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Observations préliminaires

Pour évaluer en argent, soit l'ensemble des fortunes privées, soit l'ensemble de la fortune nationale, il n'y a, en principe, qu'à en faire l'inventaire estimatif au prix courant de chaque chose, comme s'il s'agissait d'un patrimoine particulier.

A vrai dire ceux qui se plaisent à contester les calculs de ce genre nous objectent parfois que si l'on venait à mettre en vente, simultanément, tontes les terres, toutes les maisons, tous les biens meubles et immeubles d'un pays comme la France, on n'arriverait jamais à en tirer le nombre de milliards auquel on est amené en faisant à ces diverses natures de biens l'application des prix courants actuels. L'objection est enfantine et l'hypothèse est saugrenue. Aucun peuple n'a jamais songé à « liquider » de la sorte et ce que Féconomiste a intérêt à totaliser, ce sont les valeurs que les conditions normales de la vie sociale et du commerce assignent à tout ce que nous possédons, alors même que la plupart d'entre nous n'ont actuellement aucun désir de vendre. Pourqnoi l'inventaire des richesses nationales se ferait-il autrement que tous les autres inventaires, petits ou grands? C'est le capital vivant et non le capital mort qu'il importe de mesurer.

Il n'y a donc pas lieu de s'arrêter à ce vain scrupule.

On est mieux inspiré quand on nous met en garde contre le danger des doubles emplois. En faisant l'inventaire successif des diverses valeurs

qui s'offrent à nos investigations, nous risquerions souvent de compter deux fois la même chose. Si, par exemple, on cherchait à chiiTrer séparément, pour les additionner ensuite, la richesse mobilière et la richesse immobilière, il ne faudrait pas oublier qu'elles ont des éléments communs, qu'elles s'entre-pénètrent pour ainsi dire. En ajoutant à la valeur des actions et obligations de nos compagnies de chemins de fer la valeur de leurs réseaux; en ajoutant à la valeur des actions et obligations de notre Crédit foncier la valeur des maisons ou terres sur lesquels il a hypothèque ; en ajoutant à la valeur des actions et obligations d'une société immobilière ou d'une société de crédit la valeur des propriétés ou des titres qu'elle possède, on majorerait indûment le total ; et il y a là un mirage dont on ne saurait trop se défier.

Faisons encore remarquer que l'on s'exposerait à des illusions si l'on croyait pouvoir réduire à un simple tableau de chiffres la comparaison des diverses richesses natiouales. Le pouvoir de l'argent varie suivant les pays et un milliard en Amérique n'est pas tout à fait la même chose qu'un milliard en Europe ou en Asie. Puis, même à chiffre égal et à pouvoir égal, les valeurs dont disposent deux peuples peuvent ne pas s'équilibrer, au point de vue de la concurrence internationale, si comme nature de capitaux elles ne sont pas composées de la même manière. Les divers éléments de la richesse comportent, eu tant qu'agents économiques, des vertns plus ou moins efTicaces. Comme le note ingénieusement M. le professeur Fahlbeck. c'est un peu l'histoire de la livre de plomb et de la livre de plume : le poids est le même, mais c'est la seule ressemblance qu'il y ait entre les deux objets ; et si l'on voulait, par exemple, les utiliser comme projectiles, quel contraste • 1 La différence, en pratique, n'est pas moindre entre un milliard en machines, par exemple, et un milliard en bijoux, tableaux, etc. Pécuniairement égales, ces deux valeurs sont loin de pouvoir rendre les mêmes services.

Mais ce n'est point la philosophie de la richesse, que nous avons à étudier ici, et il nous sulïira d'avoir signalé au lecteur le danger qu'il pourrait y avoir a tirer des calculs qui vont suivre des conclusions trop absolues*.

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