ÉPI
« Le front couronné d'épis, la jeune bergère s'avança avec une grâce touchante, et se tournant vers le vieux Mathias: « Mon père, voici celui que j'aime, dit-elle, en désignant l6 fier Alonzo, en extase devant elle. »
[Boman pastoral, genre Empire.)
Les blonds épis,
« L'été chargé de blonds épis « Étale ses riches habits. »
(Bernis. rÉté.)
Épidémie.
« Durant la cruelle épidémie qui a ravagé notre belle cott trée, la sœur Thérèse n'a pas cessé de donner des marqua du plus profond dévouement. Partout on l'a vue au chevel des malades, leur prodiguant les soins les plus assidus et la consolations de la religion. »
(Tiré de la collection des faits divers.)
Épingle. — Ne vous avisez jamais, surtout dans la rue de vous baisser pour ramasser une épingle, si vousêtei avec un ami. Il n'aurait qu'à vous dire : « Vous êtesiul homme d'ordre, vous faites comme Laffitte qui a dû sj fortune à un pareil mouvement. »
Épique.
« Nous n'avons pas de poème épique en France. — Et 1 Henriadej monsieur 1 »
[Conversation entre amis des lettres.)
Épistola-ire. Madame de Sévigné a brillé dans le genre épiS' tolaire. — Ce qu'un professeur de belles-lettres ne mafl que jamais de dire à ses élèves. 1
ËPLORÉ.
« Elle tomba tout éplorée aux genoux de son mari outragi qu'elle arrosa de larmes brûlantes : .Te suis coupable, mai pitié pour lui ! Sur la tombe de ma mère, je jure que... » (Chap. où la femme coupable demande son pardon.
Époux éploréy épouse éplorée,
« C'est un époux éploré qui vient demander la guérisoj de son épouse malade. » I
Chronique indiscrète du xix* siècle. 4825.)
Veuve éphrée.
« Chacun voudrait essuyer les larmes de tant de veuves éplorées. »
(Gazette des Tribunaux^ 6 août 1830.)
Épopée.
« La glorieuse épopée, dont Homère fut le chantre, m'a laissé, dès ma jeunesse, un eoût prononcé pour l'antiquité; et, lorsque ayant revêtu la robe prétexte, il me fut donné, à mon tour, de faire part à mes contemporains du fruit de mes études et de mes réflexions, c'est encore vers le vieil Homère que mes regards se sont tournés. »
[Préface d'un auteur ami des classiques.)
Quand la préface d'un ouvrage commence ainsi, ou à peu près ainsi, le lecteur fera bien de passer la préface et de fermer le livre.
Épouse. Noble épouse, vertueuse épouse. — Longtemps du style noble, le mot épouse aujourd'hui n'est plus employé que par les honnêtes petits boutiquiers et les bourgeois sans prétention.
a Et nos pieds auront à peine touché ce sol, que mon Henriette recevra devant les hommes le titre sacré d'épouse que je lui donne devant Dieu. »
, (Pixérécourt et Anicet-Bourgeois. Latude^ acte II, se. x. 1834.)
Épouvante.
« L'épouvante était dans tous les cœurs. Alors, surgit de la foule un homme, qui, sans autres armes que son courage, se jeta bravement à la tête du taureau furieux, parvint à le saisir par les cornes et le maintint ainsi jusqu'à 1 arrivée des agents. »
[Tiré de la collection des faits divers.)
Quand c'est un agent lui-même, qui opère un sauvetage de voiture, par exemple, il est toujours traîné pendant l'espace de trente pas ; ni un de plus, ni un de moins.
Époux. — C'est le nom gue les boutiquières donnent aujourd'hui à leurs maris.
Époux outragé.
« Oui, Marguerite, quand l'époux outragé a fait justice de celle qui l'a trompé. »
(Ch. Desnoyen et Nas-FoUet. Jacques le Corsaire.)
« Il faut des époux assortis « Dans les liens du mariage. »
Le premier vers seulement de cette romance d'A. Duval
ii2 DICTIONNAIRE
est resté populaire. C'est encore quelque chose que de commettre un vers, un seul qui puisse survivre un demisiècle, même un quart de siècle, à son auteur. Il est vrai que ceux qui connaissent ledit vers ignorent abso-| lument le nom de Tauteur.
Épreuve. Épreuve cruelle. — Pour un ministre perdre son portefeuille. — Pour un gamin perdre toutes ses billes.
Épuisement. L'épuisement des finances dénote la mauvaise^ administration d'un État, — Il faut s'attendre à tout, même à voir, de temps en temps, cette phrase lancée du haut de la tribune parlementaire.
Équilibre. L'équilibre européen. — Celui que sont chargés soi-disant de maintenir les clowns pohtiques.
« Une telle guerre ne saurait être entreprise sans menacer les bases de I^quilibre européen. »
{Fragment du discours du député plaidant la cause de la paix.h
« Les bases sur lesquelles repose l'équilibre européen sont trop solides pour qu'une telle guerre puisse le compromettre. »
(Fragment du discours du député plaidant la cause de la guerre.)
Équité. Se conformer aux régies de la justice et de l'équité. — Souvent tel s'y conforme, qui ne peut pas faire autrement.
Ère. L'ère de nos justes revendications. — Se rencontre chez les panégyristes de notre immortelle Révolution.
L'ère glorieuse de l'Empire, — Se rencontre chez les panégyristes des Napoléon.
Une ère nouvelle. — Après la Révolution de 4830, ce cliché a éclaté à la tribune et dans la presse, avec un ensemble parfait. Du reste, à chaque changement de régime, c'est la même rengaine.
« Une ère nouvelle s'ouvre pour la France. La liberté, si glorieusement reconquise, est reconquise pour toujours. » i (Disc, d'installation de M. Bernard, proc. gén. près la cour de Paris, 5 août 1830.)
« Ici (à Lyon) la glorieuse Révolution qui vient de créer pour la France une ère nouvelle. »
(Gazette des Tribunaux, 12 août 1830, Correspondance.) « Saluons donc avec espérance cette année qui s'ouvre! avec elle doit s'ouvrir une ère nouvelle. » I
(La Lanterne, 3 janvier 1879.)
a L'adoption de la grande mesure de justice et de réparation qui doit inaugurer l'ère nouvelle des réformes. »
[La Marseillaise, 7 janvier 1879.)
Erber. Errant sur la terre et sur Vonde, sans abri où reposer ma tête, — Avec un peu de musique et un peu de prosodie, est du domaine de rOpéra-Comique.
Errare humanum est, — C'est à force d'errer que les femmes se perdent. — Victor Hugo a donné à cet adage latin, traduit du grec de Sophocle, une tournure comique et parisienne en disant : «Errer est humain, flâner est parisien." Sophocle avait dit dans Antigone, acte IV, se. i:
« Les erreurs sont l'apanage de l'humanité ; l'opiniâtreté est le comble de la sottise. »
a L'erreur est le fait des hommes ; l'opiniâtreté, le fait des bêtes. »
(Th. Espagnol . Fernand de Rojas. La Célestine, se. de Célestine et de Callxte, xt« siècle.)
Erreur. Les erreurs de jeunesse. Des erreurs qui procurent plus de bonheur que bien des vérités.
Lesurque, cette innocente victime d'une erreur judiciaire. Phrase à l'usage des partisans de l'abolition de la peine de mort.
a L'erreur n'est vaincue que par la vérité. »
(Luther.)
Cette phrase est d'un très bon effet dans les colonnes d'un journal. 11 n'y a que quelques journalistes érudits qui s'en servent, mais pas trop souvent, pour ne pas 1 user. Elle sort dans les grandes occasions, lorsqu'une grave question est débattue à la Chambre.
Le bandeau de l'erreur. — Souvent bien agréable.
« Pour me faire oublier Sophie, ft On me tend un piège enchanteur; « Mais au trait qu'amour lui confie « Perce le bandeau de l'erreur. »
(P. J. Charrin, L'erreur, chans. 1847.)
EscARBoucLE. — Sos youx brillaient comme des escarboucles. Quand les femmes sont en contemplation devant quelque merveille de la joaillerie, leurs yeux brillent comme des escarboucles.
« Ses yeux étincelants comme des escarboucles. »
(T. Gauthier. Albertus.)
Esclavage. — Croupir dans un honteux esclavage. L'esclavage est la honte de Vhumanité. Briser les fers de l'es-
clavage. — Tous les hommes subissent plus ou moins le jouj^ de l'esclavage. — Il n'y a plus d'esclaves, soit, mais jamais le nombre des valets, plats flagorneurs, ces esclaves volontaires, ne fut plus grand.
« Plutôt la mort que l'esclavage,
tt C'est la devise des Français. »
{Le Salut de la France^ chant patriotique, par de Boy.)
Esclave. Être l'esclave de ses passions, — Être V esclave de sa parole. — Je suis étonné qu.'à l'époque où les noirs étaient encore des esclaves, quelque romantique n'ait pas trouvé le : « Être le nègre de sa parole. » Il n'est plus temps, mais quelle belle occasion de perdue !
Escorte. L'escorte du prince a traversé la ville.
« Une brillante escorte accompagnait le souverain, qui a été, sur tout son parcours, salué par de nombreuses acclamations, par les cris répétés de : Vive, etc. »
{Compte rendu d'une cérémonie quelconque à laquelle assiste un souverain quelconque.)
A présent, chez nous, les princes se font rares; mais les acclamations et les vivat trouvent encore le moyen de se faufiler à la suite d'un député en vedette voyageant ad majorem Reipublicae gloriam. La brillante escorte est remplacée par un bruyant orphéon voué à la Marseillaise et au petit bleu.
Escorter.
« J'eus l'honneur, monsieur, d'escorter Charles X à francétrier, lorsque le déchaînement des passions populaires eut forcé ce monarque à prendre le chemin de l'exil. Sa Majesté me disait : Mon cher, etc.»
{Souvenir d'un vieux gentilhomme.)
C'est étonnant le nombre de nobles qui ont escofté, à ce qu'ils disent, Charles X sur le chemin de l'exil. Pendant vingt ans, tous les journaux ont fait, chaque année régulièrement, mourir le dernier survivant du radeau de la Méduse, et pas un journal n'a eu l'idée d'en faire autant en faveur du dernier survivant de l'escorte de Charles X. A quoi pensent donc les journalistes à court de copie ?
Escrime.
« L'art de l'escrime, autrefois réservé aux nobles, tend chaque jour à se populariser. Croyant répondre aux besoins du public, je viens d'ouvrir une salle d'escrime, rue..., numéro.... Un tel, élève de Cordelois, etc. »
{Fragment d'un prospectus de professeur d'escrime.)
Aux gens qui font tenir l'honneur sur la pointe d'une épée, Tusage de rescrime facilite les moyens de larder leurs adversaires sur le terrain. Il est naturel que les plus habiles triomphent à ce jeu. N'ont-ils pas fait des études pour se débarrasser proprement d'un rival, comme les avocats en ont fait pour parler devant les tribunaux ?
Escrimer. S'escrimer au jeu de Vesprit. — La langue fait l'office de fleuret et blesse souvent quelqu'un ou plusieurs comme le ferait un fleuret.
EscuLAPE. Nos modernes esculapes. — Cela se lit encore dans quelques revues de médecine.
« Nos modernes esculapes ne reculent devant aucune sage innovation; leurs détracteurs seuls, sans respect pour la vérité, osent soutenir le contraire ; mais notre dédain restera comme la seule réponse à opposer à leurs malveillantes insinuations. La juste célébrité dont jouit le corps médical fera prompte justice d*un tissu de calomnies dont la trame, etc... » {Discours à V Académie de médecine.)
Espace. Brûler l'espace. — Celui qui court à un premier rendez-vous à la grille du parc brûle l'espace.
« Elle suivait d'un regard attendri l'oiseau volant dans l'espace. Elle enviait ces ailes qui l'eussent transportée, coomie par enchantement, dans le pays natal. »
{PieridO'Mignon regrettant sa patrie.)
Espalier.
« Les vieillards qui se chauffaient en espalier, Thiver, le lon^ des murs du Luxembour|r, dans cette oasis {parisienne si justement nommée la petite Provence, ces vieillards ne pourront plus, hélas I demander aux rayons bienfaisants du suleil un peu de cette chaleur si nécessaire à leur existence. »
Ce cliché prenait le frais chaque fois qu'il était question des travaux du jardin du Luxembourg, sous le règne municipal de M. Haussmann. — Quilques journalistes de province ne l'ont pas tout à fait abandonné.
Espérance. — Placement d'illusions à fonds perdus et dont les rentes ne sont pas souvent payées.
■ L'avenir s'offrit à moi tout riant d'espérances. »
(P. Cornu et H. Auger. Pauvre mère/)
Espérance homicide, « Trompons du meurtrier l'espérance homicide. »
(Voltaire. Alxire, acte IV, se. it.)
Et dans l'opéra de Guillaume-Tell, musique de Rossinî, même rengaine :
« Trompons l'espérance homicide, « Arrachons Guillaume à ses fers. »
C'est à cet endroit même que le ténor s'arrache un ut de poitrine.
L* espérance est la richesse des pauvres.
Ils aimeraient mieux avoir autre chose à se mettre sous la dent.
« L'espérance est la richesse
tt De ceux qui ne possèdent rien. »
(Touret et Sùntiae. L'Actrice envoyaye. 1822.]
« L'espérance est à l'amour |
« Ce que le soleil est au jour. »
{Becu/eil d'airs sérieux et à boire. Ballard. Paris, 1691.)
Espérer.
« Beati que ten, couyoun qu'espère. »
« Heureux qui a, sot qui espère, » dit un proverbe provençal.
« Espérez, madame, votre fille vous sera rendue ; je le jure devant Dieu qui nous entend, mère infortunée ! »
{Mélodrame quelconque dans lequel une mère a perdu sa fUle.)
« C'est quand on n'a plus rien à espérer qu'il ne faut désespérer de rien. »
(Sénèque. Médée, acte n, se. u.) j
Espoir.
— Docteur, y a-t-il encore de l'espoir?
— Du courage, monsieur, du courage!
{Ultima verba doctoris.)
Esprit. Vesprit des troupes est excellent. — Traduisez par : | Nous avons été battus à plate couture. j
L'esprit court les rues. — C'est pourquoi Ton en rencontre si peu dans les livres.
Pétiller d'esprit, i
« C'est peu au'en un ouvraçe où les fautes fourmillent, | « Des traits d'esprit semés de temps en temps pétillent. » j
(Boileau. L'Art poétique.)
« L'esprit qu'on veut avoir gâte celui qu'on a. »
(Grcsset. Le Méchant^ acte IV, se vil)
N'en déplaise à Grasset, ce vers, devenu proverbe, est '
IX comme tous les proverbes. Il n'y a que les sots i veulent avoir de l'esprit. Par le ti*avail, ils peuvent irriver; Tesprit n'est souvent qu'un procédé, un mé-
oisme.
IF. — Les poètes aiment assez à se servir de ce mot. — % léger esquif fendait la surface des eaux,
« Mourir près du bonheur! Mourir quand on arrive
« A la réalité dont on croyait jouir !
« Voir, lorsmie notre esquif allait toucher la rive, « Le port s'évanouir. »
(Bf">* Louise Colet.) « Sur un esquif léger le nautonnier s'élance. »
(Esménard. La Navigation^ chant IT.)
ï. Essaim de jeunes filles.
Un essaim de jeunes filles en robes blanches se pressait s une avant-scène des premières. »
Voilà pour le théâtre.)
Un essaim de jeunes filles tourbillonnait dans le bal, avec îouciance et la joie de leur âge. »
Voilà pour le bal.)
Pareilles à un essaim d'abeilles, les jeunes filles prirent • Yol vers le château, au premier signal de la clocne qui onçait les visiteurs. On attendait le vicomte de..., le ce de Marie... Les curieuses espiègles... »
Voilà pour la vie de château.)
h essaim de beautés.
D'un essaim de beautés la danse enchanteresse. »
(Casimir Dela^igne. Le Pariât acte I> K- 1»)
CE. Essence divine. Vhomme ne peut jamais entièrement !«• son essence divine. — Cependant, lorsque ses oes le conduisent à Téchafaud, il semblerait qu'il n'a irien de divin.... Et lorsque... Excrementum Jovis !
riEL. L'essentiel est d'être honnête. — Et les cyniques manquent pas d'ajouter : quand on ne peut pas 6 autrement.
Donner un nouvel essor à une politique sage et érée.
{Propos de député.)
^s deux jeunes gens, en se donnant la main, prirent essor dans la direction de l'oseraie. Les genêts en fleurs Qdaient une odeur doucement pénétrante, et les branches
i et doiJ ssi pur d
tl8 DICTIONNAIRE
des vieux saules agités par le vent semblaient saluer \i
présence. I
{Petit tableau champêtre du ressort de MM. les rmanàâ
L'essor de la pensée. \
« A-t-on empêché Tessor de la pensée ? A-t-on désarmé! vérité? »
(D&unou. Essai sur les garanties individuelley]
Estampille. — Autrefois on appliquait Testampille i l'épaule des criminels; aujourd'hui on l'applique sur dos des livres qui jouissent de la faveur du colportas et qui souvent n'en sont pas moins criminels. 1
« Ce n'est pas sans un profond étonnement que j'ai tu]
fusera mon dernier ouvrage Testampille si facilement accon
à des livres qui n*ont ni portée morale ni, etc. » i
{Plaintes et doléanees en guise de préface, par un autwl
s'est vu refuser l'estampille.) |
Estime. L'estime ne se commande pas, elle s'impose. C'est un sentiment que l'on ne prodigue guère. Seri ce qu'on ne trouve pas souvent l'occasion de le placej
Estomper.
« Un léger duvet estompait sa lèvre supérieure ( une sorte de crânerie à son visage, d'un galbe aussi ] celui d'une jeune fille. »
Voilà comment dans les romans on esquisse le pa^
du jeune premier amoureux.
Ne sortons pas de la peinture, ceci est du paysafil « De petits nuages blancs estompaient le ciel, et, clias
par le vent, couraient pareils à un troupeau de moutons i
se hâte de rentrer à la bergerie. »
Étalage. Étalage d'esprit ^ étalage d'érudition. — Sou?» il suffit d'avoir de la mémoire pendant vingt-qoa heures, et de répéter devant des badauds ce que loi lu, la veille, dans quelque bouquin.
Gi'and étalage de toilette. — Chez le marchand, le ! de l'étalage est de séduire les femmes; chez la ferai c'est l'art de séduire les hommes et de faire endial d'autres femmes. Dans les bals, il est certain gei d'étalage qui mériterait plutôt le nom « d'étal ».
Étancher.
« 11 se pencha vers le ruisseau limpide, et, avec ses ma puisant une eau aussi pure que le cristal, il étancha la qui le dévorait. »
Il y a encore des écrivains qui préfèrent faire 1h
ainsi leurs iiéros, que de les envoyer se soûler au cabaret.
« La jeune fille, déchirant son mouchoir, étancha le sang: qui coulait de la blessure du bel inconnu. »
Soyez persuadé que tout ça finira par un mariage.
« Agenouillée, près de lui, sur le gazon, elle étancha le sang qui coulait de ses blessures, et, dans sa tendre gratitude, le pressant contre son sein. »
(Sftintine. Le Mutilé.)
Étang.
« Mes chers concitoyens, voter pour le candidat du gouvernement, c'est s'employer à renverser le glorieux édifice de 89, cimenté avec le sang de nos pères. C'est vouloir retourner à ces temps néfastes, où le manant était obligé de battre les étangs de son seigneur, où, etc. »
Cela se dit couramment dans les réunions publiques, et Ton applaudit, il faut voir.
État. Le vaisseau de l'État, Le char de l'État. Laisser rouler le char de l'État dans l'omiére. — Phrases qui ont retenti bien des fois à la tribune, phrases qui ont traîné dans tous les journaux.
Il ne manquera jamais de cochers pour monter sur le siège de ce char, d'où la plupart sont précipités à terre et se cassent les reins.
Joseph Prudhomme a dit : « Le char de l'État navigue sur un volcan. » Honneur et gloire à Joseph Prudhomme, au Christophe Colomb de cette bello image, qu'ont dû lui envier oien des hommes d'État. Il est vrai qu'avant Prudhomme, M. de Salvandy s'était écrié, en plein bal, en s'adressant au duc d'Orléans, qui donnait une fête le 30 juin 4830, en l'honneur du roi et de la reine de Naples : a Monseigneur, nous dansons sur un volcan. » Phrase dont M. de Salvandy a dû être très content, puisqu'il ne manque pas de faire remarquer dansleXrîvre des Cent et Un, que le lendemain les feuilles s'empressèrent de la répéter.
Le vaisseau de l'État est une figure de la plus haute antiquité.
« On ne manque poiat d'amis, quand le vaisseau de l'État navigue sans danger. »
(Sophocle. Antigone, acte I, se. m. Tr&d. de Rochefort.)
« Dans les maisons comme dans les États, pour que Tordre règne, il faut qu'un seul commande. »
Pensée d'Euripide {Andromaquey acte II, se. ii), que les autoritaires ont érigée en maxime.
Tenir d'une main ferme les rênes de l'État.
ft Ils succombent enfin, mais notre apathie laisse passer les rênes de TEtat dans les mains de quelques êtres déployés, et la débauche honteuse remplace la fureur révolutionnaire. »
{Chronique indiscrète du xix* siècle.) « Il prit les rênes de TÉtat, heureux d'avoir laissé la paix aux peuples fatiçrués d'une lonp^ue guerre. »
(Fléchicr. Oraison funèbre de Michel Le Tellier, 1686.) « Que le char de l'État s'enfonce dans la boue. » (T. Gautier, Poésies diverses.)
État florissant.
« Le véritable thermomètre de la prospérité publique, c'est le luxe; or, jamais y a-t-il eu tant de voitures, jamais on n'a donné tant de bals, jamais on n'a fait tant de visites et vendu tant de bonbons que cette année ; donc, comme disait der- 1 nièrement le Journal des Débats, jamais la France n'a été dans un état plus florissant. »
(Jouy. Guillaume le Franc-parleur^ 1816.)
Timon de l'État. — Un timon auquel on a vu plus d'un âne attelé.
« Son choix seul distribue États et dignités ;
tt Du timon qu'il embrasse il se fait le seul guide. »
(Corneille. Othon^ acte II, scène it.) « Âi-je mis dans ta main le timon de l'État, « Pour le conduire au gré du peuple et du Sénat? » (Racine. Britannicus^ acte I, se. i.)
État-major. Le brillant état-major. — En dehors du service, valse admirablement, donne le bras à la colonelle, conduit un cotillon et fait rêver lesjeunes filles, voire même les vieilles filles, tant il est séduisant, tant il a de grâces et d'entrain.
« La foule barrait le passage, pour voir le maréchal Mac- Mahon et son brillant état-major. »
{Petit-Journal du 17 septembre 1878.)
Étau.
« Sa main loyale, lorsqu'elle pressait la vôtre, vous serrait comme dans un étau. »
Phrase de roman démocratique et social. — Il s'agit, cela va de soi, de la main de quelque brave ouvérier.
Été. Braver les feux de l'été. — Il est à remarquer que l'été a moins été chanté pai' les poètes que le printemps.