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figurer sur cette même porte le boeuf égorgé par Mithra (1), ou plus simplement encore une tête de boeuf décharnée (2).
Les chrétiens qui n’admettaient le commencement du règne de Dieu qu a partir de l’époque où X équinoxe du printemps se trouva entre le belier et les poissons, c’est-à-dire lorsqu’il correspondit à l’a de cette dernière constellation, ou, en langage mystique, lorsque le sang du belier fut répandu; les chrétiens, dis-je, durent, pour être conséquents avec leurs principes astrologiques, placer la porte principale de leur temple, symbole de Ventrée du ciel, entre la représentation du belier et celle des poissons, ou bien figurer sur cette même porte le belier égorgé (3) , ou plus simplement encore une tête de belier décharnée (4).
Sur la façade d’une église romane (5) j’ai retrouvé au-dessus de la grande porte , d’un côté, la tête de boeuf, abréviation du boeuf zodiacal , sur laquelle se
(1) Si les Mithriaques , au lieu de représenter Y équinoxe du printemps sous la figure d’un jeune homme , l’avaient représenté, comme les chrétiens, sous celle d’une vierge , ce serait la vierge qui égorgerait le boeuf. Il paraîtrait que leur contact avec les chrétiens leur fit aussi adopter cette personnification de Y équinoxe du printemps; c’est ce qu’atteste le Mithra femelle, ailé comme la vierge de nos zodiaques, qu’on retrouve dans Caylus (a) , égorgeant le boeuf zodiacal.
(2) Les Egyptiens admettaient seulement comme bridées les constellations zodiacales dépassées par le solstice d’été à partir de la balance, aujourd’hui il y en a quatre : la vierge, le lion, le cancer, et les gémeaux. Les Mithriaques admirent comme brûlées toutes les constellations dépassées par Y équinoxe du printemps à partir du cancer. Nous avons vu ( page 123) que les Grecs adoptant les dogmes astrologiques des Egyptiens ornèrent de têtes de belier décharnées la frise de leurs temples, les dogmes astrologiques des Mithriaques, reçus plus tard par les Hellènes, firent qu’ils y placèrent aussi des têtes décharnées de boeuf; de là vient que les têtes décharnées de boeuf et de belier sont, en architecture, l’ornementation classique des frises.
(3) On trouve souvent le belier ou Yagneau égorgé sur la grande porte de nos temples.
(4) Je n’ai jamais retrouvé la tête décharnée de belier sur les temples chrétiens. Les premiers chrétiens auraient-ils reconnu qu’une constellation ne pouvait être brûlée que par le solstice d’été? c’est probable, car le christianisme ayant pris naissance en Egypte se trouve être, parmi toutes les religions qui ont pour mère l’astrologie , celle qui a le mieux conservé la pureté du langage mystique.
(5) Dans la commune du Petit-Palais (Gironde). Voyez PLANCHE IL
(a) Antiquit. Rom, , tome vi , planche 68.
trouve un Mithra ou un S. Michel qui la perce avec sa lance (1), et de l’autre, une tête de belier, abréviation du relier zodiacal, surmontée d’un adorante (élu agenouillé jouissant de la contemplation divine) (2). De pareils symboles ne peuvent appartenir qu’au mithraïsme, car, selon les Mithriaques, le règne de Dieu avait commencé lorsque le boeuf fut égorgé par X équinoxe du printemps symboliquement représenté par un jeune homme, et ils admettaient, d’ailleurs, que le ciel fut ouvert aux élus lorsque ce même équinoxe entama la constellation du belier. Cependant, comme on trouve aux deux extrémités du grand arc de cette même porte, d’un côté, Amoun (3) qui remplace le belier (4), et de l’autre, Atergatis (5) qui remplace les poissons (6), ces deux symboles nous indiquent que le temple dont il s’agit appartient au christianisme, qui fait remonter X ouverture du ciel à l’époque où X équinoxe du printemps se trouvait entre le belier et les poissons; ce qui nous prouve que l’alliance du christianisme et du mithraïsme , religions qui différaient de toutes les autres par leur détachement des choses d’ici-bas, existait encore par tradition dans le onzième siècle (7).
Pour démontrer que Jésus n’est qu’un mythe astrologique, je pourrais m’ap-
(1) Fig. 1. Ce Mithra ou S. Michel est mutilé; il ne reste de bien conservé que les jambes et une partie de la lance.
(2) Fig. 2.
(3) Fig. 4.
(4) Voyez Belier. Un Amoun remplace ordinairement le relier dans les zodiaques astrologiques de la cabale.
(5) Fig. 5.
(6) Voyez Poissons. Sur les zodiaques de la cabale une Atergatis remplace ordinairement les poissons.
(7) Les monuments religieux du moyen âge ont, comme les temples égyptiens, leur écriture symbolique. Les figures qu’on y retrouve, grotesques aujourd’hui, avaient pour nos pères une signification hiéroglyphique qui s’est perdue; notre ignorance nous fait supposer qu’elles sont le résultat du caprice des architectes. Autant vaudrait admettre, comme certains érudits, que les hiéroglyphes des Egyptiens ne sont que des ornements bizarres dus à l’imagination extravagante de leurs prêtres : car, enfin, si l’on admet comme monuments astrologiques les zodiaques d’Esné et de Dendérah, pourquoi considérer les zodiaques de nos églises byzantines comme des monuments dus à la routine et sans portée scientifique?
puyer, comme Dupuis (1), sur le fameux passage d’Abulmazar (2); je pourrais encore, compulsant les Vèdas, les Pourân-as , et les Soûtras , retrouver notre Christ dans le Vichenou des Brâhmanes , car ce Dieu médiateur, incarné sous la forme de berger vert et portant alors le nom de Chris-en, délivra le monde du serpent Calengam lorsque l’équinoxe du printemps correspondit au zéro du boeuf zodiacal, c’est-à-dire à la même époque ou Mithra régénéra le monde 5 aussi les tableaux sacrés de l’Inde nous représentent-ils Chris-en tantôt comme un enfant vert que la vierge, assise sur le boeuf, tient dans ses bras (3), tantôt comme un guerrier vert monté sur l’éléphant céleste (4) et décochant sa flèche divine contre le serpent Calengam, symbole du mal (5). Mais, pour ne pas répéter ce que Dupuis et Yolney ont déjà dit, je préfère en appeler au calcul et à l’histoire.
Selon mon système, Ylesou sacré, symbole du solstice d’hiver primitif, dut être proclamé enfant de la vierge, symbole de Y équinoxe du printemps selon les Alexandrins, lorsque ce même équinoxe correspondit au zéro du belier, c’est-à-dire à Y oc actuel des poissons. Cette étoile ayant aujourd’hui 27° 8’ 32” de longitude, l’origine du christianisme remonterait au règne de Ptolémée VIII (6) , antérieur
(1) Religion chrétienne , chap. xi.
(2) « Virgo ; signum oritur in primo ejus decano , ut Persœ , Chaldœi, Ægyptü , et omnium duorum
« Hernies et Asclepius in primœvâ œtate do cent , puella, cui persicurn nomen Seclenidos de Darzama, <c arabicè interpretata Andrenefeda , id est virgo , munda puella, dico , virgo immaculata , corpore dett cora , vultu venusta , habitu modesta , crine prolixo , manu geminas aristas tenens , suprà solium « auleatum residens, puerum nutriens ac jure pascens , in loco cui nomen hœbrea , puerum dico à qui- « busdam nationibus nominatum Jesum , significantibus ÈÇ« (a), quem nos græcè Christum discimus )>.
(L. 6. Introduct. in astronomicon. cap. 4, de naturâ signorum) .
(5) PLANCHE I , fig. 3.
(b) Cet éléphant céleste se compose d’un groupe d’élus arrangés de manière à figurer le corps, les jambes, et la trompe de ce quadrupède.
(5) Comme l’Apollon des Grecs qui tua à coups de flèche le serpent Python.
(6) Ce Ptolémée suimommé Soter II, mieux connu sous le nom de Lathure , était fils de Ptolémée Evergète II , dit Physcon , qui plus que ses prédécesseurs avait encouragé les sciences et les lettres. Ptolémée Lathure , jouet de l’ambition de sa mère Cléopâtre , fut relégué par elle dans l’ile de Cypre. 11 n’en revint que dix-huit ans après, lorsque celle-ci fut assassinée par son fils puîné, Alexandre , qu’elle prêta) Du verbe Htn (ezh) ézâ , prophétiser.
d ’tm siècle à l’époque où la chronologie fait remonter notre ère, de telle sorte que nous sommes astronomiquement dans l’année 1940 de J. C.; ce qui concorde parfaitement avec le Talmud qui fait de Jésus l’élève d’un membre du sanhédrin, Josua ben Perachja, avec lequel il fut en Egypte pour apprendre la magie (1). Or, il est
férait à Lathure. Quoique l’horreur qu’inspira aux Egyptiens le parricide d’Alexandre eût fait rappeler Ptolémée VIII, ce Ptolémée ne laissa pas d’être considéré par eux comme un prince méprisable, et cela parce qu’il s’entendit avec les juifs pour opprimer sessujets. Ouç v.xiroi pi Suvvôévreç èx rvg xvxypxyijç à^xm'o-ai , tô paov è<f èccvToîç àircchifovcri’ npotjéxpovae yxp xùzoîg Six riva; IouSxïxxç imxooplxg , nous dit Porphyre dans un fragment conservé par Eusèbe.
(I) Josua filius Perachja et itfit* (Jésus) Alexandriam Ægypti profecti sunt ittf* (Jésus ) ex illo tem-
pore magiam exercuit , et Israëlias ad pessima quœvis perduxit (Sanhedr. f. 107, 2. ), Le Talmud n’est pas la seule autorité qui fasse voyager Jésus à Alexandrie , pour y apprendre les artifices de sorcellerie, Celse ( Orig . cont. Cels. 1. 28) fait dire à un juif que Jésus s’étant mis en service pour un salaire en Egypte, avait su y apprendre quelques tours de magie, et qu’à son retour il s’était orgueilleusement donné pour Dieu: xxi (léyei’) pzt ovzog ((ô iyjc'oüç) Six mvixv eig Xiyvnzo-J piuOxpvnaxg , y.xxil Suvxpsrijv rivcov- 7res pxOsig , sçp xïg Pdyvzczioi a£p.vvvovzxi, in xvrjlOev, èv zxïg Suvxpeai péyx cfpovüv , y.xl Si xùzxg 0£ov xvzôv xvriyopîvae.
Parmi les évangélistes il n’y a que S. Matthieu qui nous parle de la fuite en Egypte (cap. n, v. 14 ^ pour que la prédiction d’Osée (cap. xi, v. 2) fût accomplie : Ex Ægypto vocavi filium meum. Le silence des autres Evangélistes ne serait-il pas le résultat d’une pieuse altération? Dans un manuscrit des Evangiles de S. Jean, conservé dans les archives de l’ordre du Temple, manuscrit qu’on pourrait, au besoin, faire remonter à l’époque de la recension byzantine, on trouve ce passage (Evang. vi, traduction littérale) : Les juifs murmurent donc à ce sujet , parce qu’il avait dit : Je suis le pain descendu du ciel , et ils disaient : Celui-ci n’est-il pas Jésus , fis de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère , comment peut-il dire : Je suis descendu du ciel? est-ce parce qu’il a habité avec les Grecs qu’il vient ainsi converser avec nous ? qu’a de commun ce qu’il a appris des Egyptiens avec ce que nos pères nous ont appris ? Dire que Jésus avait habité parmi les Grecs pour s’instruire avec les Egyptiens, c’est donner à entendre d’une manière explicite qu’il sortait d’Alexandrie. Les païens qui admettaient l’existence de Jésus, retrouvant dans les rites des chrétiens toutes les cérémonies de l’Egypte, prétendirent que leur législateur avait dérobé aux prêtres égyptiens tous leurs mystères ( Arnob. L. i, contra gentiles) ; et les chrétiens ne voulant plus être considérés comme une secte d’Isiaque corrigèrent ensuite leurs Evangiles , et biffèrent tout ce qui pouvait rappeler leur origine égyptienne. Or, voici comment la Vulgate écourte le passage de S. Jean que j’ai cité plus haut (Evang. chap. vi, v. 41, 42. Traduction de l’abbé Valard) : Alors les juifs murmurent contre lui de ce qu’il avait dit : Je suis le pain descendu du ciel. — N’est-ce pas là, disaient-ils, le fils de Joseph, nous connaissons son père et sa mère, comment donc dit-il : Je suis descendu du ciel? Les Johannites , qui ne considèrent Jésus que comme un homme supérieur, admettent sans difficulté qu’il avait puisé toute sa science en Egypte. Voici ce qu’on retrouve à cet égard dans le Levitikon , livre qu’ils attribuent à S. Jean l’évangéliste : Moïse, élevé au plus haut degré de l’initiation chez les Egyptiens, profondément instruit des mystères physiques, théologiques, et métaphysiques des prêtres,
démontré que Josua ben Perachja vivait précisément un siècle avant l’ère chrétienne (1).
L’Evangile, ou la bonne nouvelle, n’était que l’annonce de l’avènement prochain du règne de Dieu , et par conséquent de la fin du monde, époque à laquelle ce règne doit commencer selon l’astrologie ; aussi trouve-t-on dans le Nouveau Testament cette fin prochaine du monde annoncée de la manière la plus explicite (2). Les
transporta l'initiation et ses dogmes chez les Hébreux. Chef et conducteur d’un peuple ignorant , peu propre à connaître la vérité , il se trouva forcé de ne confier qu’aux lévites d’un ordre supérieur les vérités de la religion (à). Bientôt les passions et les intérêts de ces lévites altérèrent la loi de Moïse; et les traces commençaient à s’en effacer lorsque Jésus de Nazareth parut sur la scène du monde : pénétré d’un esprit tout divin, doué des plus étonnantes dispositions , après avoir reçu en Egypte tous les degrés de l’initiation scientifique, politique, et religieuse, et avec eux l’esprit saint et la puissance théocratique , il revint en Judée et y signala les nombreuses altérations que la loi de Moïse avait subies entre les mains des lévites. Les prêtres juifs , attaqués dans leur crédit et aveuglés par leurs passions, persistèrent dans les erreurs qui en étaient le produit et l’aliment; ils se liguèrent contre leur redoutable adversaire : mais les temps étaient accomplis. Jésus dirigeant le fruit de ses hautes méditations vers la civilisation et le bonheur du monde , déchira le voile qui cachait aux peuples la vérité : il leur prêcha l’amour de leurs semblables , l’égalité en droit de tous les hommes devant le père commun; consacrant enfin par un sacrifice divin les dogmes célestes qu’il avait transmis , il fixa pour jamais sur la terre , avec les Evangiles , la religion écrite dans le livre de la nature et de l’éternité. Il résulte de tout cela que, l’existence de Jésus fût-elle démontrée , le berceau du christianisme se trouve être en Egypte, où l’initiation conservait sous le voile de l’allégorie les vérités du culte primitif, et que , par conséquent, la connaissance du langage mystique , né de l’écriture idéographique, nous amènera à comprendre les mystères du christianisme; j’en donnerai un exemple en expliquant celui de la trinité.
(1) Voy. Jost. Geschichte der Isr. 2. s. 80 , ff. u. 142. der Anhænge.
(2) Erit enim tune tribulatio magna qualis non fuit ab initio mundi usque modo, neque fiet..... — Statim autem post tribulationem dierum illorum, sol obscur abitur , et lima non dabit lumen suum, et stellæ codent de cœlo et virtutes cœlorum commovebuntur. — Et tune parebit signum filii liominis in cælo : et tune plongent omîtes tribus terræ : et videbunt filium liominis venientem in nubibus cœli ci im virtute multà, et majestate. — Et mittet Angelos suos ci im tuba et voce magna : et congregabunt electos ejus à quatuor ventis, à summis cœlorum usque ad termines eorum. — Ab arbore autem fici discite parabolam : cùm jam ramus ejus tener fuerit et folia nata , scitis quia propè est œstas : — lta et vos cùm videritis hœc omnia , scitote quia propè est in januis. — Amen dico vobis, quia non prœteribit generatio
(a) Strabon ( Geogr . 1 iv. xvi , page 1104, édit, de 1707) nous apprend que Moïse , l’un des prêtres égyptiens , enseigna que cela seul était la divinité qui compose le ciel , la terre , tous les êtres, enfin ce que nous appelons le monde , V universalité des choses, la nature. Telle est effectivement l’idée que la haute initiation se faisait de 1E0UA.
chrétiens qui se considéraient comme des élus exilés sur la terre attendaient donc de jour en jour, avec la plus vive impatience, le rédempteur céleste qui devait les placer à sa droite (1); et comme des fléaux, tels que la guerre, la famine, et la
hœc, donec omnia hœc fiant. (Matth. Evang. cap. xxiv, v. 21 , 29, 30 , 31 , 32 , 33 et 34). S. Marc fait parler Jésus à peu près dans les mêmes termes (cap. xiii, v. 30). Et vos estote parati quia quâ liorâ non putatis filius hominis veniet (Luc. Evang. cap. xn, v. 40 ). Amen , amen dico vobis quia venit hora, et nunc est , quando mortui audient vocem filii Dei, et qui audient , vivent (Joan. Evang. cap. v, v. 24). Gaudete in Domino semper, iterùm dico , gaudete. — Modestia vestra nota sit omnibus hominibus : Dominus prop'e est (Paul, ad Philipp. cap. iv, v. 4 et 5). Patientes estote , fratres , usque ad adventum Domini Ecce judex ant'e januam assistit (Jacob. Epist. cap. y, v. 7 et 9) , etc.
(1) Il paraîtrait que cette fin du monde, toujours imminente , finit par donner prise à la critique qui ne la voyait pas arriver, et cela même dans les premiers temps du christianisme; c’est ce qu’on pourrait inférer de ce passage de la seconde épître de S. Pierre : Hoc primum scientes, quod venient à novissimis diebus, in deceptione illusores, juxta proprias concupiscicntias ambulantes. — Dicentes : Ubi est promissio, aut adventus ejus? ex quo enim patres dormierunt , omnia sic persévérant ab initio créatures — Unum verà hoc non lateat vos , charîssimi, quia unus dies apud Dominum sicut mille anni,
etmille anni sicut dies unus (vide cap. m, v. 5 , 4 et 8). Il paraîtrait, d’après Lucien, que l’arrivée durédempteur était toujours renvoyée par les premiers chrétiens au mois de Mesori, mois dans lequel les Egyptiens célébraient la fête d ’Harpocrate représenté comme l’Iesou des zodiaques, sous la figure d’un enfant dont Isis était accouchée au solstice d’hiver (voyez Plutarque, Traité d’Isis et d’Osiris, chap. 11 et 12). L ’Harpocrate des Egyptiens n’est autre que Yloan d’hiver dont les chrétiens ont fait leur S. Jean évangéliste qui reposait sur le sein de Jésus pendant la cène. Cet Harpocrate se confond avec Ylesou lorsqu’on les considère, l’un et l’autre, comme symboles du solstice d’hiver, mais avec cette différence que Yloan ne peut jamais devenir par extension, comme Ylesou, le symbole du soleil, à partir du solstice d’hiver jusqu’au solstice d’été, comme cela a lieu pour Yloan d’été (voyez note 5 de la page 101). On sera peut-être étonné de voir que les chrétiens aient assigné aux mythes égyptiens sanctifiés par eux, des jours de fête qui concordent parfaitement avec les principes de l’astrologie, alors même qu’ils considéraient ces mythes comme des personnages ayant réellement existé. Mais tout cela s’explique naturellement, lorsqu’on sait que notre calendrier sacerdotal est l’œuvre des Alexandrins. Les évêques de Rome, trop ignorants pour savoir à quelle époque de l’année on devait célébrer la naissance de Jésus, de S. Jean-Baptiste , la fête de la Transition ou la Pâque, etc. , etc., s’en référaient à la décision des patriarches d’Alexandrie, tout en leur contestant la prééminence. Léon I, surnommé le Grand et sanctifié plus tard parce qu’il avait persécuté les sectes orientales, avouait à l’empereur Marcien que l’indication des fêtes mobiles avait toujours été un privilège exclusif de l’Eglise d’Alexandrie. « C’est « pourquoi , ajoute-t-il, à propos de la réforme du calendrier, les Pères de l’Eglise ont toujours passé « sur les erreurs et ont délégué à l’évêque d’Alexandrie le soin de marquer les fêtes , parce que les « Egyptiens semblent avoir eu de tout temps le don du calcul ». En conséquence, lorsque 1 évêque d’Alexandrie avait indiqué au siège apostolique les jours des fêtes mobiles, l’Eglise de Rome les notifiait en écrivant à toutes les Eglises les plus éloignées.
peste, devaient être les avant-coureurs de la grande catastrophe (1), les premiers chrétiens ne désiraient, ne voyaient, et ne prédisaient que des malheurs. Aussi les païens les regardaient-ils comme des hommes funestes, et leur rencontre était même considérée par eux comme étant d’un fort mauvais augure (2).
Les premiers chrétiens, l’esprit toujours tendu vers la béatitude céleste, étaient , en général , des visionnaires qui méprisaient les biens de la terre et la puissance temporelle. Ce mépris engendra chez eux la charité et l’humilité, vertus que leurs plus grands ennemis n’ont pu s’empêcher de leur reconnaître.
Malgré toute la puissance de la peur (3), il est difficile de concevoir comment le christianisme a fini par devenir la religion sinon universelle, du moins la plus répandue. Un rapide historique nous en dévoilera peut-être la cause.
Lorsque 1 ’ équinoxe du printemps correspondit à l’« des poissons (4) , quelques astrologues alexandrins crurent pouvoir annoncer la fin prochaine du monde; selon eux, la vierge était déjà mère de VIesou sacré, le sang du belier venait d’être répandu, la résurrection des morts allait arriver, et le jugement dernier ne devait plus se faire attendre. Cette annonce du nouveau règne de Dieu, cette bonne nouvelle, ou , si l’on veut cet Evangile , ne dut faire aucune impression sur les initiés qui, instruits dans les mystères de la haute astrologie, savaient fort bien que c’était le solstice dété, et non pas X équinoxe du printemps, qui, parvenu à l’« des poissons, devait déterminer la grande catastrophe. Cependant quelques esprits timorés ne laissèrent pas d’ajouter foi à ces prédictions de la fin prochaine du monde; persuadés que le grand juge allait bientôt arriver, l’unique soin de ces premiers croyants fut de se mettre en état de grâce; les biens de la terre n’étant plus, à leurs yeux, que des biens éphémères , ils les abandonnèrent sans regret pour pleurer dans la solitude sur leurs
(1) Voyez l’Apocalypse de S. Jean, chap. 8 et 9.
(2) Voyez le Dialogue de Lucien intitulé : Philopatris ou le Catéchumène .
(3) L’idée de la fin prochaine du monde fut une des principales causes de la propagation du christianisme, comme l’ont démontré Lactance , Tertullien, etc.
(4) Il y a environ 1940 ans.
fautes passées, pour faire pénitence de leurs péchés, et pour mériter enfin, par un sincère repentir, l’indulgence de Dieu au jour du jugement. Ces hommes , la plupart juifs, volontairement séparés des autres hommes, reçurent de leurs compatriotes le nom de Nazaréens (1), concurremment avec celui d ’Ebionites (2); car cette secte ne se composait généralement que de la lie du peuple juif, la plus stupide et par conséquent la plus crédule de toutes les populaces. Les Nazaréens ou Ebionites végétèrent obscurs et méprisés jusqu’au temps où la puissance romaine étendit son sceptre de fer sur l’Orient (3) : alors les jours de désolation , considérés comme Y agonie de la terre et comme les signes précurseurs de la fin du monde, réveillèrent le souvenir des prédictions alexandrines. La Judée asservie, Jérusalem livrée à l’arbitraire des préteurs, le temple profané, et, par-dessus tout, l’impossibilité de se soustraire au joug imposé par les maîtres du monde, tout dut faire penser aux juifs qu’un miracle seul pouvait relever de sa ruine la maison de Jacob, et ceux qui avaient encore espoir dans le Dieu de leurs pères, crurent alors que le Messie promis par les prophètes allait arriver : or, comme le Messie devait
(1) Le nom de Nazaréens qu’on donna aux premiers chrétiens, était une expression déjà employée dans l’Ancien Testament pour signifier une personne distinguée et séparée des autres par quelque chose d’extraordinaire , comme par sa sainteté, par sa dignité , ou par ses vœux ; la Genèse nous dit (xlix , 26) que Joseph était nazaréen (hj) entre ses frères, car il était distingué et séparé d’eux par sa dignité. Le Nazaréat consistait, chez les juifs, en trois choses, 1° à s’abstenir de vin ; 2° à ne point se faire raser la tête . 3° à éviter de toucher les morts de peur d’en être souillé. Le nom de Nazaréen, donné aux premiers chrétiens, ne vient pas du nom d’un village nommé Nazareth , où Jésus aurait passé la plus grande partie de sa vie selon les évangélistes, pour que la prophétie de je ne sais quel prophète fût accomplie : quoniam Nazarœus vocabitur (Matth. Evang. 11 , 23), il est plutôt à présumer que les évangélistes ont fait de Nazareth le domicile politique de Jésus pour se rendre compte du nom de Nazaréens que portaient généralement les premiers chrétiens.
(2) Ebionite signifie pauvre , gueux , misérable. Les premiers chrétiens finirent par accepter celte dénomination d’ Ebionites , de même que les républicains de 93 acceptèrent la dénomination de sansculottes que l’aristocratie leur avait donnée par mépris; et plus tard , pour relever le nom d' Ebionite , on supposa l’existence d’un certain Ebion qui aurait été chef de cette secte à laquelle il avait laissé son nom (voyez J. Toland, Christian, des juifs et des gentils, chap. 9).
(3) Précisément vers l’époque à laquelle on fait remonter notre ère.
venir à' Egypte (1) et qu’il devait être le fils d’une vierge (2), les Nazaréens reprirent courage et ils annoncèrent que leur lesou, qui remplissait les conditions requises, était le véritable Messie dont on attendait la venue. La secte des Nazaréens prit alors une certaine consistance, mais les juifs de Jérusalem, trop positifs même dans leurs espérances, ne crurent pas devoir baser leur salut sur la protection d’un mythe étranger, et ils rejetèrent les rêveries des Nazaréens pour s’attacher à quelque puissant de la terre. Un tétrarque de la Galilée, Hérode, paraissant, faute de mieux, l’homme le plus apte à remplir les fonctions de libérateur, quelques juifs le proclamèrent X envoyé de Dieu ou le Messie ; de là, la secte des Hérodiens , secte qui ne subsista pas longtemps, car le tétrarque ne répondit pas aux espérances qu’on avait fondées sur lui. Les Nazaréens cependant attendaient toujours, avec une foi constante, et la fin du monde et X arrivée du rédempteur ; méprisant les biens d’ici-bas, ils avaient, les uns pour les autres, une charité illimitée; considérant la puissance comme un fardeau , ils avaient pour leurs chefs une obéissance aveugle et une vive reconnaissance, enfin ils avaient dans leurs prophètes ou illuminés la plus ferme croyance et la plus profonde vénération. On conçoit qu’avec de pareilles gens les fripons font vite leur chemin (3) : aussi s’en trouva-t-il bientôt qui se mirent à leur tête, abondèrent dans leur sens, commencèrent leurs écritures, et en composèrent de nouvelles (4).
Nous avons vu que les Nazaréens ou Ebionites n’étaient que des juifs réfor-
(1) Ex Ægypto vocavi filium meum (Os. xi. 2.)
(2; Ecce virgo concipiet , et pariet filium, et vocabitur nomen ejus Emmanuel (Isaï. vu. 14).
(5) « Les chrétiens méprisent tout, nous dit Lucien dans la mort de Pérégrinus . ils considèrent tous « les biens comme étant communs à tous ; s’il se trouve quelque imposteur parmi eux qui sache pren- « dre ses mesures et profiter de l’occasion, il s’enrichit promptement en se jouant de leur crédulité...
(4) Lucien nous représente Pérégrinus (loco cit .) comme s’étant fait initier aux mystères des chrétiens lorsqu’il était dans la Judée : « mais , ajoute-t-il , Pérégrinus leur montra bientôt qu’ils n’étaient que des « enfants auprès de lui ; car il devint non-seulement un prophète , mais encore le chef de leur secte. Il « interprétait les écritures et en composait lui-même, de telle sorte que les chrétiens finirent par le re- « garder non-seulement comme leur législateur, mais encore comme un Saint ». Pérégrinus était un philosophe cynique.
mes (1) ou, si l’on veut, gâtés par l’astrologie alexandrine. Ces Nazaréens conservaient, d’ailleurs, avec la plus religieuse exactitude, tous les rites prescrits par la loi de Moïse , et avaient toujours la plus grande confiance dans les antiques prophéties d’Israël. Or, comme les prophéties représentent toujours le Messie comme un homme puissant de la race de David (2), les faiseurs d’évangiles, amalgamant la croyance judaïque avec les dogmes du culte primitif et de l’astrologie égyptienne, firent de Ylesou sacré des zodiaques un homme de la race de David , fils de Dieu, fils d’une vierge, Verbe et seconde personne de la Trinité (3). Ils donnèrent à ce personnage imaginaire qui était venu, non pas pour détruire la loi de Moïse, mais pour l’accomplir, un caractère calqué sur celui que la tradition donnait à Josué (4) qui, successeur de Moïse, avait déjà accompli la mission de ce législateur en établissant le peuple de Dieu dans la terre promise (5). Comme tout envoyé de Dieu devait prouver sa divine mission par des actes surnaturels, les évangélistes attribuèrent à Jésus des miracles qui avaient cours parmi les char-
(1) Nec disciplina ilia apud eos, alla quarn judaïsmus reformatas , sea cum fide in Messiam , seu Christum, rite conjunctus (Selden de Synedr. L. i , c. 8). — Les juifs , ne voyant dans les premiers chrétiens que des dissidents, les anathématisaient trois fois par jour dans leurs synagogues ( vide S. Hieromjm. in Tsaiam , cap. v, vers. 18).
(2) Fide Dan. vii, 4, 27, et Mich. 4, 7. Les premiers chrétiens ne considéraient généralement Jésus que comme un homme supérieur . Vide S. Iren. L. 1, c. 26. Euseb. Hist. Eccles. L. 5, c. 27. S. Epiph. Hœres. 7, n. 2. Hœres. 28, n. 1. Hœres. 30, n. 2. 18. Theodor. Hœret. fab. L. 2, c. 1 et 2. Dans les actes des apôtres on fait même dire à S. Pierre : Firi Israelitœ , audite verba hœc : Jesuni Nazarenum , virum approbalum à Deo in vobis , virtutibus , et prodigiis , et signis , quoe fuit Deus per ilium in medio vestri , sicut et vos scitis ( vide cap. n, vers. 22). Origène, dans son Traité contre Celse, distingue deux sortes d’Ebionites; la différence de cro)rance‘en ce qui touchait la divinité de Jésus, divisa les chrétiens dès leur origine.
(3) Dans le cours de cet ouvrage, nous démêlerons tout cet imbroglio : le fils de l’homme, seconde personne de la trinité , ne doit pas se confondre avec le Ferbe ou fils de Dieu qui est Iesu ou force motrice de l'univers , force qui se renouvelle à chaque fin de la vie du monde. J’expliquerai bientôt ces différences en dévoilant le mystère de la trinité.
(4) Josué est appelé Jésus dans le Nouveau Testament , et I no-oüç par le juif Philon.
(d) Foy. Philon : mpi tftÏKvQpuTriuç.
DES HIEROGLYPHES. 169
latans d’Alexandrie (1); enfin ils admirent qu’il avait vécu autant que le plus célèbre des Grecs, c’est-à-dire Alexandre, à moins qu’on ne préfère voir dans cette vie de 33 ans et quelques mois l’espace de temps que met chaque mois lunaire pour parcourir les différentes saisons de l’année solaire, ce qui constitue une période de 33 ans et 6 mois environ. Quant à la morale . du Nouveau Testament, on y reconnaît l’esprit de la secte nazaréenne, la charité, l’amour du prochain, le mépris du monde, et l’espérance d’une meilleure vie.
En ce temps-là, Rome victorieuse était devenue la capitale du monde; mais elle avait perdu le fondement de sa puissance, car elle n’avait plus de religion . Cette religion nationale, déjà ébranlée par la philosophie dans les derniers temps de la république, ne servait plus, sous les empereurs, qu’à élever de stupides brigands au rang des immortels ; on ne croyait plus à ces oracles sibyllins qui promettaient à l’empire une éternelle durée ; les augures ne pouvaient plus se regarder sans rire, et le très-bon et très-grand Jupiter n’était au Capitole qu’un dieu de muséum ; on se faisait un jeu des serments, et le peuple qui atteste Dieu en vain, est un peuple perdu. Cependant, comme il existe dans l’homme une intelligence supérieure qui lui prouvé l’existence d’un Dieu auquel le raisonnement ne peut pas atteindre, et que d’ailleurs ,1 sent en lui le besoin impérieux de rattacher son existence à celle de I’Ètre Suprême, l’homme qui n’est pas abruti ne flotte pas longtemps dans le doute, car c’est un tétanos moral, et le sceptique, semblable à l’imprudent qui, parvenu an sommet d’un édifice élevé, éprouve des vestiges, ferme les yeux, et s’attache au premier objet qui se présente à lui; le sceptique, dis-je, finit toujours par accepter une croyance quelconque, sans chercher même à s’expliquer pourquoi. Les Romains qui ne croyaient à rien étaient donc prêts à croire à tout : aussi cette époque futelle l’âge d’or des sectes orientales qui vinrent s’établir à Rome; il faut en excep-
WS Hita'ta,, élève de l’EgypUen S. Antoine, guérissait radicalement les possédés, les paraivti-
C“mrae/e'SMSetC°mrae^aSÎ'en’ c’est-à-dire avec des attcuche-
exorcismes de ce ' rh & ^ ^ ** le8l°"S ^ diabl6S ”e pouvaient Pas tenir «ne heure contre les exorcismes de ce saint homme. ( Vide Hieronym. épis, lib. 3 , de Hüanonis ).
ter pourtant celle des Nazaréens. Les premiers chrétiens, confondus avec les juifs pour lesquels tous les peuples ont eu de l’antipathie, prêchant la fin du monde , la pénitence, et la pauvreté , et ne prédisant d’ailleurs que la ruine des nations et le malheur des peuples , furent considérés dans la luxurieuse Rome comme les ennemis des hommes et des dieux, et comme les sectaires du mauvais principe ; on commença par les haïr et l’on finit par les persécuter. Mais les Nazaréens, persuadés que tout ici-bas allait bientôt finir, étaient trop familiarisés avec l’idée de la mort pour la craindre ; certains de renaître immortels, ils marchaient avec joie au martyre , et leur constance dans les supplices ébranla l’imagination de leurs bourreaux. Ce fut là le premier progrès du christianisme. Fidèles aux coutumes
judaïques, les Nazaréens avaient conservé la circoncision : on conçoit que cette opération préalable pour se faire initier dans leurs mystères devait empêcher la propagation de la foi chez les Gentils , et le christianisme n’eût fait que très-peu de prosélytes dans l’Occident si, mieux avisés, quelques chrétiens n’avaient fini par abandonner la circoncision comme une pratique mutile. Ces chrétiens formèrent une nouvelle secte, plus accommodante que la première, elle se répandit promptement; la décadence romaine justifiant ses lugubres prédictions, elle recruta toutes les espérances déchues, acquit des protecteurs, et finit par triompher, tandis que les purs Nazaréens restèrent isolés et méprisés pour devenir plus tard
des hérétiques.
Comprenant que la puissance impériale serait toujours chancelante, tant qu’elle n’aurait pour appui que des hommes sans religion, Constantin se fit le protecteur des chrétiens qui, déjà nombreux, pouvaient le protéger; la fidélité de ces memes chrétiens contrastait d’ailleurs avec la versalité des Gentils, car ceux-ci ne
reconnaissant d’autre dieu que V intérêt,
lui sacrifiaient volontiers l’idole qu’ils
avaient encensée la veille.
Pour que le christianisme pût devenir une religion nationale, Constantin comprit qu’il fallait d’abord le ramener à l’unité , qui seule pouvait établir son influence. En conséquence, il convoqua à Nicée un concile œcuménique qui tria les écritures
contradictoires des premiers chrétiens , adopta les unes comme inspirées , rejeta les autres comme apocryphes, et anathématisa , comme de raison, tous ceux qui ne furent pas de son avis. Les empereurs appuyant ensuite de leur autorité le christianisme arrangé par les Pères de Nicée, cette religion étendit rapidement son domaine par la persécution, car, il ne faut pas se le dissimuler, le christianisme, si charitable et si doux, toujours présenté par ses historiens comme ayant conquis le monde avec sa divine morale, doit son triomphe à la terreur (1).
Mystère de la Trinité.
Tous les mystères du christianisme sont empruntés aux Egyptiens; l’étude du culte primitif, la connaissance du langage symbolique, et quelques notions d’astrologie , suffisent pour en donner la clef. Soit, par exemple , le mystère de la Trinité que la philosophie satirique du dix -huitième siècle considère comme une absurdité révoltante, mise en crédit par de stupides fripons, je dis que ce mystère est une vérité si l’on admet la religion primitive conservée dans le sanctuaire de la haute initiation égyptienne. En effet :
Tout ce qui est compose I’Univers.
Rien ne vient de rien, rien ne s’anéantit.
L’Univers est donc éternel.
Tout ce qui est se divise en matière, vie, et intelligence.
La matière affecte nos sens.
La vie donne le mouvement à la matière.
L’ intelligence règle le mouvement de la matière.
La matière, la vie et X intelligence, composent I’Univers et sont éternels comme lui.
(1) Ouvrez le code Théodosien, vous y trouverez les édits de Constantin, de Constant, de Valentinien, de Théodose, d’Arcadius, et de Théodose le jeune, qui vous montreront comment on convertissait primitivement les païens. Le code Justinien nous atteste que leurs successeurs tyrannisèrent , comme eux , les consciences , et dans la dernière lutte du paganisme mourant on ne trouve que Julien qui n’ait pas versé de sang pour soutenir sa croyance , quoiqu’il fût empereur et mauvais dialecticien.
Tout ce qui est est infini.
L’Univers est infini.
La matière, la vie, et Y intelligence, composent I’Univers et sont infinis comme lui.
Dieu est tout ce qui est, son nom est IEOUA (1).
Dieu est partout , il est éternel et infini.
Dieu est tout ce qui est, il se compose donc de matière , de vie, et d intelligence.
Si l’on représente symboliquement la matière par un vieillard, qu’on appellera le Père (2), la vie par un jeune homme, qu’on appellera le Fils (3) , et 1 intelligence par une colombe, qu’on appellera I’Esprit Saint (4), Dieu se composant de matière, de vie , et ïï intelligence , se compose donc du Père, du Fils , et du Saint Esprit,
tous trois incréés , infinis , et éternels (5).
Les Egyptiens admettaient qu’on pouvait concevoir la matière sans vie et sans intelligence, c’est-à-dire inerte, tandis que la vie ne peut être conçue sans le concours de la matière dans laquelle elle manifeste son existence. La matière pouvant exister seule, et la vie ne pouvant être manifestée qu’avec le concours de la matière , la matière peut donc être considérée comme la mère de la vie, non
(1) Voyez note a de la page 45.
(2) On l’appelait aussi simplement l'homme : la matière était représentée par un vieillard caduc qui radote, et auquel il ne reste qu’un souffle de vie, parce que, s ans intelligence et presque sans vie, le vieillard caduc n’est que matière. Les Egyptiens représentaient la matière-principe par un homme noir, appelé Osiris. Le Père éternel des chrétiens n’étant que la matière personnifiée, on s’explique enfin pourquoi la première personne de la sainte Trinité est si peu vénérée : on invoque tous les jours, dans nos églises, le Fils et le Saint Esprit , mais on ne s’adresse jamais au Père.
(3) Au lieu de représenter la vie sous la figure d’un jeune homme appelé le Fils, les Egyptiens la représentaient sous celle d’une jeune femme appelée Isis. Le Fils étant la vie , et la vie étant aussi symboliquement représentée par la croix, abréviation hiéroglyphique de l 'âne (voyez Ane) , les premiers chrétiens mirent entre les mains du Fils une croix, pour bien déterminer sa valeur comme symbole.
(4) Au lieu de représenter Y intelligence par une colombe, les Egyptiens la représentaient par un épervier ou par une aile d’èpervier qu’ils appelaient Cnef.
(5) Increatus Pater, increatus Filius, increatus Spiritus Sanctus. - Immensus Pater, immensus Filius , immensus Spiritus Sanctus. — Æternus Pater , œternus Filius , œternus Sanctus Spiritus. (Vide symb. Quicumqne).
pas parce quelle la crée , puisqu’elles sont coéternelles, mais parce quelle la met au monde , parce qu’elle manifeste son existence , et c’est dans ce sens que les premiers chrétiens ont dit : Le Père (la matière) n’est ni créé ni engendré, et le Fils (la vie) est engendré (manifesté), mais non pas créé par le Père (1),
L’ intelligence , c’est-à-dire ce qui régit le mouvement de la matière , n’est pas engendré (manifesté) par la vie et la matière ou par le mouvement de la matière > mais elle ressort de ce même mouvement (2). U intelligence procède donc de la matière et de la vie, et c’est dans ce sens que le christianisme a proclamé que I’Esprit Saint ( l’intelligence ) n’est ni créé ni engendré par le Père ( la matière ) et le Fils (la vie), mais qu’il procède de tous les deux (3).
Il homme étant le seul animal qui puisse modifier sa nature et celle des êtres qui l’entourent (4) , il est donc le seul animal qui possède Y intelligence , c’est-àdire ce qui régit le mouvement de la matière; Y homme est donc, comme Dieu, un
(1) Pater à nullo est factus, nec creatus, nec genitus. — Filids à Pâtre solo est , non factus, nec creatus, sed genitus ( vide symb. Quicumque). Le Père étant appelé simplement I’Homme, le Fils du Père prit aussi le nom de Fils de l’Homme.
(2) Pour bien comprendre ici ce que veulent dire les Egyptiens dont je ne suis que le très-humble interprète , qu’on se figure un corps en mouvement. Nous ne pouvons pas d’abord décider si ce corps est mu pai un mouvement qui lui est propre , ou par une force qui lui aurait été communiquée. Le mouvement de la matière ne nous manifeste donc pas l’existence de Y intelligence dans ce corps ou ce qui régit le mouvement de la matière; mais si , étudiant le mouvement de ce corps , nous voyons qu’il évite tout ce qui peut neutraliser son mouvement ou sa vie , nous en concluons qu’il se meut par un mouvement qui lui est propre, et que par conséquent il est régi par Y intelligence universelle, donc, Y intelligence n’est pas manifestée par le mouvement de la matière , mais elle ressort ou elle procède de ce même mouvement.
(3) Spiritus Sanctus à Pâtre et Filio , non factus , nec creatus, nec genitus , sed procedens (vide loco cit. ).
(4) Celte faculté de l’homme a été reconnue et définie par un philosophe moderne : « Chez les êtres in- « férieurs à l’homme, les faits sont l’exacte expression des lois, et celles-ci peuvent dès lors être déduites « rigoureusement de ceux-là : jamais l’ordre ne souffre aucune altération. Il n’en est pas ainsi de « 1 homme , ses actes ne sont pas tous, à beaucoup près, l’expression de ses lois; il le sait, il en a la « conscience invincible; et cette discordance, qu’on ne remarque qu’en lui, tient à ce que sa nature « a de plus grand , à 1 intelligence et à la liberté inséparable de l’intelligence. Car de la liberté naît le « pouvoir que lui seul possède parmi les êtres connus de nous , le pouvoir de violer ses lois et de porter « volontairement le désordre en soi-même ». (Lamennais, Esquisse d’une philosophie; Préface, p. xvm).
composé de matière , de vie, et d’ intelligence (1), il est donc une image de Dieu ou
un petit Univers, comme le définit Fythagore.
Il ne faut pas confondre le Verbe de Dieu avec le Fils de I’homme, seconde personne de la Trinité. Le Verbe ou Demiourgos n’est autre chose que X ordre auquel Dieu a soumis l’Univers. Cet ordre n’est pas éternel selon la croyance du culte primitif, car il cesse lorsque le monde finit; mais comme alors Dieu recompose un autre monde, il produit aussi un nouveau Verbe ou ou nouvel ordre (2). Les chrétiens, qui croyaient la fin du monde imminente, attendaient un nouvel ordre de choses, c’est-à-dire un nouveau Verbe, et plus tard on confondit le Verbe dont on attendait la venue avec Ylesou du zodiaque, et cela d’autant plus facilement que ce même Verbe portait en langue sacrée le nom éYIesu, c’est-à-dire divine force du monde. C’est précisément Ylesu que la Vierge, symbole du solstice d’été, porte
dans ses bras
lorsqu’on le personnifie. C’est enfin cet lesu qui doit être mis à mort lorsque le monde finira, pour ressusciter ou pour céder sa place à un nouvel lesu. Dans le sanctuaire du temple d’Hermonthis (3) on voit un tableau représentant ce mjstère. Les quatre vierges qui désignent les quatre âges du monde (4) abandonnent leur
(1) ‘C’est pour cela que S. Paul dit ,«i Tessalouieus (Epi t. ». cap. v, vers. 25): Ipse au, em Drus paras sanctifiée, vos per omnia, ut tutejer spiritus «ester et anima et corpus, sme quereld m « «n u
Domini nostvi Josu Chvisti scvvetuv .
(2) C’est dans ce sens queTirgile dit dans son églogue a Pollion :
Magnus ab integro seclorum nascitur ordo.
(5) Voyez Atlas de la Commission d’Egypte. A. vol. i, planche 96, fig. i. (4) Voyez Beuer , page 119.
lesu aux nouvelles vierges qui désignent les trois âges du règne de Dieu (1), et le Iesu est mis a mort par la première des trois vierges , pour céder sa place au nouvel lesu qu allaite la derniere. Les chrétiens d’Egypte , qui comprenaient la valeur de ce tableau , ont eu soin de mutiler le premier lesu d’Hermonthis , afin quon ne reconnût pas que leurs mystères n’étaient qu’une informe copie des mystères égyptiens. Au-dessus de cet lesu ainsi mutilé se trouve le scarabée noir roulant dans ses pâtes la boule du monde pour bien caractériser la valeur symbolique du Verbe personnifié, car les Egyptiens, auxquels Platon et les chrétiens ont emprunté évidemment l’idée de leur Verbe (2), le représentaient symboliquement par un scarabée noir (3), et cela parce que cet insecte dépose la semence dans la bouze qu il arrondit ensuite en la poussant à reculons. La sphère que roule le scarabée figurant le monde , le scarabée de son côté figurait X agent ou le Demiourgos, qui imprime le mouvement à l’Univers. Dans les tableaux mystiques on représentait le scarabée noir , symbole du Demiourgos , fils de Dieu, sortant de la bouche d’Osiris ,
ce qui lui valut le nom de Verbe. H homme , fils de Dieu, émanait aussi d ’Osiris, mais, comme on le voit dans les mêmes tableaux mystiques, il n’émanait pas de la bouche, il n’émanait que du phallus.
Le second Iesu ou le nouveau Verbe , qui doit remplacer Xlesu ou le Verbe ac-
(1) La vie du monde se divisait en deux règnes, le règne de Dieu et le règne de l’homme; le règne de l’homme se subdivisait en quatre âges : âge d’or , âge d’argent , âge d’airain , et âge de fer; et le règne de Dieu ne se subdivisait qu’en trois âges : âge de la matière , âge de la vie, et âge de l’intelligence.
(2) OSs voùç 6 0so? àppevomloç <5v Çùyj j<re Aiyov èrspov voùv Snpiovpyôv.
( Plutarq. Traité d’Isis et d’Osiris. )
(3) Le scarabée , symbole de la vie, est un scarabée vert.
tuel, était appelé Phtha à Memphis, et Uies (1), anagramme de lesu, en langue sacrée. C’est précisément ce nouveau Verbe qui doit à la fin du monde purifier et régénérer la terre avec le feu des étoiles ; car ( et j’ai honte de le dire ) les astrologues égyptiens prétendaient que les étoiles fixes ont une tendance à se réunir, et que de cette réunion doit résulter le feu céleste qui embrasera l’Univers.
RÉCAPITULATION
Le boeuf, la queue basse et marchant au pas,
est le symbole du travail. Lorsqu il est représenté couché ,
bondissant , s’amusant, ou seulement agitant sa queue ,
il est alors le symbole de la cessation du travail.
Quoi qu’en dise Horus-Apollon (2), il n’existe pas d’abréviation symbolique du boeuf, symbole du travail, dans les hiéroglyphes purs de la Haute Egypte.
(1) Dans les mystères d’Eleusis (voyez Proclus, liv. v), le Verbe futur était connu sous le nom de Uies.
(2) Horus-Apollon, liv. 2, hiérogl. 47.
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