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V. CRUES DE 185S ET DE

Crues de 18.")6. — Les dernières crues que nous venons de mentionner étaient, sauf celle de 183G, localisées dans un bassin. Les crues de I8.")G ont présenté un caractère de violence et de généralité sans exemple jusqu'à ce jour.

Les bassins de la Loire, du i'.hône et de la Saône, de la tiaronne et de la Seine, ont été atteints au même moment, c'est-à-dire dans les derniers jours du mois de mai et les premiers jours du mois de juin, par des crues qui ont détruit ou endommagé un grand nombre d'ouvrages sur les routes, les rivières et les canaux et ravagé les propriétés riveraines. Cinquante-cinq départements ont eu plus ou moins à souffrir du débordement des eaux, mais quarante et un seulement ont été classés coamie devant prendre part aux fonds de secours.

Les pertes individuelles ont été calculées ainsi qu'il suit, pour 429,724 sinistrés, savoir :

Pertes de récoltes et d'objets mobiliers 140,800,000 fr.

Pertes en capital 37,400,000

Total des pertes . . 178,200,000 fr.

Le montant des souscriptions recueillies, tant en France qu'à l'étranger, a été de 13,2ô4,5fiO fr., non compris les secours accordés par le Gouvernement, les(| uels se sont élevés à 3 millions de francs environ.

Il a été pourvu, d'un autre côté, à la réparation des dommages causés par rinoudaliou aux ouvrages û'i.tilitè publique par les lois des 10 juillet 1856, 23 juin IH.j?, et par les décrets des 31 décembre 18.^6. 4 juillet 18.J7, 24 mars et 21 novembre 1838 et 24 juillet 18C0, qui ont mis à la disposition de l'administration un crédit de 27,010,000 fr.

INONDATIONS

INONDATIONS

On comprit alors qu'il ne suffisait pas d'assurer la réparaliou des dommages causés par les crues extraordinaires de nos rivières ; il fallait, eu outre, recbercher les moyens de défendre le territoire contre de pareils désastres ( t atténuer du moins, s'il n'était pas possible de les prévenir, les effets de ces inondations périodiques.

Dans ce but, le ministre des travaux publics organisa, par un arrêté du 26 juillet 1856, des services spéciaux dans chacun des quatre grands bassins de la Loire, du Rhône, de la Garonne et de la Seine.

Rdservoirs. — La première question examinée a été celle de savoir s'il ne serait pas possible d'obtenir une atténuation importante des crues extraordinaires, an moyen d'uu système de réservoirs établis soit sur le cour.s d'eau principal, soit sur ses afDucuts, et qui, en retenant les eaux dans les parties supérieures du bassin, en ralentiraient la trop rapide accumulation dans le thalweg des vallées. Des études faites, il est résulté que ce système serait loin d'offrir l'etTicacité qu'on est disposé à lui attribuer; que son inûuence pourrait être dans certains cas plutôt nuisible qu'utile , eu modifiant l'ordi'e dans lequel arrivent successivement les crues des affluents et eu déterminant la coïncidence de leur maximum d'intensité; enfin que la dépense de cette entreprise qui dépasserait 400 millions pour l'ensemble des quatre bassins, serait hors de toute proportion avec les avantages prol)lématiques qu'on pourrait en attendre.

Digues iasvhtneisibles. — L'établissement de digues insubmersibles continues a soulevé également de grandes objections. Les crues contenues dans un lit endigué prennent beaucoup plus de hauteur que dans une vallée entièrement submergée ; aussi n'tst-on jamais certain d'avoir réalisé l'insubmersibilitè des digues. Or, dans le cas où elles sont surmontées par les eaux, leur rupture est inévitable et les désastres que cause l'irruption des eaux sont énormes. Tel est le cas des levées de la Loire, dont le plus grand nombre, uous l'avons dit, iiarait dater des xi^ et xu^ siècles. Leur couronnement, d'abord fixé à 5 mètres au-dessus de l'étiage, a été successivement porté à 8 mètres, non compris une banquette de 1 mètre de hauteur dont elles ont été revêtues à la suite de la crue de ISiG. Dans ces conditions mêmes elles sont encore surmontées et rompues sur divers poiuts pendant les grandes crues extraordinaires.

11 a été reconnu, en définitive, que les inondations des grands fleuves ne peuvent être supprimées, ni même atténuées dans uue mesure suffisanunent utile, par la création de réservoirs artificiels ([ui arrêteraient dans les régions supérieures du • bas.sin une partie du volume des crues; que le système d'endigucment général, prétendu insubmersible, présente de graves inconvénients et ne saurait, en aucun cas, offrir une garantie complète de sécurité; mais que l'on peut, à l'aide de défens«s directes et locales, mettre de grands territoires submersibles et, avant tout, les villes et les principaux centres de population établis dans les vallées, à l'abri des ravages auxquels les crues les exposent aujourd'hui. Ci^tte dernière conclusion est celle à la(|uelle le Gouveniement et les f;liambres se sont arrêtés, et <|u'ils se sont attaches à réaliser, pour les villes qui avaient été le plus gravement frappées par le fléau des inondations.

U(f/enses des villes. — Une loi du 2.S mai JR.jS,

conçue dans cet ordre d'idées, décida qu'il serait procédé par l'État, avec le concours des départements, des communes et des propriétaires intéressés, à l'exécution des travaux destinés à mettre les villes à l'abri des inondations.

Le projet qui a servi de base à cette loi comprenait 36 villes et portait l'évaluation des dépenses à 31 millions de francs, savoir :

Pour la vallée du Rhône . .

Pour la valloe de la Loire . .

Pour la vallée de la Garonne Pour la vallée de la Seine. .

Total égal.

18,500,000 fr.

3i,ooo,ooafr.

La dépense à la charge de l'État était fixée à 20 millions de francs.

Cette loi a reçu la plus large exécution ; le nombre des villes protégées a été porté à 50 sans dépasser sensibleiuent la limite du crédit fixé. Les intéressés ont, de leur côté, contribué aux dépenses jusqu'à concurrence de plus de 15 millions.

Le programme prévu était presque entièrement réalisé, lorsque est survenue la grande crue de 1866, qui, bien qu'à peu près égale et même supérieure en quelques points à la crue de 1856, n'a causé aucun dommage aux villes protégées par les ouvrages entrepris en vertu de la loi du 28 mai

Crues de 1866. — La crue de 1866 a particulièrement frappé le bassin de la Loire dans toute son étendue, depuis la Haute-Loire jusqu'à Nantes; elle a causé, en outre, de graves dommages dans les vallées de l'Aveyron, du Lot et du Tarn.

Dans le bassiu du Rhône, la rivière d'Arve, affluent de l'Isère (département de la Savoie), a éprouvé une crue telle qu'on n'en avait jamais signalé jusqu'alors; les eaux de ce torrent ont dévasté la vallée et causé les plus grands dommages à la route du Mont-Genis.

Dans le bassin de la Seine, l'inoudation a surtout frappé les vallées de l'Yonne et de ses affluents : l'Ârmançon et le Serain ; la vallée de la Seine a souffert sans doute des conséquences de la submersion qu'elle a eu à subir, mais l'absence de digues insubmersibles, ou considérées comme telles, l'a mise à l'abri des catastrophes que produit ordinairement la rupture de ces ouvrages.

Les pertes individuelles causées par l'inondation de 1866 se sont élevées à 43,750,000 fr.

Savoir :

Pour les pertes de récoltes Et pour pertes en capital .

Total.

22,450,000 fr.

43,7n0,000 fr.

Quant aux dommages éprouvés par les routes nationales ou départementales, les rivières et les canaux, ils sesontèlevésàlasommede 23,670,000 fr.

Il a été pourvu à cette dépense sur les fonds des biulgefs de 1866, 1867, 1868.

La crue de 186G, (juelque désastreuse qu'elle ait été pour les vingt dé|)artcmenls (|ui eu ont éprouvé les effets, a néanmoins demonti-é, ainsi (|uc nous l'avons dit plus haut, l'efficacité des ouvrages entrepris di'piiis 1858 pour la défense des villes situées dans la zone des inondations.

Déversoirs. — Le système de l'exhaussement des levées de manière à les rendre insubmersiblesa été fout d'aliord écarlé de nouveau ; on s'est trouvé amené à rerlicrciier, dans un autre ordre d'idées,

INONDATIONS

les moyens île préserver les populations livi'raines, et i'ou s'est mis à l'étude d'une eoiuhiiiaison consistant à préparer à l'avance et à régulariser lintroJuction des eaux dans les vais endigués, de manière à les rendre inoironsives on du moins à en atténuer autant t|ue possible les effets.

On a |>ense (jucu faisant pénétrer l'eau dans les vais (|ui bordent le lleuve eu des points déterminés et dans des conditions réglées d'avance, on éviterait en yran.le partie les dégradations causées aux propriétés rurales et ([u'on obtiendrait eu même temps une alteimation importante du débit maximum des crues. Plusieurs projets de déversoirs à établir le long de la Loire ont été dressés et exécutés d'après ces principes.

Les circonstances heureuses ont voulu (|ne depuis l'époque de leur construction aucune crue considérable n'ait encore permis de les expérimenter. 11 est permis cependant de dire que le système des déversoirs semble devoir être celui qu'il conviendra d'adopter dans uu grand nombre de cas pour atténuer les effets terribles des inondations.

TI. CHUES POSTÉBIEinUES À 1886.

De nouvelles inondations ont dans le courant de l'année 1S7J désole le midi de la France; cette catastrophe fut immense et provoqua uu magnifique elau de la charité publique. La souscription pour les secours à distribuer aux inondés a dépassé le cliillre de 27 millions de francs et a permis de soulager elhcacement les infortunes.

L'administration, de son côté, a deman lé aux Chambres les allocations nécessaires pour réparer les dégâts causés par les inondations aux routes, aux voies navigables et aux chemins de ter.

Ces dégâts avaient été évalués à première vue à la somme de 3,400,000 fr. Un crédit de 1,400, 000 fr. fut ouvert sur 1875, et le surplus, soit 2 millions, fut alloué sur 1S76.

Mais on ne tarda pas à reconnaître que les premières évaluations avaient été insulîisantcs ; de plus, vers la lin de lS7j et dans les premiers mois de 187G. de nouvelles crues se produisirent; delà de nouveaux dégâts appelant des allocations supplémentaires.

Une loi du 29 décembre 1876 accorda, pour l'exercice 1876, un nouveau crédit de 2,710,000 fr., qui porta à 6,100,000 fr. l'allocution totale, laquelle se répartissail entre :

Les routes et ponts, pour 2,8fi!i,oio fr.

Les rivières, pour g.o.îOjOOO

Les chemins de fer, pour i,:ioo,oOi»

Total •),iiio,()00 Ir.

Les inondations de 187.!) constituent à l'heure actuelle le deruier désastre retentissant causé par les grandes crues. Depuis lors on pourrait mentionn r cependant un certain nombre de crues locales, et notamment celles de 1890, qui n'ont pus été sans occasioimer des frais de réparations d'une certaine importance aux ouvrages de navigation et qui ont motivé des secours distribués aux sinistrés eu vertu de lois spéciales et s'élevant à plus de 4 millions.

Vn. aÉGIlHE FIN&HCIEB.

-Nous devons ici revenir en arrière pour apprécier les conséquences législatives et budgétaires des mesures prises à la suite des grandes inondations.

Les dépenses budgétaires que nous avons eu

INOND.VTIONS

l'occasion d'indiquer ont eu presque exclusivenieul trait aux réparations d'avaries subies par les ouvrages domaniaux. Nous avons cependant constaté une première infraction à cette règle, en ce qui concerne les travaux de défense des villes autorisés en vertu de la loi de IS.jS. Nous croyons indispensable de noter ici dan.s leurs grandes lignes les nouveaux principes posés par cette loi.

L'initiative est conférée à l'État i)Our tous travaux destinés à mettre des villes à l'abri des inondations.

Le législateur de 1S5S a pensé que lorsqu'il s'agit de désastres généraux de la nature de ceux ([ue nous avons relatés précédemment, il n'était plus possible de laisser l'initiative aux particuliers, ni même aux syndicats et aux communes. La défense doit être organisée d'après un programme d'ensemble et il a paru inadmissible de permettre à des actions discordantes de se produire.

Ainsi l'État décide et exécute. Mais on ne comprendrait pas qu'en prenant la direction des travaux, il nut à la charge de la nation tout entière les frais d'une opération destinée à sauvegarder des intérêts concentrés sur des points déterminés. Aussi la loi stipiile-t-elle que les décrets ordonnant des travaux détermineront pour chaque entreprise la répartition des dépenses entre l'État, les départements, les communes et les propriétaires intéressés. Ces décrets seront rendus dans la forme des règlements d'administration publique.

ri ne pouvait non plus, et par des raisons analogues, être question de laisser aux intéressés le soin de répartir entre eux le contingent de la dépense mise à la charge des départements et des communes. Aussi la loi stipule-t-elle encore que la part de dépense mise à leur charge sera inscrite au budget départemental et communal. Ce n'est que pour la faible partie des dépenses laissées au compte des particuliers que la répartition doit être fuite conforuiément aux dispositions de la loi du 16 septembre 1807.

iNotons que jusqu'en 18G9 aucun chapitre n'avait été inscrit d'une manière permanente au budget des travaux publics, en ce qui concerne les travaux de défense contre les inon lalions. Les crédits correspondants aux réparations d'avaries étaient simplement introduits dans les budgets rectiticatifs. La part des dépenses mises au compte de l'Etat pour les travaux de défense des villes avait été imputée sur les reliquats de l'emprunt de la guerre de Crimée. C'est pour la première fois, au bmlget de 1SG9 (budget des dépenses extraordinaires), qu'on voit apparaître un cliapitre intitulé Travaux de défense contre, les inondations, chapitre (jui depuis brs n'a pas cessé de figurer dans nos budgets. H est expli luè dans la notice préliminaire du budget de 1869 que la dotation de ce chapitre est destinée à pourvoir en même temps au complément des travaux de défense des villes exécutés en vertu de la loi de 1 8.^)8 et dont la dotation était épuisée, et aux travaux de défense de la vallée de la Loire dont le programme venait d'être arrêté par l'administration des travaux publics. Depuis lors ce programme a été complété au fur et à mesure des circonstances. L'absence d'inondations générales a permis d'en réduire successivement la dotation qui est fixée à 59i,000 fr. au budget de 1891. Les réparations d'avaries, comme les secours aux sinistrés, font, eu cas de grande inoiulatiou, l'objet d'allocations spéciales. Beaurin-Ghessier.

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