I. ORIGINES
On aperçoit déjà dans les Gaules, sous la dominatiou romaine, un enseignement public onicielleruenl organisé, réparti entre les principales villes de rEmi)iru. Mais cette institution ne survit pas à l'invasion des Barbares, et le pays ne recouvre pas, avant Charlemagne, son ancienne culture iutellectuclle.
Ou doit à cet empereur la fondation de ['École palatine, dont Alcuin fut le premier modérateur. Ile plus, par une lettre-circulaire (78G), Charleuuigne exliorta ks évèques et les abbés à fonder aussi des écoles. Cet appel fut entendu, et on lit dans un capitulaire de Tlièodulpbe, évoque d'Orléans, les prescriptions suivantes : « Les prêtres tiendront « école dans les bourgs et les campagnes, et si " quelqu'un des fidèles veut leur conlier ses enfants - pour leur faire étudier les lettres, ils ne refuse- <• ront point de les réunir et de les instruire; mais, « au contraire, ils les enseigneront avec une par- « faite charité, n'exigeant pour cela aucun prix, ■' excepté ce que les parents leur ofl'riront volontairement et par affection. »
Louis le Débonnaire, Cliailesle Chauve etCarloman continuèrent l'œuvre de Charlemagne. Au xii* siècle, René d'Auxerre, Guillaume de Cbampeaux, Abailard enseignèrent successivement à Paris, l'uis une cor-
DICT. DES FIN. — II
poration se forma: eousurtium electorum magistrorum, qui réunit les écoles des cloîtres iNolre- Dame, de Sainte-Geneviève et de Saint- Victor, et qui, en 1200, recul de Pliilippe-Augusteses premiers privilèges. Cependant, ce ne fut qu'en Iji:) ([ue le cardinal Robert de Courson, légal du Saint-Siège, donna des statuts à la Société des maîtres clioisis, qui se distingua en facultés et prit le nom d'Université.
La papauté et la royauté se dispulèrent ensuite la coiuluile des all'aires universitaires. En 1,)9."), Henri IV trancha huiueslion en révisant, de sa propre autorité, les statuts relatifs à l'Université, le IS septembre IGOO.
Il est bon de faire remarquer qu'à cette époque, coujuie aux époques antérieures, comme aussi ilans les deux siècles (|ui suivirent, il n'y avait pas de sommes lixes appliquées aux dépenses de l'inslruction publi(iue : de généreux donateurs, des associalions religieuses, l'État même, en la personne du roi, intervenaient soit en fondant un établissement nouveau, soit en allouant un revenu annuel à(|uelque établissement déjà créé, pour ((u'il y fùl entretenu un certain nombre de boursiers.
C'est ainsi que l'on dut à l'initiative des èvê(iucs, du vi*-' au viii'^ siècle, les écoles de Taris, de Tours, de Reims, lie l'oitiers, etc. Divers monastères, ceux, par exemple, de Saiul-Vandrille, de Liixeuil, de Jumiège, de Saint-.Médanl, de Soissons, recevaient aussi des élèves. Sous Charlemagne et Charles le Chauve, il y eut une école dans le palais même du roi. En 1 147, des Danois fondèrent nu collège sur la montagne Sainte-Geneviève; en 1187, Robert de Dreux, fils de Louis le Gros, créa le collège de Saint-Thomas-du-Louvre ; en 1250, Robert Sorbou dota Paris de la Sorbonne. Citons encore les fondations analogues de Jeanne de Navarre, femme de Philippe le Rel, en 1304;, de Gui de Laon ou de Raoul de Presles, d'àicelinde Montaigu, archevêque de Rouen, en l;jM; de l'archevêque de iNarbonne. en 1317 ; de Geoll'roy du Plessis, sur l'emplacement de l'école normale actuelle, en 1323; des étudiants de Bretagne (collège de Trégiiier), en 132."^, sur l'emplacement qu'occupera plus tard le collège de France, etc., etc. En 1370, le cardinal Dormans prit à sa charge vingt-quatre bourses dans le collège qui devint le célèbre collège de Bcauvais, où étudia Boileau, et dont Rollin fut ([uinze ans principal.
On voit que les bonnes volontés étaient grandes, mais, en ce temps-là, l'enseignement public vivait, on peut le dire, de charités, et le roi, de même que les particuliers, n'y subvenait qu'à titre absolument gracieux. François F"" alla plus loin. Par lettres patentes du 24 mars lo29 il institua des professeurs (lecteurs royaux) payés directement par le Trésor royal.
En 1.jG2 Ramus élabora son plan de réforme, où il émit l'idée de faire payer sur les rentes et les revenus des moines, des chanoines, des abbés et des évêques les gages des professeurs; il siii)primait en môme temps les frais d'étude très élevés alors, puis(iuc la maîtrise es arts coûtait seule 50 livres 13 sols. L'Université repoussa ces propo sitions: cependant les arrêts de règlement, remlus par le Parlement les 13 août 1575 et 20 se|)temi)re 1577, s'inspirèrent des idées de Ramus en défendant aux principaux de faire payer aux régents leurs classes et en fixant au profit de ces derniers une rétribution scolaire de deux écus par an.
L'acte du 18 septembre 1600, un des plus im-
portants du règne de Henri IV, contient également quelques dispositionslinancières. Les honoraires des régenis furent fixés à cinq ou six ècus d'or par an dans les classes supérieures, à trois ou quatre écus dans les basses classes, volontairement olVerts par ceux des écoliers dont les paieuls pouvaient supporter cette dépense ; les enfants pauvres en étaient complètement exempts. Ces honoraires devaient se paver par fractions mensuelles.
Les successeurs de Henri IV ne se montrèrent pas moins soucieux des intérêts intellectuels de la France. Louis XIU, en IGIO, fit construire le collège de France pour les lecteurs royaux, pendant que Richelieu, proviseur houorilique du collège de Sorbonne, faisait reconstruire cet établissement; enfin, sous Louis XIV, s'ouvrit, en 1674, le collège Mazarin, grâce au cardinal-ministre qui ne consacra pas moins de 2 millions a cette fondation considérable: le principal recevait 1,500 livres de traitement; le soLis-principal, 600 livres; les quatre sous-maitres, 400 livres chacun; le bibliothécaire, 1,000 livres; les deux régents de philosophie, 1,000 livres chacun ; le régent de mathématiques 600 livres ; les (ieux régents de rhétorique, 1,000 l'ivres chacun ; les deux récents d'humanité, 800 livres chacun ; les quatre régents de grammaire, 400 livres chacun.
Après la mort de Louis XIY, le régent Philippe d'Orléans, à son tour, montra quelque sollicitude pour la cause de l'enseignemeut. H eut même l'honneur de comprendre, le premier peut-être, que nul ne saurait se désintéresser des questions d'enseignement, et il prescrivit l'installation dans chaque paroisse d'un maître et d'une maîtresse d'école, voulant que, dans les lieux où il n'y aurait pas d'autres fonds, tous les habitants fussent imposés de la somme nécessaire, jusqu'à concurrencede 150livres par an.
En matière d'enseignement secondaire, le duc d'Orléans proposa d'établir l'inslrtiction gratuite dans tous les coUèges de Paris. Uu arrêt du 1" avril 1719 affecta à cet effet, à la faculté des Arts, le vingt-huitième effectif du produit des postes et messageries, évalué alors à environ 1 10,000 livres, à la condition que les régents n'exigeraient aucuns honoraires de leurs écoliers. C'était là un premier essai d'intervention directe de l'État dans la création de ressources applicables aux dépenses de l'enseignement, le premier pas fait vers une éducation publique, nationale.
l'ariiii les nombreuses réformes que la Révolution devait réaliser figurait l'instruction publi(iue. Aussi tous lesgouveruemcnls (jui se succédèrent pendant la période révolutionnaire prirent à tâche de donner à l'étude de ces réformes l'attention qu'elles méritaient et s'efforcèrent de donnera l'instruction publique une organisation sérieuse.
Nous dirons rapidement quelques mots de leur œuvre. Ce sont d'abord les décrets des 27 avril et 2.T mai 1791 centralisantl'administralion desfacullés, collèges et écoles, le ministre de l'intérieur élant chargé de maintenir prooisoireniejit les lois relatives à l'instruction et à l'éducation publiques.
Puis vinrent : le plan présenté à l'Assemblée consliluanle par Talleyrand ; le plan lu à l'Assemblée législative par Condorcct, le 20 avril 1792; le projet de décret « pour l'élablissemenl de l'instruc- « tiou pulili(iue, ou projet d'éducation nationale », présenté à la Convention au nom du comité de l'instruction pubruiiic, i)ar Lakanal, dans la séance du 26 juin 179:}. linalmiunl, la Convention décréla
la suppression de tous les collèges et facultés sur la surface de la République, ordonna la vente des biens qui avaient formé la dotation de ces établissements, et enfin proclama la liberté absolue de l'enseignement (D. 19 déc. 1793). Cependant, cette assemblée ne tarda pas à vouloir réédifier sur le terrain qu'elle avait si bien nivelé. Le décret du 30 octobre 1794 créa la grande école 7iormale; le décret du 25 février 1795 ouvrit, à Paris, 5 écoles centrales, remplaçant les anciens collèges supprimés, et 95 dans les départements. Le 25 octobre de la même année, la Convention rendit, sur le rapport de Daunou, une loi d'organisation générale de l'instruction publique. L'État payait le salaire annuel des professeurs, qui se partageaient en outre le produit d'une rétribution annuelle, déterminée par l'administration de département, et qui ne pouvait excéder 25 tV. par élève. Les communes qui possédaient d'anciens collèges, et dans lesquelles la loi n'instituait pas d'écoles centrales, pouvaient conserver les locaux précédemment affectés auxdits collèges, pour y établir, à leurs frais, des écoles centrales supplémentaires. L'enseignement officiel était constitué.
La loi du 10 mars 1806, qui porte bien la marque du régime autoritaire sous lequel on vivait alors, accentua les tendances antérieures en décidant qu'il serait formé, « sous le nom à' U/nversité impériale, « un corps chargé exclusivement de l'enseigne- (( ment public dans tout l'empire. »
Le décret du 17 mars 1808 continua l'oeuvre de la loi de 1806 : il forma les Académies, créa cinq ordres de facultés (Théologie, Droit, Médecine, Sciences, Lettres), et composa le corps universitaire d'un grand maître, d'un chancelier, d'un trésorier, d'un conseil.
Le 26 août 1824 fut créé le premier ministère de l'instruction publique.