‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 9 sur 251 · ET OES MOYENS DE DÉVELOPPE» I ES UNES ET DE CORRIGER LES AUTRES · texte numérisé non relu

ET OES MOYENS DE DÉVELOPPE» I ES UNES ET DE CORRIGER LES AUTRES

Je donne mon advis , non comme bon , mais comme mien.

MomMIONB.

El cependant, j'ai observé avant de raisonner; j'ai raisonné avant d'écrire. Lokmân, labuliste indien.

ABATTEMENT (défaut), Abattre.— Abattement a été généralement employé par les moralistes comme synonyme des mots langueur, découragement, accablement.

Il suffit quelquefois de la moindre de> causes pour nous faire tomber dans l'abattement. Cela a lieu surtout quand les forces physiques ou les facultés morales ont été affaiblies, suit par suite des fatigues que nous avons éprouvées, soit pendant le cours d'une maladie ou de plusieurs maladies que nous ovoiis endurées, /oit el surtout lorsqu'un malheur que nous avions pieyii nous trappe, OU qu'un accident imprévu vient nous surprendre. Dans ces circonstances, nous nous abandonnons malgré nous a la IrlStesSC, AU découragement; nous nous livrons mvolonlairemenl à des réflexions .mine ; et comme nous sommes sans courage, sans énergie, trs jours se succèdi nt sans qu'aucun change* ii eut aranlageux t'opère dans noire corps

cl dans notre espi il.

Ilyadoncdeux sortes d'abattement, s Avoir : l'abattement physique el l'abattement moral. Ce dernier, le seul qui doive nous intéresser, exprime ; un état de l'dmt tel, qu'elle ne ré-

siste que bien faiblement , ou qu'elle succombe tout à fait sous le poids de ses peines et de ses chagrins.

L'abattement, par i onséquent, a plusieurs degrés. Ils diffèrent par leur intensité, et aussi par la nature de la cause qui les produit, ei plus particulièremenl encore, suivant les dispositions morales individuelles ; c'està-dire que, se manifestant communément chez les personnes qui manquent d'énergie, de caractère et de celle résignation aux volonl s de la Providence qui nous raidissent contre les événements, il doit nécessairement en résulter que cet personnes

seront d'autant plus vivement aller tes,

qu'elles auront moins de celle énergie cl de cette résignation.

De même, leur abattement sera plus ou

moins considérable, selon qu'on s,- nlrer

plus ou moins indifférent aux témoigna d'affection qu'elles donnent, qu'on méconnaîtra davantage les services qu'elles ont rendus, mais principalement si elles onl le malheur de perdre la considération ou la fortune dont elles jouissaient. Je ne dis | . quand la mort leur enlève des parents ou

i-j:; au a

des amis bien chers, parce nue, alors, elles sont dans l'affliction. — Voir ce mot.

Il est du devoir du moraliste de faire comprendre à l'homme abatlu par une de ces causes, que c'est manquer à la sagesse que de se laisser abattre de la sorte ; qu'il est de sa dignité de savoir supporter sans faiblesse ses malheurs, ou l'ingratitude de ceux qu'il aime, fit à qui il a rendu quelques services; que rester accablé sous le poids de ses maux est folie, puisque cela ne sert qu'à [•dégrader, tout être raisonnable résistant avec courage , ou se soumettant avec docilité aux épremes que le ciel lui envoie.

El comme il n'y a pas dans la vie de mal sans remède, il faudra inspirera la personne abattue le goût des occupatious sérieuses, lies arts d'agrément, des voyages, et de tout ce qui pourrait le mieux par sa nature lui faire oublier les causes de son abattement. Mais, avant toutes choses, il faut tenter de ranimer en elle la foi et l'espérance; car celui qui croil et qui espère ne saurait rester longiemps abatlu.

Toutefois il ne faudrait pas perdre de vue que la faiblesse physique peut favoriser et entretenir rabattement; que certaines maladies le produisent.

S'il en était ainsi, nul doute que les s< cours inoraux employés seuts seraient insuffisants. Ils ne peuvent jouir d'une efficacité -quelconque, qu'autant qu'on en secondera l'effet par l'action des autres moyens hygiéniques, ut parfois de certains médicaments énergiques qui, en réparaul les forces, relèvent le courage. Quant aux maladies, il faut un traitement qui soit approprié à leur nature, l'abattement qu'elles produisent n'étant qu'un symptôme de la lésion des propriétés vitales et organiques qui les accompagne.

Hors les cas de maladie, ce sont ordinairement les individus d'un tempérament lymphatique , à fibres molles et lâches , les anémiques, etc., qui se laissent le plus facilement abattre par les événements malheureux qui les frappent. Cela provient, des faits très-concluants l'ont conslalé, de ce que la partie séreuse prédomine dans le système circulatoire sanguin, et qu'un sang appauvri, n'excitant pas convenablement le cerveau, instrument de la pensée, l'âme est en quelque sorte sans puissance sur un organe si peu capable de ressentir ses impulsions. Celle observation physiologique sert à expliquer comment il peut se faire que par l'emploi des martiaux, et de tous autres toniques associés aux changements de climat, aux distractions d'un voyage, etc., en parvient à tirer l'homme de son abattement. L'explication est firt simple. A mesure que le sang acquiert des conditions meilleures et se reconstitue, les conditions organiques de l'individu deviennent meilleures à leur tour, les instruments des fontions physiques reprennent leur activité normale, el le cerveau qui manquait de la stimulation nécessaire, n'en étant plus privé, reçoit plus facilement l'impression des influences morales. De là un

Ali.N

»2ii

nouvel ordre d'idées, toutes plus riantes et plus consolantes.

L abattement moral dépendant de causes multiples, il faut donc, si l'on veut qu'il se dissipe avec toute la promptitude désirable, que la personne découragée fasse un usage simultané et bien entendu des moyens physiques et des secours moraux. J'insisterai davantage sur l'utilité de chacun d'eux , eu traitant de la tristesse , dont le découragement ou l'abattement est une des formes.

ABNÉGATION (vertu).— Il est une vertu chrétienne, justement appréciée, mais bien peu pratiquée même par ceux qui prennent le litre de philosophes, dans laquelle chacun de cous peut puiser la force el le courage de renoncer à ses passions et aux biens terrestres, c'est-à-dire aux plaisirs et aux douceurs de la vie, aux privilèges et aux prérogatives de la naissance et de la fortune, à ses intérèls matériels les plus chers , en vue du salut , ou par amour pour la patrie et poisr l'humanité. Cette vertu, c'est Vabnégatiun de soi-même , la première, la plus précieuse et la plus rare de toutes les vertus.

Il sérail à désirer que celle heureuse et sainie qualité tant recommandée par l'Evangile, el dont le Père commun des hommes dépose legermedans i'âmedetousses enfants, y lût fidèlement cultivée et y fructifiât. On nu la verrait plus être le partage exclusif de quelques personnes animées par le seul espoir de conquérir, mériter et obtenir la couronne d'immortalité que Dieu a promise ri ceux qui font le bien; ou de ces êtres exceptionnels qui s'altachant par vertu à des sentiments moins élevés quoique sublimes, n'aspirent qu'au bonheur de se dévouer à la gloire et à la prospérité de la patrie, ou au perfectionnement de l'humanité.

Malheureusement il n'en est pas ainsi, el quelque éclatants que soient les exemples qui nous ont été donnés et peuvent l'être encore, s'ils ne sont pas entièrement perdus p.our le plus grand nombre, ils sont, hélas 1 bien raiemcnt imités.

Hâtons-nous de dire que ce n'est pas de l'abnégation religieuse que je prétends parler, car aujourd'hui, comme autrefois, l'amour de Dieu et l'amour du prochain inspirent à de saintes filles, à d'humbles religieux et à nos zélés missionnaires , tout ce qu'il y a de plus digne et de plus pur en charité, en dévouement, en abnégation.

Aujourd'hui, comme autrefois, la religieuse fait l'échange de sa vie si douce, el si paisible de jeune fille, de ses espérances d'épouse et de mère, contre la plus complète abnégation. Elle accepte une existence laborieuse, active, dure, pénible, pendant laquelle ses jeu: verront tout ce que notre pauvre nature étale de plaies honteuses , d'infortunes inouïes, de souffrances atroces. Ses oreilles n'entendront que des cris de douleur el des râles d'agonie.

Elle sera l'humble servante des indigents, des criminels, quelquefois même de ces femmes immondes qui n'ont plus de nom pou* des lèvres honnêtes.

lïl ARN ABN 523

Elle a renoncé au doux litre de mère, mais commandement — sans avoir démérité — par elle embrassera dans son amour tous ceux François de Bourbon, comte d'Enghien. Céqui souffrent, tous ceux qui gémissent. Vous danl à une noble susceptibilité, ce brave gela verrez désormais au milieu des orphelins néral s'était retiré dans son château de Toudes prisonniers, des malades. Comme l'ange vel ; mais ayant appris que l'armée se dispode la souffrance elle veillera au chevet des sait à livrer bataille, il oublie l'injustice de douleurs et s'associera à toutes les agonies, la cour pour ne songer qu'au bien de l'Etat appelant les bénédictions d'en haul par «es et au service du roi, et il accourut, lui vieux prières, adoucissant par ses consolations les général, offrir son épée à un jeune homme terribles approches du tombeau. de vingt-trois ans, demandant à commander

Et si nous allons dans les prisons, dans si compagnie de cinquante hommes, dans la

nos maisons pénitentiaires, là encore nous même armée dont il était le chef quelques

voyons des religieuses qui ont consenti à mois auparavant.

s'enfermer pour toujours avec les détenus; Touché de cette belle et généreuse con-

qui oui accepté -l'existence la plus affreuse duite, d'Enghieri força le généreux de Bou-

qu'on puisse imaginer, dans l'espérance de tières d'accepter le commandement de la

soulager quelques infortunes, de rendre moitié de la cavalerie, et bien lui en valut,

quelques consciences au bien, quelques âmes car l'intrépide général fut assez heureux ,

à Dieu. par une charge habilement faite, de donner

Aujourd'hui, comme autrefois, rien n'est la victoire au comte qui, n'ayant plus qu'une r.dmirable comme le dévouement et la cha- centaine de chevaux autour de lui, s'était jeté rite des frères des écoles chrétiennes qui , au plus fort de la mêlée, pour y trouver une i aimes et silencieux, passent du, s nos cités mort glorieuse. L'honneur de cette journée suis les sarcasmes et le rire de l'ignorance, appartenait donc au brave général, ci d'En- \ élus de bure, nourris comme les plus pau- ghien fut le premier à la lui attribuer. vres des hommes, ils ont fait vœu de pau\ reté Voilà, assurément, un exemple bien réel de se dévouer à l'humanité. Ils ont renoncé marquable d'une véritable abnégation paà tout ici-bas, même à leur nom, pour se lriolique,eljedoute fort que nos généraux dévouer sans réserve à l'éducation des eu- d'aujourd'hui en fussent capables ; mais, fants du pauvre. Quelle est donc leur espé- quelque grand qu'il soit, il n'égale pas cepenrance? Ambitionnent-ils la fortune ? Ils ne danl celui que donnait quelques siècles aupenvent rien posséder personnellement. La p aravant (12l'i), au monde entier, Philippedomination? Ils vivent elmeurenl frères. Oui, Auguste, roi de France, si on veut savoir ce qu'ils deviennent quand l'ersonne n'ignore que, prêt à livrer la f.iils ont rempli leur vie monotone de bonnes meuse bataille de Bouvines, le monarque navres et de laborieux travaux , on apprend français, après avoir déposé sa couronne sur qu'ils s'éteignent ignorés du monde, indigents l'autel, s'écria en s'adressanl aux généraux, comme ils ont vécu, cl ils n'ont au cimetière aux officiers et aux soldats qui l'en Duraient: qu'une tombe sans inscription et sans faste, <■ français, s'il est parmi unis quelqu'un qui où nul ne vient verser des pleurs, car per- vous paraisse pins capable que moi de porter sonne ne les connaît. ce diadème, je. suis pré' à lui céder et à lui

Aujourd'hui, comme autrefois, les moines obéir. » Est- il rien de plus admirable que ce

du Saint-Bernard se dévouent àuneœuvic langage ? Peut-on pousser plus loin l'amour

qui les tue dans dix ans, pour sauver des de la patrie? Est-il possible de s'élever plus

hommes perdus dans les Alpes. Séparés de huit par l'abnégation?

l'humanité tout entière, soumis à l'action S'jl n'est pas possible de s'élever plus haut

d'un froid éternel, environnes .le neiges et que Philippe- Auguste par l'abnégation de

déglaces, ils habitent la cime d un rocher soi méme, ,i a existé du moins avant lui des

«u la nature est morte, ou pas un être vi- hommes qui ont eu le mente de l'avoir de-

rant , pas un arbre , ou ne., ne réjouit leur % ,,,,-,- ,i,n.s la manifestation d'un sentiment

s litude; mais ils soûl la providence «les .,,,,., | ol d'avoir offert ainsi un exemple su-

royageurs égarés. blime, qui, -M a Irouvé bien peu d'imitateurs

En présence de 'tant de dévouement , de dans les siècles passés, n'en trouverait point

tant d'abnégation, ce ne sera pas nous, assu- apjonrd'hui que l • Dôvre de l'ambition ag le

rément, qui non, récrierons sur la rareté [0us les es une a rhacun, quelle

de l'abnégation religieuie ; mais en est- il qufl soi, ,'., con<iiUoii dans la le II se

de même de l'abnégation patriotique T Non : trouve placé , cell if insatiable de la

et comme les exemples en sont loin d être domination et du pouvoir qui les tour-

communs, c'est au moraliste a recueillir ,l!r,,ie.

avec soin ceux que Ici auteurs ont consignés ... -, , ,

dans leurs ouvra» s, el à les mettre sous , '-""" '!" '' '" B0'1' CM "rt" "",'

i yeux du public, aOr. que tous les peu *™&\*} J",M"S U ",l,"v dfl '?' extra,r?

piespuisen dans ces mémorables exem de l'hislo.re des croisades, pour les exposer

pU S d'utiles el baUU e,,se,gueu,en.s . Voici » l'admlrtUOD de ceux qu, ne les , | -

i eux que ma mémoire me fournit en ce mu- " "' P"1

(,,,.„( u ml de partir pour son p. 1er nage en

Le' vingt-quatre avril 1554, le chevalier Palestine, Louis VII 1 ulul consulter sa no-

Guigues^juiffreydeBoulières,lieutenantpour blesse el son clergé sur le choix à foire

te roi en Piémont, lut remplacé dans son de ceux qui de aient être charges de lad-

Page 1