MAYENNE
charbon, lin, laine. étolVos, toiles, sabots, souliers, tabacs, etc., etc., figurent sur cette liste.
Le maximum des denrées énuméroos dans la nomenclature annexée à la loi était lixee, sauf pour quelques produits, au prix que chacune d'elles avait en 1700, tel qu'il était constaté par les mercuriales, ou au prix courant de chaque département et le tiers en plus, déduction faite des droits liscaux et autres auxquels elles étaient alors soumises. Le prix des bois à brûler, du charbon de bois et de terre était lixé comme en 1700, plus un vingtième; celui du tabac en carotte à 20 sois la livre, du sel à 12 sols, du savon à 2â sols. Enlin, le maximum des gages et salaires, main-d'œuvre et journées de travail devait être tixé jusqu'en septembre 179i par les conseils généraux dos communes au même taux qu'en 1790 avec la moitié du prix en sus. Le tout sous les peines les plus sévères.
Ayant réglé les prix de détail des marchandises, la Convention devait forcément être obligée de régler également les prix du gros : tel fut l'objet du décret du 11 brumaire au II, ordonnant de déterminer les prix maxima d'après des tableaux comprenant :
1» Le prix que chaque marchandise valait au lieu de fabrique ou de production en 1791, augmenté d'un tiers ;
2° j p. 100 de bénéfice pour les marchands en gros;
3° 10 p. 100 de bénéfice pour les marchands en détail ;
i° Un prix fixé par lieu de transport.
La Convention ne parait pas s'être fait beaucoup d'illusion sur le résultat que les mesures qu'elle édictait pouvaient avoir sur les intérêts du commerce. L'article 4 du décret prévoyait, en effet, une indemnité qui pouvait être accordée aux citoyens, marchands un fabricants qui par l'effet de la loi justilieraient avoir perdu leur entière fortune ou seront réduits à une fortune au-dessous de 10,000 livres de capital. Le même décret chargeait le comité des subsistances de dresser, d'après les bases indiquées, les tableaux des prix maxima.
Ces tableau X, présentés à la Convention quatremois après et auxquels un décret du 6 ventôse an II donnait force de loi, composaient 3 volumes qui devaient être imprimés et envoyés à chaque district avant le l*'^ germinal.
La Convention ne fixait dans son tableau que le maximum du prix do production ou de fabrication, l'agent national de chaque district devait y ajouter, suivant les localités, les frais de transport.
C'était un travail gigantesf[ue et bien des conventionnels ne partageaient pas l'opinion de Barrére l'jrsqu'ii disait : « Vous posez aujourd'hui une base « pour l'économie poliiique, vous réglez les usures ■ du commerce et les bénélices du roulage. La loi - du maximum, ajoutait-il, inconnue des monarchies " avares, agioteuses et banquiéres, devait former « une institution démocratique. Nous ne voulons
• pas faire une nation d'Anglais, de banquiers et " de marchands, mais une nation d'hommes libres
• plus attachés à leur patrie qu'à leur fortune. » Beaucoup d'entre eux reconnaissaient l'excellence do la liberté du commerce et du libre jeu de l'offre et delà demande, maisils pensaient qu'en tompsde révolution, on pouvait sortir des régies économiifues ilors que le salut public était la suprême loi.
Les lois du maximum ont-elles été exécutées? Il résulte de nombreus-s notes insérées au Moniteur
qu'elles ont été presque partout violées. « Le maximum, dit Cambou, n'est pas suivi » (séance du 1() brumaire an lll). « Le maximum n'a jamais reçu son exécution », constate Sallier (séance du 3 nivùse au 111 >. « Il s'agit moins de savoir, disait Cochon à la même époque, si on conservera le maximum que de savoirs! on le recréera, car il n'existe nulle part. »
Les annales des tribunaux révolutionnaires constatent cependant de nombreuses condamnations pour [)unir ceux qui cherchaient à s'alVranciiir de la loi du maximum, et les peines excessives encourues témoignent des efl'orts faits par la Convention pour eu assurer l'application.
Appliquée ou non, la loi du maximum n'en a pas moins produit des etl'ets désastreux. Le paysan approvisionne directement en sous-main les particuliers qui ont des écus sonnants, c'est pourquoi il arrive chaque jour de moins en moins de farine sur les marchés et que la viande chez, le boucher et le pain chez le boulanger deviennent de plus en plus rares. Les boutiquiers sont ruinés, car les chalands attirés par le bas prix forcé imposé par la loi ont tout pris : ils n'ont vendu leurs marchandises qu'au-dessous du prix de revient et ont dii cesser bientôt leur commerce.
Des manufacturiers ruinés, des ateliers déserts, le commerce effrayé, une administration contre nature, tel est le tableau résumé de la situation intérieure exposée en frimaire an 111 par Eschassériaux aîné.
Le 16 brumaire an III (6 nov. 1794), Cambon fait le procès du maximum. « Je regarde la loi du maximum comme la source unique de nos malheurs » , dit Tliibaudeau, 17 frimaire an III. Le 2 nivôse suivant, Eschassériaux en propose l'abrogation qui est prononcée par décret du 4 du même mois. Son application avait duré dix-huit mois.
Les résultats de cette triste expérience mettent en lumière les effets déplorables au point de vue économique de la fixation par l'État du prix des choses. C'est une tentative intéressante du socialisme d'État dont les conséquences ne sont pas faites pour montrer le mérite des théories collectivistes. La Convention a cru pouvoir porter remède à la crise économique et linancière en s'attaquant à la résultante de cette crise : l'élévation des prix ; au lieu de s'en prendre à la cause, elle n'a considéré que l'effet.
La Convention n'a pas voulu voir où était la source du mal ; elle a cru, d'autre part, que dans des cas exceptionnels, les lois économiques pouvaient être méconnues, les résultats qu'elle a obtenus lui ont montré qu'elles s'imposent toujours.
En voulant ramener l'abondance sur les marchés, elle les a fait déserter, elle a tué le commerce et organisé la famine.
Louis Blanc, dans son Histoire de la Révolution, a dit que le maximum avait soutenu le cours des assignats et permis à la Révolution d'entretenir ses armées. Rien n'est moins prouvé. C'est au maximum, à la violation des principes, aux actes arbitraires... qu'il faut principalement attribuer le discrédit des assignats, disait Beffroy à la Convention (séance du 3 nivôse an lll).
Victor Marge.
MAYENNE. — Chef-lieu : Laval ; sous-préfectures : Cliâteau-Gontier, Mayenne.
iNombre de comnmnes : 276 ; population totale : 340,003; superficie territoriale : 517,083 hectares;