‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 1169 sur 1429 · AD A · texte numérisé non relu

AD A

dissipèrent, et ne voyant plus dans Marie qu'une femme ordinaire, foulant aux pieds ses devoirs d'époux, Adam abandonna celle dont i! avait tant désiré la possession. On connaissait peu dans ces vieux temps les lois des convenances, dont nous sommes rederables A la politesse de nos mœurs et aux progrès de la. civilisation ; non content do délaisser sa femme, Adam no craignit pus Oo l'immoler à la risée de ses amis....

« Adam. sortait de l'abbaye de Vauxeelles, lorsqu'il se maria, et il projetait de quitter sa femme pour venir continuer ses études à Taris :

Sacbiés (dit-il), je n':ii mie si chier

Le séjour d'Arras, ne le joie

Qui! l'aprendre laissieren doie :

Puis qui' Diex m'a donné engien,

Tans est que je l'aiour à bien ;

J'ai clii assés me bourse éscousse (*77).

« Adam vint-il à Paris comme il en annonçait le projet? Changea-t-il d'avis, comme semblerait l'indiquer le don de la fée Maglore?

De l'autre qui se va vantan D'aler à, 'l'école à Paris, Voeil qu'i soil si atraandis En le compaignie d'Arras,

Et qu'il s'ouvlil entre les bras Se femme qui est mole et lenre, Et qu'il perge et bâche l'aprenre Et mecfau sa voie en respil (778).

« Nous ne déciderons pas celle question, sur laquelle les ouvrage* du vieux poëtc ne nous ont rien appris. Nous ferons seulement observer que Maglore, dans le poëme, eft un mauvais génie qui ne donne que malédictions, tandis que les deux autres fées viennent de combler de biens le jeune Adam. Ainsi Morgue dit

Et de l'autre, vœil qu'il soil leus Que clie sois li plus amoureus C'ui soil trouvés en nul pais (779).

« Lt Arsile ajoute

Aussi vteil-je qu'il soit jolis

Et bons faiseres de canchons (780).

« On pourrait penser que les prédictions favorables étaient les seules qui, dans la pensée du poëte, devaient se réaliser...

« Adam composa le Jeu du mariage vers

« Ce fut vers ce temps qu'Arras, ville de luxe et de plaisirs, devint le théâtre de discordes à la suite desquellesémigra une partie des habitants. M. Monmerqué pense que Adam se retira à Douai.

« L'exil d'Adam ne fut pas éternel, il revint dans sa patrie ; l'époque de ce retour est incertaine, Sa trente-deuxième chanson nous le fait voir sur le chemin de sa ville natale :

De lanl coin plus aproime mon pais.

Me renovele amours plus ci esprent; Et plus me saule en aproebant jolis, El plus li airs et plus truis douebe genl...

« Notre poëte finit par s'allacherà la maison de Robert, deuxième du nom, comte d'Artois, neveu de saint Louis. Ce prince, en 1282, suivit en Italie le comte d'Alençon, que Philippe le Hardi envoyait au secours du duc d'Anjou, roi de Naples, son oncle, et il y fut déclaré régent du royaume en 1281. Adam de la Haie accompagna ce prince, et il composa pour le divertissement de sa cour la jolie pastorale de Robinet Marion. C'est encore un poëte du temps qui nous fait connaître ces détails. L'auteur du Jeu du Pèlerin les met dans la bouche de son principal acteur.

Par Puille m'en revins, où on linl maint concilie D'un clerc net et souslieu, grascieus et nobilo Et le nomper du mont. Nés lu deceslevile; Maisire Adans li Boclius csloit clii apelés.

« Le comle d'Artois, suivant le P. Anselme, revint de Naples en 1289. Maître. Adam y était mort pendant son séjour, et sa sépulture avait été entourée des honneurs dus à un grand poëte. On place ainsi la mort d'Adam de la Haie vers 1286. M. Paulin Paris a fait connaître un document qui vient corroborer cette opinion. Ce sont des vers écrits en 1288, à la fin d'un exemplaire du Roman de Trous, par un neveu d'Adam de la Haie, nommé Jehan Mados, qui, ainsi que son oncle, était trouvère et jongleur.

Mais cis qui e'escrii, bien saciés, N'esloit mie trop ;i;iissiés, Car sans colele el sans siiirot Estoit, par un vilain escol Qu'il avoit perdu el pâiié pjr le dé qui l'ot engignié.

Cis Jebanès Mados oi non.

Qu'on lenoil à bon cnmpaignrui ; D'Arras estoi!; bien fn connus Ses oncles, Adans li boçus, Qui pour revel el pour compaignie Eaissk Arias : ce lu folie, Car il iert cremus et aines.

Quand il morut ce fui piles, Caronques piusengignex bon Ne morut, pour voir le sel-op...

Ensi coin vos oi Pavés, Cis livres fu fais el fines En l'an dedïucarnalion Que Jbësus souIVi passion Quatre-vingt et mil el deuscens Et wit; biax fu li tans et gens.

Fors lanl ke ciex avoit trop fruit Qui snreot ne cote n'avoil, etc.

« Adam de la Haie tient un des premiers rangs parmi nos anciens trouvères d'Arras. Il était à la fois poëte et musicien; feu Rouée de Toulmon, très-versé dans l'histoire de la musique, a bien voulu se char-

(777) Li.lus.Uan, vers 2S.

(778) Ibid., vers 083.

(77il) /.i Jus Adnu, ver- 660. (780) Ibid., \ ers 005.

1251 ADA

ger de faire connaître Atlam sous ce dernier

rapport (781). .

ADAN. — Li Jus Adan, dit aussi de la Fueillie, ou du Mariage, qui date du Mil" siècle et a pour auteur Adan de la Haie ou de le Haie, se trouve dans le manuscrit de la Bibliothèque du roi, fonds de LaVallière, n° 81, olim 2736, fol. xxxrecto-xxxvm verso. Le manuscrit n° 7218, ancien fonds, en contient les 174 premiers vers. Le langage y est plus moderne. On en trouve aussi le commencement dans le manuscrit du Vatican, n° li90, fonds de Christine, dont la bibliothèque de l'Arsenal possède la copie dans le recueil de Sainte-Palaye, intitulé : Anciennes Chansons françaises, avant 1300, 1. 1", fol. 200.

Le Jeu Adam a été imprimé par M. de

Page 1