THÉOPHILE
(/( te repeni cl entre dans la chapelle de Noire- Dame.)
Théophile, seul. Hélas, misérable! malheureux! que vais je devenir? Terre, comment peux-lu me porter, renégat de mon Dieu, et sujet par mon seul vouloir de ce seigneur et maître, auteur du mal. Renégat de Dieu! comment le cacher? J'ai laissé le baume et choisi le sureau. II a pris la charte et reçu le bref maudit, j'ai à lui rendre le tribut de mon àme. Oh! Dieu, que feras- tu île ce misérable, de ce malheureux, dont l'âme tombera dans l'enfer brillant, et sur qui les maudits passeront, en la foulant aux pieds. Ah! terre , ouvre-toi et m'engloutis.
Seigneur Dieu, que fera ce malheureux insensé, repoussé par toi, bai par le monde, tombé dans les e nbùches des maudits, trahi par le diable, chassé .le tous côtés, poursuivi par tous? Ilelas! insensé! avoir renié Dieu pour un peu de bien! Les richesses d'ici-bas que j'ai désirées m'ont précipité dans l'abîme sans retour.
Satan, j'ai suivi la voie plus de sept ans : les vois de ma cave m'ont fait passer de funestes heuîesde joie, celui qui les paya s'en fera rendre un compte terrible, les félons charpentiers charpenleroiii ma chair.
L'àme a droit à l'amour; mon âme sera-l-elle aimée ? Oserai-je demander à la Vierge mon salul ? C'est un mauvais grain jeté dans les semailles qu'une àme tombée en enfer. Hélas! fou bailli, vaine baillie, mon àme el moi sommes bien lotis. Encore si j'osais me présenter devant la douce maîtresse, et si mon âme el moi en étions accueillis. Je suis souillé, la souillure ne peut aller qu'avec la souillure. J'ai moi-même accompli mon abaissement ; qui le sait
mieux que l'Eternel ? Quelle mort effroyable ! Maudit, vous m'avez mordu d'une cruelle dent. Quel refuge ai-je mille part, dans les cieux, sur la terre? Hetaslquel lieu me cachera? L'enfer me fait horreur; j'y suis allé de mon gré pourtant! Le parads n'est pas pour moi, car je suis en guerre avec le Seigneur. Je n'ose implorer ni Dieu, ni saints, ni saintes... N'ai-je pas fait hommage au diable, les mains jointes, le maudit n'a-l-il mes lettres el mou sceau? 0 fortune! pour l'avoir vu de près, que de maux ! Je n'ose implorer Dieu, ni saints, ni saintes, ni la très-douce Dame, objet de tout amour; et pointant, qu'y a-l-il en elle qui nî soil sagesse et douceur, et qui me blâmerait d'implorer ma grâce?
(A la Vierge.) Sainte Reine, belle, vierge glorieuse, dame pleine de. grâces, par qui tout bieu arrive, quiconque vous implore dans le malheur csl sauvé, quiconque vous donne son cœur obtient la joie perpétuelle de l'éternel royaume; ô source inépuisable de délices el de santé, ramenez-moi à votre Fils. Mon àme fut autrefois à votre doux service, mais je fus trop vile sé.luil par celui qui attire le mal et anéantit le bien. Je suis le jouet du seducleur; arracliez-moi à ses illusions, ô vous donl la volonté seule suffit pour ma liberlé, sinon de quelles horribles plaies ne paraîira point couvert mon corps devant la justice suprême? Dame sainte Marie, mon cœur bal ; reçois-le à ton service; car autrement ses maux sont sans trêve ni fin. Mon àme sera voire esclave. Quelle horrible situation si, avant les affres de la mort, mon àme, cachée en vous, n'est protégée par voire union. Laissez le corps au mal, mais (pie l'âme soit sauvée. Dame de charité, si humble en portant le Sauveur qui nous a tous tirés de la douleur, de la bassesse el du bourbier de l'enfer; Dame salutaire, qui m'as sauvé déjà et que je confesse de bon cœur, garde-moi du compagnon Tantale el d'une place dans les fureurs de l'enfer. C'est là que mon àme doit s'enfuir, vers ces g uffr-s béants ; ô péché! quelle ruine ! quelle évidente folie! est-ce là mon partage? Oh! Dame, je le fais hommage, tourne les doux regards veis mon affieux abandon, au nom de ton Fils divin ! Faut-il que tous les témoignages de mon passé s'anéantissenl dans une telle misère! Semblable a ces vitraux où passe et d sparail ie soleil sans qu'il y ait trace, lu es resiée vierge, quoique Dieu, descendu de- cienx, ait fait de loi une dame et une mère. Ah! pe re resplendissante, tendre el pitoyable femme, entends ma prière, arrache mon corps vif et mon àme à la flamme éternelle. Reine de bonté, rends-moi la vue du cœur, efface les ombres en moi, pour te plaire et fafre la volonté. Accorde-moi la grâce, il y a trop longtemps que je suis dans les ténèbres. Encore ces esclaves de mal comptent ils m'enlrainer plus avant ! O Dame, s'il le plaisait qu'un tel oulrage ne fût p s! J'ai tant passé de jours dans rabaissement, la corruption, l'aveuglement ! Reine immaculée et pure, prends soin de moi, guéris-moi. Que la vertu divine, toujours entière, illumine mon cœur de son éclai magnifique et doux, dessille mes jeux impuissants à me conduire. Le chasseur infernal a l'œil sur moi ; je serai pris, emporté... Oh! dure angoisse ! oh ! Dame, pr.e ion Fils de me délivrer. Oh ! Dame, vous voyez les ruses, vous voyez les maudils, lirez-moi de leurs lacs. Oh ! Dame, la-haul a sise, dérobez leur mon àme, et que uul d'entre eux ne la voie...