ODEON
(Années.)
François l*'', « propriétaire de VHôtel de Bourgogne qui ne servait qu'à enconihrcr, empesc/ier et (/c/ro/v«er la ville de Paris », fit mettre eu vente cet holcl par un édit de ibi'S. L'acquéreur céda aux Confrères de la Passion une « mazure attenante aux bâtiments, à charge de IG lirres parisis de cens et rente foncière envers le Roi par chacun an, perpétuellement à toujours, et, envers lui, Rouvet, de 2.50 livres de rente annuelle », avec jouissance de plusieurs loges dans la salle que l'on s'obligeait à construire. A la fin du xvi" siècle, les alentours du théâtre étaient devenus un lieu suspect. • Il y a un autre grand mal ce sont les
jeux et spectacles qui se font cz cloaque et maison de Satan nommée Hôtel de Bourgogne. »
La salle (juénègaud, adroite du passage du Pont- Neuf, fut construite dans un jeu de paume pour les représentations d'opéra et louée 2,400 livres à Perrin et Cambert. Cédée aux comédiens en 1673,
1. On croit qu'il s'agissait de pièces avec musique. DICT. DES FIN. — II.
elle fut détruite en 1G8.S. A quelques pas plus loin vers la Seine se trouvait la salle des M«/-e5c/<e?-A' où Molière ouvrit l'Illustre Ihédtre, en 1(543.
Sur l'emplaccineiit actuel de la rue de Môdicis, à l'angle de la rue de Vaugirard, le jeu de paume du Bel-Air, aménagé [)Our Perrin et repris par Lully, servit pendant huit mois de salle d'Opéra.
Le cardinal de Hicheiieu avait fait bâtir la l'reiiiière salle du Palais-Royal pour les représentations de sa tragédie de Mirante qui coiitèrent, dit-on, de 200,000 à .300,000 écus. Louis XIV accorda ce tiiéàtre à Molière avec une pension de 6,000 livres. Lully s'y installa en 1673. Incendié en 1763, il fut rèédifié sur le même emplacement, au débouché de la rue de Valois el de la place du Palais-Royal. La dépense a été de 2,3.Sl,;jô3 livres.
Aux Tuileries, la salle dite des Machines, élevée pendant la jeunesse de Louis XIV « pour danser les ballets et représenter les comédies et machines », avait coûté 32,000 livres seulement pour sa décoration. Soufflet la transforma en salle provisoire
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d'opéra moyennant une dépense de 409,555 livres. Elle subsista jusqu'en 1871.
La petite salle des Menus-Plaisirs attenante à l'hôtel du même nom ne fut pour l'Opéra qa'un lieu de passage. Brûlée en 17 88, elle a servi depuis sa reconstruction aux séances d'élèves du Conservatoire et à celles de la Société îles Concerts.
Les bâtiments de la rue de l'Âncienne-Gomèdie, sulle du faubourg Saint-Xiennain, remontaient à 1689. Les comédiens s'engagèrent à payer le prix de 198,433 livres « au prorata de leur part sociale et ils en furent remboursés à leur retraite. Cette combinaison dans laquelle un comédien léguait à son successeur un apport de fonds avec son emploi dura jusqu'à la Révolution' ». Un don du roi, de 20,000 livres, servit, en 1753, à des réparations.
La salle de l'hôtel de Condé (Odéon) a été construite en vertu de l'autorisation accordée par les lettres patentes du 10 août 1778 :
« ..-. Parce qu'il nous a paru plus convenable qu'un monument.... dont la propriété doit nous demeurer fût exécuté sous les ordres du directeur et ordonnateur de nos bâtiments.... mais pour que cet établissement ne soit pas.... à la charge de nos finances, nous avons cru devoir écouter les propositions.... du sieur de Vélye* défaire à ses frais la construction de ladite salle...., e'^tc. »
Le nouveau théâtre, incendié en 1799 et en 1818, occupait l'emplacement actuel de l'Odéon. Il a coûté 3,156,000 livres et fut inauguré en 1782.
Bâtie en 8G jours, la salle de la Porte-Saint-Martin fut payée 1,253,671 l. 9 s. L'Opéra s'y trouvait pendant la" Bévolution. Le 12 juillet 1789, « M. Necker ayant eu l'ordre de s'éloigner de Paris, ce départ consterna tous les esprits et le peuple se porta au théâtre de l'Opéra, menaçant de brûler la salle si l'on continuait la représentation. » L'argent fut rendu aux spectateurs et le bâtiment put échapper aux flammes jusqu'en 1871. L'Opéra rouvrit ses portes le 20 juillet, mais il fallut promettre de donner une réprésentation « au protit des pauvres ouvriers qui ont combattu pour la liberté et la patrie ». On Ut 2,098 livres de recette.
La construction du Théâtre-Français a coûté 3,600,000 livres au duc d'Orléans. La salle, inaugurée en 1790, fut mise aux enchères publiques trois ans plus tard bien qu'elle fit partie de l'apanage du prince. [Lettres patentes de 1784, Loi de 1791, Décret de 1792). Les Comédiens français l'obtinrent pour 1,600,500 livres, mais, n'ayant pu payer, ils en cédèrent la propriété moyennant 14 millions en assignats réduits plus tard, sur estimation, à 580,000 fr. Cependant, à plusieurs reprises, avant et après un arrêté du Comité des finances de 1793, l'administration des domaines contesta la validité des transactions faites et émit la prétention de considérer l'immeuble comme partie d'un apanage inaliénable. Les tribunaux la déboutèrent chaque fois, se basant sur ce que l'adjudication en avait été faite sous la surveillance de l'Agent du Trésor public. Le gouvernement consulaire avait eu un instant le projet d'acquérir ces bâtiments évalués, en l'an VIII, au prix de 1,440,000 fr. ; il se contenta de les prendre a bail, arrangement qui, confirmé par le traité de Moscou, subsista jusqu'en
1. Do Honnassies, Notice sur les bâtiments de la Comédie française.
2. Prùt'e-nom de Monsieur, frère du roi. Ce prince hal)itait le Luxembourg. Il tenait de la couronne les terrains de l'hôtel de Condé nui furent acquis, avec l'immeuble, moyennant 4, 16S,107 livres.
1814. Alors, les biens de la famille d'Orléans lui ayant été rendus, le duc reprit pour son compte les attaques de l'administratiou des domaines. Le procès qui s'ensuivit se termina en 1818 par un arrangement amiable : le propriétaire du théâtre accepta une indemnité de 1,200,000 fr. , et terrain et constructions, rentrés dans le patrimoine du duc d'Orléans, devinrent bien national en 1830.
La salle de la rue de Richelieu (square Louvoisj, avait été bâtie en 1793 pour les représentations de la troupe de M"® de Montansier. Cette actrice, accusée d'avoir voulu, par ce voisinage, incendier la Bibliothèque nationale, fut jetée en prison. Redevenue libre, elle réclama son théâtre où s'était installé l'Opéra. Un décret du 7 messidor an 111 porte que « la Nation en devient propriétaire moyennant huit millions en assignats ». C'est dans cette salle même que fut assassiné le duc de Berri. Sur les instances de l'archevêque de Paris, elle devait être démolie et remplacée par une chapelle expiatoire dont le roi Louis-Philippe lit raser les murs déjà commencés pour y substituer la fontaine Louvois. L'emplacement fut cédé à la ville de Paris en 1836.
Le Théâtre de Monsieur, rue Feydeau, construit en 1789-1790 pour une troupe italienne, subsista jusqu'en 1829. Son état de délabrement devenant un danger, sa démolition fut décidée.
L'an 1781, « pour concilier les plaisirs et la commodité du public avec l'ornement et l'embellissement de la capitale », Louis XVI approuva le plan que lui soumettait le duc de Choiseul d'élever un théâtre sur des terrains dépendant de son hùtel. Ce théâtre fut la salle Farart. Il coûta au duc 800,000 livres et fut acquis par Louis XVllI en 1823. 11 devait, aux termes d'un acte de 1781, être livré à la troupe d'opèra-comique, moyennant le prix de 300,000 livres, ce qui eut lieu elfectivement, mais la famille de Choiseul se réservait, à perpétuité, une portion du bâtiment comprenant loge, salon et escalier y donnant accès. Cette clause, susceptible de se dédoubler dans ses effets, s'appliquait : 1° à tout immeuble théâtral construit sur le terrain cédé; 2° a tout autre édifice qui serait exploité plus tard par la troupe d'opéra-comique. En outre, si tout théâtre était supprimé sur l'emplacement de la salle Favart, les terrains devaient en être repris par le vendeur au prix d'acquisition, soit pour 300,000 livres.
Malgré de nombreuses contestations, grâce à l'appui des tribunaux, le droit spécifié ci-dessus a été constamment exercé, d'abord au lieu même où il avait pris naissance, ensuite dans toutes les résidences de rOpéra-Comique, rue Feydeau, place de la Bourse, place Ventadour, et enfin, après l'incendie de 1887, place du Chàtelet.
L'administration des domaines a contesté la nature même de la clause et n'a voulu y voir qu'une convention d'usufruit. Son système ne pouvait préva-| loir contre des actes dressés sans aucune équivoque. Une loi seule rendrait à l'État toute liberté d'action! soit quant à la partie réservée de l'immeuble sur] laquelle a été payé le droit de mutation et l'impôtl foncier jusqu'en 1887, soit quant à l'inaliénabilitéj des terrains de la place Boïeldieu.
La salle favart ayant été détruite par le feu ei 1838, une combinaison fort simple obtint l'assenti-l ment des Chambres et la reconstruction se fit sans] que l'État ait eu à en supporter la dépense :
Le devis étant fixé à 1,745,000 fr., on concédait] à un adjudicataire la prime d'assurance, 300,000 fr.,î
TllK.vrilES E'ï CONCKllTS
et les matériaux épargnés par le feu, 37,000 Ir. On lui garantissait, en outre, un prix de location de 70,000 fr., susceptible d'être augiuenlo à dire d'experts. L'article 1"' de la loi était ainsi conçu :
Lo niiuislre do rintérieur est auluriso à niotlro on adjudication, avec pulilicito ot conçu nonce, la roconstruclioii
do la sallo Favart Lo raliais [lortora sur la durée do la
jouissance à concéder à l'adjudicataire.
Trois semaines après que cette loi eût été promulguée, lo bail emphytéotique fut consenti pour trente-neuf années. 11 n'a pris fin qu'en tvS79. Le prix do location dépassait 100,000 fr.
In incendie ayant détruit la salle en 18S7, divers crédits furent votes : pour secours aux victimes, 200,000 fr.. pourdéblaiemeut des ruines, iG, 000 fr. ; pour l'installation do la troupe dans un nouvel immeoble, 500,000 fr. et pour la location de cet immeuble en 1S88, 40,000 fr. Depuis, une somme de 80,000 fr. est annuellement inscrite au budget pour le loyer des bâtiments du théâtre dit des Xations, ancienne salle du Thrcifre lyrique actuellement affectée à rOpéra-Comique.
Quant à la reconstruction des locaux incendiés, elle a été décidée en principe aussitôt après la catastrophe, comme ou témoignent deux projets de loi de crédits extraordinaires de 3,-180,000 fr. et de 6,500,000 fr. qui n'aboutirent point, mais elle n'a pu entrer dans la phase d'exécution définitive que depuis lo vote de la loi du 28 avril 1893 qui a fixé la dépense totale, y compris les frais de mise au concours du projet, à 1,030,000 fr. Les travaux ont commence dès la fin de l'hiver, on 1894.
La salle Le Pelelier, bâtie en douze mois et trois jours sur un emplacement qui appartenait à l'État depuis plusieurs années, exigea pour sa construction une somme de 2,287,000 fr. dont la liste civile prit une partie à sa charge, le budget des beauxarts supportant le reste. Les matériaux du théâtre abandonné de la place Louvois avaient été employés dans le nouvel édifice qui abrita constamment l'Opéra jusqu'à l'incendie de 1873.
La construction de la salle Ventadour a traversé des phases diverses :
1825. — Prix de terrains achetés par l'État 1, 700,000 ^
Crédit avancé par une banque, remboursable en 8 ans par la liste civile. 2,000,000
Contribution de la Ville de Paris. . 500,000
1828. — La liste civile vend la salle encore inachevée au prix de 2,600,000 fr., alors qu'elle coûtait à cette date 3,3G1,G16 fr., mais cette vente ayant été résiliée faute de paiement, le théâtre est cédé à un nouvel acquéreur pour 1,900,000 fr. L'administration de la Maison du roi s'engageait à terminer le monument bien que les frais déjà supportés par elle atteignissent le chiffre de 4.020,000 fr., y compris 170,000 fr. pour un magasin de décors.
1829. — Constitution de la société civile qui a depuis exploité l'immeuble.
La salle des ISouveantés (place de la Bourse), bâtie en 1826, a coûté 3,467,000 fr. à une société privée. Kilo n'a jamais appartenu à l'État.
La construction du Soucel-Opéra, déclarée d'utilité publique par décret du 29 septembre 1800, a donné lieu à une sorte de légende par l'énormité des sommes qui, dit-on, y furent dépensées. Quelques-uns ont parlé de cent raillions. Ce chiffre est sans doute excessif, mais le véritable n'aurait ja-
TllÉATllES ET CO.NCEKTS VSIK)
mais été ailmis si on l'tu'il connu d'avance. Les premiers crétlits une l'ois votés sur une eslimation do 22 millions, couverts pres(|ue entièrement par dos aliénations do domaines, il devenait liillicilo de roculor. Kn 1875 une loi do li(iuidation a régularisé un excédent ilo dépense de 3 millions. C'était la carte forcée, mais la dernière. De vives critiques ont été formulées contre les devis toujours dépassés, n Pour lo Trésor, s'écriait \n\ dépulé, l'Opéra, c'est lo tonneau... — des Danaïdos?... — Non! des filles de Danaiis (riros bruyants). Pour les fournisseurs, c'est le jardin dos llospérides avec ses pommes d'or et ses nymphes, sans dragon pour le garder. » Une combinaison de fonds de concours a permis à l'État de hâter, en acceptant une avance de 6 millions remboursables en huit ans, l'achèvement de l'édifice.
La dépense avouée a été :
Pour l'achat do terrains (14,000"' à 7150- ■ lO,.500,ooor .- Pour la construction 3.5,577 ,H(i7 (sr.
Total ■16,077 ,fi(i7f lit'.
Le prix d'achat des terrains est probablement trop faible. Quant aux frais d'expropriation, il nous a été impossible de les évaluer.
n. THÉÂTRES SUBVENTIONNÉS.