire ouvertement la vertu, ne la combat jamais sous ses véritables noms : qui, pour avoir le droit de la persécuter, lui en substitue d'odieux. Il affecte de la méconnaître, ou ennoblit les vices décorés de ses livrées. Il nomme imbécillité, la droiture et la bonne foi ; lâcheté, le par. ion des injures ; gravité pédanlesque, la sage circonspection ; le mépris de l'or, folie ; la générosité, Fai

INTRODUCTION

No-

blesse. Au contraire, l'ambition est transformée dans sa bouche en nob'e émulation ; la ruse et les Iromperies sont de l'industrie, de l'adresse ; l'hypocrisie prend le nom de pieté; la duplicité celui de fine politique ; la feinte, les détours et la dissimulation sont «les chefs-d'œuvre de prudence; l'emportement n'est que vivacité ; l'orgueil, grandeur de sentiments; l'ardeur de se venger, un point d'honneur indispensable, et la férocité, bravoure. Ses éloges sont donc des outrages.

Rien n'est plus envahissant que le vice ; souple , rampant, gracieux et facile, il se glisse partout, il envahit tout, il inf cle lout : témoin ces malheureux jeunes gens qui, dans leur indigence, espèrent s'enrichir en emprunlant des vices qu'ils prennent pour de la hardiesse littéraire, d'immorales hardiesses ; qui comptent trouver des jouissances nouvelles dans la corruption, et ne voient pas qu'ils ne sont que les plagiaires de ces v iéillards blasés qui croient rajeunir parce qu'ils se dépravent ou s'épuisent. (De Salvantly.)

Il faut donc leur en montrer les dansers ; il fa ut qu'ils sache u (que la dégradation flétriU'ân ie (Madame de Staël), et qu'il n'est rien de plus dégradant que le vice ; il faut qu'ils sachent que cet amour du mal (Young), appliqué aux vices, est un crime: que celui qui a beaucoup de vices a beaucoup de maîtres [Pétrarque), et que « ces maîtres laissent comme un ulcère en sa chair, une repentante en l'âme, qui toujours s'égratigne et s'ensanglante ellemême. » (Monluijne.)

Mais si l'on veut imprimer fortement dans l'esprit encore tendre des enfants et non encore endurci de la jeunesse, une forte et grande aversion pour le vice, il faut leur montrer, indépendamment du mépris, de la honte eldu remords qui s'attachent habituellement à l'homme vicieux comme le vautour à sa proie , le pitoj aille état où les hommes corrompus se trouvent réduits par la débauche, rien n'étant plus capable d'impressionner virement leur âme et de les ari éler alors qu'ils courent ignorants, confiants et passionnés, se jeter tète baissée dans l'abîme. J'avoue, dit Horace, que c'est ce qui m'a présené de tous les excès qui pré ipilenl tant de jeunes gens à leur perte.

Ajoutons 1 cel enseignement, qu'être aimable et «ligne de récompense, ou en d'autres termes, mil iter l'amour et avoir droit û être récompensé sont les principaux caractères de la vertu ; tout comme être udn us et punitiable sont les principaux caractères du vice [A. Smith); et nous pouvons être convaincus que, si nous n'avons pas affaire à des criminels endurcis ou d'un caractère «lue rien ne peut ployer, ils tendront tous vers l'amour et s«s récompenses.

El maintenant qu'enlend-on par défaut T

En morale, défaut est II y nuny me «le \ iee ri

(l'imperfection ; ces trois mots désignent en général une qualité répréhensible , avec cette différence, que vice marque une mauvaise qualité moraLe, qui procède de la dé- I ravalion «m de In bassesse ; défaut m irquc

une mauvaise qualité de l'esprit , ou une mauvaise qualité purement extérieure , et qu'imperfection est un diminutif de défaut. Exemple. La négligence dans le maintien est une imperfection ; la timidité est un défaut ; la cruauté et la lâcheté sont des vices. (D'Alembert.)

Il est peu de gens exempts de défaut ; au contraire, tout le monde en a sa part; mais, par un travers fort singulier, chacun s'aperçoit des défauts d'autrui ; il prend plaisir à les faire remarquer aux autres, sans songer à ceux qu'il peut avoir et dont probablement il ne s'aperçoit pas. Pourquoi en est-il ainsi? Parce que notre amour-propre nous dérobe à nous-mêmes ou diminue à nos yeux tous nos défauts. Nous vivons avec eux comme avec les odeurs que nous portons sur nous : nous ne les sentons plus, elles n'incommodent que les autres.

Celle vérité, qui frappe l'esprit 1« plus ordinaire, devrait , on en conviendra , nous f.iire tous rentrer en nous-mêmes, afin de nous étudier, en nous connaissant bien, à ne pas importuner nos voisins, ou à les importuner le moins que possible : d'autant que, pour arriver à la sagesse, et c'est là que l'humanité devrait tendre toujours , il ne nous faut pas de sollicitation étrangère, il suffit de descendre en soi. Nous n'avons pas de meilleur livre que nous, dit Charron, et nous n'en faisons pas usage. Cependant, corrigera-t-on ses défauts si on ne les connaît pas? (Jui ignore ses besoins ne court pas aux remèdes ; le plus grand des maux est de vivre dans une sécurité trompeuse. Socrate fut jugé le plus s.ige des hommes, non point pour élre le plus habile et le plus savant, mais pour mieux se connaître que les autres.

Il suffit donc que l'homme qui lend vers la pcrfecHun se persuade qu'il a des défauts qui lui sont inconnus; qu'il soit convaincu delà nécessité de s'en corriger, pour qu'il sache un gré infini à ceux qui lui témoigneraient assez de franchise et d'attachement pour l'en faire apercevoir. Mais, hélas! il arrive tout le contraire ; et, Bans s'inquiéter si c'est augmenter ses défauts que de les désavouer quand on nous les reproche (/.<i Rochefoucauld), il n'est pas un seul d'entre nous qui ne prenne cos avertissements ou ces reproches en mauvaise put. C'est à peine si l'enfanl consent a écouter ses parents quand ils les lui signalent , et c'est toujours lit! li ri ni.nn aise humeur qu'il les entend. t.Ysi un malheur , car il ne sullil pas , pour s'instruire , d'observer les défauts d'autrui cl do savoir les conséquences fâcheuses qu'ils entraînent , il faut encore, et cela «■si iu lispensable, que nous ayons de bonne heure un emi qui nous signale nos propres défauts.

Que «lis je, un ami qui nous signale nos défauts? la vieett un combat, el l'homme est

ainsi fait i|ii«', >i on l'abandonne à lui-même,

bien pins, si l'on n'exerce pas sur lui une surveillance attentive >'t continuelle, soit comme père, soi) comme li's. suit comme ami

l.NTUODl'CTION.

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Hévoué, soit comme précepteur, il n'aura que les instincts et 1rs penchants grossiers de la brute. Il faut donc le surveiller, l'éclairer, le diriger, et cela non-seulement pendant son enfance el sa jeunesse, mais aussi pendant sa v;rililé et sa vieillesse , toutes épnques de sa vie durant lesquelles ses facultés intellectuelles, en se développant el se perfectionnant tous les jours davantage (à moins d'une altération dans l'instrument de la pensée), lui donnent par leur étendue, par leur nombre, par leur nature, etc., une f '«'pericrité iucontes'able sur tous ceux qui, moins heureux que lui, les auront laissés en germe ou se rabougrir en eux, fau'.e de culture; époques durant lesquelles aussi les facultés affectives de l'âme la gouvernant ou étant dominées par elle, l'individu s'abandonne à tous les dérèglements de la licence la plus effrénée, s'abrutit et se perd ; ou bien, se fi il respecter, estimer et ai mer par la pratique des vertus sociales et religieuses. Elève de la nature, il pourra avoir ce qu'on appelle de l'esprit naturel, quelque intelligence; mais, le plus souvent, il restera ignorant et borné ; il pourra avoir une certaine éducation; mais, le plus souvent, il n'aura aucune connaissance des usages de la bonne compagnie, du mérite attaché aux bonnes mœurs, aux actions honnêtes, et fera bien des inconséquences, pour ne rien dire de plus.

La même chose arrivera si, sans l'abondonner à lui-même, on ne s'attache aux pas de l'homme que pour se ployer soi-même à ses caprices et à ses fantaisies, pour fermer les jeux sur ses défauts et ses faiblesses , pour encourager ses vices en les tolérant; je dis plus, en cherchant à les pallier aux yeux de tous; en un mot, si ou ne le suit que pour se faire son complice et non pour exercer sur lui le ministère d'un juge équitable et sévère, d'un Mentor. Airir de la sorte, ce n'est pas aimer l'humanité, ce n'est pas aimer l'homme, ce n'est pas connaître ses véritables intérêts, c'est méconnaître le mandat que la Providence nous a donné.

Oui, notre devoir à tous, qui que nous soyons et quel que soit le rôle que nous sommes appelés à jouer dans celte société, riche de tant et de si beaux éléments d'amour, d'union, de concorde, de dignité, de prospérité, de grandeur ; mais dans laquelle aussi < ouvenl el éclosenl tant de ferments de haine, de division, de discorde, de corruption et d'abaissement 1 notre devoir à tous, qui que nous soyons et quels que soient les liens qui nous unissent aux hommes au milieu desquels nous vivons, c'est de nous connaître nous-mêmes d'abord , el de profiler pour nous-mêmes des exemples et des avis des sages , pour nous former à leur image en vivant avec eux et comme eux. Par ce moyen il nous deviendra facile d'éclairer les autres sur l'origine de noire être, sur sa nature el la fin à laquelle nous devons tendre. Il nous sera facile aussi de savoir et d'apprendre à aulrui quelles sont les passions que la morale et la religion ont frappées d'anal berne et de réprobalion, ces pas-

sions mauvaises, comme les vices, abaissant el dégradant l'homme, et le rendant un objet de dédain et de mépris pour ses semblables; quels sont encore les défauts qui le déparent, le ridiculisent et l'avilissent ; enfin, quelles sont les passions elles vertus qui, en l'ennoblissant aux yeux du monde et de Dieu même, par une pratique habituelle, peuvent donner el conserver le calme à sa conscience, seul gage assuré du bonb ur sur la terre et de l'immortalité bienheureuse dans le ciel.

C'est pour indiquer les moyens d'atteindre ce but que ce Dictionnaire a été écrit.

Encore une observation, el c'est par là que je termine.

La force vitale, avons-nous dit, a une trèsgrande influence sur les facultés intellectuelles et affectives. Celte influence devient manifeste, soit lorsqu'il y a simple exagération des fonctions organiques , sans étal anormal, soit et surtout, lorsque celte exagéralion des fonctions est portée à ce point qu'il y a maladie. Dans celle dernière condition corporelle, le moraliste n'a qu'un rôle secondaire à remplir, el loul praticien qui sait que « les médecins qui guérissent le plus sont presque toujours des hommes habiles à manier, à tourmenter en quelque sorte l'âme humaine, à porter le calme dans l'imagination troublée du malade, à ranimer l'espérance » (Cabanis) ; ce praticien, dis-je, s'en acquittera à merveille. Dès lors ces cas ne nous regardent pas.

Mais ce qui nous regarde, c'est quand l'exagération des fonctions ou toule aulre influence physique plus ou moins marquée se fait sentir incontestablement el augmente ainsi nécessairement, soit l'énergie des passions, soit les appétits instinctifs de la bête. Dans ces circonstances, comme les moyens lires de la morale el de la religion , ordinairement assez puissants par eux-mêmes, dans les cas complètement norma ix, demandent à être secondés par des moiens thérapeutiques qui remédient, avant tout ou tout à la fois, aux désordres physiques et aux aberrations de l'âme, j'indiquerai toutes les fois que je le croirai nécessaire, quels sont les moyens hygiéniques, physiques, qu'il faut absolument associer au traitement philosophico-religieux

Jedis au traitement philosophico-religieux, afin qu'on ne se méprenne pas sur mes intentions qui sont de ne faire servir ni l'enseignement théologique ni le haut ensciment religieux à moraliser la société, celte lâche étant réservée, depuis bien des siècles, à des hommes spéciaux et partant trèscapables, qui en font leur occupation journalière.

Mais quels que soient les moyens que j'emploierai, nous ne devons pas oublier qu'il faut savoir choisir les occasions ou l'opportunité en toutes choses. « Les poètes et les peintres, on le sait, font de l'occasion un personnage allégorique de femme représentée avec un toupet de cheveux au-des>us du front et toule chauve par derrière. L'occasiou est chauve, dit-on, pour marquer que

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