‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 1162 sur 1429 · ADDITION · texte numérisé non relu

ADDITION

Oi) a eu ci-devant occasion d'avancer que les ministres de l'Eglise protestante condamnaient aussi les théâtres publics. Il a paru convenable d'ajouter ici, en preuve de cette assertion, les notices de quelques ouvrages faits sur celle matière par les écrivains de cette communion.

On en vit plusieurs s'élever contre les efforts que l'on fit dans le dernier siècle pour justifier les spectacles dramatiques, sous prétexte que du côté de l'art ils étaient devenus plus intéressants.

Martin Bucer, célèbre ministre luthérien, mort en Angleterre vers 1551, avait attaqué vivement les spectacles de son temps, dans son traité De regno Chrisli. Cependant, ce, ministre, qui établit le premier la prétendue réforme à Strasbourg, ne devait pas avoir des mœurs bien austères. 11 avait élé dominicain ; et il paraît qu'il ne déserta de son ordre ft de l'Eglise catholique, que pour satisfaire. sa passion pour une religieuse, dont il eut treize enfants. Au reste, son témoignage contre les spectacles en doit avoir encora plus de force.

André Rivet, ministre calviniste de France, mort à Breda eu 1651, donna, en 1039, l'écrit qui suit, et qui se trouve aussi en latin dans le recueil de ses OEuvres, qui forment 3 vol. in-fol. Cet écrit e-t intitulé: Instruction louchant les spectacles publics des comédies et des tragédies, où est décidée In question, s'ils doivent cire permis par le magistrat, et si l'on peut g assister en bonne conscience, avec le jugement de l'antiquité sur le même objet : par André Rivet, docteur en théologie ; à La Haye, chez Théod. Le Maire, 1039.

Dreux Du Radier en a donné un extrait dans' le troisième volume d'un de ses ouvrages, intitulé : bibliothèque historique et critique du Poitou. 5 vol. in-12. Ce savant philologue y paraît surpris de ce que cet écrit de Uivet n'est pas aussi connu qu'il le mé-

rite. Ses regrels a cet égard sont une preuve de l'intérêt qu'il prend aux bonnes mœurs. On a lieu de penser que les lecteurs ne trouveront pas mauvais qu'on insère ici en entier son extrait.

« L'ouvrage de Rivet, sur les spectacles publics, est divisé en dix chapitres. Rivet y parle, dans le premier, de la nécessité qu'il y avait de publier son Traité contre la comédie, dans un temps où l'on va jusqu'à ériger les comédiens en docteurs et les corné dies en leçons morales propres à réformer le vice. Il ajoute, en répondant à ceux qui prétendent qu'il no se trouve point de défense expresse dans l'Ecriture sainte Je fréquenter les spectacles; que quand cela serait, ces défenses sont si nécessairement conséquentes de la pureté évangélique, qu'elles doivent être regardées comme bien diserte ment exprimées.

« Il déclare dans le second chapitre, qu'il n'entend parler Jque des spectacles usités, tels que la comédie et la tragédie, qu'il croit également dangereux pour les mœurs.

« Dans le troisième chapitre, il examine la fin des acteurs et celle îles spectateurs. La première consiste dans le désir d'uu gain peu honnête, et fondé sur le plaisir du spectateur dont on cherche à irriter les passions par la voie des sens, et surtout par celle de l'ouïe et celle des yeux. La lin que se propose le spectateur est la volupté. Il prouve que l'une et l'autre sont presque toutes fonuées sur la ruine des mœurs et de l'innocence du cœur et de l'esprit.

« Il ajoute que si le spectacle n'offrait qu'une morale saine et sérieuse, le théâtre serait bientôt abandonné. Et il faut convennir qu'il a raison. Phèdre, tout incestueuse qu'elle est, touche plus qu'elle n'instruit. Les tons, les regards, le geste, l'aine que l'auteur donne à toutes les passions, sont ia source de la volupté et du plaisir qui affecte

le spectateur; et la volupté n'est guère analogue aux préceptes de la vie vertueuse. C'est ce qu'il prouve dans le quatrième chapitre, qui fait la suite du précédent.

« 11 s'élève fortement dans le cinquième contre ceux qui emploient îles sujets tirés de l'Ecriture sainte pour le théâtre. Il se fonde sur le respect dû à la majesté des textes sacrés, qu'on ne saurait l'aire servir aux passe- temps sans la profaner. Il cite le sentiment du Jésuite Marianna daus son Traité des spectacles, sur l'indécence de l'usage où l'on était en Espagne de représenta r des comédies dans h s églises, et ce que dit le même auteur sur la sainteté des sujets, qu'il ne convient pas que les actions des saints soient représentées par des infâmes. Il rapporte ce que dit le même Mariana d'une comédienne qui représentait la .Madeleine et qui fut surprise derrière le théâtre, dans une action bien opposéo à la dignité du rôle, avec un acteur qui représentait celui du Sauveur. Il parle de l'abus des drames appelés mystères, et de ces farces, en personnifiant des êtres métaphysiques, on mettait des principes de morale eïi action. Il termine ce chapitre par la défense que lit de ces pièces le Pape Innocent III.

« Dans les G, 7 et 8e chapitres, l'auteur prouve les dangers des spectacles. La prohib lion expresse que l'Eglise en a faite aux ( îi retiens dans tous les temps et l'infamie attachée à la profession de comédien. On trouve dans ces chapitres tous les passages les plus décisifs de l'Ecriture, des Pères, des conciles et des législateurs.

« 11 répond dans le neuvième chapitre aux objections qu'on peut faire en faveur des théâtres. Les réponses sont les plus solides.

« Il faut, -dit-on, quelque amusement au peuple. Mais est-ce pour le peuple que sont faits nos théâtres? et ne sont-ils pas le plus o dinaireme il fréquentés par une classe de personnes su, érieures à celles à qui l'on donne le nom de peuple? Un pareil amusement est plus propre à donner de l'activité a uj. pissions qu'a Ijs amuser. Il inspire la paresse et les autres défauts aussi dangereux 5 la société. La comédie, dit-on, corrige les vices. Plaisante correction du v ce que celle qu'en foui des gens qui y sont les plus livrés! On évite de plus grands désordres; mais n'est-ce pas plutôt le moyen de les inspirer ou de les entretenir? Eh! d'ailleurs, un mal en excuse-t-il un autre? Enfin, dit-on encore, on met Piaule, Térence, Aristophane, Sophocle, Euripide, dans les mains des jeunes gens; mais la différence n'estelle pas infinie entre la lecture et la représentation d'une pièce? Le lecteur n'est sensible qu'aux grâces du style, qu'a la beauté des pensées, au lieu que le spectateur est exposé à tous les charmes d'une déclamation animée, d'un geste vif, d'une voix séduisante, des attitudes d'une actrice qui n'épargne rien pour séduire le cœur, et s'allirer tout le tribut qu'on peut rendre aux grâces et à h. beauté d'un sexe qui n'a pas besoin de tant d'art nom- nous séduire

Qu'on joigne à cela les enchantements et l'ensemble du spectacle; on conviendra de la différence d'une lecture tranquille à la représentation animée d'une pièce.

« L'auteur emploie le dixième et dernier chapitre a prouver que la dépravation des mœurs ne justifie que trop son Traité. »

On doit savoir autant de gré à Dreux du Radier d'avoir donné cet extrait, qu'on en a su au P. Berthier, lorsqu'il a donné celui de l'ouvrage de D. Ramire, qu'on a ci-devant rapporté. Ces deux extraits établissent que, dans les communions romaine et protestante, il y a toujours eu, de ia part des gens sensés, une ligue offensive contre les théâtres.

Il y en a eu quelques-uns qui, s'intéressant, comme littérateurs, à l'art dramatique. en onl parlé avec éloge; mais ils n'ont pas prétendu faire l'apologie des théâtres publics, tels qu'ils sont et qu'ils seront toujours, pour être capables d'attirer et d'amuser la multitude.

Louis Fabrice, par exemple, auteur protestant, professeur en théologie h Heidelberg, a donné un petit traité sur les jeux scéniques, intitulé : De ludis scenicis. On pourrait abuser de ce qui y est die en faveur de l'art dramatique. Mais Bayle, en rendant compte de cet écrit dans les Nouvelles de la République des lettres, du mois de juillet 1G8V, y déclare, page 478, que « Fabrice n'a eu en vue quo les poésies dramatiques qui n'ont pour but que d'exercer la jeunesse et de l'instruire agréablement par des exemples bien représentés.

Ce n'est, continue-t-il, que de celte sorte de comédies qu'il se rend le protecteur, et nullement de celles où l'on fait entrer des raffinements de coquetterie et de médisance. »

On a vu ci-devant, première lettre de Desprès de Boissy, que Bayle pensait sensément sur cette malière.

On voit aussi, dans le cinquième lome de la Bibliolltcfjue ancienne et moderne, que Leclerc, aussi protestant, était du sentiment de Ravie contre la préteudue utilité qu'on attribue aux théâtres pour la correction des mœurs. Il y rend compte d'un ouvrage italien de Paul Matthias Doria, inliulé : La Vie civile, imprimé à Augsbourg, eu 1770. Il y est parlé des spectacles publics.

Doria, en politique, en admet la tolérance; mais il observe que les drames modernes devaient être réformés, parce que, dit-il, on y Halte de fausses vertus, et qu'on y fait passer des vices grossiers pour des c'ioses très-pardonnables.

Cet auteur voulait qu'on se rapprochât du goili des Athéniens, chez qui le théâtre servait non-seulement à encourager la vertu , mais eucore, en des cas particuliers, pour des vues politiques, et il eu ci-te cet exemple :

« Les tyrans d'Athènes, craignant la grande vénération que le peuple avait pourSocrale, et voulant le condamner à la mort, comme coupable d'avoir découvert au peuple les njvsicreï les plus cachés de la philosophie,

ne se hùsardèreni point à le faire, avant qu'Aristophane ne l'eût tourné en ridicule en ces comédies, «lin qu'après l'avoir décrédité dans l'esprit des gens, ils le pussent faire mettre en prison et le condamner à la mort sans danger. »

Leclerc fait, à ce sujet, cette réflexion : « Cet exemple est plus propre à décréditer l'usage des spectacles qu'à l'appuyer, puisqu'ils servaient à perdre la plus pure vertu aulant qu'à amuser le peuple. Ces tyrans haïssaient la vertu de Socrate, et ne le firent mourir que parce qu'il n'approuvait pas leur conduite, sous prétexte qu'il enseignait des choses contraires à la religion de leurs ancêtres, et qu'il corrompait la jeunesse.

« Je croirais qu'au lieu des théâtres, un des meilleurs moyens pour établir de Lionnes habitudes serait l'observation rigoureuse des bonnes lois. On s'accoutume par là à bien faire, plus que par toutes les leçons du monde. lit sans cela, les lois sont inutiles, selon ce mot d'Horace :

Quid leges sine moribus Value profichiiii '.'

(OU. 24, lib. m.)|

« C'est donc aux princes et aux magistrats de faire en sorte qu'elles soient constamment observées, s'ils ne veulent point voir leurs Etats tomber en décadence en très-peu de temps. Ils doivent constamment récompenser ou protégerau moins la vertu, et punir ou décourager le vice sans acception de personnes. »

On doit conclure de ces réflexions que Leclerc était du nombre des censeurs îles théâtres publics.

On peut encore y admettre Samuel Werenfels, célèbre protestant, professeur d'éloquence, mort à BAlc en 17i0. L'ouvrage qui «tonne lieu de parler ici de ce rhéteur est vu discours latin qu'il lit sur l'art dramatique. Il se trouve dans le second volume du Recueil de ses Dissertations.

Werenfels n'avait pas vingt ans quand il lecomposa.il parait qu'il avait alors beau-

(749) Ncino veslrum vilio niilii vertet si in hoc humaiiissimorum boininum concursii ego non morcelle conduclorum histrioninn , non vilissiniorum panlomimoruni, non vagorura circumforaneorum, sed adolescentiutn ingenuorum, ei ipse adolescens pairoctrïîum suscipio, <jui a viris diserlis et ingeniosis ex arlis regulis élabora La dramala, casta, bonesta, plena uiilissimaniiri praceplionum , plena gravissiinarum senlenliarum, conveiiieuii rébus cl voce ctgestu ageie consuevcrunl. ... Ai hic vereor lie qui sini inter vos, qui ex me quaerunt : Quid agis, adolescens? Tu ne comœdos, liisirioues-, inimos, ex elnquenlix studiosis lacère paras? Ego ne hislrioi es ? Quos? An viles illos, qui in scenani prodcunl, mercede conducli ? Qui, quceslus causa, quamlibet persoiiam induuni? Qui passim per urbes vagauies ariem sua m venaient liabeui? Qui lloiiiaiio jure inl.unia nolantur? Qui non nrsi spurcos amores, lurp>ss.imas mereiriees, impuros balliones producuni; Qui obsceuis alque iuipudiiis ditlis, I scivis molibus lisuin spectaiorura captant? Qui virlulein ■ideni, \i;iis applaudunl? Quihiis furia, adullcria, slupra, fraudes, canles, perjuria, udi jucique suni?

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coup de goût pour lès jeux de Thalie et de Melpomène : néanmoins, l'éloge qu'il en fait ne s'étend pas aux théâtres publies.

Ce discours, qu'il prononça dans une assemblée académique, est établi sur les mêmes principes que celui du P. Porée, dont il a été ci-devant parlé.

« Je ne prétends point, dit Werenfels, plaider la cause de ces vils histrions qu< l'intérêt dévoue au diverlissementdu peuple. Je ne m'intéresse que pour les jeunes gins de mon Age qu'on exerce h apprendre et à déclamer des drames que des savants et vertueux littérateurs ont composés, et où tout se rapporte à la formation du cœur et de l'esprit.... Ne croyez pas que je veuille vous conduire aux théâtres publics, où des histrions, du genre de ceux que Home païenne notait d'infamie, n'exposent à leurs spectateurs que des amours illégitimes, des obscénités, des adultères, des parjures; où l'on traite de folie et d'imbécillité la modestie, la candeur, la retenue, la pudeur, la probité scrupuleuse, la religion.... No croyez pas que je veuille vous exciter à des spectacles dont l'effet réel est de nous faire passer des mœurs du christianisme à celles du paganisme, en nous donnant pour des actes de grandeur d'âme 4 l'ambition , la cruauté, la vengeance, les duels, le suicide, etc. Dieu me préserve de vous inviter à fréquenter une école d'impiété, sous prétexte de vous perfectionner l'esprit I 11 vaut mieux bégayer et même être muet, que de s'exposer à de si grands risques pour devenir plus éloquent.... Quand je loue les drames, j'entends ceux où de jeunes ingénus se trouver! comme forcés à contracter des mœurs honnêtes, à aimer la vertu et à concevoir de l'horreur pour le vice (749). 0

Un pareil discours est une censure évidente de tous les théâtres publics et de tous ces spectacles dont la perfection, selon Gachet, consiste à flatter tous les sens. C'est la définition qu'il en donne, dans un écrit qu'il vient de donner sous ce litre : Obsei-

Quibus modeslia, camlor, caslitas, ficles, probilas, religio, est slullilia ? Qui nos ex Clirisliana Ecclesia in paganisniuin ideulideni traducunl ? Nil nisi deos deasque crêpant, hos invocaut, bis vota faciunl, per lios dejeranl, lioruin Oagilia laudanl, horuui exeniplum sceleribus suis praeiexum . . . Qui snperbtain qui iiuiuanilateui, qui duella, qui aOToz£ip£i«v lanqnain niagni ei generosi aninii signa dcpiugimt. . . . Absil aine! alisil ni in bac impielatis schola lenerosadolescenlium miiuios eloquenlia iiubiii velim ! Quanlicunque eaiu facto, lanti lainen non csl. Salins est el baibulirc, ïino salins iiiiiliiin esse, quam non sine sumnio animi periculo eloquentiam iliscere. Hoc preiio si eloquenlia emereiur; niaguo niuiis emereiur. . . . Comœdias probe, non conduclorum hislrionum, sed ingenuorum adoksi eulium. . . , Comiedias probamus, sed caslas, graves, honesias : sales coininendanius, sed non scurliles, non obscenos. .. . I.epores | lacent, sed urbain; joci, sed pudiii ; -hamaci quorum lola œuonomia lendit ad nioruin eleguuiiaui , ad virtùtis auiorcni, viiioruiii borrorcm.

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DICTIONNAIRE bES MYSTERES.

valions sur les spectacles en général, et en particulier sur le Cotisée. Paris, 1772. « Je crois, y dit l'auteur, page 22, que le spectacle qui flattera le plus sera celui qui frappera plus les sens. Tous nos sens, dit l'ingénieux auteur du livre de l'Esprit, sont autant de portes par lesquelles les impressions agréables peuvent entrer dans nos fl mes : plus on en ouvre à la fois, plus il y pénètre de plaisir. Donc toutes les foi's qu'un spectacle en sera susceptible, on doit y admettre tout ce qui peut augmenter la sensation, l'illusion, le ravissement; cest par là que l'Opéra l'emporte sur les autres spectacles. » C'est aussi par celle considération que Gachet prétend que le Cnlisée, dont on a ci-devant parlé, uérile de grands éloges en le regardant comme une espèce (le Panthéon consacré aux vlaisirs. '

Quanu on se livre à des idées aussi épicuriennes, on ne doit point se flatter de pouvoir persuader que les théâtres publics n'ont pour objet que la correction des mœurs, comme on a essavé de le faire dans un livre qui parut dans le dernier siècle et qu on a omis d'indiquer page 430; il a pour titre : Le théâtre français, divisé en trois livres; à Lyon, chez Michel Mayer, 1674.

Quelques années avant que ce livre parût, il y eut à La Rochelle un discours de prononcé contre les danses et les autres spectacles de ce genre, par Philippe Vincent', ministre protestant.

j Le P. d'Estrade, Jésuite de la même ville, s offensa de voir un hérétique attaquer des plaisirs que des catholiques avaient la faiblesse d'excuser et de se permettre. Il eut la témérité d'adresser à Philippe Vincent une lettre où il lui reprochait 'à cet égard une austérité déplacés.

Vincent y tit une réponse où il mit en évidence le scandale de la doctrine relâchée du Jésuite.

Néanmoins ce dernier ne se déconcerta point. Il soutint sa mauvaise opinion par une seconde lettre.

Ce religieux fut couvert de honte pnr une réplique que son adversaire lui lit. On y trouve la philosophie chrétienne et même la sagesse profane réunies, pour manifester et combattre la turpitude des faux raisonnements que le P. d'Estrade avait employés nu soutien de sa cause. Ce sont les mêmes sophismes que les partisans des théâtres ne cessent de répéter.

Ce P. d'E->lrade avait d'autant plus de tort de soutenir avec tant de chaleur les jeux de théâtie, que, dans le début de sa première b'itre, il n'avait pu s'empêcher de dire qu'tï était éloigné de conseiller de tels divertissements.

, On peut présumer qu'il ne se chargea d'en fane l'apologie que pour complaire au cardinal de Richelieu, dont, comme en l'a cidevant dit, on connaissait la passion poulies théâtres.

(750) l/abbé Irait, dont il a éié ci-devant parlé.

Le P. d'Estrade ne manqua point de donner comme une autorité imposante l'accueil qu on faisait à ces sortes d'amusements dans les cours de plusieurs princes souverains

« Mais, lui répondit Philippe Vincent, est-ce la un bon argument en matière dé doctrine? Certes, je ne crois pas que le* princes eux-mêmes le voulussent dire, ni quil y eût aucun d'eux qui voulût donner les pratiques de sa cour pour règle de la conscience. En tout cas je vous fais juge • auxquelles de ces cours y a-t-il lieu de donner plus d'approbation : ou à celles dont vous vous appuyez, qui admettent ces spectacles; ou à celle de saint Louis, dont Du Haillan et Nicole Giles disent qu'il chassa do sa cour les comédiens, bateleurs, farceurs, et toutes ces sortes de gens qu; ne servent qu'à donner plaisir et à corrompre les mœurs?» Les écrits polémiques de Vincent et du P. d Estrade, dont on vient de parler, ont été recueillis en un volume in-12, imprimé sous ce litre :

Le Procès des danses et théâtres, débattu entre Philippe Vincent, Ministre du saint Evangile en l'Eglise réformée de La Rochelle, a une part ; et aucuns des sieurs Jésuites de ta même tille, d'autre part; et se vendent à La Rochelle par Jean Cbappin, 16ï6.

Philippe Vincent dédia ce recueil à madame Marie de la Tour, duchesse de la Trénioille. L'Epître dédicatoire fait honneur à la vertu de celte princesse, qu'on peut citer aussi en témoignage contre les speclacles. Voici les premières phrases de celte épître. « Si je m'enhardis. Madame, de vous appeler en la cause que je défends, c'est que j'ai considéré que bien soivent le bon droit a besoin d aide. J'y attaque des plaisirs, qui, à la vérité, portent contre eux-mêmes de grands reproches, mais d'ailleurs aussi sont appuyés par de très-considérables partisans. Ainsi j'ai désiré me fortifier contre eux de la gloire de voire nom ; vu qu'il est notoire à tous que vous les combattez encore mieux par la sagesse de vos exemples, que je ne le puis faire par tous mes raisonnements. »

On vuit avec satisfaction, à la p. 1C6 de ce Recueil, que Philippe Vincent ne put s'empêcher de témoigner son étonnement de voir un ministre de la communion romaine prendre la défense des théâtres publics. Il en résulte que ce protestant était persuadé que l'universalité morale de nos docteurs les condamne.

Il savait sans doute qu'en 1381, il y eut un traité imprimé contre ces divertissements dangereux, au nom des pasleurs de l'Eglise gallicane, sous ce titre : Traclalus contra saltationcs et choreas ; per pustores Ecclesice gallicanœ; 1381, in-8°.

Si J.-J. Rousseau a eu aussi pour contradicteur de sa célèbre Lettre contre les spectacles un ministre de l'Eglise romaine (730), on sait que ce prolestant l'a regardé comme une voix discordante, étouffée par le juge-

NOTICE SIIll I.I-: TIIEATRE LIBRE.

li!8

mont que l'Eglise universelle a poilu dans ions les siècles contre les théâtres.

Le P. Vincent floudry,, Jésuite, a rassemblé sur cet objet, dans le tome huitième de la Bibliothèque des prédicateurs, une quantité de témoignages qui réclameront toujours efficacement contre les déserteurs de la sainte morale.

Seraient-ils revêtus du caractère et des dignités les plus respectables, on sait que leurs opinions ne doivent être pesées qu'avec le poids de la vérité et non avec celui des titres qui décorent leurs personnes.

On a déjà observé qu'on n'ignorait pas qu'il y a eu quelques ministres ecclésiastiques du premier ordre qui ont eu la faiblesse, non-seulement du ne pas élever la voix contre les scandales des théâtres publics, mais encore de paraître les tolérer.

Il y a quelques aimées qu'on en vit une nouvelle preuve dans un écrit périodique (Toi), qui exposa les principes dangereux que contenait un édit qu'un prélat, gouverneur du Home, venait de donner pour la réforme des abus des théâtres : Edillo supra gliabusi de tealri.

Au reste ces écarts éclatants donnent souvent heu à des actes de zèle, qui rappellent les bonnes règles.

Nous en avons rapporté un exemple. En voici un autre qui n'est pas ancien et qui y y ses circonstances, mérite d'avoir ici sa place. Il est tiré du même écrit périodique qu'on vient du citer (752).

Paul Caisotli, évoque d'Asti dans le Piémont, entreprit, dès le commencement de son épiscopat, d'attaquer vivement tous les faux préjugés des partisans des spectacles. Il ordonna à tous les prédicateurs de son diocèse de seconder son zèle; et lui-même, dans les catéchismes et instructions qu'il l'ail avec la plus grande édilication dans sa cathédrale, il ne cesse d'exposer sur cet objet les principes qui ont toujours fait proscrire les théâtres comme une école du vice.

Un seigneur de la ville osa publier un écrit en faveur des spectacles, L'évêque d'Asti ne s'est point laissé ébranler par toutes les contradictions qu'il essuyait; et sa fermeté n'a pas été sans succès.

Un seigneur do la même ville, le comte de Uestagio, longtemps sourd aux remontrances de son évoque, louait un théâtre qu'il avait fait construire dans une de ses maisons. Il eut le malheur d'avoir lus deux jambes brisées sous lus roues de son carrosse. Réduite l'extrémité par lus suites de cet accident, il reconnut eu tin, avec beaucoup de larmes, la vérité qu'il n'avait pas voulu voir jusqu'alors.

Par son testament du G octobre 1767, il ordonna à son héritier du détruire ce théâtre aussitôt oue le bail passé avec le di-

recteur de l'Opéra serait fini; et, dans le cas où cette clause ne serait pas exécutée, il veut et ordonne que la maison et toutes ses dépendances passent en toute propriété à l'évêque, pour en être fait par ce prélat tel usage qu'il jugera à propos. Il détendit aussi de construire jamais des théâtres dans aucune de ses maisons.

Les adversités font donc souvent tomber le bandeau qui rendait invisible le (lambeau de la vérité.

On a également vu plus d'une fois, en A; gleterre, les littérateurs sensés prendre les armes.

On a de Charles Powei, écrivain anglais, un ouvrage politique qu'il donna en 1701. sous ce titre : The unhappines of England as to ils irade hy see and land IrulysladerJ, etc., c'est-à-dire Le malheur de l'Angleterre par rapport à son commerce tant de mer que de terre, véritablement représenté avec une vive description de la misère de; pauvres, de là pernicieuse conséquence qu'a lia coutume du porter l'épée, des irrégularités des théâtres.

Ce dernier objet est traité de manière qu'on y trouve le théâtre anglais chargé des mêmes chefs d'accusation que le nôtre : « On y voit, y est-il dit, la gravité méprisée, la vertu avilie, le vice applaudi, la religion profanée, le clergé quelquefois injurié, le mariage déshonoré, les infirmités humaines tournées en plaisanterie, la vieillesse rendue ridicule, les plaisirs do Ja débauche mis en honneur, » etc.

Quelques années auparavant on avait vu Jérémie Collier, Anglais de la secte dus nonconformisles, mort en 1726, se déclarer encore plus vivement contre les théâtres de sa nation.

Cet écrivain, comme l'a dit depuis peu un auteui (753), « réunissait l'esprit du Chrétien avec la politesse du gentilhomme. Egalement profond dans la philosophie, la théologie, l'éloquence, les antiquités sacrées et profanes, il a enrichi sa nation de plusieurs ouvrages estimables, dont deux critiques du théâtre anglais sont du nombre. »

L'une parut en 1698, sous ce titre : Ashort view of the immorality and profanenes of t>>e English stage, ele , c'est-à-dire, De l'impureté et de l'impiété du théâtre anglais , 16lJ8 ; in-8" de 288 pages.

L'autre fut donnée en 1699, sous ce titre : Tlie ancient and modem stages surveycd, ele., c'est-à-dire : Réflexions sur la comédie ancienne et moderne, etc., 1699 in-8" de 367 pages.

Le P. de Courbeville, Jésuite, nous adonné la traduction d'un des ouvrages de Collier contre les théâtres; elle parut en 1715, sous ce titre : La critique du théâtre anglais comparé au théâtre d'Athènes, de Rome et de France; et l'opinion des auteurs tant profanes que sacrés touchant les spectacles; tra-

(75r) A'ouu. Ecclés., Feuille du 26 juin I7G-2, pag. 101.

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