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PREFACE

Tout le monde, ou à peu près, sait ce qu'on entend par un cliché, aliàs lieu commun : une pensée, un hémistiche, un vers, un distique, quelquefois deux mots aussi inséparables que les esqm'chados de la régie, et dont l'antiquité se perd dans la nuit des temps.

Depuis le « Rien de nouveau sous le soleil » jusqu'au <r J'en passe et des meilleurs, » les clichés défrayent journellement tous les genres de conversation et tous ]es genres de littérature : théâtre, chaire, tribune, roman, journal, regorgent de clichés qui forment pour ainsi dire le fond du sac de la langue. Tel journaliste ne fabrique ses articles qu'à l'aide d'une série de lieux communs cousus les uns après les autres, comme les chapelets de saucisses qui se balancent à la devanture des eharcutiers.

Tel romancier, tel dramaturge ne procèdent pas autrement.

A force de circulation, certains clichés célèbres ont passé à l'état de proverbe.

Mais un cHché n'est pas un proverbe. — Un proverbe est plus qu'un cliché, c'est un cliché canonisé

n PRÉFACE

par une sorte de concile tacite du populaire, tandis que le cliché, lui, n*est encore qu'une façon de bienheureux Labre de la langue française.

Nous avons pensé qu'il serait à la fois curieux et instructif de réunir en un volume les plus illustres de ces lieux communs et d'en tirer la philosophie qu'ils comportent.

Cet ouvrage ne sera donc pas sans utilité pour les étrangers des deux sexes peu familiarisés avec les beautés de notre langue.

Il sera également d'une grande ressource pour le journaliste novice et pour l'apprenti politique ; chose à considérer à une époque où nul ne peut se flatter de ne pas se réveiller, demain, publiciste, ou homme public, député, tout au moins conseiller municipal.

Ceux-là trouveront des phrases et des périphrases à la hauteur de toutes les situations et à la mesure de tous les gouvernements, phrases cent fois rebattues et toujours nouvelles, car rien ne change, ici-bas, pas plus la politique que le reste. Le monde, quelqu'un a dû le dire, est une lanterne magique dont les verres passent et repassent incessamment sous les yeux des spectateurs.

Il y trouvera aussi un champ où glaner, le bon bourgeois, soit qu'il éprouve le besoin d'épancher sa verve en forme de toast après un dîner, ou son âme sous les espèces de l'oraison funèbre au bord d'une fosse.

Dans ce dernier cas, il n'aura qu'à choisir dans l'article Tayloriana,

Et toi, jeune auteur dramatique, rêvant à un avenir Denneryen, et toi, tu puiseras dans ce livre des bribes de phrases qu'en soudant les unes aux autres,

PRÉFACE. Itt

tu transformeras en scènes , et les scènes en actes. Quant à l'idée, inutile! C'est toujours la même : la femme plus ou moins adultère, le mari plus ou moins jobard, Tamant plus ou moins perfide, la jeune fille séduite et persécutée, le lâche ravisseur, le jeune amoureux, Tétemel don Quichotte chargé de représenter en pourpoint ou en habit noir le doigt de la Providence.... L'enfant perdu, puis retrouvé, reperdu et reretrouvé avec accompagnement d'héritage, le traître puni, la vertu récompensée et le mariage final!!!

Mais tu es un délicat I Les Bouchardy, tu les dédaignes ; tu traites le vieux Dennery de perruque, et Anicet de bourgeois. Tu voudrais te plonger dans le naturalisme. Ici tu me prends à l'improviste. Du naturalisme, tu n'en trouveras pas dans ces pages, parce que le naturalisme n'a pas encore assez de trottoir pour avoir la prétention de raccrocher l'admiration publique, et qu'à part le fameux mot de Gambronne, paraphrasé par V. Hugo, je ne connais rien qui soit encore digne des suffrages de la postérité.

Pourtant, je veux bien t'indiquer la manière de procéder. Voici: des tableaux sans aucune relation entre eux; par exemple: un bal de vidangeurs, une séance à l'amphithéâtre de dissection, une soirée dans une de ces maisons suspectes qui bordent les boulevards extérieurs, une exécution àla Roquette. Avec de pareils éléments, sans rien devoir à M. Racine ni à Scribe, tu t'en tireras tout comme M. Zola, pourvu que tu aies son talent de coloriste, son esprit d'observation et sa phrase précise.

Et toi, néophyte du roman, toi que les éditions successives des Feuillet et autres pâtes littéraires

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