Tableau des émissions
Voici le tableau des émissions faites par Law pour le compte de la Compagnie des Indes:
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m. CHUTE DU SYSTEME.
L'agiotage qui avait fait le succès des actions devint la cause de leur ruine. Spéculer et s'enrichir au moyen du système était devenue l'unique préoccupation de tous les esprits; la rue Quincampoix ou était concentré le commer(;e du papier était envahie chaque jour par une. multitude de gens de toutes classes et de toutes nations (jui s'y rendaient pour trafiquer sur les actions; hommes et femmes, représentants du clergé et de la noblesse, tous s'y trouvaient confondus. Des fortunes scandaleuses naissaient et disparaissaient journellement, le moindre événement commenté et grossi amenait un mouvement des cours qui, dans une même journée, souvent dans la même heure, variaient de 2,000, 3,000 à 4,000 livres. En très peu de temps le cours de 10,000 livres avait passé à 18,000 et à 20,000 livres.
Tant que les actions furent en hausse continue, personne ne songea à s'all'ecter de ces dilîérences, mais lorsqu'au lieu de monter les cours fiéchirent sons rinfluence de prudentes réalisations on commença à s'apercevoir des dangers que présentaient d'aussi fortes Uuctuations. Malheureusement il était trop tard pour y remédier ; la réflexion succédant à l'entraînement, on reconnut que le prix des actions était factice et que les revenus de la Compagnie des Indes ne suffiraient jamais à leur donner une rémunération sufiisante. Ces réflexions firent naître la baisse, et une fois entré dans cette voie on ne s'arrêta plus.
Bientôt en effet les gens les plus avisés parmi les Mississipiens — c'est ainsi qu'on appelait ceux qui s'étaient enricbis dans le commerce du papier — se firent ce calcul qu'au cours de 18,000 à 20,000 livres les titres de la Compagnie des Indes représentaient un capital de 12 milliards et qu'il eût fallu ainsi un bénéfice net de :>0() iitiilions environ par an pour leur assurer une rémunération de 4 p. 100 seulement. Or, c'est tout au plus si l'on pouvait compter sur un revenu de 80 millions.
Tout bien pesé, les Mississipiens crurent donc le moment venu de mettre leur fortune à l'abri pendant que l'engouement durait encore; ils commencèrent peu à peu a réaliser leurs actions et à acheter à bas prix des terres, des ])ierreries et des métaux précieux dont la valeur s'était dépréciée au fur et à mesure de la hausse des actions, car peu à peu leurs possesseurs s'étaient résolus à les vendre pour spéculer, espérant faire leur fortune comme tant d'autres dans le commerce du papier.
11 s'ensuivit bientôt une baisse sensible des actions et un léger fléchissement dans le cours du
SYSTÈME DE LAAV
papier de banque dont la prime d'ailleurs, motivée seulement par la supériorité qu'olTraienl les billets sur le numéraire dans les négociations de la rue Quincampois, avait toujours été très faible. Par contre-coup il se produisit un renchérissement subit et général de toutes choses, renchérissement produit par la bâte que chacun avait de mettre à l'abri les fonds provenant des réalisations.
Espérant ramener à la banque les espèces métalliques que les réaliseurs venaient en retirer, Law commença par faire décider que les billets vaudraient toujours 6 p. 100 de plus que le numéraire et que seuls ils pourraient être employés dans les paiements importants {Arr. 21 déc. 1719) ; mais ce ne pouvait être là qu'un palliatif insuflisaut.
Pour doubler ses moyens d'action il Ot rétablir à son prolit la charge de contrôleur général 15 janvier 1720). Aussitôt il employa tout son pouvoir à ranimer la conliance et à soutenir les billets de la banque et les actions de la Compagnie. On avait tout lieu de craindre à ce moment que les porteurs d'actions non libérées diflérassent les versements qui leur restaient à effectuer. Sans parler du discrédit qui en serait résulté pour le système, ils auraient ainsi privé la Compagnie des ressources sur lesquelles elle était en droit de compter pour exécuter son engagement de rembourser la dette de l'État.
Dans l'espoir d'activer ces versements, un des premiers actes du nouveau contrôleur général fut de rendre un arrêt aux termes duquel le capital des rentes qui n'auraient pas été remboursées au t" juillet suivant devait être réduit de 2 p. 100 (Arr. 12 janv. et 6 jéc. 1720). Devant cette menace les créanciers de l'État se décidèrent alors en grand nombre à rapporter leurs titres de rentes, mais, contrairement à ce qu'attendait Law, ils n'en effectuèrent point le remploi en actions et demandèrent en échange des billets de banque dont la circulation dépassa bientôt un milliard.
En présence de cet insuccès la situation de la Compagnie des Indes devenait évidemment difficile, mais, après tout, le Trésor pouvait facilement la dégager de sa promesse de rembourser la dette. Sans doute à la suite de cette mesure les cours des actions se seraient effondrés, mais il fallait laisser passer l'orage; ces titres seraient revenus peu à peu à leur prix réel, et la Compagnie, plus modestement sans doule, aurait poursuivi ses atl'aires.
Law ne put probablement se résigner à l'idée de renoncer au développement de ses plans. Comme le fondateur de l'Union générale en 1882, il osa encore moins peut-être affronter les reproches que devait nécessairement susciter la baisse des actions. Toujours est-il qu'il se résolut à ramener la hausse à tout prix et que dans ce but il employa des moyens à peu près identiques : promesses de dividendes rénmnèrateurs et rachat d'actions.
Tout d'abord il réunit la banque à la Compagnie comme le coniporlaieiit primitivement ses projets (23 février), puis il n'hésita point a développer encore la circulation déjà énorme des billets de banque et à racheter les actions de la Compagnie au ris(|iie du faire dis[)araitre toutes les garanties des billets existant antérieurement.
L'n édit du j mars 17 20 ordonna en effet qu'un bureau serait ouvert pour convertir au prix fixe de 9,000 livres les actions de la Compagnie en billets de banque ou les billets en actions à la volonté des porteurs, puis, par une disposition acces-
SYSTEME DE LAW
soire, il permettait aux titulaires d'actions d'éciianger trois souscriptions sur lesquelles 4 versements seulement avaient été effectués contre 2 actions entièrement libérées, ce qui devait permettre, en réduisant le nombre des actions, de dislribuer un dividende plus conforme aux promesses qui avaient été faites.
Loin de porter remède à la situation, l'édit du 5 mars devait être au contraire une des causes les plus actives de la chute du système. Les actionnaires se lirent effectivement rembourser en grande majorité, surtout à partir du 22 mars quand ils eurent lieu de craindre de ne pouvoir négocier aisément leurs aclions à la suite de l'interdiction du commerce du papier dans la rue Quincampois. Pour faire face à ces remboursements il fallut porter l'émission de la banque a 2,696 millions. Avec une telle circulation les cours des billets ne pouvaient tarder de s'avilir; cependant, depuis plusieurs mois déjà, Law" s'était ingénié à faire donner à la monnaie de papier la préférence sur la monnaie métallique.
A cet effet il avait pris les mesures les plus confuses et les plus contradictoires en ce qui concerne les espèces (15. 22, 28, 31 janvier-9, 20 et 25 février 1720) ; il avait défendu de conserver plus de 500 livres en numéraire ou de payer les sommes de 100 livres ou au-dessus autrement qu'en billets (27 février) ; il venait d'interdire de conserver aucune matière d'or ou d'argent et de supprimer d'une manière presque absolue l'usage des espèces métalliques (11 mars). Ces mesures de rigueur, au lieu de produire l'effet cherche, avaient augmenté la mèliance à l'égard des billets ; toutefois le public ne mettait pas encore en doute leur convertibilité en numéraire, car la banque, tout eu ajournant ou retardant les remboursements de billets, avait pu éviter jusque-là de fermer ses guichets.
Ce fut donc à la stupéfaclion générale que parut l'arrêt du 21 mai 1720 qui ordonnait la réduction progressive des billets et des actions, soi-disant « pour soutenir ces effets dans une plus juste pro- « portion avec les espèces et autres biens du « royaume », dételle sorte qu'au P'' décembre les billets aient été diminues de moitié et les aclions des 4/9. La réduction du prix des aclions était fixée d'après une échelle décroissante qui de 8,500 livres, valeur lixèe jusqu'au 1^' juillet, la faisait descendre de 500 livres de mois en mois, de manière à la ramener au 1" décembre à 5,500 livres.
Devant les protestations énergiques des porteurs l'arrêt dut être rapporté (27 maii; il n'eu devait pas moins précipiter la crise en trahissant une situation embarrassée.
Accusé par l'opinion publique d'être l'auteur de tout le mal, Law fut obligé de résigner le contrôle général. Il demeura toutefois à la tète de la banque et de la Compagnie, de sorte qu'en fait il conservait encore la direction effective des affaires.