I. HISTORIQUE
L'exposition est l'action de mettre en vue. Dans 11' sens spécial qui fait le sujet de cette étude, c'est l'action de concentrer en un point, pour y être mis sous les yeux du public, soit une partie, soit l'ensemble des productions d'un pays ou de tous les pays.
De là quatre espèces d'expositions :
L'exposition est spéciale nationale, quand elle ne renferme qu'une branche des productions d'un pay.s.
Elle est spéciale internationale, lorsque les productions similaires de tous les pays y sont admises.
Lorsqu'elle est réservée à l'ensemble des produits d'une nation, l'exposition est universelle nationale.
Et, enfin, elle est universelle internationale, quand le monde entier peut y envoyer ses produits.
Il est assez dilhcile d'assigner aux expositions une origine bien précise. Athènes, l\ome, Carthage, Alexandrie eurent leurs expositions; mais sans remonter aussi loin, ne pourrait-on pas considérer comme des expositions ces assemblées qui, sous le nom de foires, se tenaient en divers lieux de la France. Les foires de Saint-Germain, dont on disait au x\« siècle qu'elles étaient " le raccourci des délices et mcneilles du monde », celles de Saint- Laurent au xviii* siècle, d'Arles et df- Beaucaire, où Ions les peuples du bassin ilf la Méditerranée .se
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donnaient rendez-vous, ne sont-elles pas comme l'ébauche des gigantesques entreprises d'aujourd'hui! C'était, sans doute, plutôt dans le but de faire des opérations commerciales que se tenaient ces comices, d'où les produits disparaissent au fur et à mesure qu'ils trouvaient acquéreur, ce qui est prohibé par les règlements de nos expositions modernes. Aussi, peut-on dire que la première tentative d'exposition fut faite vers la fin du xv^ siècle. En 1471, sur les ordres et instances de Louis XI, deux riches négociants, Jean de Beaune et Jean Briquet (de Tours) réunirent une certaine quantité de produits français pour les expédier en Angleterre. Le roi espérait conclure avec cette puissance un traité de « trêves, abstinence de guerre et entrecours de marchandises, mais les événements empêchèrent la réahsation de ce projet. Pendant les fêtes qui eurent lieu sous le Directoire, en 1798, François de Neufchàteau, alors ministre de l'intérieur, eut l'idée de réunir au Champ de Mars une collection du « génie industriel » de la France. Cette exposition fut ouverte le l^'' jour complémentaire de l'an VI et clôturée le 10 vendémiaire de la même année : elle fit ressortir les progrès accomplis pendant ces années si troublées qui suivirent la Révolution et démontra que la suppression des corporations, jurandes et maîtrises, bien loin d'arrêter l'industrie, avait eu pour effet de rendre la production plus abondante et plus élevée, et que, pour être maître, il n'était pas nécessaire d'en avoir acheté le brevet. Il n'y eut que 110 exposants, mais parmi eux on trouve Bréguet, Lenoir, Didof, Coulé, Herhan. En outre, elle ne fut annoncée qu'un mois avant, laps de temps bien court, étant données les difficultés de communication et la lenteur des moyens de transport. François de Neufchàteau, encouragé par le succès de cette première tentative eût voulu des expositions annuelles; Chaptal, devenu ministre, décida qu'elles auraient lieu tous les cinq ans; mais cette règle ne put être observée. La seconde exposition nationale eut lieu en 1801 : 229 exposants y prirent part : 38 départements y envoyèrent leurs produits. L'idée avait pris corps ; aussi, les industriels, en présence des résultats, mirentils plus d'empressement à se rendre à l'exposition de l'an X (septembre 1802). 6i0 exposants, représentant 73 départements, figuraient an catalogue et, parmi eux, le chimiste Darcet, Montgolfier, qui y exposait le bélier hydraulique, l'orfèvre Odiot.
L'Empire était à son apogée en 1806, quand Napoléon décréta une exposition industrielle. Ce fut à l'esplanade des Invalides que se tint cette solennité : 1,422 exposants, venus de 104 départements, répondirent à cet appel. Parmi les lauréats, on trouve Oberkampf, DoUfus, Mieg pour les toiles peintes, l'horloger Lepaute, Firmin Didot. Ce ne fut que treize ans plus tard, en 1819, que l'industrie française fut de noiiveau convoquée au Louvre. Cette exposition fit ressortir les jjrogrès gigantesques dus à l'introduction des machines à vapeur dans nos u.'^ines. L'industrie métallurgique, celles du pai)ier, du coton, de la soie, grâce aux découvertes scientifiques , avaient pris un essor jusqu'alors inconnu. Les expositions de 1823 , 1827, 1834. 1839 et 1 844 nous montrent l'industrie française toujours prompte à profiter des travaux de nos savants. La France avait donné l'impulsion ; son exemple fut suivi. Exposition à Gand (18201, à Saint-I'étersbourg (1829), à Beriin (1834). à Bruxelle.-: (183.')). Mais cvs expositions, comme
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li's nôtres, sont résorvoos aux seules productions (lu pays où elles se tiennent.
Ce fut la Société royale de Dublin qui, la première, organisa, en ISJ*), une exitositioii à laquelle elle convia les producteurs de tous les pays. Crt essai mérite d"autant plus tl'étre remarqué (|iit' le gouvernement britannicjue n'accordait ni subvention, ni patr(Muige à cette entreprise: « Les impôts, repondit le ministre, n'ont pas été créés pour défrayer une solennité qui n'est avantageuse qu'aux producteurs. C'est donc ù eux à en supporter les dépenses. »
En France, au contraire, où le Gouvernement faisait tous les frais, l'internationalisme n'était pas encore entré dans nos mœurs. Toutefois, quelques villes s't'tlorçaient d'attirer cliez elles les produits des industries étrangères, .\insi, Lyon et .Mulliousc lilacèrenl les produits suisses et allemands à côté des leurs. Ce précédent fut invoqué par M. BuH'et, ministre du commerce et des travaux publics, dans .<a circulaire du 31 janvier 1)S49, adressée aux chambres de commerce pour solliciter leur consentement à l'admission des produits étrangers à l'Exposition (jui devait s'ouvrir quelques mois plus tard. Les chambres de commerce, encore imbues lies idées protectionnistes, se déclarèrent opposées aux intentions du Gouvernement. L'ExjJosilion de 1S49 fut donc nationale; i,,')32 exposants y prirent part. Pour la première fois, les produits agricoles furent ailmis à y figurer.
La même année 1849 vit à Birmingham un essai d'exposition internationale, mais il ne réussitguère. Deux années plus tard, l'idée était reprise à Londres par la Société des Amis des sciences et des arts. Le prince Albert en était le principal promoteur. Ce ne fut pas sans ditTicullé qne les organisateurs parvinrent à trouver les capitaux nécessaires à une pareille entreprise. On les demanda au public: les fonds furent souscrits, et quand l'Exposition de 1851 s'ouvrit, le l'alais de cristal, construit pour cette circonstance, se trouva presque trop petit pour contenir les produits que le monde entier avait envoyés à Londres.
L'élan était donné : les expositions internationales se succèdent sur tous les points du globe. Sous ne pouvons ici que signaler les plus importantes parmi celles qui eurent lieu à l'étranger. On trouvera plus loin des détails sur chacune de nos expositions de 1S5.J, 1867, 1878 et 1889. Les États- Unis, en 18Ô3, convièrent les nations a New-York, mais les industriels ne répondirent pas à C(.'t appel, trouvant insuffisantes les conditions et les garanties qui leur étaient faites. Après l'Exposition de 18Jô, il convient de signaler l'Exposition de Londres, en 1862, avec 27,4(j« exposants, qui eut 6,110,000 visiteurs et rapporta onze millions et demi de recettes. Les dépenses ne s'étaut élevées qu'à 11,480,000 fr.. celte opération se solda par un bénéfice net de 20,000 fr. L'Ex[)Osition de Vienne en 1873, remarquable à tous les jjoints de vue, compta 42,.if84 exposants. L'Exposition de l'Iiiladelphie, en 1876, permit aux État.s-L'nis de prendre leur re- Tanche de l'insuccès de celle de 18.'j3. On peut évaluer a 10,000,000 le nombre des visiteurs.
Tel est agrai.ds traits Tliisiorique des Exposition.s.