‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 1316 sur 1429 · IP · texte numérisé non relu

IP

Si je dy hciy aune parole A vous, ne à aulre personne, Pour quelque moi que l'on me sonne, Fors bée, que vous m'avez aoprins.

« Voici le plus comique de la pièce.

Palhelin se présente devant lejugo pour défendre Aignelet. Guillaume arrive, et plaide lui-même sa cause contre son berger. Il aperçoit Palhelin : à celte vue il s'embrouille, et confond dans son discours les moutons égorgés et volés par Aignelet, avec les six aunes de drap emportés par Palhelin. le juge s'impatiente des interruptions, et du prétendu galimatias de Guillaume, et lui dit :

Sus, revenons à nos moutons; Qu'en fui-il?

LE DRAPPIER.

Il en prit six aulnes De neuf francs.

le juge.

Sommes-nous béjaunes.

Ou, cornan, ou cuidez vous estre?

« Palhelin triomphe du désordre où se trouve Guillaume pour faire entendre au juge que ce drapier n'a que de mauvaises raisons à alléguer contre sa partie. Lejuge, pour éclaircir l'affaire, interroge le berger, qi.i suivant le conseil de Palhelin, ne répoid que Bée.

LE JUGE

Y< cy angoisse.

Quel liée esl cecy, suis-je chievre?

PATITEL1N.

Croyez qu'il esl fol ou leslu.

Ou qu'il cuide estre entre ses besles.

« Guillaume recommence son discours, et

se confond de plus en plus.

LE DRJU'PIER.

Or ça je «lisoye A mon propos comment j'avoye •taillé six aulnes, dois-je dire.

Mes brebis? Je vous en prie, sire, Pirdonnez-moy. Ce gentil maislre Mon bergier, quand il devait estre Aux ebamps, il nie dit que j'oroye Six escus d'or, quant je viendroye :

Dis-je depuis trois ans en ça :

Mon bergier me convenança (959) Que loyauiment me garderait Mes brebis, et ne m'y leroil Ne dommage, ne villenie :

Et puis maintenant il me nie Et drap et argent piaillement.

lia ! maislre Pierre vraymenl ; Ce ribauley m'embloit les laines De mes besles, et toutes sain"' Les faisoit mourir et périr, Pour les assommer, clferir, De gros basions sur la cervelle :

Quant mon drap fut soubz sou aiasclle Il se mit au chemin grant erre, El me dit que j'allasse querio Six escus d'or en sa maison.

(939) Convenancer, promeltre.

(9JOJ M. 0. Leroy classe parmi les drames salii i-

LE JICJ.

Il n'y a rime ne raison

En tout quanqnc vous ralardez :

Qu'esse-cy? vous entrelardez

Puis d'un, puis d'autre : somme lOUle,

Par la sangbieu, je n'y voy goule.

Il brouille de drap, et babille

Puis de brebis, au coup la quille

Cbose qu'il dit ne s'entretient.

« Guillaume veut reprendre son plaidoyé, et ne s'explique pas mieux que les précédentes fois. Le juge le prend pour un visionnaire, renvoie le berger absous et s'en va. Guillaume au désespoir du jugement, fait de grandes menaces à Pathelin, et so retire. Pathelin reste avec Aignelet, et après l'avoir iélicité sur le gain de sa cause, il lui demande de l'argent. Aignelet, suivant la parole qu'il a donnée à Pathelin, ne répond que Bée, à tout ce que ce dernier lui dit. Pathelin s'aperçoit enfin qu'il esl trompé.

PATHELIN

Haugrebieu, ay-je tant vescu.

Qu'un bergier, un mou Ion veslu.

Un villain paillart me rigolle.

LE BERGIER

liée.

PATHELIN

Par sainct Jehan, m as bien raison, Les oysons mènent les oyes paistres Or cuidois-je estre sur tout maislre Des trompeurs d'ici, et d'ailleurs, Des fors corbineurs, des bailleurs De paroles en payement A vendre au dernier jugement :

Kl un bergier des champs me passe:

Par sainct Jacques, se je trouvasse Un bon sergent, le (Visse prendre.

LE BERGIER

Bée.

PATHELIN

Heu ! bée, l'en me puisse pendre Si je ne vois faire venir L'n bon sergent : mésadvenir Luy uuisse, s'il ne l'emprisonne.

LE BERGIER

S'il me treuve, je luy pardonne, i

PATHELIN (Le testament de). — Les frères Parfait , dans leur Histoire du théâtre français (t. III, p. 190) donnent l'aperçu suivant de cette pièce /'J'iO , sous la date de »'«n 1520:

fi testament de Pathelin, farce à quatre personnages, sçavoir :

■MTUELIN,

GL'ILLEMETTE,

L APOTIIIQUAIRE, I1ESSIRE JEHAN LE CURÉ.

« Comme nous ne connaissons cette farce que par la réimpression que feu Coustelier en fit en 1723 à la suite de celle de Pathelin, nous ne pouvons fixer la date de la première édition. A en juger par le langage, elle paraît avoir été composée vers 1520. C'est l'époque que nous lui donnons en attendant

nues, précurseurs de la Information , le fioui-cu Pathelin. (Cf. Epoques... ch. 8.)

d'autres éclaircissements. Au reste, elle n'est pas d'un grand mérite. Voici en peu de mots quel en est le sujet.

« Pathelin ouvre la scène et appelle sa femme Guillemette, pour qu'elle lui donne son sac, dont il a besoin pour aller aux plaids. A peine Pathelin est parti qu'il revient, en disant qu'il se meurt. Sa femme court chercher l'apothicaire et le curé. Ces derniers arrivent. Le premier assure que le malade n'en peut revenir et le curé le confesse. Ensuite Pathelin fait son testament et expire en disant :

Hélas! GuillemeUe, ma femme,

Il esi à ce coup faict de moi ;

A dieu, jamais mol ne diray,

La mort va faire son efforl.

GUILLEMETTE

Ha! Noslre Dame de Monlfnrl, Le bon Maislre Pierre est basi.

Page 1