‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 1309 sur 1429 · NOU · texte numérisé non relu

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le Concordat, qui a décidé la question, celle de la Pragmatique était agitée avec beaucoup de chaleur et de vivacité. On sait que Louis XII la favorisait ouvertement. Ce fut par son ordre et suivant ses intentions, que les Enfants sans souci composèrent et représentèrent cette pièce, pour faire sentir des abus que la prudence de ses successeurs a su prévenir. Au surplus, la pièce est trèsrare et presque inconnue, quoique Duverdieren ait donné le titre, mais il le déligure si mal , que ce renseignement n'a jusqu'ici servi qu'à tromper ceux qui ne sont pas au fait de ce génie de poésie.... »

Ils ajoulent encore :

« L'Auteur du Menagiana, après avoir rapporté le titre de la pièce dont voici l'extrait, et copié d'api es la Bibliothèque française de Duverdier-Vauprivaz, ajoute que « Claude Barthelemi Maurisot a tiré de là « l'idée du conte , touchant Madame la « Pragmatique, inséré dans un roman latin, « intitulé Peruviana, où sous les noms du « Pérou, il a caché l'histoire du cardinal de « Richelieu* avec Marie de Médecis et « Gaston, duc d'Orléans. Ce conte étant « sans dilliculté le meilleur endroit du livre, « mérite d'être rapporté. Le voici, (conli- « nue— t-i I ,) en François.

« Il y avoit en France une noble et riche « veuve nommée Pragmatique, qui avoit « deux filles à marier, toutes deux belles, « mais de vertu équivoque. L'aînée s'ap- « pelloit Election . la cadette Nomination. « Force amoureux les recherchoient en mate riage. (Menagiana, tom. I", pag. 100 et « suivantes.) La mère, embarrassée sur le « choix, s'adressa au Souverain Pontife et au « roy, pour sçavoir ce qu'elle avoit à faire. « (Duverdier-Vauprivaz, Bibliot. fr., pag. « 808 et 893.) Tous deux d'un commun avis « lui conseillèrent de donner l'aînée à un « jeune homme nommé Grand- Bénéfice; « et la cadette à un; autre nommé Petii-Bé- « néfice. Pragmatique en ectie occasion, sai- '< vaut le mauvais exemple de plusieurs « mères idolâtres de leurs filles, se dé- « pouilla de tous ses biens en faveur des « siennes. Les noces se tirent solemnelle- '< ment, et dans la suite du temps, les mariées « donnèrent plusieurs fois des marques de « leur fécondité. Files eurent chacune trois b enfans. Election eut Abus, Simonie et Im- « piété. Nomination eut Ignorance, Luxe et « Dissolution. Pragmatique, qui s'étoit épui- .1 sée pour l'avancement de ses filles, étant <■ tombée dans l'indigence, prioit humble- « ment ses gendres de la secourir au besoin. « Ils s'excusoient l'un et l'autre sur leur « famille nombreuse, sur la dépense qu'il « leur falloit faire pour entretenir leur train, « la parure de leurs femmes, les plaisirs « tant ordinaires qu'extraordinaires où les « engageoient leur condition. Qu'ils n'a- « voient pour toute ressource que l'attente « de quelque libéralité, soit du prince, soit ■j du Pontife, promettant de ne pas manquer, « s'ils venoient à en recevoir, d'eu faire « part à leur bcllc-mcrc. Pragmatique, ne

« comptant pas beaucoup sur des promes- « ses si vagues, fut réduite à chercher un « autre moyen de pourvoir à sa subsistance. « Il y avoit alors dans le royaume deux « sortes de bètes étrangères, l'une nommée « Réserve, et Vautre Expectative. Ellesavoient « jusques-là vécu à discrétion, et terrible- « ment multiplié; personne dans l'Etat, « quelques désordres qu'elles y fissent, n'o- « sant les écarter ou leur courir sus. Prag- « matique. néanmoins, comme nécessité n'a « point de loy, et que de deux maux on s choisit toujours le moindre, aima encore « mieux hasarder une irruption sur ces « bètes toutes sacrées qu'el les éti lient, que dé « se laisser mourir de faim. En ayant donc « attaqué quelques-unes à son avantage, elle « en lit une gorge chaude, et s'en trouva « fort bien. Ensuite, y prenant goût, eJle se « mil à les poursuivre ouvertement, rôties, « bouillies, peu lui imporloit ; c'étoit pour a elle une pâture délicieuse. A son exem- « pie, la noblesse, elle tiers Etat en voulu- « rent later. Le mets leur parut excellent. « Mais enfin la chasse étant devenue trop « générale, il arriva de ces bestes comme « des loups d'Angleterre, à force d'en pren- « dre, la race s'en perdit, et la pauvre Prag* « matique retomba dans sa première disette. « Le Pontife, de son côté, ayant appris le « carnage qu'on avoit fait des animaux « qui étoient sous sa protection, dépêcha au « roy des légats pour tirer vengeance de « l'injure. Les seigneurs les plus qualifiés, « pleins encore du souvenir d'une si douce « proie, vouloient persuader au prince de « n'entrer ni près ni loin dans celte affaire. « Mais lui, qui avoit la religion àcœur, étant « informé des excès où l'atfamée Pragmati- « ques'éloit portée, ordonna que pour puni- « lion de sou crime, elle fût exposée à la « fureur d'un cruel Lyon. L'arrêt étant pro- « nonce, il ne restoit qu'à conduire la cri- « minelle au supplice : la question étoit do « trouver un ministre de celte exécution. « Personne, pas même aucun des bourreaux « du lieu, ne se présentoit pour cela. Le « rang que la vieille dame avoit autrefois « tenu en France la rendoit encore vénéra- « ble aux jeux du public : et peut-être, « malgré sa condamnation, auroit-elleéchapé, « faute d'exécuteur, si l'un des légats, « homme barbare , nommé Concordat , ex- « pressentent désigné pour cette fonction, « n'eût mené l'infortunée jusqu'à l'arène de « l'amphithéâtre. C'est là qu'étant arrivé», « elle fut livrée au Lyon, qui, s'élant battu « trois fois les flancs de sa queue, et ayant « autant de fois secoué sa "crinière, se jetta « sur la triste Pragmatique, la déchirant a d'abord avec rage, et quittant aussitôt « avec mépris, un corps maigre et sec, qui a n'a voit que la peau et les os. »

« En comparant ce passage avec l'extrait que nous donnons de la Sottise du Nouveau Monde, le lecteur jugera si Morisot a suivi bien. exactement l'original, et si son récit pourrait y suppléer, comme Ménage, paraît le vouloir faire entendre. »

Rôt] NOTICE si R LE

PERSONNAGES

THEATRE ÙBRE.

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