‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 6 sur 251 · I.NTROPl'CTION · texte numérisé non relu

I.NTROPl'CTION

Assurément M. Broët fait prouve d'esprit et d'habilelé; mais en manquant de courtoisie, en accusant son mailre, répondant à une première attaque, d'user d'artifices honnêtes, mais intéressés, pour récuser les faits , de deveuir imprenable, non par la force des preuves, mais en échappant à une discussion qu'on veut rendre impossible, c'était fermer la bouche à M. Lordal. Je le regrette d'autant plus que s'il eût pensé et parlé de nouveau, assurément la lumière se serait faile pour M. Broët, et nous tous en aurions profité.

A défaut, comme le travail de M. Broët pourrait avoir quelque influence sur certains esprits, nous allons apprécier la valeur des objections qu'il a faites aux opinions du professeur Lordat ; et, semblable aux venta chassant les nuages qui voilent le soleil, lui rendre toute sa clarté, en dissi pant, je l'espère, les doutes que le jeune docleur a voulu élever sur les propositions du savant physiologiste.

Sa première objection repose sur ce qu'un même fait ayant une double signification, pourra être différemment interprété ; c'està-dire, par exemple, que, un fait d'hérédité physiologique complexe étant donné, l'un, ne voyant que l'élément physique ou vital qui concourt à sa formation, refusera d'admettre dans ce fait aucune hérédité mentale ; tandis que l'autre, considérant à la fois l 'élément physique cl l'élément psychologique, soutiendra que l'exemple en question peut être produit avec le même avantage pour les deux opinions contraires.

Aulrc exemple: Comme dans la nature il n'y a pas deux choses absolument semblables et identiques par leurs caractères, et que les êtres 1rs plus rapprochés par leurs affinilél offrent cependant des traits qui les spécifient, on s'empare avidement de ces qualités différentielles pour leur rapporter, comme à leurs causes respectives, les ressemblances héréditaires dont on est embarrassé. « Ainsi, dit-il, M. Lordat explique très-bien la cruauté d'Agrippine par l'ambition, tandis qu'il rapporte le génie cruel de Néron à son mépris pour l'humanité. Si vous parlez de Philippe de Macédoine et d'Alexandre, qui, plein d'impatience et d'admiration tout à la fois, disait en parlant de son père : Il ne me laitttra rien à faire! on \ous répondra: Dansées ilcux hommes il ll'j I qu'un »eul grand capitaine, c'est Alexandre. Passionné pourla gloire militaire, il \ ainunil -es ennemis par l'épée : Philippe les delit par la ruse et la séduction. Ou bien encore on vous dira : Philippe, il est vrai, fut vaillant guerrier comme Alexandre, mus ses exploits militaires eurent un autre mobile que ceux de son Sis, l.e premier s'arma pour affranchir son royaume 'le la tutelle de la rSrèce, sous l'éclal de laquelle il demeurail cache depuis longtemps ; le second, au contraire, se lui qnua rinileux, duiil tons les grands travaux mililairei s'exp i quenl par cette parole a lui échappée:

0 Athéniens, qu'il en coûte pour élre ioué de tous ! »

Essayez de demander si l'on n'est pas obligé de reconnaître une héi édité mentale dans la famille des Pbilidor, el dites : 11 esl certain, quoi qu'on en pense, que l'art musical ne fut pas seulement une profession dans celte famille; car le surnom de Fhilidor, donné à l'aïeul du compositeur , fait évidemment allusion à la suavité el à la perfection des accords qu'il tirait de son hautbois. Fort de ce raisonnement, vous pensez saisir votre adversaire au passage ; eh bien 1 vous vous trompez, il vous échappera. Ecnutez-le : le génie musical qui se révèle à l'aide de l'instrument et dans l'exécution d'une œuvre étrangère est fort différent du génie musical qui se manifeste par la composition; ce sonl deux formes mentales distinctes, sans parenté, et que je nie garderais bien de ranger dans la même catégorie. Aussi, Danican le compositeur n'esl-il point l'héritier, physiologiquement parlant, de Danican le grand joueur de hautbois.

Vous le voyez, on ne peut être pius subtil ; je vous l'avais bien dit qu'il vous échapperait.

Mais je ne trouve rien de subtil dans celte explication ; j'y vois au contraire le jugement d'un homme qui. ayant étudié les arts et les sciences, ne veut pas que l'on confonde le talent de l'artiste qui se dislingue par une exéculion brillante cl la suavité des sons qu'il (ire de son instrument, avec le génie du compositeur. Assurément il y a une ligne de démarcation bien tranchée entre l'un et l'autre. Avec du temps, de la persévérance, de l'application, une heureuse conformation physique et quelques dispositious, on peut arriver à faire un instrumentiste distingué . mais si l'on n'apporle pas en naissant le génie de la composition, on restera toujoursdans la médiocrité. Et l'on voudrait confondre ces deux aptitudes comme ne formant qu'une seule et même faculté I El puis, du moment où M. Broët était eu train de critiquer, pourquoi s'esl-il arrêté en chemin, ne parlant que de l'artiste cl du compositeur 1 Pourquoi n'a-l-il pas dit un mot des cillants de Philidor, qui, tous frères el sieurs, cl. lient à peu prés étrangers à la musique? a ce point que celui d'enlre eux qui ressemblait

beaucoup à son père par le proOl ne connaissait pas même la gamme!

Il parle de sulilililcs : mais iguore-l-il dore que M. Lordal admel l'hérédité physiologi

que des instincts el des aptitudes beslia es ibe/ l'homme el les animaux, niant cette hérédité pour les facultés morales se il le m. ni ?

Quanl a Philippe de Macédoine el d son fils Alexandre, quant à Néron el à sa mire, i o supposant que hs premiers aient été ara b lieux el conquérants tous deux également, el les féconds également cruels, qu'esl ce que i ela prouv e v Que, pai exception, le pèi e de ' elui i i el la mère de i elui la, uni transmis ,i leurs enlauls, l'un sou ambiliou • i s < valeur, l'autre sa cruauté, alors que la ni d'autres donnent l'existence à des êtres qui

n'ont rien de letirs sentiments. Remontez à la création du monde, qu'y voyez-vous? Dès que la terre commence à se peupler, les crimes commencent. Caïn, ce premier enfant d'Adam cl d'Eve, fait voir au monde naissant la première action tragique, et la vertu commence alors à èlte persécutée par le vice. Là paraissent les mœurs contraires des deux frères. L'innocence d'Abel, sa vie pastorale et «es offrandes agréables; celles de Caïn rrjelées, son avarice, son impiété, et la jalousie nv'rc des meurtres! Et pourtant Adam et Eve n'avaient élé qu'orgueilleux et désobéissants.

Dans d'autres lemps, après Saiil paraît un David; cet admirable berger, vainqueur du fier Goliath et de Ions les ennemis du peuple de Dieu, grand roi, grand conquérant, grand prophète, digne de chanter 1rs merveilles de la toute-puissance divine, homme enfin selon le cœur de Dieu, comme il le nomme lui-même, et qui , par sa pénitence, a fait même tourner son crime à la gloire de son Créateur. A ce pieu* guerrier succéda son fils Salomon, sage, juste, pacifique, dont les mains pures de sang furent jugées dignes de bâtir le temple de Dieu. Cependant, son règne finit par de honteuses faiblesses. 11 s'abandonna à l'amour d s femmes, son esprit baissa, son creur s'affaiblit, et si piété dégénéra en idolâtrie. Son Bis Jéroboam avait un orgueil brutal; il défendit d'aller sacrifier au temple de Jérusalem, et il érigea ses veaux d'or auxquels il donna le nom du Dieu d'Israël, afin que le changement parût moins étrange.

. Quelle ressemblance physiologique-morale trouve-t-on entre Adam cl Eve et leurs deux enfants ; entre David, Salomon et Rohoam ? Aucune : donc les facultés morales ne sont pas héréditaires. Mais revenons à M. Broët.

Il argue compta isamment de la fréquence, très-déplorable d'ailleurs, de l'aliénation mentale par la transmission héréditaire, et repousse toute explication qui reposerait sur des coïncidences fortuites, qu'on ne peut ni prouver ni comprendre. Vous ne vouiez pas de ces explications, eh bien ! soit ; mais vous conviendrez du moins que le cerveau n'est que l'instrument de la puissance morale; or ayant admis l'hérédité physiologique organique, les f lits d'aliénation mentale héréditaire n'infirment nullement la proposition de la non-hérédité des facultés cl des sentiments moraux. Qu'un individu, ayant un instrument bosselé ou englouti , procrée un individu qui porte un instrument qui est ou qui sera bosselé ou englouti, l'un et l'autre n'en pourront tircrabsolument que le même parti ; doue, encore une fois, qu'est-ce que cela prouve a l'endroit de la question de l'hérédité di s facultés de l'âme ?

Avant de passer à d'autres objections, M. Broët oppose à ce proverbe : Père avare, fils prodigue, celui-ci : Tri père, tel fils. Croiraitil par hasard que le fils d'un grand homme est aussi généralement un grand ho. noie? L'histoire démentirait une pareille assertion.

Dictiûnn. ors Passions, etc.

INTRODUCTION

M. Broël cri.it

rendre inattaquable,

quand, an lieu d'admettre franchement, avec

tousles philosophes, que le génie est un don du ciel qu'on ne peut acquérir, il préfère élatjer son opinion sur des exemples pli s constants et plus familiers. — Il parait que la multiplicité des hommes de génie sans héritiers de leurs talents ne lui suffit pas, *:u qu'elle le gène, et se contente de l'écarter, van t néanmoins la récuser; c'est-à-dire qu'il en appelle soit à l'observation de ce qui se passe dans chaque Camille, dans chaque cité; soit à la part que les circonstances tirées de l'éducation, des révolutions politiques ou religieuses, des idées régnantes et de l'exemple, du climat, de la santé, peuvent avoir sur la destinée des hommes.

Mais, encore une fois, qu'est-ce que cela prouve? Notre spirituel confrère voudrait-il par hasard que, pour qu'on pût prouver la non hérédité des facultés intellectuelles, il fallût que jamais un fils n'eût le caractère de sa mère ; que jamais un enfant ne fût le portrait de son aïeul; qu'il fallût encore que. les influences climatériques ou autres fussent sans effet pour produire de grands artistes? Qu'ont de commun les ressemblances physiques de caractère, les riches enfantements du beau ciel de l'Italie, sous lequel sont éclos les Albane, les Tintoret, les Paul Véronèse, les Jules Romain, les Titien, lcsCarracbe, les Perrugin, les Corregio, les Dominiquin , les Léonard de Vinci, les Raphaël, les Michel- Ange, avec l'hérédité des facultés de l'intelligence ? Qu'il soit ravi d'admiration devant cet essaim de brillants génies ; qu'il veuille que tout s'explique ou par la transmission sanguine, ou par l'influence du climat, de la localité, ou par la Contagion de l'exemple et la protection accordée aux arts par les ?>Iédicis ou les papes, je le conçois : mais s'il en est ainsi, pourquoi ce beau ciel, cette consanguinité, celte protection, n'ont-ellcs pas produit un plus grand nombre de le Tasse, de l'Arioste? Pourquoi les artistes d'aujourd'hui en Italie sont-ils si inférieurs aux grands noms que nous venons de citer? lisl-re que le climat aurait changé, ou seulement le génie des hommes ? Est-ce que la consanguinité aurait fait son temps ? Esl-ce qu'il n'y a plus la même émulation parmi les artistes? Les souverains onl-ils cessé de les protéger ?

Une chose que M. Rroël a complètement oubliée, et qui, ce me semble, tranche la difficulté, est celle-ci : il y a dans l'homme deux ordres deficultés morales, les facultés intellectuelles et les facultés affectives. A celles-ci se rapportent les travers de caractère, les vices appélilifs, les airs de famille, les types d'une nation qui se transmettent quelquefois par l'hérédité ou se développent par suite des circonstances sus-nirnl années. .Mais quant aux facultés de l'entendement, c'est différent. Ainsi, le ciel brumeux de l'Angleterre, sous lequel ne sont pas éclos de grands artistes, a vu naître cependant du très-grands philosophes ; et les descendants de ces grands philosophes, quoiqu'ils aienl

INTRODUCTION mat, sou

vécu avec eux sous le mém leurs yeux, au milieu de toutes les conditions désirables pour hérit' r de leurs talenls, n'eu ont cependant pas hérité. Pourquoi ? parce que les qualités de l'esprit ne sont pas héréditaires.

• A l'aide de celle même distinction, il se serait expliqué encore les bizarreries instincii\es ou vitales, les tics, les idiosyrerasies, qui tantôt se transmettent et tantôt ne se transmettent pas héréditairement du père aux enfants, celte sorte d'hérédité n'étant p;is obligatoire, et mille causes pouvant l'empêcher de se produire.

Reste l'objection tirée de ces faits, que ia tamilledes lieriiouiiiî a fourni un grand nombre de géomètres, la lamille des Audran celle des Carrache , celle des Vanloo, celle des Coustou , etc. , des artistes dislinsués ; mais eelle Qbjecliou, toute sérieuse qu'elle paraît, tombe d'elle-même, si l'on convient, ce qui est incontestable, qu'il y a une différence entre l'aptitude aux sciences et aux arts, elle génie littéraire, ou l'aptitude pour les lettres'. Lans les arts et les sciences, avec d'heureuses dispositions, l'enfant, celui surtout qui scia élevé p.r un père déjà très-capable, pourra devenir l'égal de son précepteur, le surpasser même , toute l'ambition du père étant de faire de son fils un sujet distingué qui soutienne un jour la réputation qu'il a acquise lui-même. Alors il le cultive avec amour, cl il s'enorgueillit de ses succès. 11 n'en est pas de même dans les lettres : avec d'heur, uses dispositions et de l'application, reniant peut devenir un avocat renommé, un historien habile, un critique spirituel; ruais s'il n'a pas le génie de l'éloquence , de l'invention littérai e qni est un don tout parliculier de la nature, il restera toujours dans la médiocrité.

A li vérité il es l di s circonslan es qui semblent infirmer ( elle propositio >, el par exemple, l'histoire de la famille Davidson. Ou Bail, par la Revue de .Xrw-Yord;, que l'année 18il ,i va s'éteindre une jeune muse américaine, Mur guérite Davidson, qni, à l'âge de huit ans. disent les journalistes, faisait des vers ravissants de mélancolie el d'expression, des vers qui indiquent i;n amour réfléchi des beau lés de la nature. Sa sreur, Luerelia , plus célèbre encore , a laissé , quoique morte trèsjeone, un recueil de poésies lort estimées, el, chose remarquable, la mère de celle famille d'enla ni s s' i bl imes était aussi remarquable par |ue par lei grâcesel la beauté. Bh bien! je i • demande, ce fait excepti nnel, uns en prési née des noms propres que hous avons ( ilés (Homère, Sophocle, Racine, Molii re,clc), iofii uie-i-il notre proposition '. Parue que les deux fille, de m idainc Davidson se sont dislingaécs forl jeunes parleurs poésies, te fail un k;u<- serait-il plus probant que tons les antr s faits? Mais si la condition de préeoellectuolic paraît donner laot de force I l'opinion de l'hérédité, pourquoi n'avoir p.is accumulé les exemples t Vous voulez de la précocité eh bien I comm ni se fait-il qu'il . un seul te Tout ' Nous savot -

tous qu'à dix-sept ans il était auteur du poème de Renaud, et, à vingt-deux ans, de la Jérusalem délivrée. N'avait-il pas de famille? Comment se fait-il qu'on ne cite qu'un seul da Bèze? D'après Baillcl, il aurait composé de lonne heure des vers et des épigrammes qui lui valurent de bonne heure le litre de bon poêle, el, ce qui est diune de remarque, c'est que les vers qu'il fit avant d'avoir atteint sa \inglièmc année, sont en tout bien si périeurs à ceux qu'il fit postérieurement. Théodore de Bèze n'avait-il ni père ni mère, ni descendant ? Comment se fait-il qu'on ne rite qu'un seul Saumaise (Claude)? Si l'on s'en rapporte à Guy-Patin, il avait traduit c\a. lemeul Pindaie à dix ans, el à quinze il avait publié deux antres ouvra.es auxquels 'I avait ajouté des commentaires. Pourquoi l'historien ne parlc-t-il ni de la précocité ni de la capacité de son père, le conseiller au parlement de Bourgogne, ni d'aucun autre de ses parents ? Comme ni se f nil-il qu'on ne cilc qu'un seul Grotius, qui, avanl Saumaise, se serait fail remarquer par un développement encore plus précoce des facultés inlcllcctuelles ? Sou biographe rapporte qu'il avait fait paraître à huit ans une pièce de vers fort estimée , avait soutenu à quatorze ans avec succès des thèses publiques sur les mathématiques, la philosophie el la jurisprudence, el avait employé le resle de sa vie (il mourut à soixante-deux ans ) à composer plusieurs ouvrages considérables. Grolius n'avait-il ni frères ni sœurs, ni ascendants ni descendants? Comment se fait-il, enfin, qu'on ne cile qu'un seul de Rancé ( l'abbé ] ? A treize ans il avait traduit Anacréon el y avait ajouté des commentaires; un seul La Grange-Chanccl? Assurément on ne peut être plus précoce que ce poêle, puisque à huit ans il composait des vers sur loule espèce de suj "(s ; à quatorze il avait fail paraître la tragédie de Jugurtha, cl quoiqu'il n'ait pas justifié la prédiction de R cine, qui croyait qu'il porterait le Ihcàtre à utrdegié de perfection, OÙ ni lui ni Corneille n'avaient pu atteindre, il a produit pendant sa longue carrière ( il mourut à quatre-vingt-deux ans) un grand nombre de poésies diverses et de pièces de théâtre qui prouvent qu'il travailla beaucoup. La (irangr-Chaneel él ait-il Ils unique de père el mère inc miras? J'oubliais un entant dont parie I is^o , qui à huit ans Connaissait parfaitement l'hébreu, le urée, le latin, le français el l'ail maud, sa langue naturelle. Il mourut à dix neul ans. a que le famille appartenait- il ? Probablement elle élail Irés-ignorée, pu squ'on ce n imme pas le petit prodige. Ainsi, malgré loules les .-itlaques lort habilement di igéei el II ce i lui rs du i b la dot Irine de la

non-hérédité «les facultés inlell principe, n'ayant pas 6ié entamé, reste d.u.s toute ^a force.

i quoi donc attribuerons-nous les i inie II. ciuellcs .' Je résoudrai colle

question quand j'aurai Irailé de l'unie.

réellcmi ni i

De l'âme. — Nous avons déjà dit qu

sieurs philosophes, se fon;l,i!it, les uns sur co qu'on ne peut comprendre l'cxiste>ice des âmes, les autres sur l'incompn hensibilité de leur union intime avec les corps, nient que l'humanité ait été dotée de cette cause invisible des effets visibles de la matière. Partant, ils considèrent cette cause comme également matérielle, et recourent, par conséquent, pour expliquer les phénomènes de la nature, à la proportion et au mélange des éléments. Ainsi l'école éléatique, par exemple, avait pour doctrine, et c'est là le premier principe de Zenon, que tout ce qui existe est, par cette rai son, matière; et que les causes elles-mêmes sont toutes matérielles.

A ceux qui nient l'existence de l'âme par la seule raison qu'ils ne la comprennent pa«, nous répondrons, avec l'immortel auteur du Génie du Christianisme : « C'est une mauvaise manière de raisonner, que de rejeter ce qu'on ne peut comprendre. A partir des choses les plus simples de la vie, il serait aisé de prouver que nous ignorons tout; et nous voulons pénétrer les ruses de la sagesse I »

Je sais bien que si l'on me demande ce que c'est que l'âme, je suis forcé de répondre, avec les théologiens elles vrais philosophes, que l'âme est une' substance spirituelle et .••impie, que Dieu réunit à un corps pour en former l'homme ; ou bien, attendu que divers peuples et différentes sectes philosophiques ne se sont formé que des idées obscures et rétrécics à" ce sujet, de dire à ceux qui voudraient une réponse plus précise: Ma foi, je n'en sais rien ; cl, en cela, ma réponse serait celle de certains hommes impies i'U matérialistes. Parmi eux, et à leur tête, nous placerons un des plus grands génies que li France ait enfantés, le philosophe de Ferney. Voici en quels termes il aosé confesser lui-même son ignorance :

« Nuus osons mettre en question si l'âme intelligente est esprit et matière; si, après nous avoir animés un jour sur la (erre, elle vil après nous dans l'éternité? Question sublime, mais q nos lion d'aveugle qui demande à d'autres aveugles ce que c'est que la lumière. L'âme est-elle esprit ? Est-elle matière? C'est quelque chose de distinct de la matière. La preuve? Qu'on ne sait pas ce que c'est qu'esprit, ce que c'est que matière. »

J'avoue que quatre mille tomes de métaphysique ne nous enseigneraient pas ce que c'est que notre âme; mais il en faut moins pour prouver qu'elle est spirituelle et n'a rien de matériel, quoique intimement unij à un corps.

Et quant à ceux qui ne nienl l'âme que parce qu'ils ne comprennent pas son union avec le corps, nous leur demanderons s'ils comprennent mieux la différence qu'il y a entre l'homme vivant el l'homme cadavre? S ils comprennent mieux ce que c'est que la vie? Et pourtant ils admettent bien que quelque chose doit se séparer du corps vivant pour devenir cadavre.

Le célèbre inventeur de la phrénologie,

Gall, était tel lemenl embarrassé pour expliquer ce mystère, qu'il se déclara pour l'animisme; et ce qui le prouve, c'est le passage suivant que j'ai extrait de son grand ouvrage in-4", intitulé : Anatomie et physiologie du système nerieux.

« Voyez ce cadavre. L'homme tout à l'heure était plein de force et d'activité, plein de volonté et de raison; le voici maintenant

étendu sans vie ; sa main roide et glacée

ne si ni plus la main amie qui la presse; son oreille est sourde aux cris douloureux d'une épouse, dont l'œil obscurci ne voit plus couler les larmes ; le sang refroidi ne circule plus dans les veines ; dans ses entrailles les aliments fermentent et se corrompent : que le scalpel le plus exercé ouvre la tête, la poiliine, le bas -ventre, vous n'y découvrirez rien qui marque la différence entre la vie et la mort. Ainsi, les mêmes atomes, le même mélange, la même organisation qui naguère offrait une combinaison active de force et d'effets, ne sont plus qu'une masse inerte d'os et de chairs, qu'une machine ingénieu e, mais privée du mouvement. D'où ce contraste incompréhensible? Comment s'opère le passage de la mort à la vie et de la vie à la mort ? Au milieu de ces difficultés, que pouvait-on imaginer de mieux qu'un être vivant, actif, existant par lui-même, dont la présence répand la vie et l'activité sur toutes les parties du corps, et dont la séparation les abandonne à la mort et à la dissolution?»

El afin qu'on ne se méprenne pas sur le sens qu'il attache au mol être, Gall consacra une partie de l'introduction de son ouvrage à se justifier de l'accusation de matérialiste portée contre lui. « Vous m'accusez, dit-il, de matérialisme, lorsque j'ai ilcclaré ne vouloir m'occuper ici que de recherches physiologiques, sans entrer en aucune manière dans les controverses des psychologistes sur la nature et les propriétés de l'âme, dont j'admets d'ailleurs l'existence. Vous m'accusez de matérialisme, parce que j'enseigne que i:os dispositions intellectuelles et morales sont innées, cl que leur exercice dépend des organes matériels du cerveau. Mais celte opinion est précisément celle que vous pro fessez vous-même (puisque vous admettez avec tout le monde que le cerveau est particulièrement l'organe de l'âme), et ce qu'oui professé à diverses époques des hommes que vous ne pouvez récuser, les philosophes qui ont hautement proclamé que l'âme se règle toujours d'après l'état du corps, que ses facultés dépendent de l'organi aiion et de la santé, et qu'une constitution plus heureuse du corps humain a toujours pour résultat des facultés intellectuelles plusdéveloppées.» Nous reviendrons plus tard sur celte doctrine; constatons seule. i .eut pour le moment que Gall n'était pas matérialiste.

D'ailleurs, les anti-animistes pourraientils nous dire d'où vient la pensée, l'imagination, le jugement et les autres qualités de l'esprit? Pourraient-ils nous dire ce qui nous fait sentir les angoisses du remords quand nous avons commis une faute grave, ce qui

INTRODUCTION

nous rail verser des pleurs au réeil d'une belle action, les alarmes de notre conscience dans les cas douteux? Bien certainement ce n'est pas la mal ère vivante, puisque les animaux n'éprouvent pas ces sentiments; et si ce n'est pas la matière, ce doit être aulre chose, un je ne sais quoi qui est distinct de la matière; et c'est ce je ne sais quoi immatériel qu'on appelle âme, pour le distinguer de la matière.

Mais tout cela, diront nos antagonistes, n'explique point l'union de l'âme avec le corps, et ne dit pas à quelle époque celte union s'opère. Je réponds avec Gall :

« Que nous importent ces questions subtiles, sur l'union incompréhensible de deux substances aussi opposées que l'âme et le corps? Qu'elles soient unies un peu plus tôt un un peu plus lard; que leur action réciproque so t l'effet d'un médiateur plastique, ainsi que le pensent les anciens, ou celui d'un fluide éthéré, comme l'ont voulu beaucoup d'autres, ou encore le résultat de lin— irrvention immédiate de Dieu, selon que le jm étend Ualebrancbe, c'est ce que nous ne pourrons jamais vérifier, quoi que fissent us psychologues. Ce qui prouve la futilité de toutes ces questions, c'est qu'elles n'ont Contribué en rien à perfectionner la science do l'homme (el moins encore à le rendre meilleur), et que tous ceux qui s'en sont occupés n'ont fait que tourner et retourner quelnues mots vides de sens, sans sortir d'un môme cercle. Il faut donc renoncer à dépecer l'homme, ainsi qu'on l'a fait jusqu'à présent, pour traiter isolément chacune des parties dont il esl compo é. L'homme physique et moral soûl deux parties d'un tout indivisible; on ne peut les séparer sans détruire des chaînes utiles el tomber dans des absiraclions dangereuses. Pour le vrai philosophe, la psychologie de l'homme est devenue inséparable de son histoire naturelle; (oui ce qu'elle offre pour nous d'intelligible se téduit à ce qu'elle a de physiologique, c'està-dire à la manifestation des facultés de l'âme; »

Du reste, la seule lionne manière de penser sur le mystère de l'union intime de I âme au corps, c'est de confesser naïvement sou ignorance. Celait celle de Pascal, de l.aromiguière, c'est aussi la mienne. Ecoulez ce que dit Pascal : « L'homme est de lui-même le plus prodigioux objet de la nature, car il ne pcul concevoir ce que c'est qu'an corps ii moim encore ce que c'est qu'un esprit, el moins qu'aucune chose, h comment un corps peut être uni à un esprit, el ce| ud inl c'esl son propre êlre. ■ Savoi i-nous davunlago quelle esl 1 origine de l'âme ?

Origine <lc l'dmr. (J u l son principe? — Trois rails principaux peuvi nl,parlcurenchatuemenl, nom mettre sur la vo.e de la solution de ces que li premier est celui -ci : 1 oute < réatui soin de nourriture el ne peul se nourrir foncièremenl que du principe donl i C'esl l'exprc il m d'une loi générale, i e bc loin de l'alimentation est inué q l'être créé,

par cela même qu'il esl créé. 11 dépend nécessairement d'un autre, non plus seulement pour être posé en existant , mais encore pour être conservé. Toutes les créatures relèvent de ce dernier ressort du Créateur, mais immédiatement ou plus ou moins médiatcmenl, selon leur rang dans l'échelle des êtres. Chacun lire son aliment de l'ordre des choses auquel il tient le plus prochainement ou de l'aliment dont il est, comme dans une chaine chaque anneau dépend eu définitive de l'anneau principal qui, soutenant le tout, reçoit cependant sa force directement de celui auquel il s'attache. Ainsi, en est-il de la nutrition de chaque êlre. Le genre de nourriture marque ce qu'il est au fond, ou le degré de sa nature; car il ne pcul être nourri que de ce qui lui est homogène, el il n'y a vraiment nourriture que par l'assimilation de l'aliment ou la transformation d'une substance objective en la substance du sujet. Aussi les êtres qui vivent de substances physiques prouvent par le fait que leur nature est physique, leur vie physique, et l'espèce d'aliment qu'ils recherchent indique l'élémenl dont ils rassortent ou qui prédomine dans leur constitution.

Le second, (ait purement psychologique el constaté par la conscience, s'énonce ainsi : L'âme humaine a besoin de nourriture; il y a en elle une faim toujours renaissante, insatiable. Quelle nourriture veut -elle? Ce n'est pas !a substance physique. L'homme ne vil pas seulement de pain, mais aussi de toute parole de vérité. Il lui laut donc un aliment analogue à sa nature; c'esl le Inen mural pour la volonté, le vrai el la science pour l'intelligence; le beau pour l'imagination. L'âme veut vivre moralement, et bien vivre; c'est pourquoi elle désire el cherche ce qui lui est bon, ce qui peut lui faire du bien ; elle aime spontanément, par instinct, ce qui lui donne de la vie. de la force, de la lumière, delà nourriture, de Vitre, en uu mot. Elle ne vit qu'en aimant, parce que c'est par l'amour qu'elle se nourrit ou attire en elle de quoi se reposer et se soutenir; heureuse quand elle aime ce qu'elle do l aimer. Comme intelligence, elle cherche le vrai, elle a faim de savoir et de connaître; elle est avide de sa part d'instruction; elle la mange, pour ainsi dire, la dévore, afin d'eu retirer parla digestion un aliment substantiel par la pensée, el qui contribue à accroître son entendement , a rortificr son espri1. De là le besoin extrême qu'elle éprouve d ■ voir, d'entendre , de converser, de lirc.de penser.

Or, si l'âme ne pcul vivre de ce qui est physique, matériel ; si elle veul un aliment 11 oral, spirituel, psychique; si l'intelligence s'alimente de vérité el de science, de ce qui esl purement intellectuel, non-- pouvons déj i en i onclure que cela seul qui esl intelligent et moral est homogène à sa nature, laquelle par conséquent n'es! pas la matière.

'i tel principe est-elle ? car la cou -

naissance do ion principe peul seule noir, donner la connaissance de sa nature.

SI

IY1UU1>UCTI0.N.

Ici vient un troisième fait de l'ordre moral , qui va nous fournir la donnée nécessaire pour compléter noire induction. Ce fait s'exprime dans la proposition suivante: Aucun objet fini ne peut satisfaire le besoin ou la faim delà nature humaine.

C'est ce que prouve Pinsatiabililé de son désir, qui renaît toujours après avoir été assonvi, en sorte que l'âme va d'un objet à l'autre, les essayant, 1rs goûtant tous dans l espoir d'y trouver le bonheur, rt n'en retirant qu'une joie superficielle qui lui échappe sans cesse. De là le vide qu'elle ressent, quand elle n'est en rapport qu'avec les existences de ce monde ; l'agitation , le malaise qu'elle éprouve quand elle ne vit que par les sens et de choses sensibles, parce qu'elle n'a pas ce qu'il lui faut, parce que son aliment foncier lui manque. De là l'illusion et le mécontentement des passions. Elles ne sont jamais plus heureuses qu'avant d'atteindre leur objet, espérant y trouver ce bien infini que réclame le cœur humain. Elles s'éteignent le plus souvent dans la jouissance, parce qu'elles y trouvent le désenchantement et la conviction de leur impuissance. Tous les désirs de l'homme aspirent donc à l'infini, et il ne goûte de joie profonde et de bonheur durable que s'il entre en commerce avec l'infini, par quelque voie, par l'art, par la science, far la justice, par la piété, par l'amour.

Si donc l'àme ne p ut vivre que de l'infini, si l'infini seul peut la satisfaire et rassasier sa faim, c'est qu'il est analogue à sa nature, c'est qu'il est son principe, et c'est pourquoi elle tend naturellement à y revenir. Quand elle n'est pas arrêtée par les liens du corps, elle gravite par son essence même vers le centre divin dont elle est sortie , comme la pierre vers le foyer terrestre dont elle émane ; si elle tend directement vers l'infini, c'est qu'elle en dépend immédiatement , c'est qu'elle ne relève que de Dieu ; elle a une nature analogue à sa divine origine, conclusion tout à fait identique à la parole de la Cenèse : Dieu créa l'homme à son image et à sa ressemblance.

Ainsi, par l'observation et par l'induction, nous arrivons à justifier la parole sacrée en montrant qu'elle est en harmonie avec les faits de la nature et de l'homme ; nous atteignons la même vérité par deux voies contraires; l'une transcendante, à laquelle il appartient surtout de l'établir catégoriquement, dogmatiquement, en vertu de l'autorité qui annoncée! de la foi qui adhère; l'autre inférieure, purement empirique, qui s'approch" de la vérité peuà peu et en tâtonnant. (L'abbé Hautain.)

On nepeuldévelopper avec une plus grande puissance de logique la nature divine de l'àme admise par l'Ialon et son école. Aussi, sans chercher à nous égarer dans de nouvelles discussions métaphysiques , et abandonnant les rêveries des philosophes qui ont demandé si l'âme humaine fait partie de la substance même de Dieu, ou si elle fait partie, du urand tout , nous allons examiner si l'on

ne trouve pas dansla finde l'homme la confirmation des vérités que nous avons énoncées.

Fin de l'homme. — Les livres de .Moïse donnent les premières notions de la nature de l'âme et de sa félicité. Nousavonsvu l'âme, au commencement, faite par la puissance de Dieu, aussi bien que les autres créatures , mais avec ce caractère particulier, qu'elle é'ait faite à son image et par son souffle , afin qu'elle comprît à qui elle lient par le fond, et qu'elle ne se crût jamais de même nature que le corps ; mais les suites de cette doctrine et les merveilles de la vie future ne furent pas alors universellement développées : c'était par degrés et surtout au jour de la venue du Messie que cette grande lumière devait paraître à découvert.

Dieu avait répandu quelques étincelles de celte vérité dans les anciennes Ecriture;. Salomon avait dit que comme le corps retourne à la terre d'où il eut sorti, l'esprit retourne à Dieu qui l'a donné. — Les patriarches et les prophètes ont vécu dans cette espérance ; et Daniel avait prédit qu'il" viendrait un temps où ceux qui dorment dans la poussière s'éceilleraicnt, les uns pourlavieélernelle, et les autres pour une éternelle confusion, afin de voir toujours. Mais en même temps que ces choses lui sont révélées, il lui est ordonné de sceller le livre, et de le tenir fermé jusqu'au temps ordonné de Dieu , afin de nous faire entendre que la pleine découverte de ces vérités était d'une autre saison et d'un autre siècle.

Encore donc que les Juifs eussent dans leurs Ecritures quelques promesses des félicités éternelles, et qu'aux approches du temps du Messie où elles devaient être découvertes sans voile, ils en fissent plus souvent la matière de leurs entretiens , comme il paraît par les livres de la Sagesse et des Machabées, toutefois cette vérité faisait si peu un dogme universel de l'ancien peuple, que les Sadducéens, sans la reconnaître, no;,seulement étaient admis dans la Synagogue, mais encore élevés au sacerdoce. C'est un des caractères du peuple nouveau , de poser pour fondement de la religion la foi de la vie future ; et ce devait être le fruit de la venue du Messie.

C'est pourquoi, non content de nous avoir dit qu'une vie éternellement bienheureuse était réservée aux enfants de Dieu,ii nous dit en quoi elle consistait. La vie bienheureuse est d'être avec lui dans la gloire de Dieu son Père; la vie bienheureuse est de vnir la gloire qu'il a dans le sein du Père dès l'origine du monde; la vie bienheureuse est que Jésus-Christ soit en nous comme dans ses membres, et que l'amour é;ernel que le Père a pour son Êils s'étendanl sur nous, il nous comble des mêmes dons ; la vie bienheureuse, en un mol, est de connaître ici-bas le seul vrai Dieu et Jésus-Christ qu'il a envoyé; et de le connaître dans la vie à \ enir, de celle manière qui s'appelle la vue claire, la rue face à face et à découvert, selon ce que dit saint Jean, que nous lui serons semblables , para 7m nom le verrons tel qu'il tst.

INI RODl'CTIO.N.

Le dogme de l'immortalité de l'àoie, sanctionné par la religion catholique, remonie donc à la plus haute antiquité, ainsi qu'il résulte des passages de l'Ecriture sainte que nous avons cités. Et pourtant ou a longtemps mis en doute 'si les Hébreux croyaient à ce dogme. M. Munk a savamment discuté celte question (Tom. IV delà nouvelle Bible de M.Cahen),e( il reste peu de chose à direaprès lui. Voici, d ;ij rès M. Mon!;, le passage de Salomon où il est fait allusion à une existence future par ces mois de l'Ëcclésiasle ( chap. xii, vers. 8) : La poudre retourne à la terre comme elle y était, nais l'esprit retourne à Dieu qui nous l'a donné. Ce passage, dis-je, est assurément très-significatif; niais l'auteur ne borne pas là ses citations, et poursuit en ces termes :

« L'illustre Moïse ben Maïraoûn dit que la croyance à la résurrection des morts forme une partie intégrante de la loi, et que c'est se séparer du judaïsme que de ne pas y croire. Kn effet, 1rs allusions à la vie future abondent dans les écrits des rabbins, et pour en riter quelques-unes, on n'a que les embarras du choix. Celui qui dé mit n'aura point part ai monde qui <sl avenir. — Quand tu vois chacun désirer cemondc-ci, toi, désire le monde qui est avenir. » (Enseignement des philosophes, manuscrits de la Bibliothèque nationale, chap. XII, n. 2\. )

« On lit dans les contes de Bidnaï : Il vaut liien mieux pour toi qu'on te rende lu pareille dans ce moud'- que si lu l'en (liais chargé de ion iniquité dans le monde à venir, » (IOid., n. a 10, f° 43. )

« lu ailleurs : Tout homme qui n'a point de fortune est réputé sans esprit. Or, quiconque est dépouriud'esprit nepossédera ni ce mondeci, ni le monde futur. » ( l"° 61.)

Une autre preuve que le dogme de l'immortalité de l'âme était généralement répandu même dans l'antiquité, c'est que les savants (lelles, qu'on appelait druides, enseignaient celte belle philosophie, afin d'inspirer plus de courage à leurs guerriers (Strabon) ; c'est que ce dogme, aussi ancien riiez les Egyptiens que leurs pyramides, était, avant eux, connu chez les l'erscs; c'est que la métempsycose des Indiens prouve qu'ils vroyaicui à une aulro \ ie ; c'csl que les Chinois révéraient lei âmes de leurs ainétres, etc., elc.

De nos jours ce principe est, à quelques exceptions près, généralement admis. Il esl professé par les hommes émincnts dont la parole a une grande influence sur celte jeunesse studieuse en qui les idées religieuses demandent a germer et à se féconder, et qui, BOBS devons I espérer, saura elle-même les faire fructifier.

Krouiez l'auteur de l'histoire de la civilisation en Europe ; il \ous dira :

■ Messieurs, je « rois non pas avoir épuisé, la lit s'en f.iut, mais expose il'one m. un. le .i

peu prèi complète, q |ue bien légère , le

[ail de la civilisation ; je crois l'avoir décrit, circonscrit, et avoir pose les principales qui Hum les oo liions Fondamentales lui

quelles il dur. ne lieu. Je pourrais m 'arrêter; cependant je ne puis pas ne pas poser du moins une question que je rencontre ici ; une de ces questions qui ne sont plus des questions hi toriques proprement dites, qui sont des questions, je ne veux pas dire hypothétiques , mais conj clurabs; des questions dont l'homme ne tient qu'un bout, dont il ne I eut j:;mais atteindre l'autre bout, dont il ne peut faire le tour, qu'il ne voit que par un coté; qui cependant n'en sont pas moins réelles , auxquelles il faut bien qu'il pense ; car elles se présenlent devant lui, malgré lui, à tout moment.

« De ces deux développements dont uous venons de parler, et qui constituent le fait de la civilisation, du dévelo; peinent de la société d'une part, et de l'humanité de l 'antre, lequel esl le but, lequel est le moyen? Est-ce pour le perfectionnement de sa condition sociale, pour l'amélioration de son existence sur la terre, que l'homme se développe tout entier, ses facultés, ses sentiments, ses idées, tout son être? Ou bien l'amélioration de la condition sociale, les progrès de la société, la société elle-même n'est-elle que le théâtre, l'occasion, le mobile du développement de l'individu ? En un mol, la société est-elle faite pour servir l'individu, ou l'individu pour servir la société? De la réponse à cette question dépend inévitablement celle de savoir si la destinée de l'homme est purement sociale, si la société épuise et absorbe l'homme tout eniicr. ou bien s'il porte eu lui quelque ch se dé ranger, de supérieur à son existence sur la terre.

« Messieurs, un homme dont je m'honore d'être l'ami ; un homme qui a traversé des réunions comme la noire pour mouler à la première pi ice dans des réunions moins paisibles et plus puissantes; un homme dont toutes les paroles se gravent et restent partout où elles tombent, M. Royer-Collard a résolu cette question ; il l'a résolue, selon s.i conviction du moins, dans son discours sur le projet de loi relatif au sacrilège. Je Iromc dans ce discours ces deux phrases : « Les « sociétés humaines naissent, vivent cl meu- « rent sur la terre; là s'accomplissent leurs

« destinées Mais c.les ne contiennent pat

n l'homme tout entier. Après qu'il s'est cn- « gagé à la société, il lui reste la plus noble « partie de lui-même, ces hautes facultés par « lesquelles il s'élève à Dieu, à une vie fu- « turc, à des biens inconnus dans un monde « invisible... Nous, personnes individuelles et a identiques, véritables é res doues de l'im- « mortalité, nous avons une autre destinée. « que les Etals. ■

a Je n'ajouterai rien, Messieurs, je n'entreprendrai poinl de Irailer 'la question même, je me contente de la poser. Llle so

rencontre â la lin de l'histoire da la civilisalion; quand l'histoire delà civilisation est

épuisée, quand il n'y a plus rien à dire de la x le actuelle, Illumine se demande inuncilde-

menl si tout est épuisé, s'il esl à la lin do

lOUl? Ceci esl clone le dernier problème, <'t le plus élevé de tous ceux auxquels l'his-

B iNTp,or>t;cTio\.

loire de la civilisation peul conduire. Il ma suffit d'avoir indiqué sa place et sa grandeur. »

Tel est le langage que tenait M. Gui?ot au nombreux et brillant audiioire qui se pressait autour de lui à la faculté des lettres de Paris en 1828, 1829, Î8Î50; les pensées philosophiques de Royer-Collard, qu'il a reproduites, sont entièrement conformes à celles que, déjà depuis bien des années, un de ces hommes que le siècle actuel ne reniera pas glissait dans ses écrits : cet homme c'est Benjamin-Constant.

Pendant son exil en Allemagne, sons le gouvernement impérial, Benjamin-Constant, dont tout le monde a loué, encensé, admiié les talents et les principes, dit Chateaubriand dans ses Etudes historiques, s'occupa de sou grand ouvrage sur la religion. Il rend compte à l'un de ses amis (M. Hochet) de son travai', dans une leitre autographe que j'ai sous les \ eux. Voici un passage bien remarquable de cetie lettre.

t Hardenberg, ce 11 octobre 1811.

« J'ai continué à travailler du mieux que j'ai pu au milieu de tant d'idées tristes. Pour la première fois je verrai, j'espère, dans peu de jours, la totalité de mon Histoire du poli/théisme rédigée. J'en ai refait tout le plan el plus des trois quarts des chapitres. Il l'a fa'lu, pour arriver à l'ordre que j'avais dans la léle cl que je crois avoir atteint ; il l'a l'illu encore, parce que, comme vous savez, je ne suis plus ce philosophe intrépide, sûr qu'il n'y a rien après ce monde, et tellement content de ce monde qu'il se réjouit qu'il n'y en ait point d'autre. Mon ouvrage est une singulière preuve de ce que dit B iron , qu'un peu de science mène à l'athéisme, et [lus de science à la religion. C'est positivement en approfondissant les faits, en en recueillant de toutes parts, et en me heurtant contre les difficultés sans nombre qu'ils opposent à l'incrédulité, que je me suis vu forcé de reculer ilans les idées religieuses. Je l'ai fait certainement de bien bonne foi ; car chaque pas rétrograde m'a coûté. Encore à présent toutes mes habitudes et tous mes souvenirs sont philosophiques, et je défends poste après poste tout ce que la religion conquiert sur moi. Il y a même un sa< rifice d'amour-propre; car il est difficile, je le pense, de trouver une logique plus serrée que celle d-tnt je m'étais servi pour attaquer toutes les opin'ons de ce genre. Mon livre n'avait absolument que le défaut d'al'er dans le sens opposé à ce qui, à présent, me paraît vrai et bon, et j'aurais eu un surcès de parti indubitable. J'aurais pu môme avoir encore un autre surcès, car avec de très-légères inclinaisons, j'en aurais fait ce qu'on aimerait le mieux à présent : un système d'athéisme pour les gens comme il faut, un manifeste contre les prêtres, cl le tout combiné avec l'aveu qu'il faut pour le peuple dé certaines fables, aveu qui satisfait à la fois le pouvoir et la vanité. »

Ou le voit, Bcnjaiuiu-ConsUnl, en écrivant

son Histoire du panthéisme, devient religieux. Ce sentiment nouveau pour lui s'empare tellement de son esprit et le domine à ce point, que, malgré ses combats successifs, il se rend à l'évidence, el qu'il fait le sacrifice de sa vanité à la vérité, qui ne l'effraye pas, mais le subjugue.

Chose certaine, pour celui qui a des sentiments religieux le doute n'est pas permis ; car, si loule la destinée de l'homme eût consisté à vivre et mourir sur cette terre, s'il n'y a rien pour lui au delà quand il cesse d'exister, à quoi bon la venue du Christ, l'établissement de la religion catholique, sa morale, son culte? Jésus est venu pour racheter les péchés du inonde, il est mort pour expier la désobéissance de nos premiers parents; avant de mourir il a institué des sacrements qui rendent à l'âme la pureté de son origine par le baptême, et la purifient de toutes ses souillures par la pénitence; sa bouche qui n'a jamais menti annonce la résurrection des morts, le jugement dernier, la vie éternelle, et après ces promesses d'un Dieu qui meuit pour sauver l'humanité tout entière, l'humanité tomberait en pourriture pour ne se relever jamais 1 Les honnies en mourant mourraient tout entiers! Mai* qu'est-ce donc que mourir?

Mourir est un mot vague qui n'est vrai que dans le sens populaire : pour le philosophe rien ne meurt; tout est immortel. Mourir c'est se diviser, c'e-t changer de forme : or, le moi est un, indivisible, et par conséquent impérissable. Le principe moral persiste donc après la mort, par sa nature même, analogue sous quelques rapports à Dieu même, dont il retrace une image imparfaite; il est, il ne saurait perdre l'existence une fois qu'il l'a reçue, et il faudrait un acte formel de la puissance de Dieu pour la détruire, comme il en fallut un pour la créer. La matière partage sans doute cette prérogative, mais elle est indifférente à tel ou tel éla' ; sa forme passagère se renouvelant sans cesse, elle ne se ressemble jamais à elle-même dans aucun moment de son existence; sans cesse elle est agitée par des mouvements de destruction el de rénovation. L'âme au contraire est une forme simple qui ne peul perdre ses modifications naturelles ou acquises ; il est évident dès lors qu'elle ne peul être soumise aux altérations résultant d'un simple déplacement des n arlies qu'elle n'a pas.

D'ailleurs, on est parfaitement d'accord que l'activité appartient en propre à l'âme, même dans son état d'union avec le corps ; que les actes moraux ont lieu immédiatement par elle el en elle ; donc il ne doil pas, il ne peut pas y avoir cessation d'activité par si séparation d'avec la matière , par le simple fait de la mort. C'est-à-dire, en d'autres termes, que le travail intellectuel, quoique subordonné à l'organisation , ne venant pas d'elle, la personnalité individuelle, l'identité psycologiquc n'est point détruite par lu mort.

INTKODUCTION.

si;

D'après ces considérations, qui sonl les conséquences nécessaires des faits, le principe de la pensée, l'action et les matériaux de la pensée, tout serait liors de la matière et de l'empire de la mort. Dès lors l'âme peut penser après la mort, par cela seul qu'elle existe encore, et qu'elle avait une existence pensante pendant la vie. Elle peut continuer la série d'idées qui l'occupaient pendant le cours de ce'Ie-ei : et, renduo à elle-même, à elle seule, méditer dans la solitude du tombeau el dans le silence de la mort.

Dans cet état de choses, et après le premier élounement, suite d'une situation si nouvelle, l'âme peut se rappeler le passé. Les dét.iils minutieux de la vie ont sansdoute disparu, mais elle retrace à son souvenir les idées fondamentales de l'existence ; elle se ressouvient surtout de ses actions morales, et alors commence la vie des remords ou des joies de la conscience. L'àme doit avoir une idée plus vive et plus nette de l'Etre suprême qui se manifeste en quelque sorte à elle par cela seul, et en attendant une manifestation plus intime et plus positive.

Ces conditions de ressouvenante el de conscience de l'âme étaient nécessaires, non pas seulement pour fournir un nouvel appui au dogme de son immortalité, mais aussi pour que notre foi en ce dogme pût nous rendre les m iux de la vie moins cruels ; car, à quoi bon l'immortalité de l'àme, si elle ne devait pas penser après sa séparation d'avec le corps ; si elle ne devait pas ressentir un bonheur ineffable de participer aux béatitudes célestes, et les angoisses du plus violent désespoir d'être privée de la vue de Dieu ? A quoi bon l'immortalité de l'âme, si les heureux sur la terre, si les hommes criminels el corrompus avaient la même fin el la même destinée que l'homme probe, consciencieux, qui souffre toujours, et se résigne à souffrir, en songeant à celte parole de son Dieu : Diniheureux ceux qui souffrent ! car le royaume des deux leur appartient. Quand je n'aurais pour preuve de l'immortalité de l'âme, disait Jean-Jacques, que le triomphe du méchant et l'oppression du juste ici-bas, cela seul m'empêcherait d'en douter. Une .si choquante dissonance dans l'harmonie universelle me I lisant chercher à la résoudre, je me dirais : Tout ne finit p:;s pour nous avec la vie ; tout rentre dans l'ordre après la mort.

Aimm l'espérance d'une \ie à venir est ce qui console el réjouit l'homme ; c'est ce qui rend toute la na ure riante autour de lui : c'eal ce qui redouble tous >es plaisirs et le soutient au milieu de toutes ses afflictions. Naguère, une jeune personne coquille el légère, absorbée pour no moment dans la douleur où la jetait la mon de son Danré, disait à un de ses amis : « De grâce, monsieur, indiquez-moi quelquea bons livres où l'on traite de l'immortalité de l'âme; non que e doute, n ais depuis qu'il a quitté la terre, députa qu'il n'est pics là, j'.n beaoin de me

nourrir de celle pensée el d'en .noir l'inlcl-

ligenee. i Puis après un profond soupir el

un triste regard, elle murmura : Les hommes sont bien heureux de pouvoir se livrer à des études qui consolent 1

C'est parce qu'il avait l'intelligence de l'immortalité de l'âme, que Socrate, au moment solennel où il attend son heure suprême , console el encourage ses disciples qui admirent son courage et pleurent sur lui. Aussi, quand la coupe fatale lui a été remise , il suspend aussitôt ses discours et é'ève ses vœux au ciel à peu près en ces termes : « Etre des êlres I j'ai cherché par la raison que tu m'as donnée à m'élever jusqu'à toi el à l'idée de l'immortalité de mon âme. Il me semble que je ne m suis jamais écarlé de la voie sévère des déductions légitimes; mais si ma faible raison m'avait trompé, je ne perdrais pas pour cela toute espérance. Ce n'est plus au nom de ma faible raison que je te demande l'immortalité, c'est au nom de l'humanité tout entière qui en a toujours senti le besoin ; au nom d.- l'ordre social qui la réclame, au nom de tous les hommes qui, comme moi, ont sacrifié et sacrifieraient encore leur bonheur et leur vie à la loi du devoir. Tromperas-tu les espérances de l'univers qui croit en toi et à l'immortalité, el qui n'a jamais séparé ces deux su! limes idées? » {OEnvres de Platon, trad. de M. V. Cousin, du Pliédon ou de Came, t. I.)

Socralc n'est plus ; peut-il être morl toul entier? Et lorsque le même tombeau aura confondu les cendres de la victime el du bourreau, ne différeront-elles aux yeux de l'éternelle justice, que par leur pesanteur physique? Le vent les emporlera-t-il également dans les airs, et ne restera l-il plus de Surate et d'Anytus qu'un vain nom? S'il existe un Dieu, n'y a l-il pas une immortalité?

Facultés de l'âme. — Jusqu'à présent nous noua sommes occupé de l'existence de l'âme, de son union avec le corps, de son origine, de son immortalité ; reste à savoir quelle est l'élendue de ses facultés.

L'antiquité ne s'était pas occupée de celle question, et jusqu'à Platon qui, lui-même, ignorant sa nalure, ne prononça pas positivement ai elle est matérielle ou purement spirituelle, on s'était habitué A considérer relie sorte d'entité appelée par les uns pneuma, ps) ebée par les autres, comme étant tout à la fois le principe de la vie et la source de toutes nos facultés.

Arislote, son disciple, alla plus loin, il accorda à l'âme des facultés qui lui étalent communes avec les animaux et des facultés qui lui appartenaient exclusivement,

H n'en lut pas de même des Pères de l'E uli^e. Instruits par les lumières de la révélation, de la nature spirituelle de l'àme, ils la regardèrent de plus comme une émanation immédiate de Dieu qui l'a laite à ion Image et a sa ressemblance. Dès lors la faculté de connaître et de vouloir était de toute certitude ■ dès lors l'homme était incontestablement l'élre important de la création, el le seul au milieu det êtres matériels qui, à raison de son âme intelligente, fut capable de discer-

INTRODUCTION

noinent et «l'agir avec liberté. Les animaux ni- furent plus que des machines grossières, incapables de faire aucun«clioix, et dont tous les niouvemenls étaient réglés par un immuable et aveugle destin.

Descartes, le plus illuslre des philosophes qui vinrent après Bacon, admet ces grands principes. Celui-ci, pour rendre plus facile la théorie des facultés des êtres vivanls, dis— lingua deux âmes : l'une sensiiive, qui était le principe de la sensibilité et du mouvement volontaire ; l'autre raisonnable, dont les facultés étaient l'entendement, la raison , le raisonnement , l'imagination , la mémoire et la volonté. Ainsi Bacon, malgré tout son génie, ne distingua pas l'entendement proprement dit des facultés de l'entendement ; il fit de celles-ci la raison , l'imagination, la mémoire, autant de qualités de l'âme raisonnable.

Descaries fut plus conséquent, c'est-à-dire que, sans admettre ni rejeler explicitement les deux âmes que le chancelier d'Angleterre avait reconnues, il admit dans l'homme une âme avec quatre facultés : la sensibilité, l'imagination, l'entendement et la volonté.

Locke, génie sévère et méthodique, dont l'influence a été très-puissante sur les esprits du xvnr siècle , n'accorda à l'âme que deux facultés, l'entendement et la volonté; ce qui diffère peu de l'opinion émise avant lui par Hobbes, qui avait reconnu dans l'âme les facultés de connaître et de vouloir.

Condillac, le plus remarquable des disciples de Locke, réduisit toutes les facultés de l'âme à la sensation. Dans son opinion, c'est l'âme seule qui connaît , parce que c'est l'âme seule qui sent, et il n'appartient qu'à elle de faire l'analyse de tout ce qui lui est connu par sensation. Ainsi , l'attention, la comparaison, le jugement , la réflexion, l'i

pensée, la liberté el faction. « Je n'ai en effet qu'à rentrer en moi-même, dit-il, pour être convaincu que mon âme a le sentiment intime ou la conscience de ce qu'elle éprouve; elle sent que c'est elle-même qui l'éprouve. J'ai dt jà touché à cette grande vérité psychologique, elle est si claire que je craindrais de l'obscurcir en l'expliquant. Mon âme ne peut apeicevoir, penser, agir, qu'elle ne sente en même temps que c'est elle-même qui aperçoit , qui pense el qui agit. Ce sentiment qu'elle a d'elle-même toujours un, toujours simple, toujours indivisib'e, est inséparablement lié à toutes ses perceptions , à toutes ses opérations. 11 constitue celle unité, ce moi qui s'incorpore ou s'identifie en tout ce qui se passe dans l'âme, qui rassemble en lui tout cela, s'approprie le passé comme le présent et réunit ainsi dans une seule individualité, dans une seule existence, toute la suite des perceptions et des opérations de l'âme.

Quant aux philosophes modernes , ils varient sur le nombre des facultés attribuées à l'âme, et bien plus encore sur celui des facultés de l'entendement, et voilà tout. Mais toujours est-il qu'il y en a très-peu qui ont agité et résolu cette question importante: Le principe qui anime les hommes est-il le même que celui qui anime les animaux?Tant il est vrai qu'en dehors des lumières de la foi, tout devient obscurité.

Pour celui qui observe , réfléchit et raisonne, non-seulement il est très-facile de reconnaître dans tous les êtres animés une force vitale qui préside à toutes les fonctions et à laquelle on peut les rapporter toutes ; mais on est forcé de reconnaître aussi une force inconnue qui

magination èl le raisonnement ne sont que " esl point aveugle, fatale , comme quel

des sensations transformées. A ce propos, nous devons remarquer que , malgré ces assertions , Condillac ne doit pas être classé avec les matérialistes. Sans doute il rapporte bien des facultés à la sensation, mais voici un passage de ses écrits qui vient confirmer mon opinion : « C'est dans les idées abstraites, dit-il, qui sont le fruit des différentes combinaisons , qu'on reconnaît l'ouvrage de l'esprit. Ainsi , les idées abstraites de couleur, de son , etc., viennent immédiatement des sens (c'est faux, mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit pour le moment); celles des facultés de l'âme sont dues tout à la fois aux sens et à l'esprit ; et les idées de la Divinité et do la morale appartiennent à l'esprit seul, parce que les sens n'y concourent pas par eux-mêmes ; ils ont fourni les matériaux , el c'est l'esprit qui les met en oeuvre. »

Je vous prie de vous arrêter un moment sur les dernières paroles de ce passage, «lira i- je avec Laromiguière , et de vous demander s'il est vrai que Condillac ait nié l'activité de l'âme.

Enfin, C. Bonnet, le profond psychologue, ajoute aux facultés accordées par Locke quatre nouvelles facultés, le sentiment, la.

ques-uns l'ont prétendu, mais d'un ordre plus élevé, qui exerce une grande influence sur l'homme.

Cette force inconnue n'est point la puissance psychique; et l'opinion de leur nonilentité, présentée par le père de la médecine, Hippocrale, moins comme un fait certain que comme une heureuse anticipation , a été défendue par ses disciples de tous les siècles postérieurs, qui trouvaient , dans l'exercice de leur profession, la confirmation de ce dogme précieux. Aussi est-elle mise aujourd'hui hors de contestalion , grâce aux travaux d'une école à laquelle j'appartiens et qui a écrit sur le fronton de son sanctuaire: Olim Cous, nunc Monspelliensis Ilippocrates.. Là encore la comparaison historique de la forci vitale el de la puissance psychique faite ave*, plus d'exactitude et de rigueur qu'auparavant, a donné à la pensée hippocratique le caractère de la démonstration. Lu voici les preuves.

On a dit de très-bonne heure el l'on répèle : La puissance psychique se sent, se connaît, rend compte de ses actions ; la force vitale ne se connaît pas, ne sait pas ce qu'elle fait.

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