FeuiUtàa 6 février 1768, pag
("5") Dici. hisior., par une Société de gens de lettres, édition de 177-2.
DICTIONNAIRE DES MYSTERES, ; Paris, 1715
(luit de 'anglais de M. Collier in-12 de 493 p;iges.
On ne donnera pas ici le détail de tons les reproches que Collier fait au théâtre do sa'nation ; mais on croit y suppléer par la seule citation qu'on va faire, en se servant dus expressions du traducteur.
-x Je me lasse, dit-il, de glaner après nos poètes dramatiques et de recueillir leurs profanations, objet d'horreur pour moi.
J'ai presque envie d'y fermer désormais les yeux et de les dérober à la vue des autres. Cependant exposons-les au public dans le môme esprit qu'on expose au grand jour les criminels, non pour la pompe, mais pour l'exécution. Il faut quelquefois lancer un regard sur les serpents et sur les vipères, pour s'animer à les détruire ; car justement indigné au point que ja le suis, je ne saurais obtenir de moi de m'exprimer sans quelque chaleur. Et quel est l'homme raisonnable qui puisse envisager d'un air tranquille tant de désordres inouïs? Qui peul enflammer le zèle à plus juste titre? C'est pour de tels sujets que l'auteur de la nature a donné au sang qui coule dans les veines l'usage de se soulever. »
Un morceau aussi véhément nous en rappelle un autre du môme ton, qui se trouve rapporté comme un modèle dans le Journal des savants, du mois de février 1728. 11 frappa l'abbé Bignou (754), qui avait alors la direction de ce journal.
Il y était question d'un livre intitulé : Réflexions sur les principales vérités de la religion; dédiées à madame la duchesse d'Orléans, première princesse du sang; Paris, 1728, vol. in-12 de 509 pages. Voici ce que le journaliste en a cité sur la matière des spectacles :J
« Je vous conjure d'éviter les spectacles et d'en éloigner tous ceux pour qui vous vous intéressez. Tout ce qui s'y fait est la mort de l'âme. Ce ne sont point des divertissements; ce sont des meurtres; ce sont des sources de crimes et de remords. Les passions humaines débitent sur le théâtre tes maximes de tous les vices. On prend le cothurne, on se pare avec des habits magnifiques pour retracer dans l'esprit des hommes la mémoire des crimes passés. On y représente des incestes, des parricides, des traîtres, des conjurateurs, qui devraient être ensevelis dans un éternel oubli. Il semble qu'on craint que les hommes venant à oublier ces forfaits, ne fussent plus tentés de les commettre. Ces crimes ne sont plus;
(754) Bibliothécaire du roi, mort à PJsle-lîel, le 14 mars 1744.
(755) Mois 1699, de ['Histoire des ouvrages des
mais on veuf qu'ils puissent servir de modèles. On prend plaisir à voir ces spectacles impurs, parce que l'on aime à voir ce qu'on a fait et à apprendre ce que l'on peul faire. On y fait des leçons publiques de galanterie. Une femme y était entrée vertueute, elle en sortie crime et l'adultère dans le cœur. Et n'est-ce pas de là que naissent tant de désordres dans les familles, tant de divisions et de querelles, tant de guerres intestines? On rentre chez soi avec un cœur blessé, qui porte encore le trait empoisonné. On a perdu le goût de la vertu et de la pudeur; les plaisirs légitimes deviennent insipides, le libertinage devient un assaisonnement nécessaire pour les rendre agréables et piquants. On méprise tout ce qui ne porte pas écrit sur le front le caractère du vice; on n'ose découvrir ses propres sentiments, on n'ose montrer ses plaies; mais oi affecte" une indifférence extrême, ou cherche divers prétextes pour s'éloigner de ce qui est permis, on prête une oreille attentive à la voix de la volupté qui semble encore se faire entendre. »
Quel fonds de vérité? s'écrie le journaliste en finissant cet extrait. Quel tour! quelle véhémence I
On n'est pas surpris, comme l'a dit Basnage (755), de voir la nation des poètes s'armer contre de pareils censeurs. « Mais, « continue-t-il, si un Jérémie Collier a eu « contre lui presque tous ceux qui aiment « la joie et les plaisirs, il a eu de son côté « tous les gens graves, sérieux et sages. »
On dira peut-être que le théâtre français est moins grossièrement coi rompu que celui des Anglais, mais on sait que les bons littérateurs ne cessent de reprocher a /îos dramatiques modernes de trop copier les mœurs anglaises. Elles sont devenues à la mode sur notre théâtre, comme les mœurs espagnoles y ont été fort longtemps. « C'est, dit un auteur (750), chez les autres nalions que nous prenons le plus souvent les caractères originaux, comme les dramatiques latins lo firent en représentant toujours des mœurs grecques. » Un Anglais nous a définis à cet égard, en disant quo nous étions des pièces de monnaie dont l'empreinte est usée par le frottement. Or, en imitant les mœurs anglaises, n'est-ce pas leurs vices plutôt que leurs vertus qui nous servent de modèles? N'avons-nous pas adopté plusieurs de leurs licences scandaleuses? Combien de fois, en effet, la scène n'a-t-elle pas retenti des scandales de nos pièces dramatiques?
savants.
(756) De Querlon , Feuille hebdomad.
viaces, du 50 janvier 1771.
des pro-
NOTICE Slil LE THEATIIE LIBBE