L.i Légende des Siècles
Charpie.
Que dans ma plaie, où dort la douleur, ô poète, Je s ^ns de la charpie avec un drapeau faite.
Les Contemplations.
Charrue.
Voir de près, haletants sous la main qui les pique, Les ministres trainer la machine publique, Charrue embarrassée en des sillons bourbeux, Dont nous sommes le soc et dont ils sont les bœufs ;
Les Chants du Crépuscule.
La': cura le génie avec cette charrue Qu'on nomme passion.
Les Voix Intérieures.
Le navire, errante charrue.
Effrayante charrue que celle des révolutions ! Ce sont des têtes humaines qui roulent au tranchant du soc des deux côtés du sillon !
Journal d'un révolutionnaire de 1830.
Chasse. — Sans trêve, jour et nuit, en toute saison, au tropique comme au pôle, en sonnant dans leur trompe éperdue, ils mènent, à travers les enchevêtrements de la nuée et de la vague, la grande chasse noire des naufrages. Ils sont des maîtres de meutes, ils s'amusent, ils font aboyer après les roches les flots, ces chiens.
Les Travailleurs de la mer.
Châssis. — Le bonheur est un vieux châssis peint d'un seul côté.
Les Misérables.
Château. — ... le fantastique édifice des hypothèses, ce château de cartes des philosophes.
Notre-Dame de Paris.
Chaume. — Ajoutons que le paysan prend peur comme le chaume prend feu, et, aussi vivement qu'un feu de chaume devient incendie, une peur de paysan devient déroute.
Quatre-vingt-treize.
Chausser.
Chausser de royauté la Révolution ?
La patte de lion creva cette pantoufle !
Chanson.
Quand le bruit du vent coupe en strophes incertaines Cette longue chanson qui coule des fontaines.
Les Voix intérieures.
Chauve-souris.
Des têtes voletant, mornes chauve-souris,
La Légende des siècles.
Cette chauve-souris qui sort des noirs marais, La fièvre, bat nos fronts de son aile invisible.
Les Châtiments.
...cette grande chauve-souris qui porte écrit dans son ventre ouvert le mot melancholia.
Le Rhin.
Quoique, presque toujours, effarant les esprits, La religion soit une chauve-souris Faite de vie et d'ombre, et dont l'aile a pour griffes Les prêtres, les docteurs, les bonzes, les pontifes, Il faut que l'homme croie à quelque chose ;
Religions et Religion.
Oui, la chauve-souris du doute en mon esprit Ouvre hideusement sa livide membrane ;
L'Ane.
Chausse-trape.
Voir Chapeau.
CHE — 55 — CHÊ
Cheminée.
Cette bibliophale auguste et colossale Qu'on voit, jetant au loin sa lueur aux cerveaux, Flamboyer au-dessus de tous vos noirs travaux, Comme la cheminée énorme de l'usine ;
L'Ane>
... que son gond et son laurier brodés en blason sur sa robe lui donnent l'air d'un manteau de cheminée qui marche.
Notre-Dame de Paris.
Il sentait passer et se dégorger dans son cerveau tant de fumées monstrueuses qu'il lui semblait que sa tête était devenue une des cheminées de l'enfer.
Idem.
Chemise.
Mais me voilà tombé dans un fort joli gouffre ! Cet homme est sur mes reins ma chemise de soufre, Je ne puis l'arracher sans m'arracher la peau. Que dis-je ? Il est ma chair, et je suis l'oripeau.
Le Théâtre en Liberté.
Chêne.
Et ce vent qui, soufflant sur ces guerriers sculptés, Les fera remuer sur ta face hautaine
Comme tremble un feuillage autour du tronc d'un chêne ?
Les Voix intérieures.
Le chûne, cet arbre géant que nous comparions tout-à-l'heure à Shakespeare et qui a
plus d'une analogie avec lui, le chêne a le port bizarre, les rameaux noueux, le feuillage sombre, l'écorce âpre et rude ; mais il est le chêne.
Préface de Cromtoell.
Et lui, chêne vivant, par la hache insulté, Tressaillant sous le sceptre aux lugubres revanches, Il regardait tomber autour de lui ses branches.
Les Châtiments.
Chenille
Reprends jeune homme, dans ma cendre,
Dans mon fatal sillon, Cette fleur où ma bave épouvantable brille, Et qui, pâle, a le ver du cercueil pour chenille.
L'âme pour papillon.
La Légende des Siècles^
La calomnie finit par être un lustre. A un ruban d'argent sur la rose on reconnaît que la chenille a passé.
Actes et Paroles.
Chenille d'infirmités, boas d'orgueil.
Lde m .
Chérubin. — Chérubin du ruisseau.
Les Misérables.
Cheval.
Mais, un jour, hennissant comme un cheval humide,
L'ouragan libyen Soufflera sur ce sable où sont les tentes frêles.
Les Contemplations.
Les vents perdent leur peine à guerroyer ce mur, Le fôhn bruyant s'y lasse, et sur cette cuirasse L'aquilon s'époumone et l'autan se harasse, Et tous ces noirs chevaux de l'air sortent fourbus De leur bataille avec le donjon de Corbus.
La Légende des siècles.
Et pour voir en toi l'homme ouvrant le paradis, Le père, j'attendrai, pape, que tu dételés * Tous ces hideux chevaux. Guerre aux rages mortelles, Haine, Anathème, Orgueil, Vengeance à l'oeil de feu, Monstres par qui tu fais traîner le char de Dieu !
Idem.
L'hydre de l'anarchie apparaissait aux belles Sous la forme effroyable et triste d'un cheval De fiacre les traînant pour trente sous au bal.
Les Châtiments,
Vos esprits, ô noirs Zoroastres, Sont les chevaux de l'infini.
L'Année Terrible.
A vous en croire, vous les jugeurs sérieux,
Quand ils vont secouant de leurs crinières folles
Tant de rosée à tant d'amoureuses corolles,
Les chevaux du matin ont pris le mors aux dents ;
Et quand midi, le plus effréné des Jordaens
Sur les mers, sur les monts, jusque dans notre œil triste,
Jette son flamboiement d'astre et de coloriste,
Rit, ouvre la lumière énorme à deux battants,
Et met l'olympe en feu, vous n'êtes pas contents ;
L'Ane,
Voir Ouverture.
Cheval de frise. — Les brises-lames sont les chevaux défrise des fortifications contre les tempêtes.
Les Travailleurs de la mer .
Chevelure.
Grands mâts rompus, traînant leurs cordages épais, Comme des chevelures.
Les Orientales.
Une fraîche chevelure d'arbres.
Le Rhin.
Et les chevelures des arbres, Frissonneront sous le ciel noir.
Les Châtiments,
Cheveu.
Les immenses cheveux de la flamme éternelle, Qu'agita un vent hideux.
La Légende des siècles.
Vous mêlerez la pluie amère de l'abîme A ses noirs cheveux hérissés.
La Champagne pouilleuse à laquelle Juillet vient couper ses cheveux d'or...
Le Rhin.
Chèvre.
Le doute, roche où nos pensées Errent loin du pré qui fleurit, Où vont et meurent, dispersées, Toutes ces chèvres de l'esprit.
Les Contemplations.
Chevreau.
Ce chevreau, le caprice, a grimpé sur le vers.
L'Art d'être grand-père.
Chien.
A sa gauche la mer, dont jadis il fut l'hôte, Elève jusqu'à lui sa voix profonde et haute Comme aux pieds de son maître aboie un chien joyeux.
Les Orientales.
Et pareils à des chiens liés à des murailles, D'un hurlement plaintif suivre leurs funérailles !
Les Voix intérieures.
En vain ils jetteront leur rage humiliée
Sur ton nom ravagé, Comme un chien qui remâche une chair oubliée
Sur l'os déjà rongé.
J'ai jeté le vers noble aux chiens noirs de la prose.
Les Contemplations.
Les âpres chiens de la satire.
Idem.
Voir Troupeau.
La mort vienne si tard, hélas ! menant en laisse
Ces deux chiens monstrueux, la honte et la vieillesse !
La Légende des siècles.
J'en suis émerveillé Comme l'eau qu'il secoue aveugle un chien mouillé.
Ruj'-Blas.