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Compagnie des Indes

Il y avait déjà longtemps à cette époque que les Indes orientales avaient commencé à attirer les capitaux français. Au début du xvii^ siècle, des négociants avaient à plusieurs reprises tenté d'installer dans ce pays des compagnies de commerce calquées sur celles que l'Angleterre y avait établies (V. Compagnie anglaise des Indes). Toutefois ce fut seulement sous CoJbert qu'une entreprise réellement viable put enfin se constituer (Édit l^i juin 16(i4). Eu dépit des privilèges qui lui furent successivement accordés en liJTC, Ifi82 et 1G85, les débuts en furent i)eu lieureii.x ; en 1712, cette compagnie devait déjà 10 millions à lÉtat,' néanmoins elle put obtenir en 1714 le renouvellement

SYSTEME DE LAW

de son privilège pour une durée de 10 ans. Malgré des expédients de toutes sortes, elle allait inévitablement sombrer quand Law eut l'idée de l'incorporer à sa Compagnie d'Occident en même temps qu'une autre compagnie fondée en 1712 pour le commerce de la Chine (mai 1719).

Reconstituée sur ces nouvelles bases, la Compagnie d'Occident prit le nom de Compagnie oes Indes. Elle dut aussitôt, pour liquider les dettes des entreprises qu'elle absorbait et trouver les capitaux nécessaires à l'exploitation de ce vaste monopole, émettre 50,000 nouvelles actions qui devaient être , payées en espèces; ces actions furent appelées les ; filies du système pour les distinguer des actions de la première création qui devinrent les mères.

Law prépara admirablement cette émission en " employant quelques procédés d'un usage fort courant aujourd'hui, mais alors complètement inconnus. Quelques achats à prime habilement effectués, l'obligation de posséder un certain nombre d'an- j ciens titres pour souscrire aux nouveaux eurent pour effet de surélever les cours des actions au point que le prix d'émission put être fixé à 550 livres, soit à 10 p. 100 au-dessus du pair (Édit mai et arr. 20 juin 1719). La faculté d'échelonner les versements sur une période assez longue, la perspective de dividendes rémunérateurs devaient en outre contribuer à assurer le succès de l'opération.

Et pour en faciliter l'acquisition, disait l'édit, « il « sera ouvert un livre dans lequel tant nos sujets « que les étrangers peuvent souscrire en payant « comptant les 10 p. 100 d'excédent et le capital « de l'action en 20 mois par portions égales de « 5 p. 100 par mois, sauf à ceux qui voudront payer « comptant de remettre leurs fonds à la caisse de la « Compagnie sans prétendre aucun escompte pour « le prompt paiement. Veut sa Majesté qu'outre le « paiement des 10 p. 100 du total de la souscrip- « tion, on ne soit reçu à souscrire qu'eu représen- « tant pour quatre fois autant d'anciennes actions « que montera la somme pour laquelle chaque ac- « tionnaire voudra souscrire pour en avoir de nout velles, eu sorte que pour souscrire pour 5,000 li- « vres il faudra représenter 20,000livres d'anciennes « actions. »

Peu après la Compagnie obtenait pour 9 ans le privilège de la fabrication et de l'administration des monnaies moyennant le versement d'une somme de 50 millions qu'elle se procura en émettant à 1,000 livres, cette fois, — c'est-à-dire avec une prime de 500 livres — une nouvelle série de 50,000 actions qui furent désignées sous le nom des petitesfilles (Arr. 25-27 j/a7/. 1719). Comme dans les cas précédents, le placement de ces titres s'effectua avec une merveilleuse facilité. Le produit de cette dernière émission était destiné à fournir les fonds nécessaires à un prêt de 50 millions fait à l'État en retour des privilèges accordés.

En présence de la faveur avec la([uellc le public accueillait ainsi toutes ses combinaisons, l'anibition de Law ne connut plus de bornes. Il résolut de se faire conlier le recouvrement de tous les revenus publics et de renverser l'Anti-Systènie qui ne cessait de lui i)orter ombrage, en se faisant substituer aux frères Paris dans l'exploitation des fermes générales.

Alin il'arriver à ce but il jugea insuffisant d'offrir simplement au régent une majoration dans le prix du bail ; il y ajouta l'offre de se charger du remboursement de la dette fondée et du reliquat de la

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dette ilottanto (jui s'itait déjà trouvée seusililemoiit diminuée, eomme on l'a vu plus liaui, par la souscription aux actions de la bauciue et de la Compagnie d'Occident, sans parler de la refonte des monnaies de 17 IS.

Par édit du -21 août 17U) le bail des grandes fermes fut donc transféré, au prix annuel de 52 millions, à la Compagnie nés Indes iiui s'engagea a prêter à l'État, a raison de 3 p. 100 d'intérêt, les 1 ,'200 millions nécessaires pour remliourser la dette et les actions de la Compagnie des fermes. Peu après, ces 1,200 nïillions furent portés à 1,:")00. [An: 12 oc(. 1710 i

La combinaison semblait avantageuse à la fois au Trésor et à la Compagnie. Grâce à elle, l'Etat, en remboursant ses créanciers, recouvrait la disposition d'un grand nombre de droits aliénés depuis longtemps; chaque année, en outre, il allait réaliser par le fait de la conversion de sa dette une économie de 32 millions sur le service dos intérêts et il devait obtenir 3.000,000 fr. de plus sur le produit des fermes générales. Quant a la compagnie, créancière, d'une part de ij millums d'intérêts pour son avance de 1,500 millions, débitrice d'autre part de J2 millions aux termes de son bail, elle n'avait, toute compensation faite, à fournir tous les ans au Trésor que 7 millions alors qu'elle pouvait espérer tirer de l'exploitation des fermes un bénéfice net de IG millions.

En prévision de ces résultats les spéculateurs qui tenaient un marché de papier dans la rue Quincampoix poussèrent les actions au delà de 4,000 livres. Law put ainsi négocier an prix de 5,000 livres les 300,000 actions au capital nominal de ôOO livres qu'il était forcé d'émettre pour réunir les capitaux nécessaires au remboursement de la dette {Arrêt des 13-28 septembre et 2 octobre 1719). Malgré leur prix élevé, ces actions furent d'autant plus facilement souscrites qu'une masse de capitaux allait être rendue disponible par le remboursement de toutes les créances de l'État et que les actions de la Compagnie des Indes allaient devenir l'unique et seul moyen de placement, mais au lieu de rèsen^er aux créanciers de l'État la faculté de souscrire par privilège aux actions qui allaient se trouver le seul débouché ouvert aux placements mobiliers, il la réserva encore aux actionnaires de sa compagnie, de sorte que ceux qui n'avaient pas d'actions et qui voulaient souscrire étaient obligés au préalable de s'en procurer.

Lavv ne sut pas résister aux conseils de son entourage qui le poussait à des émissions répétées. Toute la cour, toute la noblesse était à ses pieds pour obtenir de lui, comme on dirait aujourd'hui, la faveur d'une souscription privilégiée. De grands seigneurs refirent leur fortune avec le .système, le duc de Bourbon y gagna de quoi rebâtir Chantilly. Law commit aussi la faute de laisser le champ libre à la spéculation qui accapara les titres pour les repasser aux rentiers à des prix plus élevés. De tous les points de la France on aflluait déjà dans la rue Quincampoix où des fortunes entières se faisaient et se défaisaient en un jour.

Bientôt, par suite des manœuvres des agioteurs, le cours de 5,000 livres fut largement dépassé. Les actions haussèrent à 15,000 livres sur la nouvelle de la concession des recettes générales à la Compagnie (12 octobre 1719). Dans la f* quinzaine de décembre elles atteignirent même, parait-il, le prix de 20,000 livres. Ce fut leur point culminant.

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