LES PRÉCÉDENTS, MARIE
l'hôtelier. Avancez, avancez, Marie, et montrez vofre beauté à noire nouveau-venu.
m^rie. Me voici... je viens...
1 arraham (à pari). Quelle sûreté, quelle ténacité d'esprit ne me faut-il pas pour voir celte enfant nourrie dans les profonds déserts de mon ermitage, chargée des parures d'une courtisane! Mais ce n'est pas encore le moment de laisser paraître sur mou visage le secrel de mon cœur. Retenons énergiquenienl mes larmes débordantes, et couvions de^ l'apparence de la gaieté l'amertume de mes maux intérieurs.
l'hôtelier. Heureuse Marie , réjouissez-vous : non-seulement, comme jusqu'à ce jour, les jeunes hommes , mais encore désormais les vieillards les plus accablés par l'âge vont venir auprès de vou>, et accourir en foule ici en l'amour de vous.
marie. Quand on m'aime, on est pavé de retour. abraham. Venez ici, Marie , et donnez-moi un baiser.
marie. Non-seulement je vous donnerai de doux baisers, niais je veux caresser doucement et cent fois votre visage vieilli.
abraham. Volontiers.
marie (o pari). Qu'ai-je senti? quel est ce parfum extraordinaire que je respire?... Ah ! cette odeur acre nie rappelle celle de mes jours passés d'abstinence.
abraham (à part). C'est maintenant, maintenant qu'il faut feindre ; maintenant qu'il me faut les pressants ébats d'un homme jeune et vif: sinon, à ma gravité, je serais reconnu, et elle ne rentrerait dans ma retraite que par crainte.
marie (haut). Hélas! malheureuse! D'où suis-je tombée?et dans quel abime de perdition ai-je roule? abraham. Ce n'est pas ici, où se rassemble la foule des convives, qu'il faut se plaindre.
l'hôtelier. Demoiselle Marie, pourquoi soupirezvous? Pourquoi ces yeux trempés dé larmes? Depuis deux ans que vous habitez ici, jamais je ne vous avais entendue gémir, et jamais de si tristes mots ne vous avaient échappé.
marie. Oh ! fussé-je morte il y a trois ans pour ne jamais arriver à de tels crimes !
abraham. Je ne suis pas venu pour pleurer vos péchés avec vous, mais pour partager votre amour. marie. Un léger repentir m'attristait et me faisait ainsi parler ; mais soupons et livrons-nous à la joie; car, eimme vous m'en faites souvenir, ce n'est pas le moment de pleurer mes péchés.
(Ils se mettent à table.) abraham. Nous avons largement soupe, largement bu, grâce à votre libérable, brave hôtelier. Permet-
chorète prononce durant celte scène et la suivanlo. i (Id .)
ABU