CHÉ&É
u La marquise était une de ces natures étbérées, toujours perdues dans ses rêveiies. »
Gare lorsque l'amour s'empare de ces natures là.
fKCELER. Étincelles. Les épées étincelaient. Les yeux étinjxlants de fureur. Etincelant d'esprit. Ses yeux lançaient tes étincelles. — Très employé par les artificiers littéraires.
lOLER.
« Comme une fleur arrachée de sa tige, loin de sa mère, k pauvre enfant ne tarda pas à dépérir à vue d'œil, s'étiola, If bientôt les ombres de la mort envahirent son gracieux
Lecteurs sensibles ne pleurez pas encore, l'amo la sauvera, et elle retrouvera sa mère.
Étoile. L'étoile de l'honneur. L'étoile des braves, — Aii
nommée, parce qu'il n'y a que des braves et des gc
de bien qui la portent.
L'étoile de rhonneur brille sur sa poitrine.
« C'est parce qu'elle brillait sur sa glorieuse poitrine !
Napoléon l^),que l'étoile de l'honneur jetait un si belécli
{Figaro du 5 nov. 1878.)
Étouffer. Étouffer ses sanglots,
« Elle étouffait ses sanglots pour ne pas donner à s barbare ennemi le plaisir de savourer sa vengeance. »
Étouffer les cris.
« Cette fois ils tenteraient en vain d'étouffer les cris père qui demande justice. »
(Paul Foucher et Alboise. La Salpétrièret acte III, se. tiiJ
Étrange. Étrange ! étrange ! — Exclamation qui ne manq pas de faire rire les spectateurs, quand c*est un comiq aimé du public qui la lance.
« Hier soir, à la sortie de l'Opéra, est arrivée uneavenlj
étrange à laauelle nous aurions de la peine à croire, sinJ
n'en avions été les témoins oculaires. Deux femmes du tm
leur monde, etc. » 1
Suit le récit de quelque crêpage de chignon. 1
Étranger. Le noble étranger. — Les journaux donnent cilement du noble étranger au premier venu dont luxe en impose. Un beau jour, on s'aperçoit quel noble étranger n'est qu'un escroc. Les joailliers si principalement payés, ou plutôt ne sont pas payés 1 tout pour savoir à quoi s'en tenir sur le compte debi des nobles étrangers. |
Être. L'Être suprême^ le dispensateur de toutes choses^ Celui vers lequel les plus malins se tournent, en II plorant, à l'heure du danger.
Être ou ne pas être. Le « to be or not to be » du moi logue à'Hamlet de Shakspeare. Point n'est besoin, connaître la langue anglaise à fond, pour lancer ca phrase aussi répandue que le « that is the question » i en est la fin. |
« Alors et seulement alors, elle (la Convention) vit l'ai entr'ouvert sous ses pas. La crise était grave ; il s'agi! d'être ou de ne pas être. »
{Mémoires de Fouché. 18i4.
--[TE. Les étreintes de la faim, — Quelle opinion peuta avoir d'une société qui laisse tant de pauvres diables I proie aux étreintes de la faim? Il est vrai, il y a des Jmpensations : on les trouve chez les repus qui passent m vie à se mettre à table sans jamais avoir foim. Kiîs, cette compensation est bien mince I
Étreinte amoureuse. Duo d'amour chanté sous le Bel... de lit.
m. Uétude de la nature. — Une étude qui entraîne moins de désillusions que celle des hommes.
lÉNiDEs. Le fouet des Euménides, — Un fouet qu*ont joliment fait claquer les vieux poètes.
MoDiR. La beauté s'évanouit. — Hélas I C'est bien ce qui désespère les femmes. Mais on ne les console pas «n leur disant : « Les dons de la beauté s'évanouissent, leax de l'esprit restent. »
S'évanouir comme une ombre.
'éSOUlSSEMENT.
* Ce n'est rien, un léger évanouissement causé par Témo- »n, la joie de vous revoir. »
{Betour du fils, retour du mari dans les romans.)
J^An. Jouer de l'éventail. — Les femmes jouent de léyenlail comme elles jouent de la prunelle, ad majo- ^^ glonam Cupidonis.
toa. Les romans exaltent l'imagination des jeunes p/es. - Phrase qui pouvait avoir jadis un sens, mais Jum'en a plus aujourd'hui que les jeunes filles calcu- W comme de vieux caissiers.
I * ^Ws j'examine la situation de notre intéressant ma- JWe, moins je partage les craintes, j'oserai dire exagérées, de "On honorable confrère. »
^oilà une des phrases que débitent entre eux nos J^ons docteurs en consultation ; coût : quarante francs p tête, au malade, et la vie quelquefois.
lASPÉRATION.
\* L'exaspération du marquis était à son comble. Outragé r"ïs son honneur, incapable de se contenir plus longtemps, " porta la main sur une épouse jusqu'alors trop adorée. »
[Chap. de l'exagération du marquis outragé. Collection des George Dandin.)
Excellence.
« Xai l'honneur d'être, de Votre Excellence,lle très hu] et très obéissant serviteur. »
Depuis que la France est en République, Ton a primé « l'excellence » aux ministres, et on a rogné 1 émoluments. Gela n'empêche pas que les portefeuille soient encore très courus, et que, de temps en tel on ne savoure encore ce mot « d'excellence » di par c[uelque maire de village. On a vu, prétencj certains ministres entreprendre un voyage dan seule perspective de s'entendre appliquer <c 1*63 lence ».
Exceller. — Il est convenu que chacun excelle dans métier, si l'on en croit chacun.
Exceller dans l'art de bien dire,
« Nul doute qu'il n'eût excellé dans n'importe quelle rière, tant son esprit était vif et prompt à s'assimiler I chose. Nul doute qu'il n'eût brillé d'un vif éclat dans les i dans l'industrie, dans la finance, dans l'administration ; doute qu'il n'y eût tenu le premier ranç, si ses ^oùt l'eussent porté plus particulièrement vers l'art oratoire. \ veau Démosthène, etc. »
{Panégyrique quelconque d'un avocat quelconque.)
Excentricité. — Folie spirituelle.
« Le duc de... avait une pointe d'excentricité de bon qu'il devait, peu^être, à un long séjour en Angleterre son père possédait de vastes propriétés. »
(Roman de high'life.)
Excès. Les excès réitérés plissent par avoir raison meilleur tempérament. — Ne dirait-on pas que les^ qui se livrent à des excès ont peur du lendemain?
Les excès de Vlvresse.
« Taime le peuple, moi I jusque dans ses excès. » j
« Les déplorables excès de la Révolution française i une conséquence de la condition misérable dans laqii le peuple croupissait, depuis si longtemps, sous le joug la tyrannie. »
{Tartine politique à Vmage de* frères et amis.\
(( Et à quelque excès que la Révolution se soit poi nous n'oublierons jamais qu'appelée par les vœux ai France, etc.»
(Manuel. Discours apoloffétiqve.)
Les excès démagogiques, — L'incendie, le pétrole.
^illoiîne, le yoI et le pillage mis à la hauteur d'une institution politic[ue.
Excitation. Délit d'excitation à la haine et au mépris des citoyens les uns contre les autres, — Diversement interprétéy suivant les gouvernements établis.
Excuse.
« Des excuses, jamais! j'en reçois, monsieur, je n'en fais pas. — Alors j'aurai l'honneur de vous envoyer mes témoins. »
Résultat : deux balles inoffensivés échangées à vingtcinq pas, et à çrand renfort de réclame dans la presse. La réclame, qui vise plus juste que les pistolets de combat, atteint en même temps et les témoins et les docteurs préposés au duel. On a vu un de ces derniers, lors d'un duel entre deux députés, profiter de l'occasion pour poser sa candidature à la députation.
Exécration.' Towé à Vexécration publique.
« La mémoire du tyran sera vouée à l'exécration publique. »
{Rapport du citoyen Darid sur la cérémonie projetée pour le 40 août 179S.)
Exécution.
R Une foule énorme, parmi laquelle un grand nombre de femmes, était accourue de toutes parts, pour assister à l'exécution de ce grand criminel, dont les forfaits exécrables ne sont malheureusement pas une exception dans les annales de la justice. »
{Extrait (f'un compte rendu d'exécution capitale en province.)
« Toute la nuit, une foule nombreuse a stationné aux environs de la place de la Roquette, dans l'espoir d'assister à l'exécution de... Quand donc ces exécutions se feront-elles, comme cela se pratique en Angleterre, dans l'intérieur de la prison?... Le spectacle de la guillotine éveille une curiosité maûsaine, etc. »
[Extrait d'un compte rendu d'exécution capitale à Paris»
Exemple.
« Appliquez-vous, mes enfants, à suivre de bons exemples, vous en tirerez des ihiits bien doux dans un âge plus avancé. »
Ce ne sont pas toujours ceux qui ont mené la conduite la plus régulière, qui se plaisent à prêcher morale.
Exemple de dévouement»
« De tels exemples de courage et de dévouement ne sont
pas rares dans Tarmée française; mais il est toujours bon de les constater. »
{Événement d 18 mai 1878.)
Exercer.
« Pendant plus de yin^t ans, il exerça les humbles, mais utiles fonctions de second régisseur, avec un zèle et une intelligence qui lui avaient concilié les sympathies de tout le personnel du théâtre. »
{Éloge funèbre de n'importe quel modeste employé.)
Variante :
« Pendant vingt ans et plus qu'il exerça les humbles, mais utiles fonctions de second régisseur, il sut, par raménité de ses manières, se concilier, etc. »
Exhaler. Exhaler le dernier soupir. — Ce que tant de gens redoutent, la seule chose qui ne manque jamais.
Exhibition.
« L'exhibition du phénomène que je soumets à l'appréciation de tous les hommes compétents aura, je pense, l'avantage de... »
{Boniment d'un montreur çrielconque de veau à deux têt&, politique, artistique, littéraire, ou autres.)
Exiger. Vhonneur l'exige^ il le faut, madame. — Quelquefois ces graves paroles sont prononcées par monsieur, pour engager madame à vendre une rivière de diamants dont le produit sera destiné à combler des vides que le mari aura faits à la caisse, pour attirer une ou plusieurs cocottes.
Exil. Manger le pain de l'eanL — Souvent un moyen d'arriver plus tard à la députation, faute de mieux, à une sous-préfecture.
Expédition. La désastreuse expédition du Mexique a cowr promis le prestige de nos armes.
La déplorable expédition du Mexique est une tacht de plus à ajouter au bilan de VEmpire,
Deux rengaines chères à l'opposition sous le secoad Empire.
Expérience. — Les fruits de Vexpérience. — Des fruits tardifs, amers, et qu'on cueille, presque toujours, lorsqu'on n'a. plus de dents.
L'expérience coûte cher. Nous acquérons l'expérience à nos dépens.
« Cest toujours à ses dépens qu'on acquiert Texpénence des choses d'ici-bas. »
[UHistoire du cercle de craie, drame chinois, acte I, se. r. Trad. Stan. Julien.)
Expiation. L'heure de l'expiation. L'heure de l'expiation a sonné. — Expiation suprême. L'heure et l'instant où la tâte du condamné tombe dans le fatal panier.
« Le couperet fatal s'abattit avec la rapidité de l'éclair. Un bruit sec retentit. La justice humaine était satisfaite : le coupable avait expié son ciime. »
(Journaux judiciaire»,) Exploiter. Exploiter la crédulité publique. — Cela ne demande pas beaucoup de frais d'imagination, et c'est chose courante, à en juger par le nombre des sociétés financières à l'adresse des gogos. — Certains gouvernements s'entendent fort bien à ce genre d'opération.
Exploitation. L'exploitation de l'homme par l'homme. — Un des plus sûrs moyens de s'enrichir.
Explorateur. L'intrépide explorateur, le hardi explorateur. — Deux épithètes inévitables.
Explosion.
« Une formidable explosion a jeté l'épouvante dans le quartier de... On ne connaît pas encore l'étendue du sinistre. » (V. la collection des faits divers.)
Explosion de colère. — Moins dangereuse que la première.
Exposé. Faire l'exposé des forces du royaume. — C'est toujours une imprudence ; il y a tant de rôdeurs de frontières.
Exposition.
« L'ensemble de l'exposition est satisfaisant cette année, et le niveau de l'art semble, etc. »
Chaque année à l'ouverture du Salon c'est la même note.
Extension. Le commerce a pris une nouvelle extension. — Soit à Ja tribune, soit en voyage, inter pocula, cette phrase fait partie du bagage de tout ministre du commerce et de l'agriculture.
ExTBEMiNATBnR. Le glaive de Vange exterminateur,
{Genre biblique.)
Extirper. Extirper l^s abus, — Plus difficile que d'extirper les cors aux pieds.
Faction.
« La faction, qui ensanglanta la France après thermidor, aifi^ise de nouveau ses poignards. »
(Lettre du Général diYisionn&ire Lannes aux membres de radministratiot centrale ae la Haute-Garonne. Toulouse, 14 pluYiôse an YIII.)
MalheuretLX pays livré aux factions. — Cliché dont on ne s'est que trop servi, en parlant de la France. « Approfondissez l'histoire de notre pays, de cette France si belle et presque toujours malheureuse, pour avoir été livrée aux factions. »
(Dupin aîné. Discours d'ouverture à la conférence delà bibliothèque des avocats^ l*** décembre 1829.)
Faim. La faim fait sortir le loup du bois. — Villon a dit
« Nécessité fait gens mesprendre « u Et faim, saillir le loup des boys. »
Fait. Des faits, pas de paroles 1 — Combien l'on perdrait
moins de temps, si l'on suivait toujours ce précepte! D<
coup les avocats seraient ruinés.
« Il faut des actions, et non pas des paroles. »
(Racine. Iphigénie, acte III, se. m.)
Faîte. Atteindre au faîte des grandeurs, — Le rêve réalisé
de l'orgueil humain. 11 faut, quelquefois, commettre biefl
dés iniamies et passer sur bien des cadavres.
« Et monté sur le faîte, il aspire à descendre. »
(Corneille. Cinna, acte. II, se. t.)
« Plus l'élévation est grande, plus la chute est profonde.^
(Ki-Riun-Tsiane. L'Orphelin de la CAintf, acte II, " *** Trad. Stanislas Julien.)
* Se mal conduire.
se. BU
« G^est de plus haut que se font les plus grandes chutes. »
(Th. Espagnol. Fernand de Rojas. La Célestine, se de Calixte et de Sosie. 1492.)
Faœ. Fardeau. Le faix des ans voûtait son dos, — Succomher sous le faix des ans.
« L'ambitieux, courbé sous le fardeau des ans, « De la fortune encore écoute les promesses. »
(Deshoolières.)
Falaise.
« La crête de la falaise abrupte d'où la vue embrassait un magnifique panorama. » Genre descriptif à peu de frais.
Palbala. En riche falbala.— Ce qu'aiment tant les femmes, à n'importe quel prix.
Familiarité. La familiarité engendre le mépris, — Bien d'autres choses l'engendrent également : la connaissance des hommes, pat* exemple.
•"anatisme. Armer le bras du fanatisme. — Opération assez diffîcile de nos jours. Pour qu'il y ait fanatisme, il faut qu'il y ait croyance ; or, on croit si peu.
'^AXATiQUE. Le poignard est l'arme des fanatiques. — Il y a fort peu de fanatiques. Tous les régicides modernes se servent du pistolet ou du fusil. 11 faut en excepter pourtant l'assassin du roi Humbert ; mais celui-là était un cuisinier à qui le maniement du couteau était plus familier que celui du pistolet.
'anfabe. La joyeuse fanfare. — Certaines femmes ne connaissent pas de plus joyeuse fanfare que le bruit de l'or. C'est au bruit de cette fanfare, qu'elles font sauter leurs bonnets par-dessus les moulins.
AîïTASMAGORIE .
« En un clin d'œil, toute sa vie passa comme une fanta:; magorie. »
Cette phrase est employée par les romanciers, lorsque leurs héros sont en présence d'un grand danger.
iLNTÔME. Les fantômes de l'imagination. — Moins effrayant .<» quelquefois que la réalité.
vîtes. Farcir.
« C'est une farce indigne d'un théâtre qui se respecte. »
{Cri de la critique indignée.)
Farcir un discours de citations. — Très pratiqué lorsqu'on n'a rien à dire, et qu'on veut passer pour érudit.
Fard. Farder. Le fard du mensonge. — Un fard qui enrichirait à lui seul le commerce de la parfumerie, si h parfumeurs en débitaient.
Farder la vMté.
« Tum*as été fidèle, tu me le jures? — Je te le jure! » « Je réi>ondrai, madame, avec la liberté « D'xm soldat qui sait mal farder la vérité. »
(Racine. Britannicus^ acte I, se. n.)
Farouche. Farouche tyran. — Au théâtre, le faroucW tyran porte une forte barbe noire ou rousse, roule d( gros yeux, fait ronfler les r et trembler l'innocence per sécutée. Pour la glorification de la morale, il est génÔ lement massacré à la \i^ ou vii« scène du V® acte, vec onze heures et demie.
Fascinateur. Regard fascinateur. — Les fermiers générau:
{cassaient, auprès des femmes du temps jadis, pouravoii e regard fascinateur. — Aujourd'hui, les gros finaa ciers possèdent le regard fascinateur.
FAsaNER. Fasciner les esprits. — En général, ce ne soa pas des esprits forts qui se laissent fasciner à premiès vue.
Il avait fasciné la timide jeune fille, comme le serpn fascine V oiseau. — Voilà comment opèrent les don Jua de roman.
« Les yeux du despote attirent les esclaves, comme H regards du serpent fascinent les oiseaux dont il fait sa proie. (Chateaubriand. Itinéraire de Paris à Jérusalenn-
Faux. La faux du temps. Une faux qui jamais ne s'use, i ne s'ébrèche.
La faux du trépas.
« C'en est fait, la faux du trépas « Se lève sur ma jeune amie. »
(Parny. Poésies mêléeit.)
« La faux du temps vient les moissonner au milieu < leurs travaux. »
(Ducray-Duminil. Petit-Jacques et Georgette)
Faveur. Briguer la faveur des grands. — Il faut être bi( petit pour cela. Aussi que de nains dans ce monde!
Obtenir les faveurs de l'objet aimé. Obtenir ks démet
faveurs, — Qui sont quelquefois les premières, tant certaines femmes sont pressées, tant leur vie est remplie.
ATORAPLE. Regard favorable.
« Jetez vers moi un regard favorable, ô mon père I c'est votre fille infortunée qui vous en conjure à genoux. »
(Scène de la Fille coupable.)
ivoRiTTSME. Le favoritisme envahit tout. Il n'y a plus de place ou plus de places pour le vrai mérite.
Remarquez que c'est presque toujours un crétin qui lance cette jérémiade.
AvoHisER. L'obscurité de la nuit a favorisé sa fuite. Le traître nous échappe.
(Mélodrames de l'ancien bouleyard du Crime.) ÉCOND.
« Le fécond romancier vient de publier un ouvrage qui, certainement, sera une des curiosités littéraires du moment. Jamais il n'a été mieux inspiré dans le choix du sujet, jamais, etc. »
(Bulletin bibliographique en échange de deux exemplaires déposés par Fauteur au premier journal venu.)
ÉERIE.
« La féerie représentée, hier au soir, a parfaitement réussi L'intelligrente direction du théâtre du..., qui ne recule devar. aucun sacrifice, a déployé un luxe de costumes et de décors inconnus jusqu'à ce jour. Les trucs les plus ingénieux, etc., les situations les plus franchement comiques ont provoqué pendant toute la soirée l'hilarité générale. »
(Compte rendu de la critique théâtrale satisfaite.)
tofME. Faible femme. — L'expression est d'Alexandre Dumas. Les hercules femelles qui pèsent 200 livres, les femmes qui portent des artilleurs à bras tendu, et celles qui portent des couronnes royales — fardeaux autrement lourds — ne craignent pas de s'intituler : faibles femmes.
a C'est ainsi qu'ils ont commencé avec moi, quand, faible femme, je ne pouvais faire ce que tu dois faire, etc. »>
{Télégramme adressé par /a reine Isabelle II ûm rot Alphonse XII et reproduit par le Figaro du %8 octobre i878.)
I La plus noble des femmes.
o Je reconnais Marie pour la plus noble, pour la plus pure des iemmes. »
(Roland Bauchery et Louis Cordiez. Beaumarchais, acte I, se. x. 1846.)
« Ob î ne l'insulte pasi... c'est la plus noble, la plus gêné" reuse des femmes. »
(Paul Foucher. Bianca Contari*ii.
132 D[CTIONNAIRE
« Dis-leur que j'ai donné la mort la plus affreuse « Â la plus di^e femme, à la plus vertueuse. »
{Voltaire. Zaïre, acte Y, se. x.)
Les femmes sont légères.
« Moins légère que la femme est la feuille qu'emporte 1 vent. »
(Th. Ital. Angelo Polixîano. Orphée, acte Y. xt« siècle.)
Fer. Fer crueL
« La porte de la prison s'ouvrit, une tête adorée tomb! sous le fer cruel. »
(M"« Ancelot. Salons de Paris.]
« Mais pour l'ensevelir, les cachots sont ouverts; « 11 y descend, courbé sous le poids de ses fers. »
(Millevoye. L* Indépendance de Vhomme de lettres'.
Briser les fers de Vesclavage. — Cela fait toujours biei dans une tragédie et dans un gros drame.
« Je lui dirai qu'il n'est qu'un seul coupable ici, et queo coupable, c'est moi, et que moi seul, je dois exhaler ma n dans les fers. »
QPixéréeourt et Anicet-Bourgeois. Latude, acte II, se. n.)
Fer vengeur.
« S'il avait pu... plonger un fer vengeur dans le sangl
ceux mêmes qui lui avaient ravi ses deux fils. » '
(T. Ducange. Léanide ou la Vieille de Suresne) ,
« Tous (les soldats français) brûlent de porter au loin j
gloire du peuple français ; tous veulent humilier ces wj
orgueilleux qui osaient méditer de nous donner des fers;t«
veulent dicter une paix glorieuse. » '
(Bonaparte. Proclamation à l'armée, 21 aTril 1796-) 1
« Et ceux qui, restés seuls, ont perdu, sous le fer des assai
sins, tout ce qui embellissait pour eux la terre natale, ^j
(Talleyrand. Mémoire lu à l'Institut, séance du 15 messidor a»^
Ferment. Ferment de discorde. — Une partie perdue ai billes, une place donnée à un concurrent, un coaf| d'oeil donné à un rival, une toilette éclipsante, voij des ferments de discorde chez les enfants, chez les hoJ^ mes, chez les femmes.
— Une fernJ
Fermentation. La fermentation des esprits tation qui détermine les émeutes.
Fermer. Fermer les yeux. Je n'aurai personne pour ferm£r les yeux.
« Longtemps il ferma les yeux sur les honteux déboi meuts de son indigne épouse. »
Sur combien de choses faut-il fermer les yeux, pour vivre en paix avec son prochain^
Ferrer. Être ferré à glace sur un suiet, — Qu'il est à plaindre l'interlocuteur d'un bavard fer^é à glace sur un sujet !
Fertile.
« Esprit fertile, il aborda tous les sujets et les traita tous avec bonheur. »
Cela se dit quelquefois de Voltaire.
FÊTE. Fête de l'esprit. — Un dîner d'hommes de lettres et d'artistes.
« A sa table, notre illustre poète avait réuni l'élite de la littérature et des arts. Ce fut une de ces fêtes de l'esprit comme il n'est pas donné d'en voir souvent. »
Peut-être parce que les poètes ne sont pas assez riches pour en donner souvent de pareilles.
« La fête s'est terminée après minuit et l'on s'est donné rendez-vous pour l'année prochaine. »
{Repas de corps^ repas d'anciens condisdples.)
Cette fête est charmante. Votre petite fête était charmante. -^ Compliment obligé de tout invité qui tient à dire quelque chose d'aimable au maître ou à la maîtresse de la maison.
Feu. Le feu de la discussion. — Un feu où rôtissent bien des bêtises.
« Le feu des regards du jeune Alfred avait embrasé le cœur de la sensible Amélie. »
11 7 a encore, dans les romans, des jeunes filles qui se laissent embraser par des regards.
a Avant que vous eussiez soupçonné les feux dont il brûlait. »
(M«« Cottin. Malvina.)
Un feu cachéy un feu qui dort.
« Le feu qui semble éteint souvent dort sous la cendre. » (Corneille. Rodogune, acte III, se. iv.)
Feu-Follet
« Pareil à ces feux-follets, qui, la nuit, parcourent les bords marécageux, son esprit parcourait etc. »
[Style de roman.)
Feuillage. Le chant des oiseaux dans le feuillage. Fait toujours bien dans le paysage.
« Les hauts marronniers, qui projetaient sur la route Tombre de leur épais feuillage, atténuaient Tardeur du soleil. »
{Roman cKampétre.)
Fkuillée. Danser sous la feuUlée. — Souvenir des romans champêtres.
Fiction. Ingénieuse fiction. — Toutes les fictions de nos politiciens ne sont malheureusement pas ingénieuses.
Fièvre. La fièvre politique. — Se guérit généralement par l'application d'uq emplâtre électoral ou par celle d'un portefeuille ministériel.
Fil. Filer. Fil de la vie. — Un fil bien embrouillé.
Trancher le fil de la vie. La Parque cruelle a tranché le fil de nos jours.
« Le dieu, qui partage l'année en quatre saisons qui se précipitent, remet aussi le fil de nos jours aux Parques impatientes d'en trancher le cours. »
(Sénèque. Hercule au mont Oëta^ acte III, se. ui.)
Filer des jours heureux, des jours tissés d'or et de soie. — Ce sont des choses qui se voient de temps en temps, et qui n'ont d'autre but que de désespérer encore plus le commun des martyrs de la vie.
« Calmez un emportement qui peut rompre le dernier fil qui la retient à la vie. »
( M— Cottin. Claire (PAlbe.)
« En confiant à de tendres mains le fuseau sur lequel est roulé le fil délicat des jours du beau housard. »
{V. Ducange. Léonide ou la Vieille de Suresne.)
Dévider le fil d'un discours^ le fil des événements. « Mais dévidons le fil des événements, il nous conduira comme le fil d'Ariane hors du labyrinthe.
[Mémoires de Fouché^ 1826.)
FiLANDiÈRE. Les sosurs filandiéres. — Pour les Parques. Il y a beau jour que parques et sœurs filandiéres sont rentrées au bercail.
(Littérature du premier Empire.)
Filandreux. Discours filandreux. — Discours de M. X... Plus le discours est filandreux, plus les collègues de l'orateur filent... à la buvette.
Filet. Filet de voix. — Souvent n'est qu'un filet de vinaigre.
« M"e X..., dont les débuts étaient attendus avec impatience depuis longtemps, s'est fait entendre, hier au soir, dans le... Elle n'a qu'un filet de voix, mais elle s'en sert de manière à gagner les suffrages des dilletanti les plus difficiles. »
N. B, — Ledit filet de voix est du dernier mieux avec le critique qui se permet cette appréciation.
FiLUTiON. Filiation des idées. — Que de bâtards souvent dans cette filiation !
Fils. Au demeurant, le meilleur fils du monde. — Se dit pour terminer la nomenclature des défauts de ^elqu'un, comme le dernier coup de griffe d'une critique. C'est le dernier vers d'une épître de Marot :
a J'avais un jour un valet de Gascogne, «c Gourmand, ivrogne et assuré menteur, « Pipeur, larron, jureur, blasphémateur, « Sentant la hart de cent pas a la ronde, « Au demeurant, le meilleur fils du monde. »
Fils d'Apollon. — Poète. — Fils de Mars. — Guerrier.
{Dans l'argot des académiciens.)
Fife de ses œuvres. — Celui qui ne doit rien à personne, qu'à... ses créanciers, quelquefois.
Filles. les filles de Mémoire. — Les^Muses.
Filles de l'air. — Les abeilles.
« Fille de l'air, industrieuse abeille. »
(Dorât. Imitations de poètes latins, J.-B. Amalthée.)
Fille du ciel. — Abeille.
u Quand on eut, des palais de ces filles du ciel, « Enlevé l'ambroisie en leurs chambres enclose. » (La Fontaine. Le Cierge.)
Fw. Telle vie, telle fin. Triste fin d'une triste vie. — Il n'y a guère que les gens heureux qui ont une belle mort. La plus belle de toutes est la mort par apoplexie ou par rupture d'anévrisme. Elles semblent particulièrement réservées à ceux à qui tout a toujours souri.
Finis coronat opus.
« Les Romains, après les dernières lignes de leurs manuscrits, dessinaient, pour indiquer la fin, une petite couronne, coronis, comme nous mettons dans nos livres un cul-delampe. De là le proverbe : « Finis coronat opxis. »
(Bau. Notes et commentaires sur Martial.)
« En toute chose, il faut considérer la fin. »
(La Fontaine. Le Renard et le Bouc.)
« C'est la fin qu'il faut considérer en toutes choses. » (MachiaTel. La Mandragore, acte III, se. xi.)
Les plaisants ont ainsi orthographié :
« En tout, il faut considérer la faim. »
Finir.
« Ainsi finit ce jeune prince, qui eût donné au monde le spectacle d'un g^rand monarque, si la mort ne fût venue moissonner, avant l'heure, cette tendre fleur. »
[Panégyrique de n'importe quelprince^ mort-né au hesovn.\
« A partir de ce jour tout est fini entre nous, madame. »
Paroles d'amant vexé, qui demain reprendra sa chaîne.
Finir en queue de poisson. — Pour dire qu'une chose qui commence bien se termine mal. Toutes les réformes promises par les souverains finissent en queue de poisson.
tt Desinit in piscem mulier formosa superne. »
(Horace.)
Firmament. Les étoiles brillaient au firmament, — Elles ne peuvent briller que là ; mais ce pléonasme fait la phrase plus longue et plus sonore.
Fixer. Fixer l'attention du public. — Et dire que des saltimbanques, qui travaillent sur la place publique, obtiennent souvent ce résultai, tandis que beaucoup de leurs confrères, qui travaillent dans la politique, n'y peuvent parvenir.
Flagorneur. Vil flagorneur. — C'est toujours un vil flagorneur, celui qui flagorne un autre que nous.
Flagrant délit.
« Mais, monsieur, puisque le flagrant délit a été constaté. »
[De mari à avocat.)
« Je ne comprends pas qu'on tue les cou{)ables, disait un célibataire à un mari qui avait fait usage du pistolet conjugal. — C'est une affaire de convention », répondit ce sanguinaire George Dandin.
Il n'y a qu'un sot qui puisse se mettre dans le cas de surprendre sa femme en flagrant délit. Quelquefois il a une excuse, c'est lorsqu'il ne sait comment se débarrasser d'elle.
Flambeau. Flambeau de V amour.
« Amour, amour, me seras-tu fidèle ?
« Viens sur mes sens agiter ton flambeau. »
(H. Imbert. Le Jugement de Paris, chant II.)
TJn des flambeaux de la science. — Qui sera uu jour flambé par Ja mort, tout comme le plus maigre des lampions.
Le flambeau du jour.
le flambeau des nuits, — L'astre cher aux amants et aux voleurs.
flAïBOYANT. L'épée flamboyante de l'archange saint Michel, (F. le monument élevé sur la place de ce nom.)
FuMME. Objet de ma flamme. Couronner la flamme, — C'est quelquefois l'éteindre.
Brûler d'une flamme discrète.
Les flammes étemelles. — Les prédicateurs en ont-ils assez abusé 1
« Oui, notre hymen est légitime, notre flamme est sacrée, 'en porte dans mon cœur l'auguste témoignage, et si nos iens sont réprouvés, c'est donc aux yeux des hommes , et non devant le ciel I »
(Victor Ducange. Adolphe et Sophie ^ acte III, se. ix.)
J^épondre à sa flamme.
« L'orpheline, attendrie des accents du baron, éprouvait UQe sorte de regret de ne pouvoir répondre à sa flamme. » (V* d*Arlincourt. Les Trois Châteaux^ ch. m.)
« Analyser les transports de sa flamme. »
(Bernis, Epître I.)
Amoureuse flamme,
« Qu'uii grand cœur soit épris d'une amoureuse flamme,
« C'est l'ouvrage des sens, non le faible de l'âme. »
(Crébillon, Catilina, acte I, se. i.) « D'un air plein d'amoureuse flamme tt Aux accents de ta douce voix, « Je vois les fleuves et les bois tt S'embraser comme a fait mon âme. »
(ThéophUe.)
« Ils se sont juré tous deux « Une flamme vive et pure. »
(Caiotte. Le Diable amoureux, romance de Paveugle.) « Le ciel même bénit leur amoureuse flamme. »
(Racan. Ydalie, églogue.)
« Je VOUS aime Zaïre, et l'attends de votre âme « Un amour qui réponde à ma brûlante flamme. »
(Voltaire. Zaîre^ acte I, se. n.)
Flatteur. Vil flatteur. — Quand c'est nous qu'il flatte, c*est un ami sincère, un fidèle ami.
Flétrir. L'abus des plaisirs flétrit la jeunesse. — Tristes plaisirs, plus triste jeunesse!
Fleur. La fleur de la jeunesse. — Cela se dit en parlant de la jeunesse en sabots, de la jeunesse campagnarde, et des coqs de village.
« Au bal?... Eh bien et ma toilette?... Voyons... quelle fleur mettrai-je dans mes cheveux. »
(Boulé, Rimbaut, et Dupré. Emery le négociant, 1842. Scène de la folie..)
En général, au théâtre, cette scène de folie féminine se traite par le souvenir du bal, de la toilette et des fleurs.
Tapis de fleurs. Renouvelé des Romains. (Horace.) « Sur un tapis de fleurs, dans ce lieu solitaire. »
(Chateaubriand. Poésies diverses.) « Sur un tapis de fleurs, sur Therbe pr intanière, « Qu*ignoré, je sommeille à Tombre des ormeaux. »
[Idem.) « Pour nous, jeune noblesse française, sans regret pour le passé, sans inquiétude pour Tavenif, nous marchions gaiement sur un tapis de fleurs qui nous cachait un abîme. * '
(Ph. de Ségur. Mémoires.)
Fleur de Vdge. Le printemps de la vie. Il y a des gens pour qui quarante ans est la fleur de l'âge. — Quelqu'ua annonçait à Auber, alors presque octogénaire, la mort d*un personnage politique. « Quel âge avait-il ? demanda le maestro. — Soixante ans. — Soixante ans,! fit le vert et encore galant vieillard, soixante ans, la' fleur de Tâge I » i
« Félix veroegOf quxinipso xtatismea flore vocaboravia.^^ Heureuse en eÔet moi, qui, à la fleur de Fâge, rece^ vrai le nom de grand'mère. I
(Apulée. Métamorphoses, Ut. TIJ ,
EnU'oé à la fleur de Vâge. I
« Un rang bien éminent, entre les poètes français, était réservé à André Chénier, enlevé à la fleur de Tâge. »
(Herrig et Burguj. Réflexions et jugements littéraires. La Fr littéraire,)
Les fleurs naissent sous ses pas.
« Les fleurs ne peuvent naître aill eurs que sous ses pas^
(Segraîs. Egloffwfs,)
Fnwfij
Le quatrain suivant est attribué à M. de Maurepas :
« Iris, on aime vos appas,
« Vos grâces sont vives et franches
« Et les fleurs naissent sous vos pas,
<t Mais, hélas ! ce sont des fleurs blanches. »
LETVE. Descendre le fleuve de la vie,
« Ma canne à la main, je descends doucement le fleuve de la vie. »
(Jouy. L'Ermite de la Chaussée-d'Aniin.)
U aurait mieux valu mettre « la rame à la main », oa « la ligne à la main » ; mais M. de Jouy a voulu entendre, sans doute, la canne à pêche.
« Sans esprit il est fort habile, « Son domicile est chez autrui ; « De la sorte il a dans la ville <i Quinze ou seize maisons à lui.
« Dans l'une, il a table servie, « Dans l'autre, des gens, son loyer, a Et traverse ainsi sans payer « Le fleuve de la vie. »
(Scribe, Mélesville et Saint-Georges. L'Ecarté, 1832.)
« Mais hélas I vers le dénouement, « Arrive la gendarmerie, « L'on me saisit et l'on me pend...
c< Et je descends ainsi gaîment « Le fleuve de la vie. »
(Dupin, Rochefort et F. Langlé. L'Apothéose de Polichinelle. 1823.) LOT.
Le flot populaire,
M On se souvient que la duchesse d'Orléans... fut séparée de son fils par le flot populaire. »
[Figaro du 6 janvier 1879.)
« Un flot d'auditeurs se pressait au pied de la chaire, avides d'entendre la parole sacrée du Père X... Variantes : Au pied de la chaire, se pressait un flot d'auditeurs, etc. — Avides d'entendre la parole sacrée, un flot d'auditeurs, etc. »
Le flot des révolutions,
« Impassible, au Luxembourg, sur sa chaise curule, il a vu *e briser contre son immobilité le flot de toutes les révolutions. »
(£. Scribe. La Camaraderie, acte I, se. ii. 1837.)
Flots de sang,
« Le trône de Charles le parjure tombe avec fracas au milieu des flots de sang des citoyens. »
[Discours d'installation de M. Moy ne, proc, gén, près la. cour roy. de Grenoble, 2 sept. 1830.)
Les flots en courroux.
Flotter.
Le drapeau français a flotté dans toutes les capitales à monde.
(Paroles de Chauvin.)
Ses longs cheveux (couleur ad libitum) flottaient sa ses blanches épaules,
(Portrait de femme, côté du roman.;
Flux.
« Le flux les apporta^ le reflux les emporte. »
(Tableau des grandeurs humaines, jouet des caprices du peuple, e dernier vers d*unc fable de P, Lachambaudie : Le Coquillage.]
« Le peuple, dont la vague est bouillonnante et forte, « Sait les (ambitieux) rendre aussitôt à leur obscurité : « Le flux les apporta, le reflux les emporte. »
Foi. Jamais je ne renierai la' foi de m^s pères. — C 'était biei au temps jadis que les pères avaient une foi quelconque mais aujourd'hui que les pères... Aussi la phrase n'a t-elle plus cours que dans les anciens mélodrames.
N'avoir ni foi ni loi, — C'est le propre des gredini fieffés.
« Tout le monde disait de moy « Que je n'avais ni foy ni loi. »
(Théophile. 1623.)
Folie. Folle. Aimer à la folie, — Encore un pléonasme; Tamour n'est-il pas lui-même la pire des fones?
La folie agite ses grelots, — A combien de journaliste n'a-t-elle pas servi cette phrase, le jour de l'ouverlun du carnaval ?
« La plus courte folie est toujours la meilleure. »
(Ch. Beys. L'Hôpital des fous. 1639.)
Ce vers est reproduit, mot pour mot, dans les Cousita de Ducerceau, acte III, se. v.
La folle du logis. — Cette périphrase pour désigna l'imagination appartient à sainte Thérèse. Elle a éU répétée par Montaigne, Malebranche, Voltaire et taiii d'autres après eux. Sous ce titre, Léon Gozlan a écrii un roman.
Folliculaire. Un méchant folliculaire a osé avancer que.. — Propos d'auteur qui se fâche.
Fonction. Graves fonctions. Remplir de gi*aves fonctions, -
DES LIEUX COMMUNS «Ui
Chaque fois que le ministère public veut entraîner Télan de MM. les jurés, il ne manc|[ue pas de faire appel à leurs graves fonctions. C'est traditionnel.
« Messieurs les jurés, jamais peut-être vos fonctions ne furent plus graves, plus importantes qu'aujourd'hui, etc. »
(Viliieaa,/»*em. av. gén. Cour d'assises du Loiret^ 9 nov. 48S0')
Fonctionnaire.
« Fonctionnaire de l'État, investi de la confiance publique, mes principes me défendent de transiger avec ma conscience. »
Réponse étonnante du pot de terre au pot-de-vin.
km. Dieu voit le fond des cosurs, — Que d'ordures il doit
y voir!
?ORCE. La force de l'habitude. — - Les trois quarts des bêtises que font les hommes, ils les font par la force de Tha-
biiude.
Il faut que force reste à la hi. — C'est toujours ce qui arrive... quand la loi est la plus forte.
« Mon Dieu ! donnez-moi la force de continuer le rôle que je me suis imposé. »
(Boulé, Rimbaut et Dupré. Emery le négociant. 1842.)
?ORÊT. Le bourdonnement des insectes dans la forêt. — Il y a aussi le bourdonnement de la foule, cette réunion d'autres insectes plus nuisibles que ceux de la forêt.
« Sur la rivière... se tenaient de nombreux navires qui, comme les arbres d'une forêt, emmêlaient les uns dans les autres leurs mâtures, leurs cordages, etc. »
(H. Malot. Sans famille. 1878.)
Forger. Se forger des chimères. — Ce n'est pas précisément ce à quoi les maris perdent leur temps.
Forger des arrms pour se faire battre. — Un mari, qui fait trop d'éloges de sa femme devant des amis, forge des armes pour se faire... battre.
^ORXE.
T« ««^-ïïo,.-.^ ^r^ i ^^ Monarchie héréditaire. Jl^l^^LtZ' La Monarchie constitutionnelle, me de gouvernement, < i>Empire.
^^^' \ La République.
{Voir au rayon des fantaisies politiques.)
Fort. Fort comme un Turc— Très fort. Se dit encore,
bien qu'il n'y ait rien de moins fort, aujourd'hai, qu'un Turc, si ce n est deux Turcs.
« Il est ferme dans la dispute, fort comme un Turc sur ses principes. »
(Molière. Le Malade imaginaire, acte II, se. n.)
Fortune. L'aveugle fortune. — Pas si aveugle qu'on croit.
La fortune des armes.
Fortune paternelle.
« Il dissipa, dans la débauche et le jeu, la fortune paternelle si laborieusement acquise. »
La fortune paternelle d'un dissipateur a toujours été laborieusement acquise... à ce que l'on prétend.
« De l'aveugle fortune il dirige la roue. »
(Colnet. L'Art de dîner en ville, cbant I.)
« Tu peux me faire perdre, ô fortune ennemie I « Mais me faire payer, parisien, je t'en défie I »
(^Regnard. Le Joueur, acte I, se. it.)
Ces deux vers sont la devise des joueurs sans serapule. D'ailleurs les joueurs qui paient, ne paient en général leurs dettes de jeu que pour ne pas perdre leur crédit, et pour pouvoir encore jouer.
Fortune scandaleuse.
« Je vois, avec un profond sentiment d'indignation, 1« manœuvres de l'intrigue et les déceptions de ces hommes cupides, dont les fortunes scandaleuses s'élèvent sur la ruijie des malheureux qu'ils ont dépouillés; de ces hommes qui après avoir semé le deuil et la pauvreté dans les familles, étalent un luxe insultant, etc. i>
(Gazette des Tribunaux. Procès Aguado contre le CùnstitwtUmit/A plaidoirie de M. G. de Beaumont. av. du roi, 25 mai 1829.)
Audaces fortuna juvat. — Souvenir virgilien, légèrement estropié, que se permettent, de temps en temps, les novices du journalisme, et, très souvent, les vétérans de la presse. Les vrais puristes, eux, disent : Audentes fortuna juvat. Les poètes ont ainsi accommodé cette pensée :
« La fortune favorise la folie et la force. »
(Soudraka. Le Chariot d'enfant, drame indien, acte FV. Tr«L de l'anglais par A. Langlois.)
« La fortune est toujours pour les audacieux. »
(Destouches. L'Ambitieux, acte I.)
« La fortune bizarre
f Favorise toujours le plus audacieux. «
(DTpaff^ny, Lancastre, acte lY, se. ni.)
a La fortune ôte le jugement à celui qu'elle veut perdre. »
(Publius Syrus. Sentences.)
C'est la même pensée que celle d'Euripide, ainsi traduite du grec en latin par M. Boissonnade :
Quos vult perdere Jupiter dementat priùs.
C'est, mieux encore, une variante du texte latin de Publius, introduite par M. Boissonnade, qui a substitué Jupiter à fortuna et ajouté priùs.
(Y. Sentences de Publius Syrus, trad. Jales Chenu, 1835.)
Fortuné. Union fortunée, — Une de ces choses qu'on ne voit que rarement.
« O mortels fortunés, ô villageois heureux, trois et quatre fois heureux, vous qui, loin du bruit des villes, jouissez en paix des dons de Gérés 1 »
{Genre bucolique.)
Fou. Fot< d'amour, — Une des manifestations les plus dangereuses de la folie.
Foudre.
« Le vent fait rage, la foudre sillonne la nue, le tonnerre gronde avec fracas, répercuté, par l'écho, de montagne en montagne, et le jeune pâtre, saisi de crainte, confiant son âme à Dieu, tombe à genoux à l'entrée de la Roche-Noire. Au nom du ciel, gémit une voix plaintive, qui que vous soyez, ayez pitié d'une infortunée qui, etc. »
[Jeune pâtre surpris par l'orage.)
Foudres de Véloquence,
« Bossuet, annonçant la fin de sa carrière oratoire, et déposant, pour ainsi dire, les foudres de l'éloquence sur la tombe d'un héros qui avait lancé les foudres de la guerre, s'élevait, etc.. » -
{Journal des Débats, 17 pluviôse an YlII.)
Foudre de la guerre,
« Là se perdaient ces noms de maîtres de la terre, « D'arbitres de la paix, de foudres de la guerre. »
(Malherbe. Ode.)
Foudroyer. Foudroyer du regard. — Les femmes foudroient du regard les insolents qui leur font des propositions intempestives, ceux qui ne savent pas prendre l'heure à la montre du berger.
Fougue. Il faut pardonner à la fougue de la jeunesse.- C'est ce que tant de Gérontes ne veulent pas comprendre.
Fouilles.
« Des fouiilcs pratiouées à cet endroit mirent à découver le corps d'un enraut au sexe masculin qui, après les consta tations légales, a été reconnu être né viable. Des marques df sti angulation, etc. »
(De la collection des faits divers.)
« En pratiquant des fouilles sur l'ancien emplacement du.. les terrassiers employés à ces travaux ont découvert un wr tain nombre de monnaies anciennes d'or et d'argent à Teffigii de, etc. »
[Article édUite'.)
Fouler. i^
« Fouler avec bonheur le sol natal, après une longoi absence. »
{Genre attendri et ptttriotiqtie.)
Foyer. Foyer de rébellion. Foyer de discorde. La joie à foyer. Le foyer paternel.
Depuis le jour où le malheur est venu s'asseoir à notr\ foyer.
Il v a encore le foyer de rOpéra, où les habitués à Forcnestre vont chauffer ce qu ils appellent leur amour
Fragilité. La fragilité des choses humaines. — Et parm tant de choses fragiles , rien de plus fragile que les set ments de femmes, si ce ne sont, peut-être, les sermerf politiques.
Fragment.
« Parmi les morceaux les plus remarquables qui ont H exécutés avec une maestria incomparable par le jeune et déj célèbre virtuose, il faut citer, en première ligne, un fragmei de... »
{Compte rendu de n'importe quel concert.
Frapper.
Frapper Vair de ses cris. Ouvrage frappé au bon coà Frappé de terreur. Frappé d'un coup mortel.
La mort frappe tous les hommes. — Et l'idée seule d la mort les frappe... d'épouvante. Pourquoi? puisqu'o prétend que l'âme est immortelle et que, dans la valié de Josaphat, l'humanité sera reconstituée encore miett que les mastodontes ne l'ont été par Cuvier.
BATERNiTÉ. — Un jouF, tous les peuples seront unis par les liens de la fraternité.... à ce que prétendent les
utopistes.
Salut et fraternité. — En 93, ces mots au bas d'une lettre jetaient un froid... de guillotine.