‹ Dictionnaire des lieux communs de la conversationChapitre 6 sur 31 · DÉCÉDER · texte numérisé non relu

DÉCÉDER

« Décédé à la fleur de l'âge, notre cher camarade empo avec lui dans la tombe les regrets de tous ceux qui l\ connu. Puissent ces témoignages d'estime et d^siffecti apporter un soulagement à la juste douleur d'une fami en lai*mes, au désespoir de sa veuTe, qui, compagne ûé de sa vie et de ses travaux, l'a soutenu pendant les épreui qu'il a eu à subir dans cette vallée de misère! »

(Petit essai d*araison funèbre à Vusage des gens sans prétentia même au bord d'une tombe.)

DÉCENTRALISATION. Encorc un essai de décentraliscUion lit\ raire. Le théâtre de Brives-la-Gaillarde vient de donn une pièce de deux jeunes auteurs de cette localité. Ghaque fois qu'un amateur de province fait représent une pièce de son cru sur le théâtre de sa ville natal les journaux s'obstinent à sortir le cliché ci-dessus.

DÉCERNER. Jamais récompense plus légitime n'aura été d cernée. Le lauréat que nous venons d'avoir le plaisir ( couronner^ etc.. — Toujours la même chose dans h concours régionaux, et tout ça parce que le porc d'u tel aura pesé vingt livres de plus que celui de ses coi currents. Lorsqu'un tel a eu beaucoup de porcs coi ronnés sous lui, il arrive tout comme un autre à vo rougir sa boutonnière.

Décerner les palmes du martyre. — Que de maris m^ riteraient qu'on les leur décernât, pauvres martyrs d ménage !

Déchirer. Déchirer l'âme. — « Vos paroles me déchirer l'âme, » disent les amoureux à la cruelle, à la perfide à l'infidèle qui leur fait souffrir mille tourments auprè desquels ceux de l'enfer ne sont pas comparables.

Déclamation. Tomber dans la déclamation. — Que Toi tombe dans la déclamation, que l'on tombe dans li

misère, ou que ron tombe d'un sixième étage, tomber est toujours triste.

Déclin. Le déclin de la vie, — C'est l'heure voisine de celle où l'homme ira rendre des comptes là-haut.

Le déclin des ans.

« C'est par la poésie et par la pensée qu'il (Schiller) se Ûatte d'embellir encore le déclin de ses ans. »

(M<»« de Staël. L'Allemagne, t. II, chap. xiii.)

Décocher. Décocher un trait perfide. Décocher la flèche du Parthe. — C'est dire ou faire une méchanceté en parlant.

Décoration. Décorer. Cette décoration est un juste hommage rendu au talent de... Petit coup d'encensoir de journaliste à décoré.

A louer un appartement fraîchement décoré. — Vous montez, vous visitez-; le « fraîchement » remonte à dix ans. littérature de propriétaire! ô amorce de l'écriteau de location !

Décboître. Décroître dans l'estime publique. — Il y a des gens qui ne pourront jamais décroître dans l'estime, parce qu'ils n'y ont jamais monté et n'y monteront jamais.

Dédaigner. Je dédaigne les insolences etfy réponds par le mépris. — N'en croyez pas un mot ; traduisez : « je ne trouve rien à répondre ».

Dédaigneux. Jeter un regard dédaigneux. — Les femmes s'entendent à décocher ces regards-là quand un homme qui ne leur plaît pas fait le galantin auprès d'elles, ou quand on leur offre une de ces bagatelles qui n'ont aucune valeur intrinsèque.

Dédain. Accabler de son dédain. — Les gentilshommes de l'ancien régime accablaient de leurs dédains le créancier mal avisé qui osait réclamer son dû. Heureux devait-il s'estimer, ce pauvre M. Dimanche, quand ils ne l'accablaient pas de coups! — Les femmes accablent de leurs dédains l'insolent qui ne sait pas arriver dans un moment psychologique. ,

Dédale. Le dédale des lois. — C'est grâce à ce dédale que MM. les avoués font des affaires si fructueuses.

Déesse La déesse des moissons. — La blonde Cérès, qui ne prodigue pas ses faveurs aux paresseux. Comme à

Jasion, elle ne se livre qu'en plein champ et exige d( robustes gaillards.

DÉFAUT. Qui n'a pas ses défauts^ Avoir les qualités de se défauts, c Des défauts elle en a, mais n'as-tu pas les tiens ? » (C. DelaTigne. L'Ecole des vieillards, acte 1, se. i.)

« Tout homme a ses défauts, et nous avons les nôtres. » (Picard. Médiocre et Rampant^ acte V, se. t.)

« Chacun a ses défauts, n'avons-nous pas les nôtres ? » (Faure. Le Confident par hasard, se. xtiii.)

Avoir les qualités et les défauts de son âge.

« Descoutures a eu les défauts et les qualités de son âge Né sensible et généreux, il n'a pu résister aux channe d'Anna. »

{Procès de Descoutures, 48X7. Défense de M« Mauguin )

DÉFENSE. Bâillonner la défense.

« Avocat, au fait ! voilà deux heures que vous parlez pou ne rien dire. —Vous bâillonnez la défense! J'en appelle à II France! »

La défense est sacrée.

« Il faut le dire, messieurs, puisque le droit de la défensj

est sacré dans tous les pays, l'accusé a le droit de fain

entendre ses plaintes. :» I

{Procès Contrafatto, 4827. Défense de M* Saunière.) i

Les droits imprescriptibles et sacrés de lu défense. | « La défense est solidaire... oïi ne saurait contester fl

principe qui se rattache aux droits imprescriptibles et sawj

de la défense. ?>

(M« Caille. Protestation adressée au conseil des avocats, 4828.)

deloÀ

Défenseur. Le défenseur de la veuve et de l'orphelin. —

bavard qui a fait des études pour ennuyer des juges,

L'éloquent défenseur. — Un qui est plus bavard (

les autres, capable de parler deux heures de suite si

cracher... pardon 1 en crachant... sur son adversaire,

« Sachez remplir la noble mission de l'avocat. Soyei défenseur de la veuve, de l'orphelin et de quiconque apportera son procès. »

(H. Honnier et G. Waëi. Grandeur et Décadence de Ja Prudhomme, acte I, se. xi. 1852.)

« Nous sommes à Paris cinq ou six cents défenseurs veuve et de l'orphelin en disponibilité. »

(Léonce et Moléri. La Famille Renneville, acte I, se. m-

DÉFERLER. Les voQues déferlaient avec fureur contre les rochers granitiques. — N'oubliez pas de vous servir de cette phrase quand vous ferez promener vos héros le long des rives battues par Tonde amère, ô jeunes romanciers!

Défrayer. Défrayer la conversation, — Dire souvent des platitudes que la galerife trouve spirituelles.

Délayer. Délayer sa pensée, — Mettre la patience de ses auditeurs à une rude épreuve. Les avocats ont le don, (triste don) de délayer leur pensée ; ils ont suivi des cours pour arriver à ce résultat, payé des inscriptions, et obtenu un diplôme.

Délices. Les délices de Capoue.

« Quelque enchanteresse qui le retient dans ses filets... Comme Annibal, il se sera endonni dans les délices de Capoue. »

(Eug. Grange et X. de Montépin. La Sirène de Paris, acte IV, se. i. 4860.)

« Riches, heureux, nous nous endonnirions peut-être dan les délices de Capoue. »

(Ch. Desiys et Ch. Barbara. Le Pont-Rouge, acte II, se. m.)

Délire. Le délire des sens. — Transports d'un cerveau trop amoureux. Il y a peu de femmes qui se plaignent de trouver un pareil état chez les hommes ; il y a peu d'hommes, par exemple, qui ne se plaignent pas de le rencontrer chez la femme ; c'est une affaire de constitution.

Délivrance. Voler à la délivrance des peuples opprimés par de farouches tyrans, — Solde de tirade humanitaire.

Déluge. Déluge d'injures. — Aménités entre gens mal

élevés.

Demi. Les demi-mesures ne réussissent presque jamais. — En politique l'absolutisme, en religion rintolérance, ne sont pas des demi-mesures.

Démon. les femmes sont d'aimables démens. — Pourquoi aimables ?

Bémon vomi par l'enfer, dans le style mélodramatique.

« Est-ce que le démon de l'enfer joue contre moi dans cette horrible partie?»

(Joseph Bouchardy. La Sœur du muletier.)

teoNCER. Dénoncer à la vindicte publique. — C'est dans

ces moments qu'il faut entendre tonner « ftionorablc orffane du ministère public » demandant Tapplication de la loi, toute Tapplicadon ; mot à mot : une tête, messieurs les jurés, une tête ! s. v. p. Une fois àla retraite, avec quel orgueil ce même organe du ministère jpublic ne dira-t-il pas: « Tel jour, dans telle aflFaire, je fis tomber telle tète. »

Dent. La dent du temps, — Celle à qui rien ne résiste, ni les grands hommes ni les grands monuments, ceUe qui réduit tout en cendres, les os, la pierre et le marbre.

Les dents d'ivoire. — Aujourd'hui une femme aurait raison de se fâcher si on lui disait qu'elle a des dents d'ivoire ; longtemps ce fut un compliment, et l'on n'y voyait aucune allusion maligne aux défenses de l'éléphant qui servent à faire des dents postiches à nos élégantes. Peut-être les écrivains eux-mêmes n'y entendaientrils pas malice.

Déploiement. — Un grand déploiement de force. Se montre ordinairement lorsqu'on craint que la tête du peuple ne s'échauffe au milieu d'une solennité quelconque. Ces jours-là toute l'armée est sur pied, sans compter que chaque individu est surveillé au moins par un mouchard. En France la moitié de la population moucharde l'autre, disent les gens qui n'ont pas pu entrer dans la police.

Dépositaibe. Fidèle dépositaire des lois. — C'est plus pompeux que le seul mot « juge ».

Dépouille. Dépouille mortelle. Dégagée de sa dépouille mortelle, Vâme remonte vers son Créateur. — C'est certainement consolant, mais pourquoi donc appréhende -t-on alors si fort la mort ?

Confier la dépouille mortelle à la terre.

w De la dépouille de nos bois « L'automne avait jonché la terre. »

(Millevoye. Elégies.)

C'était au beau temps où les femmes jouaient de la

harpe comme des sujets de pendule ; c'était alors qu'elles

aimaient à répéter ces vers de Millevoye.

Dépouiller. Dépouiller toute fionte. Il est plus facile de

mettre la honte toute nue que d'arracher à la vérité

son dernier vêtement.

Déprédation. La déprédation des deniers publics est un

plaie dans un état. — Ce sont des choses qui arrivent.

Déranger.

« Rien ne doit déranger Thonnête homme qui dtne. » (Berchoux. La Gastronomie ^ chant ITl. 4803).

Bassompierre faisait le quadrille de la reine, lorsqu'on vint lui annoncer la nouvelle de la mort de sa mère : « Ma mère sera morte quand le quadrille sera fini », répondit le danseur. Un honnête homme en train de dîner serait capable de ne rien répondre du tout, pour ne pas perdre un coup de dent.

Désarmer. Désai*mer la colère. — Une jolie femme désarme la colère d'un vilain jaloux avec de douces paroles et de douces caresses. — Un vieux galantin désarme la colère d'une jolie femme à force de cadeaux.

Descendre. Descendre au tombeau, au cercueil. « Tyi'ans, descendez au cercueil! »

(Marie-Joseph Chénier. Le Chant du départj mus. de Héhul.)

Descendre d'une noble famille.

*€ Le vicomte de X... descendait d'une noble famille du... que la tourmente révolutionnaire avait réduite à un état voisin de la misère. »

{Style' de roman.)

« Belle Philis, on désespère « Alors qu'on espère toujours. »

(Molière. Le Misanthri^Cy actel, se. ii. Fin du sonnet d'Oronte.)

Vous me désespérez^ madame ! — Rengaine des quémandeurs d'amour.

« Désespère et meurs! » — Le cri de Chatterton, qui est devenu celui de tous les malheureux de plus ou moins de génie. Aujourd'hui pas un de nos grands hommes à venir ne refuserait une place de secrétaire chez un puisant du jour; aussi le « désespère et meurs! » de Chatterton ne se rencontre que dans la bouche des génies inconnus et particulièrement sans place.

Désespoir. Jeter le désespoir dans l'âme. — « Il ne m'aime plus ! » Il n'en faut souvent pas davantage à une femme sehsible. — « 11 est ruiné ! » 11 n'en faut pas davantage à la plupart des femmes.

Déshabillé. Elégant déshabillé. — Manœuvre de la co-

2uetterie féminine dans les romans d'hier et d'aujourr 'hui. L'élégant déshabillé n'a pas cessé d'être bien porté.

80 DICTIOXNAIRE

« On aperçoit mistress Birtoo dans le déshabillé le plus élégant. »

(M** Cottin. Malvina.]

DÉSHONORER. TudéshoTiores ta famille! — Exclamation d'un père indigné des débordements de son fils. A certains pères, il faut bien peu de chose pour lancer ce cliché.

Désintéressement. Un noble désintéressement, — Un substantif et un adjectif qu*on accouple presque toujours. Que de fois ce noble désintéressement porte sur un objet qui n'a aucun prix aux yeux du désintéressé !

DÉSINVOLTURE. Une noble désinvolture. — Plus rare qu'un beau visage. Il ne faut pas chercher une noble désinvolture chez les campagnards endimanchés. Tous les héros de romans ont une noble désinvolture.

Désir. — Inspirer des désirs. — Il y a nombre de femmes qui n'ont pas d*autre métier que d'inspirer des désirs. Pourquoi dit-on désir dans certains théâtres littéraires?

« Désir de fille est un feu qui dévore, a Désir de nonne est cent fois pis encore. » *

(Gresset. Vert-Vert, chant II.)

Savoir borner ses désirs.

« Pour être heureux, pour être sage,

« 11 faut savoir donner un frein à ses désirs. »

(Deshooliëres. L'Hiver, idylle.)

Désirer.

a On ne peut désirer ce qu'on ne connaît pas. »

(Voltaire. Zaïre, acte 1, se. i.) « Ne désirer que ce qu'on a, « C'est avoir tout ce qu'on désire. »

(P.-J. Charrin. Les Femmes et le Vin. Chans. <847.)

DÉSŒUVRÉ. — Les désœuvrés sont les parasites de la société. Les désœuvrés ennuient les autres et s'ennuient eu^ mêmes. — Je crois qu'ils doivent s'ennuyer encore plus qu'ils n'ennuient les autres, car on est bien libre de les fuir comme la peste.

Désopiler. Désopiler la rate. — La prétention de tous nos joyeux vaudevillistes est de désopiler la rate.

Verve désopilante. — La verve que l'on prête aux susdits joyeux vaudevillistes.

Despote. Le joug des despotes pèse cruellement sur If^ peuples. — Bonne phrase du temps jadis. Où y a-t-il des despotes aujourd'hui? Peut-être eu Turquie, et

DES LIEUX COMMUNS 8i

encore! Il vaudrait sans doute mieux dire : Le joug des peuples pèse durement sur les prétendus despotes.

Desséchée. L'égoisme desséche le c<£ur. — Je ne dis pas non, mais qui enfante l'égoïsme ? La connaissance des hommes.

Dessein. Un dessein généreux.

« Machin a envie de me donner une parure en diamants. — C'est un dessein généreux. »

Desseins, décrets impénétrables de la Providence.

« Elevez-vous à la hauteur de la mission que la Providence semble vous avoir confiée : malheur à qui se refuse de servir d'instrument à ses profonds et impénétrables desseins ! »

(Procès des assasins de Fuaîdès, 4818: réquisitoire du proc. gén. baron Gary.)

« Dieu couvre ses desseins d'un voile impénétrable. » (Baour-Lormian, Omasis, acte Y, se. iv.)

Les Grecs tenaient, eux aussi, les décrets du destin pour impénétrables.

« La volonté de Jupiter est impénétrable. »

(Eschyle. Les Suppliantes» acte I, se. i.)

Destin. Destin fatal. Destin cruel. — Cela se chante au grand Opéra.

« Ainsi parle, accablé de ses cruels destins^ « Un vieillard dont les yeux à jamais sont éteints. » (Millevoyc. Homère mendiant.)

La main du destin. Gela se lit chez les auteurs dont les héros bénissent la Providence, lorsque la jeune première, victime innocente et persécutée, voit triompher sa vertu, et se iette dans les bras de son bien-aimé dont elle couronne, la flamme.

Destinée. L'arbitre de la destinée humaine. — Un trope qui veut dire Dieu, alias l'architecte de l'univers.

Brillantes destinées. Ce que Toh promet aux jeunes princes, ce qu'on n'ose pas promettre aux princes en

exil.

« Tendre mère, elle pleurait sur son fils dont elle voyait s'évanouir les brillantes destinées. »

(Almanach de la Bonne Duchesse^ dédié aux dames françaises» par N.-J.-A. Gautier, 1833.)

Présider aux destinées d'une nation.

« En 1821 , l'homme qui avait présidé si longtemps aux

destinées de la France mourut sur le rocher de Sainte-Hélène. »

fGaxette des Tribunaux. — Plaidoyer de M. Sebire, procès des héritiers du général Dugommier, 29 août 4830.)

Détachement. Le détachement des grandeurs, — N'est-ce pas une inversion, un contre-sens, une façon de parler, pour dire que les grandeurs se sont détachées de quelqu'un?

Détacher. Détacher son cœur des joies du monde. Détaché des joies de ce monde, — Il faut en avoir vu de toutes les couleurs ou avoir joliment attaché de rimportancc au petit nombre de niaiseries qu'on est convenu d'appeler les joies de ce monde.

Détail. Horribles détails. — Un sous - titre dont ne sont pas avares les journaux judiciaires, chaque fois cni'il> ont à rendre compte d'un assassinat corsé. Ces deux mots « détails hornbles » sont un appât offert aux lecteurs sensibles et aux lectrices avides d'émotions.

Dette. Payer sa dette à la patrie, — Concourir pour une entrée aux Invalides en temps de guerre. — S'ennuyer de garnison en garnison en temps de paix.

a Vous me rappelez un souvenir qui m'est cher : celui du temps où je payais ma dette à la patrie, en la défendant contre une agression étrangère. »

f Réponse du duc d'Orléans au discours du baron Séguier, prem. prés, de la cour royale, 7 août 1830.)

Deviner.

« Devine, si tu peux, et choisis, si tu l'oses. »

(Corneille. Héraclius, acte IV, se. r.)

Je ne sais pas deviner les énigmes, — Voilà ce qu'en minaudant vous répondent les Célimènes à qui vous lancez de galants sous-entendus.

Devoir. — Ce que bien peu de gens savent accomplir. « Vous avez arraché une femme à ses devoirs sacrés d'épouse et de mère. »

(Scribe. L* Honneur de ma fille. 1836.)

a Vous ne rempliriez jamais les devoirs sacrés de la paternité ! »

(Ducray-Diuninil. Petit-Jacques et Georgette.)

« Les artistes ont vaillamment fait leur devoir » ou encore: « Les artistes ont vaillamment lutté. »

Fiche de consolation octroyée par la presse dramatique aux interprètes d'une pièce qui est tombée à plat.

DÉVORER. Dévorer des yeux. — Une manière de se repaître de la femme aimée.

Dév(yrer ses larmes. — C'est une nourriture très substantielle, et l'on ne pourrait rien manger qui pesât davantage sur l'estomac.

Béoorer un affront, — Le mettre sur sa conscience, en admettant qu'on en ait, jusqu'au jour où on pourra le restituer avec les intérêts. C'est ce à quoi les hommes sont le plus sensibles. Ils sont si vains !

'bé:6(yré de remords.

« Messieurs les jurés apprécieront si votre langage est celui d'un coupable que les remords dévorent. »

{Défense de taoocai.)

Diabolique. Invention diabolique. — Pendant longtemps ceux qui aiment à mettre la lumière sous le boisseau ont déclaré la découverte de l'imprimerie « invention diabolique». Aujourd'hui leurs arnère-petits-fils ont des journaux à eux, qui, s'ils ne font pas gémir la presse, font gémir tous les gens sensés qui les lisent par hasard.

Diadème. "Poser sur le front le diadème royal. — C'est, dans plus d'un pays, souvent le prologue d'un drame dont l'exil est le dénouement.

TJn diadème de cheveux. — Presque toujours une couronne usurpée.

Diamant. Diamanter. Ses yeux avalent l'éclat du diamant.

(Littérature de joaillier. J

Les rayons du soleil diamantaient les gouttes de rosée et faisaient ressembler les champs à un vaste ècrin.

(Encore de la littérature de joaillier.)

Avec quelques phrases de ce calibre on peut faire concurrence aux bijoutiers du Palais-Royal, à ceux surtout qui vendent des bijoux en imitation.

Diatribe. Amère diatribe. — Un bitter littéraire.

Dicter. Paroles dictées par la sagesse. — Il est à remarquer que ce sont presque toujours ceux dont les paroles sont dictées par la sagesse, qui démentent leurs paroles par leurs actions lorsqu'ils passent du rôle de confidents aux grands premiers rôles sur la scène du monde.

Dieu. Le dieu de la treille. — Chanté par les dilettanti de la liqueur vermeille.

Les dieux s'en vont

(Josèphe. — Chateaubriand.)

Et tant d*autres après eux. M. de Lapr^de a même prétendu que les dieux entraient dans la police.

Dieu est juste. — Phrase très répandue parmi les dramaturges au moment où le crime reçoit son châtiipent, entre onze heures et minuit, à la hauteur du milieu du 5* acte.

« Le ciel est juste et le châtiment ne manque jamais aux forfaits. »

(Ki-Kiun-Tsiang. U Orphelin de la Chine, acte. lY, se. tiii. Trad. Stan. Julien.)

Lieu créateur.

a Tout d'un Dieu créateur atteste le génie. » (Baoup-Lormian. Veillées poétiques.)

La sagesse et la bonté de Dieu.

« Ici, comme dans toutes ses œuvres, le Créateur manifeste sa sagesse et sa bonté. »

(Cousiu-Despréaux. Leçons de la nature.)

Faire un dieu de son ventre.

« ... Il est^bien fol qui pennect « Que trop de vin en son corps entre ; « Et infâme, qui se soubmect « A faire un dieu de son ventre. »

(Nicole de la Chesnaye. La Condamnation de Banquet, moralité. Se. du monologue du docteur.)

Que Dieu vous le rende. — Souhait cliché de MM. les mendiants. Il y en qui se permettent de souligner ces mots d'un sourire qui frise l'ironie.

« Donnez si peu qu'il vous plaira, « Je prierai Dieu qu'il vous le rende, « Et sa bonté vous le rendra. »

(Désaugiers, Hubert et Antier. La Lanterne sourde, 1823.)

« L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux. »

(Lamartine. Méditations.)

Ceci est pour les honnêtes gens seulement. — Quant aux coquins, ils se souviennent de l'enfer.

Digérer. Digérer un affront. — C'est une affaire de temps et de tempérament.

Digne. Je suis encore digne de vous. — Exclamation de la femme injustement soupçonnée par son mari, ou de la femme qui n'est encore que sur le bord du Leucade.

B£S LIKUX COMMUNS 85

« Mais Théodore enfin n'est plus digne de vous. »

(Corneille. Théodore, acte I, se. it.)

« Ernest ! viens me défendre... Je suis digne de toi... viens ! »

(Scribe. Une Faute, acte II, se. v. 1830.)

DiGCE. Opposer une digue aux passions. — Si la diffue résiste, les passions sont des passions de second ordre, des passions de pacotille^ tout au plus des caprices passagers.

DiiJGENT. La diligente abeille'. — Cet adjectif est fatal. Pas un poète ne s'en est privé. C'est entendu : Tabeille est diligente comme le chien est fidèle, la femme perfide, l'onde amère, le bocage mystérieux, Tombre épaisse, le vin généreux, etc., etc..

Diplomatie. La diplomatie n'a pas dit son dernier mot* — Une de ces phrases qui laissent peu d'espoir à la paix. Le lendemain on lira : « La diplomatie a épuisé toutes ses ressources : désormais la parole est au canon.» {Style de journaliste,)

Dire. Il n*y a pas à dire, mon bel ami. Il ne dit mn, mais il n'en pense pas moins.

« Soit, mais ne disant mot, je n'en pense pas moins. >» (Molière. Le Tartuffe, acte II, se. ii.)

Discours.

\*' Exemple.

« Après le remarquable discours de l'éminent orateur que vous venez d'entenare, je n'ai rien à ajouter. »

(Ici Vorateur se cramponne à la tribune et parle pendant une heure sans désemparer.)

2® Exemple.

» Messieurs, je ne veux pas abuser plus longtemps de votre attention. Encore un mot et je termine mon discours déjà trop long. »

[là Vorateur reste encore une heure à la tribune.)

3« Exemple.

« Jamais il n'avait été mieux inspiré : son discours, un des plus beaux de la session, restera comme un modèle de l'art oratoire. »

(Compte rendu des débats parlementaires.)

« Le discours de Z..., un des plus remarquables qu'ait

prononcés l'éminent orateur, a produit une vive impression et aura un grand retentissement dans le pays. »

{Compte rendu des débats parlementaires.)

Disque. Le disque d'or du soleil.

« Le soleil, qui s'inclinait déjà à Toccident, pénétrait jusqu'à nous... et son disque d'or et de feu descendait comme un incendie derrière un vaste groupe de nuages. »

(Chénedellé. Esprit de Rivarol)

Dissimulation. Profonde dissimulation. — Encore deux mots accouplés depuis un temps immémorial et qui font bon ménage. La profonde dissimulation est Tart des diplomates et des femmes, ces diplomates en jupon.

Dissiper. Le temps dissipe les illusions. — Ce n'est pas certainement ce qu'il fait de mieux. Le bonheur n'estil pas fait d'illusions ?

Distance. L'amour comble les distances. •— L'argent les comble encore bien davantage.

Les chemins de fer ont supprimé les distances. — Une de ces phrases que.les Prudhommesne manquent jamais de prononcer chaque fois (ju'ils mettent le pied dans un wag:on. On en compte qui ajoutent : « Si Louis XIY revenait dans ce monde , quel ne serait pas son étonnement, si on lui disait qu'on va le conduire en moins d'une heure de Paris à Versailles ! »

(Sur la ligne de Paris à Versailles, que de fois ce propos idiot a retenti dans les wagons de première classe 1)

Distiller. Distiller le venin de la calomnie. — Une opération à laquelle s'entendent joliment les bons petits camarades dans le monde des lettres et des arts.

Divergence. Divergence d'opinion» — Et voilà ce qui nous vaut de si longues et si filandreuses tartines politiques, de si somnifères discours à la Chambre.

Divertissement. Honnête divertissement. — Il y a des gens qui prétendent que rien n'est plus ennuyeux qu'un nonnête divertissement, que rien ne contribue davan- | tage au besoin de bâiller.

Dix.

M Quand nous serons à dix, nous ferons une croix. »

(Molière. L'Étourdi.)

Les écrivains qui veulent éviter ce cliché ont trouvé la variante suivante : « Quand nous serons à dix, nous recommencerons. »

Cette expression vient de la conformation du chiffre romain « dix » qui se marque par une croix de saint André : X.

Doigt. Le doigt de Dku. Cest le doigt de Dieu. — {Exode, chap. viij.) On le voit, le cliché date de loin.

Le doigt de Dieu se manifeste dans les moindres choses. « Oh ! ne m'accusez pas d'avoir panqué à ma parole ! Le doigt de Dieu est dans tout ceci. »

(Charles Lafont. La Famille Moronval, acte I, se. vi. 1834.)

«Ma raison s'égare... va le voir, Gilbert, va le voir, et si, après cela, tu méconnais encore le doigt de Dieu... »

(Ch. Deslys et Ch. Barbara. Le Pont-Bouge, acte V, se. xx.)

Domaine. Le domaine des arts. — Une nue-propriété pour beaucoup d'artistes.

Domestique. Les gens qui n'ont pas de domestiques sont bien heureux y ont coutume de dire les gens qui ont une bonne à tout faire. La plupart de ces cens sont obligés de se servir eux-mêmes et de servir la bonne par dessus le marché. C'est dans de pareilles maisons — des baraques, suivant Targot domestique— que les maritornes en rupture de village vont faire leurs premières armes. Aussitôt qu'elles savent à peu près quelque chose, elles aspirent à de meilleures places.

Elles savent qu'il n'y a que chez les riches qu'elles peuvent faire danser d'une manière convenable l'anse du panier. Aussi n'y a-t-il que les riches qui soient bien servis.

Dominer. Dominer ses passions. Le sage sait dominer ses passions — La question serait de savoir lequel des deux est le plus heureux, ou de celui qui sait dominer ses passions, ou de celui que ses passions dominent. Il y a bien des gens qui parieraient pour le second.

Don. Les dons de Gérés. Les dons de Bacchus. Les dons de Pomone et de Flore. Les dons de l'éloquence. Les dons de la beauté. Don fatal.

« n vit paraître une jeune personne parée de tous les dons de la jeunesse et de la beauté. »

(M«« D... Maria.)

« Ah ! si vous possédez vraiment le don de lire « Au fond des cœurs comme dans un cristal. »

(Gabourg, pièce de v*m adressée à if"» Ancelot et citée dm « Les Salons de Paris *, 4848.)

« Tel donne à pleines mains qui n'oblige personne; « La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne. » (P. Corneille. Le Menteur, acte I, se. i.)

Dorer. Dorer la pilule.

« Le seigneur Jupiter sait dorer la pilule. »

(Molière. Amphiirion.)

Les femmes savent également très bien la dorer quand il s*agit d'une* pilule d'amour enveloppée dans le papier doré du mensonge.

Dormir. Laisser dormir son argent. — Vos héritiers sauront bien le réveiller.

a II est malsain de dormir aussitôt après le repas. » (Plaate. Le Bevenant, acte III, se. n.)

Les aphorismes de TÉcole de Salerne disent également : Somnum fuge meridianum.

Douleur. Tarrache les dents sans douleur. — Péroraison des boniments de MM. les arracheurs de dents... plus ou moins politiques.

Les accents de la douleur.

« Les accents de la douleur ont retenti dans le cœur de tous les assistants. »

(Journal des Débats du 22 germinal. Compte rendu des fmirailles du général Marie-Bené Montalembert.)

« Les grandes douleurs sont muettes. »

(Vauvenargues. ) C'est ce que pensait Sénèque lorsqu'il a dit : « Les grandes et profondes douleurs sont muettes. » {HippolytCy acte II, se. m.)

Dragée. Tenir la dragée haute.

« Le ministi^e : Pouvons-nous compter sur votre voiï- — Le député : Mais certainement... A propos, Saurais besoin de deux croix, de trois bureaux de tabac, d une recette particulière, d'une recette générale, et de deux sous-préfectures. — Le ministre : Monsieur le député, vous nous teneila dragée haute I »

«( L'amoureux : Ma chère enfant, vous êtes adorable. - La chère enfant: Avez -vous vu la belle rivière de diamants chez un tel, rue de la Paix? — L'amoureux : Je vous aim* beaucoup. — La chère enfant: Gomme les femmes qui ont

voiture et chevaux doivent être heureuses I — Vamùureux : Il n'y a rien que je ne fasse pour vous. — La chère enfant : J'ai toujours rêvé un hôtel à moi au Ranelagh I »

Dragon. Un dragon de vertu. — Jeune fille qui garde ellemême les pommes d'or du jardin des Hespérides de son innocence. — Femme mariée qui monte elle-même la garde devant la porte de son honneur, qui est aussi, aux yeux du monde, l'honneur de son mari, puisque le jour où elle a donné accès à quelqu'un ou à quelquesuns, voilà qu'on prétend que le mari est déshonoré.

« Sans reculer jadis a Dans plus d'une rencontre « Je me suis battu contre *

« Des dragons d'tous pays ; (( J'ai battu dragon russe, « Dragon anglais, suédois, « Dragon belge, danois, « Et dragon du roi d'Prusse, « Mais jii'ai jamais battu « Un dragon de vertu. »

(Villencaye, Ch. Dapeuty et Langlé. Pierre et Marie. 1824.)

Dramatique. Situation dramatique.

«Arrêtez, malheureuse! Qu'allez-vous faire? C'est votre fils, votre fils que vous allez vouer à la mort 1 -— Lui I mon fils ! Ab ! mon Dieu ! trop tard I — Que dit-elle ? —Vous ! ma mère! — Trop tard, le poison!... le poison!... il l'a bu. Au secours sauvez mon fils I — Ma mère, je vous pardonne 1 »

Ce qu'on peut trouver le long de n'importe quel drame, lorsque la situation est dramatique.

Les critiques du lundi se contentent de juger ainsi la chose :

« Jamais situation dramatique ne fut présentée avec plus de bonheur. Les applaudissements unanimes du public ont montré à l'heureux auteur combien, etc.. »

Dramaturge. L'habile dramaturge. — Plus il fait pleurer plus il est habile. Et à chaque nouvelle pièce la critique de s'écrier :

« Jamais l'habile dramaturge ne fut mieux inspiré : il a su, avec un rare bonheur, tirer parti des moindres situations.»

Drame. Drame émouvant.

« Le drame de X... est un des plus émouvants auxquels nous ayons assisté depuis longtemps. »

Ceux qui tiennent à préciser remontent jusqu'à la Grâce de Dieu.

« C'est un succès qui sera consacré par cent représentations consécutives. »

Autre guitare.

tt Le drame, qui, depuis la vogue persistante deTopérette. semblait un peu dépaysé, n'a pas dit encore son dernier mot. La soirée d'hier comptera, etc... »

Drapeau. Le drapeau tricolore a fait le tour du mondes k drapeau rouge n'a fait que le tour du champ de Mars. — Est-ce du Prudhomme? Non : c'est du Lamartine.

A l'ombre du drapeau. Mettre son drapeau dans sa poche. — C'est un acte de prudence politique.

Tenir haut et ferme le drapeau de la liberté. « Vous avez toujours lutté, toujours combattu, toujours tenu haut et ferme le drapeau de la démocratie. »

(V. Hu^o. Lettre à M. Jourde^ candidat sénatorial, i"- janvier 4879.)

Draper. Se draper dans sa vertu. — Ça n'empêche pas touiours de sentir le froid, d'éprouver les tourments de la faim, et ça ne tient pas toujours lieu d'un bon vêtement bien chaud.

Drille. Bon drille. Joyeux drille. — Je ne connais pas d'autre épithète que bon et joyeux pour marier à drille, et vous?

Drogue. Mauvaise drogue. — C'est une femme qui fait droguer son mari, qui fait aller ses amants, qui serait capable de faire évacuer la garnison d'une place forte, officiers en tête.

Droit. Le droit du plus fort, — Le droit sur lequel s'ap-. puient tous les gouvernements.

Faire valoir ses droits.

« Ah ! c'est que cette plaisanterie dure depuis trop longtemps, madame : j'ai des droits, je veux les faire valoir. — Demain. — Non, ce soir, tout de suite, à l'instant. — O ma migraine, ma migraine I »

{Entre mari et femme.)

Mourir pour le maintien de ses droits. — Cela se déclame, à table, dans un banquet patriotique, entre la poire et le fromage ; cela peut aussi se déclamer ailleurs.

« Tous ici ne saurions-nous pas, au besoin, combattre ei mourir pour le maintien de nos droits, de notre Charte et du Roi, proclamé tel par la volonté du peuple ? »

(^Disc. de rentrée pron. devant le irib. de Fontenay par le proc, du roi Druet, 3 nov. 4830.)

Tiens-toi droite, ma fille! — Recommandation d'une mère à sa fille.

« Levez \^ tête. Encor. Soyez droite. Approchez. « Faut-il tendre toujours le dos quand vous marchez? » (Regnard. Le Distraitt acte I, se, iv.)

ko. Le duo du second acte du... a été chanté d'une façon inimitable par, etc. — Ça fait plaisir aux chanteurs et ça ne comproniet pas la critique. Avec une variante, on peut dire : « D'une façon magistrale. »

IrpE. — La moitié au moins du genre humain. L'état de dupe est le stage de bien des gens qui attendent l'occasion de devenir malhonnêtes.

<c On commence par être dupe, « On finit par être fripon. »

(M«"« Deshoalières. Réflexiom àiversm.)

Cela s'adresse particulièrement aux joueurs ; cela pourrait s'adresser à bien d'autres.

C'est à tort, disons-le en passant, qu'on a prétendu que ce distique formait tout le bagage littéraire de M"« Deshoulières. Elle en a commis un autre, moins connu, peut-être, mais non moins aimable, quand elle a dit, dans Ses Oiseaux.

« L'indifférence est pour les cœurs « Ce que l'hiver est pour la terre. »

Regnard) lui aussi, a exprimé la même idée que la bergère Deshoulières, en parlant ainsi des joueurs :

c n faut opter des deux, être dupe ou fripon. »

(Le Joueur, acte I, se. vn.)

Bans la me, il faut être dupe ou fripon. — Voltaire a prétendu qu'il vaut mieux être dupe :

« Si dans ce tourbillon

« Il faut choisir d'être dupe ou fripon, u Mon choix est fait. . . »

fLa Prude, acte IV, se. ix.)

Que de dupes, parmi ces pauvres maris, même parmi les maris de théâtre i « Ainsi, j'étais leur dupe ! ils se jouaient lâchement de moi. »

(Boulé, Raimbaut et Dupré. Emery le négociant.)

ivET. TJn léger duvet estompait ses joues d'adolescent, —

fStyle de roman.)

Comment voulez -vous que la jeune fille résiste à. ua pareil duvet ?

Eac.

« L'eau qui tombe goutte à goutte finit par percer la pierre. :

(Th. Esp, Fernand de Rojas. La Célestine, acte YIIl f 49i. Trad. Germaia de Lavigne.)

11 faut avouer oue Quinault n'eut pas de peine à trouver ridée d'un aes rares disticnies de lui dont on s( souvient encore, quand il a fait dire à son Atys : « L'eau qui tombe goutte à goutte « Perce le plus dur rocher. »

(Atys, acte IV, se. ▼.)

Ébranler. Ébranler les convictions. — En 7 mettant le prii, ce sont des choses que Ton peut voir.

Ebranler les bases de l'édifice social.

« On vous a entendu crier : « Vive Henri V ! » — C'est vrai, mon président, mais j'étais un peu laïKé, — Malheureux, voua voulez ébranler Tédince social I » ^

ÉCAHUB. '

« Les écailles lui tombèrent des yeux. Il vit clair sur le che^ min de Damas de la politique, et nous comptâmes un soidaj de plus dans nos rangs. » 1

(Hosaiinah ea Thoaneur de celui que le parti qu'il a dése appelle un transfuge, un renégat.) '

EcARQUiLLER. EcarquiUer les yeux pour ne rien voir. — Qi de maris, prévenus des infidélités de leurs femmfl écarquillent les yeux et n'y voient rien I

ÉcHAFAUD. Tu finiras sur Véchafaud. — Cliché paternel, l enfant commet-il une peccadille, tette-t-il quelqa épaves de cigarettes, dès l'âge de huit ans, dérobe-t une pièce de deux sous à sa mère : « Voilà un scéléo qui finira sur Téchafaud ! «pronostique le père. Leha> veut que de temps en temps la prophétie se réalise il faut voir alors le parti cru'en tire Taccusation : B Tâge de huit ans, s'écrie «riionorable organe du min tère public », Taccusé annonçait les penchants les pi pervers. A dix ans, il est de première force au billa et culotte des pipes qu'il achète avec de Targent voU ses parents !

EcHARPE. L'écharpe d'Iris, — A Tusage de ceux à qui le mot arc-en-ciel écorcherait la langue ou ferait cracher la plume.

« Une légère draperie

a Pareille à l'écharpe dlris,

a Couvre le sein du dieu. »

(Demoastier. Lettres à Emilie.)

Échauffer. Echauffer la bile à quelqu'un.

« Ah! madame, ne m'échauffez pas labile, ou gare roartia bâton ! — Vous êtes un lâche I »

^Fragment d'un dialogue matrimonial.J

Échelle. Échelle du crime, — Une fois qu'on a mis le pied sur le premier degré de l'échelle du crime, il n'y a plus de limites.

« L'accusé sur le sort duquel vous aurez à prononcer, messieurs les jurés, a gravi tous les échelons du crime. »

fStyle d'avocat généraL)

ÊCHEVEAU. L'écheveau de la pensée. Dévider l'écheveau de sa pensée, — Pour certaines gens, pour certains orateurs/ ce n'est pas une opération facile : voilà pourquoi il 7 en a tant qui gardent le silence.

ÉcHEVELÉ. — N'est guère employé qu'avec le mot cancan. Un cancan écheveié, le mot de la fin d'un bal masqué. Prière à ces dames de ne pas oublier d'attacher solidement leur chignon : un malheur est si vite arrivé 1 Dans le feu d'un cancan échevelé, que de chevelures restent sur le carreau 1

ïcHiQuiER. L'échiquier politique. — Ce ne sont pas les fous qui manquent à cet échiquier.

ÎCHO. L'écho m'a redit souvent le nom du bien-aimé.

(Romans pastoraux et moraux.)

Trouver un écho dans le cœur de,,. Phrase que ne dédaignent pas les journalistes politiques portés au sentiment.

(V. les articles de M. de la Guéronnière, qui a abusé de Técho, abus bien naturel chez un élève de Lamartine.)

« Le terrible événement (la mort de la princesse Alice), qui a plonffé dans le deuil la famille royale aAngleterre, a trouvé un douloureux écho dans toutes le^ classes de la population. »

fFigaro du 20 déc. 4878.)

Réveiller l'écho endormi, « Mille et mille oiseaux à la fois, « Ranimant leur \oix languissante, K Réveillent les échos endormis dans ces bois. »

(Deshoulières. Les Oiseaux. H79.)

Éclair. Éclairs de fureur. Ses yeux lançaient des éclmrs de fureur. — Voilà ce qui sort des beaux yeux d'une femme jalouse. Un jour quelque Jabloschkoff puisera, peut-être, dans ces beaux yeux, les éléments d'un nouvel éclairage plus électrique que jamais.

Éclat. L'éclat de la beauté. — Vaut bien Téclat des diamants, si Ton consulte les hommes.

« Elle (Delphine Gay) était alors dans tout Téclal de sa brillante beauté. »

(M»* Ancelot. Salons de Paris, 48il à 1864.)

Éclat des vertus. — N'a malheureusement qu'un nombre restreint d'admirateurs.

« Sa jeunesse brilla de Téclat des plus belles vertus. »

(Almanach de la Bonne Duchesse, dédié aux dames françaises, par A.-J. Gautier. 1833.)

Éclater. Éclater comme la foudre. — Le pauvre mari trompé, qui découvre le pot-au-roses, éclate comme la foudre, s'il est chargé d'électricité.

Éclater en sanglots. — Le dernier argument des femmes.

Éclater en malédictions.-^ Ceci est du ressort des pères nobles.

« Alors sa fureur ne connut plus de bornes, et il éclata et malédictions contre sa fille dénaturée, qui, au mépris des lais de l'honneur, etc. »

Succès éclatant. — Appartient spécialement à MM. les critiques dramatiques et autres.

« Le succès éclatant remporté à la première audition du.^ retentira longtemps sous les voûtes du... »

École. L'école du malheur.

« U a été élevé à l'école du malheur, et je suis sûre qu' compatira au vôtre. »

(Etienne. La Petite École des pères, se. m. <80!)

« Le malheur est une bonne école. »

(Hoffmann. L'Original, se. n.^

Écossais. Hospitalité écossaise. — Mise à la mode depuis succès de la Dame-Blanche. Cette hospitalité, toutefoi ne dépasse pas la rampe.

ÉcuEiL. Plus blanche que la blanche hermine.

« Sera toujours recueil des ténors, monsieur. »

Il y a plus de trente ans que les dilettanti nous r

bâchent cette phrase. Au moment où le ténor va débifi

cette célèbre romance^ on a vu des gens de Torchestre quitter leurs fauteuils, parce qu'ils avaient à côté d'eux des mélomanes qu'ils avaient jugés capables de leur couler ce clicbé dans l'oreille.

La vie "est semée d'écueils.

« Prenez des distractions, et sachez que la vie est semée d'écueils et peut être la source de tant de maux, que la mort n'est pas le plus grand de tous. »

(Lettre de Napoléon I»»" à la reine ffortense, 20 mai 4807.)

kuME. L'écume de la société, — Elle bouillonne dans la marmite du crime et va se répandre sur les bancs de la police correctionnelle et sur ceux de la cour d'assises. Edification. L'édification des masses. — Il y a des gens qui prétendent travailler encore à l'édification des masses. S'ils savaient comme ils perdent leur temps, je n'ose pas dire : comme... ils se mettent le doigt dans l'œil I Idifier. Édifier les masses. — Il faudrait être aujourd'hui plus qu'un saint, ou un hypocrite hors de page, pour accomplir un pareil miracle.

Lecture édifiante. — S'adresser à Tours à M. Mame, libraire-éditeur, chez qui l'on trouvera un grand assortiment de livres dont la lecture est édifiante. DucATioN. Les bienfaits de l'éducation. — Ont quelquefois les mêmes résultats que les malheurs de l'ignorance. (Consultera ce sujet les procès Castaing, Lapommeraye, et, plus récemment, les procès Godefroy, Danval et Lebiez, tous bacheliers, et quelques-uns docteurs.)

FFERVESCENCE. L'effervesccncc des passions, — A un homme qui aime sa tranquillité, je ne souhaite pas d'avoir affaire à une femme dans l'effervescence des passions.

PFEciLLER. Effeuiller la marguerite,

«i II m'aime un peu, beaucoup , passionnément, pas du tout. »

Occupation des pensionnaires du temps jadis. Aujourd'hui, quand elles l'effeuillent, elles se contentent de dire en rêvant mariage et mari :

« Sera-t-il riche un peu, beaucoup, énormément? »

Au théâtre, on assiste encore de temps en temps à ces effeuillements :— - (Inès effeuillant une marguerite qu'elle a prise dans un bouquet attaché à sa ceinture,)

«« Ecoute et regarde. Je consulte mon oracle. Je me marierai... Je ne me marierai pas. »

(Charles Lafont. La Famille Aforonval, acte II, se. 1. 1834.)

Effeuiller une à une toutes les illusions de la jeunesse.- Pour les jeunes filles, des fleurs artificielles dont les liges seules résistent , et encore ! — Pour les jeunes gens, des fleurs empoisonnées dont le parfum, trop souvent, cause des maux qu'on traite par les sudorifîques,

Effort. Couronner les efforts,

« Le ciel a couronné mes efforts. »

(Ch. Desnoyer et Nus-FoUet. Jacques le Corsaire. iW)

Egarkr. Egarer les esprits par de trompeuses paroles. - Voilà, par exemple, un procédé dont aucun candidat à la députation ne s*est jamais rendu coupable.

EomE. L'égide des lois. — Un bouclier qui coûte cher quelquefois à celui qu'il abrite.

{Voir le tarif des honoraires de MM. les avoués.) « La liberté refleurit sous un gouvernement protecteur et sous régide des lois. »

(Chronique indiscrète du xix" siècle. 1825)

« Je salue, messieurs, la véritable conservation, celle qui

consiste à travailler pour le bien public sous l'égide de li

loi, et à ne reconnaître d'autre supériorité que celle qiï

résulte de la vertu. >

(L. Gambetta. Discours prononcé au théâtre du Château-^ Ea îa déc. 4878.)

<c Sous l'égide des lois, je me mariai à Nantes dans lin tention d'exercer la profession d'avocat. »

{Mémoires de Fouché, 4824.)

Ordinairement, quand on se marie, c'est plutôt dan l'intention d'exercer la profession de mari.

Electriser. L'assemblée, électrisée par les paroles de /'f< teur, donne un libre cours à son enthousiasme. — Aias s'expriment les reporters électrisés et enthousiastes à tan la ligne.

Elite. L'élite de la société parisienne s'était donné rend^ vous à... pour assister au...

(Peut s'appliquer à une cérémonie quelconque-)

Il y a des gens qui vont intriguer dans les bureaux d rédaction pour voir leurs noms figurer parmi l'élite d la société présente à une fête ou à. un enterrement, qi est, souvent, une fête pour les héritiers.

Eloge. — Une des nombreuses manières de faire ai

dupes ou simplement de se moquer de son sert

blable.

« Le plus bel éloge que je puisse faire de celui que n"»

accompagnons à sa dernière demeure, ce sont ces pleurs que je Tois couler de tous les yeux : son plus bel éloge, c'est le souvenir qu'il laisse parmi la population honnête et laborieuse de son quartier, que, pendant plus de vingt ans, il n'a pas cessé un seul jour d'assister de ses conseils et de sa bourse. »

. CPetit exemple d'éloquence funèbre.)

Juste tribut d'éloges.

« C'est la confraternité, messieurs, qui nous impose le touchant devoir de jeter un dernier regard sur la tombe de ceux de nos confrères que la mort nous a ravis, et de payer un juste tribut d'éloges à ceux qui ont marqué leur passage au milieu de nous. »

(Dupin aîoé. Discours d'ouverture prononcé à la conférence de la bibliothèque des avocats, f"- déc. 4829.)

Eloquence. La mâle éloquence, — Joindre la force des poumons à la force des arguments constitue la mâle éloquence.

Elu. L'élu de la nation. L'élu de dix millions de voix. L'élu de la France. — Ainsi fut, pendant dix-huit ans, appelé Napoléon III par ceux-là mêmes qui devaient plus tard le surnommer «l'homme de Sedan ». Electeur, dis-moi, fen souviens-tu ?

Elucubration. — Ce qui sort de la marmite cérébrale après une longue ébuUition. — Pauvre diable! mets ton esprit à la torture, creuse ta cervelle, pâlis sur ton papier, tourne mille fois ta plume dans tes doigts et mille fois ta pensée dans ton crâne, fais tout cela pour que, le jour où tu diras : « Le voilà donc enfin, comme Minerve, sorti de ma caboche , cet enfant de mes veilles», quelque critique grincheux, qui aura la digestion difficile, appelle « ton fruit » une triste elucubration; et s'il est très grincheux, s'il est hypocondriaque ou atteint de gastralgie , il ajoutera : « Non , jamais pareille elucubration malsaine ne sortit d'un cerveau malade. » Pauvre diable je te plains!... Us ne savent donc pas, ces Minos de la presse, qui veulent passer pour des Minotaures, ils ne savent donc pas qu'un mauvais ouvrage a coûté plus de peine à son auteur qu'un chef-d'œuvre n'en a coûté à tel ou tel écrivain ? Pauvre diable, salut ! et commisération !

Eltséen. Ombres élyséennes. — Les ombres des Buffet, des Broglie que l'on vit longtemps^ errer, tristes, lamentables, le long du trottoir de l'Elysée, s'écriant : « Fuyit

irreparabile tempus. » A les voir on aurait dit plutôt des ombres échappées du sombre empire de Pluton.

Elzévir.

«Nous mettons en vente un magnifique elzévir, parfaitement conservé... Voyez-le, messieurs... A dteux mille francs, à dixneuf cents francs, à dix-huit cent cinquante, à dix-huit cents, à dix-sept cents, à quinze cents, à douze cents, à onze cents, à mille francs le superbe elzévir, parfaitement conservé... A neuf cents francs, à huit cents francs, à sept cents francs. ce superbe elzévir... Regardez-le bien, messieurs, c'est pour rien... A six cents fVancs, à cinq cents, à quatre cents, à trois cents... Faites-le passer... Vous n'en voulez pas?... à deux cent cinquante, à cent fraucs, à cinquante francs le magnifigue elzévir... Remarquez qu'il s'est vendu dix-sepi cent soixante-douze francs cinquante à la vente de lor(! Machinskol... à quarante francs, à trente francs... A deux francs il y a acheteur pour le magnifique elzévir... à deui francs vingt-cinq... adjugé à deux francs vingt-cinq. »

CEcho de l'hôtel des Ventes.)

Email. Emailler. L'émail des dents.

« Pas de brosses dures, ça enlève l'émail : j'ai une poudre j dentifrice qui conserve l'émail des dents et parfume l'haleine. » j ^Boniment de MM. les dentistes.)

L'émail des prairies. — Une des richesses de récrio de la nature.

Milk fleurs émaillaient la prairie, — Renouvelé des Romains.

(Horace. — Apulée.)

« L'astre par qui les fleurs émaillaient les campagnes « Par qui le serpolet parfumait les montagnes. »

fRacan. Bergeries.)

« Non loin de la chaumière, sur un tapis de verdure émaillé de fleurs. »

(Aug. Ricard. La Grisette. «29.)

« L'émail des fleurs se mêle au brillant de la verdure. (Lacépède. Hist. des quadrupèdes ovipares, 1. 1.)

<t Et l'émail brillant des prairies, étalant sous tes pas les couleurs d'une iris nouvelle. »

(Dorât. Imitations de poètes latins. Le caTalier Marin.)

... u Tous les ans, à l'émail, des prairies « Succèdent les trésors des fruits et des moissons. ' (Chaulieu. La Retraite. 4698.)

- L'herbe est fraîche et drue au printemps, les pâquerettes éinaillent d'étoiles blanches son tapis d'émeraude. >

(H. Halot. Sans famille. 4878.)

Émaner. Toute justice émane de Lieu, — Au théâtre cette phrase se prononce en portant en Tair Tindex de la main droite, et en levant les yeux vers les frises. Ordinairement le décor représente un site pittoresque entouré de rochers.

Emboucher. Emboucher la trompette de la renommée, — Faire de la réclame à la première page des journaux.

Embraser. Embraser les cœurs. — L'incendiaire, s'il est calant homme, ne peut pas se refuser, après l'incendie, à jouer le rôle de pompier. — Le plus souvent on n'embrase un cœur féminin que pour avoir le plaisir d'éteindre la flamme dans ses bras.

Embrasser. Embrasser les genoux, — (Pathétique théâtral)

Jeanne. — « Oh! ne raillez pas ainsi! monseigneur,

prenez pitié de mes larmes!... Vous ne serez pas inexorable

pour une pauvre fille qui embrasse vos genoux et qui

demande pitié!

Lutsan : — Qu'elle est belle ainsi 1 »

(Paul Foucher et Alboise. La Salpétrière, acte II, se. t. 4849).

« Une des plus belles vierges, la fille d'un puissant boïar, est à ses genoux qu'elle embrasse en pleurant. »

(Jean Czynski. Stenko le Bebelle.)

Émeute. Étouffer l'émeute. — C'est prudent, si l'on ne veut pas que l'émeute vous étouffe. Les écrivains partisans de la muselière pour la race canine ont introduit une variante; ils disent : Museler Vémeute.

Émotion. — Sentiment qu'éprouve l'orateur à son premier discours, l'amoureux à son premier rendez-vous, le soldat à sa première bataille, le journaliste à son premier article, l'acteur à ses débuts, ou encore le soir d'une première représentation, la femme à ses premiers diamants, le voleur k son premier vol.

11 y a des émotions de commande comme il y a des dîners de commande.

« L'émotion me çagne, messieurs, les larmes obscurcissent ma vue au souvenir de notre infortuné camarade, si prématurément enlevé à l'affection des siens et au monde des arts. »

{Discours fimèbre.J

Vive et profonde émotion.

« Messieurs, en venant occuper au milieu de vous un em-

ploi si nouveau pour moi, je ne puis me défendre d'une vive et profonde émotion. »

CDiscours d'installation de M. \iYien, procureur général d'Amiens, août 4830.)

Emouvoir. Spectacle émouvant,— Deux choses dont les Parisiens sont très friands. C'est sous le prétexte de se donner le plaisir d'un spectacle émouvant que tant de gens se pressent aux exécutions capitales. Si çà n'était pas si sérieux, il y a des gens qui se feraient guillotiner pour tâcher de voir de plus près.

Empire. Le sombre empire de Pluton, — (V. Les classiques latins et les classiques français.;

L'empire des sens. — Un puissant empire dont la luxure est la capitale.

L'empire du beau sexe,

« Ces fiers républicains sont encore courbés sous le joug des femmes, et le sexe, au milieu des ruines de toutes les aristocraties, n'a presque lien perdu de son empire. »

(Journal des Débats^ % Tentôse, an VILI.)

Employé. Employé modèle, — Le nec plus ultra de l'abrutissement bureaucratique, un mollusque humain. L'employé modèle est marié, père au moins de deux enfants: j le dimanche il fait le ménage à fond, va promener sa [ famille aux fortifications, et, au retour, porte les enfants; (quelquefois il est battu par sa femme pour finir la 1 journée. I

Empoisonner. Empoisonner l'existence. — Les infidélités de , certaines femmes empoisonnent l'existence de certaios maris. — La persévérance de certains créanciers empoi- ' sonne Texistence de leurs débiteurs. ,

Empreindre. |

« Le souvenir de la duchesse le poursuivait nuit et jour.

L'image de la belle Eugénie était empreinte dans le cœur j d'Alfred. » |

11 faut avouer que c'est là une de ces phrases de roman qui ne manquent pas de cachet, ne serait-ce que 1 celui du cabinet de lecture. I

Empreinte. L'empreinte du génie. j

« Le dernier ouvrage de notre g^rand romancier porte. | comme toujours, l'empreinte du génie qu'on est sûr de rencontrer dans ses moindres productions. »

Si le grand romancier sait vivre, il envoie en retour sa photographie avec une petite dédicace.

Emprisonner. Emprisonner sa pensée. — Les versificateurs j sont souvent contraints pour les besoins de la rime. Quelques-uiis l'emprisonnent si bien qu'il est impossible au lecteur de Tapercevoir.

Encens. Un vil encens ne grise qu'une âme vile, — Mais un encens raffiné peut griser l'âme la plus noble.

Enchaîner. L'amour enchaîne les cœurs, — Mais le mariage les déchaîne.

Enchantement.

« Quand parut la baronne R. K. ce fut comme un enchantement. Elle portait un délicieux costume faille rose relevé par des nœuds de velours bleu. » (Style de reporter en tournée mondaine.)

Au besoin on peut lancer le nom de la couturière si le fermier d'annonces n'est pas trop sévère.

Endormir, Endormir la vigilance. — C'est avec les narcotiques de l'hypocrisie que certaines femmes endorment la vigilance de certains maris, et que, durant leur sommeil, elles ouvrent la porte au dieu de l'adultère.

Endurqr. Vavarice endurcit le cœur, — Les cœurs endurcis ne sont pas toujours les plus malheureux.

Enfance. C'est l'enfance de l'art. — Artistes, exécutez des tours de force, soyez les acrobates de l'art, si vous ne voulez pas entendre dire, en parlant de vos œuvres : « C'est l'enfance de l'art. »

L'aimable enfance. — La même qui est impitoyable à la vieillesse, aux faibles et aux infirmes, la même qui aime les animaux pour les martyriser, qui empale les mouches, plume les oiseaux vivants, guillotine les hannetons, empêche les chiens de s'accoupler sur la voie publique, et a fait du pion un martyr à quatre cents francs par an.

Enfant. — Un élément de succès dans une œuvre dramatique. Toutes les pièces de théâtre dans lesquelles les auteurs ont fourré des enfants, qui sont généralement perdus au prologue et retrouvés au V® acte, toutes ces pièces ont le don de tirer des larmes des yeux des spectateurs les plus endurcis.

Juliette. — «Ne me tuez pas 1 ne me tuez pas ! je ne crains point la mort , mais je suis mère , et si je demande la vie c'est pour mon enfant I

De/awon'e. — Ton enfant.'... mais c'est ma honte I... Malédiction! »

(Albert Labrousse et Àlph. Brot. Juliette. 4834.)

« Et cet enfknt, cette cause innocente de tant de malheurs, que deviendra-t-il, madame ? »

(Sophie Gay. Un Mariage sous l'Empire. 1832.y

Tous les enfants sont des ingrats.

« Toutes les mères me l'ont dit : je ne voulais pas le croire ; mais enfin je dirai comme elles : oui, oh ! oui, les enfants sont tous des ingi*ats! »

(Empis. Julie ou une Séparation^ acte lY, se. ii]

Les enfants d'Apollon, Les enfants de MarSy que l'on fait précéder ordinairement des adjectifs nobles, généreux, valeureux, encombrent les vieux recueils de poésies.

Enfant du cerveau,

a Les auteurs groupaient de cette manière tous les enfants de leur cerveau. »

f Journal des Débats. 28 germinal, an Ili.)

Il n'y a plus d'enfants. — C'est la réflexion d'Argan à la suite de] Tadmirable scène entre lui et la petite Louison.

^Malade imaginaire.J

Les enfants sont ce qu'on les fait, « Les enfants sont ce qu'on veut qu'ils soient. »

(Térence. Les Adelphes, acte III, se. it.)

Enfer. — Un mot dont les anciens prédicateurs ont beaucoup abusé.

« C'est l'enfer qui t'a inspiré. »

(Lockroy et Anicet. L'Impératrice et la Juive, acte lU, se. TU. 4834.)

Tourments de Venfer.

« Les tourments de l'enfer venaient s'y peindre tour à tour. »

(Jouy. Guillaume le Franc-parleur.)

Enfer et damnation! — Un juron romantique et théâtral.

Enflammer. Enflammé d'un noble courroux, — Dans les | poésies épiqrues, les auteurs nous montrent leurs héros enflammés d'un noble courroux.

Engeance. Maudite engeance, — Les enfants sont souvent qualifiés de maudite engeance par les vieilles femmes

dont ils se moquent et par les vieillards infirmes qu'ils poursuivent de leurs huées.

« Les jouvenceaux, cette engeance maudite ,

« Font bande à part. »

(Desfaoulières. Ballade.) a Pourquoi ne pas donner pouvoir aux d'Argensons, « Qui règlent la police et corrigent la France, « De mettre les rimeurs aux Petites-Maisons, « Et détruire par là cette maudite engeance ? »

(Chauliea. Vie champêtre. 1707.) « Son discours dura tant, que la maudite engeance « Eut le temps de gâter en cent lieux le jardin. »

(La Fontaine. L'Écolier, le Pédant et le Maitre d'un jardin.)

!kgkndreh. — Verbe essentiellement biblique.

tY. la généalogie d'Abraham.)

L'oisiveté engendre le vice, et le vice conduit aux plus déplorables excès, au crime même,

(Avis aux amateurs.)

KGiN. Formidables engins de destruction, — Les hommes ont pensé que la peste, la famine, la fièvre jaune, le choléra et les douze ou quinze cents maladies qui moissonnent journellement l'humanité, allaient trop lentement, et ils ont inventé les « formidables engms de destruction », histoire de collaborer à Tœuvre de la Mort. Les gens qui ont doté le monde de formidables engins de destruction sont ordinairement décorés de plusieurs ordres. C'est, peut-être, rendre un grand service aux hommes que de les débarrasser du fardeau de la vie.

RGouFFRER. Le vent qui s'engouffrait avec violence sous ks voûtes du vieu^ monastère,

(Romans genre Anne Radcliffe.)

nvREMKNT. L'enivrement des passions, — Tl a des effets plus funestes que ceux de l'absinthe et de tous les alcools connus. A vingt ans, l'enivrement des passions fait mettre bien des montres chez « ma tante ». A soixante ans, le môme enivrement fait épouser bien des cuisinières.

RivBER. Enivré par la prospérité, — Rien ne grise comme le bonheur. Les moralistes châtient ainsi ceux qui s'adonnent à ce genre d'ivresse :

« Enivré par la prospérité, il méconnut ses amis véritables,

et Ton vit une armée de parasites s*attacher à ses pasj Voilà comment s'en tirent les moralistes non adii au festin de Thomme enivré par la prospérité. — Cej qui ont pris part au banquet donnent à l'amphitrii du généreux et du magnifique.

S'enivrer du souffle de la femme aimée,

« Déjà, je m'étais enivré de son souffle, déjà j'avais I toute la magie de l'amour sur ses lèvres. »

(Chateaubriand. Atala.)

Enlever. Enlever tous les suffrages de rassemblée, à la sm d'une chaleureuse harangue en faveur du candidat de Manœuvre amicale, à tant par jour, destinée à chauff les élections. B. S. G. D. G.

Ennui. Ennui mortel. — La cause de tant de chutes fén nines, le plus puissant auxiliaire des Lovelaces.

L'ennui la ronge. C'est pourquoi on la voit si souvej changer d'amant ; un peu plusjje mettais : amants, i pluriel.

« L'amoureux Eurylas, absent de Tim arête, « Exprimait par les sons de sa douce musette <c Combien Tennui mortel d'un triste éloignement « Presse le tendre cœur d'un véritable amant. » (Segrais. Eglogues.)

Énoncer. Énoncer sa pensée avec une clarté, une concisii . peu communes.

(Phrase dont vous vous serrez en parlant d*im orateur J vos amis.)

Énormité.

« L'énormité du crime appelle un châtiment suprême. L jury ne manquera pas à son devoir, et le glaive de la 1( saura atteindre le coupable. »

{Péroraison de l'honorable organe du ministère publi demandant une tête^ S. Y. P.)

Enquête. L'enquête parlementaire. — Une chose qui ped avoir une tête, mais qui n'a jamais de queue.

« L'enquête relative à l'affaire de... se poursuit activement L'analyse des restes de la femme coupée en morceaux a e| lieu aujourd'hui. »

L'art de découper les femmes après les avoir tuéeal et quelquefois avant de les avoir tuées, étant de plu en plus répandu parmi MM. les assassins, il était d^ toute nécessité de relater le cliché s'y rapportant.

RRÔLER.

« Enrôlé sous les drapeaux de la liberté, il combattit, jusqu'à so dernier jour, pour les droits sacrés du peuple. » (Oraison funèbre d'un frère et ami.)

rrSRREMENT.

« La pièce de M. Z... n'a pas répondu à Tattente de ses amis. La presse lui a fait un enterrement de première classe, fleureusemenl l'auteur est un homme d'esprit qui, à la première occasion, saura prendre sa revanche. »

Avec quel charme les bons petits confrères lisent de pareilles phrases dans les journaux 1 Us boivent du lait, les petits serpents !

«HousiASME. Un mouvement irréfléchi dont on est, souvent, le premier à rire, lorsque la réflexion est arrivée.

L'enthousiasme ne connut plus de bornes.

Avec la rapidité de rélectricité, en un clin d'œilf Ventkousiasme se propagea d'un bout de la salle à Vautre.

Quand on pense qu'on a écrit — il v a longtemps, par exemple — de pareilles phrases en 1 honneur de tel ou tel pianiste I

Aujourd'hui Ton est plus réservé, et il faut être un très grand artiste, ou le très grand ami d'un critique influent, pour obtenir des éloges de ce calibre.

NTRAiN. Comédie pleine d'entrain. — Comédie qui doit beaucoup aux acteurs.

R La pièce a été jouée par les acteurs du théâtre du Palais-Royal y avec leur entrain habituel. »

(Compte rendu d'une représentation à béné/ice.J N. B. Les artistes du Palais-Royal ont toujours de l'entrain.

imiAiNER. La guerre entraine bien des maux. — Il faut bien un peu arrondir ses frontières.

Sa parole a le don d'entraîner les esprits et de charmer les ecmrs. Ce sont des choses qu'on dit, qu'on écrit même, en parlant de certains députés... dont on a besoin. On appelle leur éloquence, une éloquence entraînante, sur le turf parlementaire.

NTHAVE. Briser les entraves de la liberté. — Pour lui en forger d'autres plus solides, la plupart du temps.

Mettre des entraves à la pensée d' autrui. — (S'adresser au bureau de la Censure littéraire.)

ËNTRATER.

« Entraver Tessor de la libre pensée. » {Nombretix appla dissements à gauche et au centre.)

Entrechoquer.

« Les deux armées s'entrechoquèrent, et alors commença \ carnage affreux. Longtemps la victoire fut incertaine, etc.

{Relation militaire.)

N, B, Plus grand est le massacre , plus glorieuse est victoire.

Entrecouper.

« Des sanglots étouff'és entrecoupaient les paroles de la te dre Amélie, qu'un barbare n'avait pas craint d'arracher ai douceurs de la famille et aux joies de la maternité. » {Spécimen de roman genre Empire.)

Entrelacer. Enlacer.

« Tendrement entrelacés l'un l'autre dans une étrein amoureuse , ils défiaient encore leur farouche bourreau. »

« Tendrement enlacés l'un l'autre, ils contemplaient l'in mensité toute constellée d'étoiles, et, élevant leur âme ve\ l'auteur de toutes choses, ils comprirent que l'amour est ui émanation céleste. » .

C'est en lisant dans les romans de pareilles platitude: que les jeunes filles rêvassent et s'étiolent. Souvent i chlorose n'a pas d'autre source.

Entrevoir.

« Si une politique résolument sage ne prévaut pas, j'ei trevois de grands malheurs pour notre malheuceux pays, déj si éprouvé. »

Prophétie des Cassandres du jour. Mot à mot : D^ portefeuilles pour moi et mes amis, ou le char de l'Été roule dans l'ornière.

Entrevue. Uentrevue des deux souverains a été des plu cordiales, — Quand vous lisez une pareille phrase dan les papiers publics, demandez-vous quel peut bien êtr le troisième souverain dont on convoite une partie de États.

Énuhérer.

« Je n'énumérerai pas tous les griefs, etc. »

Suit, au complet, l'énumération des griefs, faite pa M° un tel, avoué près le tribunal de... Il faut bien gagne ses honoraires.

Énumération.

H L'énumération des forfaits de ce misérable serait trop longue; qu'il vous sufûse de savoir que, etc.. »

Suit néanmoins toute rénumération des forfaits dudit misérable, contre lequel l'honorable organe du ministère public requiert toute la rigueur des lois.

Enveloppe. L'enveloppe est souvent trompeuse, — Quand il V a une femme sous F enveloppe, comment l'enveloppe ne serait- elle pas trompeuse/

Lnvelopper. Envelopper sa pensée, — Que de mal des écri- Tains estimables se sont donné pour envelopper leur pensée qui, une fois imprimée, a servi à envelopper la marchandise de l'épicier du coin I Habent fata sua libelli.

Envenimer. Envenimer une discussion. — 11 y a des cens qui n'ont qu'un mot à dire pour cela. A la Chambre, par exemple, ils crient: La boue de Sedan!... et c'est fait.

Envergure. L'envergure du génie couvre de ses ailes tout ce qui l'approche. — Voilà pourquoi les grands hommes ont toujours une armée de mamelucks à leurs trousses. Mais, en y regardant de près, si les ailes du génie sont les ailes d'un aigle, les ailes des mamelucks sont des ailes d'oison.

Envie. Les dents de l'envie, — Je connais bien des femmes qui n'ont plus une seule dent à elles, et qui pourraient poser pour la statue de la pâle Envie. 11 est vrai qu'elles ont un faux râtelier. Disons donc : les fausses dents de l'envie, en parlant de ces femmes.

LwiSAGER.

« Nous envisageons l'avenir sans crainte, parce que nous sommes persuadés que les hommes placés à la tête du char de l'État sauront en tenir les rênes d'une main ferme. » [Fragment de discours d'un député ministériel.)

a Si mon honorable contradicteur veut bien envisager la question au point de vue où je me suis placé, il conviendra avec moi, que jamais la situation du pays ne fut plus prospère: d'un côté, l'état de nos finances nous permet de, etc. » [Fragment de discours d'un député gouvernemental^ le jour de la discussion du budget.)

ÉoLiEN. La harpe éolienne. — La harpe de M. de Lamartine, ce pifferaro de génie.

La harpe éolienne résonnait harmonieusement sous fes baisers du zéphyr.

Voilà ce qu'ont chanté les poètes du premier Empire.

Aujourd'hui la harpe ne se rencontre plus que sur les sujets de pendule, également du premier Empire, avec une femme attachée à ses cordes (je parle de la harpe! et pleurant, en toilette de bal, assise sur un fragment de rocher. La dorure de ces pendules est au premier titre.

Épancher.

« Ouvre-moi ton cœur, mon cher Théodore, épanche-toi dans le sein d'un ami, qui te fut toujours fidèle, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune. »

Tantôt cela s'écrit, tantôt cela se récite au théâtre.

« Votre cœur ne s'épanche dans le sein d'aucun ami. »

(Procès Leliévre, 4820. Allocution du président Acher.)

« Mais mon cœur dans le tien se plaît à s'épancher. »

(Voltaire. ZaîrCt acte I, se. i.) « L'homme a besoin d'amis pour épancher son cœur. » (Ribouté. L'Assemblée de famille^ acte lY, se. u.)

Épanouir.

« Son visage s'épanouit à la vue du prince, elle poussa ui faible cri, et se laissa tomber sans connaissance dans lesbrai de son amant. »

{Chapitre de roman où l'amoureuse retrouve sonamoureux.)

Épargner. Épargner les personnes et flétrir les vices. - Axiome de morale, axiome à l'usage des critiques conti nuateurs d'Aristarque.

« Parcere personis, discere de vitiis. »

(Martial, liv. X.)

Épars.

« Les cheveux épars, d'un bond elle se releva, poussa ui cri terrible, et se tournant vers son lâche ravisseur : « Vou en avez menti! s'écria- t-elle. »

(Scène de Tindignation de la Fille séduite.) « Là les cheveux épars, la sœur pleure son frère. » (Delille. L'Imagination.)

Épaulette.

« Le jeune vicomte de.., dont le monde parisien a conserv un si bon souvenir, vient de gagner bravement sa premier épaulette à l'affaire du... Engagé volontaire lors de, etc... »

(Échos de Paris.)

DES LŒXJX COMMUNS 109

Épée. Vépée de Damoclés. — La crainte d'être trompé est l'épée de Damoclés suspendue sur la tête des maris.

« La guerre est une épée de Damoclés suspendue sur rAngleterre, sur la Russie, sur TAutridlie, sur l'Italie, peutêtre sur l'Allemagne. »

{Petit-Journal du 3 mai 1878.)

« Quand les noms de mes ennemis sont au bout de ma plume, Tépée de Damoclés est suspendue sur ma tête. » (Ph. Dumanoir et Denncry. Pierre d'Arezzo, acte II, se. tiii. 1838.)

« Ce pic du Midi suspendu sur leurs tranquilles retraites, comme répée du tyran sur la tête de Damoclés. »

(Ramond de Carbonnières, Observations faites dans les Pyrénées.)

bERDUMENT. Éperdumcnt épris, éperdument amoureux, — Éperdument est un adverbe essentiellement à Tusage des amoureux, et marche toujours devant le vocable « épris » ou « amoureux » comme un suisse de paroisse devant les jeunes mariés, ft Pétrarque était éperdument amoureux. »

(M»« de Genlis. Pétrarque et Lattre. 1819.)

ipEEON.

« Vous avez bravement gagné vos éperons, mon gentilhomme. Venez-ça recevoir l'accolade d'un vieux serviteur du roi, votre maître et le mien, que Dieu garde ! »

{Style de roman de chevalerie.) Aujourd'hui, il n'y a plus que les calicots naïfs qui se permettent de porter à la ville des éperons. C'est pour faire croire qu'ils viennent de monter à cheval.

Îpervier.

« Comme un épervier ravisseur, le monstre se précipita sur sa faible victime et l'entraînant, il, etc.. »

[Chap. du rapt ou VOaristys mise à la portée des masses par nos modernes romanciers.)

Iphémère. Un bonheur éphémère. — Pour Famoureux, un premier rendez-vous et ses conséquences. — Pour le gourmand, un bon dîner. — Pour l'acteur, une salve d'applaudissements. — Pour la femme élégante, une toilette qui éclipse celle de ses rivales. — Pour un candidat à l'Académie française, la mort d'un immortel. — Pour le chiffonnier, un fort lot de chiffons au coin d'une borne.

PHÉMÉRiDEs. Nos çlorkuses éphémérides devraient être gravées dans le cœur de tout bon citoyen, — Ce qu'il y a de

plus remarquable, c'est que les plus glorieuses éphémérides d'une nation constituent, presque toujours, les plus malheureuses éphémérides cnez la nation d'à côté. léna, par exemple, pour la Prusse. — Sedan, pour la France.

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