‹ Dictionnaire des lieux communs de la conversationChapitre 13 sur 31 · MÉDICAL · texte numérisé non relu

MÉDICAL

« Un cas des plus curieux de... qu'aient eu à enregistrer, jusqu'à ce jour, les annales médicales, vient de se produire d... dans le département de... »

{Style de journaliste.)

Souvent le cas des plus curieux n*est qu'un canard.

MÉDITATION. Méditer. Esprit tourné vers la méditation. Le fruit des méditations. Méditer sur les vérités étemelles.

Méduse. Sa vue produisit l'effet de la tête de Méduse. '

Meilleur. j

« J'en passe et des meilleurs. »

(V. Hugo, ffemani, acte III, se. des portraits.) l

Ainsi parle le vieux don Ruy, en faisant, devant doa I

Carlos, l'apologie des portraits de ses aïeux qu'il montre, peut-être un peu trop, comme on montre la lanterne magique. Le c( j'en passe et des meilleurs » passa bientôt à Tétat de cliché pour abréger une nomenclature.

Mélancolie. Méulncouque. Une douce mélancolie ne le quittait jamais.

« Une sombre mélancolie s'est emparée de son esprit depuis la mort de sa compagne bien-aimée. »

« Son chant avait quelque chose de mélancolique qui portait à rânie. »

Mêlée.

« Il se jeta brayement dans la mêlée, et, au péril de ses jours, il parvint à arracher son colonel à une mort certaine. »

Mêlée furieuse.

Mélodrame. Pièce taillée sur le patron des anciens mélodrames du boulevard. — Avec accompagnement d'enfant enlevé, de croix de ma mère, de merci mon Dieu, de cette preuve il me la faut, de à nous deux monseigneur, et autres balivernes.

Membre.

« Membre de plusieurs sociétés savantes, j'ai cru devoir porter à votre connaissance le fruit de mes observations au sujet de... »

[Discours d'un membre quelconque d'une société quelconque.)

Mémoire. Mémoire impérissable. Sa mémoire ne périra pas. Laisser une mémoire honorée.

Mendicité. La mendicité, cette plaie qui s'étale avec impu- » dence. — 11 y a bien peu de gens qui ne mendient pas.

Menée. Menedr. Menée ténébreuse. Mettre à néant les ténébreuses menées de la coaUUon [ Z^pMe.

Le peuple sera toujours la dupe des meneurs.

Mensonge. Un pieux mensonge. La poésie vît de mensonges. Sous ce rapport, que de femmes pourraient poser pour la statue de la poésie ! — Mensonges dorés.

Mépris. Allez, madame, vous emportez mon mépris !

« Madame, c'est donc plus que du dédain, de la colère, de la haine... c'est du mépris que je vous inspire? »

(Scribe. L' Honneur de ma fille, acte I, se. i.)

Il y a bien peu de gens qui ne vous inspirent pas du mépris, quand on les connaît à fond.

Mer. Ce n'est pas la mer à boire, — Ce n'est pas difficile. Pour exprimer Tidée contraire, La Fontaine a dit dans les Deux Chiens et l'Ane mort :

« Tout cela, c'est la mer à boire. »

Cette expression : « C'est la mer à boire », date du temps des Hébreux, où les rois se plaisaient à se proposer des énigmes et des questions difficiles. Au défi de boire U mer, défi porté par un roi d*Ëthiopie à Amasis, m d*Egypte, ce dernier répondit : « Qu'il attendait poa| commencer, que son rival eût détourné tous les fleuva qui s'y jettent. »

Boire la mer et les poissons. Signifie être très altéré : Je boirais la mer et les poissons,

Merq. Merci ! sauvé ! merci, mon Dieu ! — Cliché mélodr»' matique par excellence. Le cri de la mère qui retroow son enfant; le cri de la jeune fille qu'on arrache dei mains du traître ; le cri du père qui arrive à temps pool sauver l'honneur de sa fille, et punir l'infâme ravisseoij le cri de l'épouse qui revoit un époux qu'elle croyal mort. Les mélodrames de 4830 fourmillent de « merci* mon Dieul »; pas une pièce de cette époque qui n'aif échappé à cette contagion. A la longue, c'a été plus qu'a» cliché, une scie.

En voici quelques exemples puisés aux sources :

« La mârb : Ah I ma fille!... ma fille I... > Laure (tombant à genoux.) « Merci, merci, mon Dieu I tu as eu pitié de nous ! »

(Albert Labrousse et Alph. Brot. Juliette. 19U.; m

. « Lui! oh! merci, merci, mon Dieu ! »

(Scribe. L'Honneur de ma fille y acte III, se. «•

« J'ai maintenant une patrie et une famille... une véritablj famille 1 une véritable patrie! merci, merci mon Dieu! • (Ch. L&font. La Famille Aforonval, acte V, se. ir. 1834.)

« Oh! merci, mon Dieu! de ne pas m'avoir fait mouiil

dans ma faute !... » '

(Boulé, Rimbaut et Dupré. Emery le Négociant. 1841, '

« Fuir! quand je suis aimé d'Angéla! Oh! merci, rno^ Dieu! » ^

(Poujol et Maréchallc. A Minuit, acte II. se. xi. 1S39.}

. « Fernando !... c'est Fernando!... merci, mon Dieu! Tiens! voilà celui qui a tué ton père ! » '

(Lockroy et Anicet-Bourgeois. Karl ou le Châtiment, acte ilL se VIII. 18.35.) '

« Jeanne : Merci, mon Dieu! je ne tromperai pas un onnête homme. »

(Dumanoir et d'Ennery. La Paysanne pervertie, acte I, se. xi. 1851.)

« Merci, mon Dieu I merci, mes enfants ! »

(Ànicct-Bourgeois et Michel Masson. Les Orphelins du pont Notre- Dame, acte IV.)

« Ah! merci, mon Dieu, merci! »

{Idem, acte V.)

lE. La mère des Grâces. Notre mère commune {Isl terre). Jotre première mère. La mère sans danger y conduira sa lie et, en parodie : La mère sans danser, etc.

« Ma mère!... ma fille!... dans mes bras! »

« Épouse infidèle, mère coupable et dénaturée, vous n*avez is craint de porter une main criminelle sur le fruit de vos itrailles ! »

« Je suis mère! Pitié pour mon enfant! »

« JuLiBTTE : Oui, l'enfer avec toutes ses tortures, car tu ne lis pas tout eiicore, mon malheur est au comble... Laure, SUIS mère ! »

« Laure : Et Dieu l'a permis ! »

(Albert Labrousse et Adolphe Brot. Juliette.)

«< Quand je me réveillai j'étais mère, et l'infâme avait fui. »

ma mère !

« Jbakwe : Ma tête s'appesantit! ma vue se trouble! mes 'ces me trahissent!... ma mère! ma pauvre mère! » (Paul Foucher et Alboise. La Salpêtrière, acte II, se. t.)

L'oisiveté est la mère de tous les vices, « Multam malimi docuit otiositas », a dit Y Ecclésiastique, ch. xxxiii. TE. Mériter. Ne devoir rien qu'à son mérite. S'élever -dessus des autres par son seul mérite, — C'est une ose fort rare, et, dans quelque temps, ce sera une chose odigieuse, car ordinairement on s'élève par l'intrigue par le mérite des autres.

Bien mériter de la patrie.

EiLLEUx. Le merveilleux est l'àm>e du poème épique, ire preuve d'un talent merveilleux. — A défaut de îrveilleux, peu en rapport avec le scepticisme morne, on recherche le sombre et le tragique, de là le '.ces des romans à base de policiers et d'assassins.

TRE. Meurtrier. TJn meurtre horrible vient d'ensannier la commune de,,.

Un meurtre horrible a été commis, la nuit dernière, dans circonstances suivantes, sur la personne de... »

(Style de journal.)

Meurtrie}' encore tout couvert du sang de sa victime,

MÉSALLIAJ9CE.

« Une mésalliance, monfils?... Jamais je n'y consentirai;! mais le sane de nos ancêtres n'aura à rougir d'une parej infamie! » (Père noble et théâtral.)

Et le voyou qui assiste à la tirade, de s'écrier :

« Gomme tu me fais mal ! A Ghaillot, le vieux birbe ! »

Messager. Le messager des dieux. Les messagères du pri temps ont fait leur apparition. Messagère du jour,

« Déjà la messagère du jour avait dissipé les ombres de nuit. »

[Style classique.)

Mesure. Mesurer. Combler la mesure. Employer des mesm de rigueur. Savoir garder en tout une juste mesure,

« Cette mesure administrative, que rien ne motivait, créer un fâcheux précédent. »

Mesurer ses paroles.

Meubler.

« Je vous meublerai un charmant petit appartement, j

joli petit nid. » i

{Ce que les serpents tentateurs ont ait de tout temps aux Èw

Meubler sa mémoire de bonnes lectures.

Miel. Avoir le miel sur les lèvres. Ses discours distillent miel. Il est tout miel.

Mielleux. Ne pas se laisser séduire par de mielleuses p rôles.

Migraine. — Une de ces indispositions à la mode qui fait fureur un moment parmi les femmes. On inventé des migraines qui, souvent, n'étaient qu'autant de pr textes à caprices.

« Madame est-elle visible? — Non, madame a sa nj graine. »

« Laissez-moi, mon ami, pas aujourd'hui... j'ai une migraij affreuse. »

Milice. Milice bourgeoise. — Réunion de couards, fanfaroj et trembleurs, tout k la fois, qui ont eu plus d'une rév| lution sur la conscience.

Notre brave milice bourgeoise.

Miner.

<. Miné par le chagrin, il ne tarda pas à suivre au tombeau \ compagne dévouée, la mère de ses enfants. »

{Petite oraison funèbre et intime.)

isTÈRE. Ministre. L'honorable organe du ministère pu- Uc. Ministre des autels. Ministre du Dieu de justice et de onté, relevez-vous^ je vous pardonne !

iCLE. Miraculeux.

ft Gomment va-t-il, docteur?— Dieu peut faire un miracle! » Les miracles ne sont plus de nos jours.., (parce qu'ils e sont plus dans nos mœurs).

> C'est une guérison miraculeuse dont il faut remercier Tout-Puissant. »

iGE.

« Que Tois-je? Vous icil Suis-je le jouet de quelque mi-

ge? »

{Style de roman.)

OiR. Le miroir de la vérité. — S'il y avait des fabricants e miroirs pour la vérité, ils feraient d'excellentes affai- ;s, car on doit en briser bien souvent.

Les yeux sont le miroir de Vàme.

« Purs et sereins, vos yeux, comme un miroir sacré, refléient votre âme et le ciel. »

(V^ d'Arlincourt. Les Trois Châteaux, ch. x.)

?. Mise en scène d'une richesse inouïe. — La mise en îène est destinée à parer à TinsufQsance d'une œuvre ramatique.

« La mise en scène du... est montée avec un luxe dont on avait pas encore eu d'exemple sur aucun théâtre. » « La mise en scène dépasse tout ce que l'imagination peut Ter de plus féerique. »

{Style de feuilletonniste dramaiique.)

tRABLE.

« Misérable! vous osez insulter une femme, une faible mmel »

{Style de théâtre, scène de la femme outragée.

èRICORDE.

« Vois combien est grande la miséricorde de Dieu ! Tu ais sur le bord de l'abîme : il m'a conduit près de toi. » (Joseph Bouchardy. Les Enfants Trouvés.)

« Veuillez m'entendre, monsieur, et croyez qu'ainsi que sa uissance, la miséricorde de Dieu est infinie. »

(Anicet-Bourgeois et Michel Masson. Les Orphelins du pont Notre-Dame, acte IV.)

Modération. La modération dans la victoire est vne vert bien rare, — 11 y a comme cela une foule de vertu toutes plus rares les unes que les autres ; c'est cett rareté qui en double le prix.

Mœurs.

« La dépravation des mœurs semble faire, chaque jour, d nouveaux progrès parmi le peuple. »

(En tout cas l'exemple vient d'en haut.) Néanmoini c'est une belle phrase sous la plume ou dans la bouch des moralistes.

Moisson. Moissonner. Moissonneur. Revenir couvert d'un moisson de lauriers. Moissonner des lauriers. Le chan des moissonneurs.

Moitié. Ma moitié, pour ma femme, est un mot qui été balayé avec le trône de Charles X. Depuis i 830, pei sonne ne dit, personne n'écrit plus « ma moitié ».

« G*était la femme de M. de la Renaudie, vieux gentilhomm fort jaloux, qiii, obligé d'aller suivre un procès à la cour in périale de Dijon, avait cru devoir reléguer, pendant so absence, sa jeune moitié dans ce village. »

(L.-B. Picard. L'Honnête Homme ou le Niais. 4823.

Moitié a pourtant été du style noble. Quelle dégrin golade !

« Laissez à Ménélas racheter d'un tel prix, « Sa coupable moitié dont il est trop épris. »

(Racine. Iphigénie, acte IV, se. iv.

« Mais simple, il redoutait

« Gris et clameurs de cousin et cousine, « De frère et sœur, et ce qu'à sa moitié, « Avait uni le sang et l'amitié. »

(Vergier. Fables.) « Certes, monsieur Tartuffe, à bien prendre la chose, « N'est pas un homme, non, qui se mouche du pied; « Et ce n'est pas peu d'heur que d'être sa moitié. »

(Molière. Le Tartuffe^ acte II, se m/.

Chaste moitié, « Rends-toi digne du nom de ma chaste moitié. »

(Corneille. Horace^ acte IV, se. >ii.

Mollesse. Moderne Sybarite, il se complaît dans la mollesse — La mollesse, ohl fi!.'., mais la paresse a quelquefoi du bon, ne servirait-elle qu'à faire trouver le travai plus agréable quand on s'y met.

Monarchie. La monarchie n'est plus possible en France.

(Style de républicain.)

Seule la monarchie pourra rendre à la France son prestige et son ancienne splendeur.

(Style de monarchiste.)

JoNCEAu. Des monceaux de cadavres jonchaient le champ de bataille. — C'est souvent sur un monceau de cadavres que s'élève la grandeur d'un pays et que, comme d'un fumier, surgit la gloire d'un souverain; grandeur et gloire toujours éphémères.

(onde. Le monde a ses exigences auxquelles il faut savoir se plier, — Rire quand on a envie de pleurer, pleurer quand on a envie de rire, sont des exigences du monde, et, pour être un homme du monde, il faut posséder une certaine pointe d'hypocrisie acquise ou naturelle.

lONOLOGDE.

« Ce désopilant monologue, débité avec une verve étonnante, a beaucoup coutribué au succès de ce petit acte. »

{Feuilleton dramatique.)

loNOPOLE. — L'art d'exploiter une industrie quelconque et les autres.

ft Combattons ces monopoles des grandes compagnies qui ne tendent rien moins qu'à la ruine du petit commerce. » 'PhraS' détachée d'un article d'économie sociale en quête d'un fort pot de vin, département du chantage littéraire.)

ÏONSEiGNEUR. A nous dcux, monseigneur ! — Que Mélingue prononçait bien ces quatre mots, et comme il mettait crânement l'épée à la main pour les souligner, lorsque le moment était venu de châtier le traître ou le ravisseur!

loNsiEUR. Ecoutez donc, monsieur! — Litanie des filles sur la voie publique, lorsqu'elles cherchent leur proie.

loNSTRE. Monstre odieux.

« Serait-il vrai, grand Dieu! que la France eût pour la

seconde fois nourri dans son sein un monstre aussi oaieux ! »

(Procès Papavoine^ 4825. RéquUitoire de l'av. gén. de Feyronnet.)

Monstre vomi par V enfer.

« Jean Châtel, fils d'un honnête bourgeois de Paris, âgé de dix-neuf ans, ftit le monstre que l'enfer arma contre Henri. »

(Anquetil. Bist. de France, t. IX.) " Du repos des mortels implacable ennemi, 'i Monstre le plus cruel que l'enfer ait vomi, « Funeste ambition... »

(La Chaussée, if oartmien, acte I. se. i.)

Monument. Monument littéraire.

« Les œuvres de Racine sont un des plus beaux monuments de la poésie française. »

(Rengaine des admirateurs des classiques.)

Moquer. La moitié du monde se moque de Vautre,

« La moitié des humains rit aux dépens de l'autre. »

(Destouches. L'Homme singulier, acte II, se. i.)

Moral. Le moral des troupes est excellent, — Cette phrase peut se traduire ainsi : Nous avons été battus à plate couture et Tarinée est démoralisée.

Moral, ale. Ses facultés mxyrales s'affaiblissent de jour en jour. — Aussi pourquoi lit-il tant de romans-feuilletons à l'usage des concierges ?

Morale. Moraliser. Outrager la morale publique. Action que la morale réprouve. La morale est la clef de voûte de la société. Moraliser les classes laboineuses, — A coups de plume dans les journaux, à coups de langue dans les réunions publiques, combien de moralistes!... profondément immoraux du reste dans la vie privée !

Moralisation.

<c La moralisation des classes laborieuses a été le but principal de cet ouvrage. »

(Style bibliographique. J

Connaissez-vous beaucoup de livres qui aient moralisé quelqu'un ou quelque chose ?

Mordre. Moindre au fruit défendu. - Depuis Eve, c'est pour les demoiselles et les femmes toujours le même procédé qui est en vigueur.

Mort. Mortel. La mort est la fin de nos m>aux.

(Maxime épicurienne. — On la trouve dans les Trackirùetmes de Sophocle, acte V, se. iv.)

« La mort est simplement le teripe de la vie ; « De peines ni de biens elle n'est point suivie : « C'est un asile sûr, c'est la fin de nos maux. »

(Chaulieu. Sur la Mort. ilOO.)

La mort avec toutes ses horreurs.

« Au lieu de ses soins (du médecin) pour la conseiTation de la vie, la mort, la mort avec toutes ses horreurs; la mort froidement combinée. »

(Procès Castaing, i823. Réquisitoire de l'av. gén. de Broë.)

La mort est le remède à tous les maux.

« La mort est de nos maux le médecin suprême, n

(Sophocle. Fmg. de Philoctéte à Troie.)

'< La crainte de la mort est plus cruelle que la mort même. » (Sentence d'un frag. des mimes de Publias Syrus, cité par Aulu-Gelle.)

Pensée que La Bruyère a ainsi retournée :

« Il est plus dur d'appréhender la mort que de la souffrir. » N'oublions pas le beau vers de P. Corneille : « Chaque instant de la vie est un pas vers la mort. » (TH'te et Bérénice, acte, V, se. i.)

Avoir la mort dans l'âme. La mort du juste est édifiante. Tous les hommes sont égaux devant la mort. La guerre est la mort du commerce. Triste jusqu'à la mort.

Accompagner la dépouille mortelle de quelqu'un à sa dernière demeure. Quand l'âme a quitté son enveloppe mortelle pour s'élancer vers son Créateur.

Les mortels, pour les hommes, dans le style académique.

« Qu'ils sont incompréhensibles les mortels agités par les passions ! »

(Chateaubriand. Atala.)

« Quel était l'heureux mortel à qui mademoiselle Dégodet donnait la préférence ? »

(L.-B. Picard. L'Honnête Homme ou le Niais.)

« Venez, mortels, si fiers d'un vain, d'un faux éclat. »

(Andrienx. Poésies diverses.)

Nous sommes tous mortels. — Ou, du moins, presque tous, comme se hâta de dire certain prédicateur en voyant entrer Louis XIV, qui, à ces mots : « nous sommes tous mortels », avait déjà froncé ses sourcils ol3niipiens. Cette vérité, si elle n'est pas consolante, est très ancienne, et c'est peut-être la seule vérité vraie, incontestable.

« Nous mourons tous. »

[Deuxième livre des Rois.)

« Tout mortel est réservé à la mort. »

(Sophocle. Electre, acte II, se. iv.)

Mot. Le mot de la fin. Ce ne sont pas des mots qu'il nous faut, ce sont des actes.

Mourir. Je sens que j'en mourrai. — C'est, au théâtre, le necplus ultra de la douleur chez la jeune première amoureuse.

« Gomme je tremble que vous condamniez cet amour ! car

si VOUS le condamnez, mon ami, il faudra bien que j'y renonce ; mais je sens que j*en mourrai 1 »

(A. d'Ennery et H. Crémieux. Le Savetier de la nie QuincampoiXr acte m, se. II. 1859.)

« Ohl non!... mais j'en mourrai! »

(Scribe et Legouvé. Bataille de Darnes^ acte III, se. xv. 485 f.;

Mourir pour la 'patrie. — On a tant abusé, en paroles, de ce refrain pendant la guerre de 4870-71 principalement ; on Ta tant chanté et rechanté, qu'il a pris place parmi les clichés.

Lamartine Ta emprunté à Rouget de Tlsle (Roland à Roncevaux)y et Ta transporté, avec une légère variante, dans son chant des Girondins,

Le refrain de Roland est :

« Mourons pour la patrie, « C'est le sort le plus beau, le plus digne d'envie. » Qui n'est lui-même qu'une imitation vigoureuse du vers d'Horace :

« Dulce et décorum est pro patriâ mori. »

^ {Ode II, 1. III.)

Il est doux et glorieux de mourir pour la patrie. Mouton.

« Pauvres moutons, toujours on vous tondra. » « Retournant à nos moutons. »

(Rabelais. Gargantua^ 1. I.)

Mouvement. TJn beau mouvement oratoire digne de Cicéi*on.

Mure. Manger des mûres le long des Mies en faisant V école huissonnière.

[Style de roman.)

Murmure. Le murmure du ruisseau dans la prairie.

(Genre idylle.)

Murmurer. Murmurer contre les décrets de la Providence.

a Ah I René, je ne murmure point contre la Providence. »

(Chateaubriand. Atala.)

Scribe a dit : savoir se taire sans murmurer. I

Muse. Cultiver les Muses. Nowrisson des Muses. Muse, inspire-moi !

« La muse de la poésie n'a pas été mieux inspirée. »

(Jouy. Guillatane le Franc-Parleur. 4816.) « Et les muses de Grenoble ont chanté ses louanges (d M. Comte, prestidigitateur et ventriloque. »

[Idem, idem

DES LiËUX COMMUNS ^09

Muse tragique.

« Il (Pichat) eut le bonheur de mourir si jeune, qu'aucune de ses illusions n'avait pu se détruire, et qu'il emporta dans la tombe toute sa foi à la muse tragique. »

(M» Âncclot. Salont de Paris. 4824 à 4864.)

IcsETTE. Les vilkigeois dansaient au son de la musette.

« Je vis un jeune pâtre qui, aux accords de sa musette, chassait son troupeau devant lui. »

(Romans champêtres.)

Dans la vie réelle, à Paris, les musettes sont des bals publics où se réunissent les Auvergnats : là rien de champêtre.

lusiQUE. Musical. La musique adoucit les mœurs,

« La matinée musicale donnée par M"»e X... a été particulièrement brillante. »

<( Les matinées musicales tendent de plus en plus à s'implanter dans nos mœurs. »

(Reportage mondain.)

Avez-vous remarqué qu'à mesure que la musique court de plus en plus les rues, les bons musiciens deviennent de plus en plus rares ?

Iystère. Mystérieux. Mystère impénétrable.

« Le mystère impénétrable qui enveloppe ce crime n'a pas encore été soulevé, et, jusqu'à ce jour, les investigations de la justice sont restées sans résultat. »

(Style judiciaire.)

«« Un événement mystérieux préoccupe vivement depuis quelques jours l'attention publique. Y a-t-ileu crime ou suicide ? Telle est la question sur laauelle la justice aura à se prononcer. Nous n en dirons pas davantage sur ce mystérieux événement pour ne pas entraver l'action de la justice. (Lisez : Nous n'en savons pas davantage.) »

« Nous nous sommes rendus, hier, à... afin de recueillir sur les lieux les bruits qui circulent sur le mystérieux crime découvert dans la soirée du... »

(Spécimens de faits divers.)

Puissance mystérieuse,

« Il est des destinées tellement inexplicables, qu'on est obligé de reconnaître qu'elles sont le jouet d'une puissance mystérieuse et funeste, qu'ils (les anciens) appelèrent la fata-

Uté. »

(M"»" Ancelot. Salons de Paris.)

Nager. Nager dans l'opulence. Nager comme un poisson Nager comme lord Byron.

Naître. Faire naître des soupçons,

« Né de parents pauvres mais honnêtes, le jeune Emil ne sut pas suivre les bons exemples de sa famille. »

fStyle de roman.J

Napoléon. Le plus grand capitaine des temps modernes. - Si vous appelez ainsi Napoléon devant un royaliste : E Moreau, pourquoi le comptez-vous? répondra le roya liste. Devant un républicain, vous obtiendrez cette ré ponse : Et Hoche, vous n'en parlez pas ?

Narcotique. — Que de livres, que de discours, çjue de cob versations peuvent lutter avec les plus puissants nai cotiques !

f Comment? le sais-je moi-même? Surprise, entraîné dans ce dîner fatal... il mêla à mon vin un puissant narccj tique... neuf mois après, j*étais mère... mais je ne suis pa coupable, oh! non, je le jure devant Dieu qui nous entend!

[Style de roman.)

Nasillard.

« Lorsque l'huissier, d'une voix nasillarde, eut fait l'app^ des témoms. »

« Le bailli, d'une voix nasillarde, me demanda si... »

Natal. Salut à mon pays natal! Il faut qu'il aille respin l'air natal,

(Phrase de médecin qui vous envoie mourir chez vous.)

Nation. National. Faire appel aux forces vives de la natim

« Ce n'est pas en vain que le gouvernement aura fait app)

au sentiment national qui a chez nous de si profondes racines,

« Nous sommes les gardiens de ce droit national, qui ava

fait la France forte et glorieuse, et où se trouve, avec la vra

stabilité, la plus sûre garantie des Ubertés publiques. »

(Petit boniment royaliste.)

Nature. Naturel. Beautés de la nature. '

« Et peut-être faut-il avoir entendu la voix ravissante ( M™e Â. de Saint-G..., la basse harmonieuse de M. de Marre, sous l'azur d'un beau ciel, dans le calme de la nu

et des bois, pour se faire une idée de la toute-puissance d'un art qui prête un nouveau charme aux beautés de la nature. » (Joay. L'Ermite de la Chaussée^dAntin.) « Et toujours la nature « Embellit la beauté. »

(Marie, mus. d'HéroId.)

Le cri de la nature. — Dites du mal de quelqu'un, il lèvera les épaules s'il est philosophe, séduisez sa femme et courtisez sa fille, il n'y fera pas attention ou s'en moquera s'il est également philosophe ; mais si par hasard vous touchez à son argent, c'est alors qu'il vous sera donné d'entendre le cri de la nature.

Le printemps est le réveil de la nature.

» La nature n'a rien fait en vain, n

(Bernardin de Saint-Pierre. Études de la nature.)

« Chassez le naturel, il revient au galop. »

(Destouches. Le Glorieux, acte III, se. v.)

(acfrage. Le naufrage des illusions, La vie est une mer semée d'écueils et fertile en naufrages. Les débris qu'il put sauver du naufrage de sa fortune.

Iaotique.

« L'art nautique demande à être encouragé. En honneur chez les anciens... »

(Ici, deux ou trois pages sur l'art nautique dans l'antiquité.) Personne ne vous empêchera de commencer ainsi le compte rendu d'une course de régates.

(avire.

« Le navire, qui l'emportait loin de la mère patrie, voguait sur l'immence Océan, poussé par une brise légère qui enflait ses voiles. »

[Style de roman.)

lÉANT. Le néant des grandeurs humaines. Dieu a tiré l'homme du néant. — Il aurait peut-être mieux fait de l'y laisser. Ce qu'il y a de consolant c'est qu'il s'y replonge.

« Ah ! si tu l'entendais raisonner sur le néant des grandeurs humaines!»

(Etienne. Une Heure de mariage^ se. t. 1804.)

[ef.

« Notre nef sans gouvernail, perdue au milieu des flots, menaçait de s'engloutira chaque instant et de se briser contre

les récifs. »

Négociant. Les négociants de la rue du Sentier font & tendre de justes plaintes. ^'Ça été une ritournelle chai lée et rechantée sur tous les tons par les organes de démocratie, après le 4 6 mai, qui, à ce oue prétendaiei les mêmes organes, avait entravé les affaires. — Quai on forçait un peu la note on obtenait ceci :

« Une pétition des principaux négociants de la n du Sentier a été adressée au gouvernement, pour d( mander de faire cesser un état de choses si contraii au développement du commerce déjà si éprouvé par... On a dit alors : «Les négociants de la rue du Sentiers plaignent » comme on dit dans les bons vieux mék drames historiques : « Le peuple murmure ».

Honneur du négociant.

« Tu ne sais pas comme lui ce que c'est que Thonnei du négociant ; tu ne sais pas quelle tache ineffaçable i faillite imprime sur sa vie. »

(Boulé, Raimbaut et Dupré. JSmery le Négociant. 1841)

L'honneur du négociant consiste à payer ses billets l'échéance.

Neige. La neige des ans, La neige qui couvre sa tête.

Néophyte. Le jeune néophyte tout plein d'ardeur et de fo

NÉPOTISME. Nous sommes dans le siècle du népotisme. I népotisme administratif envahit tout. (Plaintes et à léances des gens sans place.)

Neptune. Le royaume de Neptune. Le sceptre de Neptune. « Le trident de Neptune est le sceptre du monde. »

(Lemierrc. Le Commerce.)

Neuf. Quoi de neuf? — Depuis la plus haute antiquité a n'a rien trouvé de mieux à se dire en s'abordant que 1 quid novi?

Neutralité.

« L'Autriche (ou une autre puissance, ad libitum) a promi de garder la neutralité. »

(Phrase consacrée lorsque deux puissances sont près d'en veoir u coups de canon.)

Niable. Tout mauvais cas est niable.

Nid. Un nid d'amoureux, loin des regards indiscrets.

« L'aimable Angélina s'était fait un nid charmant au pre mier étage d'une maison de... »

DES LIKUX COMMUNS 313

Nid Cfxché sous la femlUe.

« Le boudoir de la baronne était un vrai nid, un nid délicieux, tout capitonné de satin gris perle rehaussé de boutons d'or. »

{Romeoij genre Belot.)

KiÈcE. Les Toltairiens trouvent que les curés abusent beaucoup des nièces.

« Ma nièce, souvenez-vous qu'un oncle est un second père. » a Et madame est madame votre épouse ? — Non, c'est ma nièce. »

RrTEAU. Élever le niveau des intelligences.

« C'est ce grand mouvement politique et social de 89 qui a élevé le niveau des intelligences dans notre pays. »

(Le docteur Yéron. Cinq cent mille franet de rente. I85C.)

Relever le niveau des arts,

a La belle avance, et l'étrange manière de relever le niveau de Fart dramatique I »

(A. Yitu. Figaro du 13 nov. 1878.)

loBLEssE. 89 a sonné le glas de la noblesse. Je ne connais , pas d'autre noblesse que la noblesse des sentiments.

a La noblesse de ses sentiments se lisait sur son beau visage empreint d'une douce tristesse. »

Iœud.

« L'amour acheva de serrer les nœuds de cette union touchante. »

(M»« de Genlis. Pétrarque et Laure. 1819.)

« Le nœud sacré se proposa « Et chacun la sienne épousa. »

(Verger. Fables. 1750.)

« Pour resserrer davantage les nœuds de l'amitié qui avaient toujours été entre leurs familles. »

(Verger. Don Juan et ItabeUe. 1750.)

« Si range de la mort m'appelle devant lui, (c Surprise dans les nœuds d'un hymen sacrilège. » (C. Delavigne. Le Paria, acte III, se. t.)

« Après quatorze ans d'une séparation volontaire, dont aucun rapprochement n'a troublé la douceur, vous ne pouvez être guidés que par le désir de contracter de nouveaux nœuds. »

(Empis. Julie ou la Séparation, acte I, se. ». 4837.)

Nœud de l'intrigue. Les nœuds de l'hymen. — La mort

ÎJ4 DICTIONNAIRE

est l'Alexandre qui le tranche ce nœud là, mais c*es plutôt un nœud coulant qu'un nœud gordien.

« Puissé-je... former moi-même de si doux nœuds. »

(M— Cottin. Claire ifAlbe.)

tt Ma mère avait gravé dans mon âme le plus profond res pect pour les nœuds sacrés du mariage. »

(M— Cottin. Claire d'Albe.)

« Un ingrat, abusant de ma foiblesse, a brisé les noeud sacrés qui m'attachaient à mon époux. »

(M— Cottin. Claire (TAlbe.]

« Mes prières, mes larmes même, te feraient-elles rompn un tel nœud ? »

(Népomucène Lemercier. Les Deux Filles spectres^ acte I, se ra 4827.)

Noir. Les points nmrs à l'horizon. — Phrase prononcé! par Napoléon III dans un discours du trône et qui, taoi elle fut répétée, ne tarda pas à devenir un excelleol cliché.

Nom. Par le saint nom de Dieu. Par le nom respecté de m aieux, il en sera ainsi.

c Le nom de mes ancêtres, vous voulez donc le flétrir? « Ces noms chers et sacrés, et d*amant et d'époux. »

(Voltaire. Zaïre, acte I, se. il

Les doux noms d'épouse et de mère.

« Ce doux nom d'épouse, quand me sera-t-il donc permi de le prononcer, ô Angèle I »

Ce nom, il me le faut !

« Ob I ce nom, ce nom, je donnerais la moitié de ma n pour le connaître! » (Monologue du mari outragé.)

(Scribe. L'Bonneur de ma Fille^ acte I, se. t. iSSC.*

« Et il transporte Ermance sur un canapé, la serre sur sa cœur, rappelle des plus doux noms. »

(Sophie Gay. Un Mariage sous l'Empire.)

Nomination.

« Cette nomination sera favorablement accueillie dans 1 monde des lettres où notre confrère compte tant d'amis. ' « Cette nomination est une juste récompense due aux tn vaux de Féminent, etc. »

{Style de journaliste.)

Traduisez par : due à Tintrigue.

Normale.

« 11 fut un des plus brillants élèves de cette Ecole Na

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maie, qui est la pépinière de nos illustres professeurs, de cette Ecole Normale qui a donné à la presse et aux lettres tant et de si remarquables écrivains. »

{Séance de l'Institut.)

OSTALGIE.

« Atteint de nostalgie, le pauvre soldat traînait une vie languissante sous les drapeaux. Sans cesse sa pensée se reportait vers son village, et bientôt, etc. »

(Style de roman.)

On a VU des coquins, enrichis par le vol, avoir la nostalgie du vol et se remettre à filouter des objets de plus ou moins de valeur dans les magasins. Gomme ils sont riches, les médecins prétendent qu'ils exercent leur indastrie sous l'empire de la monomanie.

ocHRissoN. Le nourrisson des Muses.

«i Je vous ai écrit que c'était un jeune nourrisson des Muses. »

(E. Scribe et Moreau. Les Deux Précepteurs, se. ix. 1817.)

ocRRiTDRE. NouRRiR. La science est la nourriture de l'esprit. — D'aucuns sont morts de faim pour n'avoir pas eu d'autre nourriture à se mettre sous la dent. Esprit nourri par de saines lectures,

OTABÎLITÉ.

« On remarquait à cette brillante soirée un grand nombre de notabilités appartenant au monde des lettres, des aits, de la finance. La magistrature et Tarmée étaient représentées par, etc. »

(Style de reporter.)

iOTE.

« La dernière note diplomatique échangée entre les cabinets de... et de... a un caractère d'aigreur qui n^échappera ceitainement à personne. »

(Style de tartiaier politique.)

OTICE.

« Une courte notice était nécessaire pour l'intelligence de cet ouvrage conçu dans un esprit si libéral et si ferme à la fois. »

{Article bibliographique.)

OTioN. N'avoir aucune notion du juste et de l'injuste. Ne pas avoir les premières notions de la politesse. — Dans ce siècle d'argent, dans ce siècle où l'on se met à plat ventre devant la pièce de cent sous, il j a des gens qui croient pouvoir se passer des premières notions de

politesse et même de beaucoup d*autres fremii notions.

Nouer.

« L'intrigue se noue dès les premières scènes du se(

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