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Académie nationale de musique

Vers lo milieu du .vvii'^ siècle, l'opéra s'est dégagé de l'ensemble des œuvres théâtrales de l'époque, réunissant, à la longue et après des essais variés de divertissements chorégraphiques, de pièces en musique, de sujets allégoriques avec décors et machines, la sélection des éléments constitutifs auxquels sont dus à la fois son caractère artistique et son originalité.

Ce spectacle, qu'il faut rattacher, sous certains rapports, aux représentations du Ballet comique de lu royae (1581, coût : 1,200,000 écus), de l'O/'/eo, et à celle de V Andromède do Corneille, avait conquis une grande vogue en Allemagne et en Italie, particulièrement à la Cour de Home où il était l'objet de hauts patronages. Le Saint-Siège usa d'inlluences diplomatiques pour y intéresser le roi de France; des essais furent tentés au palais épiscopal de Carpeutras, on en fit aussi à Paris, hôtel Sourdéac, rue Garaucière, puis dans un château de Normandie, enfin à Issy. Là, une Pastorale en musique fut donnée avec un tel succès qu'elle valut à l'auteur des paroles les lettres patentes du 28 juin 1GG9, premier document officiel relatif à POpéra :

« Louis, par la grâce de Dieu... Nostro amé et féal Pierre Perrin... nous a très humhloment fait ronionstrcr que, depuis çiuelf[ues années, les Italiens ont cstahli diverses académies dans lesquelles il se fait des représentations en musique que l'on nomme o[iéra. . que ceux qui font les frais nécessaires iiourlesdites rei)résentations se remhourseid de leurs avances sur ce qui se reiirond du public à la porto des lieux ou elles se Tonl.... A ces causes.... Nous avons audit Perrin accordé et octroyé, accordons et octroyons la permission d'establir en no'stre bonne ville de Paris et autres de nostre royaume des académies pour y représenter et chanter en public dos opéra... faisons très expresses inhibitions et detlenses, môme aux olUciers de nostre maison d'y entrer sans payer... voulons et nous plaist que tous les 'gentilsliommes, damoisclles puissent clianter audit opéra, sans que jiour cela ils dérogent... etc., etc. »

Munis de ce privilège, Perrin, le musicien Cambert et d'autres personnages, plus un machiniste et un financier, prirent, a frais communs, lo .leu de paume de la liouteille, rue Ma;iarine, où fut inau-

gurèe, le 3 mars 1671, la première salle d'opéra. En huit mois, les recettes s'élevèrent à 120,000 livres. Deux des associés, Sourdèac et Champeron, veillaient à la porte munis de balances pour peser l'or. Un frère de Champeron, ancien recors, était là pour prêter main forte '. Malgré ces précautions, il y eut des désordres et une ordonnance de police menaça des (jallères ceux qui auraient maltraité les soldats à coups de pierre et de basions.

La prospérité de l'entreprise naissante fut bientôt suspendue par l'intervention du compositeur italien LuUy. Cet artiste, sévèrement qualiliè dans les mémoires contemporains, mais fort bien en cour grâce à la protection de M'"^ de Montespau, avait vu d'abord, dans l'Opéra, une atteinte à ses prérogatives de musicien du roi et s'était efforcé de le discréditer. Après le succès, il changea de tactique et réussit, par ses intrigues, à faire révoquer le privilège accordé à Perrin et à s'en faire attribuer le bénéfice, (lettres patentes, mars 1C72.)

La salle dite du Bel-Air, transformée plus tard en Académie d'équitation, servit d'abord au nouveau spectacle, mais, Molière étant mort en 1073, Lully, son débiteur pour 11,000 livres amicalement prêtées, fil expulser, à son profit, les comédiens de sa troupe de la salle du l'alais-Royal qui devint celle de l'Opéra jusqu'à l'incendie de 1763.

Pendant cette période, le privilège, renouvelé en 1698, devient souvent un objet de trafic. Les directeurs passent et repassent; tous, par des voies ingénieusement variées, arrivent au même résultat : le déficit. Les uns s'adjoignent des bailleurs de fonds qu'ils évincent par des obligations à terme, d'autres cèdent leurs droits moyennant finances, quelques-uns gaspillent sans distinction leur fortune et les ressources du théâtre, certains prennent l'argent de la caisse pour rémunérer des services personnels. Enfin, l'un d'entre eux s'attire une révocation à la suite de faits d'ordre plus intime. Il avait laissé entrevoir, par une fenêtre ouverte, un bal que l'on ne put confondre avec les bals costumés alors dans tout l'éclat de leur nouveauté.

Pourtant, à la mort de Lully, les bénéfices de r Opéra montaient à 60,000 fr. par an ; mais la dette s'accuse bientôt et se transmet d'une administration à l'autre au moyen d'arrangements qui no sont pas toujours expliqués. A différentes époques, on constate des découverts : 380,000 livres en 1703; 241, .077 livres en 1712, et, très peu de temps après, 400,000 livres. Louis XIV fait en vain passer l'Opéra dans les attributions du ministre de sa maison sous la haute régie des personnages de sa Cour; ceux-ci, comme leurs prédécesseurs, trouvent m\\\v. moyens de contribuer à la ruine financière de l'institution.

En 1 72H, le déficit se monte à 473,1 14 livres malgré le privilège de.s bals' qui procure de fortes recettes auxquelles s'ajoute encore une somme de 80,000 livres accordée par la Cour ; enfin le chiffre de 400,000 livres est de nouveau atteint eu 1733, et porté à 000,000 en 1744. Cependant les redevances

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