‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 1166 sur 1429 · AI.T · texte numérisé non relu

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a grande apparence que le nom sous lequel il est connu lui avait été donné par le public, ou qu'il l'avait pris lui-même pour se distinguer des autres joueurs de farces qui parurent de son temps (768).

Les bons mots de Pont-Alais, (car comment le nommer autrement) et la façon dont il les débitait, lui procurèrent l'avantage d'être reçu chez les personnes les plus qualifiées de la cour. 11 eut même l'honneur d'approcher souvent des rois Louis XII et François 1". Un seul Irait fera connaître à quel point on tolérait ses plaisanteries.

Pont-Alais était bossu, un jour il aborda un cardinal qui l'était aussi, et mettant sa bosse contre la sienne, « Monseigneur, lui dit-il, nous voici en état de prouver que deux montagnes aussi bien que deux hommes peuvent se rencontrer, en dépit du proverbe qui dit le contraire. »

On trouve dans Botiaventure Despériers le récit d'un tour que Pont-Alais joua à un barbier- étuvisle, qui mérite d'être placé

« Il y avoit un barbier d'étuves qui étoit fort glorieux, et ne lui sembloit point qu'il y eût homme dans Paris qui le surpassât en esprit et en habileté, et quoique dans une extrême indigence il disoit à ceux qu'il éluvoit : « Voyez-vous ce que c'est que d'avoir « d'avoir du génie! tel que vous me voyez, « je me suis avancé moi-même, jamais pa- « rent, ni ami que j'eusse, ne m'aida en rien.» Or, Pont-Mais, qui connoissoit cet original, en faisoit bien son profil, l'employant à toutes heures à si s farces et jeux, et lui disoit qu'il n'y avoit homme dans Paris qui sçut mieux jouer son personnage. « Et n'ai ja- « mais honneur, continuait Pont-Alais, si- « non quand vuus êtes en jeu, et puis on me « demande quel étoit celui-là quijoiioit un « tel rftlel Oh qu'il joue bien ! mon ami.njou- « loit-il, vous serez tout ébahi que le roi « vous voudra voir. » Ne demandez pas si le barbier augmentent de suilisance; et d'effet, il dit un jour à M' Jean du Pont-Alais : « Sa.'ez-vous qu'il y a, Pont-Alais! Je n'eu- « tens pas que d'ici en avant vous me met- « liez à tous les jours, et ne veux plus jouer, « si ce n'est en quelque belle moralité, où il « y ait quelque grand personnage, comme « roi, prince, ou seigneur : et si je veux « avoir le plus apparent lieu. — Vrayment,

(768) Parmi les artisans on est assez dans l'usage d'appeler les filles et les garçons du nom qu'on leur a imposé au baptême. Celui de Jean fut donné à l'auteur dont nous parlons. Dès sa Jplus tendre jeunesse il joua et composa des farces; ces deux lalents réunis, et qu'il posséda parfaitement pour ic siècle où il vécut, lui attirèrent une grande réputation, et comme il demeurait peut-être auprès du petit portail de l'église de Sl-Euslache, on qu'il y faisait ses jeux, on le distinguait des autres farceurs par fépilhèle du Pont-Al.tis, espèce de pont ou égout qui était autrefois on cet endroit, qu'on fit ôter en 1710, et que Duverdier [Bibliolh. (ranç., p. 749), sur la loi d'un oui-dire, assure avoir éie construit pour servir de sépulture a Jean du Pont-Alais; niais il est visible que cet auteur s'est trompé, et qu'il a confondu celui dont nous parlons avec Jean Alais,

a lui répondit M' Jean du Pont-Alais, vous « avez raison, et le méritez ; mais, que ne « m'en avisiez-vous plutôt 1 Mais j'ai bien « de quoi vous contenter d'ici en avant, et « pour commencer, je vous prie ne faillir « dimanche prochain, que je dois jouer un « fort beau mystère, auquel je fais parler « un roi d'Inde la Majeure. Vous le jouerez. « N'est-ce pas bien dit? — Oui, oui , dit le « barbier, et qui le joiieroit, si je ne lejoùois « point? Baillez-moi seulement mon rôle. » Pont-Alais le lui donna le lendemain. Quand ce vint le jour des jeux, mon barbier se présenta en son trône, avec son sceptre, tenant la meilleure majesté royale que fit oneques bai hier. Cependant Pont-Alais, qui faisoit volontiers lui-même i'entrée des jeux qu'il joiio t, quand le monde fut amassé, vint tout derrière sur l'échaffaut et il commença tout le premier, et va dire :

Je suis des moindres le mineur, Et u'ay pas vaillant un lésion; M lis le itny d'Inde la majeur M'a suuvent razé le menton.

« Et disoit cela de telle grâce, qu'il étoit besoin, pour faire connoître la forte vanité du razeur;et si avoit fait son jeu en telle sorte, que le roi d'Inde ne devoit quasi point parler, seulement tenir bonne mine, afin que si le barbier se fut cb'-pilié, que le jeu n'en c^i pas moins valu.

« Un dimanche matin Pon!-Alais eut l'impudence de faire battre le tambourin (769) dans le carrefour qui est proche de l'Eglise de saint Eu.-tache, pour annoncer une Pièce nouvelle qu'il devoit donner le même jour. Le curé qui faisait alors le pi une, interrompu par le bruit qu'il enlendoit et voyant ses audiieurs sortir en foule pour aller entendre Pont-Alais, descendit de sa chaire, se rendit dans le carrefour, et s'approchant de Pont- Alais : • Qui vous a fait si hardi, lui dil-il, de tambouriner pendant que je prêche? — Et qui vous a fait si hardi de prêcher pendant que je tambourine? reprit insolemment Pont-Alais. » Celle réponse fit juger au curé qu'il ne lui convenoit pas de pousser plus loin la conversation, mais il posta ses plaintes au magistrat qui fit mettre Pont-Alais eu prison. Et ce ne fut qu'au bout de six mois que ce dernier obtint sa liberté et la permission de continuer ses jeux.

que les auteurs qui ont traité des antiquités de Paris disent avoir commencé la fondation de l'église de Saint-Euslaclie, et s'être fait enterrer dans l'endroit appelé de son nom, le Pont-Alais.

(769) Avant que l'on fût dans l'usage d'afficher le titre des pièces au coin des rues, on faisait battre le tambourin par les carrefours de la ville, et lorsqu'un certain nombre de gens s'était assemble, un acteur, qui accompagnait le joueur de tambourin, faisait l'éloge de la pièce et invitait le public à la venir voir. Cet éloge ou annonce était le plus souvent en prose, et au choix de l'acteur, mais quelquefois c'était une petite pièce de poésie en forme de ballade, qu'on appelait le Cry. Les confrères de la Passion et les Enfants-Sans-Souci en faisaient souvent dans ce dernier genre.

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NOTICE SUR LE TIIEATUE LIBRE

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Il ne nous reste aucun ouvrage de Ponl- Alais; cependant Duverdicr assure qu'il y en avait d'imprimés. « Jean du l'ont-Alais, chef et maître des joueurs de moralitez et farces à Paris, a composé plusieurs jeux, mystères, moralitez, satyres et farces, qu'il a fait réciter publiquement sur eschaffaut en ladite ville, aucunes (lesquelles ont été imprimées, et les autres non. » Le surplus de l'article que nous venons de citer contient deux faits qui ne sont guère vraisemblables. « On dit (c'est toujours de l'ont-Alais que Duverdier parle) que par son testament, il ordonna son corps être enseveli en un cloaque, en laquelle s'égoûte l'eau de la marée des halles de la ville de Paris, assez près de l'église Saint-Eustache.là où il fut mis après son décès, suivant sa disposition et dernière volonté. Le trou qu'il y a pour recevoir ces immondices', est couvert d'une pierre en façon de tombe; et est ce lieu appelé du nom «lu testateur, le Pont-Alais (770). J'ai oui dire que la repenlance qu'il eut sur la lin de ses jours, d'avoir donné l'invention d'imposer un denier tournois sur chaque manequin de marée arrivant aux hôîies, de tant que cela venoit à la foule du peunle, l'occasionna de vouioir être ainsi enferré en tel puant lieu, comme s'eslimant indigne d'avoir une plus honnête sépulture. »

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