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Classification des revenus par importance

Si la détermination du montant total des revenus est malaisée en France, la classification de ces revenus par importance est plus difficile encore et, si l'on nous demandait d'esquisser « la pyramide des fortunes », à l'instar de la « pyramide des âges », nous serions bien embarrassé.

Tout ce que nous savons de la pyramide des fortunes, c'est que ce n'est pas même une pyramide, car les grosses fortunes sont infiniment moins nombreuses que les moyennes et les fortunes moyennes sont infiniment moins nombreuses que les petites. Il en est ainsi dans tous les pays et la disproportion est encore moindre chez nous que chez certains peuples voisins. En outre, la disproportion tend plutôt à diminuer qu'à s'accroître. Rien de moins exact que la formule connue : « Les riches deviennent chaque jour plus riches et les pauvres chaque jour plus pauvres. » C'est le con-

1. Voir, .sur ce point, dans le Bulletin de statistique et législation comparée d'avril 1892. p. 524, l,es curieuses révélations de M. (îosolien, cbancelierdo rÉchiauior.

2. Voiii les cliillres communiqués, à cette époque, à la Chambre des députés :

Nombre d'agents. Sommes payées.

État (non compris les instituteurs). 204,242 322,861,000f

népariementi 8,677 15,590,000

Cniiimunps fv compris les iniLilu-

leurs). . ". 247, 94.3 210,580,000

RICHESSE

traire qui est vrai : il y a «teudauce à une luoindre inégalité des couditions », el M. P. Leroy-Beaulleu en France', M. Gosohen en Angleterre* eu ont convaincu tous les hommes de bonne foi. Mais il y aura toujours, par la force des choses, beaucoup plus de pauvres que de riches.

Parmi les publicistes qui ont essayé de classer par importance les fortunes françaises (revenus), nous ne citerons que pour mémoire le géographe Balbi dont les évaluations fantaisistes datent au moins d"uu demi-siècle, et M. J. Paysaut qui, dans un journal socialiste ', leur opposait, il y a quelques années, une statistique dont il laissait à ses lecteurs le soin de vérifier l'exactitude, n'y ayant pas sans doute réussi lui-môme. Les évaluations formulées « sous toutes réserves " par M. le duc d'Aven •• en 1S75 portaient seulement sur les revenus autres que ceux du commerce et du travail. II leschilTrait a 4 milliards (4,0SO millions) et les partageait entre 2 millions 1/2 de familles 1 2, 111,290) : 31,290 familles auraient, sans commerce ni travail, plus de 25.000 fr. de revenu i en tout 1.090 millions >; 380,000 familles auraient de 1,500 fr. à 25,000 fr.de revenu (en tout 1,490 millions); en(in 2 millions de familles auraiint de 100 à 1,500 fr. de revenu (en tout 1 milliard). Kous ne reproduisons pas les subdivisions dont ces chillYes sont l'objet dans le tableau de M. le duc d'Aycn. La philosophie qui se dégage de ses études d'économie sociale nous parait plus sûre que sa statisti(iue.

M. Leroy-Beaulieu a consacré tout un chapitre de son Essai sur la répartition des richesses (le chapitre XIX) à l'examen des principaux documents statistiques au moyen desquels on peut se faire une idée de cette répartition dans ditïérents pays.

En ce qui concerne la France, M. Leroy-Beaulieu, n'ayant plus pour se guider l'impôt sur le revenu (income-tax, Einkommensleuer on autre), a concentré ses recherches sur Paris. Il estimait que les statistiques de l'impôt mobilier « interprétées avec sagacité et circonspection » permettent de dislri-

1. Voir son Essai sur la répartition des richesses, 2' édition, 1683. Voir aussi, dans l'Économiste du 23 janvier isy^, son article sur la lenteur de l'accroissement de la fortune des classes aisées et opulentes en France. Les conclusions de M. Leroy-Beaulieu ne sont pas atteintes par l'exorbitante croissance de quelques fortunes individuelles. — Sur ce point, on peut consulter A. de Foville. le Morcellement, p. 217, et de Varigny, les Grandes Fortunes aux États-Unis et en Angleterre, 1*39. M. de Vari^my admet que les fortunes do plus de 25 millions de francs peuvent i;lre au nombre de 700, dont 200 en Aniileterre; lOO aux États-Unis; 100 en Allemagne, •■Vutricbé-Hongrie comprise; 75 en France; 50 en Russie; 50 dans l'Inde, etc. Les documents plus ou moins authentiques sur lesquels se base M. de Varigny, mettaient au premier rang des Crésus modernes les noms suivants:

Monu. Nationalités. Capital. Revenu.

Millions. Millions.

Jav Gould Américain. 1,375 70

J.W. Mackav Id. 1,250 62

Hothschill. '. Anglais. 1,000 50

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