IV. HISTORIQUE
Cliarlemagne avait senti la nécessité de constiluer une force maritime, qui s'appela le guet de la mer, parce que les navires ainsi équipés étaient destinés à défendre nos côtes contre les invasions. On trouve dans les capitulaires les traces de celte organisation qui ne devait pas survivre à son auteur.
Les croisades, avec les transports d'hommes qu'elles nécessitèrent, amenèrent bien la réunion d'un semblant de flotte, dont les vaisseaux étaient loués, seulement pour la campagne, aux Génois et aux Vénitiens.
Philippe le Bel avait institué, eu 1327, la charge d'amiral; mais la fonction principale de celte charge consista longtemps, moins à commander une flotte qu'à exercer ie droit de bris, c'est-à-dire à prendre part des « clioses jetées en terre par tourmente et fortune de mer ».
Ce n'est guère, à proprement parler, qu'avec François !"■ que prendra naissance notre marine militaire, encore bien modeste. Sur la Méditerranée, on compte un certain nombre de galères montées par des forçats astreints à ramer sous le fouet des mariniers. En plus de la cliiourme, l'on embarque, en temps de guerre, des soldats sur ces galères ; on loue, aux Hollandais, des navires tout armés; on leur en achète quelques autres, bien rares.
Henri IV sut donner quelque essor à la marine et nous préparer des matelots par des encouragements aux compajinies de commerce des Indes et aux pê-* cheurs de Terre-Neuve.
Hichelicu devait apporter à l'organisation de la marine de plus sensibles améliorations. Sous son impulsion puis.sante, l'on parvint à amener devant, la Rochelle une flotte de 07 navires françaisqui portaient un équipage de prés de 8,000 hom'mes. 11 lit creuser des ports, bâtir des arsenaux, et l'ordonnance de 1629 établit l'ordre dans la marine mUitaire ; le personnel naviguant n'était alors payé que pendant les cinq mois de mer.
C'est sous le ré^ne de Louis XIV que notre marine va prendre tout son développement et rivaliser avec les marines anglaise et hollandaise. L'ordonnaiT-e de ICiiU décida Ventrelènement drs officiers de marine, dont le nMe avait été jusque-la souvent rempli par des olliciers étrangers à la marine. Les ordonnances de ICG.'^, 1GC8 et 1G74 supprimèrent le système abominable de la presse et jtosèrenl les principes de Vinscription viarilimc, telle qu'elle existe encore de nos jours. (T. Marine marchande.)
SOLDE
Grâce à ces mesures excellentes de Colbert, il y eut plus de 60,000 marins inscrits et 196 vaisseaux armés. Les ordonnances restées fondamentales, du mois d'août 1681 sur la marine marchande, du mois d'avril 1G89 sur la marine militaire, vinrent, avec la création d'une caisse des invalides de la marine, couronner l'œuvre de Colbert.
On institua deux vice-amiraux, un du Ponant pour l'Océan, et l'autre du Levant pour la Méditerranée. L'on créa S lieutenants-généraux et 16commissairç^ furent envoyés dans les principaux ports, pour surveiller l'administration des deniers de la marine.
Des forfaits étaient passés avec les commandants des galères, pour l'entretien de la chiourme et des mariniers; le forfait pour une galère moyenne était de 6,000 éciis. Le capitaine de la galère recevait en outre 1,200 livres de gages. Le roi entretenait à ses frais les soldat.s-matelots sur les galères, comme sur les vaisseaux de ligne.
Le capitaine d'un vaisseau recevait 300 livres par mois, le lieutenant 200 livres, etc.
La paye des olliciers mariniers était, selon les diiïerentes classes, de 24 à 70 livres et celle des marins de 14 à 31 livres.
En 1739, sous Louis XV, notre marine était bien déchue ; elle ne se composait plus que de 22 bâtiments. Le duc de Choiseul se voua à son relèvement et en 1770 nous pouvions mettre en ligne 64 vaisseaux et 50 frégates. Une ordonnance de 1765, en organisant le corps des ingénieurs-constructeurs de la marine, avait singulièrement contribué à ces résultats.
Notre marine continua ses progrès sous le règne de Louis XVI.
En 1791, elle comptait 82 vaisseaux, 67 frégates à flot et 6 en construction, 19 corvettes à flot, 29 bricks et avisos , 7 chaloupes canonnières, 17 fliites, IGgabares, formant un total de 243 bâtiments à flot et en construction, transportant 14,000 bouches à feu.
L'entretien de ces forces durant l'année 1790 avait coûté une somme ronde d'environ 47 millions de livres.