acte, et laction ne languit pas un seul instant jusqu'au
nouement qui est des plus heureux et des mieux amenés.
(Style de feuilletonniste dramatique.
Nouveau. Quoi de nouveau ? — C'est une variante poui pas toigours dire : « Quoi de neuf? » Le pubUc est suUan blasé à qui il faut chaque jour du nouveau,
(Axiome de journaliste.)
Il n'y a rien de nouveau sous le soleil.
« Nil novi sub sole. »
(r£eelésiaste.) « On dit qu'il n'y a plus rien aujourd'hui, qui ne se dit autrefois. »
(Térence. LEunuque^ prologue.)
Si cela était vrai du temps de Salomon et du ten de Térence, que dirons-nous aigourd'hoi?
Nouvelle. Cette nouvelle a couru toute la presse, Ct nouvelle a défrayé toutes les conversations pendant t semaine. — A Paris c'est énorme ; en province ce n'* rien. On vit quelquefois six mois et plus sur une ne velle.
A l'affût de toutes les nouvelles. Colporter de fans, nouvelles. A ce métier on gagne encore oi en sa vie da certains journaux. Certains journalistes prétende même quil faut toigours commencer par donner a fausse nouvelle pour avoir le plaisir de la démentir de la rectifier le lendemain. Inutile d'ajouter quecei opinion est particulière aux journalistes payés à ligne.
« Le temps ne nous a pas encore permis de contrôler ce nouvelle. »
[Style de journal)
Nu. Nu comme un ver.
« Et desnuez comme le ver. »
(ViUon.)
Le beau nu est chaste.
(Rengaine des artistes.)
Nuage. Nuage de tristesse. Le soleil sortit tout respkndi sant du milieu des nuages.
« Les nuag'es qui obscurcissaient la douce clarté de la lune se dissipèrent et nous pûmes distinguer, etc. »
[Style de roman.)
« Cette réflexion répandit un nuage de tristesse sur le visage rayonnant de Pétrarque. »
(M"* de Genliâ. Pétrarque et Laure.)
n Les nuages qui souvent obscurcissent le front du roi, me font craindre un changement trop prochain peutnStre. » (Pixérécourt et Anicet-Bourgeois. Latude, acte I, se. n.)
L'idée de comparer les nuages blancs à de la ouate appartient à Chateaubriand. Plusieurs romanciers Font imité , quoique la trouvaille ne soit pas des plus heureuses.
« Ces nues formaient dans les cieux des bancs d'une
ouate éblouissante, si doux à Toeil qu'on croyait sentir leur mollesse et leur élasticité. »
[Le Génie du Christianitme.)
Hue. L'éclair sillonne la nue. Élever jusqu'aux nues : c'est le sic itur ad astra de Virgile. Les comédiens disent Toucher aux frises.
Montagne dont les cimes se perdent dans la nue.
« Ce tableau riant et varié, est bordé par des montagnes.... dont les cimes, se perdant dans les nues, rappellent, etc. » (Ducray-Duminil. Petit-Jacques et Georgetie.)
Suit. — Moment terrible pour ceux qui n'ont pas la conscience saine et pour ceux qui souffrent.
Plonger dans la nuit étemelle. Se perdre dans la nuit des temps. Le flambeau de la nuit. La nuit porte conseil, traduction de l'adage latin : In nocte consilium.
« La nuit devait être fertile en événements... Déjà les ombres enveloppaient les tours séculaires de Notre-Dame. » (Aug. Ricard. La Grisette. 1839.)
Nuit sinistre.
« Tu étais masqué durant cette nuit sinistre. » (Ad. d*£nncry et Ferdinand Dugué. Marie de Maneinit acte I, se. yiii.)
Nuit fatale.
« Depuis cette nuit fatale... il y a trois mois de cela à peu près- »
(Ch. Lafont. La Famille Moronval, acte II, se. i.)
« Dis-moi une parole de pardon avant que je descende dans la nuit éternelle!... »
(Ch. Lafont. La Famille Moronval, acte Y, ftc. tiii. 1834.)
fis DICTIONNAIRE
» Mes yeux, habitués à la nuit du tombeau , sont brûlés pa ces flots de lumière. »
(Piiérécourt et Ànicet-Bourgeois. Latude, acte III, se. iv.) « Quand la nuit du tombeau se répand sur mes yeux. »
(C. DelaTÎgme. La Paria, acte III, se. m.) « Les ombres de la nuit qui s'épaississaient à cbaqu instant. »
(Benjamin Constant. Adolphe, ch. n.)
Le flambeau de la nuit.
« Du pâle flambeau de la nuit « L'incertaine lueur qui devant eux vacille. »
(Monvel. Les Deux Chiens, — Fables.)
Gbateaubriand a appelé la lune « la reine des nuits
Oasis.
« Pareil au voyageur exténué qui aperçoit une riante oasî au milieu des déserts de l'Afrique, à cette vue il reprit cou rage et... »
[Style de roman.
« Tous deux seuls dans la foule, « Nous faisant dans notre âme une chaste oasis. »
(Th. Gautier. Poésies diverses.,
Obéir. Obéir aveuglement, obéir en aveugle.
n II obéit en aveugle à tous ses instincts belliqueux. »
(Jules Janin. Notice historique sur l'abbé Prévost, en tête à l'édition de Manon Lescaut publiée par Ernest Bourdin.)
Obélisque. L'obélisque se dresse comme un gigantesque ]^jM d'exclamation devant les Champs-Elysées. — Une vieili plaisanterie de Parisien consiste à demander aux pn> vinciaux naïfs, en extase devant les beautés de la capi taie, s'ils n'ont pas encore visité rintérieur de lobé lisque.
Obligeance. Obliger. Voulez-vous avoir l'obligeance de m prêter cent francs'^ c'est pour payer un billet.
N. B. Si l'emprunteur éprouve un refus, de réductioi en réduction, il se contentera parfois d'une pièce A quarante sous.
On n'oblige que des ingrats. — Le nombre des ingrats alors ne doit pas être considérable.
En général les hommes aiment peu à obliger leurs sem^ hîables. — Il y en a qui prétendent que c'est pour ne pas les humilier.
Obuquer. Obliquez à gauche et plus vite que ça !
(Propos de sergent.)
Oblique.
« Elle jeta un regard oblique sur ce nouveau personnage. »
{Style de roman.)
Obole. Dieu bénit Vobole du pauvre. L'obole de la veuve. — Si Tobole du pauvre est plus facile à obtenir que Toffrande du riche, c'est que le pauvre compatit aux maux dont il souffre lui-môme.
Obscène. Obscénité.
u Vous les avez vus se livrer à des attouchements obscènes? C'est bien, allez vous asseoir I »
(Question adressée par un président de chambre à un témoin dans une affaire contraire aux bonnes mœurs.)
Obscénité.
« Depuis quelque temps, le théâtre ne met plus sous les yeux de nos femmes et de nos filles que des scènes d'une obscénité révoltante. »
(Propos <tun Juvénal de pacotille.)
« Quand donc aurons-nous fini avec ces exhibitions de femmes, avec ces spectacles obscènes dont la vue indigne tous les gens de bien? Quand donc pourrons-nous conduire nos filles et nos femmes au théâtre, au théâtre qui devrait être recelé des mœurs et qui n'est que l'école du dévergondage?»
[Autre Juvénal au rabais.)
Obscurantisme.
« Guerre à outrance à l'obscurantisme, cet instrumentum regni des jésuites ! »
[Orateur dans les réunions publiques.)
Obsèques.
« Les obsèques de... ont été célébrées en l'église de... avec une grande pompe. Parmi les personnes de distinction qui se pressaient dans la nef on remarquait, etc.. L'absoute a été donnée par Mpf de..., évoque de... »
(Style de reporter.)
Obstacles. H est comme Guzman, il ne connait pas d'o tacks» — C'est une légère yariante du :
« Gusman ne connatt plus d^obstacles »
du Pied de Mouton, et une allusion au Guzman de Le de Vega.
Obtenir.
« Serai-je assez heureux pour obtenir la main de M^^^ yo Aile? Ce mariage comblerait tous mes vœux... Ma fortu sans être considérable, permettra à ma femme de tenir certain ran^ dans le monde où sa grâce et sa beauté Yi pellent à briller. >
(Les banalités d*ane demande en mariage dans ie mondt la bourgeoisie.)
Occasion. L'occasion est chauve» — C'est ainsi que les a ciens la représentaient, avec une seule touffe de eh *yeux sur la tête. (Les malins trouvent le moyen de j faire porter perruque.)
L'occasion est belle.
« Jamais Toccasion ne s'offrira si belle. »
(Corneille .fféraelita, ade II, se. n.)
Saisir l'occasion au cheveu. — Je penche pour le âi gulier. Etant chauve, Toccasion me paraît plus dans s^ rôle en n'ayant qu'un seul cheveu et la saisir pari cheveu unique, voilà ce qui constitue la difficulté. Combien de femmes, parmi les élégantes, pourraiei poser pour l'occasion, si les fausses nattes n'existaiei pas!
Océan. Océan de délices.
« Ils échangent les plus doux serments, les plus tendn caresses ; et tout leur être est bientôt plongé dans un océi de délices. »
(Mars et Raban. Les Cuisinières. 1837.)
Odéon. — Fut pendant longtemps une source de plaisai teries aussi rances que de la charcuterie dépicie Exemples : L'Odéon est au bout du monde. L'Odéon « un désert. Il pousse des champignons sur les banquetU de VOdéon. Je lui ai donné un billet pour l'Odéon. — Et ne vous a pas envoyé ses témoins^ Vous allez à l'Odéon! avei vous fait votre testaments Cela s'imprimait courani ment dans les petits journaux du temps, voire mèm dans les livres. Aujourd'hui, l'on est plus sobre et le espiègleries littéraires ont cédé la place aux espiègle
ries politiques... C'est que la politique offire aussi un champ bien plus vaste... à la plaisanterie.
Les plaisanteries sur rOdéçn étaient déjà très répandues au commencement de ce siècle.
« Potier fait aussi le petit Talma. On prétend qu'il va quitter le monde : il s'engage à FOdéon. »
{Lettres nonnandet. Paris, 1818.)
« Mais du pâle Odéon quittant la colonnade. »
(Sainte-Beuve. Poésies de J. Delorme.)
« Vénérable Odéon, va ! Passons vite de peur qu'on ne nous force à entrer comme au banquet de l'Evangile. »
(L. Huart. Quand on a vingt ems. 1834.)
Odeur. Odeur délicieuse qui porte au cerveau et trouble les sens. — Le poète des odeurs fut Baudelaire, poète farouche, qui ne craignait pas d'aller chercher des odeurs dans les émanations cadavériques. Il a fait des élèves qui, hélas ! sont loin d'avoir son talent.
Odyssée. Aujourd'hui la Presse s'est faite l'Homère des plus minces commis-voyageurs en politique; elle nous raconte par le menu les Odyssées de ces vendeurs d'orviétan électoral, de ces camelots, de la démocratie, de ces placiers en élections.
Œdipe. Je ne sais pas comme (Edipe deviner les énigmes. 11 n'y a pas mal d'OËdipes parmi les lecteurs de journaux illustrés. — Tous les huit jours on publie la liste de ces OEdipes du rébus et de la charade, et c'est pour eux un honneur que de voir leurs noms imprimés. — On a constaté des désabonnements parmi ceux qui ne sont jamais cités.
OEiL. Rien n'échappe à VœU de Dieu.
« Non... c'est impossible... J'ai tout calculé... c'est impossible... pourtant... oui I... l'œil de Dieu !...»
(Ch. Deslys et Ch. Barbara. Le Pont-Rouge^ acte V. se. i.) « Seul^ et se confiant à l'œil de l'Étemel. »
(Fontanes. Le Cloître des Chartreux.)
Uceil de la justice.
« L'œil de la justice est sans cesse fixé sur eux. »
(Vilneau, premier avocat général. Cour d'assises du^Loiret, 9 novembre 1830.)
« Gei)endant ici d'infâmes calomniateurs avaient essayé de soustraire les véritables coupables à l'œil vigilant de la justice. »
(Causes criminelles célèbres du xix« siècle. Procès des assassins de Fualdès.)
fff DICTIONNAIRE
Œuvre. Nous serons récompensés selon nos oeuvres.
C'est certainement consolant pour Tavenir, mais ce n'est peut-être pas suffisant pour le présent.
« A Tœuvre on connaît l'artisan. »
(La Fontaine. Les Frelons et les Mouches à miel
C'est ainsi que, rien qu'à inspection d'un vol et d'après la manière dont il a été commis, un policier habile désignera le voleur, comme un bon expert désirera à quel peintre il faut attribuer un tableau non signé.
La Fontaine a pris cette pensée devenue pro verbe dan^ le Mystère de la passion du Trouvère de Jehan Afichel.
« A Tœuvre on connaît l'exploit. »
(Première journée, scène de Judas et de Pylate. xt« siède.,
Officiel. L'Officiel a parlé, — Antienne de la presse, chaque fois que le journal officiel enregistre un changement depuis longtemps attendu, soit dans le personnel administratif, soit dans la magistrature, chaque fois qu'il s'agit d'un changement de ministère.
Offrir.
« Mademoiselle, voulez-vous me permettre de vous offrir mon bras ? Je suis un galant homme : vous n'avez rien à craindre. »
(Abordage d'un anhoureux dans la rue.) « Mademoiselle, voulez-vous me permettre de vous offrir un abri sous mon parapluie? »
[Abordage du même, un jour deplvie.]
N'offrir plus qu'une faible résistance.
C'est le moment, c'est l'instant où la tendre jeune fille va succomber, vaincue par l'amour.
« Atala n'offrait plus qu'une faible résistance ; je touchais au moment du bonheur, quand tout à coup etc. »
(Chateaubriand, Atak.)
Oiseau. Manger comme un oiseau. Comparaison absolument fausse, car, proportion gardée, les oiseaux sont, de tous les êtres vivants, ceux qui mangent le plus ; et quels gaspilleurs!...
a Elle (la Providence) nourrit les petits oiseaux. »
(Bossuet* Sermon sur la Providence.)
Et Racine :
« Aux petits des oiseaux il donne la pâture.»
CAthalie,}
DES LIEUX COMMUNS Ît3
Rara avis. (Juvénal, sat. VI.) Oiseau rare. Un caissier Adèle, rara avis; un ami sincère, rara avis; une femme discrète, rara avis; un médecin sobre, rara avis,
OiniER. L'olivier, l'emblème de la paix. — Le fruit de Volivier, la principale richesse de nos campagnes du Midi,
Olympe
« D'un froncement de ses sourcils, Jupiter faisait trembler l'Olympe : tel un monarque absolu, qui se croit le représentant de bien sur la terre, prétendrait, etc. »
(Discours d^une vieille barbe démocratique.)
Ombrage. Ombrager. Un vert berceau répandait son ombrage bienfaisant. Une mêustacke soyeuse ombrageait sa lèvre.
« Les noirs soucis qui ombrageaient son front prirent une teinte plus sombre. »
(M-« Cottin. BlUabeth.)
Ombre. Les ombres de la nuit. — Le séjour des ombres. — Déjà les ombres de la mort étaient répandues sur son visage. — chère ombre, est-ce vous que je vois ?
« Ici la voix d'Atala s'éteignit; les ombres de la mort se répandirent autour de ses yeux et de sa bouche.»
(Chateaubriand. Atala.)
» L'ombre de la mort se présente ; on commence à sentir l'approche du gouffre fatal. »
(Bossaet. Servnons.)
« Elle s'était évanouie pendant le combat, et son évanouissement durait encore... Elle paraissait environnée des ombres de la mort. »
(Le Sage. Gil Bios, ch. x.)
On. On dit. -- Quion^-^ On : ce n'est personne; précisez ! — Un pronom indéfini dont font grand usage les commères, les faiseurs de cancans, et les petits-fils de Basile.
Oncle. Des oncles d* Amérique, il n'y en a plus que dans les romans. — Les oncles ont été d^un grand secours au théâtre, où ils dotaient nièces et neveux. L'oncle était ordinairement un vieux général, généreux mais bourru, qui chantait le couplet chauvin et faisait rimer France avec espérance et laurier avec guerrier.
Onde. Ondée. Onde amére.
« Longtemps nous fûmes le jouet des ondes, et notre frêle
i24 DicnoimAiRE
esquif battu par la tempête se serait infoilliblement bris* si..., etc. »
Perfide comme l'onde, en parlant de la femme (Shaks peare.) Et Ovide {Métamorph. LXIII) en parlant d< Galatée : FoUador undis, plus perfide que Tonde.
Et le poète indien Soudraka.
« Les vagues de TOcéan sont moins inconstantes et les teintes du soir moins incertaines que la tendresse d'uD£ femme. »
fLe Chariot d'enfant, scène de Sarvillaka, Traduit de Tanguais par Langlois.)
Onduler.
« Ses cheveux ondulés encadraient délicieusement un ftont aussi pur que celui d*un ange. »
Quel autre qu'un romancier oserait écrire une pareiUe phrase?
Opéra-Comiquk. L'Opéra-Comique, ce genre éminemment français,
(M. de Tillancourt, Chambre des députés^ séance du Z9 novembre 4878.)
Opérateur. Un bon opérateur doit avoir le coup d'œil juste et la main légère. — Depuis la découverte du chloroforme, la légèreté de la main est un luxe inutile. C'est peutrôtre pour cela <jue presque tous les chirurgiens célèbres ont des mams énormes ; vu leur taille, ces mains ne doivent pas être précisément légères.
Opérette.
« L*opérette, ce genre fkux, qui tend à envahir toutes nos scènes, et qui finira, si l'on n'y prend garde, par détrôner rOpéra-Comique, ce genre éminemment français. »
(Plaintes et doléances des critiques de l'école Sarcey.)
Opinion.
« Toutes les opinions sont libres, monsieur! — Oui, monsieur, pourvu qu elles ne blessent ni la décence, ni les bonnes mœurs, et qu'elles ne battent pas en brèche l'ordre de choses établi. »
fBourgeoisiana.)
L'opinion reine du monde.
« On a dit que l'opinion était la reine du monde. »
[Discours de réception de M. Jay, 19 juin 1832.)
a Oui, c'est l'opinion qui gouverne le monde. »
(Etienne. Les Deux Gendres^ acte II, se. zv.)
DES LIEUX COMMUNS t25
C'était déjà une vérité du temps des Romains, qui avaient coutume de dire : Opinione regiiur mundus.
Opium.
« L'opium, avec lequel rAngleterre bat monnaie, en abrutissant Tempire chinois, monsieur ! — Prenez garde, monsieur ! vous entravez la liberté du commerce sans laquelle un Etat ne saurait subsister longtemps. »
{Bourgeoiriana.)
Opposition.
« Il faut en finir avec cette opposition tracassière et systématiquement hostile à toutes les sages mesures d'un gouvernement, qui n*a d'autre ambition que la grandeur et la prospérité du pays. »
(Rengaine des journaux officieux sous l'Empire.)
Opprimé. Les gémissements d'un peuple opprimé. Gémir avec les opprimés.
« Nos vœux vous accompagnent, 6 noble peuple opprimé, 6 Polonais, nos frères 1 La Pologne, ce boulevard de la chrétienté, dont un lâche attentat, en dépit du droit des gens, arracha, etc. »
(Toast à la Pologne sous le gouvernement de Juillet.)
Or. Métal jaune, et que les philosophes appellent : vil métal, cause de presque tous les maux qui assiègent l'humanité ; qui a fait couler des flots de sang, qui a armé le fils contre le père, la sœur contre le frère, le vice contre la vertu; qui a eu raison de l'honnête homme, et qui continuera son rôle démoralisateur jusqu'à la fin des siècles.
« C'est de l'or qu'il vous faut? tenez!... Mais, au nom du ciel! parlez! Où est mon enfant? »
[Style de théâtre.)
« Oui ! oui! C'est cela, de l'or... Je le ferai briller aux yeux de Marie, et elle ne résistera plus. »
(Fr. Cornu et H. Auger. Pauvre Mère.)
De l'or pour payer son silence.
(Phrase mélodramatique.)
« Tiens! voici de Tor pour payer ton silence. »
(A. d'Ennery et G. Lemoine. La Grâce de Dieu, acte IV, se. I. 1841.)
Oracle.
« Cet oracle est moins sûr que celui de Calchas. » Variante dénégative d*un vers de Ylphigénie] en Au-
Me, de Racine, pour dire qu'il ne faut pas ajouter foi aux paroles, aux prédictions de quelqu'un.
Orage. Affronter Vorage révolutionnaire.
Orages de la vie. — Chercher dans le silence du cloitn un refuge contre les orages de la vie.
L'orage des passions.
« Une tempête affreuse termine notre existence ; mais elle nous soustrait aux orages des passions. »
(M«» de Genlls. Pétrarque et Laure.)
« Une tempête qui soustrait aux orages » est un peu risqué.
Oranger. Elle est digne de porter la fleur d'oranger. — C'est tout de même flatteur pour un mari, le jour de ses noces... Quelle revanche souvent après !
Orbite. Il était effrayant à voir; les yeux lui sortaient de V orbite!
Ordre. Troubler l'ordre de choses établi. — En république, il suffit, par exemple, de crier « Vive Napoléon ! » pour être poursuivi comme ayant voulu troubler Tordre de choses établi. — Sous Napoléon, c'était tout. le contraire ; il suffisait de crier « Vive la République ! » pour être accusé, etc., et ainsi de suite...
« Oh! par pitié 1... par pitié, monsieur! rétractez cet ordre cruel! »
(Fp. Cornu et Augcr. Pauvre Mire.)
Le bon ordre, le respect des lois et la tranquiUiié publique.
(Cliché à Tusage des souverains.)
« Je serais trop heureux si... je parviens à l'associer {la liberté) au bon ordre, au respect des lois, et à la tranquillité publique sans lesquels elle ne saurait fleurir. »
{Réponse du duc d'Orléans au discours de bienvenue du prem. prés, de la coui de cassation, 7 août 1 830.)
Oreille. L'oreille est le chemin du cœur. — Ce privilège de Toreille est fort ancien. Je le trouve pour la première fois mis en couplets par M"° de Scudéri, et reproduit dans le recueil des chansons choisies, publié à Londres en 4783. Voici le couplet :
« Tircis vous apprend des chansons
« Où le cœur s'intéress e ; « On dit qu'il y joint des leçons
« Qui parleni de tendresse ;
« Fuyez ce charmant séducteur,
« C'est un plaisir Aineste.
« L'oreille est le chemin du cœur,
K Et le cœur Test du reste. »
Orfèvre.
« Vous êtes orfèvre, monsieur Josse. »
(Molière. L'Amovtr médecin, acte I, se. i.)
C'est-à-dire vous plaidez pour votre saint, vous voudriez bien vous débarrasser de tel objet.
Orgeat. Orgeat, limonade, bière,,, groseille! — Le cri qu'on entend dans les théâtres de Paris, et qu'on entendait principalement aux Français, jadis, pendant les entr'actes.
Ohgie. — Plaisir à toute vapeur. Orgie échevelée. Que l'orgie commence ! disent les gommeux k qui les mélodrames ont laissé des souvenirs. Dégénérer en orgie,
« La belle nuit pour une orgie à la tour! »
(F. Gaillardet et A. Dumas. La Tour de Neâle, acte I, se. t.)
Depuis le succès de la Tour de Nesle, c'est-à-dire depuis 4 832, toute la jeunesse dorée ou ruoizée qui s'est succédée, a fait retentir de ce cliché les murs des cabarets à la mode, en imitant l'intonation de Mélingue.
FoUe orgie,
« Pendant que les joueurs de Frascati iront s'étourdir sur leur perte en achevant la nuit au milieu d'une folle orgie. » (L. Huart. Quand on a vingt ans.)
Ornement.
« Celle qui la regardait comme le plus bel ornement de son sexe. »
(M-* Cottin. Claire d'Albe.)
C'est le prœcipuum decus d'Ovide :
a et de Latio, ô et de gente Sabina « Prœcipuum matrona decus ! »
reine, le plus bel ornement des Romaines et des Latines.
{Métamorph.t IW. XIV.)
Ornière. L'omiére de la routine. Se traîner dans l'omiére de la routine.
Orphelin. Qui aura pitié du pauvre petit orphelin? Défenseur de la veuve et de Vorphelin. Pauvre orphelin dont l'état est si digne d'intérêt.
« Orphelin dp bonne heure, il sut, à force de travail et d persévérance, se créer une position indépendante qui le mi pour toujours à Tabri du besoin. »
{Style de bittgraphe.)
Oser. Oseriez-^ous douter de mes paroles f
« Pourquoi ce sourire ?... Oseriez-vous douter de mes pa rôles?»
(Ancelot et A. Decomberousse. Le Te^issieTf acte III, se. ti. 1835.
Ostentation. L'ostentation est le défaut des parvenus. — (£ncore s'ils n'avaient que celui-là !)
Otage.
« Nous ne consentirons jamais à être les otages de Tavenir. » Défi jeté par la presse conservatrice à la presse radicale.
Otkr.
« Un être pour qui elle s'est ôté le pain de la bouche, se conduire ainsi! les hommes, c'est de fieres canailles, tout de même 1 »
[Propos de faubourg.)
Ouailles. Un bon pasteur a soin de ses ouailles. — Souvent on dit ouailles pour ne pas dire oies.
Oubliettes.
« Nous frémissions d'horreur en pensant au nombre des malheureuses victimes précipitées dans les oubliettes de cet antique château seigneurial. »
{Style de roman.)
Oui. Prononcer le grand *< oui ».
« Maudit soit le jour où j'ai prononcé le oui fatal qui enchaîna ma destinée à la vôtre. »
(Rengaine des gens mariés.)
Ourdir.
« Vous avez ourdi une trahison infâme que je saurai déouer. »
{Style de théâtre.)
Oudir une trame.
« Mais lorsque nous nous abandonnions trop à cette confiante sécurité, de nouvelles trames s'ourdissaient sous le masque de l'amitié et de l'alliance. »
(Napoléon I"". Proclamation à la Grande-Armée, 6 oct. 4806.) « Frères et amis.
« Une correspondance de Pitt, qui a été inter-
ceptée, nous apprend la trame infei-nale qui a été ourdie par ce scélérat, pour assassiner les plus fermes soutiens de la liberté. »
{Avis du conseil général de la Commune sur la fermeture des barrières, 2 août 1793.)
Ourdir un complot. — De temps en temps, sous les gouvernements monarchiques, principalement, la police ourdit des complots aux mailles desquels se laissent toujours prendre quelques niais.
<c Instrument d'une faction nombreuse, M^^ Le Bon avait ourdi contre le clergé cette trame infernale. »
{Procès Contrafatto, plaidoirie de M* Ledni. oet. 4Sf7.) « Si mihi lanificoe ducunt non puUa sorores « Stamina. »
Si les soeurs filandières ne m'ourdissent pas une trame mauvais teint.
(Martial. Bpig.)
Outrage. Outrager. Subir les outrages du temps. — Quelle désolatiou pour une femme !
« On a senti de loin cet énoime fromage.
« Qui doit tout son mérite aux outrages du temps. »
(Berchoux. La Gastronomie, chant IV. 1803.)
Cessez par vos discours d'outrager la morale. — La morale outragée se voile la face.
Outrance. La guerre à outrance. — Le dos au feu, le ventre à table, comme ils l'ont décrétée, la guerre à outrance, tous ces avocats que le sort des révolutions avait mis à la tête du pays, en i 870 !
Ouverture.
« L'ouverture de... a été brillamment enlevée par Texcellent orchestre du... dirigé par son habile chef M. X. »
« L'ouverture d'un opéra doit être comme la façade d'un monument qui en indique la disposition intérieure. »
Ouvrage.
« Le dernier ouvrage de l'éminent publiciste jette un jour nouveau sur la question de l'adultère, question toujours palpitante d'actualité.
« Le dernier ouvrage de l'illustre écrivain est un chefd'œuvre de plus à ajouter à tant d'autres œuvres impérissables. »
«Le dernier ouvrage de l'infatigable écrivain semble marquer un temps d'arrêt; son heureuse veine semble s'épuiser. »
{Style bibliographique.)
Ovation. La foule Va reconduit jusqu'à sa voiture en lui fai- ' sant une chaleureuse (/talion. — Il sortit par la porte de... pour se dérober à l'ovation, — Il monta dans un fiacre pour se dérober à Vovation, — 11 faut rendre cette justice aux rares hommes qui jouissent de la popularité, il faut leur rendre cette justice, que ce n*est pas précisément par la modestie qu*i4s brillent. Si on en a vu quelquesuns, par hasard, se dérober à l'ovation, c'est que l'heure de Qîner avait sonné depuis longtemps et, comme on dit : «Ventre affamé n'a pas d'oreilles ».
Pactiser. Pactiser avec sa conscience, — Une des exigences des événements. — Chef indigne d'une brave armée y il ne craignit pas de pactiser avec l'ennemi.
Paganisme.
« Paganisme immortel , es-tu mort? »
Tout ce qu'on a retenu des poésies de Joseph Delorme. | Notre précédente génération littéraire avait érigé ce '■ vers en scie.
Octave Feuillet qui, lui aussi, est de l'Académie française, comme le fut Tauteur des poésies de Joseph Delorme, a bien écrit quelque part, peut-être même dans son discours de réception : « plus immortel ».
Page.
« Le jeune et tendre page tourna un regard langoureux vers la noble dame. mon beau page ! dit-elle, en lissant de ses blanches mains la blonde chevelure de l'adolescent. »
(Boman de chevalerie.)
Paix. L'empire c'est la paix. — Oui, avec les guerres d'Italie, de Grimée, du Mexique, de Chine, de Gochinchine et Sedan pour le couronnement de l'édifice.
La paix du cœur. — La paix qui fait fleurir les arts, le commerce et l'industrie.
« Il faut flétrir ces esprits pusillanimes qui, faisant bon marché de l'honneur national, veulent la paix à tout prix, la
Eaix quand même; partisans d'un régime qui a tant contriué à l'abaissement de la France, la corruption est leur seul
moyen de gouverner, ils ne connaissent pas d'autre Dieu que le dieu Plutus, d'autre temple que le temple de la Bourse. » (L'opposition sous le gouvernement de JuiUet.)
Palais. Palais somptueux.
« Tous ces palais somptueux, toutes ces demeures princières dont le luxe effréné semble insulter à la misère du peuple. »
Palais enchanté, — Palais dont le séjour enchanteur,.. Palanquin.
« La belle et nonchalante créole m'apparut dans un riche palanquin porté par quatre esclaves.»
(Roman dont Taction se passe aux colonies.)
Pale. Pâle lueur de la lune. — La pâle lueur de la lune éclairait cette scène.
Le pâle automne, afiFectionné des poètes et particulièrement de Millevoye dans ses élégies :
« Plus pâle que le pâle automne. »
fL' Anniversaire. J « Ah ! quand le pâle automne aura jauni les bois. »
(La Chute des femlles.)
Palefroi.
« Hola I page ; hola I écuyer, menez-ci mon palefroi. » « Le prince, monté sur son palefroi, daignait sourire à la foule des vilains prosternée sur son passage. »
(Romans du moyen âge.)
Pâleur*
« La pâleur répandue sur son visage la rendait encore plus intéressante. »
(Style de roman,)
« Il fut une époque où la pâleur du visage constituait la suprême élégance. »
Pâleur mortelle. Pâleur de la mort,
« La pâleur de la mort couvre leur front. »
(Ducray-Duminil, Petit-Jacques et Georgette. )
« Le lieutenant civil (Dreux d'Aubray) arriva ensuite avec une pâleur mortelle sur le visage. »
(De Retz. Mémoires, t. I.)
Palissandre.
« De l'acajou I vous voulez rire.
« Eh ! bien, Amanda, soyez à moi, j'irai jusqu'au palissandre. »
Aujourd'hui le palissandre est bien insuffisant comme moyen de séduction auprès des femmes. Il est vrai qu'il n*y a plus de grisettes.
Palisse (la). Monsieur de la Palisse est mort.
Réponse que Ton fait à quelqu'un qui vient de dire une grosse naïveté ; en souvenir de la vieille et fameuse chanson de Bernard de la Monnoye : Monsieur de la Palisse, ,
C'est le premier vers d'un couplet ajouté par un ano-i nyme à la chanson de la Monnoye :
« Monsieur de la Palisse est mort « Il est mort de maladie ; « Un quart d^heure avant sa mort « Il était encore en vie. »
Palmier. '
« Le doux fruit du palmier leur offrait une nourriture saine et rafraîchissante. »
(Roman africain.)
Palpiter. Pdtpitei*\de crainte ^ de joie, d'espérance. — Son sein 'palpitant d'émotion,
» matin ! ton aspect fait palpiter mon cœur. »
(LéoQard, /rfyife*. liv. I.)
Panorama.
« Devant nous se déroulait un magnifique panorama. »
{SiyU de roman.)
Panthéon. Ce grand citoyen à qui la Grèce aurait décerné les honneurs du Panthéon. — En France on a vu trataer à régoût des cadavres qui avaient eu les honneurs du Panthéon. Toujours de r exagération en politique comme en tout.
Pâquerette. La fleur des amoureux. On en effeuille beaucoup dans les romans.
Les champs tout émaillés de coquelicots et de paqturettcs.
Pâques. A Pâques ou à la Trinité. — C'est-à-dire dans un temps très éloigné; réminiscence de la célèbre chanson de Malbroughf encore plus célèbre en 4781 que de nos jours. Ce fut M"'' Poitrine, nourrice du Dauphin, fils de Louis XVI, qui la propagea ; Poitrine, quel nom prédestiné pour une nourrice I L'auteui* de Malorough est
inconnu. La chanson date probablement de 4709, après la bataille de Malplaquet.
Pa&âdis. U faut croire que le paradis est dans l'autre monde, puisque Tenfer est dans celui-ci, pour tant de gens. — Faire son paradis sur cette terre. — Paris est le paradis des femmes et l'enfer des chevaux. — Ceci est, pour les femmes, un peu exagéré ; demandez aux ouvrières en lingerie qui gagnent en moyenne de 90 cent, à i fr. tO à faire des chemises, en travaillant douze heures par jour. Déjà du temps de Corneille, Paris avait la réputation d'être le paradis des femmes.
« Il est riche, et de plus, il demeure à Paris, « Où des dames, dit-on, est le vrai paradis. »
[Da Suite du Menteur, acte II, se. i.)
Parc.
» Ce soir à minuit, à la petite grille du parc. — J'y serai, silence ! on nous observe. »
u On a sonné, je crois ! à la grille du parc. »
{Style de théâtre.) « Eh bien, Jacqueline, est-ce que tu n*a pas entendu sonner là-bas, à la petite porte du parc ? »
(Scribe et C. Delavignc. Le Vieux Garçon, et la Petite Fille, 1822.)
ttUne voiture vient de s'arrêter; on a sonné à la grille du parc. »
(E. Scribe. Le Valet de son rival, se. u. 1816.)
Pardon. Pardonner. Pardon pour une fUle égarée,
u Je vous pardonne. Puisse Dieu, lui aussi, vous pardonner ! »
(Style de théâtre.) «Peut-être, alors. Dieu me pardonnerait un jourl... oh! oui!... Dieul... {avec douleur) mais luil... jamais! »
(Boulé, Rimbaut et Dupré. Emery le Négociant,)
La mort ne pardonne à personne. — U ne manquerait plus qu'elle pardonnât à quelques-uns ! C'est pour le coup qu'il y en aurait des mécontents !
Parer.
« On était aux premiers jours du printemps. Déjà la campagne se parait des plus nches couleurs. »
(Style de roman. Commencement d'un chapitre.
Paris. Paris^ la capitale des arts et de la civilisation. Paris, la Bahylone moderne, Paris, le cerveau du monde.
Paris, l'auberge du monde.
Etre venu à Paris en sabots. — Moi qui vous parie, monsieur, en 48.. je suis venu à Pans en sabots, et maintenant je roule carrosse.
« On peut dire de lui ce qu'on se plaît à répéter de beaucoup d'enrichis et de parvenus : Il vint à Paris en sabots. » (Le D' Véron. Cinq cents mille fraties de rente. 1856.)
Que de gens prétendent être venus à Paris en sabots, qui omettent ae parler d'une bonne gredinerie qui les a enrichis 1
Tout Paris. — Les heureux du monde parisien, ceux qui épuisent la coupe de tous les plaisirs, ceux qui ont la virginité de tous les spectacles, de toutes les fêtes.
« Du reste, excepté vous, tout Paris était là. »
(Collin d'HarleTille. Les Mœurs du jour, acte II, se. xi. 1800.)
Parfum. Le parfum de la femme aimée. Respirer le doux parfum des fleurs.
« Le parfum enivrant de sa chevelure avait porté le trouble aans mes sens embrasés. »
Le parfum des fleurs embaume Vair.
« Ah ! mon ami, quel pai-fum mes fleurs répandent sur cette terrasse! Tair en est embaumé. »
(Ancclot et A. Decomberousse. Le Tapissier, acte II, se. i. iSîS.l
Parler. Il parle comme un livre. — C'est-à-dire il parie bien. Et, pourtant, combien de livres parlent mal!
<t II semble que vous ayez appris cela par cœur, et vous pariez tout comme un livre.
(Molière. Le Festin de Pierre, acte I, se. n.j
Parler au cœur. C'est le plus souvent le langage des yeux qui parle au cœur.
« En vain à l'esprit on s'explique, tt Quand on ne parie pas au cœur.
{Système déplaisir, Ohans. chobies. 1783.)
Parodier. — On ne parodie que les œuvres qui sortent de l'ordinaire. Voilà pourquoi l'on ne compte pas beaucoup de parodies, surtout depuis quelque temps.
Parole. La parole a été donnée à l'homme pour déguiser s>i pensée. Et au besoin pour déguiser la pensée des autres.
La parole est le plus bel attribut de V?iomme. — Peutêtre, mais à condition qu'il n'en abusera pas trop comme font certains orateurs à la tribune.
« Quel misérable emploi du don de la parole, de ce bel
attribut de l'homme, et que Dieu n'a donné qu'à lui seul entre ses créatures ! »
(Andrieux. Mélanges en prose.)
ARQUE. La Parque cruelle a tranché le fil de ses jours.
(Genre clcusique.) « Et dans l'instant fatal où la Parque ennemie « Coupera de mes jours le fil délicieux. »>
(Louis Racine. Odes.)
Tous les chansonniers du Caveau, à Texemple de leurs prédécesseurs, ont chanté la « Parque » en la narguant. C'était le couplet final d'usage, comme le couplet chauvin fut l'avant- dernier couplet des vaude-
• llllSIi6S.
« Si jusqu'ici du noir trio
« La mam meurtrière,
« N'a pas mis d'un coup de ciseau
« Fin a ma carrière. »
(Désaugiers.) « Puis quand la barque arrive « Gaiment sautons le pas, « Qui sait si l'on n'a pas « Des banquets sur loutre rive. »
{Ibidem.) « Grisons le dieu de l'Averne « Et faisons de sa caverne « Notre dernier cabaret. »
(Moreau.)
« Et malgré le diable et ses cornes, « Aux enfers un jour nous rirons. »
(Armand Gouffé.) « En chemin si la Parque, « Par hasard, nous remarque « Et tire son ciseau. »
(Ibidem. ) « De marbre ni de porphyre « Qu'on ne fasse mon tombeau, « Pour cercueil je ne désire « Que le contour d'un tonneau. »
(Maître Adam.)
« Le sage sait que le trépas
« Veut renverser sa table.
« C'est un accident.
<( Mais, en attendant
« Qu'à mon convoi le chantre,
'( En mauvais latin,
« Braille un beau matin :
« Moi, je remplis mon ventre. »
(MarciUac.)
« S*il faut qu'à la sombre rive, « Tôt ou tard chacun arrive, « Vivons exempts de chagrin, ce Et que la Parque inhumaine, « Au tombeau ne nous entraîne « Qu'ivres d'amour et de vin. »
(Laujon.)
« Il nous faut bientôt aussi « Quitter ce beau pays-ci ; « Caron, dit-on, nous attend, « Souvenez-vous-en; « Quand on a fini son cours « Il faut partir pour toujours. »
(M'i* Cosson. Les Souvenirs.)
Partager. Partager l'opinion de Vhonorable préopinarU.
{Style de député.) Pas.
«J'entends des pas dans ] e jardin... c'est lui I mon cœur me l'a dit. »
fStyle de théàtre.J
« Ces pas» qui, au théâtre, font palpiter le cœur delà jeune première, ont été | ainsi parodiés : ,
« Les pas d*un cheval !... ciel ! c'est mon amant !... » |
« Le premier pas se fait sans qu'on y pense « Craint-on jamais ce qu'on ne prévoit pas? » 1
(Bouilly, Le Premier pas.) I
C'est ce premier pas que tant de femmes regrettent ; d'autres sont assez adroites pour laisser croire que le | centième est le premier. Les hommes sont si naïfs quand leur amour-propre est en jeu ! i
Passage. La vie n'est qu'un passage.— Vour bien des gens ce n'est qu'un cul-de-sac. i
Passer. Passer au fil de l'épée, — Toute la garnison fut passée au fil de Vépée, ^On ne peut pas se passer d'ar- 1 gent. — Tout passe avec le temps, — Passer sa vie entre ' l'amour et l'amitié. — Passer du grave au doux, du plaisant au sévère. '
Passion. Passionnément. Passionner. la passion ne raisonm pas, ne calcule pas. — N'écouter que sa passion. — t^tre k jouet de ses passions. — Ma passion ne connaît plus de bornes, — Le torrent des passions. Le déchainement des passions.
« Si elle (la Révolution) n*étalt que le renversement des trônes, le déchaînement des passions populaires. »
[Journal officiel. — Compte rendu de laêéanee de la Chambre des députés au 16 novemltre 4878. Discours de H. de Mun.)
« On apprit qu'une Anglaise avait allumé dans son âme la plus ardente passion.»
(Jules DaTid. Lucien Spabna, Ut. II. 1835.)
Passionnément. — Il m'aime un peuy beaucoup^ passion' nément!
Passionner. — Du calme !... ne passionnez pas la discussion !
(Style de président de la Chambre.)
La plupart des hommes sont esclaves de leurs passions. Ldchfir la bride à ses passions.
(i Heureux, heureux Fhomme sage,
K A qui ces réflexions
« Ont appris à faire usage
a Tour a tour des passions ;
« Qui, conducteur mtrépide,
« Sait et leur lâcher laoride
« Et, s'il (aut, les retenir. »
(La Farc, Odea.)
Pastel.
« Sa tête aux moelleux contours, ses traits, pleins de finesse, rappelaient un de ces délicieux pastels de Latour. »
(Boman genre xtiii* siècle.)
Pater. Ça lui est défendu comme le Pater aux ânes. — C'est une chose qu'il n'est pas capable de faire.
Paternel.
« Le respect que je dois à Tautorité paternelle ne saurait exiger un pareil sacrifice ; mon père ! je Faime ! cette femme ! je Taime plus que ma vie ! je l'aime à en mourir I ■
{Style de roman.)
Patrimoine. Uhonneur est mon seul patrimoine.
» Mes ancêtres m'ont légué, pour tout patrimoine, un nom pur et sans tache. »
Patrie. Patriotique. Fouler le sol sacré de la patrie. — Vaincre ou mourir pour la défense de la patrie.
Voler au secours de la patrie en danger, « Comme en 92, j'aurais volé le premier au secours de la patrie en danger. »
(Empis. Julie ou la Séparation, acte II se. i.)
231t DICTIONNAIRE
Animé des plus purs sentiments patriotiques. — Anim d'une patriotique ardeur.
Pavé. Pavé'^ de Vours. — Eloge exagéré et maladroit. Qw de pavés de Tours l'on rencontre, dans les éloges de journaux ! C'est une allusion à la fable de La Fontaine L'Ours et l'Amateur des jardins :
« Rien n*est si dangereux qu*un ignorant ami. »
Pavot. — Combien de livres ne sont que des infusions de pavot 1 Morphée verse ses pavots.
« Garde-toi, Dieu du repos,
« De tromper ma douce attente ;
« Sur les yeux de mon amante
c Ne verse point tes pavots. »
(Parny. Poésies mêlées.)
« Un jour la belle Dionée, « Dans un de ces bosquets qui couronnent Paphos
« Fit enlever le fils d*Enée, n Tandis que le sommeil lui versait des pavots. »
(Dorât, Les Baisers.)
Payer. Qui paye ses dettes s'enrichit. — Ce pourrait bien n'être qu'un bruit que les créanciers font courir. Fin... jepairai à M... ou à son ordre la somme de...
(Littérature de ûls de fanôUe.)
Traduction : Trois mois en moyenne de tranquillité: sans compter la ressource du renouvellement.
Payer sa dette à la nature.
u Le fameux Zoèga venait de payer sa dette à la nature. ■ {Chronique indiscrète du xix* siêeU.) j
Pays. I
« Le pays sait déjà de quel cété se trouvent le bon sens . la modération et le patriotisme ; le pays jugera. »
Et la même phrase est consignée, dans des termes à peu près semblables, dans deux organes de la presse d'opinions diamétralement opposées.
Pectoral.
tt Notre pâte pectorale a sur toutes celles connues jusqu'à ce jour, Tavantage de... »
« Notre pâte pectorale, dont Feffîcacité a été reconnue par
Slus de cent attestations de nos sommités médicales, jouit 'une vogue qui défie toute concurrence. >»
« Notre pâte pectorale est le seul remède d'une efficacité
DES LIEUX COUMUNS t39
absolue dans les maladie de la poitrine, du larynx, des bronches et des voies respiratoires. »
(Littérature de pharmaeien.)
Péché. PécJié caché est à moitié pardonné, Aiiome de la doctrine des jésuites.
« Le péché que Ton cache est demi pardonné. »
(Régnier. Satire 1111.) « Le scandale du monde est ce qui fait Toffense 1 « Et ce n*est pas pécher que pécher en silence. »
(Molière. Le Tartuffe, acte IV, se. n.) u Faute cachée est sans offense. »
(F. de Gaufreteau, Chronique bordelaiie. 15<4.)
Pédantismk. Pédant. Un discours bouffi de pédantisme. Les pédants vous dégoûteraient de la science, si elle vl avait pas de si puissants attraits.
Pégase. — Un cheval qui a supporté bien des mauvais cavaliers.
Enfourcher Pégase. Pégase est rétif,
Pîig:<b. Le peigne mordait sa chevelure luamriante,
[Style de roman.)
Sale comme un peigne.
Peignoir. — Chez les romanciers, cet objet de toilette a donné lieu à de grands développements :
« Un pei^oir de mousseline blanche enveloppait son corps digne du ciseau de Phidias. »
* Par un mouvement de gracieuse coquetterie, elle releva le bas de son peignoir de mousseline, qui découvrit un pied d'enfant et la naissance d'une jambe qui eût fait envie à ûiane chasseresse. »
« Un peignoir de cachemire enveloppait la comtesse et dessinait, en les accusant, les contours de son corps admirable auquel la Grèce aurait dressé des autels. »
« Son peignoir entr'ouvert laissait apercevoir la naissance d'une goi^e d'albâtre. »
Peindre. Peinture. Peindre sa flamme. — Un moyen d'embraser le cœur des femmes sensibles qui croient encore aux flammes d'un amour éternel.
« L'autre (rose) te peindra la flamme de mon cœur. » (Dorât. Imitations de poètes latins, Jean Bonnefons.)
« Voilà ce qu'on ne saurait peindre, et ce que tout le cœur de l'homme suffit à peine pour sentir. »
(Chateaubriand. Le Génie dû Christianisme.)
« Il peint avec transport le ravissement au'il a éprouvé en touchant le sol natal après une si lon^e absence. »
(L.-B. Picard. L'HcnnéU Hinmme ou le Niaù.)
Une peinture vive et fine des masurs parisiennes.
(Style de journaliste.)
Peindre sous les plus heureuses couleurs des personnages dessinés d'après les régies de l'art le plus pur,
(Critiqoe d'ait)
« Pour vous peindre leurs feux, vos bergers vous attendent. •
(Dorât. La Danse, chaot IT.)
Prine. Je viens vous solder mon petit confie. — Donneznom donc la peine de vous asseoir.
Monsieur^ je viens vous régler mon petit compte. — Ct n'était pas la peine de vous déranger.
La peine doit-être proportionnée à la faute. — Yovs étiez à la peine y il est juste que vous soyez à l'honneur.
« M. Halanzier avait été à la peine, il était juste qu*il f&t à rhonneur. »
[Petit Journal da 15 nov. 1878.)
Qui n'a pas ses peines? Chacun a ses peines, « Il n*y a personne en ce monde qui n*ait ses peines. * (Plaute. L'Atnphytrion, acte II, se. n.j
Peusse.
« Elle jeta sur ses épaules une riche pelisse de marte ôbe* Une dont le prix eût nourri une pauvre famille pendant une année. »
{Romans démocratiques et soâaux.)
Pelletée.
« Quand la dernière pelletée de terre tomba sur le cercueil avec ce bruit sourd qui résonne jusqu*au plus profood de rame. »
« Quelques pelletées de terre, et tout fut dit. »
Pelouse. Sur la verte pelouse s'ébattait un joyeux emi» d'enfants.
Penchant. Les penchants autorisés par la nature, — L'amour en dehors du mariage.
4t Vous l'avez vu (Papavoine) se privant depuis de longues années des penchants autorisés par la nature quoique i^ prouvés par la morale. »
[Procès Papavoine, 48i$. Béquisitoire de l'av. géi^- * Peyronnet.)
Jamais Prudhomme ne prononça rien de plus complet Faire un crime à un homme de sa chasteté !
D£S LIEUX GOMMUIfS 241
Pensant. Bien pensant Celui qui, en politique, pense comme vous, monsieur.
« Les hommes d*ordre, les hommes bien pensants, voteront pour le candidat de... »
(Style de ehrcukure éleetùrale.)
Traduisez : Tous ceux qui ne voteront pas pour lui ne sont que des scélérats^ des péiroleurs.
Pensée. Pensée consolante. Pensée qui ronge k cœur,
« Et cette pensée ne le quittait point, et elle rongeait son cœur coomie un ver ronge le fhiit où il est caché. »
(Lamennais. Paroles éTun Croyant, ch. xvti.)
Pépinière. Notre école polytechnique est une pépinière de grands hommes. — C'est possible, mais comme ils se connaissent mal en tabac ! et combien les produits de la Havane qii'ils achètent pour le compte du gouvernement empoisonnent le punlic !
Perçant. Une vue perçante comme celle de l'aigle. — La vue particulière aux créanciers.
Peildre. Pour un de perdu dix de retrouvés, disent, le cas échéant, les femmes qui ont toujours au moins deux amants à la fois.
u Quand on perd un amant, on se pourvoit d*un autre. » (Andrieux. Les Étourdis, acte I. m. x.)
« Quand on a tout perdu et qu'on n*a plus d'espoir «t La vie est un opprobre et la mort un devoir.
(Voltaire. Mérope.)
Le second vers a subi une variante célèbre : * tt Du pan de sa chemise on se fait un mouchoir. » « Quand on a rien à perdre , on peut bien tout risquer. » (Laya. L'Ami des Lois, acte I, se. it.)
Perdition. Perdre. Ses yeux sont la perdition de son âme. Quand ce ne sont pas les yeux qui perdent une jeune fille, c'est autre chose; les prétextes ne manquent jamais.
« Si d'ici à demain nous n'avons pas trouvé ces vingt mille francs pour faire honneur à notre signature» nous sommes perdus. Il ne nous reste plus qu'à déposer notre bilan. » (Dialogue entre négociants, fin de mois.)
PÈRE. Corneille est le père de la tragédie française. — Un père qui, malheureusement, a laissé trop d'enfants. Espérons que M. Latour Saint-Ybars mourra sans progéniture littéraire.
De même qu'on appelle Corneille le père de la tra gédie française, il est convenu que Balzac Tépistoliei est : « le père de Téloquence française, comme Mal« herbe le rut de la poésie. »
(Palisflot. Jugement» littéraires.)
Le doux nom de père.
« Dulce patris cognoscere nomen. »
(Claudien. L'JBnlèvement de Proserpine^ IW. I.)
Comme il ressemble à son père! — Cela se dit d'un enfant, lorsqu'on veut faire plaisir au père.
Mon père!... ma fille!... Exclamation mélodramatique poussée au moment de la reconnaissance ; les acteurs doivent tomber dans les bras Tun de l'autre.
Mon vieux père.
tt Réduit seize ans après à pleurer mon vieux père. »
(Boileau. Épttres.) € Mon père, mon vieux père, à l'heure où le repos... »
(Adolphe Dumas. Le Camp det CroùéSi acte I, se. ii. 1838.)
Un père est un caissier donné par la nature. — C'est
la parodie d'un vers d'une tragédie de Baudouin,
épicier droguiste de Saint-Germain-en-Laye.
« Un frère est un ami donné par la nature. » i
Vers qu'a intercalé dans sa Mort d'Abel, 4792, M. Le*
gouvé.
(V. Ed. Fournier. L'Esprit des autres.) i
Ce Baudouin oui, à coup sûr, ignorait le latin, s'éUiii rencontré avec Cicéron :
« Gum propinquis amicitiam natura ipsa peperit, sed ei non satis nabet flrmitatis. »
[De Amieitiâ, cap. VI.) |
Un père se voit revivre dans ses enfants. — Souvent il, n'y a que la foi qui sauve.
« Un père se survit lui-même dans son fils. »
(Soudraka. Le Chariot d'enfant.) I
Perfide. Perfide! vous avez trahi la foi des serments. -» paraît que, pas plus en amour qu'en politique, Icssefj ments ne sont garantis bon teint et inusables. I
Perle. Elle avait des perles pour dents. Dents de perle.
(Littérature de joaillier.) « Sa petite bouche, entr'ouverte par le sourire, sembhl montrer deux rangées de perles au fond d'un cœur de rosfc (V. Ducange. Léonideou la Vieille de Suresm-
« Tes dents, ces perles que j*adore. »
(Dorât. Les Baheri.)
Les perles de la rosée.
« La voit-on (l'aurore) mesurer aux fleurs « L'émail transparent de ses pleurs « Et les perles de sa rosée?»
(Dorât.) « Blanches perles sont ses dents, u Roses sa Douche respire. »
{Chanton aneierme.)
Pébobaison.
« La péroraison de Téminent avocat a été surtout remarquable ; et , sans la solennité du lieu, des applaudissements eussent éclaté de tous côtés dans le prétoire. »
[Style de joumalisUt compte rendu des tribunoMx.)
Perpétrer.
« Le crime a été perpétré avec un cynisme révoltant : je requiers toute la sévérité de la loi contre un si lâche attentat. »
(L*organe du ministère public.)
Persécuter.
« Madame ! un regard, un sourire, un mot , de grâce ! — Vous me persécutez, monsieur! »
Personne.
« Je suis bien aise de vous rencontrer pour vous rappeler ma petite note ; voilà plus de vingt fois que je vais chez vous, et je ne trouve jamais personne. »
(Le créancier malheureux.)
Persuader.
« Soyez persuadé, monsieur, que je n'oublierai jamais le service que vous m'avez rendu avec tant de bonne grâce. » (Reconnaissance de la première heure.)
Perte. Encore une perte pour l'art dramatique, — Commencement d'un article nécrologique.
Pervertir.
« Ces maisons infâmes, lieux de débauche, qui p^ei-vertissent la jeunesse et font de nos enfants des vieillards avant l'âge. »
(Moraliste de salon.)
Pétition. Des pétitions ! encore des pétitions! mettez tout çà au panier.
Pétition de M... tendant à... La Chambre passe à l'ordre du jour. — Ainsi de suite pendant une demi-heure,
t44 DICTIONNAIRE
c*est-à-dire tant qu'il j a des pétitions déposées sur 1< bureau.
Peuple. — Un mot que les ambitieux politiques ont sou vent à la bouche. Ils prétendent travailler pour le boo heur du peuple, à quelque opinion qu'ils appar tiennent; en réalité, ils ne travaillent qu'à établir leoi fortune.
La grande voix du peuple. Agiter le peuple. Les foU du peuple en fureur. Voix du peuple, voix de Dieu. U peuple a parlé. Le peuple souverain,
« Du peuple souverain il défendra les droits. »
(Papny. Poésies mêlées.)
Peur.
« Auriez-vous peur, marquis? — Quand on a, comme moi, bravé la colère de toute une populace déchaînée; quand od a combattu les Kabyles, quand on a chassé le lion en Afrique, le tigre en Nubie, Teléphant en Asie ; quand on porte sur U poitrine ce signe de Thonneur acheté au prix de son sang dans vingt combats, est-ce qu'on a peur?... marchons colonel ! Marchons, et que Dieu nous protège I »
{Style de théâtre.]
Phaéton. I
« Le vicomte descendit d'un élégant phaéton qu*il conduisait lui-même, et, se dirigeant vers le café de Paris... » i
{Roman de 1840.) '
Phalange. Nos glorieuses phalanges. Marchons au scrutin^ en phalanges serrées,
[Style de journaliste.) 1
Phare. Son esprit, comme un phare lumineux, éclaire ît^i questions les plus arides. (Panégyrique d'un grandi orateur.)
Philomèle. — C'est ainsi que les poètes appellent le roâsignol, ce rossignol que les Italiens, peuple mélomane, — c'est eux qui le disent — ne craignent pasd«^ mettre en brochette.
Le silence de la nuit était seul troublé par les accent harmonieux de philomèle,
[Style elassigue.)
H Protège, Dieu puissant, ces enfants de Tamour, « Le doux chardonneret, la fauvette fidèle, « Le folâtre pinson, et surtout philomèle ! »
(Delille. Les Trois Règnes de la naturey chant YII"
HILTRE.
« Par la puissance de quel philtre magique suis-je tombé en son pouvoir? je l'ignore. »
{Genre i-omantique.)
HŒBus. Le blond Phœhus, le patron des photographes. — Le blond Phœbus est tout ce qu'il y a de. plus poétique. — Les caresses du blond Pnœbus dorent les présents de Cérès. Est-ce que le mot soleil vous écorcherait la bouche, ô poètes l
HOQCE.
« Ce n'est pas un phoque ordinaire, un phoque comme on peut en voir tous les jours dans les foires, un de ces phoques vulgaires ; celui que j'ai l'honneur de présenter à l'aimable société ici présente, n'a pas son pareil. »
[Boniment de saltimbanque.)
11 7 a encore les phoques politiques. Ceux-là crient « A l'ordre, à Tordre I » à la moindre incartade de l'orateur.
HOSPHORESCENT. La nuU était profonde; notre navire laissait derrière lui un sillage phosphorescent.
(Style de roman,)
HHYNÉ. Phryné mode^me,
M J'ai vu hier une de nos phrynés modernes, au long voile virginal, s'engouffrer dans un des vastes confessionnal s de notre égUse métropolitaine. »
(Chronique du xn^ siècle.) SYSIONOMIE.
« Une des physionomies les plus originales du monde parisien vient de disparaître. »
Ceci se dit, dans le journalisme, des gens dont on n'a rien à dire, des gens du monde en particulier.
« Deux chevaux pur-sang l'attendaient à la porte du... et piaffaient d'impatience en rongeant leurs freins tout blancs d'écume. »
(Roman» de 1849.)
ANisTE. Piano.
« A l'entrée de l'hiver, une avalanche de pianistes se précipite sur la capitale, et les concerts pfeuvent de toute part. Nous sommes ordinairement très sobre de comptes rendus de ce genre, mais nous ferons une exception en faveur de... •
« Le piano était tenu par M. X., dont le talent d'acco] pagnateur est si apprécié de nos artistes. »
[Style de reporter.)
Pièce. La pièce que nous venons d'avoir l'honneur de repr senter devant vous est de Monsieur, etc. — A chaque pr mière représentation, le mot de la fin.
N. B. Personne dans la salle n'ignore le nom de Tai teur, mais c'est l'usage.
Pied.
a Elle se jeta aux pieds de Tauteur de ses jours, en le coi jurant de consentir à cette union de laquelle dépendait toi son bonheur.»
Des pieds d'enfant, — Des pieds de duchesse qu'ei enviés une Chinoise. — Un pied emprisonné dans un bottine de cuir mordoré.
[Style de roman.)
Partir du pied gauche. C'était, chez les anciens, unsign de mauvais augure. « Sinistro pede profectum. »
(Apulée. Métam. 1. 1.)
On dit communément, en parlant de quelqu'un cpi est de mauvaise humeur^ qu'il <( s'est levé du pie^ gauche ».
Piège. Piège infernal,
« Mais Dieu qui est juste n'a pas permis que je IVisse prii à ce piège infernal. »
(Boulé, Rimbaut et Dupré. Etnery le Négociant. 1842.)
Le piège infernal est du domaine du plus pur roman tique ; le classique, lui, se contente du piège infâme.
f Aussi, pour la voir se prendre à quelque piège infernal à (|uelque bonne rouerie, je donnerais ce que j'aime li mieux. »
(Gh. OesDoyers, Boulé et Chabot de Bouin, Mita VEspagnok acte I. se. Y. 1837.)
Pierre de touche. Le malheur est la pierre de touche rf< l'amitié.
Pilier. Pilier de l'ordre, pilier d'estaminet, pilier decafè.-^ Ces deux derniers ont souvent tant de peine à se soutenir eux-mêmes !
Pilori. Clouer au pilori de l'opinion publique.
« « Ce sont deux renégats : je les cloue an pilori de Topinion publique. »
(C^ de BoQTille, Chambre des députét^ séance du 4Î décembre IS^S.)
Pilote. Le vigilant pilote qui est au gouvernail du vaisseau (k l'Etat.
Plnceau. Nous avons reconnu le pinceau habile du maître.
Pionnier. Pionnier de la civilisation.
Pingre.
€ Mon cher, cessez vos visites, vous ne serez jamais qu'un pingre. »
(Propos de petite dame non satisfaite.)
Pitié.
« Pitié ! monseigneur, pitié pour une pauvre femme, pour une mère infortunée dont le seul tort a été de croire à vos serments! »
CStyle de théâtre.)
Placement.
« Je désirerais faire un bon placement. — Prenez de la rente française : c'est encore ce qu'il y a de plus sûr. »
[Chôx C agent de change.)
Place. Placer.
« Que venez-vous faire ici, chez moi, monsieur? ~ Ma place est entre ma mère et ma fiancée. Ah I vous avez cru que vous pouviez vous jouer impunément de l'honneur de toute une famille? »
{Style de théâtre).
c Monsieur, je n'ai que ma place pour vivre et pour aire vivre ma famille ; que voulez-vous que nous devenions, que voulez-vous que devienne ma pauvre mère infirme ? »
(Style d'employé remercié.)
« Placé à un poste d'honneur, je saurai me rendre digne de votre confiance. »
(Style de gérant d'une compagnie quelconque.)
Plage.
» La plage de..., est décidément cette année le rendez-vous du monde élégant.»
CStyle de reporter.)
Plagiaire.
« Vous n'êtes qu'un plagiaire. — Vous en êtes un autre. »
(Aménitéi d^auteur à auteur.)
Plaidoyer,
« Dans un remarquable plaidoyer, que le manque d'espace ne nous permet pjàs de reproduire en entier, l'émment avocat s*est attaché à faire ressortir.:. »
[Compte rendu des tribunaux.)
Plaie. La plaie est belle,
(Propos de médecin.)
Le paupérisme est la plaie des grands Etats. ■— Retourner le poignard dans la plaie,
Plmndre. Plainte. Plaintif.
« Vous avez mille écus de rente, de quoi vous plaignezvous, mon neveu? »
« Il y a contre vous de justes sujets de plaintes qui m'onl été adressées de plusieurs côtés. »
{StyU de chef de bureau,)
Sa voix plaintive allait à l'âme,
Plaine. Plaine humide, — Plaine liquide,
« Ciel ! que de sang versé teindra Thumide plaine ! »
(Gilbert. Odes.) c< Deux cents vaisseaux fendent l'humide plaine.»
(Parny. Goddam ! chant n.) a Et Ton voit tout autour les vertes néréides « Escorter le bateau sur les plaines humides. »
(Pierre de Saint-Louis. La MagdaleiméHe.) € Cependant, sur le dos de la plaine liquide, « S'élève à gros bouillons une montagne humide. »
(Racine, Phèdre.)
Plaire.
« Et s'il me plaît à moi de soutenir le contraire, ce B'e^ pas vous qui m'en empêcherez.»
On n'est pas louis d'or pour plaire à tout le monde. - On n'aime pas ce qui est beau, on aime ce qui plait.
Plaisanterie. Plaisanter. Amère plaisanterie, — Il ne H jamais dépasser les bornes d'une honnête plaisanterie. Allez plaisanter avec vos pareils.
Plan.
« Expliquez-vous I — J'ai mon plan. »
(Renouvelé du plan de Trochn.)
DES LIEUX COMMUNS 24d
Planer.
a Captif à Sainte-Hélène, le génie de Napoléon planait encore sur TEurope. »
(Genre Harco Saint-Hilaire.)
La mort plane,
a La mort dans ces régions était venue planer sur cet enfant qui, à la fois son neveu (de Napoléon 1er} «t son fils adoptif, avait, par sa naissance, tant resserré le nœud qui i'attactiait à Joséptiine par Hortense et à Hortense par Joséphine. »
(Mémoires de Fouché.)
Plante.
« Pareille à une frêle plante que le jardinier protège contre les rig:ueurs des frimas, la jeune Eléonore fut pour son père Tobjet des plus tendres soins. »
(Style de roman.)
Plaque.
« J*ai Tavantage de vous annoncer que le roi, mon maître, en récompense ae vos services, vous a nommé commandeur de son ordre du... — Avec plaque ? — Avec plaque. »
Plébiscite •
« Vous faussez le suffrage universel avec le plébiscite. •
(Cri du clan démocratique.)
« Le plébiscite est la plus haute expression du suffrage universel. »
(Cri du clan bonapartiste.)
Pléiade.
« La brillante pléiade de nos jeunes poètes compte dans son sein un nouveau nourrisson des Muses. Aujourd'hui vient de paraître chez l'éditeur X... un recueil de poésies empreintes de cette douce tristesse qui rappelle la manière de Millevoye. »
[Réclame bibliographique,)
Plénitude. Il s'est éteint dans toute la plénitude de ses facultés.
« A rage de plus de quatre-vingts ans, il jouissait encore de toute la plénitude de ses facultés. »
Pleubs. Pleuber.
« A cette beure où la campagne, toute baignée des pleurs de rauror#, semble sortir du sommeil. »
[Stffle de ronutn.)
Pleurer toutes les larmes de son corps, Lugete vénères, cupidonesque.
Gela est galant à dire quand une femme, une actrî(
Far exemple, quitte un scène française pour aller étranger^ en Russie ou ailleurs.
Pleurer sur la tombe.
« La muse élégiaque pleure encore sur la tombe ( Parny. »
(Jouy. L'Ermite de la Chaussée'd^ Antin^ discours prél minaire. 1825.)
Arroser de ses pleurs,
« En disant ces mots, il arrose de ses pleurs la statue é ce grand homme (Napoléon 1er). »
(GrainTiUe, Le Dernier honneur.)
Pleuvoir. Fasse le ciel pleuvoir sur lui ses bénédictions!
(Phrase de bénisseur plus ou moins théâtral.)
Plier. Plier sous le joug humiliant de l'esclavage. — Plie sous l'autorité paternelle. — Savoir se plier aux circons tances. — Les caractères d'élite ne plient pas, ils rompen comme le chêne de la fable.
Plomb.
u Atteint d'un plomb mortel, le jeune guerrier expire ei prononçant le nom sacré de la patrie. »
{Roman genre classique.)
Plonger. Plongé dans d'améres réflexions. — Plongé dam un abime de douleurs. — Plongé dans la plus crapuleust débauche. — Plonger un poignard dans le sein.
« Cette tigresse (Charlotte Corday) tire un poignard de son sein et le plonge dans celui du trop malheureux Ami di peuple. »
[Rapport du comité de sûreté générale relatif à Vassassinai de Marat, 46 juillet 479S,)
a Vous croyez que de telles paroles devraient me consoler, et elles enfoncent au contraire le poignard plus avant dans mon sein. »
(M"* Cottin. Elisabeth.)
« Casser mon mariaçe avec un tel dessein, c C'est vouloir me plonger un poignard dans le sein. » (Destouches, Le Philosophe marié, acte V. se. ni.)
« Plongée dans une misère affreuse, elle ne pouvait voir, sans un sentiment de jalousie, ce luxe qui semmait insulte^ à son triste état. »
{Roman humanitttire.)
Poids. Le poids des ans. -^ Supporter gaillardement le poid^
des ans. — Ha deux poids et deux mesures. — C'est un homme de poids. — Le poids des réflexions.
a A quoi rêvez- vous ainsi ? dit la duchesse d'Alvano en le voyant accablé sous le poids de ces réflexions pénibles. » [(Sophie Gay. Un Mariage sous l'Empire^ 1832.)
^OIGNÉE.
« Il s^élança à la tête d'une poignée de braves et bientôt il eût enlevé la position. »
{Roman militaire.)
^oisoN. Le poison est l'arme des lâches.
Il n'a pas craint de répandre dans cette âme naïve le poison de la flatterie. — Les entrailles de la victime soumises à l'analyse ont présenté les traces du poison.
« Vous ne répondez pas?... Eh bien ! c'était du poison ! — C'était du poison I... »
(F. Cornu et H. Auger. Pauvre mère.)
Le poison de la calomnie.
« C'est pourtant sur cette femme (la duchesse de Berry)
au'une misérable et lâche coterie a essayé, mais sans succès, e déverser les poisons de la calomnie. »
{Almana^^h de la Bonne Duchesse.)
Le poison s'inflltre dans Vâme.
« Tais-toi I tais-toi I... tes conseils s'infiltrent dans mon âme comme un invincible poison. »
(Ch. Lafont. La Famille Moronval, acte I. se. ti. f 834.)
Politique. Exploitation d'un État par un seul ou par plusieurs.
« Une sage politique est celle qui, s'inspirant des vœux de la nation, est la première à réclamer l'application des idées libérales. »
c Cette politique de casse-cou conduira le pays au fond d'un abîme dont nul ne peut sonder la profondeur. »
(Style de journaliste.)
0L.ONAIS. Les Polonais nos frères. — Les Polonais, ces martyrs de la nationalité. — 11 y a eu, sous le gouvernement de Juillet, un grand enthousiasme en faveur de la Pologrne et des Polonais. C'était alors une manière comme une autre de faire de l'opposition.
>MHE. La pomme de discorde.
C'est aujourd'hui le pouvoir que se disputent les partis politiques, même ceux qui regrettent la poire.
25t DICTIONNAIRE
et pomme trop fatale !
« Les doigts y sont à peine reposés « Que la vapeur du venin gu'eile exhale « Trouble soudain les esprits divisés. »
(B. Imbert. Le Jugement de Paris, chant. I.)
Pompe. Renoncer à Satan et à ses pompes, — Renoncer m monde et à ses pompes. — Les pompes du monde, souvent des pompes funèbres.
Populace. Vile popukLce, — Vulgus ignobile.
G*est la vile populace qui se presse au pied de Téchafaud les jours d'exécutions; et, parmi cette [vile populace, mie de candidats à Téchafaud suivant, TexpressioD d'Apulée « crucis candidatus » I
Porcine.
«La race porcinedonne, chaque année, d'excellents résultat?, ffrâce aux soins intelligents des éleveurs. Cette année, un pas oe plus a été fait, et nous avons pu 'présenter au concours des animaux sur lesquels j'appellerai particulièrement votre attention. »
(Discours d'un comice <igricole. l
Port. Port majestuetix. Port de reine. — Le port des demoiselles qui jouent les princesses au théâtre, dans iesi féeries. I
Porte. Lorsque les portes de l'Éternité s'ouvriront.
Les portes du tombeau, '
«Tu sais comment j'ai vécu. Avant que tu reçoives c billet les portes de l'éternité seront peut-être ouvertes pourj moi. »
(La Fontaine. Lettre à sa femme.] i
» Cette affaire désespéra le pauvie M. Thiébaud, et le nuti aux portes du tombeau. »
[Chronique indiscrète du xix« siècle. 18^ € Il s'est fait en elle une révolution qui l'a conduite ei bien peu de temps aux portes du tombeau. »
(Ch. Lafont. La Famille Aforonval^ acte II. se. i.;
Portée. La portée de ces paroles n'échappera, je pensi\ personne, — Mesurez la portée de vos paroles !
Portefeuille. Portefeuille ministériel. — Le rêve de toi homme politique. En France la chute des portefeuilli se renouvelle plus souvent que la chute des feuilles.
« Le portefeuille de... ne saurait être confié à de meilleures mains ; le nouveau titulaire, etc. »
(Coup d'encensoir de journaliste ami du pouvoir et ami de tous les ministres.)
^ORTER. Porteur.
« Depuis uti mois la foule se porte chaque soir au théâtre de... pour assister aux représentations de... Tous les soirs on refuse du monde au bureau. »
C'est à ce prix que les journaux obtiennent des places gratis.
Je vous prie de remettre au porteur de la présente la somme de...
'ORTRAiT. Tracer un portrait flatteur de la situation. — Portrait de ma mère.
« Je ne fus, moi, qu'un enfant abandonné, recueilli par des mendiants qui m'ont ramassé, parce que j'avais au cou le portrait de ma mère qui était entouré d un cercle d'or. »
(Joseph Bouchardy. Les En fonts- Trouvés, acte I. se. ir. 1843.)
« Le portrait de ma mère» a été délaissé depuis quelque temps parles dramaturges, comme trop embarrassant. En effet, faites partir du toit conjugal Tépouse infidèle emportant le portrait de sa mère I... A moins que ce ne soit une photographie.
C'est tout le portrait de son père.
« O cher enfantelet, vrai pourtraict de ton père. »
(aotilde Surviile.)
osTE. Poste d'honneur. — • Placé à un poste d'honneur, je ne faillirai pas à mon devoir.
(Harangue d'un haut fonctionnaire.)
osTÉRiTÉ. La postérité nous jugera. — Transmettre V exemple de ses vertus à la postérité la plus reculée. — Transmettre un nom glorieux à la postérité.
« Soyez certains, messieurs, que la postérité ratifiera le jugement des contemporains de l'illustre homme d'État dont nous déplorons la perte. Dès à présent, il commence à entrer dans l'histoire. »
{Oraison funèbre.)
ouLs. Tâter le pouls à l'opinion publique. C'est le devoir d'un politique habile; mais combien sont rares les politiques habiles!
'ouRRm. Pourrir sur la paille humide des cachots.
t54 DICTIONNAIRE
Pouvoir. C'est le creuset où Ton juge les hommes politiques. — On dirait que le pouvoir est un précipice du sommet duquel les hommes, pris de vertige, se laissent tomber. — Quel est l'homme qui, arrivé au pouvoir, ne reniera pas les principes de toute sa vie? encore un effet du vertige.
« Mandataires du peuple, nous ne cesserons d'élever la voix contre les empiétements du pouvoir personnel. »
« C'est par la pondération des pouvoirs qu'un sajge gouvernement doit trouver les forces nécessaires pour maintenir son équilibre. »
(Axiome de danseur sur la corde raide de la politique.)
Pouvoir. On fait ce qu'on peut. Propos que les paresseux ont trop souvent à la bouche. — Combien plus il est glorieux de faire ce qu'on ne peut pas !
«t Mais cet aveu lui fit comprendre « Qu'on fait ce qu'on peut « Et non pas ce qu'on veut.
(Riboatet. La Bergère exigeante^ chans.)
Premier. Le premier né de la nature.
Ce n'est pas un naturaliste qui aurait décroché ce trope 1 Heureusement pour lui.
« Déjà le premier né de la nature s'avance. »
(H-* Cottin. Claire dTAlbe.)
Prendre. Pour qui me prenez-vous f — Exclamation d'une! beauté qui veut faire croire à sa vertu. Ordinairement, | les Lovelaces répondent : « Pour moi. »
« Le drôle, en mon tablier,
« Voulait piller i
« Bouquets cueillis pour ma mère, « S'offrant à me les paver. '
« Mais je lui dis en colère :
« Pour qui me prenez-vous, Lucas?
« Ça ne se vend pas. »
(Laujon. La Scrupuleuse^ chaDS.)
Préopinant. L'honorable préopinant. — M. Dufaure est le dernier qui se serve du vocable « préopinant ».
« Je me serais abstenu encore, et, pour dire vrai, je vais le faire dans l'élection de l'honorable préopinant. » |
(M. Dufaure. Chambre des députés^ séance du 18 n<m. 4878-}
S'associer à l'opinion de l'honorable préopinant - Quelques députés risquaient jadis, à la tribune, rell^' phrase, parce qu'ils trouvaient qu'on avait trop abusêl
DES LIEIX COMMUNS 255
du : « partager ropinion de Thonorable préopinant ». On sait que jamais nos députés n'ont manqué d'imagination.
Préparer.
« H conyient de ])réparer les esprits au sage examen d'une aussi délicate question que celle qui nous oivise. »
(Dans les bureaux de la Chambre.)
Naturellement chacun garde son opinion au moment du vote.
Prépondérance.
« Nous ne saurions accepter la prépondérance d'aucun des trois pouvoirs publics. »
Quand il y a de la brouille dans le ménage gouvernemental, cette phrase se produit généralement à la Chambre.
Presbytère.
« L'humble presbytère, attenant d'un côté à la maison d'école, s'adossait, de l'autre, au mur du cimetière. »
(Topographie de tous les humbles presbytères de France.)
Prescrire. Prescription. Le docteur a prescrit une diète sévère. Observer à la lettre les prescriptions de la Faculté, — • Croyez ça et buvez de l'eau », doivent penser les homéopathes en administrant leurs drogues.
Présentation. Présenter. A présentation, veuillez par cette seule de change ^ payer...
S'est-on présenté pour cet effet ?
Ici se présente une grande difficulté qui n'échappera à personne,
<i II se présente comme un homme du meilleur monde, et grâce à ses belles relations, etc. »
Préservatif.
« Ce nouveau médicament est un puissant préservatif contre les affections du... »
Suit le dénombrement de plus cent maladies.
Présidence. — L'ombre de la royauté dans les pays soumis au traitement républicain.
« M. X.., appelé par le chef de l'Etat à la présidence du conseil des mmistres, est une des personnalités les plus marquantes du monde politique, et un des partisans les plus éclairés du gouvernement du pays par le pays. »
{Côté des scUis faits.)
« M. X..., à qui a été confiée la présidence du nouveau mi nistère, est un des coryphées de la réaction et le partisan h plus compromis du pouvoir personnel. »
{Côté des mécontents.)
Presse. La presse. — Un instrument redoutable dont k pouvoir est si grand qu'il empêche qui que ce soit, peutêtre, d'être au-dessus de la loi.
La presse est comme la langue de la fable d'Esope. Lu presse est comme la lance d'Achille.
Les licences effrénées d'une presse immonde. \
« Dans un pays libre, la presse doit être libre, libre comme en Angleterre, libre comme aux Etats-Unis. »
Il faut arrêter les débordements de la pi^esse, \
« Le gouvernement ne saurait rester désarmé en présence des attaques incessantes d'une presse malveillante, qui ne craint pas de traîner dans la boue tout ce qu'il y a de plus sacré et de plus respectable au monde. »
« La presse réactionnaire, qui n'a rien appris et rien oublié, voudrait nous ramener avant 89. »
Pression.
« La pression administrative s'est exercée d'une manière scandaleuse, et a cherché à étouffer la liberté des votes. »
{Echo des élections.)
Prestance. Sa noble prestance imposait le respect.
Prestige.
« Nous ne sommes plus avant 89 pour nous en laisser imposer par le prestige d'un grand nom; il n'y a plus aujourd'hui, pour des hommes libres, que le prestige du talent. »
Présumer. Présumer trop de ses forces.
« Ma chère amie, quand me permettrez-vous de vous conduire à l'autel et de vous donner le doux nom de femme ? — Vous présumez peut-être trop de vos forces. »
(Dialogue entre un i^ieiUard et une Agnès.)
Présupposer. — Il n'y a que les troupiers qui se servent de ce verbe.
« Que je présuppose, mon capitaine, que le nommé Pitou n'a pas obtempéré aux injections du mar-chef. »
Prêter. Voulez-vous me prêter dnq francs ?
(Rengaine de bohème.)
On ne peut rien prêter là-dessus. — Rengaine d'employé du Mont-de Piété en présence d'un paquet de vieilles bardes.
DES LIEUX COMMUNS f 57
Prêter le flanc à la calomnie.
Prêter l'oreille à des propositions malhonnêtes.
Prêtre. Prêtresse. Le prêtre vit de l'autel,
« Je ne dis pas, il y a de bons prêtres, certainement, mais... Pourquoi les prêtres ne se marient-ils pas comme chez les protestants et chez les Israélites? La confession, voyez-YOUs, monsieur... »
« Voltaire, en voilà un qui n'aimait pas les prêtres I.» a Ces journalistes, qui déjeunent chaque matin d'une tranche de prêtre. »
(Bourgeoisiana,)
« C'était une prêtresse de Vénus, une de ces femmes folles de leur corps, qui passent leur temps dans l'orgie la plus échevelée, et sont la honte de leur sexe. »
Preuve. — Quel mot, quelle ressource pour les dramaturges ! — 11 n'existe pas d'ancien mélodrame où l'on ne coure quatre actes durant après une preuve que l'on croit toijyours saisir et qui échappe toujours.
« Cette preuve, il me la faut à tout prix. — Vous Taurez. — Quand? — Ce soir. — Où? — Ici. Silence et mystère. »
« Mais que je puisse lui dire gue je suis sa mère; qu'il puisse en avoir la preuve... Cet écrit... qu'il le lise une seule fois !.. . une seule fois !.. . »
(F. Cornu et H. Àuger. Pauvre mère. 4837.)
« Vous pouvez me tuer, ma mort ne vous sauverait pas... toutes mes précautions sont prises... La preuve de votre crime est dans des mains sûres. »
{Idem.) « Non... elle n'est plus là, la preuve que tu cherches... et qui te perdra un jour. »
(Lockroy et Anicet. ^Impératrice et la Juive, acte III, se. Yiii. 4834.)
« La preuve que lu cherches, devine qui la possède maintenant. »
{Idem, acte IV, se. i.)
« Eh bien ! arrache-moi ces preuves. »
{Idem, acte V, se. m.)
« Cet enfant est le tien, as-tu dit. La preuve? »
(Idem, acte V, se. y.)
« Les preuves de sa naissance, où sont-elles? »
{Idem, acte V, se. v.)
« Et les preuves me seraient enlevées ! »
{Paul Fouchep et Alboise. La Salpêtrière, acte III, se. xiv.)
't Mes preuves sont en sûreté... Je puis parler. »
{Idem, acte III, se. xvi.)
La Ghalotais : — • « Traître au roi, à la France... J'en ai les preuves. »
Yyon : a — Où sont-elles ? »
La Ghalotais : — « Viens, tu les verras. »
(Paul Foucher et Alboise. La Salpétriêre, acte IV, se. x.) K Oui, je suis le fils de Tamiral ; car voici dans ce testament la preuve de ma naissance et de votre trahison, comte de Lussan. »
{Ideniy acte V, ac. v.)
Jacques : — « Le ciel, mon enfant, doit çuider celui qu vient de me donner une preuve écrite de l'innocence de ta mère. »
GATHBftmE : — « Une preuve écrite ? »
Jacques : — « Tenez, lisez. »
(Joseph Bouchardy. La Sœur du muletier.)
« Et cette preuve, tu nous la diras... n'est-ce pas ? »
(Frédéric Soulié. La Closerie des Genétty acte III.)
« Lisez donc jusqu'à la fin ces pages que vous avez surprises !... vous y avez trouvé les traces du combat, vous y trouverez aussi les preuves de la victoire. »
(Ad. d'Ennery et Ch. Edmond. L'Aïeule.)
Ghavernt : — « Moi, madame, je vous apporte la preuve que votre fille existe. »
La princesse : — - c Vous avez dit la preuve ? »
Ghaveant : — « La voilà. »
La princesse : — « (Avec joie) Une preuve... enfin!... » (Anicet-Bourgeois et Paul Féval. Le Bossu, acte II.)
Ghaveent : — « D'autant mieux que mon cher cousin a certainement entre les mains les preuves de la naissance de mademoiselle. »
GoKZAGUE : — « Les preuves I »
Ghavernt : — « Sans doute , les pages arrachées du registre du chapelain. »
{Idem,)
Prévision. L'événement a justifié mes prévisions.
Prier. Prière.
« Priez Dieu, madame, pour que ma fille me soit rendue, ou malheur à vous ! »
{Style de théâtre.)
« Écoutez la prière d'une pauvre orpheline et Dieu vous bénira, madame la comtesse. »
(Style de théâtre.)
« Le ciel n'est pas resté sourd à mes prières. »
(F. Cornu et H. Auger. Pauvre mère.)
Primeur. Avoir la primeur d'un ouvrage.
Les primeurs sont hors de prix cette année,
(Rengaine deg bonnes ménagères.)
Principe. Les immortels principes de 89.
« Les principes immortels de notre glorieuse révolution que nos pères ont scellée de leur sang. »
(Rengaine politique à l'usage des républicains.)
c La fidélité de ses principes politiques répond à la sagesse de sa conduite. »
Printemps. Le printemps de la vie,
• Et aue le printemps de la vie a S*embeliisse toujours du printemps des vertus. »
(Parny. Poésie» mêlée».)
A peine comptait-elle seize printemps, jeunesse, printemps de la vie! ô printemps, jeunesse de l'année! — C'est tout ce qu'on connaît de Métastase, et encore combien citent la phrase, même en italien, sans se douter de qui elle est !
<i La nature semblait renaître avec le printemps. Déjà les arbres se couvraient de leur verte parure ; déjà, etc. »
{Style de roman.)
(Test pour savoir si le printemps s'avance. Réminiscence du refrain de la chanson populaire : « Gentille Annette, » Cette réponse cache un sous-entendu grivois, lorsque quelqu'un s'éloigne sans dire où il va.
« Gentille Annette, « Tu vas seulette « Sous la coudrette « Chanter le Robin des Bois.
« C'est pour savoir si le printemps s'avance. »
Prise. Donner prise à la médisance. C'est de bonne prise. Une prise, m'me Gibou, s'il vous plaît,
(Propos de portière.)
Prisme. Voir tout à travers le prisme de l'amour.
Prison.
« En prison, moi, mon père!... en prison comme un criminel I... de çrâce messieurs, cet ordre est inique... Mais c'est impossible... mais je suis innocent, mon père, je le jure devant Dieu qui nous entend, et devant ce portrait vénéré de ma sainte mère!... »
{Style de théâtre.)
Affreuse prison.
« Eb bien! pour prix de sa rébellion, une affreuse prisoi où il gémit en ce moment. »
(Paul Foucber et Alboise. La SaLpétrière^ acte lY, se. iv-)
Privation.
«Nul ne saura les privations que je. me suis imposées pour élever ma famille. — Dieu vous en tiendra compte. »
{JérémiaÂea de bùurgeoù.)
Vivre de privations. — C'est de quoi vivent les trois quarts du monde jusqu'à ce qu'ils en meurent.
Priver. La vie privée doit être murée. — A cet effet, M. Guilloutet a fait élever un mur.
J'ai été privé du plaisir de vous voir. — Traduisez : « Combien j'ai été heureux que vous ne soyez pas venu m'ennuyer 1 »
Privilège. — Le droit de grâce est le plus beau privilège d'un prince. — Je crois que nous avons déjà dit quelque chose de semblable à l'article Prérogative ; mais ce sont là des vérités qu'on ne saurait trop répéter.
Prix. Au prix des plus grands sacrifices. La vertu n'a pas de prix. Inutile de marchander, c'est prix fixe.
(Propos de boutiquier.)
Probité. Un homme d'une probité antique, qui n'a jamais failli à sa parole,
« Cette probité commerciale, si rare de nos jours, il la possédait au suprême degré. »
Procès.
« Le procès de... qui s'est déroulé, hier, devant la 10® chambre présidée par M..., avait attiré un nombreux public. Parmi les assistants, nous avons remarqué, etc. »
(Eu tète d'un compte rendu des tribunaux.)
Proclamation. Proclamer.
u C'est le premier Empereur qui s'entendait à lancer une proclamation! »
Les Cieux proclament la gloire de Dieu.
Procurer.
tt Pouvez-vous me procurer une bonne place ? » Combien de fois par jour cette phrase n'est-elle pas répétée ! Les farceurs ont longtemps prétendu qu'ils se seraient bien contentés de la place Vendôme.
Prodigalité.
« Vos folles prodigalités , madame , ont compromis la fortune de notre fille , et si vous ne vous arrêtez pas sur cette pente fatale, c*en est fait; la ruine est au bout. »
Que de femmes n'ont d'autre ressource que la prodigalité des hommes !
Prodiges.
« Nos troupes ont accompli des prodiges de valeurs. » Il faut se méfier des petits prodiges; en grandissant ils se crétinisent.
Prodiguer. Prodiguer son amitié au premier venu, ■— Il y a nombre de gens qui trouvent qu'il vaut encore mieux prodiguer son amitié que son argent.
Produire.
« Quand produirez-vous votre charmante demoiselle dans le monde? — Elle est encore si jeune! »
(Réponse d'uae mère de 50 ans passés.)
« Les dernières scènes du troisième acte ont produit surtout un grand effet. »
{Feuilleton théâtral.)
Professeur. — Combien de professeurs on devrait renvoyer à Fécole l
a L'éminent professeur a inauguré son cours de... au milieu d'un public sympathioue et recueilli. Il a traité de... avec cette autorité à laquelle chacun se plaît à rendre hommage. »
{Feuilleton scientifique.)
Profession. Professer. La noble profession des armes,
« Je professe la plus profonde estime pour le talent et pour le caractère de l'écrivain qui, etc. »
Profil. Se profiler. TJn beau profil grec. Un profil admirable de pureté,
« Le panorama était magnifique, encadré par les Apennins, dont les cimes couvertes de neige se profilaient à Thorizon. »
(Style descriptif.)
Profiter. Profiter d'une bonne occasion. Le bien mal acquis ne profite jamms. — C'est pour cela, peut-être, qu'il y a tant de malheureux.
Profondeur.
« La profondeur des idées, jointe aux agréments du style,
foit que ce livre se recommande à tous les esprits délicats. »
(Notice bibliogn^hique.)
Progrès. Ils veulent entraver la marche du progrès ! « Mon fils fait-il des progrès ? »
(Demande d'un père à un marchand de soupe.)
Proie. Une proie facile. Être en proie à la calomnie. Être la proie des mauvaises passions.
Projet. Projeter. Je connais vos projets et je saurai les déjouer.
Le soleil projetait ses rayons bienfaisants.
{Style de roman.)
Prolétaire. Les souffrances du prolétaire. Il est temps que le régne du prolétaire arrive.
Prophète.
« Je ne voudrais pas être mauvais prophète, mais, à voir la tournure que prennent les événements politiques, il est à présumer qu'avant peu le char de l'Etat roulera dans l'ornière. »
{Propos de eonservatettr.)
Propriété.
« Le morcellement de la propriété constitue la principale richesse de la France. Tandis qu'en Angleterre, etc. »
{Style d'économiste.)
Prostitution. — L'action et même l'art de battre monnaie avec ses charmes, tout comme Thomme de génie bat monnaie avec son cerveau. Mais le monde n'admet pas,
Î>araît-il, de similitudes entre la forme et l'idée, quoiq[ue 'idée, elle aussi, ait besoin d'une forme pour se faire admettre dans la circulation.
La prostitution est une plaie nécessaire dans les grands centres,
{Style d'économiste.)
Protester. Protestation. Nous protestons au nom de h morale outragée. Nous protestons au nom de la loi indignement violée, — La loi est une femme, et, comme femme, il faut bien qu'elle soit violée"de temps à autre. « De nombreuses protestations se sont produites au sujet de l'élection du... »
{Style de député.)
Proverbe. Les proverbes sont la sagesse des nations. •— Une sagesse qui se contredit diablement.
Providence. La main de la Providenee. — Il faut se soumettre aux décrets de la Providence.
Les arrêts de la Providence.
« Us connaîtront dans ma résolution courageuse Tarrèt de la Providence. »
(V. Ducange. Léonide ou la Vieille de Suretnes.)
Bendre grâce à la Providence. Il appartenait aux sansculottes de découvrir la Providence de la liberté. « Rendons grâce à la Providence de la liberté I »
{Rapport du comité de sûreté générale relatif à l'assassinat de Jliarat, 46 juillet 479S.)
Phovisoihe, En France, le provisoire est étemel.
pRDDENCE. Joindre la prudence du serpent à la force du lion.
Public. Le public des premières.
« Le public n'ajoutera aucune créance à des bruits malveillants propagés dans le but d'entraver les négociations entamées au sujet du... »
{Style de journal.)
« Le public se retire vivement impressionné. »
(Cliché consacré par les journalistes lorsqu'ils rendent compte d'un Terdict condamnant l'accusé à la peine de mort.)
Publicité.
« La plus grande publicité doit être donnée à cette affaire, n faut que le jour se fasse, etc. »
[Style de journaliste.)
Grâce aux puissants moyens de publicité dont dispose h presse. — Grâce à la publicUé qui a été donnée à cette affaire.
Pudeur. La pudeur est un des plus grands charmes de la femme.
Puéril.
tt C'est une œuvre puérile qui ne mérite pas un sérieux examen. Aussi ne nous y arrêterons-nous pas. »
[Suivent deux colonnes.)
Puiser.
tt Nos renseignements, puisés aux sources les plus autorisées, nous permettent do démentir la nouvelle du... que notre confrère avait donnée dans son numéro d'hier. »
{Style de journaliste.)
Puissance. Puissant. La puissance de la parole entraîne^
subjugue les masses. Etre revêtu de la puissance royale Faire un noble usage de la toute-puissance.
Le Tout-Puissant dans sa bonté suprême,,. Les événements sont conduits par la main du Tout-Puissant. Les puissants du siècle ne comptent pour rien le reste des hommes.
Puissance suprême.
« Cette puissance suprême qui a construit le monde. »
(Bossuet. Sermon sur la Providence.) « J'en atteste des dieux la puissance suprême. »
(Longepierre. Médée^ acte III , se. i.)
Purgatoire. Faire son purgatoire sur cette terre. — C'est peu, il y en a tant qui y font leur enfer !
Quiétude.
« Une douce quiétude remplissait son âme. »
[Style de roman.)
Raccrocher. Se raccrocher aux branches. — Les hommes politiques, lorsque la tempête révolutionnaire a renversé une dynastie, se raccrochent aux branches d'une autres dynastie, et, au besoin, aux branches de l'arbre de la liberté.
Racine. Couper le mal dans sa racine. — Les énergumènes de 89 ont prétendu, en guillotinant Louis XVi, couper le mal de la monarchie dans sa racine ; ils n'ont abouti qu'à mettre quatre ou cinq partis aux prises. — On dirait que c'est cette tête coupée qui toujours crie vengeance.
Pousser des racines profondes. — L'ambition pousse des racines profondes dans Tâme de tous les hommes politiques. Les politiciens de café rêvent, entre deux tasses, à des sous-préfectures ; les sous- préfets rêvent à des préfectures, et les préfets au conseil d'État. Tout
député vise au ministère, et tout ministre à la popularité.
« L^univers aujourd'hui ne nous demanderait pas compte, si Tarbre de la liberté, poussant des racines profondes, eût résisté à la hache de ceux mêmes qui Tavaient élevé de leurs mains. »
{Mémoires de Fouché, 48U.)
« La foi doit y jeter ses racines profondes. »
(Yoltaire. Alzire^ acte I, se. i.)
Rade. La rade, couverte de navires aux mâts pressés, ressemblait de loin à une forêt. — En retournant la comparaison, et c'est ce qu'on peut toujours faire, on dira : La forêt ressemblait à une rade couverte de navires.
Râbicâlishe. — Rasoir politique qui ne demande qu'à se transformer en couperet de guillotine.
Agiter le specti*e du radicalisme.
« Le radicalisme, c'est la société sans religion, Téglise sans prêtres, Técole sans Dieu. »
{Cliché des journaux eonservateurs.J
Radieux. — L'air radieux est cet épanouissement qui illumine le visage d'un homme au comble de la félicité : par exemple, le visage d'un homme qui vient d'être placé à un poste d'où il a fait chasser son ami ; par exemple encore, le visage d'une femme dont la toilette, dans une soirée, éclipse la toilette 'de ses rivales. £n général, toutes les fois que l'orgueil est satisfait, le visage est radieux.
« Le soleil se levait radieux et noyait l'horizon dans des flots d'or. »
[Style de roman.)
« Au moment où le soleil se levait, radieux et pur, sur les riants coteaux du pays. »
(V* d'Arlincoart. Les Trois Châteaux ^ ch. i.)
Regaillardir. Le vin regaillardit les vieillards, — La vue d'une jolie femme regaillardit un vieux libertin.
Raillerie.
«... Pour un moment, trêve de raillerie;! »
(Corneille. La Suite du Menteur ^ acte III, se. ii.) « Trêve de railleries» monsieur le comte! »
(Paul Foucher et Alboise. La Salpétrière. acte III. se. r.)
« Trêve de railleries » a un certain parfum de gentilhommerie.
<c Monsieur le comte, trêve de railleries, je vous en supplie. »
(Ad. Arnaalt et Louis Judicis. Le$ Cosaques, acte IV, ac. ti.)
On le voit, les beaux esprits se rencontrent.
Raison. Ne pas jouir de toute sa raison. Prendre la raison pour guide, — Ce qui est facile, quand on n'a pas une raison contraire à lui opposer.
Raisonnable.
« Voyons, soyez raisonnable, mettez cinq francs de plus. »
(Paroles de boutiquier à acheteur.)
« Franchement, vous n'êtes pas raisonnable ; ça vaut mieux, regardez bien. »
{Idem, idem.)
« Voyons, Eugène, soyez raisonnable I »
{Une jeunesse fatiguée.]
Raisonnement. Raisonner. Un raisonnement d'enfant. Un raisonnement qui pèche par la base. Ne pas avoir plus de raisonnement qu'un enfant.
Raisonner (pour résonner) comme un tambour mouUlé. — Raisonner sur tout à tort et à travers. Les trois quarts de nos orateurs ne raisonnent pas autrement.
Rajeunir. — - Il ne faut jamais dire à une femme qu'elle rajeunit, si vieille qu'elle soit, car jamais femme ne veut vieillir. Entre hommes^ c'est différent, et un vieillard aimera toujours à s'entendre dire : « Mon cher, mes compliments, vous rajeunissez tous les jours. » 11 y en a qui ne se contentent pas de rajeunir, mais qui noircissent.
Ramassis. Un ramassis de lieux communs qui ont traîné dans tous les journaux, — Sans ce ramassis-là le métier de journaliste serait bien difficile, si difficile que je me suis toujours demandé, en lisant une nouvelle répétée des huit jours de suite]par tous les journaux, quelle était la feuille qui en avait eu la primeur ?
Rame. Immaculée, une rame de papier vaut toujours son prix. « Le bruit des rames frappant Feau en cadence. »
(Style de roman.)
Ramener. Ramener la confiance. — C'est la prétention de tout gouvernement qui succède à un autre.
DES UEUX COMMUNS 267
Son régne glorieux a ramené la paix et l'abondance. Bamener à de meilleurs sentiments,
Kang. Ranger. Le rang suprême. — Dans le monde, il y a une douzaine d*êtres privilégiés, — sont-ils réellement privilégiés ? — qui, pour tenir le rang suprême, ne se sont donné que la peine de naître, et encore cette peine leur a bien peu coûté.
Se ranger à l'avis de Vhonorable préopinant, — Gela n'est pas long à dire et dispense d'un discours à la tribune. Il 7 a un tas de députés qui passent leur vie à se ranger à l'opinion de Thonorable préopinant. C'est tout ce qu'ils peuvent faire pour leurs électeurs.
Ranimer. Ranimer les esprits. — Les esprits se raniment quelquefois par la persuasion et souvent par des spiritueux.
Ce mn fortifiant l'a ranimé, — Le printemps ranime la nature.
Rapidité. Les chevaux couraient avec la rapidité d'un train lancé à toute vitesse. Son esprit avait une rapidité étonnante dans les idées. La rapidité de la pensée j pareille à rétincelle électrique.
Rappeler.
« Je vous prie de me rappeler au souvenir de madame votre épouse. »
« Monsieur, je vous rappelle à l'ordre. — Rappelez-nous tous à l'ordre, alors. »
(Séance orageuse à la Chambre.)
« Vous rappelez-vous le temps heureux de notre enfance, cette époque où nous allions cueillir des bluets dans les champs, et des mûres le long des haies? »
Rappelez-vous vos promesses, rappelez-vous la foi jurée.
(style de roman.)
Rapporter.
« La terre ne rapporte guère plus de 2 1/2 à 3 0/0. — Oui, mais c'est un excellent pfiicement d'argent. »
« Je m'en rapporte entièrement à votre goût pour me guider dans le choix de cette acquisition. »
Il y a des gens c^ui ont toujours l'air de s'en rapporter aux autres, et qui ne font qu'k leur tôte. C'est ainsi qu'un homme marié doit agir vis-à-vis de sa femme, s'il veut avoir la paix dans son ménage.
Rare. Rara avis. — Une femme discrète, rara avis. Un ami fidèle, rara avis. Un homme désintéressé, rara avis. Un comédien sans jalousie, rara avis. En général, rara avis tout individu possédant une qualité solide quelconque.
Rassasier. Il y a des gens qui ne sont rassasiés d'une chose que lorsqu'ils en sont dégoûtés.
<c II ne pouvait se rassasier de la vue de son fils, après une si longue et si douloureuse absence. »
[Style de romatit)
Rassurer. Vous nous rassurez, docteur. — Il faut voir de quel ton et de quel air cela est dit, quand c'est un neveu que le docteur rassure sur l'état d'un oncle à héritage ; traduisez : « Vous me troublez, et me désespérez, docteur. »
« Savez-vous que vous n'êtes pas rassurant, mon cher? » En temps d'épidémie, en temps de çuerre ou de troubles, combien de fois,cette phrase sur les lèvres des poltrons, sur les lèvres de la moitié des hommes I
Rayer.
« Le soleil qui éclairait la chambre rayait les rideaux de lames d'or. »
[Style de roman.)
Vous pouvez rayer ça de vos tablettes.
Rayon. Un rayon d'espoir traversa son esprit.
Rayonner. Ses yeux rayonnaient de joie. — L'amour partagé fait rayonner de joie la femme sensible. La vue de l'or fait rayonner de joie la femme cupide.
Receler. Cet ouvrage recèle des beautés de premier ordre. — Souvent ceux qui écrivent cette phrase n'en pensent pas un mot, quelquefois ils n'ont même pas lu Touvrage.
Réceptacle. Son cœur est comme le réceptacle de toutes ks mauvaises passions.
Réception.
« J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre honorée du... »
{Styk de négoeiant.)
« La réception du ministre de . . . a été des plus brillantes. »
{Style de reporter.)
Recevoir. Recevoir le coup de la mort. Reçu comme un chien dans un un jeu de quilles.
« Recevez Fassurance de mes sentiments les plus distingués. »
(Salutation épistolaire adressée parfois à quelqu'un que tout bas on traite de canaille.)
Réchauffer. Réchauffer le zèle, — Le zèle est un sentiment qai se réchauffe la plupart du temps avec de For, quelquefois avec de belles promesses, ce qui est plus économique.
C'est du réchauffé. — Une liaison amoureuse que l'on renoue, c'est du réchauffé. Une profession de foi de député, c'est toujours du réchauffé, à quelque parti quil appartienne. Une reprise au théâtre, c'est du réchauffé. Les trois quarts des ouvrages que nous servent nos romanciers, c'est du réchauffé.
Recherche. Cet ouvrage ^ fruit de longues et patientes recherches. — Que la critique dise cela d'un auteur^ passe encore, mais qu'un auteur dise cela de son propre ouvrage, ce n'est pas du goût le plus pur, quoique la chose soit commune.
Récif. La vie est pleine de récifs. — Entre autres princicipaux : les femmes pour les hommes^ le luxe pour les femmes.
« Notre frêle embarcation vint se briser contre les récifs qui bordent ces parages. »
(Style classique.)
S'il y a une jeune fille à bord, elle sera infailliblement sauvée par l'amoureux. Gela corse l'action et tire de douces larmes des yeux des concierges sentimentales.
Réclamer.
« Je réclame de votre obligeance l'insertion des lignes suivantes dans votre estimable journal. »
ft Je réclame de votre obli^ance la rectification suivante dans les colonnes de votre estimable, etc. »
Réclamer son dû et rien de plus. Réclamer l'indulgence du jury. — Qu'est-ce qui ne réclame pas sans cesse quelque chose ici-bas, tantôt aux hommes, tantôt à Dieu?
Recoumandation. — La plupart des recommandations ne sont que des emplâtres sur des jambes de bois. La meil-
leure recommandation que vous puissiez avoir auprè^ d'un personnage influent est celle de son valet de chambre ou de sa cuisinière.
Rbcommandbr. j
« Je prends la liberté de recommander à vos bons soins mon excellent ami. »
« Je prends la liberté de me recommander à votre générosité bien connue à laquelle nul n*a jamais fait appel en vain. »
(Modèle de mendicité par lettre.)
« Le rédacteur de la Gazette de santé en a demièremenll expliqué le phénomène (de la ventriloquie) dans un excellenti article d'un journal qui se recommande également aux gensj de Fart et aux gens du monde par les connaissances profondes... etc. »
(Jouy. Guillaume le Franc-parleur.)
Récompbnse. La certitude d'avoir accompli son devoir est la, plus belle récompense de l'honnête homme. — Alors toosl ceux qui font quelque chose de bien en vue d'une récompense ne seraient pas précisément des honnêtes gens ; ce qui reviendrait à dire que Thonnéteté ne court pas les rues.
Récompenser. Chacun sera récompensé suivant ses osuvres, — Idée consolante pour l'avenir, mais en attendant. . .
Recourir. Recourir aux derniers expédients, — Quand Charles X lança ses Ordonnances^ il recourut aux derniers expédients ; quand Napoléon III fit la guerre à la Prusse, il recourut aux derniers expédients ; quand le duc de Br. . . emporta les diamants de la couronne, il recourut aux derniers expédients ; quand la reine I... vendit les siens, elle recourut, etc...
Recruter.
« Pour une troupe recrutée un peu à la hâte, ne nous montrons pas trop sévère. »
(Eau bénite de la critique théâtrale pendant les grandes chaleurs.)
Recueillir. Recueillir le fruit de son travail. — En général, c'est le fruit du travail des autres que l'on recueille.
Recueillir ce que Von a semé. — Combien recueillent ce que d'autres ont semé I
REcuLi-ai. Vouloir faire reculer les limites du bon sens. —
S'il fallait en croire certaines gens, il existerait une secte dans la société qui, en fondant des établissements scolaires, n'aurait pas eu d'autre but.
Iedite. Se complaire dans des redites, — C'est l'art des journalistes doctrinaires, et celui de la plupart des orateurs qui restent deux heures à la tribune.
Iedodter.
« Sortez, éloignez-vous,
« Redoutez mon courroux ! »
(Scribe. Une Faute, acte, 1, se. ix. 1830.)
Gela se chantait dans les anciens drames du boulevard sur un air de vaudeville quelconque et coupait en deux l'action au moment le plus pathétique ; et cela n'empêchait pas les larmes de nos mères de se répandre sur le velours des banquettes.
Iefléter. Le soleil reflétait ses rayons sur la route. Refléter la pensée d'autrui. — M™® Sand a beaucoup reflété la pensée des hommes de talent qui l'ont approchée.
Réforme. Partisan de toutes les sages réformes. Réforme des mœurs publiques indignement outragées chaque jour. — Souvent ce sont ceux qui crient le plus à la morale outragée qui l'outragent le plus.
Iefrain. Les joyeux refrains des amis de Bacchus,
« Les joyeux refraius des amis de la gaieté retentissaient sous la verte tonnelle. »
Iefdge. Demander à la religion un refuge contre les orages de la vie.
Regard. Elle jeta sur lui un regard empreint du plus profond mépris. Elle jeta sur lui un regard rempli de larmes. Un long regard d'amour.
lÈGLE. L'exception confirme la régie. Il n'y a pas de régies sans exceptions. L'honneur fut la régie de toute sa vie.
lÈGLEMENT. Lc règlement s'y oppose. — Le non possumus de la Chambre.
iÉGLER. Réglons nos comptes. Son compte sera long à régler là-haut.
lÈGNE. Faire refleurir le règne de la justice et de la vertu.
(Flagornerie de courtisan à l'adresse du souTerain.)
Régner. Elle règne sur mon cœur.
(Genre anacréontique.)
« Ah! sur mon cœur vous referez sans cesse. »
{Deaioviches. L'Homme singulier j dxie y. se. ix.) « Églé règne sur mon âme. »
(Moreau. L'Amitié', chans.)
Regret. Regrets éternels.
^Littérature de eimeiière.J
Il laissera des regrets dans le souvenir de tous ceux qui Font connu et qui ont pu l'apprécier, etc.
{Notice nécrologique.)
RÉGULARISER. Si nous régularisions notre position ? C^est pour notre enfant, — (Proposition d'une femme qui éprouve le besoin de mettre au cou de son amant la corde du mariage.)
RÉHABILITER. Sc réhabiliter aux yeux du monde.
« La réhabilitation de Lesurque, monsieur, on ne l'obtiendra jamais... la confiscation dont il faudrait rendre compte... et puis, la justice ne se trompe jamais, n
(Propos de bourgeois.)