‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 1 sur 1429 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Descendez, .lit le P. Ctiéuard, descendez avec le llamliean de la nbilosnpiiie jusqM ï celle pierre antique lan! Je r..is rejelée par les incrédules çt qui lesalous écrasés. Mais, lorsque, arnvéàuoe certaine profondeur, vous aurez trouvé la main du lout-l'uissant qui soutient depuis I online du moude ce grand et majestueux édifice, toujours aileron par les orages mêmes et le torrent des années , ariêtez-vous et ne creusez pas jusqu'aux enfers.

Les origines du théillro moderne, et ses commencements en France, ont donné lieu a des erreurs nombreuses et fondamentales qui, à partir du temjis où commence la critique historique, se sont perpétuées jusqu'à nous.

Ainsi deux opinions opposées se disputent les commencements des représentations figurées dans les sociétés modernes.

Des critiques veulent que le théâtre se soit perpétué du monde ancien au nôtre, sans aucune interruption et sans autres modifications que celles relatives aux divers plans qu'ont pu suggérer des méthodes nouvelles, ou celles qu'ont dû occasionner les variations du langage ou celles surtout nées de la profonde différence de l'esprit de la religion chrétienne avec les idées païennes. Ainsi les orgies du paganisme se sont continuées dans les fêtes des Fous; et les mystères du moyen âge, construits d'après une méthode inconnue aux sévères sectateurs des unités d'Aristote, n'en reproduisent et n'en perpétuent pas moins la tragédie grecque et romaine. C'est ce qu'ont pensé, entre autres, du Cange (1), Muratori (2), Martin Gerbert (3), l'abbé de Larue (4J, MM. Achille Jubinal (5), Francisque Michel (6) et Magnin (7).

Au contraire, d'autres ont été d'avis qu'il existait entre le théâtre des nations anciennes et celui des peuples modernes, une lacune d'un grand nombre de siècles impossible h combler. Les premières pièces qui auraient été représentées depuis la chute de l'empire romain dateraient au plus tôt des xr et xn' siècles; et encore faut-il admettre que le latin et les farcitures du moyen âge appartiennent au théâtre français. Les Bénédictins (8) n'ont pas craint de reculer les origines dramatiques jusqu'au xi* siècle; l'abbé Lebeuf (9), de Roquefort-Flaméricourt (10), MM. Amaury Duval (11) et Raynouard (12) ont partagé leur sentiment. Roquefort même déclarait les commencements des représentations théâtrales très-difficiles à fixer, et pensait que certaines poésies des troubadours avaient pu être figurées. L'autorité de ces savants n'a pas empêché Daunou de nier le caractère dramatique des pièces françaises du xin* siècle, du Miracle de Théophile par exemple; le théâtre n'a commencé qu'en li02, avec le brevet de la royauté , et l'on ne rencontre auparavant que des

(1) Du Cange, Gloss. inf.el med. Int., édit. Ilenschell; Paris, Didot, 1840, in-8°, 6 vol., v° Kulendœ

(2) Muratori, Anliq. stat. med. œvi sive Dissert., Milan, 1732, in-fol., t. II, De ludis, col. 831-849.

(3) Martin Gerrert, De cantu et mus. sacra, Saint-Biaise, 1771, in- 4", 2 vol., t. I.

(4) L'abbé de Larue, Essais historiques sur les bardes normands et Anglo-normands, Caen, 1854, in-8°, 3 vol.

(5) Achille Jubinal, Mystères inéd. du xv' siècle ; Paris, 1837, in 8°, 2 vol., t. I, Prcf.

(fit Francisque Michel (et Montmerqué), Le théâtre fr. au moyen âge ; Paris, 1839, cr. in-8", Prcf.

(7) Ch. Magnin (Cours professé à la Faculté des lettres; Journal gén. de l'instr. publiq., 1834-1836); La Comédie au iV" siècle. Revue des deux mondes, 1853, juin, t. H, p. 055-674; Fragment d'un comique du vu* siècle. Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, Paris, 1859, "r. in-8", t. I, p. 517-535.

(8) Histoire littéraire de la France, t. VII; Paris, 1746, in-4° ; Discours sur l'état des lettres au xi' siècle et Avertissement.

(9) L'abbé Lebeuf, Remarques envoyées d'Anxerre..., Mercure de France; Paris, in-12, 1729, décembre, p. 2981-2995; — Dissertations sur l'Iiist. eccl. et civile de Paris...; Paris, 1741, in-8", t. Il, Etat des sciences en France... p. 65.

(10) De Roquefort-Flaméricourt, De l'état de lu poésie françoise dans les su" et xin* siècles; Paris, Fournier, 1815, in-8°.

(11) Hist. lia. de la France, t. XVI; Paris, 1824, in-4", Disc, sur l'état des beaux-arts en France au xm* siècle, p. 254-555.

(12) Raynouard, Mystère de Saint-Crépin... publié par MM. Dessales et Chabailtes , Journal des Savants, 1836, caliier de juin.

Dictions, des Mistèrf.s. 1

écrits dialogues, il est vrai, mais qui n'ont jamais pu fournir la matière d'une représentation

dramalique (13). M. Sainte-Beuve (14), comme Daunou, est resté persuadé, avec Boileau (15) et Fontenelle (16), les frères Parfait (17), de Beauchamps (18), et le duc de la Vallière (19), que le premier théâtre qui eût paru, depuis les Romains, était celui qu'ouvrirent en 1402 les confrères de la Passion.

Cette grande diversité d'opinions au sujet des commencements du théâtre a contraint les sectateurs de l'un et de l'autre de ces deux systèmes, de distinguer aussi non moins profondément les temps où la France parlait soit le latin, soit le roman, soit le français. Naturellement, les partisans de la perpétuité du théâtre ont été conduits à admettre, dans l'histoire du théâtre français, le latin et le roman. Ainsi Muratori. L'abbé Lebeuf disait que la bibliothèque du théâtre devait comprendre la basse latinité comme le français. Les Bénédictins citaient lu jeu de Sainte-Catherine et les jeux farcis de Saint-Nicolas parmi les premières pièces connues. Dom Martin Gerbert ne distinguait ni les rites figurés, ni les fêtes des fous, ni les mystères, et encore moins les idiomes. Raynouard se ralliait aux Bénédictins. Mais Bayle (20), Voltaire (21), MM. Cliabailles (22) et Onésyme Leroy ont soutenu que le drame écrit en langue vulgaire conservant seul les couleurs et l'empreinte de son époque, les drames latins ou même farcis, quelque importants qu'ils pussent-être pour l'histoire du théâtre en général, ne comptaient pas dans l'histoire du drame français. Eu elfet, n'ayant rien qui nous peigne les mœurs nationales, écrits par des religieux qui no s'as:reignaient qu'à une fidélité scrupuleuse envers le texte de l'Evangile, ils ne nous racontent que la société juive et nullement celle au milieu de laquelle ils naquirent (23).

Au résumé, le génie dramatique n'a pas cessé de produire, disent les uns, car l'esprit humain ne sommeille jamais, il se transforme; c'est sous ses formes nouvelles qu'il faut le saisir, pour ne pas abandonner son histoire ; et dans quelque idiome que ce soit, latin, roman ou français, ce qui s'est passé en France est français. Les autres répondent : Mais si la puissance de la production dramatique n'a pas été suspendue, où sont les drames et les représentations supposées? Les prétendues pièces que l'on met en avant ne sont que des dialogues, et les sujets même dont elles traitent sont étrangers à la France, si encore la langue dans laquelle elles sont écrites, lui appartient

Les rapports de l'Eglise avec le théâtre ont amené des dissentiments aussi vifs; et la vérité s'y est fait bien moins jour. Une idée commune est que l'Eglise a fondé le théâtre.

L'histoire du théâtre antique ne Unit pas au siècle d'Auguste; l'usage des représentations théâtrales ne fut pas aboli aussi brusquement qu'on le suppose, ce qui serait peu conciliante avec la ténacité ordinaire des habitudes populaires. La vogue des pantomimes, l'invasio.i des Barbares, portèrent assurément un coup funeste au drame parlé ; mais quoique les monuments en soient rares, il en subsiste néanmoins, tels que, au iv" siècle, leQuerolus, au vu', un fragment de comique, qui prouvent combien longtemps subsistèrent les habitudes romaines.

Le théâtre antique ne disparut que devant le théâtre chrétien. Dès le ni" siècle, avant même d'être reconnue, l'Eglise essaie de lutter contre les splendeurs de la scène païenne

(15) Hist. litt. de la Fr., t. XVI; Paris, 1824, in-4°; Disc, sur l'état des lettres en France au un* siècle, p. 1-254.

(14) C.-A. Sainte-Beuve, Tableau liist. et crit. de la poésie fr. et du théâtre français au xvi" siècle ; Paris, 1828, in-8% 2 vol., t. I, p. 217-254.

(15) Art poétique...

(16) //is(. du théâtre français.

(17) Hist. du théâtre françois, Paris, in-12, 19 vol., t. I, II et III, 1755-1745.

(18) De Beauchamps, Recherches sur les théâtres de France; Paris, 1753, in-8% 5 vol., t. I.

(19) La Bibliothèque du théâtre françois, ouvrage attribué au due de la Vallière, Dresde, Michel Groell, 1768, in-12, 5 vol., t. I.

(20) Lia. crit.

(21) Voltaire, Essai sur les mœurs et l'esprit des nations, t. II, p. 577.

(22) M. Chabailles, Œuvres de Rutebeuf, mises au jour par M. A. Jibinal, Journal des Savants, 1859, cahier de janvier, p. 41-55, et mai, p. 276-288.

(25) L'abbé De Larue, loc. cit.; M. Mag.ni>, loc. cit.; AI. Achille Jlbinal, loc. cit.; M. 0. Leroy, Etudes sur les mystères ; Paris, 1857, in-8° ; Epoques de l'histoire de France en rapport avec les mystères ; Paris, 1815, in-3%

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par la magnificence de srs liturgies. Pendant les six premiers siècles, l'Eglise anathémaliso le théâtre, elle le poursuit encore après, parce qu'il tient à l'antiquité, mais en môme temps, elle institue des offices qui sont do véritables drames, les fêtes do Noël , les l'rois Rois, le Sépulcre ou les Trois Maries Le prêtre chrétien désespérant d'élnindre le cénie dramatique, le dirige vers les choses saintes, imitant en cela les prêtres païens qui, dans 1rs mômes vues, donnèrent à l'art dramatique les premiers développements.

Dans quel but est fondé ce théâtre hiératique? Selon les uns, c'est la piété chrétienne alarmée qui lente de substituer aux chants licencieux des jongleurs des spectacles plus honnêtes (24); ou bien la mise en action dans la liturgie des scènes de l'Evangile a pour nul d'instruire le peuple qui ne sait pas lire et n'a pas même de livres (25) ; ou bien encore, dès les premiers temps de la société chrétienne, pour arriver a l'initiation des imposants mystères de la religion, le peuple a besoin qu'on lui traduise la divine épopée en symboliques narrations, en pathétiques légendes (26). Selon les autres, la haute Eglise a eu l'intention de perpétuer dans les peuples et les ministres du culte, une ignorance grossière; Daunou (27) répète ici Voltaire et Dulaure. M. Magnin , reprenant les mêmes vues pamphlétaires, en a tiré un système plus modéré sans doute, mais non moins erroné. Le sacerdoce ne se serait pas contenté de dominer les intelligences; il aurait voulu subjuguer les imaginations et s'emparer à la fois de toutes les facultés humaines. Le théâtre aurait été ainsi pour lui un moyen de puissance et de séduction (28).

Toutes ces hypothèses ne sont le résultat que d'une observation incomplète des faits. Tantôt, ce sont les monuments subsistants du théâtre qui sont trop uniquement considérés ; tantôt, ce sont les documents relatifs aux rapports de l'Eglise avec le génie dramatique qui sont trop absolument négligés.

Les preuves positives ne manquent pas, qui établissent d'une manière sûre qu'en effet les représentations scéniques n'oi.t pas cessé après la chute de l'empire Romain; que la société chrétienne a accepté le théâtrte, et que l'esprit dramatique a été transporté alors des monuments publics destinés au drame pneu, dans l'intérieur des basiliques.

Mais le génie dramatique s'est emparé de l'Eglise; le théâtre a dominé violemment; l'Eglise , depuis ses origines jusqu'à nous, n'a pas cessé de s'opposer aux jeux de la scène. Elle a refusé, en tous les temps, en tous les lieux, la succession du théâtre païen. Dominée, elle n'a jamais été vaincue entièrement; elle a lutté, résisté jusqu'au triomphe, et si elle n'a pu anéantir le théâtre, du moins elle l'a expulsé entièrement de son sein, d'où il se vante faussement d'être sorti (29).

C'est ce qui résulte des écrits des saints Pères et des textes des Conciles, que nous avons réunis à la suite de cet Avant-Propos.

L'interdiction perpétuelle du théâtre qui est la conséquence de cet ensemble imposant, s'appuie sur toutes les raisons que peut invoquer la morale. Les coutumes du théâtre, dit l'Eglise, sont absolument étrangères h la vie chrétienne. Elles ne peuvent que pervertir les esprits et plonger dans l'amollissement les cœurs les plus ardents et les plus sincères. Elles souillent l'intérieur des temples, et, soit aux dimanches, soit aux fêtes, ne portent que le trouble dans les sanctuaires. Leur intention peut être pieuse, mais elle est contraire à une saine connaissance de la vérité. Car la vérité est que la pratique du théâtre

(24) llist. lin. de la Fr.

(25) L'abbé De Larue, loc. cit.

(26) Louis Paris, Toiles peintes et tapisseries de la ville de Reims; Paris, tSiô, in-4% 2 \ot., t. I, Préf.

(27) Daunou , Disc, sur l'état des lettres au xnr siècle; Hist. lilt., t. XVI ; Paris, 1S24, in-4". p. 1-

(28) M. Magnin, loc. cit.

(20) Nous ne voyons guère que Dora Martin Gerbert qui ait bien compris et qui ait affirmé la répudiation perpétuelle de l'Eglise De cantu et mus. sacr.; Saint-Iîlaise, 1774, in-4", 2 vol.; — Veleris Liturij. alemànn. muniim.; Sainl-Blaise, 1777-1779, iii-4°, 2 vol. — Velus Liturgia alemannica; Saint-Biaise, 177b, in-4% £ \ol.

par le clergé, ne peut amener d'autres résultats que des désordres dans l'Eglise (30).

L'histoire du théâtre ne comprend donc que deux phases. Dans la première, la société laïque envahit et violente l'Eglise, il est vrai, avec une intention pieuse. Dans la seconde, l'Eglise répudie le théâtre; elle le poursuit, elle l'expulse de l'intérieur des cathédrales.

D'où vient qu'il y a lieu de distinguer, dans le développement du théâtre, ce qui appartient aux individus, et ce qui est le propre de l'Eglise en général. Les individus prennent part aux représentations dramatiques ; les membres de l'Eglise subissent l'influence des mœurs et des temps. Mais l'Eglise, dominée dans un grand nombre des siens par la coutume, ne subit pas le joug, et, à toutes les époques , elle repousse absolument le théâtre.

Si donc le théâtre prend, jusqu'à un certain point, p'ace parmi les monuments de l'histoire ecclésiastique , ce n'est que par les individus; ainsi seulement, la majeure partie des monuments dramatiques du moyen âge, incombe au détriment de l'Eglise. Deux courants ont existé : l'un purement laïque; le Querolus , le Jeu des sept sages d'Ausone , la comédie de Babion, le Jeu de la Feuillée , la destruction de Troyes la grande, pour ne citer que quelques pièces du î" au xvh" siècles , appartiennent à ce mouvement de l'esprit humain, en dehors de toute idée religieuse; l'autre courant , bien au contraire, purement religieux et moral. Nous donnons dans ce Dictionnaire la collection générale des monuments qui ont traversé les siècles, du i" au xvn', et qui, répudiés h juste raison par l'Eglise, ne se sont pas moins imposés à elle, sont nés dans son sein, se sont nourrisse sa substance, el par conséquent sont de son domaine.

(30) C. 829, vi'conc. de Paris, c. 58; 1286, conc. de Ravenncs, c. i; 1566, conc. de Tolède; 1583, me. de Bordeaux, c. iv;185i, Mandement de l'éréque de Cambrai.

conc

SE^TDiE^TS DE L'EGLISE

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